{"id":22453,"date":"2026-10-27T10:52:10","date_gmt":"2026-10-27T10:52:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=traumatisme-cranien-impact-neuropsychologique"},"modified":"2026-10-27T10:52:10","modified_gmt":"2026-10-27T10:52:10","slug":"traumatisme-cranien-impact-neuropsychologique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=traumatisme-cranien-impact-neuropsychologique","title":{"rendered":"Traumatisme cr\u00e2nien : L&rsquo;impact neuropsychologique"},"content":{"rendered":"<p>Le traumatisme cr\u00e2nien repr\u00e9sente une perturbation critique de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale caus\u00e9e par des forces m\u00e9caniques externes, modifiant brutalement le cours de la cognition, des \u00e9motions et de l&rsquo;identit\u00e9 individuelle. Entre neurobiologie l\u00e9sionnelle et bouleversement psychologique profond, cette atteinte polymorphe mobilise les fronti\u00e8res contemporaines des neurosciences et de la psychologie clinique.<\/p>\n<h2>Traumatisme cr\u00e2nien<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le traumatisme cr\u00e2nien, souvent d\u00e9sign\u00e9 en milieu clinique sous le vocable de traumatisme cranioc\u00e9r\u00e9bral (TCC), se d\u00e9finit comme une alt\u00e9ration temporaire ou d\u00e9finitive des fonctions c\u00e9r\u00e9brales r\u00e9sultant de l&rsquo;impact direct ou indirect d&rsquo;une force m\u00e9canique ext\u00e9rieure contre la bo\u00eete cr\u00e2nienne. Cette agression physique d\u00e9clenche un spectre h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de perturbations physiopathologiques incluant la rupture membranaire neuronale, des l\u00e9sions microvasculaires et des anomalies de la transmission synaptique.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et psychopathologique, cette affection ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une simple blessure physique circonscrite. Elle engendre un remaniement dynamique et complexe de l&rsquo;appareil psychique, se traduisant par des d\u00e9ficits cognitifs (attention, m\u00e9moire, fonctions ex\u00e9cutives), des d\u00e9r\u00e9gulations affectives (labilit\u00e9 \u00e9motionnelle, \u00e9moussement, irritabilit\u00e9) et des m\u00e9tamorphoses comportementales qui d\u00e9sorganisent la relation du patient \u00e0 son environnement social et interpersonnel.<\/p>\n<p>Selon la classification internationale, le traumatisme cr\u00e2nien s&rsquo;\u00e9chelonne du niveau l\u00e9ger \u2014 incluant la commotion c\u00e9r\u00e9brale \u2014 aux stades mod\u00e9r\u00e9s et s\u00e9v\u00e8res, ces derniers \u00e9tant fr\u00e9quemment associ\u00e9s \u00e0 des phases prolong\u00e9es de coma, des pertes de connaissance durables et une amn\u00e9sie post-traumatique majeure marquant profond\u00e9ment le pronostic de r\u00e9adaptation fonctionnelle.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab traumatisme \u00bb puise ses origines directes dans le grec ancien <em>trauma<\/em> (\u03c4\u03c1\u03b1\u1fe6\u03bc\u03b1), signifiant \u00e9tymologiquement \u00ab blessure \u00bb, \u00ab plaie \u00bb ou \u00ab perforation \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>titr\u014dsk\u014d<\/em> (\u03c4\u03b9\u03c4\u03c1\u03ce\u03c3\u03ba\u03c9) qui se traduit par \u00ab blesser \u00bb ou \u00ab percer \u00bb. Initialement restreint au vocabulaire chirurgical pour d\u00e9signer une effraction mat\u00e9rielle et corporelle des tissus, le concept a progressivement int\u00e9gr\u00e9 les domaines de la psychiatrie et de la psychanalyse pour qualifier une effraction brutale subie par le psychisme.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab cr\u00e2nien \u00bb d\u00e9coule quant \u00e0 lui du grec tardif <em>kranion<\/em> (\u03ba\u03c1\u03b1\u03bd\u03af\u03bf\u03bd), signifiant le \u00ab cr\u00e2ne \u00bb ou l&rsquo;enveloppe osseuse pr\u00e9servant l&rsquo;enc\u00e9phale, transmis en latin sous le terme <em>cranium<\/em> avant d&rsquo;\u00eatre adopt\u00e9 par la langue fran\u00e7aise au d\u00e9but du Moyen \u00c2ge pour caract\u00e9riser l&rsquo;appareil squelettique de la t\u00eate.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale contemporaine, l&rsquo;expression \u00e9quivalente anglo-saxonne <em>Traumatic Brain Injury<\/em> (TBI) insiste directement sur l&rsquo;organe l\u00e9s\u00e9 (le cerveau, <em>brain<\/em>), tandis que l&rsquo;usage francophone a longtemps privil\u00e9gi\u00e9 \u00ab traumatisme cr\u00e2nien \u00bb, bien que les consensus cliniques actuels recommandent de plus en plus l&#8217;emploi rigoureux de \u00ab traumatisme cranioc\u00e9r\u00e9bral \u00bb afin de souligner que l&rsquo;objet central de la gravit\u00e9 nosologique r\u00e9side dans le tissu c\u00e9r\u00e9bral et non dans l&rsquo;armature osseuse cr\u00e2nienne.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le syntagme se transcrit en alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/t\u0281o.ma.tism k\u0281a.nj\u025b\u0303\/. L&rsquo;articulation repose sur l&rsquo;\u00e9lision fluide de la voyelle ouverte post\u00e9rieure et de la nasale terminale du syntagme adjectival masculin.