{"id":22454,"date":"2026-10-27T10:54:04","date_gmt":"2026-10-27T10:54:04","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=tumeur-cerebrale-psychisme-et-cognition"},"modified":"2026-10-27T10:54:04","modified_gmt":"2026-10-27T10:54:04","slug":"tumeur-cerebrale-psychisme-et-cognition","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=tumeur-cerebrale-psychisme-et-cognition","title":{"rendered":"Tumeur c\u00e9r\u00e9brale : Psychisme et cognition"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019apparition d\u2019une masse n\u00e9oplasique intracr\u00e2nienne constitue l\u2019une des \u00e9preuves biom\u00e9dicales et existentielles les plus d\u00e9stabilisantes pour l\u2019\u00eatre humain, bousculant les fronti\u00e8res intimes entre substrat neurologique et identit\u00e9 psychologique. \u00c0 la crois\u00e9e de la neuro-oncologie, de la neuropsychologie et de la psychiatrie, l\u2019\u00e9tude des n\u00e9oplasmes c\u00e9r\u00e9braux r\u00e9v\u00e8le comment une alt\u00e9ration structurelle focale ou diffuse peut remodeler la cognition, l\u2019affectivit\u00e9 et la personnalit\u00e9 d\u2019un individu.<\/p>\n<h2>Tumeur c\u00e9r\u00e9brale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Une <strong>tumeur c\u00e9r\u00e9brale<\/strong> d\u00e9signe une prolif\u00e9ration anormale, incontr\u00f4l\u00e9e et autonome de cellules au sein du parenchyme enc\u00e9phalique ou de ses structures adjacentes, notamment les m\u00e9ninges, les nerfs cr\u00e2niens et les annexes glandulaires telles que l\u2019hypophyse. Dans le champ de la psychologie clinique et de la neuropsychologie, elle est conceptualis\u00e9e non seulement comme une l\u00e9sion anatomophysiologique compressive et infiltrante, mais \u00e9galement comme une perturbation majeure des r\u00e9seaux neurofonctionnels sous-tendant les fonctions ex\u00e9cutives, l\u2019humeur, la m\u00e9moire et la conscience de soi.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9dical, ces n\u00e9oplasies se divisent fondamentalement en tumeurs primitives, issues directement des tissus c\u00e9r\u00e9braux ou p\u00e9ri-c\u00e9r\u00e9braux, et en m\u00e9tastases c\u00e9r\u00e9brales secondaires, cons\u00e9cutives \u00e0 la diss\u00e9mination h\u00e9matog\u00e8ne d\u2019un carcinome primitif distant. L\u2019impact psychologique global d\u00e9pend d\u2019une intrication complexe entre la cin\u00e9tique tumorale, sa localisation anatomique, l\u2019\u0153d\u00e8me vasog\u00e9nique p\u00e9ril\u00e9sionnel, les r\u00e9ponses inflammatoires syst\u00e9miques et les r\u00e9percussions \u00e9motionnelles induites par le diagnostic vital en jeu.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019approche contemporaine transcende la simple caract\u00e9risation histologique pour int\u00e9grer la morbidit\u00e9 neurocognitive et la d\u00e9tresse psycho-oncologique, reconnaissant que les alt\u00e9rations cognitives et comportementales constituent fr\u00e9quemment les premiers signes d\u2019appel clinique bien avant la survenue de d\u00e9ficits moteurs ou de signes manifestes d\u2019hypertension intracr\u00e2nienne.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le substantif \u00ab tumeur \u00bb d\u00e9rive directement du latin classique <em>tumor<\/em>, form\u00e9 sur le verbe <em>tumere<\/em> signifiant \u00ab \u00eatre gonfl\u00e9 \u00bb, \u00ab enfler \u00bb ou \u00ab \u00eatre enfl\u00e9 \u00bb. Historiquement, dans la t\u00e9trade cardinale de l\u2019inflammation d\u00e9finie par Celse au premier si\u00e8cle de notre \u00e8re (<em>tumor, rubor, calor, dolor<\/em>), le terme d\u00e9signait toute tum\u00e9faction ou gonflement tissulaire sans distinction de nature b\u00e9nigne, infectieuse ou n\u00e9oplasique. Ce n\u2019est qu\u2019au fil de l\u2019\u00e9volution de l\u2019anatomopathologie moderne au XIXe si\u00e8cle que le mot a \u00e9t\u00e9 restreint \u00e0 la prolif\u00e9ration tissulaire n\u00e9oform\u00e9e autonome.<\/p>\n<p>L\u2019adjectif \u00ab c\u00e9r\u00e9bral \u00bb trouve son origine dans le latin <em>cerebrum<\/em>, d\u00e9signant le cerveau ou la t\u00eate, lui-m\u00eame issu d\u2019une racine indo-europ\u00e9enne d\u00e9signant le sommet du cr\u00e2ne ou la bo\u00eete cr\u00e2nienne. L\u2019association syntagmatique \u00ab tumeur c\u00e9r\u00e9brale \u00bb s\u2019est impos\u00e9e dans le vocabulaire m\u00e9dical francophone au XIXe si\u00e8cle, parall\u00e8lement aux descriptions pionni\u00e8res de l\u2019anatomoclinique fran\u00e7aise impuls\u00e9e par Jean-Martin Charcot et ses contemporains, avant de s\u2019enrichir des pr\u00e9fixes nosologiques grecs tels que <em>gliome<\/em> (du grec <em>glia<\/em>, glue ou glu, \u00e9voquant la n\u00e9vroglie) ou <em>m\u00e9ningiome<\/em>.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, \u00ab tumeur c\u00e9r\u00e9brale \u00bb est une locution nominale f\u00e9minine, se pronon\u00e7ant phon\u00e9tiquement \/ty.m\u0153\u0281 se.\u0281e.b\u0281al\/. Au pluriel, elle s\u2019accorde r\u00e9guli\u00e8rement sous la forme \u00ab tumeurs c\u00e9r\u00e9brales \u00bb (\/ty.m\u0153\u0281 se.