{"id":22475,"date":"2026-10-27T11:45:15","date_gmt":"2026-10-27T11:45:15","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=regle-de-brawner"},"modified":"2026-10-27T11:45:15","modified_gmt":"2026-10-27T11:45:15","slug":"regle-de-brawner","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=regle-de-brawner","title":{"rendered":"R\u00e8gle de Brawner : Folie et responsabilit\u00e9 p\u00e9nale"},"content":{"rendered":"<p>La d\u00e9termination de la responsabilit\u00e9 criminelle face \u00e0 la maladie mentale repr\u00e9sente l&rsquo;un des carrefours les plus complexes et d\u00e9battus entre la psychiatrie clinique et le droit p\u00e9nal. \u00c9mergeant d&rsquo;une longue qu\u00eate jurisprudentielle pour concilier la science du comportement humain et les exigences de la justice r\u00e9tributive, la <strong>r\u00e8gle de Brawner<\/strong> constitue un jalon fondamental dans l&rsquo;\u00e9valuation m\u00e9dico-l\u00e9gale de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale. En red\u00e9finissant les crit\u00e8res d&rsquo;ali\u00e9nation mentale par l&rsquo;adoption des standards de l&rsquo;American Law Institute, cette jurisprudence a profond\u00e9ment transform\u00e9 l&rsquo;articulation entre cognition, volition et imputabilit\u00e9 morale.<\/p>\n<h2>R\u00e8gle de Brawner (Brawner Rule)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>r\u00e8gle de Brawner<\/strong> est une norme juridique d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale pour cause d&rsquo;ali\u00e9nation mentale (<em>insanity defense<\/em>), formul\u00e9e en 1972 par la Cour d&rsquo;appel des \u00c9tats-Unis pour le circuit du district de Columbia dans l&rsquo;arr\u00eat <em>United States v. Brawner<\/em>. Elle stipule qu&rsquo;un pr\u00e9venu n&rsquo;est pas p\u00e9nalement responsable de ses actes si, au moment des faits et en raison d&rsquo;une maladie ou d&rsquo;une d\u00e9ficience mentale, il pr\u00e9sentait un d\u00e9faut substantiel de capacit\u00e9 soit pour appr\u00e9cier l&rsquo;illic\u00e9it\u00e9 (ou le caract\u00e8re r\u00e9pr\u00e9hensible) de sa conduite, soit pour conformer sa conduite aux exigences de la loi.<\/p>\n<p>Cette doctrine s&rsquo;est substitu\u00e9e \u00e0 la r\u00e8gle de Durham (ou crit\u00e8re du \u00ab produit \u00bb) et a adopt\u00e9 les principes \u00e9nonc\u00e9s dans la section 4.01 du <em>Model Penal Code<\/em> (Code p\u00e9nal mod\u00e8le) de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/American_Law_Institute\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">American Law Institute<\/a> (ALI). Contrairement aux r\u00e8gles traditionnelles plus rigides, elle introduit un double volet cognitif et volitionnel, tout en requ\u00e9rant une perte de capacit\u00e9 \u00ab substantielle \u00bb plut\u00f4t qu&rsquo;une abolition totale et absolue des facult\u00e9s mentales.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie m\u00e9dico-l\u00e9gale et de la psychiatrie judiciaire, la r\u00e8gle de Brawner repr\u00e9sente le standard moderne le plus \u00e9quilibr\u00e9 du XXe si\u00e8cle, conf\u00e9rant aux experts de la sant\u00e9 mentale la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9clairer le tribunal sur la dynamique psychologique sous-jacente du justiciable, sans pour autant usurper le r\u00f4le moral et normatif du jury.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Sur le plan onomastique et juridique, l&rsquo;expression \u00ab r\u00e8gle de Brawner \u00bb (<em>Brawner rule<\/em> en anglais) tire sa d\u00e9signation directe du requ\u00e9rant Archie W. Brawner, justiciable am\u00e9ricain au c\u0153ur de l&rsquo;arr\u00eat \u00e9ponyme rendu le 23 juin 1972. Le patronyme d&rsquo;origine anglo-saxonne a ainsi \u00e9t\u00e9 immortalis\u00e9 dans le lexique de la proc\u00e9dure p\u00e9nale compar\u00e9e pour d\u00e9signer la synth\u00e8se pr\u00e9torienne op\u00e9r\u00e9e par la juridiction f\u00e9d\u00e9rale d&rsquo;appel.<\/p>\n<p>Le vocabulaire conceptuel articul\u00e9 au sein de la r\u00e8gle puise ses sources dans le latin juridique et la tradition de la <em>common law<\/em>. La notion de responsabilit\u00e9 renvoie au latin <em>respondere<\/em> (se porter garant, r\u00e9pondre de ses actes), tandis que l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment intentionnel indispensable \u00e0 la culpabilit\u00e9 s&rsquo;enracine dans la maxime <em>actus non facit reum nisi mens sit rea<\/em> (l&rsquo;acte ne rend coupable que si l&rsquo;esprit est coupable). Le terme \u00ab ali\u00e9nation \u00bb d\u00e9coule quant \u00e0 lui du latin <em>alienus<\/em> (\u00e9tranger \u00e0 soi-m\u00eame ou \u00e0 la communaut\u00e9), conceptualisant la perte d&rsquo;autonomie psychique.