{"id":22502,"date":"2026-10-27T12:46:19","date_gmt":"2026-10-27T12:46:19","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=trouble-psychotique-bref"},"modified":"2026-10-27T12:46:19","modified_gmt":"2026-10-27T12:46:19","slug":"trouble-psychotique-bref","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=trouble-psychotique-bref","title":{"rendered":"Trouble psychotique bref : Rupture soudaine"},"content":{"rendered":"<p>Caract\u00e9ris\u00e9 par une \u00e9mergence abrupte et spectaculaire d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments d\u00e9lirants ou hallucinatoires, le trouble psychotique bref repr\u00e9sente l&rsquo;une des manifestations les plus saisissantes de la d\u00e9compensation psychique aigu\u00eb en psychopathologie. Bien que son intensit\u00e9 clinique puisse \u00e9voquer l&rsquo;entr\u00e9e dans une psychose chronique, sa trajectoire se distingue fondamentalement par une r\u00e9versibilit\u00e9 int\u00e9grale et un retour complet au niveau de fonctionnement pr\u00e9morbide en moins d&rsquo;un mois. Cette entit\u00e9 clinique pose des questions fascinantes quant \u00e0 la plasticit\u00e9 neurobiologique, \u00e0 la vuln\u00e9rabilit\u00e9 individuelle face au stress et aux fronti\u00e8res nosologiques entre r\u00e9action adaptative extr\u00eame et pathologie psychiatrique caract\u00e9ris\u00e9e.<\/p>\n<h2>Trouble psychotique bref<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>trouble psychotique bref<\/strong> est une affection psychiatrique aigu\u00eb d\u00e9finie par l&rsquo;apparition soudaine d&rsquo;au moins un sympt\u00f4me psychotique majeur &mdash; tel que des id\u00e9es d\u00e9lirantes, des hallucinations, un discours d\u00e9sorganis\u00e9 ou un comportement grossi\u00e8rement d\u00e9sorganis\u00e9 ou catatonique &mdash; dont la dur\u00e9e est d&rsquo;au moins un jour mais strictement inf\u00e9rieure \u00e0 un mois. Ce tableau implique imp\u00e9rativement une r\u00e9mission totale avec un retour complet au niveau de fonctionnement pr\u00e9morbide de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, ce trouble constitue une rupture brutale de la continuit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience du sujet et de son rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 partag\u00e9e. Contrairement aux troubles du spectre de la schizophr\u00e9nie, l&rsquo;\u00e9pisode ne s&rsquo;inscrit pas dans un processus insidieux de d\u00e9clin cognitif ou affectif \u00e0 long terme. L&rsquo;irruption des manifestations psychotiques se produit souvent de mani\u00e8re explosive, surprenant l&rsquo;entourage comme le clinicien par son intensit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique et son contraste saisissant avec la personnalit\u00e9 sous-jacente du patient.<\/p>\n<p>Selon les classifications contemporaines, notamment le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux<\/a> (DSM-5-TR), le diagnostic requiert l&rsquo;exclusion formelle d&rsquo;une \u00e9tiologie somatique directe, des effets physiologiques d&rsquo;une substance psychoactive ou d&rsquo;un m\u00e9dicament, ainsi que d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 ou maniaque avec caract\u00e9ristiques psychotiques. L&rsquo;unicit\u00e9 du trouble r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette temporalit\u00e9 comprim\u00e9e : une temp\u00eate s\u00e9miologique foudroyante suivie d&rsquo;une accalmie clinique totale.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;appellation \u00ab trouble psychotique bref \u00bb r\u00e9sulte de la traduction fran\u00e7aise directe de la terminologie anglo-saxonne <em>brief psychotic disorder<\/em>, introduite formellement dans le DSM-IV en 1994 pour succ\u00e9der au <em>brief reactive psychosis<\/em> du DSM-III. Le mot \u00ab trouble \u00bb d\u00e9rive de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>torbler<\/em>, issu du bas-latin <em>turbulare<\/em> (agiter, troubler), lui-m\u00eame rattach\u00e9 au latin classique <em>turba<\/em>, d\u00e9signant le d\u00e9sordre, la foule tumultueuse ou le tumulte de l&rsquo;\u00e2me.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab psychotique \u00bb proc\u00e8de du substantif \u00ab psychose \u00bb, forg\u00e9 en 1845 par le m\u00e9decin autrichien Ernst von Feuchtersleben \u00e0 partir du grec ancien &psi;&upsilon;&chi;&eta;&#769; (<em>psych&eacute;<\/em>, signifiant le souffle vital, l&rsquo;esprit ou l&rsquo;\u00e2me) combin\u00e9 au suffixe m\u00e9dical -o&sigma;&iota;&sigmaf; (<em>-osis<\/em>), servant \u00e0 marquer une affection morbide non inflammatoire ou un \u00e9tat pathologique profond. Dans son acception originelle, la psychose visait \u00e0 distinguer les alt\u00e9rations de la personnalit\u00e9 globale des affections corporelles directes.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab bref \u00bb trouve sa filiation dans le latin <em>brevis<\/em>, signifiant court, concis, d&rsquo;une dur\u00e9e limit\u00e9e dans le temps. En psychiatrie francophone, cette entit\u00e9 entretient une parent\u00e9 conceptuelle et historique intime avec la notion classique de \u00ab bouff\u00e9e d\u00e9lirante aigu\u00eb \u00bb, formul\u00e9e au XIXe si\u00e8cle par Valentin Magnan, o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e de \u00ab bouff\u00e9e \u00bb \u00e9voque m\u00e9taphoriquement une bouff\u00e9e de chaleur ou un souffle soudain et passager qui submerge le sujet avant de s&rsquo;\u00e9vanouir.