<\/p>\n<p>Grammaticalement, il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe nominal masculin singulier, form\u00e9 du nom commun \u00ab traumatisme \u00bb et de l&rsquo;adjectif qualificatif relationnel \u00ab cr\u00e2nien \u00bb. Au pluriel, il s&rsquo;orthographie \u00ab traumatismes cr\u00e2niens \u00bb (\/t\u0281o.ma.tism k\u0281a.nj\u025b\u0303\/). Dans le contexte diagnostique et de recherche, il est couramment abr\u00e9g\u00e9 sous les sigles TC ou TCC (traumatisme cranioc\u00e9r\u00e9bral), ces acronymes s&#8217;employant invariablement comme des substantifs masculins.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;appr\u00e9hension du traumatisme cr\u00e2nien requiert une d\u00e9construction fine de la dichotomie historique entre neurologie structurelle et dynamique psychologique. Une l\u00e9sion cranioc\u00e9r\u00e9brale ne constitue jamais un \u00e9v\u00e9nement statique ou purement m\u00e9canique circonscrit \u00e0 l&rsquo;instant de la collision ; elle amorce au contraire une cascade neurobiologique et ph\u00e9nom\u00e9nologique continue qui s&rsquo;\u00e9tend sur des mois, voire des d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue biophysique, le choc engendre deux ordres de ph\u00e9nom\u00e8nes distincts : des forces d&rsquo;impact direct g\u00e9n\u00e9rant des contusions focales, souvent localis\u00e9es au niveau des p\u00f4les frontaux et temporaux qui heurtent le relief osseux rugueux de la base du cr\u00e2ne, et des forces d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration-d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration rotationnelles. Ces derni\u00e8res cr\u00e9ent des contraintes de cisaillement intenses \u00e0 travers le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral, rompant l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du cytosquelette des axones au sein des faisceaux de substance blanche, un ph\u00e9nom\u00e8ne connu sous le nom de l\u00e9sion axonale diffuse.<\/p>\n<p>\u00c0 cette agression m\u00e9canique primaire succ\u00e8de une phase d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de l\u00e9sions secondaires. Dans les minutes, heures et semaines suivant le choc, l&rsquo;isch\u00e9mie locale, l&rsquo;\u0153d\u00e8me c\u00e9r\u00e9bral, l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 m\u00e9di\u00e9e par une lib\u00e9ration massive de glutamate, le stress oxydatif, la dysfonction mitochondriale et une neuro-inflammation p\u00e9renne viennent aggraver la mort neuronale. Ces processus sous-jacents d\u00e9t\u00e9riorent la connectivit\u00e9 fonctionnelle du r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral par d\u00e9faut et des circuits cortico-sous-corticaux.<\/p>\n<p>Sur le plan cognitivo-comportemental, le traumatisme cr\u00e2nien perturbe les fonctions de contr\u00f4le m\u00e9tacognitif les plus \u00e9labor\u00e9es de l&rsquo;\u00eatre humain. Les patients manifestent couramment un syndrome dysex\u00e9cutif qui entrave l&rsquo;inhibition des r\u00e9ponses inad\u00e9quates, la m\u00e9moire de travail, la flexibilit\u00e9 mentale et la planification prospective. L&rsquo;anosognosie, ou m\u00e9connaissance inconsciente de ses propres troubles cognitifs et physiques, constitue un \u00e9cueil clinique majeur souvent associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9ration du cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian et de l&rsquo;insula, nuisant drastiquement \u00e0 l&rsquo;adh\u00e9sion th\u00e9rapeutique et \u00e0 la r\u00e9adaptation.<\/p>\n<p>Enfin, la dimension ph\u00e9nom\u00e9nologique du traumatisme c\u00e9r\u00e9bral interroge la continuit\u00e9 de l&rsquo;identit\u00e9 personnelle. Les proches d\u00e9crivent fr\u00e9quemment un individu \u00ab devenu un \u00e9tranger \u00bb, prisonnier d&rsquo;une apathie massive ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, d&rsquo;une impulsivit\u00e9 d\u00e9sinhib\u00e9e, tandis que le patient lui-m\u00eame fait l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;une rupture existentielle profonde entre son \u00ab moi ant\u00e9rieur \u00bb id\u00e9alis\u00e9 et son \u00ab moi l\u00e9s\u00e9 \u00bb, caract\u00e9ris\u00e9 par une fatigabilit\u00e9 neurog\u00e8ne invalidante et une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue aux perturbations sensorielles et \u00e9motionnelles.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la compr\u00e9hension des traumatismes cr\u00e2niens refl\u00e8te l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de la m\u00e9decine et des th\u00e9ories de l&rsquo;esprit. D\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 \u00e9gyptienne, le papyrus Edwin Smith (vers 1600 av. J.-C.) consigne les premi\u00e8res descriptions rationnelles de blessures cr\u00e2niennes, associant des fractures de la bo\u00eete cr\u00e2nienne \u00e0 des aphasies et des convulsions controlat\u00e9rales, sans recourir \u00e0 des explications magico-religieuses.<\/p>\n<p>Au IVe si\u00e8cle avant notre \u00e8re, Hippocrate formalise le concept de contrecoup, observant qu&rsquo;une fracture ou une l\u00e9sion du cerveau peut se produire \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 du point d&rsquo;impact physique sous l&rsquo;effet du d\u00e9placement du parenchyme au sein de la bo\u00eete cr\u00e2nienne. Galien, au IIe si\u00e8cle de notre \u00e8re, consolide cette vision organique en affirmant que l&rsquo;enc\u00e9phale est le r\u00e9ceptacle de l&rsquo;\u00e2me rationnelle, et que son endommagement mat\u00e9riel perturbe imm\u00e9diatement les fonctions mentales sup\u00e9rieures.