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature psychiatrique francophone, le terme est g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9sign\u00e9 par \u00ab r\u00e8gle de Brawner \u00bb ou assimil\u00e9 au \u00ab standard de l&rsquo;ALI \u00bb (American Law Institute). L&rsquo;expression a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e dans les trait\u00e9s de psychiatrie l\u00e9gale pour qualifier les mod\u00e8les int\u00e9grant conjointement les alt\u00e9rations de la sph\u00e8re cognitive et de la sph\u00e8re du contr\u00f4le des impulsions.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le terme se prononce phon\u00e9tiquement [\u0281\u025b\u0261l d\u0259 b\u0281on\u0153\u0281] ou [b\u0281aw.n\u0153\u0281], en adaptant le patronyme anglais d&rsquo;origine [\u02c8br\u0254\u02d0n\u0259r]. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin invariable en nombre lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe l&rsquo;arr\u00eat de principe, bien que l&rsquo;on puisse employer le pluriel pour \u00e9voquer l&rsquo;ensemble des dispositions jurisprudentielles aff\u00e9rentes (\u00ab les composantes de la r\u00e8gle de Brawner \u00bb).<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, la locution s&#8217;emploie principalement comme compl\u00e9ment de d\u00e9termination dans des formulations sp\u00e9cialis\u00e9es telles que : \u00ab l&rsquo;application de la r\u00e8gle de Brawner \u00bb, \u00ab le standard Brawner-ALI \u00bb, ou encore \u00ab l&rsquo;examen m\u00e9dico-l\u00e9gal sous l&#8217;empire de la r\u00e8gle de Brawner \u00bb. Dans le discours judiciaire, elle fait office de nom propre cat\u00e9goriel caract\u00e9risant un r\u00e9gime probatoire sp\u00e9cifique d&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;imputabilit\u00e9.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour saisir la port\u00e9e de la r\u00e8gle de Brawner, il convient de comprendre la tension historique entre le d\u00e9terminisme clinique et le postulat du libre arbitre qui fonde le syst\u00e8me p\u00e9nal. Le droit postule qu&rsquo;un individu adulte et sain d&rsquo;esprit poss\u00e8de la capacit\u00e9 morale et cognitive de choisir entre l&rsquo;ob\u00e9issance aux lois et leur transgression. Lorsque ce libre arbitre est \u00e9rod\u00e9 par une alt\u00e9ration psychiatrique s\u00e9v\u00e8re, imposer un ch\u00e2timent r\u00e9tributif perd sa justification morale et son efficacit\u00e9 pr\u00e9ventive.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle de Brawner structure cette \u00e9valuation autour de deux volets distincts mais compl\u00e9mentaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le volet cognitif (\u00ab appr\u00e9cier l&rsquo;illic\u00e9it\u00e9 \u00bb) :<\/strong> Contrairement \u00e0 la stricte r\u00e8gle de M&rsquo;Naghten de 1843 qui exigeait de prouver que l&rsquo;accus\u00e9 ne \u00ab savait \u00bb pas intellectuellement ce qu&rsquo;il faisait, Brawner emploie le verbe \u00ab appr\u00e9cier \u00bb (<em>to appreciate<\/em>). Cette nuance lexicale est capitale : appr\u00e9cier ne signifie pas seulement \u00eatre capable d&rsquo;\u00e9noncer verbalement qu&rsquo;un acte est interdit par la loi, mais englobe une compr\u00e9hension affective, contextuelle et pratique de la gravit\u00e9 morale et sociale de l&rsquo;acte. Une personne psychotique d\u00e9lirante peut \u00eatre capable de r\u00e9citer le code p\u00e9nal tout en \u00e9tant totalement incapable d&rsquo;int\u00e9grer affectivement la r\u00e9alit\u00e9 de son comportement criminel.<\/li>\n<li><strong>Le volet volitionnel (\u00ab conformer sa conduite \u00bb) :<\/strong> M\u00eame si l&rsquo;individu appr\u00e9cie la nature d\u00e9lictueuse de son geste, la r\u00e8gle examine s&rsquo;il disposait du pouvoir d&rsquo;inhibition n\u00e9cessaire pour s&rsquo;abstenir de le commettre. Ce crit\u00e8re prot\u00e8ge les personnes souffrant de pulsions irr\u00e9sistibles induites par une pathologie mentale (par exemple, des \u00e9tats maniaques extr\u00eames, des troubles obsessionnels-compulsifs majeurs ou des automatismes li\u00e9s \u00e0 des alt\u00e9rations neurobiologiques aigu\u00ebs).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Un autre apport conceptuel fondamental r\u00e9side dans le rejet du mod\u00e8le binaire du \u00ab tout ou rien \u00bb. La r\u00e8gle requiert l&rsquo;absence d&rsquo;une \u00ab capacit\u00e9 substantielle \u00bb (<em>lacks substantial capacity<\/em>). Le l\u00e9gislateur et les juges ont reconnu que les maladies mentales d\u00e9truisent rarement l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du fonctionnement psychique d&rsquo;un \u00eatre humain. En substituant l&rsquo;exigence d&rsquo;abolition absolue par celle d&rsquo;une d\u00e9ficience substantielle, la r\u00e8gle a harmonis\u00e9 le langage juridique avec la r\u00e9alit\u00e9 nosographique et clinique de la psychiatrie.<\/p>\n<p>Enfin, la r\u00e8gle comporte une restriction explicite, souvent appel\u00e9e la \u00ab clause antisociale \u00bb : les termes \u00ab maladie ou d\u00e9ficience mentale \u00bb excluent formellement toute anomalie qui ne se manifeste exclusivement que par des actes criminels r\u00e9p\u00e9t\u00e9s ou une conduite antisociale r\u00e9currente. Cette exclusion visait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 \u00e9carter le diagnostic de psychopathie ou de trouble de la personnalit\u00e9 antisociale de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale, afin d&#8217;emp\u00eacher que la criminalit\u00e9 habituelle serve elle-m\u00eame de preuve d&rsquo;ali\u00e9nation.