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se transcrit dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) sous la forme \/t&#038; odor;ubl psi.k&#038; odor;.tik b&#038; odor;&epsilon;f\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier compos\u00e9 d&rsquo;un nom noyau masculin (\u00ab trouble \u00bb) qualifi\u00e9 par deux adjectifs qualificatifs \u00e9pith\u00e8tes postpos\u00e9s (\u00ab psychotique \u00bb et \u00ab bref \u00bb). Au pluriel, il prend la forme de \u00ab troubles psychotiques brefs \u00bb (\/t&#038; odor;ubl psi.k&#038; odor;.tik b&#038; odor;&epsilon;f\/).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e et les comptes rendus d&rsquo;observation clinique, on rencontre fr\u00e9quemment l&rsquo;acronyme TPB. Les cliniciens recourent \u00e9galement \u00e0 des formulations synonymes ou \u00e9quivalentes selon leur affiliation th\u00e9orique, telles que \u00ab psychose r\u00e9actionnelle br\u00e8ve \u00bb, \u00ab \u00e9pisode psychotique aigu transitoire \u00bb ou, dans le vocabulaire h\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cole psychiatrique fran\u00e7aise, \u00ab bouff\u00e9e d\u00e9lirante \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie du trouble psychotique bref repose sur la reconnaissance d&rsquo;un paradoxe psychopathologique : la juxtaposition d&rsquo;une d\u00e9sorganisation psychique majeure et d&rsquo;un pronostic globalement favorable caract\u00e9ris\u00e9 par la <em>restitutio ad integrum<\/em>. Durant la phase d&rsquo;\u00e9tat, le patient subit une perte catastrophique de l&rsquo;\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9 (<em>reality testing<\/em>). Cette rupture se manifeste par une incapacit\u00e9 temporaire \u00e0 distinguer les stimuli internes &mdash; croyances idiosyncrasiques, peurs intenses, projections affectives &mdash; des donn\u00e9es consensuelles du monde ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Le tableau clinique est domin\u00e9 par l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9lire\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">d\u00e9lire<\/a> souvent polymorphe, non syst\u00e9matis\u00e9 et labile. Les th\u00e9matiques peuvent osciller d&rsquo;un instant \u00e0 l&rsquo;autre entre la pers\u00e9cution, la m\u00e9galomanie, l&rsquo;\u00e9rotomanie, la culpabilit\u00e9 d\u00e9mesur\u00e9e ou des intuitions mystiques et cosmogoniques. Le m\u00e9canisme d\u00e9lirant est rarement univoque : il combine des intuitions foudroyantes, des interpr\u00e9tations aberrantes et des fabulations imaginatives riches. Cette labilit\u00e9 th\u00e9matique s&rsquo;accompagne d&rsquo;un \u00e9tat affectif tumultueux, caract\u00e9ris\u00e9 par une d\u00e9tresse extr\u00eame, une anxi\u00e9t\u00e9 panique ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, des \u00e9clats d&rsquo;exaltation euphorique.<\/p>\n<p>Les anomalies de la perception prennent la forme d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hallucination\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">hallucinations<\/a> acoustico-verbales, visuelles, c&oelig;nesth\u00e9siques ou olfactives, qui renforcent l&rsquo;adh\u00e9sion in\u00e9branlable du sujet \u00e0 ses constructions d\u00e9lirantes. Le cours de la pens\u00e9e subit une d\u00e9sorganisation marqu\u00e9e : le discours devient diffluent, tangentiel, marqu\u00e9 par des coqs-\u00e0-l&rsquo;\u00e2ne, des barrages ou des n\u00e9ologismes passagers. Sur le plan psychomoteur, le patient peut pr\u00e9senter une agitation psychomotrice st\u00e9rile et d\u00e9sordonn\u00e9e, ou au contraire des postures fig\u00e9es et des attitudes de stupeur catatonique.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre temporel constitue la fronti\u00e8re diagnostique cardinale du trouble. L&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9tat psychotique s&rsquo;effectue sans prodrome significatif ou sur une p\u00e9riode prodromique ne d\u00e9passant pas deux semaines. De surcro\u00eet, la r\u00e9solution des sympt\u00f4mes doit s&rsquo;op\u00e9rer dans un d\u00e9lai maximal de trente jours \u00e0 compter du d\u00e9but de la d\u00e9compensation. Si les manifestations actives persistent au-del\u00e0 d&rsquo;un mois sans r\u00e9mission int\u00e9grale, le clinicien est contraint de r\u00e9viser le cadre nosologique au profit d&rsquo;un trouble schizophr\u00e9niforme ou d&rsquo;une schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<p>Enfin, le trouble psychotique bref implique une pr\u00e9servation potentielle de la structure de base du moi une fois l&rsquo;orage dissip\u00e9. La phase post-critique se caract\u00e9rise souvent par une critique lucide de l&rsquo;\u00e9pisode, bien qu&rsquo;un sentiment de honte, de perplexit\u00e9 existentielle ou une anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire de rechute puissent persister transitoirement. Cette r\u00e9versibilit\u00e9 compl\u00e8te distingue radicalement ce trouble des processus schizophr\u00e9niques classiques o\u00f9 l&rsquo;\u00e9moussement affectif et le repli autistique s&rsquo;installent insidieusement.