<\/p>\n<p>L&rsquo;av\u00e8nement de la modernit\u00e9 scientifique au XIXe si\u00e8cle apporte une contribution d\u00e9terminante \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des traumatismes cr\u00e2niens \u00e0 travers le c\u00e9l\u00e8bre cas de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Phineas_Gage\">Phineas Gage<\/a> survenu en 1848. Gage, un contrema\u00eetre des chemins de fer ayant surv\u00e9cu \u00e0 la perforation de ses lobes frontaux par une barre \u00e0 mine, voit sa personnalit\u00e9 radicalement transform\u00e9e, passant d&rsquo;un homme courtois, travailleur et mesur\u00e9 \u00e0 un individu instable, vulgaire et incapable de tenir des engagements. Son observation document\u00e9e par le m\u00e9decin John Martyn Harlow jette les fondements empiriques de la neuropsychologie moderne et met en \u00e9vidence la sp\u00e9cialisation du cortex frontal dans la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle et morale.<\/p>\n<p>Au XXe si\u00e8cle, les deux guerres mondiales fournissent malheureusement un terrain massif d&rsquo;investigation pour des neurologues et psychologues comme Kurt Goldstein, qui \u00e9tudie les soldats c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9s et th\u00e9orise la \u00ab r\u00e9action de catastrophe \u00bb, une angoisse d\u00e9sorganisatrice survenant lorsque le bless\u00e9 c\u00e9r\u00e9bral se trouve incapable de r\u00e9pondre aux exigences de son milieu. Plus tard, en 1974, Graham Teasdale et Bryan Jennett, neurochirurgiens \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Glasgow, d\u00e9veloppent l&rsquo;\u00e9chelle de Glasgow (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89chelle_de_Glasgow\">Glasgow Coma Scale<\/a>), r\u00e9volutionnant la standardisation mondiale de l&rsquo;\u00e9valuation aigu\u00eb de la profondeur du coma et de la gravit\u00e9 des traumatismes.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse neuropsychologique du traumatisme cr\u00e2nien s&rsquo;appuie sur plusieurs mod\u00e8les th\u00e9oriques majeurs rendant compte de la d\u00e9sorganisation fonctionnelle du cerveau. Le mod\u00e8le pionnier d&rsquo;Alexander Luria sur l&rsquo;organisation fonctionnelle du cerveau propose une division en trois unit\u00e9s int\u00e9gr\u00e9es : l&rsquo;unit\u00e9 de r\u00e9gulation du tonus cortical et de la vigilance (formation r\u00e9ticul\u00e9e et tronc c\u00e9r\u00e9bral), l&rsquo;unit\u00e9 de r\u00e9ception, d&rsquo;analyse et de stockage de l&rsquo;information (zones post\u00e9rieures sensorielles), et l&rsquo;unit\u00e9 de programmation, de r\u00e9gulation et de contr\u00f4le de l&rsquo;activit\u00e9 mentale (lobes frontaux). Les traumatismes cr\u00e2niens, par leur nature diffuse et fronto-temporale pr\u00e9dominante, perturbent en priorit\u00e9 l&rsquo;\u00e9quilibre entre la premi\u00e8re et la troisi\u00e8me unit\u00e9 de Luria.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le de Norman et Shallice, compl\u00e9t\u00e9 par Alan Baddeley, conceptualise le fonctionnement ex\u00e9cutif \u00e0 travers le syst\u00e8me attentionnel superviseur (SAS). Ce m\u00e9canisme intervient lorsque les sch\u00e9mas cognitifs automatiques s&rsquo;av\u00e8rent insuffisants pour r\u00e9soudre une situation in\u00e9dite ou conflictuelle. Chez l&rsquo;individu traumatis\u00e9 cr\u00e2nien, l&rsquo;atteinte des connexions pr\u00e9frontales entra\u00eene une d\u00e9faillance du SAS : le patient devient esclave des stimuli saillants de l&rsquo;environnement, manifestant un comportement d&rsquo;adh\u00e9rence, des pers\u00e9v\u00e9rations cognitives ou une distractibilit\u00e9 invalidante.<\/p>\n<p>Sur le versant affectif et \u00e9motionnel, la th\u00e9orie des marqueurs somatiques d&rsquo;Antonio Damasio apporte un \u00e9clairage indispensable pour comprendre les perturbations du comportement social post-TCC. Selon Damasio, la prise de d\u00e9cision adaptative d\u00e9pend de signaux bior\u00e9gulateurs int\u00e9roceptifs qui associent un \u00e9tat \u00e9motionnel visc\u00e9ral \u00e0 des sc\u00e9narios d&rsquo;action anticip\u00e9s. Les l\u00e9sions du cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian privent le sujet de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 ces rep\u00e8res somatosensoriels automatis\u00e9s, le conduisant \u00e0 adopter des conduites \u00e0 risque, \u00e0 bafouer les conventions sociales sans \u00e9prouver de culpabilit\u00e9 visc\u00e9rale, et \u00e0 compromettre son int\u00e9gration socio-professionnelle malgr\u00e9 un quotient intellectuel pr\u00e9serv\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le de l&rsquo;\u00e9nergie adaptative et de la charge allostatique d\u00e9crit comment le cerveau traumatis\u00e9 doit mobiliser une quantit\u00e9 anormale de ressources attentionnelles pour r\u00e9aliser des t\u00e2ches simples jadis automatis\u00e9es. Ce surco\u00fbt neurocognitif permanent explique la fatigue centrale chronique, sympt\u00f4me cardinal et ubiquitaire alt\u00e9rant la qualit\u00e9 de vie des personnes traumatis\u00e9es cr\u00e2niennes.