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence de la r\u00e8gle de Brawner s&rsquo;inscrit dans une dialectique judiciaire s&rsquo;\u00e9tendant sur plus d&rsquo;un si\u00e8cle aux \u00c9tats-Unis. La tradition anglo-saxonne reposait originellement sur les <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/M%27Naghten_rules\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">r\u00e8gles de M&rsquo;Naghten<\/a> (1843), issues du proc\u00e8s de Daniel M&rsquo;Naghten en Angleterre. Ce crit\u00e8re reposait exclusivement sur une logique cognitive \u00e9troite : l&rsquo;accus\u00e9 ignorait-il la nature et la qualit\u00e9 de son acte, ou savait-il qu&rsquo;il agissait mal ? Devant les critiques d\u00e9non\u00e7ant le m\u00e9pris de la psychiatrie moderne pour les troubles du contr\u00f4le moteur et affectif, plusieurs juridictions y adjoignirent plus tard le crit\u00e8re de l&rsquo;\u00ab impulsion irr\u00e9sistible \u00bb.<\/p>\n<p>En 1954, le juge David L. Bazelon de la Cour d&rsquo;appel du circuit de D.C. tenta une r\u00e9volution copernicienne dans l&rsquo;arr\u00eat <em>Durham v. United States<\/em> en instituant la \u00ab r\u00e8gle du produit \u00bb : un pr\u00e9venu n&rsquo;\u00e9tait pas responsable si son acte ill\u00e9gal \u00e9tait le simple produit d&rsquo;une maladie ou d&rsquo;un d\u00e9faut mental. Bien que s\u00e9duisante par son apparente simplicit\u00e9, la r\u00e8gle de Durham ouvrit la porte \u00e0 d&rsquo;immenses d\u00e9rives. Les experts psychiatres finirent par dominer totalement le pr\u00e9toire en affirmant de mani\u00e8re circulaire qu&rsquo;une pathologie avait \u00ab produit \u00bb l&rsquo;infraction, d\u00e9poss\u00e9dant ainsi le jury de son pouvoir d&rsquo;appr\u00e9ciation morale.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l&rsquo;impasse de Durham et \u00e0 la multiplication des controverses au sein du barreau et du corps m\u00e9dical, la Cour d&rsquo;appel du circuit de D.C., sous la plume du juge Harold Leventhal, rendit le 23 juin 1972 la d\u00e9cision <em>United States v. Brawner<\/em>. Dans un arr\u00eat unanime de neuf juges si\u00e9geant <em>en banc<\/em>, la cour abrogea formellement la r\u00e8gle de Durham pour adopter officiellement le crit\u00e8re r\u00e9dig\u00e9 en 1962 par l&rsquo;American Law Institute dans son Code p\u00e9nal mod\u00e8le. Leventhal souligna la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9\u00e9quilibrer le proc\u00e8s p\u00e9nal : rendre aux experts la libert\u00e9 de t\u00e9moigner cliniquement sans les forcer \u00e0 exprimer des jugements l\u00e9gaux conclusifs, tout en r\u00e9affirmant que la notion de responsabilit\u00e9 demeure une d\u00e9cision \u00e9thique revenant exclusivement aux jur\u00e9s.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle de Brawner devint rapidement le standard dominant dans la quasi-totalit\u00e9 des juridictions f\u00e9d\u00e9rales am\u00e9ricaines tout au long des ann\u00e9es 1970. Toutefois, cette h\u00e9g\u00e9monie connut un coup d&rsquo;arr\u00eat brutal en 1982 avec l&rsquo;acquittement pour cause de d\u00e9mence de John Hinckley Jr., auteur de la tentative d&rsquo;assassinat contre le pr\u00e9sident Ronald Reagan. L&rsquo;indignation populaire face \u00e0 ce verdict provoqua l&rsquo;adoption par le Congr\u00e8s de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Insanity_Defense_Reform_Act\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">Insanity Defense Reform Act<\/a> de 1984, qui rejeta le volet volitionnel de Brawner au niveau f\u00e9d\u00e9ral, r\u00e9instaurant un standard cognitif tr\u00e8s proche de M&rsquo;Naghten.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>D&rsquo;un point de vue philosophique et jurisprudentiel, la r\u00e8gle de Brawner repose sur les th\u00e9ories de la responsabilit\u00e9 morale h\u00e9rit\u00e9es de la tradition kantienne et utilitariste. Emmanuel Kant posait que la dignit\u00e9 humaine et l&rsquo;imputabilit\u00e9 morale d\u00e9rivent de l&rsquo;autonomie de la volont\u00e9 et de la capacit\u00e9 de discernement rationnel. Si un trouble psychique d\u00e9truit substantiellement la facult\u00e9 d&rsquo;orienter sa volont\u00e9 selon une maxime morale ou l\u00e9gale, appliquer une peine constitue une instrumentalisation injuste d&rsquo;un individu priv\u00e9 de son agentivit\u00e9 morale.