\u0281e.b\u0281al\/).<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique et stylistique, elle s\u2019emploie comme terme g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9signant l\u2019ensemble des n\u00e9oplasmes intracr\u00e2niens. Dans la litt\u00e9rature neuro-oncologique et psychiatrique, on observe fr\u00e9quemment des variantes terminologiques synonymiques ou sous-jacentes telles que \u00ab n\u00e9oplasme intracr\u00e2nien \u00bb, \u00ab n\u00e9oformation enc\u00e9phalique \u00bb, ou plus sp\u00e9cifiquement \u00ab processus expansif intracr\u00e2nien \u00bb lorsque la nature histologique exacte n\u2019est pas encore formellement authentifi\u00e9e par l\u2019analyse biopsique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L\u2019appr\u00e9hension globale d\u2019une tumeur c\u00e9r\u00e9brale exige de d\u00e9passer l\u2019illusion localisationniste stricte pour embrasser un mod\u00e8le hodologique et computationnel du syst\u00e8me nerveux central. La bo\u00eete cr\u00e2nienne formant une enceinte inextensible chez l\u2019adulte, le d\u00e9veloppement d\u2019une masse n\u00e9oplasique ob\u00e9it \u00e0 la doctrine de Monro-Kellie, postulant que le volume global compos\u00e9 du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral, du sang intravasculaire et du liquide c\u00e9r\u00e9brospinal doit demeurer constant. Tout accroissement volum\u00e9trique d\u2019une tumeur induit une compensation volumique transitoire, rapidement d\u00e9pass\u00e9e par l\u2019apparition d\u2019une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hypertension_intracr%C3%A2nienne\">hypertension intracr\u00e2nienne<\/a> se manifestant par des c\u00e9phal\u00e9es matinales, des naus\u00e9es en jet et des ralentissements id\u00e9o-moteurs.<\/p>\n<p>D\u2019un point de vue neuropsychiatrique, la symptomatologie tumorale d\u00e9coule de deux m\u00e9canismes physiopathologiques compl\u00e9mentaires : les effets directs de destruction ou de compression parenchymateuse focale, et les effets indirects \u00e0 distance par d\u00e9saff\u00e9rentation axonale, commun\u00e9ment appel\u00e9s diaschisis. Une masse expansive localis\u00e9e dans la substance blanche sous-corticale peut interrompre des faisceaux d\u2019association longs (comme le faisceau uncin\u00e9, le faisceau longitudinal sup\u00e9rieur ou le cingulum), dissociant des r\u00e9seaux fonctionnels interconnect\u00e9s. En cons\u00e9quence, une l\u00e9sion apparemment circonscrite peut engendrer des troubles cognitifs diffus, touchant la m\u00e9moire de travail, la vitesse de traitement de l\u2019information ou les fonctions socio-\u00e9motionnelles de la th\u00e9orie de l\u2019esprit.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la neuro-inflammation locale et la s\u00e9cr\u00e9tion de cytokines pro-inflammatoires (telles que l\u2019interleukine-1 b\u00eata, l\u2019interleukine-6 et le facteur de n\u00e9crose tumorale alpha) exercent des effets neurotoxiques directs sur la plasticit\u00e9 synaptique et la neurogen\u00e8se hippocampique. Cette temp\u00eate biochimique intrac\u00e9r\u00e9brale est fr\u00e9quemment corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un syndrome d\u00e9pressif organique, d\u2019une asth\u00e9nie s\u00e9v\u00e8re (ou fatigue centrale li\u00e9e au cancer) et d\u2019\u00e9pisodes d\u2019agitation ou d\u2019apathie r\u00e9fractaires aux approches psychoth\u00e9rapeutiques conventionnelles isol\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience ph\u00e9nom\u00e9nologique v\u00e9cue par le patient constitue une autre dimension essentielle du concept. Contrairement \u00e0 de nombreuses pathologies somatiques o\u00f9 le sentiment d\u2019ips\u00e9it\u00e9 demeure pr\u00e9serv\u00e9 en d\u00e9pit de la douleur physique, la tumeur c\u00e9r\u00e9brale attaque le substrat m\u00eame de la personnalit\u00e9, de la volition et des souvenirs autobiographiques. Les patients d\u00e9crivent souvent un sentiment d\u00e9routant de d\u00e9personnalisation, d\u2019ali\u00e9nation corporelle ou d\u2019\u00e9tranget\u00e9 envers leurs propres processus de pens\u00e9e, g\u00e9n\u00e9rant une souffrance existentielle d\u2019une intensit\u00e9 singuli\u00e8re pour eux-m\u00eames et leurs aidants naturels.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L\u2019histoire de la prise en charge des tumeurs c\u00e9r\u00e9brales t\u00e9moigne d\u2019un passage progressif de l\u2019impuissance diagnostique \u00e0 une cartographie mol\u00e9culaire et neuropsychologique d\u2019une extr\u00eame finesse. D\u00e8s l\u2019Antiquit\u00e9 et le Moyen \u00c2ge, la tr\u00e9panation \u00e9tait parfois pratiqu\u00e9e pour soulager des c\u00e9phal\u00e9es incoercibles ou des crises \u00e9pileptiques r\u00e9fractaires, mais la nature exacte des masses intracr\u00e2niennes demeurait obscure, souvent confondue avec des abc\u00e8s, des h\u00e9matomes ou des manifestations d\u00e9moniaques.