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La classification et l&rsquo;analyse clinique du traumatisme cr\u00e2nien s&rsquo;articulent autour de plusieurs dimensions s\u00e9miologiques, l\u00e9sionnelles et temporelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>S\u00e9v\u00e9rit\u00e9 clinique initiale :<\/strong> D\u00e9termin\u00e9e principalement par le score \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de Glasgow (GCS) mesur\u00e9 apr\u00e8s la r\u00e9animation initiale :\n<ul>\n<li><em>L\u00e9ger (GCS 13-15) :<\/em> Repr\u00e9sente environ 80 % des cas. Il peut s&rsquo;accompagner d&rsquo;une perte de connaissance br\u00e8ve (< 30 minutes) et d'une amn\u00e9sie post-traumatique courte (< 24 heures).<\/li>\n<li><em>Mod\u00e9r\u00e9 (GCS 9-12) :<\/em> Perte de connaissance comprise entre 30 minutes et 24 heures, amn\u00e9sie post-traumatique de 1 \u00e0 7 jours, souvent associ\u00e9e \u00e0 des l\u00e9sions visibles \u00e0 l&rsquo;imagerie.<\/li>\n<li><em>S\u00e9v\u00e8re (GCS 3-8) :<\/em> Coma caract\u00e9ris\u00e9, perte de connaissance exc\u00e9dant 24 heures, amn\u00e9sie sup\u00e9rieure \u00e0 7 jours, n\u00e9cessitant des soins de r\u00e9animation neurochirurgicale imm\u00e9diats.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>M\u00e9canismes biom\u00e9caniques et morphologiques :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>L\u00e9sions focales :<\/em> H\u00e9matomes \u00e9piduraux, sous-duraux et intrac\u00e9r\u00e9braux, lac\u00e9rations parenchymateuses, contusions corticales directes.<\/li>\n<li><em>L\u00e9sions diffuses :<\/em> Cisaillement axone-my\u00e9line (l\u00e9sions axonales diffuses), microh\u00e9morragies p\u00e9t\u00e9chiales diss\u00e9min\u00e9es le long des voies de substance blanche (corps calleux, tronc c\u00e9r\u00e9bral).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Composantes neuropsychologiques d\u00e9ficitaires :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Sph\u00e8re ex\u00e9cutive :<\/em> D\u00e9faillance de l&rsquo;inhibition, de la flexibilit\u00e9 cognitive, de la planification et du jugement.<\/li>\n<li><em>Sph\u00e8re mn\u00e9sique :<\/em> Alt\u00e9ration de l&rsquo;encodage et de la r\u00e9cup\u00e9ration de la m\u00e9moire \u00e9pisodique, perte de prospective temporelle, amn\u00e9sie r\u00e9trograde et ant\u00e9rograde.<\/li>\n<li><em>Sph\u00e8re attentionnelle :<\/em> Ralentissement substantiel de la vitesse de traitement de l&rsquo;information, d\u00e9ficit de l&rsquo;attention s\u00e9lective, divis\u00e9e et soutenue.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Composantes comportementales et \u00e9motionnelles :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Profil d\u00e9ficitaire :<\/em> Apathie, anh\u00e9donie, adynamie, perte d&rsquo;initiative spontan\u00e9e, mutisme partiel.<\/li>\n<li><em>Profil d\u00e9sinhib\u00e9 :<\/em> Impulsivit\u00e9, agressivit\u00e9 verbale ou physique, familiarit\u00e9 indue, hypersexualit\u00e9, intol\u00e9rance \u00e0 la frustration.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Composante somatique et sensorielle :<\/strong> C\u00e9phal\u00e9es post-traumatiques, acouph\u00e8nes, vertiges paroxystiques, troubles vestibulaires, intol\u00e9rance \u00e0 la lumi\u00e8re (photophobie) et aux bruits ambiants (phonophobie).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas cliniques illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration de vignettes cliniques permet de concr\u00e9tiser les r\u00e9percussions tr\u00e8s disparates du traumatisme cr\u00e2nien selon sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et ses caract\u00e9ristiques neuropsychologiques.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Le syndrome post-commotionnel apr\u00e8s un traumatisme l\u00e9ger.<\/strong> Julien, 34 ans, juriste d&rsquo;entreprise, subit un accident de circulation urbain avec choc arri\u00e8re violent. Il ne perd pas connaissance mais ressent un \u00e9tat de sid\u00e9ration temporaire. Les scanners c\u00e9r\u00e9braux initiaux ne r\u00e9v\u00e8lent aucune anomalie anatomique macroscopique. Cependant, trois mois apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, Julien est incapable de reprendre son activit\u00e9 professionnelle \u00e0 plein temps : il souffre d&rsquo;un \u00e9puisement cognitif d\u00e8s qu&rsquo;il tente de r\u00e9diger une synth\u00e8se juridique, se plaint d&rsquo;une sensibilit\u00e9 douloureuse aux n\u00e9ons de son bureau et pr\u00e9sente des troubles de l&rsquo;attention partag\u00e9e. Ce tableau correspond au syndrome post-commotionnel persistant, o\u00f9 les micro-alt\u00e9rations fonctionnelles et la d\u00e9r\u00e9gulation des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux cr\u00e9ent un handicap majeur sans anomalie scanographique classique.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Le syndrome frontal orbito-m\u00e9dian apr\u00e8s un traumatisme s\u00e9v\u00e8re.