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, la r\u00e8gle s&rsquo;aligne sur les th\u00e9ories holistiques de la personnalit\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es par la psychopathologie dynamique et la psychologie cognitive du XXe si\u00e8cle. Contrairement aux doctrines formalistes du XIXe si\u00e8cle qui cloisonnaient l&rsquo;intelligence, la volont\u00e9 et l&rsquo;affect, la psychologie contemporaine con\u00e7oit l&rsquo;esprit comme un syst\u00e8me hautement int\u00e9gr\u00e9. L&rsquo;alt\u00e9ration du jugement moral d\u00e9coule rarement d&rsquo;une ignorance purement s\u00e9mantique des lois p\u00e9nales ; elle provient d&rsquo;une d\u00e9sorganisation structurelle o\u00f9 les distorsions perceptives, les angoisses pers\u00e9cutives et les d\u00e9faillances des fonctions ex\u00e9cutives frontales interf\u00e8rent avec la r\u00e9gulation comportementale.<\/p>\n<p>Dans la perspective de la th\u00e9orie juridique fonctionnaliste, telle que d\u00e9fendue par Herbert Wechsler (principal r\u00e9dacteur du <em>Model Penal Code<\/em>), la r\u00e8gle de Brawner accommode la justice avec la r\u00e9alit\u00e9 des diagnostics psychiatriques. Elle postule qu&rsquo;un syst\u00e8me juridique ne peut conserver son autorit\u00e9 morale que s&rsquo;il utilise un lexique intelligible tant pour les jur\u00e9s profanes que pour les praticiens de la m\u00e9decine mentale, garantissant que les sanctions soient r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 ceux qui poss\u00e9daient une capacit\u00e9 r\u00e9elle de choix.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture de la r\u00e8gle de Brawner s&rsquo;articule autour de quatre dimensions structurelles interd\u00e9pendantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le substrat pathologique pr\u00e9alable (\u00ab Maladie ou d\u00e9ficience mentale \u00bb) :<\/strong> Le trouble ne peut \u00eatre une simple r\u00e9action \u00e9motionnelle passag\u00e8re ou une col\u00e8re circonstancielle ; il doit s&rsquo;agir d&rsquo;une perturbation pathologique reconnue par la nosographie clinique (ex. schizophr\u00e9nie, trouble bipolaire en phase d\u00e9lirante, d\u00e9mence organique ou l\u00e9sion c\u00e9r\u00e9brale traumatique).<\/li>\n<li><strong>La dimension cognitive \u00e9valuative (\u00ab Appr\u00e9cier l&rsquo;illic\u00e9it\u00e9 \u00bb) :<\/strong> Cette dimension transcende la simple m\u00e9morisation intellectuelle de la loi. Elle requiert la capacit\u00e9 de comprendre la port\u00e9e morale, l&rsquo;injustice sociale et la dimension destructrice de l&rsquo;acte au moment pr\u00e9cis de son ex\u00e9cution.<\/li>\n<li><strong>La dimension volitionnelle r\u00e9gulatrice (\u00ab Conformer sa conduite \u00bb) :<\/strong> Elle interroge l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des syst\u00e8mes de contr\u00f4le inhibiteur. L&rsquo;individu poss\u00e9dait-il la force du moi et les ressources neurologiques n\u00e9cessaires pour r\u00e9fr\u00e9ner son passage \u00e0 l&rsquo;acte face \u00e0 la contrainte normative ?<\/li>\n<li><strong>Le seuil probabiliste et d&rsquo;intensit\u00e9 (\u00ab Manque de capacit\u00e9 substantielle \u00bb) :<\/strong> La r\u00e8gle r\u00e9cuse l&rsquo;exigence d&rsquo;une destruction totale (qui r\u00e9duirait l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 \u00e0 des \u00e9tats comateux ou \u00e0 des \u00e9tats de d\u00e9mence grabataire) et retient une perte significative qui prive le sujet de son pouvoir d&rsquo;autod\u00e9termination ordinaire.<\/li>\n<li><strong>La clause d&rsquo;exclusion sociopathique (Caveat de l&rsquo;ALI) :<\/strong> L&rsquo;exclusion d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e des personnalit\u00e9s criminelles chroniques sans dysfonctionnement psychotique ou cognitif structurel, emp\u00eachant que la r\u00e9cidive d\u00e9lictuelle constitue la substance de la d\u00e9fense.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la mise en \u0153uvre pratique de la r\u00e8gle de Brawner, consid\u00e9rons le cas paradigmatique d&rsquo;un patient atteint de schizophr\u00e9nie parano\u00efde s\u00e9v\u00e8re pr\u00e9sentant des d\u00e9lires de pers\u00e9cution syst\u00e9matis\u00e9s. L&rsquo;individu abat un agent de police dans la conviction absolue, sous-tendue par des hallucinations acoustico-verbales imp\u00e9rieuses, que l&rsquo;officier est un d\u00e9mon extraterrestre envoy\u00e9 pour ex\u00e9cuter sa famille. Sous le prisme de la r\u00e8gle de Brawner, bien que le sujet sache abstraitement que tuer un policier est un meurtre puni par le droit commun, il ne dispose pas de la capacit\u00e9 substantielle d&rsquo;appr\u00e9cier la r\u00e9elle illic\u00e9it\u00e9 de son acte, son univers moral \u00e9tant enti\u00e8rement fauss\u00e9 par sa psychose d\u00e9compens\u00e9e.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me cas illustre la dimension volitionnelle : un individu pr\u00e9sentant un traumatisme cr\u00e2nien frontal majeur associ\u00e9 \u00e0 un trouble neurologique entra\u00eenant des pulsions d\u00e9shinib\u00e9es irr\u00e9pressibles. L&rsquo;individu a conscience que voler ou agresser autrui est ill\u00e9gal et r\u00e9pr\u00e9hensible sur le plan moral, mais ses structures pr\u00e9frontales dorsolat\u00e9rales et orbitaires n\u00e9cros\u00e9es d\u00e9truisent sa capacit\u00e9 physiologique \u00e0 conformer son comportement aux normes l\u00e9gales. Alors que la stricte r\u00e8gle de M&rsquo;Naghten rejetterait sa d\u00e9fense en raison du maintien de sa lucidit\u00e9 intellectuelle, la r\u00e8gle de Brawner permet de conclure \u00e0 l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale en raison de la faillite du volet volitionnel.