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire nosographique du trouble psychotique bref refl\u00e8te une divergence s\u00e9culaire entre les traditions psychiatriques continentales europ\u00e9ennes et les classifications anglo-saxonnes. D\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, en 1886, le psychiatre fran\u00e7ais Valentin Magnan d\u00e9crit les \u00ab bouff\u00e9es d\u00e9lirantes des d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s \u00bb. Magnan isole ces \u00e9pisodes d\u00e9lirants survenant de mani\u00e8re explosive chez des individus sans d\u00e9mence pr\u00e9alable, soulignant leur polymorphisme clinique, leur fugacit\u00e9 et leur gu\u00e9rison spontan\u00e9e, m\u00eame s&rsquo;il supposait un terrain de fragilit\u00e9 h\u00e9r\u00e9ditaire.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, au sein de l&rsquo;\u00e9cole scandinave, August Wimmer forge en 1916 le concept de \u00ab psychose psychog\u00e8ne \u00bb (<em>psykogene psykoser<\/em>), qui sera d\u00e9velopp\u00e9 plus tard par Gabriel Langfeldt sous le vocable de \u00ab schizophr\u00e9nies r\u00e9actionnelles \u00bb ou \u00ab psychoses r\u00e9actionnelles \u00bb. Ces auteurs nordiques postulent que certains \u00e9pisodes d\u00e9lirants florides repr\u00e9sentent des r\u00e9actions compr\u00e9hensibles, bien que disproportionn\u00e9es, \u00e0 des traumatismes psychiques majeurs ou \u00e0 des situations existentielles intol\u00e9rables, conservant un potentiel de gu\u00e9rison totale.<\/p>\n<p>En Allemagne, la doctrine dominante impos\u00e9e par Emil Kraepelin dichotomise la folie entre la d\u00e9mence pr\u00e9coce &mdash; \u00e0 \u00e9volution inexorablement d\u00e9ficitaire &mdash; et la folie maniaco-d\u00e9pressive. Pour Kraepelin, les \u00e9pisodes d\u00e9lirants aigus non r\u00e9currents sont souvent rattach\u00e9s \u00e0 des formes atypiques de d\u00e9mence pr\u00e9coce ou \u00e0 des \u00e9tats confusionnels toxi-infectieux. Il faut attendre Karl Jaspers et ses <em>Crit\u00e8res des psychoses r\u00e9actionnelles<\/em> (1913) pour formaliser th\u00e9oriquement l&rsquo;existence d&rsquo;\u00e9tats psychotiques d\u00e9clench\u00e9s par un \u00e9v\u00e9nement traumatisant, dont le contenu d\u00e9lirant refl\u00e8te directement le traumatisme et dont l&rsquo;\u00e9volution cesse avec la disparition de la cause.<\/p>\n<p>Dans la nosologie nord-am\u00e9ricaine, l&rsquo;influence kraepelienne a longtemps retard\u00e9 l&rsquo;autonomisation de cette entit\u00e9. Le DSM-I (1952) et le DSM-II (1968) l&rsquo;ignoraient largement ou la noyaient dans les r\u00e9actions schizophr\u00e9niques aigu\u00ebs. Le tournant s&rsquo;op\u00e8re avec le DSM-III (1980), qui consacre la \u00ab psychose r\u00e9actionnelle br\u00e8ve \u00bb, conditionn\u00e9e imp\u00e9rativement par la pr\u00e9sence d&rsquo;un facteur de stress psychosocial majeur. Avec l&rsquo;av\u00e8nement du DSM-IV (1994) et sa confirmation dans le DSM-5 (2013), la cat\u00e9gorie est rebaptis\u00e9e \u00ab trouble psychotique bref \u00bb afin d&rsquo;inclure les \u00e9pisodes survenant sans facteur de stress identifiable et ceux survenant en p\u00e9riode de post-partum.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Plusieurs cadres conceptuels tentent d&rsquo;\u00e9lucider la pathogen\u00e8se du trouble psychotique bref, articulant mod\u00e8les neurobiologiques, hypoth\u00e8ses cognitivo-comportementales et lectures psychodynamiques. Le mod\u00e8le dominant demeure celui de la vuln\u00e9rabilit\u00e9-stress (d\u00e9velopp\u00e9 initialement par Zubin et Spring). Selon ce paradigme, le sujet pr\u00e9sente une susceptibilit\u00e9 biopsychologique latente qui, sous l&rsquo;impact d&rsquo;une charge allostatique extr\u00eame provoqu\u00e9e par un stresseur aigu, franchit le seuil critique d&rsquo;effondrement hom\u00e9ostatique, entra\u00eenant une d\u00e9r\u00e9gulation transitoire des voies de signalisation c\u00e9r\u00e9brales.<\/p>\n<p>Sur le plan neurobiologique, les recherches mettent en exergue une hyperr\u00e9activit\u00e9 de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HHS). La lib\u00e9ration massive de cortisol en r\u00e9ponse au stress induit un \u00e9tat d&rsquo;hyperdopaminergie sous-corticale m\u00e9solimbique transitoire. Cette inondation dopaminergique est responsable d&rsquo;une attribution aberrante de saillance aux stimuli environnementaux : le cerveau attribue une importance cruciale, mena\u00e7ante ou inhabituelle \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements neutres du quotidien, ph\u00e9nom\u00e8ne directement g\u00e9n\u00e9rateur de l&rsquo;intuition d\u00e9lirante et des hallucinations.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie psychanalytique et psychodynamique envisage le trouble psychotique bref comme une d\u00e9faillance brutale des d\u00e9fenses n\u00e9vrotiques et adaptatives du Moi face \u00e0 un conflit intrapsychique intol\u00e9rable ou \u00e0 une blessure narcissique cataclysmique. Confront\u00e9 \u00e0 un afflux pulsionnel incontr\u00f4lable ou \u00e0 une menace d&rsquo;an\u00e9antissement de l&rsquo;estime de soi, le Moi recourt \u00e0 des m\u00e9canismes de d\u00e9fense archa\u00efques : le d\u00e9ni de la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, le clivage du Moi et la projection d\u00e9lirante. L&rsquo;\u00e9pisode d\u00e9lirant agit alors comme une tentative paradoxale et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de r\u00e9organisation psychique face \u00e0 une d\u00e9sagr\u00e9gation imminente.