<\/p>\n<p>Le XIXe si\u00e8cle marque l\u2019essor de la m\u00e9thode anatomoclinique. Des figures tut\u00e9laires comme Paul Broca et John Hughlings Jackson d\u00e9montrent que des l\u00e9sions focales sp\u00e9cifiques, qu\u2019elles soient vasculaires ou tumorales, induisent des alt\u00e9rations comportementales et langagi\u00e8res reproductibles. En 1884, le chirurgien \u00e9cossais Rickman Godlee et le neurologue Alexander Hughes Bennett r\u00e9alisent la premi\u00e8re r\u00e9section document\u00e9e d\u2019un gliome c\u00e9r\u00e9bral pr\u00e9alablement localis\u00e9 uniquement sur la base de l\u2019examen clinique et s\u00e9miologique du patient, en l\u2019absence de toute technique d\u2019imagerie m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>Le d\u00e9but du XXe si\u00e8cle est domin\u00e9 par l\u2019\u0153uvre fondatrice de Harvey Cushing et de Percival Bailey, qui \u00e9tablissent la premi\u00e8re classification histopathologique rigoureuse des tumeurs du syst\u00e8me nerveux central, reliant la morphologie cellulaire embryologique \u00e0 la survie clinique des op\u00e9r\u00e9s. Cushing introduit des techniques chirurgicales micro-h\u00e9mostatiques novatrices qui r\u00e9duisent drastiquement la mortalit\u00e9 op\u00e9ratoire imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>La r\u00e9volution diagnostique s\u2019acc\u00e9l\u00e8re dans le dernier tiers du XXe si\u00e8cle avec l\u2019av\u00e8nement de la tomodensitom\u00e9trie (TDM) dans les ann\u00e9es 1970, puis de l\u2019imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) dans les ann\u00e9es 1980. Ces outils d\u2019imagerie structurelle, compl\u00e9t\u00e9s ult\u00e9rieurement par l\u2019IRM fonctionnelle et la tractographie par tenseur de diffusion, ont permis d\u2019anticiper pr\u00e9cis\u00e9ment la trajectoire des faisceaux fonctionnels. Dans le sillage de ces innovations, le neurochirurgien fran\u00e7ais Hugues Duffau a r\u00e9volutionn\u00e9 la neuro-oncologie cognitive en g\u00e9n\u00e9ralisant la chirurgie \u00e9veill\u00e9e avec cartographie \u00e9lectrostimulatrice c\u00e9r\u00e9brale directe, d\u00e9montrant la plasticit\u00e9 dynamique des r\u00e9seaux neuronaux et sanctifiant la pr\u00e9servation de la qualit\u00e9 de vie cognitive comme objectif chirurgical prioritaire.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L\u2019analyse neuropsychologique des tumeurs c\u00e9r\u00e9brales repose sur l\u2019articulation de plusieurs cadres th\u00e9oriques fondamentaux issus des neurosciences cognitives, de la psychologie clinique de la sant\u00e9 et du mod\u00e8le biopsychosocial.<\/p>\n<p>Sur le versant neuropsychologique, le <strong>mod\u00e8le des r\u00e9seaux neuronaux distribu\u00e9s \u00e0 grande \u00e9chelle<\/strong> de Marcel Mesulam constitue le socle interpr\u00e9tatif dominant. Selon ce mod\u00e8le, les fonctions cognitives complexes ne sont pas s\u00e9questr\u00e9es dans des centres corticaux discrets mais \u00e9mergent de l\u2019int\u00e9gration temporelle et spatiale de n\u0153uds corticaux reli\u00e9s par des autoroutes de substance blanche. La pr\u00e9sence tumorale peut d\u00e9structurer le r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (impliqu\u00e9 dans l\u2019introspection et la cognition sociale), le r\u00e9seau d\u2019attention dorsale ou le r\u00e9seau ex\u00e9cutif central, expliquant pourquoi un gliome frontal peut perturber indirectement des fonctions mn\u00e9siques ou temporelles distantes.<\/p>\n<p>Un second fondement th\u00e9orique r\u00e9side dans la <strong>th\u00e9orie de la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale m\u00e9tastable<\/strong>. Les tumeurs c\u00e9r\u00e9brales \u00e0 croissance lente (comme les oligodendrogliomes et astrocytomes de bas grade) exercent une pression progressive sur le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral au fil des d\u00e9cennies. En r\u00e9ponse, le syst\u00e8me nerveux central r\u00e9organise spontan\u00e9ment ses cartes fonctionnelles : des aires p\u00e9ril\u00e9sionnelles saines, voire l\u2019h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral controlat\u00e9ral, assument progressivement les fonctions menac\u00e9es. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de compensation fonctionnelle explique pourquoi des patients porteurs de volumineuses masses frontales de bas grade peuvent conserver un fonctionnement sociocognitif remarquablement pr\u00e9serv\u00e9 lors des phases initiales de la maladie.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, le <strong>mod\u00e8le transactionnel du stress et du coping<\/strong> formul\u00e9 par Richard Lazarus et Susan Folkman permet d\u2019analyser les r\u00e9actions d\u2019ajustement psychique du sujet confront\u00e9 au diagnostic oncologique. L\u2019incertitude pronostique inh\u00e9rente aux n\u00e9oplasmes malins r\u00e9active des angoisses archa\u00efques de finitude et de fragmentation psychique, mettant \u00e0 l\u2019\u00e9preuve les m\u00e9canismes de d\u00e9fense habituels de l\u2019ego (d\u00e9ni adaptatif, intellectualisation, projection) et sollicitant des ressources d\u2019adaptation psychosociale consid\u00e9rables au sein du syst\u00e8me familial.