<\/p>\n<p>Inversement, le cas d&rsquo;un membre d&rsquo;un cartel criminel jug\u00e9 pour homicide avec pr\u00e9m\u00e9ditation illustre la clause d&rsquo;exclusion. M\u00eame si un psychiatre de la d\u00e9fense diagnostique un trouble de la personnalit\u00e9 antisociale caract\u00e9ris\u00e9 par une absence d&#8217;empathie et un m\u00e9pris syst\u00e9matique des lois, ce trouble se manifeste exclusivement par des conduites r\u00e9pr\u00e9hensibles r\u00e9currentes sans perte de contact avec la r\u00e9alit\u00e9 ni abolition de la volont\u00e9 propre. En vertu de la clause restrictive de Brawner, ce profil est express\u00e9ment d\u00e9bout\u00e9 de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation clinique et m\u00e9dico-l\u00e9gale<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation m\u00e9dico-l\u00e9gale sous le r\u00e9gime de la r\u00e8gle de Brawner requiert une expertise clinique r\u00e9trospective particuli\u00e8rement rigoureuse, d\u00e9sign\u00e9e sous l&rsquo;appellation d&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;\u00e9tat mental au moment de l&rsquo;infraction (<em>Mental State at the Time of the Offense<\/em> ou MSO). Contrairement \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;aptitude \u00e0 subir son proc\u00e8s (<em>competency to stand trial<\/em>), qui s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat psychique actuel du justiciable, l&rsquo;expertise d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 reconstruit l&rsquo;\u00e9cologie cognitive et motivationnelle du crime pass\u00e9.<\/p>\n<p>Les cliniciens s&rsquo;appuient sur des d\u00e9marches m\u00e9thodologiques standardis\u00e9es combinant :<\/p>\n<ul>\n<li>Des entretiens cliniques approfondis explorant l&rsquo;histoire psychiatrique, d\u00e9veloppementale et criminologique du sujet ;<\/li>\n<li>L&rsquo;examen exhaustif des pi\u00e8ces de proc\u00e9dure (d\u00e9positions de t\u00e9moins, enregistrements vid\u00e9o, comptes-rendus d&rsquo;arrestation) pour analyser la coh\u00e9rence comportementale avant, pendant et apr\u00e8s les faits ;<\/li>\n<li>L&rsquo;utilisation d&rsquo;\u00e9chelles de validit\u00e9 pour d\u00e9tecter la simulation ou l&rsquo;exag\u00e9ration de sympt\u00f4mes, comme le test d&rsquo;\u00e9valuation structur\u00e9e de simulation de sympt\u00f4mes (<em>Structured Interview of Reported Symptoms<\/em>, SIRS-2) ou le <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Minnesota_Multiphasic_Personality_Inventory\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">Minnesota Multiphasic Personality Inventory<\/a> (MMPI-3) ;<\/li>\n<li>L&rsquo;administration d&rsquo;instruments sp\u00e9cifiques \u00e0 la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale, notamment l&rsquo;\u00e9chelle R-CRAS (<em>Rogers Criminal Responsibility Assessment Scales<\/em>), \u00e9labor\u00e9e par Richard Rogers. Cet outil psychom\u00e9trique structure directement l&rsquo;\u00e9valuation clinique autour des crit\u00e8res de l&rsquo;ALI\/Brawner en quantifiant le degr\u00e9 de d\u00e9sorganisation cognitive et de perte de contr\u00f4le volitionnel.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le clinicien expert a pour mandat d&rsquo;\u00e9tablir un lien fonctionnel de causalit\u00e9 directe entre l&rsquo;affection psychiatrique identifi\u00e9e et l&rsquo;incapacit\u00e9 substantielle constat\u00e9e. L&rsquo;expert ne doit pas se contenter de poser un diagnostic issu du DSM-5-TR ou de la CIM-11 ; il doit d\u00e9montrer rigoureusement comment la pathologie a oblit\u00e9r\u00e9 la capacit\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9ciation morale ou la capacit\u00e9 d&rsquo;autocontr\u00f4le de l&rsquo;individu lors du passage \u00e0 l&rsquo;acte.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Bien que la r\u00e9forme f\u00e9d\u00e9rale de 1984 ait restreint l&rsquo;usage du volet volitionnel dans les tribunaux f\u00e9d\u00e9raux des \u00c9tats-Unis, la r\u00e8gle de Brawner (sous sa forme ALI) continue d&rsquo;exercer une influence pr\u00e9pond\u00e9rante dans de nombreuses l\u00e9gislations \u00e9tatiques am\u00e9ricaines. Dans ces juridictions, elle sert de cadre directeur pour les instructions d\u00e9livr\u00e9es par les juges aux jur\u00e9s lors des proc\u00e8s criminels d&rsquo;assises portant sur des homicides ou des crimes de sang majeurs.