<\/strong> Martine, 22 ans, \u00e9tudiante, subit un traumatisme cr\u00e2nien s\u00e9v\u00e8re (GCS \u00e0 6 sur les lieux de l&rsquo;accident) \u00e0 la suite d&rsquo;une chute d&rsquo;escalade, avec un coma de 10 jours et d&rsquo;importantes contusions des lobes frontaux et temporaux bilat\u00e9raux. Lors de sa r\u00e9\u00e9ducation, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9mergence du coma et la r\u00e9sorption de l&rsquo;amn\u00e9sie post-traumatique, sa famille constate une transformation drastique de sa personnalit\u00e9 morale et de sa sociabilit\u00e9. Martine tient des propos grivois et agressifs envers les soignants, d\u00e9pense sans discernement l&rsquo;argent de ses \u00e9conomies pour des achats compulsifs sur internet et manifeste une absence compl\u00e8te de conscience de ses d\u00e9ficits cognitifs (anosognosie). Si ses capacit\u00e9s de calcul et son langage descriptif sont indemnes aux tests psychom\u00e9triques traditionnels, son autonomie quotidienne et sa r\u00e9gulation des conduites sociales sont d\u00e9truites par l&rsquo;atteinte orbito-frontale bilat\u00e9rale.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation neuropsychologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;un individu traumatis\u00e9 cr\u00e2nien rel\u00e8ve d&rsquo;une m\u00e9thodologie multidimensionnelle int\u00e9grant des outils standardis\u00e9s de neuroimagerie, de surveillance neurochirurgicale et de psychom\u00e9trie quantitative et qualitative.<\/p>\n<p>Dans la phase aigu\u00eb, l&rsquo;\u00e9valuation neurologique s&rsquo;appuie sur la Glasgow Coma Scale (GCS), qui quantifie l&rsquo;\u00e9tat de conscience \u00e0 travers l&rsquo;ouverture des yeux (not\u00e9e de 1 \u00e0 4), la r\u00e9ponse motrice (not\u00e9e de 1 \u00e0 6) et la r\u00e9ponse verbale (not\u00e9e de 1 \u00e0 5). L&rsquo;estimation de la dur\u00e9e de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amn%C3%A9sie\">amn\u00e9sie<\/a> post-traumatique (APT), mesur\u00e9e par exemple \u00e0 l&rsquo;aide de la Galveston Orientation and Amnesia Test (GOAT) ou de la Westmead Post-Traumatic Amnesia Scale, s&rsquo;av\u00e8re un indicateur pronostique d\u00e9terminant, souvent plus fiable que la seule dur\u00e9e du coma pour anticiper le devenir cognitif au long cours.<\/p>\n<p>Dans la phase subaigu\u00eb et chronique, le bilan neuropsychologique approfondi cartographie l&rsquo;architecture cognitive :<\/p>\n<ul>\n<li><em>\u00c9valuation des fonctions ex\u00e9cutives :<\/em> Utilisation de la batterie de tests du Trail Making Test (TMT A et B) pour tester la flexibilit\u00e9 cognitive, du test de Stroop pour mesurer la capacit\u00e9 de r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;interf\u00e9rence et l&rsquo;inhibition motrice, de la Tour de Londres pour analyser la planification logique, et du Wisconsin Card Sorting Test (WCST) pour l&rsquo;abstraction et le changement de r\u00e8gle contextuelle.<\/li>\n<li><em>\u00c9valuation de la m\u00e9moire :<\/em> \u00c9preuve de Rappel Libre \/ Rappel Indic\u00e9 \u00e0 16 items (RL\/RI-16) selon Grober et Buschke pour diff\u00e9rencier les troubles du stockage mn\u00e9sique d&rsquo;origine hippocampique des d\u00e9ficits de r\u00e9cup\u00e9ration strat\u00e9gique d&rsquo;origine frontale ; \u00e9chelle de m\u00e9moire de Wechsler (WMS) pour \u00e9valuer la m\u00e9moire de travail et la m\u00e9moire visuo-spatiale.<\/li>\n<li><em>\u00c9valuation de l&rsquo;attention et de la vitesse de traitement :<\/em> Test des \u00c9toiles, Code de la WAIS-IV, \u00e9preuves de Temps de R\u00e9action informatis\u00e9es mesurant la latence des r\u00e9ponses et la stabilit\u00e9 attentionnelle au cours d&rsquo;un effort continu.<\/li>\n<li><em>\u00c9chelles \u00e9cologiques et comportementales :<\/em> Inventaire du Syndrome Dysex\u00e9cutif Comportemental (ISDC), Behavioral Assessment of the Dysexecutive Syndrome (BADS), \u00e9chelle d&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;apathie de Starkstein, questionnaires d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de d\u00e9pression (tels que la HADS ou le BDI) adapt\u00e9s pour tenir compte des sympt\u00f4mes neurov\u00e9g\u00e9tatifs post-traumatiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale contemporaine s&rsquo;\u00e9tend d\u00e9sormais bien au-del\u00e0 de la tomodensitom\u00e9trie (scanner) c\u00e9r\u00e9brale conventionnelle. L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) multimodale \u2014 incluant les s\u00e9quences FLAIR, l&rsquo;\u00e9cho de gradient T2*, l&rsquo;imagerie de susceptibilit\u00e9 magn\u00e9tique (SWI) pour rep\u00e9rer les p\u00e9t\u00e9chies h\u00e9morragiques et l&rsquo;imagerie du tenseur de diffusion (DTI) \u2014 permet de quantifier la d\u00e9t\u00e9rioration microstructurale des faisceaux de substance blanche le long des grands r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique et pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du traumatisme cr\u00e2nien s&rsquo;\u00e9tend de la pratique m\u00e9dicale d&rsquo;urgence aux politiques de sant\u00e9 publique, en passant par la r\u00e9insertion socioprofessionnelle et l&rsquo;expertise m\u00e9dico-l\u00e9gale.