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La classification contemporaine des tumeurs c\u00e9r\u00e9brales, formalis\u00e9e par l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Organisation_mondiale_de_la_sant%C3%A9\">OMS<\/a>), conjugue d\u00e9sormais les crit\u00e8res histologiques classiques et les profils mol\u00e9culaires (mutations IDH, co-d\u00e9l\u00e9tion 1p\/19q, statut de m\u00e9thylation du promoteur MGMT). Le tableau nosologique s\u2019articule autour de grandes dimensions pathologiques et cliniques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les gliomes de haut grade (notamment le glioblastome IDH-non mut\u00e9) :<\/strong> Tumeurs malignes primaires les plus fr\u00e9quentes chez l\u2019adulte, caract\u00e9ris\u00e9es par une prolif\u00e9ration vasculaire exub\u00e9rante, une n\u00e9crose centrale, une cin\u00e9tique agressive et un retentissement neurocognitif brutal, domin\u00e9 par la confusion, le ralentissement psychomoteur et la perte d\u2019autonomie rapide.<\/li>\n<li><strong>Les gliomes diffus de bas grade (astrocytomes et oligodendrogliomes IDH-mut\u00e9s) :<\/strong> Affections chroniques touchant pr\u00e9f\u00e9rentiellement les adultes jeunes, r\u00e9v\u00e9l\u00e9es dans la majorit\u00e9 des cas par une crise \u00e9pileptique inaugurale, posant des d\u00e9fis cognitifs subtils \u00e0 long terme portant sur les fonctions ex\u00e9cutives complexes, la flexibilit\u00e9 mentale et l\u2019insertion socioprofessionnelle.<\/li>\n<li><strong>Les m\u00e9ningiomes :<\/strong> Tumeurs extra-axiales le plus souvent b\u00e9nignes (grade 1 de l\u2019OMS) se d\u00e9veloppant \u00e0 partir de l\u2019arachno\u00efde m\u00e9ning\u00e9e. Bien que non infiltrantes, elles provoquent un tableau d\u00e9ficitaire par compression progressive du cortex sous-jacent, induisant parfois des modifications comportementales insidieuses (d\u00e9sinhibition, apathie) lorsqu\u2019elles si\u00e8gent sur la faux du cerveau ou l\u2019\u00e9tage ant\u00e9rieur de la base du cr\u00e2ne.<\/li>\n<li><strong>Les m\u00e9tastases c\u00e9r\u00e9brales :<\/strong> Prolif\u00e9rations secondaires diss\u00e9min\u00e9es le plus souvent \u00e0 partir d\u2019un cancer bronchique, mammaire ou d\u2019un m\u00e9lanome. Fr\u00e9quemment multifocales, elles provoquent un d\u00e9clin cognitif polymorphe pr\u00e9cipit\u00e9 et une alt\u00e9ration pr\u00e9coce de l\u2019\u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral psychophysique.<\/li>\n<li><strong>Les tumeurs de la r\u00e9gion sellaire et pin\u00e9ale (ad\u00e9nomes hypophysaires, cr\u00e2niopharyngiomes) :<\/strong> Associant des d\u00e9ficits visuels \u00e0 des d\u00e9r\u00e9gulations neuroendocriniennes majeures qui miment ou aggravent des tableaux psychiatriques d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, de labilit\u00e9 affective, de d\u00e9pression atypique ou de troubles du comportement alimentaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des tableaux cliniques se manifeste avec une remarquable clart\u00e9 \u00e0 travers les pr\u00e9sentations syndromiques quotidiennes rencontr\u00e9es en psycho-oncologie et neurologie comportementale.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rons le cas d\u2019un patient de 52 ans, cadre d\u2019entreprise, adress\u00e9 initialement en consultation de psychiatrie pour un tableau pr\u00e9sum\u00e9 de syndrome d\u2019\u00e9puisement professionnel (<em>burn-out<\/em>) et d\u2019\u00e9pisode d\u00e9pressif majeur. Depuis quatre mois, son entourage professionnel note une diminution d\u2019initiative, une propension \u00e0 la procrastination, des r\u00e9ponses \u00e9motionnelles \u00e9mouss\u00e9es et des remarques incongrues en public. L\u2019examen neurologique conventionnel de routine est normal. Toutefois, l\u2019aggravation des troubles ex\u00e9cutifs am\u00e8ne \u00e0 prescrire une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique\">imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique<\/a> c\u00e9r\u00e9brale qui d\u00e9voile un volumineux m\u00e9ningiome de la goutti\u00e8re olfactive comprimant bilat\u00e9ralement les faces ventrom\u00e9dianes et orbitaires des lobes frontaux. Apr\u00e8s l\u2019ablation chirurgicale de la masse, la d\u00e9sinhibition et l\u2019apathie r\u00e9gressent substantiellement, confirmant la gen\u00e8se exclusivement organique du syndrome pseudo-d\u00e9pressif d\u2019allure psychiatrique.<\/p>\n<p>Un autre exemple paradigmatique concerne une femme de 34 ans pr\u00e9sentant des crises \u00e9pileptiques focales avec manifestations \u00e9motionnelles ictales (sensations subites de terreur sans objet, \u00e9tat de d\u00e9j\u00e0-vu et de rem\u00e9moration panoramique forc\u00e9e). L\u2019exploration neuropsychologique met en \u00e9vidence un d\u00e9ficit isol\u00e9 de la m\u00e9moire \u00e9pisodique verbale et des difficult\u00e9s de reconnaissance des expressions faciales de peur. L\u2019IRM r\u00e9v\u00e8le un astrocytome diffus de bas grade du lobe temporal m\u00e9sial gauche incluant le complexe amygdalo-hippocampique. Ce cas illustre comment la d\u00e9charge \u00e9lectrique \u00e9pileptog\u00e8ne et l\u2019infiltration tumorale d\u2019un n\u0153ud limbique strat\u00e9gique engendrent des sympt\u00f4mes affectifs que le patient et son entourage attribuent souvent \u00e0 tort \u00e0 des crises d\u2019angoisse ou \u00e0 des attaques de panique idiopathiques.