<\/p>\n<p>Les mod\u00e8les cognitifs, s&rsquo;appuyant sur les travaux de Philippa Garety et David Fowler, postulent l&rsquo;existence de biais cognitifs sp\u00e9cifiques exacerb\u00e9s par l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil \u00e9motionnel extr\u00eame. L&rsquo;individu manifeste un biais de conclusion h\u00e2tive (<em>jumping to conclusions<\/em>), int\u00e9grant des hypoth\u00e8ses explicatives radicales sur la base de donn\u00e9es factuelles minimes. Associ\u00e9 \u00e0 un d\u00e9ficit de m\u00e9tacognition et \u00e0 des croyances pr\u00e9alables dysfonctionnelles sur soi et sur les autres, ce saut d\u00e9ductif pr\u00e9cipite l&rsquo;enkystement temporaire de convictions d\u00e9lirantes inaccessibles au raisonnement logique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>La nosologie moderne individualise le trouble psychotique bref \u00e0 travers des crit\u00e8res s\u00e9miologiques pr\u00e9cis et des sp\u00e9cificateurs contextuels indispensables pour guider le pronostic et la prise en charge th\u00e9rapeutique. Le cadre du DSM-5-TR articule ces composantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Sympt\u00f4mes caract\u00e9ristiques obligatoires :<\/strong> Pr\u00e9sence active d&rsquo;au moins l&rsquo;un des sympt\u00f4mes cardinaux suivants : id\u00e9es d\u00e9lirantes, hallucinations ou discours d\u00e9sorganis\u00e9. Un quatri\u00e8me sympt\u00f4me &mdash; un comportement grossi\u00e8rement d\u00e9sorganis\u00e9 ou une catatonie &mdash; peut \u00eatre pr\u00e9sent mais ne peut suffire \u00e0 lui seul sans l&rsquo;un des trois premiers.<\/li>\n<li><strong>Dur\u00e9e et r\u00e9versibilit\u00e9 :<\/strong> Les manifestations doivent durer au minimum 24 heures et au maximum un mois calendrier complet. Une fois le cap pass\u00e9, le fonctionnement pr\u00e9morbide du sujet doit \u00eatre totalement restaur\u00e9, sans sympt\u00f4mes r\u00e9siduels notables.<\/li>\n<li><strong>Sous-type avec facteur(s) de stress marqu\u00e9(s) :<\/strong> D\u00e9sign\u00e9 historiquement sous le terme de psychose r\u00e9actionnelle br\u00e8ve, ce sous-type s&rsquo;applique lorsque les sympt\u00f4mes psychotiques surviennent en r\u00e9ponse directe \u00e0 un ou plusieurs \u00e9v\u00e9nements qui, pour quiconque dans une situation et une culture similaires, repr\u00e9senteraient une source de stress accablante (par exemple, deuil violent, catastrophe naturelle, agression).<\/li>\n<li><strong>Sous-type sans facteur(s) de stress marqu\u00e9(s) :<\/strong> Assign\u00e9 lorsque la d\u00e9compensation psychotique survient de mani\u00e8re inattendue sans qu&rsquo;aucun \u00e9v\u00e9nement traumatisant ou perturbateur identifiable n&rsquo;ait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l&rsquo;\u00e9pisode.<\/li>\n<li><strong>Sous-type avec d\u00e9but lors du p\u00e9ripartum :<\/strong> D\u00e9fini par l&rsquo;apparition de la symptomatologie psychotique durant la grossesse ou dans les quatre semaines qui suivent l&rsquo;accouchement. Ce cadre recoupe cliniquement la redoutable psychose puerp\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>Sp\u00e9cificateur avec catatonie :<\/strong> Utilis\u00e9 lorsque le tableau clinique s&rsquo;accompagne d&rsquo;un syndrome catatonique caract\u00e9ris\u00e9 (catalepsie, flexibilit\u00e9 cireuse, mutisme, n\u00e9gativisme, st\u00e9r\u00e9otypies ou \u00e9choph\u00e9nom\u00e8nes).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 du trouble psychotique bref en pratique m\u00e9dicale, l&rsquo;examen de sc\u00e9narios cliniques repr\u00e9sentatifs permet d&rsquo;illustrer la vari\u00e9t\u00e9 des pr\u00e9sentations et des d\u00e9clencheurs :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Psychose r\u00e9actionnelle au deuil aigu<\/strong><br \/>Claire, une cadre bancaire de 32 ans sans ant\u00e9c\u00e9dents psychiatriques personnels ou familiaux, est admise aux urgences apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e errant dans les rues de sa ville au milieu de la nuit. Trois jours auparavant, son conjoint est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 subitement dans un accident de la circulation. \u00c0 son arriv\u00e9e, Claire est agit\u00e9e, hagarde, en proie \u00e0 une angoisse terrorisante. Elle affirme entendre la voix de son d\u00e9funt mari lui enjoignant de se purifier car des \u00ab ondes invisibles \u00bb envoy\u00e9es par ses coll\u00e8gues visent \u00e0 d\u00e9truire son \u00e2me. Son discours est morcel\u00e9, sautant d&rsquo;une th\u00e9matique mystique \u00e0 des accusations pers\u00e9cutrices. Apr\u00e8s son hospitalisation en milieu s\u00e9curis\u00e9 et l&rsquo;instauration d&rsquo;une pharmacoth\u00e9rapie s\u00e9dative et antipsychotique \u00e0 faible posologie, le d\u00e9lire commence \u00e0 s&rsquo;estomper d\u00e8s le quatri\u00e8me jour. Au bout de dix