<\/p>\n<p>En milieu clinique et de r\u00e9adaptation, la prise en charge d&rsquo;un traumatisme cranioc\u00e9r\u00e9bral n\u00e9cessite une coordination interdisciplinaire \u00e9troite r\u00e9unissant neurologues, m\u00e9decins de m\u00e9decine physique et de r\u00e9adaptation (MPR), neuropsychologues, ergoth\u00e9rapeutes, orthophonistes et kin\u00e9sith\u00e9rapeutes. La r\u00e9\u00e9ducation cognitive cible \u00e0 la fois la restauration des fonctions l\u00e9s\u00e9es par des exercices d&rsquo;entra\u00eenement cibl\u00e9s et l&rsquo;apprentissage de strat\u00e9gies palliatives (utilisation de carnets m\u00e9moires \u00e9lectroniques, d&rsquo;alertes programm\u00e9es, de routines comportementales rigides pour contourner le d\u00e9ficit de l&rsquo;initiative interne).<\/p>\n<p>Dans le monde du sport, la question des commotions c\u00e9r\u00e9brales \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition a suscit\u00e9 une prise de conscience institutionnelle majeure. Le monde du rugby, du football am\u00e9ricain, de la boxe et du soccer a instaur\u00e9 des protocoles standardis\u00e9s stricts de retrait du jeu (tels que le SCAT &#8211; <em>Sport Concussion Assessment Tool<\/em>) pour interdire le retour pr\u00e9matur\u00e9 sur le terrain d&rsquo;un joueur commotionn\u00e9, \u00e9cartant ainsi le risque fatal de syndrome du second impact.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9dico-l\u00e9gal et assurantiel, la documentation rigoureuse des d\u00e9ficits invisibles du traumatisme cr\u00e2nien l\u00e9ger ou mod\u00e9r\u00e9 repr\u00e9sente un enjeu capital pour l&rsquo;indemnisation du dommage corporel. En l&rsquo;absence de paralysie motrice ou de c\u00e9cit\u00e9 apparente, la mise en \u00e9vidence des pr\u00e9judices dysex\u00e9cutifs, de l&rsquo;\u00e9puisement mental et de la perte d&rsquo;efficience professionnelle requiert l&rsquo;expertise conjointe de neurocogniticiens form\u00e9s aux subtilit\u00e9s de l&rsquo;\u00e9valuation du pr\u00e9judice d&rsquo;angoisse, de perte de chance de carri\u00e8re et d&rsquo;atteinte \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 psychique.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations scientifiques actuelles se d\u00e9ploient sur deux axes majeurs : la biologie mol\u00e9culaire des maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives secondaires et la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale assist\u00e9e par la neuromodulation.<\/p>\n<p>Un pan massif de la recherche empirique se focalise sur l&rsquo;enc\u00e9phalopathie traumatique chronique (ETC), conceptualis\u00e9e notamment par les travaux pionniers d&rsquo;Ann McKee et de ses collaborateurs de l&rsquo;Universit\u00e9 de Boston. Les donn\u00e9es anatomo-pathologiques ont d\u00e9montr\u00e9 que les impacts cr\u00e2niens r\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u2014 m\u00eame sans perte de connaissance inaugurale, typiques des sports de contact \u2014 amorcent des d\u00e9p\u00f4ts anormaux p\u00e9rivasculaires de prot\u00e9ine tau hyperphosphoryl\u00e9e au fond des sillons corticaux, pr\u00e9cipitant \u00e0 long terme des d\u00e9mences pr\u00e9coces, des troubles de l&rsquo;humeur r\u00e9fractaires et des conduites suicidaires.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9rapeutique, les essais cliniques randomis\u00e9s conduits autour de mol\u00e9cules neuroprotectrices administr\u00e9es en phase hyperaigu\u00eb (antagonistes du glutamate, progest\u00e9rone, bloqueurs des canaux calciques) ont longtemps essuy\u00e9 des revers notables, soulignant que l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des l\u00e9sions humaines s&rsquo;adapte mal aux mod\u00e8les animaux univoques. En revanche, les recherches portant sur les biomarqueurs sanguins de la l\u00e9sion c\u00e9r\u00e9brale ont accompli des progr\u00e8s spectaculaires : le dosage s\u00e9rique de la prot\u00e9ine S100B, du GFAP (<em>Glial Fibrillary Acidic Protein<\/em>) et de l&rsquo;UCH-L1 permet aujourd&rsquo;hui d&rsquo;\u00e9carter avec une excellente sensibilit\u00e9 la pr\u00e9sence de l\u00e9sions intracr\u00e2niennes significatives chez les adultes consultant aux urgences pour un TCC l\u00e9ger, \u00e9vitant ainsi le recours syst\u00e9matique aux scanners irradiants.<\/p>\n<p>Enfin, la recherche sur la r\u00e9\u00e9ducation post-traumatique s&rsquo;oriente activement vers l&rsquo;utilisation coupl\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle immersive \u2014 pour r\u00e9entra\u00eener les aptitudes ex\u00e9cutives dans des situations de vie quotidienne stimulantes \u2014 et de la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne r\u00e9p\u00e9titive (rTMS) ou de la stimulation \u00e9lectrique directe transcr\u00e2nienne (tDCS) pour potentialiser les ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9organisation synaptique dans les zones p\u00e9ril\u00e9sionnelles.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et soci\u00e9tales<\/h3>\n<p>La mani\u00e8re dont les sympt\u00f4mes cons\u00e9cutifs \u00e0 un traumatisme cr\u00e2nien sont per\u00e7us, exprim\u00e9s et accompagn\u00e9s varie grandement selon les contextes culturels et les syst\u00e8mes de sant\u00e9 nationaux.