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation neuropsychologique<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9valuation d\u2019un patient porteur d\u2019une tumeur c\u00e9r\u00e9brale repose sur une approche multidisciplinaire articulant l\u2019imagerie paraclinique et des batteries de tests neuropsychologiques standardis\u00e9s et sensibles aux variations infra-cliniques.<\/p>\n<p>L\u2019imagerie morphologique et m\u00e9tabolique constitue le pr\u00e9alable indispensable : l\u2019IRM avec s\u00e9quences pond\u00e9r\u00e9es en T1, T2, FLAIR, diffusion, perfusion et spectroscopie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique permet de circonscrire l\u2019\u00e9tendue tumorale, la rupture de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et le profil biochimique (rapport choline\/cr\u00e9atine et \u00e9l\u00e9vation des lactates\/lipides). L\u2019IRM fonctionnelle et la tractographie permettent de rep\u00e9rer les aires motrices et langagi\u00e8res critiques (Broca, Wernicke) ainsi que les faisceaux cortico-spinaux et longitudinaux.<\/p>\n<p>Sur le versant psychom\u00e9trique, le bilan neuropsychologique standardis\u00e9 ne saurait se limiter \u00e0 des outils de d\u00e9brouillage comme le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mini-mental_state_examination\">Mini-Mental State Examination<\/a> (MMSE), largement insuffisant pour capter les d\u00e9ficits ex\u00e9cutifs et instrumentaux fins. Les praticiens privil\u00e9gient des batteries d\u2019\u00e9valuation compl\u00e8tes comprenant :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L\u2019\u00e9valuation de l\u2019efficience intellectuelle et de la vitesse de traitement :<\/strong> Au moyen des \u00e9chelles de Wechsler (WAIS-IV), notamment les sous-tests des symboles, du code et des matrices.<\/li>\n<li><strong>L\u2019investigation des fonctions ex\u00e9cutives :<\/strong> Utilisation du test de Stroop (inhibition), du Trail Making Test (flexibilit\u00e9 mentale), du test de classement de cartes du Wisconsin (WCST) et de tests d\u2019\u00e9vocation lexicale phon\u00e9mique et s\u00e9mantique.<\/li>\n<li><strong>L\u2019\u00e9valuation de la m\u00e9moire de travail et \u00e9pisodique :<\/strong> Tests de rappel libre et indic\u00e9 (RL\/RI-16) de Grober et Buschke pour isoler un profil de stockage ou de r\u00e9cup\u00e9ration mn\u00e9sique, et \u00e9chelles de m\u00e9moire de Wechsler (WMS).<\/li>\n<li><strong>La cognition sociale et socio-\u00e9motionnelle :<\/strong> Test des faux pas, test de lecture des \u00e9motions dans le regard (Reading the Mind in the Eyes Test) pour d\u00e9tecter les alt\u00e9rations pr\u00e9coces de l\u2019empathie cognitive.<\/li>\n<li><strong>L\u2019\u00e9valuation de la d\u00e9tresse \u00e9motionnelle et de la qualit\u00e9 de vie :<\/strong> \u00c9chelles valid\u00e9es comme l\u2019Hospital Anxiety and Depression Scale (HADS) et les modules sp\u00e9cifiques de l\u2019Organisation europ\u00e9enne pour la recherche et le traitement du cancer (EORTC QLQ-C30 et QLQ-BN20).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La prise en consid\u00e9ration approfondie des r\u00e9percussions neurocognitives et psychologiques des tumeurs c\u00e9r\u00e9brales transforme directement la pratique clinique, l\u2019organisation des soins et l\u2019\u00e9thique m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>En salle d\u2019op\u00e9ration, le d\u00e9veloppement de la <strong>chirurgie \u00e9veill\u00e9e avec cartographie cortico-sous-corticale<\/strong> illustre cette application translationnelle directe. Durant l\u2019ex\u00e9r\u00e8se de tumeurs infiltrantes situ\u00e9es en zones fonctionnelles \u00e9loquentes, le patient r\u00e9veill\u00e9 ex\u00e9cute en continu des t\u00e2ches de d\u00e9nomination d\u2019images (DO 80), de lecture, de motricit\u00e9 fine, de calcul mental ou de d\u00e9tection d\u2019\u00e9motions faciales. Le neuropsychologue et l\u2019orthophoniste \u00e9valuent chaque r\u00e9ponse en temps r\u00e9el pendant que le neurochirurgien stimule les structures c\u00e9r\u00e9brales avec une sonde bipolaire. L\u2019apparition d\u2019une paraphasie s\u00e9mantique, d\u2019une h\u00e9sitation ou d\u2019un arr\u00eat de la parole indique imm\u00e9diatement la proximit\u00e9 d\u2019un faisceau d\u2019association fonctionnel indispensable, dictant l\u2019arr\u00eat de la r\u00e9section pour pr\u00e9venir un handicap postop\u00e9ratoire irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>En phase post-th\u00e9rapeutique, les programmes de <strong>rem\u00e9diation cognitive individualis\u00e9e<\/strong> et de psycho-oncologie permettent d\u2019accompagner la r\u00e9insertion professionnelle et familiale. L\u2019entra\u00eenement m\u00e9tacognitif compense les difficult\u00e9s de planification et de m\u00e9moire prospective gr\u00e2ce \u00e0 la mise en place d\u2019aides externes num\u00e9riques et de strat\u00e9gies internes de double codage. Parall\u00e8lement, des groupes de parole de soutien et des approches psychoth\u00e9rapeutiques cibl\u00e9es (th\u00e9rapies cognitivo-comportementales, th\u00e9rapies d\u2019acceptation et d\u2019engagement) aident le sujet \u00e0 reconstruire son sentiment de continuit\u00e9 identitaire face aux s\u00e9quelles neurologiques et \u00e0 l\u2019angoisse de r\u00e9cidive tumorale.