jours, la critique est totale : Claire r\u00e9alise le caract\u00e8re irrationnel de ses croyances, commence \u00e0 verbaliser sa douleur face au deuil et retrouve l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de ses facult\u00e9s cognitives. \u00c0 un mois d&rsquo;\u00e9valuation, le diagnostic de trouble psychotique bref avec facteur de stress marqu\u00e9 est confirm\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : D\u00e9compensation du p\u00e9ripartum (psychose puerp\u00e9rale)<\/strong><br \/>Marcelle, 27 ans, primipare, donne naissance sans complication obst\u00e9tricale \u00e0 un nouveau-n\u00e9 en bonne sant\u00e9. Au septi\u00e8me jour suivant l&rsquo;accouchement, sa famille remarque des troubles majeurs du sommeil qu&rsquo;elle balaie d&rsquo;un revers de main, manifestant une hyperactivit\u00e9 f\u00e9brile. En l&rsquo;espace de 48 heures, Marcelle d\u00e9veloppe la conviction d\u00e9lirante in\u00e9branlable que son enfant a \u00e9t\u00e9 \u00e9chang\u00e9 \u00e0 la maternit\u00e9 contre une \u00ab cr\u00e9ature d\u00e9moniaque \u00bb venue punir sa famille. Elle refuse d&rsquo;alimenter le nourrisson, le regarde avec une terreur indicible et rapporte des hallucinations visuelles o\u00f9 elle per\u00e7oit des ombres mena\u00e7antes autour du berceau. L&rsquo;intervention d&rsquo;urgence permet une prise en charge conjointe m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9 prot\u00e9g\u00e9e. Sous traitement adapt\u00e9, les hallucinations disparaissent en quarante-huit heures et le d\u00e9lire s&rsquo;att\u00e9nue progressivement en deux semaines. \u00c0 trois semaines post-partum, Marcelle investit son nouveau-n\u00e9 avec tendresse et lucidit\u00e9, sid\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 des croyances qui l&rsquo;avaient envahie.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>Le diagnostic du trouble psychotique bref repose sur une d\u00e9marche clinique rigoureuse, fond\u00e9e sur l&rsquo;entretien psychiatrique, l&rsquo;h\u00e9t\u00e9ro-anamn\u00e8se et l&rsquo;exclusion syst\u00e9matique des pathologies organiques. Il n&rsquo;existe aucun biomarqueur sanguin ou d&rsquo;imagerie diagnostique sp\u00e9cifique \u00e0 ce trouble.<\/p>\n<p>La priorit\u00e9 absolue de l&rsquo;\u00e9valuation r\u00e9side dans l&rsquo;\u00e9limination des diagnostics diff\u00e9rentiels somatiques et toxiques. Le bilan initial comprend imp\u00e9rativement un d\u00e9pistage toxicologique urinaire (cannabino\u00efdes, amph\u00e9tamines, coca\u00efne, opio\u00efdes, ph\u00e9ncyclidine), un bilan biologique complet (ionogramme, num\u00e9ration formule sanguine, fonction r\u00e9nale et h\u00e9patique, calc\u00e9mie, glyc\u00e9mie, bilan thyro\u00efdien) et une imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale ou un scanner afin d&rsquo;\u00e9carter un processus expansif intracr\u00e2nien, un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral ou une m\u00e9ningo-enc\u00e9phalite. Chez la jeune femme ou en pr\u00e9sence de signes atypiques, la recherche d&rsquo;une enc\u00e9phalite auto-immune \u00e0 anticorps anti-r\u00e9cepteurs NMDA s&rsquo;av\u00e8re indispensable.<\/p>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique, bien qu&rsquo;aucun outil ne soit d\u00e9di\u00e9 exclusivement \u00e0 cette entit\u00e9, le clinicien s&rsquo;appuie sur des \u00e9chelles standardis\u00e9es pour mesurer la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des sympt\u00f4mes et suivre leur cin\u00e9tique de r\u00e9solution. L&rsquo;\u00e9chelle des syndromes positif et n\u00e9gatif (<em>Positive and Negative Syndrome Scale<\/em> &mdash; PANSS) et la <em>Brief Psychiatric Rating Scale<\/em> (BPRS) permettent de quantifier l&rsquo;intensit\u00e9 des id\u00e9es d\u00e9lirantes, des hallucinations, de l&rsquo;hostilit\u00e9 et de la d\u00e9sorganisation conceptuelle. Ces outils apportent une confirmation objective du retour \u00e0 la ligne de base symptomatique.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>Sur le plan clinique et soci\u00e9tal, l&rsquo;identification rapide du trouble psychotique bref rev\u00eat une importance majeure pour la d\u00e9cision th\u00e9rapeutique, la pr\u00e9vention des passages \u00e0 l&rsquo;acte auto- ou h\u00e9t\u00e9ro-agressifs et l&rsquo;organisation du parcours de soins. Durant la phase aigu\u00eb, l&rsquo;alt\u00e9ration majeure du jugement et la terreur d\u00e9lirante exposent le patient \u00e0 des risques suicidaires par d\u00e9fenestration ou fuite \u00e9perdue, ainsi qu&rsquo;\u00e0 des actes violents dict\u00e9s par un d\u00e9lire de pers\u00e9cution.<\/p>\n<p>L&rsquo;hospitalisation, souvent sous contrainte en raison de l&rsquo;anosognosie aigu\u00eb, s&rsquo;impose pour s\u00e9curiser le patient et son environnement. L&rsquo;approche pharmacologique implique l&rsquo;administration prudente d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Antipsychotique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">antipsychotique<\/a> de seconde g\u00e9n\u00e9ration (tel que l&rsquo;olanzapine, la risp\u00e9ridone ou l&rsquo;aripiprazole), fr\u00e9quemment associ\u00e9 \u00e0 une benzodiaz\u00e9pine pour soulager l&rsquo;angoisse panique et restaurer le cycle veille-sommeil. Une fois la r\u00e9mission obtenue, un enjeu crucial est d&rsquo;\u00e9viter une surm\u00e9dication prolong\u00e9e : contrairement \u00e0 la schizophr\u00e9nie, le traitement de maintien doit \u00eatre r\u00e9\u00e9valu\u00e9 rapidement, avec une d\u00e9croissance progressive \u00e9tal\u00e9e sur quelques mois apr\u00e8s la r\u00e9mission compl\u00e8te.