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales hautement industrialis\u00e9es, o\u00f9 la valeur d&rsquo;un individu est intimement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 sa vitesse d&rsquo;analyse, \u00e0 son ind\u00e9pendance d\u00e9cisionnelle, \u00e0 sa multit\u00e2che et \u00e0 son rendement professionnel continu, les d\u00e9ficits cognitifs l\u00e9gers g\u00e9n\u00e8rent un d\u00e9classement social et professionnel foudroyant. Le mod\u00e8le m\u00e9dical individualis\u00e9 met souvent l&rsquo;accent sur la reprise de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique marchande comme principal indice de r\u00e9ussite de la gu\u00e9rison.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les cultures collectivistes o\u00f9 pr\u00e9dominent les r\u00e9seaux de soutien familiaux \u00e9largis, la tol\u00e9rance aux conduites atypiques et le maintien au sein de la sph\u00e8re domestique peuvent att\u00e9nuer le sentiment d&rsquo;exclusion ressenti par le patient c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9. Cependant, ces contextes s&rsquo;accompagnent parfois d&rsquo;une stigmatisation accrue des troubles du comportement, volontiers interpr\u00e9t\u00e9s sous un prisme moralisateur (paresse, faiblesse de volont\u00e9, folie) plut\u00f4t que comme l&rsquo;expression directe d&rsquo;une pathologie neurologique d&rsquo;origine traumatique.<\/p>\n<p>Le recours \u00e0 la m\u00e9decine traditionnelle, \u00e0 des rites d&rsquo;apaisement spirituel ou \u00e0 des explications holistiques de la sant\u00e9 coexiste fr\u00e9quemment avec les parcours m\u00e9dicaux conventionnels dans de nombreuses r\u00e9gions du monde, imposant aux neuropsychologues une d\u00e9marche transculturelle d\u00e9nu\u00e9e d&rsquo;ethnocentrisme pour comprendre l&rsquo;adh\u00e9sion aux soins et l&rsquo;expression subjective de la plainte cognitive.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>Le champ de la traumatologie cranioc\u00e9r\u00e9brale est le th\u00e9\u00e2tre de d\u00e9bats scientifiques et m\u00e9dico-l\u00e9gaux virulents, notamment en ce qui concerne le statut du traumatisme cr\u00e2nien l\u00e9ger et des sympt\u00f4mes prolong\u00e9s.<\/p>\n<p>La principale controverse r\u00e9side dans l&rsquo;\u00e9tiologie du syndrome post-commotionnel chronique persistante au-del\u00e0 de 6 \u00e0 12 mois. Deux \u00e9coles de pens\u00e9e s&rsquo;affrontent r\u00e9guli\u00e8rement au sein des colloques et devant les tribunaux :<\/p>\n<ul>\n<li><em>L&rsquo;hypoth\u00e8se neurobiologique :<\/em> Postule que la persistance des troubles r\u00e9sulte de micro-d\u00e9chirures axonales sous-corticales et de d\u00e9connexions synaptiques invisibles aux examens tomodensitom\u00e9triques de routine mais corrobor\u00e9es par les analyses en tenseur de diffusion et la tomographie par \u00e9mission de positons.<\/li>\n<li><em>L&rsquo;hypoth\u00e8se psychog\u00e8ne et motivationnelle :<\/em> Souligne que les plaintes somato-cognitives chroniques sont amplifi\u00e9es par des facteurs psychologiques pr\u00e9existants (anxi\u00e9t\u00e9 pr\u00e9morbide, traits hypocondriaques), la iatrog\u00e9nie li\u00e9e \u00e0 la sur-m\u00e9dicalisation, le stress post-traumatique comorbide et les b\u00e9n\u00e9fices secondaires ou financiers inh\u00e9rents aux proc\u00e9dures de contentieux assurantiel.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Un autre point de friction porte sur l&rsquo;utilisation et l&rsquo;interpr\u00e9tation des tests de validit\u00e9 de performance (PVT &#8211; <em>Performance Validity Tests<\/em>). Si ces instruments sont con\u00e7us pour d\u00e9tecter le manque d&rsquo;effort d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 ou la simulation chez des sujets revendiquant des compensations financi\u00e8res, plusieurs cliniciens critiquent leur sur-interpr\u00e9tation, qui risque de requalifier \u00e0 tort en simulation intentionnelle des r\u00e9ponses issues d&rsquo;une fatigue extr\u00eame, d&rsquo;un d\u00e9sespoir psychique profond ou d&rsquo;une d\u00e9tresse cognitive authentique.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions notionnelles<\/h3>\n<p>Pour clarifier la nosographie, il convient de distinguer le traumatisme cr\u00e2nien d&rsquo;autres entit\u00e9s pathologiques voisines de la neuropsychiatrie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Commotion c\u00e9r\u00e9brale :<\/strong> Forme mineure et fonctionnelle de traumatisme cr\u00e2nien l\u00e9ger, caract\u00e9ris\u00e9e par une alt\u00e9ration imm\u00e9diate et transitoire des fonctions neurologiques (\u00e9tourdissement, confusion br\u00e8ve), r\u00e9solutive dans la majorit\u00e9 des cas en 10 \u00e0 14 jours, ne laissant aucune l\u00e9sion macroscopique \u00e0 l&rsquo;imagerie.<\/li>\n<li><strong>Accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral (AVC) :<\/strong> Bien qu&rsquo;il partage de nombreux d\u00e9ficits focaux ou cognitifs avec le traumatisme cr\u00e2nien, l&rsquo;AVC est d&rsquo;origine intrins\u00e8quement vasculaire (isch\u00e9mique par embolie ou h\u00e9morragique par rupture an\u00e9vrysmale spontan\u00e9e) et ne d\u00e9coule pas d&rsquo;une force m\u00e9canique appliqu\u00e9e de l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/li>\n<li><strong>L\u00e9sion c\u00e9r\u00e9brale acquise :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant l&rsquo;ensemble des atteintes du cerveau survenues apr\u00e8s la naissance, incluant les traumatismes cr\u00e2niens, les AVC, les anoxies c\u00e9r\u00e9brales post-arr\u00eat cardiaque, les enc\u00e9phalites infectieuses et les tumeurs c\u00e9r\u00e9brales. Le TCC en est donc un sous-ensemble d\u00e9fini par son \u00e9tiologie physique violente.