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique internationale corrobore l\u2019impact d\u00e9terminant des param\u00e8tres neurocognitifs sur la trajectoire clinique globale des patients atteints de n\u00e9oplasmes c\u00e9r\u00e9braux. Les travaux pionniers de Klein et al. (2002) dans The New England Journal of Medicine ont apport\u00e9 la preuve irr\u00e9futable que les alt\u00e9rations cognitives chez les patients porteurs de gliomes de bas grade r\u00e9sultent d\u2019une interaction complexe entre la tumeur elle-m\u00eame, l\u2019activit\u00e9 \u00e9pileptiforme subclinique, les m\u00e9dicaments anti\u00e9pileptiques s\u00e9datifs et les rayonnements de la radioth\u00e9rapie conventionnelle pan-enc\u00e9phalique.<\/p>\n<p>Des recherches \u00e9pid\u00e9miologiques contemporaines coordonn\u00e9es par des consortiums internationaux ont d\u00e9montr\u00e9 que le statut de performance cognitive initial, mesur\u00e9 avant toute intervention neurochirurgicale, constitue un pr\u00e9dicteur ind\u00e9pendant robuste de la survie globale et de la survie sans progression chez les patients atteints de glioblastome. Un d\u00e9clin mesurable de la vitesse de traitement de l\u2019information ou de la m\u00e9moire de travail pr\u00e9c\u00e8de fr\u00e9quemment de plusieurs semaines la d\u00e9tection radiologique d\u2019une r\u00e9cidive \u00e0 l\u2019IRM, soulignant le r\u00f4le sentinelle de la surveillance neuropsychologique longitudinale.<\/p>\n<p>Sur le front de la connectomique fonctionnelle, les publications de van den Heuvel et Sporns (2019) ont mis en \u00e9vidence la notion de perturbation des \u00ab hubs \u00bb ou carrefours nodaux du connectome c\u00e9r\u00e9bral par les prolif\u00e9rations infiltrantes. Lorsque la l\u00e9sion tumorale envahit un centre n\u00e9vralgique de transit hautement interconnect\u00e9, l\u2019efficience globale du r\u00e9seau computationnel s\u2019effondre, induisant une vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychique accrue, une fatigue cognitive disproportionn\u00e9e et une perte de flexibilit\u00e9 comportementale adaptative.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La perception, l\u2019expression symptomatique et l\u2019acceptabilit\u00e9 des soins relatifs aux tumeurs c\u00e9r\u00e9brales sont profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9es par les repr\u00e9sentations socioculturelles de l\u2019esprit, du corps et du destin individuel. Dans de nombreuses cultures traditionnelles d\u2019Afrique subsaharienne, d\u2019Asie du Sud ou du Moyen-Orient, l\u2019apparition de modifications comportementales brutales, de crises hallucinatoires ou de crises convulsives associ\u00e9es \u00e0 un n\u00e9oplasme intracr\u00e2nien est fr\u00e9quemment attribu\u00e9e \u00e0 des causes mystiques, \u00e0 la sorcellerie ou \u00e0 la possession spirituelle. Ces croyances peuvent retarder consid\u00e9rablement le recours aux examens d\u2019imagerie m\u00e9dicale salvateurs, conduisant les familles \u00e0 solliciter en premi\u00e8re intention des gu\u00e9risseurs traditionnels ou des th\u00e9rapies rituelles.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les \u00e9preuves neuropsychologiques standardis\u00e9es souffrent souvent d\u2019un biais culturel et linguistique lorsqu\u2019elles sont administr\u00e9es sans adaptation transculturelle rigoureuse \u00e0 des populations allophones ou de bas niveau socioculturel. Les tests verbaux, les t\u00e2ches de fluence lexicale ou les \u00e9preuves explorant les subtilit\u00e9s de la th\u00e9orie de l\u2019esprit d\u00e9pendent \u00e9troitement des normes communicatives et pragmatiques propres \u00e0 chaque groupe soci\u00e9tal.<\/p>\n<p>Enfin, les dilemmes \u00e9thiques entourant la communication du diagnostic et du pronostic vital varient selon les aires g\u00e9ographiques. Tandis que le mod\u00e8le bio\u00e9thique occidental autonomiste privil\u00e9gie la divulgation int\u00e9grale, directe et transparente de la v\u00e9rit\u00e9 m\u00e9dicale au patient lui-m\u00eame, les mod\u00e8les communautaires et collectivistes pr\u00e9valant dans de nombreux pays m\u00e9diterran\u00e9ens ou asiatiques pr\u00e9conisent une d\u00e9l\u00e9gation d\u00e9cisionnelle \u00e0 la famille \u00e9largie, celle-ci filtrant l\u2019information m\u00e9dicale afin de pr\u00e9server l\u2019espoir et la coh\u00e9sion psychologique du sujet malade.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La prise en charge neuropsychologique et psychiatrique des tumeurs c\u00e9r\u00e9brales fait l\u2019objet de plusieurs controverses scientifiques majeures et de d\u00e9fis conceptuels non r\u00e9solus.