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9dicol\u00e9gal et professionnel, ce diagnostic pose la question de l&rsquo;imputabilit\u00e9 des actes commis pendant la bouff\u00e9e d\u00e9lirante. En droit p\u00e9nal fran\u00e7ais par exemple, l&rsquo;article 122-1 du Code p\u00e9nal concernant l&rsquo;abolition du discernement trouve ici une application typique : le sujet ayant agi sous le joug d&rsquo;une d\u00e9sorganisation psychotique aigu\u00eb et involontaire est p\u00e9nalement irresponsable. En milieu organisationnel, la r\u00e9int\u00e9gration du travailleur exige un accompagnement d\u00e9licat par la m\u00e9decine du travail pour d\u00e9samorcer la stigmatisation sociale et \u00e9valuer la gestion de la charge mentale.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques contemporaines indiquent que le trouble psychotique bref est une pathologie relativement rare mais non exceptionnelle, repr\u00e9sentant environ 9 % de l&rsquo;ensemble des premiers \u00e9pisodes psychotiques dans les pays industrialis\u00e9s. La pr\u00e9valence est significativement plus \u00e9lev\u00e9e chez les femmes (avec un ratio estim\u00e9 \u00e0 deux pour un par rapport aux hommes) et dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire. L&rsquo;\u00e2ge moyen de survenue se situe g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la fin de la vingtaine ou au d\u00e9but de la trentaine, soit l\u00e9g\u00e8rement plus tardivement que l&rsquo;\u00e9mergence habituelle de la schizophr\u00e9nie masculine.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des axes de recherche majeurs concerne la stabilit\u00e9 diagnostique \u00e0 long terme. Des \u00e9tudes longitudinales de cohortes (notamment les travaux de Susser, Castagnini et leurs collaborateurs) ont suivi des patients ayant initialement re\u00e7u un diagnostic de psychose br\u00e8ve. Les r\u00e9sultats r\u00e9v\u00e8lent une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9volutive : entre 40 % et 50 % des patients maintiennent leur diagnostic r\u00e9trospectif d&rsquo;\u00e9pisode unique sans aucune r\u00e9cidive au cours de leur vie, attestant de l&rsquo;existence d&rsquo;une authentique pathologie transitoire. N\u00e9anmoins, une proportion substantielle (environ 30 % \u00e0 40 %) \u00e9volue au fil des ann\u00e9es vers un trouble bipolaire ou un trouble d\u00e9pressif r\u00e9current avec caract\u00e9ristiques psychotiques, tandis qu&rsquo;environ 15 % \u00e0 20 % effectuent une transition nosologique vers la schizophr\u00e9nie ou un trouble schizo-affectif.<\/p>\n<p>Sur le plan g\u00e9n\u00e9tique et endoph\u00e9notypique, les \u00e9tudes d&rsquo;association pang\u00e9nomique r\u00e9v\u00e8lent que les sujets souffrant de troubles psychotiques brefs partagent moins d&rsquo;all\u00e8les de risque polyg\u00e9nique avec la schizophr\u00e9nie qu&rsquo;avec les troubles de l&rsquo;humeur. Ce constat corrobore l&rsquo;hypoth\u00e8se clinique selon laquelle de nombreux \u00e9pisodes psychotiques aigus constituent en r\u00e9alit\u00e9 des formes d&rsquo;expression hyper-aigu\u00ebs du spectre affectif plut\u00f4t que des formes frustes de schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression et la pr\u00e9valence du trouble psychotique bref pr\u00e9sentent une forte variabilit\u00e9 selon les contextes socioculturels, ce qui en fait un sujet central de la psychiatrie transculturelle et de l&rsquo;ethnopsychiatrie. Les enqu\u00eates transnationales de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 (notamment les \u00e9tudes DOSMeD et IPSS) ont mis en lumi\u00e8re une incidence notablement plus \u00e9lev\u00e9e de psychoses aigu\u00ebs et transitoires dans les pays du Sud global &mdash; particuli\u00e8rement en Afrique subsaharienne, en Am\u00e9rique latine et en Inde rurale &mdash; comparativement aux nations occidentales industrialis\u00e9es.<\/p>\n<p>De multiples syndromes li\u00e9s \u00e0 la culture (<em>culture-bound syndromes<\/em>) d\u00e9crits dans les classifications psychiatriques recoupent la s\u00e9miologie du trouble psychotique bref. Par exemple, l&rsquo;<em>Amok<\/em> en Malaisie et en Indon\u00e9sie (\u00e9tat de fureur soudaine avec pulsion destructrice suivi d&rsquo;amn\u00e9sie), le <em>Latah<\/em>, ou encore les \u00e9tats de transe d\u00e9lirante et de possession observ\u00e9s dans le vaudou ha\u00eftien ou le Candombl\u00e9 br\u00e9silien illustrent comment des \u00e9tats psychotiques fugaces peuvent \u00eatre mod\u00e9lis\u00e9s, voire canalis\u00e9s, par les structures symboliques et religieuses de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, l&rsquo;irruption brutale d&rsquo;un d\u00e9lire est interpr\u00e9t\u00e9e non comme une maladie mentale d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, mais comme une crise spirituelle, une attaque sorci\u00e8re ou une communication avec le monde des anc\u00eatres. Cette inscription culturelle du d\u00e9lire favorise souvent une prise en charge collective et rituelle sans exclusion du malade. Cette absence de rejet stigmatisant explique en grande partie le bien meilleur taux de gu\u00e9rison et de r\u00e9int\u00e9gration sociale des psychoses aigu\u00ebs document\u00e9 dans les pays non occidentaux.