<\/li>\n<li><strong>Trouble de stress post-traumatique (TSPT) :<\/strong> Pathologie psychiatrique r\u00e9sultant de la confrontation \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement traumatisant v\u00e9cu avec un sentiment d&rsquo;effroi, de d\u00e9tresse ou d&rsquo;impuissance. Le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_de_stress_post-traumatique\">TSPT<\/a> implique des reviviscences \u00e9motionnelles intrusives sans qu&rsquo;une l\u00e9sion physique m\u00e9canique du tissu c\u00e9r\u00e9bral ne soit indispensable, bien qu&rsquo;il coexiste fr\u00e9quemment avec un traumatisme cr\u00e2nien chez les victimes d&rsquo;accidents violents ou d&rsquo;agressions.<\/li>\n<li><strong>Polytraumatisme :<\/strong> Pr\u00e9sence de multiples blessures corporelles graves dont l&rsquo;une au moins engage le pronostic vital imm\u00e9diat. Le traumatisme cr\u00e2nien est une composante fr\u00e9quente, mais non exclusive, du tableau de polytraumatisme.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le traumatisme cr\u00e2nien constitue un probl\u00e8me de sant\u00e9 publique majeur aux cons\u00e9quences individuelles, familiales et collectives consid\u00e9rables. Sa prise en charge moderne conjugue la pr\u00e9cision neuro-m\u00e9dicale d&rsquo;urgence et l&rsquo;\u00e9coute humaniste des remaniements psychiques de l&rsquo;\u00eatre bless\u00e9.<\/p>\n<ul>\n<li>Le traumatisme cranioc\u00e9r\u00e9bral est provoqu\u00e9 par une force m\u00e9canique cin\u00e9tique entra\u00eenant des l\u00e9sions primaires focales et diffuses, aggrav\u00e9es par une cascade secondaire isch\u00e9mique, m\u00e9tabolique et neuro-inflammatoire.<\/li>\n<li>La s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 s&rsquo;\u00e9value initialement par l&rsquo;\u00e9chelle de Glasgow et par la dur\u00e9e de l&rsquo;amn\u00e9sie post-traumatique, d\u00e9limitant les formes l\u00e9g\u00e8res, mod\u00e9r\u00e9es et s\u00e9v\u00e8res.<\/li>\n<li>Les atteintes cognitives touchent prioritairement les fonctions ex\u00e9cutives, la vitesse de traitement de l&rsquo;information et la m\u00e9moire prospective, d\u00e9coulant de la fragilit\u00e9 anatomique des circuits fronto-temporaux et des faisceaux de substance blanche.<\/li>\n<li>Les modifications de l&rsquo;humeur, du comportement et de la personnalit\u00e9 constituent fr\u00e9quemment le handicap le plus lourd pour les proches et l&rsquo;obstacle central \u00e0 la r\u00e9insertion socioprofessionnelle.<\/li>\n<li>La prise en charge optimale s&rsquo;inscrit sur le temps long, alliant neuro-r\u00e9adaptation intensive, am\u00e9nagements \u00e9cologiques personnalis\u00e9s et accompagnement psychologique de l&rsquo;identit\u00e9 post-l\u00e9sionnelle.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Baddeley, A. (1986). <em>Working Memory<\/em>. Oxford University Press.<\/li>\n<li>Damasio, A. R. (1994). <em>Descartes&rsquo; Error: Emotion, Reason, and the Human Brain<\/em>. G.P. Putnam&rsquo;s Sons.<\/li>\n<li>Jennett, B., &#038; Teasdale, G. (1974). Assessment of coma and impaired consciousness: A practical scale. <em>The Lancet<\/em>, 304(7872), 81\u201384. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(74)91639-0\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(74)91639-0<\/a><\/li>\n<li>Luria, A. R. (1973). <em>The Working Brain: An Introduction to Neuropsychology<\/em>. Basic Books.<\/li>\n<li>McKee, A. C., Stern, R. A., Nowinski, C. J., Stein, T. D., Alvarez, V. E., Daneshvar, D. H., Lee, H.-S., Wojtowicz, S. M., Hall, G., Baugh, C. M., Riley, D. O., Kubilus, C. A., Cormier, K. A., Jacobs, M. A., Martin, B. R., Abraham, C. R., Ikezu, T., Reichard, R. R., Wolozin, B. L., \u2026 Cantu, R. C. (2013). The spectrum of disease in chronic traumatic encephalopathy. <em>Brain<\/em>, 136(1), 43\u201364. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/aws307\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/aws307<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le traumatisme cr\u00e2nien est une l\u00e9sion complexe caus\u00e9e par des forces m\u00e9caniques externes, entra\u00eenant des atteintes cognitives, \u00e9motionnelles et comportementales durables.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,459,3],"tags":[31127,1949,6480,173,11257],"class_list":["post-22453","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-neurosciences","category-psychologie-clinique","tag-commotion-cerebrale","tag-fonctions-executives","tag-lesion-cerebrale","tag-neuropsychologie","tag-traumatisme-cranien"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22453","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22453\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22453"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22453"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22453"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}