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du pr\u00e9toire am\u00e9ricain, la formulation philosophique de Brawner a profond\u00e9ment influenc\u00e9 la codification du droit p\u00e9nal international et continental. En droit compar\u00e9, de nombreux pays ont adopt\u00e9 des dispositions dont la structure bipartite refl\u00e8te parfaitement le standard Brawner-ALI. C&rsquo;est notamment le cas de l&rsquo;article 122-1 du Code p\u00e9nal fran\u00e7ais, qui distingue l&rsquo;abolition ou l&rsquo;alt\u00e9ration du \u00ab discernement \u00bb (volet cognitif) et du \u00ab contr\u00f4le des actes \u00bb (volet volitionnel).<\/p>\n<p>Sur le plan p\u00e9nitentiaire et th\u00e9rapeutique, l&rsquo;admission d&rsquo;une d\u00e9fense sous la r\u00e8gle de Brawner ne se traduit pas par une lib\u00e9ration de l&rsquo;accus\u00e9, contrairement \u00e0 une croyance populaire tenace. L&rsquo;accus\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 \u00ab non coupable pour cause d&rsquo;ali\u00e9nation mentale \u00bb (<em>Not Guilty by Reason of Insanity<\/em>, NGRI) fait l&rsquo;objet d&rsquo;un internement d&rsquo;office dans un h\u00f4pital psychiatrique de s\u00e9curit\u00e9 maximale. Sa lib\u00e9ration ult\u00e9rieure n&rsquo;est pas d\u00e9termin\u00e9e par une dur\u00e9e de peine fixe, mais par la d\u00e9monstration clinique future qu&rsquo;il ne repr\u00e9sente plus un danger imminent pour lui-m\u00eame ou pour la s\u00e9curit\u00e9 publique, une mesure qui exc\u00e8de fr\u00e9quemment la dur\u00e9e de la peine d&#8217;emprisonnement qu&rsquo;il aurait encourue.<\/p>\n<h3>11. Recherches et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations empiriques en psychologie l\u00e9gale ont largement d\u00e9mystifi\u00e9 l&rsquo;utilisation de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale en g\u00e9n\u00e9ral, et du standard Brawner en particulier. Les travaux fondateurs de chercheurs tels que Steadman, McGreevy et Pasewark ont \u00e9tabli que la d\u00e9fense d&rsquo;ali\u00e9nation mentale n&rsquo;est plaid\u00e9e que dans moins de 1 % de l&rsquo;ensemble des affaires p\u00e9nales impliquant des crimes graves (environ 0,85 %), et qu&rsquo;elle n&rsquo;aboutit \u00e0 un acquittement que dans environ 25 % de ces rares occurrences.<\/p>\n<p>Une question empirique majeure soulev\u00e9e par l&rsquo;arr\u00eat Brawner concernait l&rsquo;impact r\u00e9el du changement de r\u00e8gle l\u00e9gale sur les d\u00e9lib\u00e9rations des jur\u00e9s. Des \u00e9tudes exp\u00e9rimentales de psychologie juridique men\u00e9es au moyen de proc\u00e8s simul\u00e9s (<em>mock jury trials<\/em>), notamment celles conduites par Norman Finkel ou Rita Simon, ont apport\u00e9 des r\u00e9sultats surprenants : les jur\u00e9s profanes ont tendance \u00e0 appliquer leur propre th\u00e9orie implicite de la justice et de la responsabilit\u00e9 morale (\u00ab common-sense justice \u00bb), quelle que soit l&rsquo;instruction l\u00e9gale sp\u00e9cifique re\u00e7ue (M&rsquo;Naghten, Durham ou Brawner). L&rsquo;instruction technique donn\u00e9e par le juge a souvent un impact marginal compar\u00e9 \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 apparente du tableau clinique expos\u00e9 par les t\u00e9moins experts.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les recherches de Richard Rogers sur la fid\u00e9lit\u00e9 inter-juges de l&rsquo;\u00e9chelle R-CRAS ont d\u00e9montr\u00e9 que lorsque les cliniciens utilisent des instruments standardis\u00e9s op\u00e9rationnalisant les composantes de la r\u00e8gle de Brawner, le taux d&rsquo;accord diagnostique et m\u00e9dico-l\u00e9gal entre experts ind\u00e9pendants d\u00e9passe 85 %, r\u00e9futant ainsi l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle le volet volitionnel serait intrins\u00e8quement impossible \u00e0 \u00e9valuer scientifiquement.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et comparatives<\/h3>\n<p>L&rsquo;application d&rsquo;un crit\u00e8re comme la r\u00e8gle de Brawner ne s&rsquo;effectue pas dans un vide culturel. L&rsquo;appr\u00e9ciation de ce qui est \u00ab r\u00e9pr\u00e9hensible \u00bb ou \u00ab illicite \u00bb renvoie aux valeurs morales partag\u00e9es d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. Dans les soci\u00e9t\u00e9s multiculturelles, les d\u00e9lires mystiques ou religieux peuvent parfois \u00eatre confondus avec des croyances spirituelles admises au sein de certaines minorit\u00e9s ethniques ou religieuses, ce qui impose aux psychiatres l\u00e9gistes une rigoureuse comp\u00e9tence culturelle pour \u00e9viter de pathologiser des croyances non psychopathologiques.<\/p>\n<p>Sur le plan international, les approches juridiques divergent sensiblement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syst\u00e8mes de Common Law :<\/strong> Alors que les \u00c9tats-Unis ont connu une scission entre les \u00c9tats fid\u00e8les \u00e0 M&rsquo;Naghten et ceux adeptes du mod\u00e8le Brawner\/ALI, des pays comme le Royaume-Uni sont demeur\u00e9s formellement attach\u00e9s aux r\u00e8gles de M&rsquo;Naghten de 1843, bien qu&rsquo;ils aient introduit la notion de \u00ab responsabilit\u00e9 diminu\u00e9e \u00bb (<em>diminished responsibility<\/em>) par le <em>Homicide Act<\/em> de 1957.