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites nosologiques<\/h3>\n<p>La d\u00e9limitation nosologique du trouble psychotique bref fait l&rsquo;objet de vives controverses au sein de la communaut\u00e9 psychiatrique internationale. La premi\u00e8re critique porte sur l&rsquo;arbitraire du crit\u00e8re temporel des 30 jours impos\u00e9 par le DSM. Pourquoi une psychose durant 29 jours rel\u00e8ve-t-elle du trouble psychotique bref, tandis qu&rsquo;une symptomatologie durant 32 jours bascule sous l&rsquo;\u00e9tiquette de trouble schizophr\u00e9niforme ? Les partisans d&rsquo;une approche dimensionnelle en psychopathologie soulignent que ces coupures cat\u00e9gorielles rigides ne refl\u00e8tent pas la continuit\u00e9 des processus neurobiologiques sous-jacents.<\/p>\n<p>Une seconde divergence majeure s\u00e9pare le DSM de la Classification internationale des maladies (CIM-11) de l&rsquo;OMS. Alors que le syst\u00e8me am\u00e9ricain rassemble tous les cas sous la banni\u00e8re unifi\u00e9e du <em>brief psychotic disorder<\/em> (en se contentant d&rsquo;ajouter des sp\u00e9cificateurs de stress), la CIM-11 maintient la cat\u00e9gorie des \u00ab troubles psychotiques aigus et transitoires \u00bb (TPAT), exigeant pour certains sous-types un d\u00e9but hyper-aigu en moins de 48 heures et distinguant les pr\u00e9sentations polymorphes (\u00e9vocatrices de la bouff\u00e9e d\u00e9lirante) des pr\u00e9sentations \u00e0 symptomatologie de type schizophr\u00e9nique.<\/p>\n<p>Enfin, de nombreux cliniciens et th\u00e9oriciens de la psychodynamique reprochent aux crit\u00e8res diagnostiques op\u00e9rationnels d&rsquo;avoir vid\u00e9 le trouble de sa substance exp\u00e9rientielle et relationnelle. En focalisant l&rsquo;attention sur la seule disparition m\u00e9canique des sympt\u00f4mes positifs, on risquerait de n\u00e9gliger les vuln\u00e9rabilit\u00e9s de la personnalit\u00e9 sous-jacente &mdash; notamment les structures limites ou histrioniques &mdash; qui font le lit de ces effondrements \u00e9motionnels spectaculaires et n\u00e9cessitent un travail psychoth\u00e9rapeutique approfondi bien au-del\u00e0 de la convalescence biologique.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Le diagnostic diff\u00e9rentiel du trouble psychotique bref est l&rsquo;un des exercices les plus critiques de la pratique psychiatrique. Les principales entit\u00e9s \u00e0 discriminer sont les suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Bouff\u00e9e d\u00e9lirante aigu\u00eb :<\/strong> Concept historique de la psychiatrie fran\u00e7aise, tr\u00e8s proche s\u00e9miologiquement, mais mettant l&rsquo;accent sur le polymorphisme du d\u00e9lire, la fluctuation thymique permanente et l&rsquo;impression d&rsquo;onirisme, l\u00e0 o\u00f9 le trouble psychotique bref am\u00e9ricain privil\u00e9gie une d\u00e9finition op\u00e9rationnelle bas\u00e9e sur la dur\u00e9e stricte.<\/li>\n<li><strong>Trouble schizophr\u00e9niforme :<\/strong> Se distingue exclusivement par le param\u00e8tre temporel ; les sympt\u00f4mes psychotiques durent au moins un mois mais moins de six mois. Si le trouble psychotique bref exc\u00e8de 30 jours, le diagnostic est automatiquement requalifi\u00e9 en trouble schizophr\u00e9niforme.<\/li>\n<li><strong>Schizophr\u00e9nie :<\/strong> Se diff\u00e9rencie par une \u00e9volution au long cours (dur\u00e9e totale des signes de la maladie d&rsquo;au moins six mois, incluant phases prodromiques ou r\u00e9siduelles), une installation souvent plus insidieuse, la pr\u00e9pond\u00e9rance fr\u00e9quente de sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs (aboulie, alogie, retrait social) et un d\u00e9clin fonctionnel persistant.<\/li>\n<li><strong>Troubles de l&rsquo;humeur avec caract\u00e9ristiques psychotiques :<\/strong> Dans l&rsquo;\u00e9pisode d\u00e9pressif majeur ou l&rsquo;acc\u00e8s maniaque avec caract\u00e9ristiques psychotiques, les sympt\u00f4mes psychotiques ne surviennent que de mani\u00e8re strictement concomitante aux perturbations profondes de l&rsquo;humeur. Dans le trouble psychotique bref, m\u00eame si une instabilit\u00e9 affective existe, elle ne satisfait pas aux crit\u00e8res d&rsquo;un \u00e9pisode maniaque ou d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 complet.<\/li>\n<li><strong>Trouble psychotique induit par une substance ou un m\u00e9dicament :<\/strong> Les manifestations d\u00e9lirantes ou hallucinatoires sont la cons\u00e9quence physiologique directe d&rsquo;une intoxication (ex. cannabis, k\u00e9tamine, amph\u00e9tamines) ou d&rsquo;un sevrage (ex. delirium tremens alcoolique). Les dosages toxicologiques urinaires et sanguins permettent d&rsquo;\u00e9tablir la distinction.