<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9bat concerne l\u2019arbitrage permanent entre <strong>\u00e9tendue de la r\u00e9section oncologique et pr\u00e9servation fonctionnelle neurocognitive<\/strong> (l\u2019\u00e9quilibre \u00ab onco-fonctionnel \u00bb). Si l\u2019ex\u00e9r\u00e8se chirurgicale supratotale maximise incontestablement la survie globale du malade en \u00e9liminant les cellules souches tumorales infiltr\u00e9es en bordure de l\u00e9sion, elle expose le patient \u00e0 un risque accru de s\u00e9quelles neuropsychologiques subtiles mais invalidantes (perte de la cr\u00e9ativit\u00e9, apathie discr\u00e8te, ralentissement ex\u00e9cutif). Les cliniciens d\u00e9battent de la limite acceptable du sacrifice cognitif au profit de l\u2019allongement de la long\u00e9vit\u00e9 biologique.<\/p>\n<p>Une seconde controverse r\u00e9side dans le d\u00e9pistage et le traitement des <strong>manifestations psychiatriques en neuro-oncologie<\/strong>. Il est souvent ardu de discriminer si un \u00e9pisode d\u00e9pressif postop\u00e9ratoire rel\u00e8ve d\u2019une r\u00e9activit\u00e9 psychologique adaptative face \u00e0 la maladie l\u00e9thale, d\u2019un effet ind\u00e9sirable des corticoth\u00e9rapies \u00e0 haute dose (qui induisent fr\u00e9quemment des \u00e9tats maniaques, des insomnies ou des labilit\u00e9s thymiques s\u00e9v\u00e8res), ou d\u2019une interruption organique des circuits striato-frontaux s\u00e9rotoninergiques. L\u2019innocuit\u00e9 de certains antid\u00e9presseurs s\u00e9rotoninergiques sur le seuil \u00e9pileptog\u00e8ne ou les interactions pharmacocin\u00e9tiques complexes avec les agents de chimioth\u00e9rapie (tels que le t\u00e9mozolomide) et les anti\u00e9pileptiques inducteurs enzymatiques constituent un terrain de discussion clinique permanent.<\/p>\n<p>Enfin, la m\u00e9thodologie des essais cliniques internationaux est r\u00e9guli\u00e8rement critiqu\u00e9e pour avoir longtemps rel\u00e9gu\u00e9 l\u2019\u00e9valuation des fonctions cognitives et de la qualit\u00e9 de vie au rang de crit\u00e8res de jugement secondaires, privil\u00e9giant la survie sans progression radiologique. Ce biais commence seulement \u00e0 \u00eatre corrig\u00e9 par l\u2019inclusion syst\u00e9matique d\u2019outils standardis\u00e9s de mesure des r\u00e9sultats rapport\u00e9s par les patients (PROMs) dans les protocoles d\u2019\u00e9valuation des th\u00e9rapies cibl\u00e9es et des immunoth\u00e9rapies \u00e9mergentes.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 conceptuelle et clinique, il importe de distinguer la tumeur c\u00e9r\u00e9brale d\u2019autres entit\u00e9s nosologiques partageant une s\u00e9miologie voisine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Tumeur c\u00e9r\u00e9brale versus Accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral (AVC) :<\/strong> L\u2019AVC se caract\u00e9rise par l\u2019apparition suraigu\u00eb et instantan\u00e9e d\u2019un d\u00e9ficit focal cons\u00e9cutif \u00e0 une interruption isch\u00e9mique ou h\u00e9morragique de la perfusion art\u00e9rielle, tandis que la tumeur c\u00e9r\u00e9brale induit g\u00e9n\u00e9ralement une installation progressive, subaigu\u00eb et fluctuante des sympt\u00f4mes neuropsychologiques, rythm\u00e9e par la prolif\u00e9ration tissulaire et l\u2019\u0153d\u00e8me.<\/li>\n<li><strong>Tumeur c\u00e9r\u00e9brale primitive versus M\u00e9tastase c\u00e9r\u00e9brale :<\/strong> La tumeur primitive prend naissance au sein m\u00eame du microenvironnement enc\u00e9phalique (ex. gliome, m\u00e9ningiome), tandis que la m\u00e9tastase repr\u00e9sente une colonisation secondaire h\u00e9matog\u00e8ne issue d\u2019un cancer syst\u00e9mique extracr\u00e2nien (poumon, sein, rein), pr\u00e9sentant souvent un caract\u00e8re multifocal et une fronti\u00e8re plus nette avec le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral adjacent.<\/li>\n<li><strong>Tumeur c\u00e9r\u00e9brale versus Abc\u00e8s c\u00e9r\u00e9bral :<\/strong> L\u2019abc\u00e8s est une collection suppur\u00e9e intrac\u00e9r\u00e9brale focale caus\u00e9e par un agent infectieux bact\u00e9rien ou mycosique, souvent associ\u00e9e \u00e0 un syndrome f\u00e9brile, des marqueurs inflammatoires plasmatiques tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s et une cin\u00e9tique d\u2019expansion rapide n\u00e9cessitant une antibioth\u00e9rapie urgente et un drainage.<\/li>\n<li><strong>Syndrome frontal d\u2019origine tumorale versus D\u00e9mence fronto-temporale (DFT) :<\/strong> Bien que partageant une s\u00e9miologie comportementale de d\u00e9sinhibition ou d\u2019apathie, la DFT est une maladie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative primaire caract\u00e9ris\u00e9e par une atrophie corticale progressive bilat\u00e9rale sans l\u00e9sion expansive focale ni effet de masse visible \u00e0 l\u2019IRM.