<\/li>\n<li><strong>Syst\u00e8mes de Droit romano-germanique :<\/strong> L&rsquo;Allemagne (\u00a7 20 du <em>Strafgesetzbuch<\/em>) et la Suisse (Article 19 du Code p\u00e9nal suisse) utilisent des formules l\u00e9gislatives remarquablement proches de Brawner, exigeant d&rsquo;\u00e9valuer concurremment la facult\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9cier le caract\u00e8re illicite de l&rsquo;acte (<em>Einsichtsf\u00e4higkeit<\/em>) et la facult\u00e9 d&rsquo;agir d&rsquo;apr\u00e8s cette appr\u00e9ciation (<em>Steuerungsf\u00e4higkeit<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Syst\u00e8me fran\u00e7ais :<\/strong> Le droit fran\u00e7ais rejette la notion binaire de non-culpabilit\u00e9 pour ali\u00e9nation mentale au profit de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale pr\u00e9vue \u00e0 l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/codes\/article_lc\/LEGIARTI000006417201\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">article 122-1 du Code p\u00e9nal<\/a>. Le droit fran\u00e7ais distingue l&rsquo;abolition totale du discernement (qui conduit \u00e0 un non-lieu psychiatrique ou \u00e0 un arr\u00eat d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale) de la simple alt\u00e9ration, laquelle laisse subsister la culpabilit\u00e9 p\u00e9nale tout en orientant la modulation de la peine.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>La r\u00e8gle de Brawner a fait l&rsquo;objet de violentes attaques \u00e9manant de deux camps oppos\u00e9s : les juristes conservateurs et les psychiatres acad\u00e9miques sceptiques quant aux pr\u00e9tentions de leur propre discipline. La critique la plus incisive concerne l&rsquo;\u00e9valuation de la composante volitionnelle, \u00e0 savoir la notion de \u00ab perte de contr\u00f4le \u00bb ou d&rsquo;\u00ab incapacit\u00e9 de conformer sa conduite \u00bb.<\/p>\n<p>De nombreux psychiatres l\u00e9gistes, relay\u00e9s par la prise de position officielle de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/American_Psychiatric_Association\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">American Psychiatric Association<\/a> (APA) en 1983 \u00e0 la suite de l&rsquo;affaire Hinckley, ont soutenu que la science psychiatrique ne dispose d&rsquo;aucun fondement objectif pour distinguer une pulsion non ma\u00eetris\u00e9e (<em>an impulse not resisted<\/em>) d&rsquo;une pulsion v\u00e9ritablement irr\u00e9sistible (<em>an impulse that could not be resisted<\/em>). Selon cette critique, \u00e9valuer la capacit\u00e9 volitionnelle revient \u00e0 transformer le m\u00e9decin en un devin sp\u00e9culatif, forc\u00e9 de rendre un jugement moral masqu\u00e9 sous des oripeaux cliniques.<\/p>\n<p>Une autre controverse r\u00e9currente porte sur la clause d&rsquo;exclusion sociopathique. Plusieurs th\u00e9oriciens du droit ont soulign\u00e9 l&rsquo;incoh\u00e9rence logique de ce paragraphe : si un trouble de la personnalit\u00e9 grave d\u00e9coule d&rsquo;une anomalie neurobiologique ou d&rsquo;un traumatisme pr\u00e9coce document\u00e9, exclure cat\u00e9goriquement ces sujets au seul motif que leur symptomatologie s&rsquo;exprime par une d\u00e9viance antisociale chronique rel\u00e8ve d&rsquo;une p\u00e9tition de principe politique plut\u00f4t que d&rsquo;une distinction clinique coh\u00e9rente.<\/p>\n<p>Enfin, les tenants de l&rsquo;abolitionnisme p\u00e9nal ou au contraire de la r\u00e9tribution int\u00e9grale ont critiqu\u00e9 le terme de capacit\u00e9 \u00ab substantielle \u00bb. Trop flou, cet adjectif accorderait un pouvoir discr\u00e9tionnaire excessif aux tribunaux et laisserait le verdict \u00e0 la merci de l&rsquo;\u00e9loquence respective des experts psychiatres convoqu\u00e9s par l&rsquo;accusation ou par la d\u00e9fense.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion conceptuelle fr\u00e9quente dans l&rsquo;analyse m\u00e9dico-l\u00e9gale, il convient de distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment la r\u00e8gle de Brawner des notions juridiques voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e8gle de M&rsquo;Naghten :<\/strong> Standard exclusivement cognitif du XIXe si\u00e8cle. Diff\u00e8re de Brawner en ce qu&rsquo;elle exige une abolition compl\u00e8te et totale de la connaissance du bien et du mal, et ignore totalement le volet volitionnel du contr\u00f4le des impulsions.<\/li>\n<li><strong>R\u00e8gle de Durham :<\/strong> R\u00e8gle du simple \u00ab produit \u00bb appliqu\u00e9e de 1954 \u00e0 1972 \u00e0 Washington D.C. Brawner s&rsquo;en distingue en rompant avec le lien de causalit\u00e9 automatique et ind\u00e9fini pour instaurer des crit\u00e8res comportementaux et psychologiques pr\u00e9cis (appr\u00e9ciation morale et contr\u00f4le des actes).