<\/li>\n<li><strong>Trouble factice et simulation :<\/strong> Dans la simulation, la production de sympt\u00f4mes d\u00e9lirants est volontaire et motiv\u00e9e par un b\u00e9n\u00e9fice externe identifiable (\u00e9chapper \u00e0 des poursuites judiciaires, obtenir une compensation financi\u00e8re), tandis que dans le trouble psychotique bref, la souffrance psychique et l&rsquo;alt\u00e9ration de l&rsquo;\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9 sont authentiques et involontaires.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le trouble psychotique bref demeure une entit\u00e9 singuli\u00e8re et rassurante au sein du vaste domaine des psychoses, incarnant la capacit\u00e9 fondamentale de l&rsquo;appareil psychique \u00e0 surmonter une fragmentation aigu\u00eb pour retrouver son \u00e9quilibre ant\u00e9rieur. Voici les points essentiels \u00e0 retenir :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dur\u00e9e circonscrite :<\/strong> \u00c9pisode psychotique aigu s&rsquo;\u00e9tendant de plus de 24 heures \u00e0 strictement moins de 30 jours, se soldant obligatoirement par un retour int\u00e9gral au niveau d&rsquo;adaptation pr\u00e9morbide.<\/li>\n<li><strong>Symptomatologie floride :<\/strong> Pr\u00e9sence obligatoire d&rsquo;au moins un sympt\u00f4me majeur parmi les id\u00e9es d\u00e9lirantes, les hallucinations ou la d\u00e9sorganisation du discours, fr\u00e9quemment accompagn\u00e9e d&rsquo;agitation ou de catatonie.<\/li>\n<li><strong>Sous-types \u00e9tiologiques :<\/strong> Trois sp\u00e9cificateurs majeurs orientent la compr\u00e9hension clinique : avec facteur de stress marqu\u00e9 (psychose r\u00e9actionnelle), sans facteur de stress marqu\u00e9, ou \u00e0 d\u00e9but lors du p\u00e9ripartum.<\/li>\n<li><strong>Urgence diagnostique d&rsquo;exclusion :<\/strong> N\u00e9cessit\u00e9 absolue d&rsquo;\u00e9liminer formellement une cause neurologique, une affection m\u00e9tabolique g\u00e9n\u00e9rale ou une impr\u00e9gnation par des substances psychoactives avant de poser le diagnostic.<\/li>\n<li><strong>Prise en charge protectrice :<\/strong> Hospitalisation en milieu s\u00e9curis\u00e9, utilisation transitoire et cibl\u00e9e d&rsquo;antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration et de benzodiaz\u00e9pines, suivie d&rsquo;un accompagnement psychologique de soutien pour int\u00e9grer l&rsquo;exp\u00e9rience critique.<\/li>\n<li><strong>\u00c9volution et pronostic :<\/strong> Bien que la r\u00e9mission soit la r\u00e8gle \u00e0 court terme, un suivi au long cours s&rsquo;impose car pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des patients sont susceptibles de pr\u00e9senter ult\u00e9rieurement une transition vers un trouble du spectre affectif ou schizophr\u00e9nique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2013). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed.). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596<\/a><\/li>\n<li>Castagnini, A., &amp; Galeazzi, G. M. (2016). Acute and transient psychotic disorders: Clinical and nosological issues. <em>Current Opinion in Psychiatry<\/em>, 29(3), 195&ndash;200. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/YCO.0000000000000244\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1097\/YCO.0000000000000244<\/a><\/li>\n<li>Ey, H., Bernard, P., &amp; Brisset, C. (2010). <em>Manuel de psychiatrie<\/em> (6e &eacute;d.). Elsevier Masson.<\/li>\n<li>Garety, P. A., Kuipers, E., Fowler, D., Freeman, D., &amp; Bebbington, P. E. (2001). A cognitive model of the positive symptoms of psychosis. <em>Psychological Medicine<\/em>, 31(2), 189&ndash;195. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0033291701003312\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0033291701003312<\/a><\/li>\n<li>Pillmann, F., &amp; Marneros, A. (2003). Brief and acute psychoses: The development of concepts. <em>History of Psychiatry<\/em>, 14(2), 161&ndash;177. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0957154X030142002\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/0957154X030142002<\/a><\/li>\n<li>World Health Organization. (2019). <em>International statistical classification of diseases and related health problems<\/em> (11th ed.). World Health Organization. <a href=\"https:\/\/icd.who.int\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/icd.who.int\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le trouble psychotique bref est une urgence psychiatrique caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;apparition soudaine d&rsquo;id\u00e9es d\u00e9lirantes, d&rsquo;hallucinations ou d&rsquo;une d\u00e9sorganisation du discours, durant de moins d&rsquo;un mois avec r\u00e9mission compl\u00e8te.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[958,859],"tags":[37904,1076,479,607,419,31814],"class_list":["post-22502","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychiatrie-clinique","category-psychopathologie","tag-bouffee-delirante-aigue","tag-dsm-5","tag-psychiatrie","tag-psychose","tag-sante-mentale","tag-trouble-psychotique-bref"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22502","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22502\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22502"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22502"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22502"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}