<\/li>\n<li><strong>Pseudotumeur c\u00e9r\u00e9brale (Hypertension intracr\u00e2nienne idiopathique) :<\/strong> Syndrome d\u2019\u00e9l\u00e9vation de la pression du liquide c\u00e9r\u00e9brospinal sans processus expansif intracr\u00e2nien expansif visualis\u00e9 \u00e0 l\u2019imagerie ni anomalie de la composition du liquide, affectant pr\u00e9f\u00e9rentiellement les femmes jeunes en surpoids.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension neuropsychologique des tumeurs c\u00e9r\u00e9brales synth\u00e9tise un ensemble d\u2019enseignements cardinaux pour le praticien et le chercheur :<\/p>\n<ul>\n<li>Les tumeurs c\u00e9r\u00e9brales constituent un groupe h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de prolif\u00e9rations cellulaires primitives ou secondaires au sein de la bo\u00eete cr\u00e2nienne, perturbant la physiologie neuronale par compression locale, infiltration tissulaire, \u0153d\u00e8me et d\u00e9saff\u00e9rentation axonale \u00e0 distance.<\/li>\n<li>La s\u00e9miologie clinique transcende les d\u00e9ficits sensorimoteurs classiques : les perturbations des fonctions ex\u00e9cutives, les modifications insidieuses de la personnalit\u00e9, l\u2019apathie, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et la d\u00e9pression organique sont tr\u00e8s fr\u00e9quentes et souvent r\u00e9v\u00e9latrices de la l\u00e9sion.<\/li>\n<li>L\u2019\u00e9quilibre dynamique entre plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale compensatoire et vitesse d\u2019expansion tumorale module l\u2019expressivit\u00e9 des sympt\u00f4mes, les tumeurs de bas grade permettant des r\u00e9organisations corticales et hodologiques remarquables.<\/li>\n<li>La chirurgie \u00e9veill\u00e9e avec cartographie par stimulation \u00e9lectrique directe repr\u00e9sente le mod\u00e8le d\u2019excellence th\u00e9rapeutique pour optimiser la r\u00e9section oncologique tout en sanctuarisant les r\u00e9seaux de la parole, du mouvement et de la cognition socio-\u00e9motionnelle.<\/li>\n<li>La prise en charge moderne exige une coop\u00e9ration interdisciplinaire \u00e9troite entre neurochirurgiens, neuro-oncologues, neuropsychologues, psychiatres et psycho-oncologues afin de pr\u00e9server l\u2019autonomie, l\u2019identit\u00e9 psychique et la qualit\u00e9 de vie du patient tout au long de sa trajectoire de soins.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Duffau, H. (2014). <em>Brain mapping: From neural basis of cognition to surgical applications<\/em>. Springer. <a href=\"https:\/\/link.springer.com\/book\/10.1007\/978-3-7091-0723-2\">https:\/\/link.springer.com\/book\/10.1007\/978-3-7091-0723-2<\/a><\/p>\n<p>Klein, M., Heimans, J. J., Aaronson, N. K., van der Ploeg, H. M., Grit, J., Muller, M., Postma, T. J., Mooij, J. J., Boerman, R. H., Beute, G. N., Ossenkoppele, G. J., van den Bent, M. J., &amp; Taphoorn, M. J. (2002). Effect of radiotherapy and other treatment-related factors on cognitive functioning of adult patients with low-grade glioma. <em>The New England Journal of Medicine<\/em>, 347(18), 1393\u20131400. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/nejmoa021008\">https:\/\/doi.org\/10.1056\/nejmoa021008<\/a><\/p>\n<p>Louis, D. N., Perry, A., Wesseling, P., Brat, D. J., Cree, I. A., Figarella-Branger, D., Hawkins, C., Ng, H. K., Pfister, S. M., Reifenberger, G., Soffietti, R., von Deimling, A., &amp; Ellison, D. W. (2021). The 2021 WHO Classification of Tumors of the Central Nervous System: A summary. <em>Neuro-Oncology<\/em>, 23(8), 1231\u20131251. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/neuonc\/noab106\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/neuonc\/noab106<\/a><\/p>\n<p>Mesulam, M. M. (1998). From sensation to cognition. <em>Brain: A Journal of Neurology<\/em>, 121(6), 1013\u20131052. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/121.6.1013\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/121.6.1013<\/a><\/p>\n<p>van den Heuvel, M. P., &amp; Sporns, O. (2019). A cross-disorder connectome landscape of brain dysconnectivity. <em>Dialogues in Clinical Neuroscience<\/em>, 21(2), 125\u2013134. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.31887\/dcns.2019.21.2\/mheuvel\">https:\/\/doi.org\/10.31887\/dcns.2019.21.2\/mheuvel<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les aspects cliniques, neuropsychologiques et psychiatriques des tumeurs c\u00e9r\u00e9brales : classifications, atteintes cognitives et prise en charge globale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[33673,46,859],"tags":[6941,1949,35123,173,3267,35117],"class_list":["post-22454","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuro-oncologie","category-neuropsychologie","category-psychopathologie","tag-connectome","tag-fonctions-executives","tag-gliome","tag-neuropsychologie","tag-psycho-oncologie","tag-tumeur-cerebrale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22454","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22454\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22454"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22454"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22454"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}