<\/li>\n<li><strong>Aptitude \u00e0 compara\u00eetre (Competency to stand trial) :<\/strong> Concerne les capacit\u00e9s intellectuelles et relationnelles actuelles de l&rsquo;accus\u00e9 au moment du proc\u00e8s pour comprendre la proc\u00e9dure et communiquer avec son avocat, tandis que la r\u00e8gle de Brawner appr\u00e9cie r\u00e9trospectivement la responsabilit\u00e9 psychique au moment de la commission de l&rsquo;acte d\u00e9lictueux.<\/li>\n<li><strong>Responsabilit\u00e9 diminu\u00e9e (Diminished capacity) :<\/strong> Doctrine de d\u00e9fense ne conduisant pas \u00e0 un acquittement complet pour d\u00e9mence, mais visant \u00e0 prouver que le trouble psychique a emp\u00each\u00e9 l&rsquo;accus\u00e9 de former l&rsquo;intention criminelle sp\u00e9cifique requise (<em>mens rea<\/em>) pour le degr\u00e9 le plus \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;une infraction (par exemple, requalifier un meurtre au premier degr\u00e9 avec pr\u00e9m\u00e9ditation en homicide involontaire).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En somme, la r\u00e8gle de Brawner constitue une tentative d&rsquo;\u00e9quilibre moderne pour r\u00e9soudre l&rsquo;un des dilemmes les plus profonds de la philosophie p\u00e9nale. En articulant harmonieusement le respect des avanc\u00e9es de la psychopathologie clinique avec la mission r\u00e9gulatrice et morale de la justice criminelle, cette jurisprudence a profond\u00e9ment red\u00e9fini l&rsquo;\u00e9valuation de la d\u00e9mence judiciaire.<\/p>\n<p>Les aspects essentiels de la r\u00e8gle incluent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Une d\u00e9cision charni\u00e8re :<\/strong> \u00c9mise en 1972 par la Cour d&rsquo;appel du circuit de D.C. dans l&rsquo;arr\u00eat <em>United States v. Brawner<\/em>, abrogeant la doctrine Durham devenue ing\u00e9rable.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;adoption du standard de l&rsquo;ALI :<\/strong> Alignement sur le Code p\u00e9nal mod\u00e8le (\u00a7 4.01) int\u00e9grant une double appr\u00e9ciation cognitive (appr\u00e9cier l&rsquo;illic\u00e9it\u00e9) et volitionnelle (conformer sa conduite).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;abandon du crit\u00e8re absolutiste :<\/strong> Remplacement de l&rsquo;incapacit\u00e9 totale par l&rsquo;exigence d&rsquo;un d\u00e9faut de \u00ab capacit\u00e9 substantielle \u00bb.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;exclusion de la criminalit\u00e9 ordinaire :<\/strong> Rejet explicite de la psychopathie non psychotique par la clause restrictive antisociale.<\/li>\n<li><strong>Un legs historique d\u00e9terminant :<\/strong> Bien que temp\u00e9r\u00e9e au niveau f\u00e9d\u00e9ral apr\u00e8s 1984, la formule conceptuelle de Brawner demeure la r\u00e9f\u00e9rence philosophique sous-jacente des syst\u00e8mes juridiques modernes occidentaux qui reconnaissent qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de culpabilit\u00e9 l\u00e9gitime sans un discernement intact et une volont\u00e9 libre.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Law Institute. (1962). <em>Model Penal Code: Proposed official draft<\/em>. American Law Institute.<\/li>\n<li>American Psychiatric Association. (1983). American Psychiatric Association statement on the insanity defense. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 140(6), 681\u2013688. https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.140.6.681<\/li>\n<li>Finkel, N. J. (1995). <em>Commonsense justice: Jurors&rsquo; notions of the law<\/em>. Harvard University Press.<\/li>\n<li>Leventhal, H. (1972). <em>United States v. Brawner<\/em>, 471 F.2d 969 (D.C. Cir. 1972). Court of Appeals for the District of Columbia Circuit.<\/li>\n<li>Rogers, R. (1986). <em>Conducting insanity evaluations<\/em>. Van Nostrand Reinhold.<\/li>\n<li>Steadman, H. J., McGreevy, M. A., Donnelly, J. P., Pasewark, R. A., &amp; Callahan, L. A. (1993). <em>Before and after Hinckley: Evaluating insanity defense reform<\/em>. Guilford Press.<\/li>\n<li>Wechsler, H. (1955). The criteria of criminal responsibility. <em>University of Chicago Law Review<\/em>, 22(2), 367\u2013376. https:\/\/doi.org\/10.2307\/1598288<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la r\u00e8gle de Brawner (1972) : son histoire, ses fondements th\u00e9oriques, son double volet cognitif et volitionnel, et son impact sur la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[37838,13,859],"tags":[32401,29844,32888,24433,37839,31053],"class_list":["post-22475","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-criminologique","category-psychologie-legale","category-psychopathologie","tag-alienation-mentale","tag-expertise-judiciaire","tag-model-penal-code","tag-psychiatrie-medico-legale","tag-regle-de-brawner","tag-responsabilite-penale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22475","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22475\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22475"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22475"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22475"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}