{"id":22436,"date":"2026-10-27T10:14:13","date_gmt":"2026-10-27T10:14:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=imagerie-cerebrale"},"modified":"2026-10-27T10:14:13","modified_gmt":"2026-10-27T10:14:13","slug":"imagerie-cerebrale","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=imagerie-cerebrale","title":{"rendered":"Imagerie c\u00e9r\u00e9brale : Cartographier l&rsquo;esprit"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;exploration des m\u00e9andres du cerveau humain a longtemps constitu\u00e9 l&rsquo;une des fronti\u00e8res les plus imp\u00e9n\u00e9trables de la science biologique et psychologique. Gr\u00e2ce aux avanc\u00e9es spectaculaires de l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale, les chercheurs et cliniciens contemporains disposent d\u00e9sormais d&rsquo;une fen\u00eatre sans pr\u00e9c\u00e9dent sur les corr\u00e9lats anatomiques et fonctionnels des processus cognitifs, \u00e9motionnels et comportementaux.<\/p>\n<h2>Imagerie c\u00e9r\u00e9brale (Neuro-imagerie)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale, couramment d\u00e9sign\u00e9e sous le terme de neuro-imagerie, englobe l&rsquo;ensemble des techniques biom\u00e9dicales et informatiques permettant de visualiser, de cartographier et de mesurer de mani\u00e8re non invasive ou mini-invasive la structure anatomique, le m\u00e9tabolisme, la connectivit\u00e9 et l&rsquo;activit\u00e9 fonctionnelle du syst\u00e8me nerveux central. Dans le champ de la psychologie et des neurosciences cognitives, elle constitue le vecteur privil\u00e9gi\u00e9 pour identifier les r\u00e9seaux neuronaux sous-jacents aux \u00e9tats mentaux et aux psychopathologies.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel, cette discipline transcende la simple reproduction visuelle d&rsquo;organes biologiques. Elle transforme des signaux biophysiques complexes\u2014tels que la r\u00e9sonance magn\u00e9tique nucl\u00e9aire, l&rsquo;att\u00e9nuation des faisceaux de rayons X ou l&rsquo;\u00e9mission de positrons\u2014en repr\u00e9sentations spatiales et temporelles quantifiables. Ces donn\u00e9es permettent d&rsquo;inf\u00e9rer les m\u00e9canismes neurobiologiques qui orchestrent la perception, la prise de d\u00e9cision, la r\u00e9gulation affective et les alt\u00e9rations fonctionnelles observ\u00e9es dans les troubles psychiatriques et neurologiques.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale s&rsquo;articule aujourd&rsquo;hui autour de deux grands axes compl\u00e9mentaires : la neuro-imagerie structurelle, qui se focalise sur la morphom\u00e9trie, l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 macroscopique et microscopique des tissus c\u00e9r\u00e9braux, et la neuro-imagerie fonctionnelle, qui capture les fluctuations dynamiques de l&rsquo;activit\u00e9 m\u00e9tabolique et h\u00e9modynamique corr\u00e9l\u00e9es aux t\u00e2ches cognitives ou au repos physiologique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab imagerie c\u00e9r\u00e9brale \u00bb d\u00e9rive de deux racines distinctes mais compl\u00e9mentaires. Le terme \u00ab imagerie \u00bb provient de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais \u00ab imagier \u00bb (celui qui fabrique des images), lui-m\u00eame issu du latin <em>imago<\/em>, d\u00e9signant une repr\u00e9sentation, un portrait, une apparence ou une ombre. Historiquement associ\u00e9 aux arts visuels et \u00e0 la gravure, le mot s&rsquo;est m\u00e9taphoris\u00e9 au cours de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle dans le vocabulaire m\u00e9dical pour d\u00e9signer les repr\u00e9sentations graphiques obtenues par des dispositifs technologiques indirects.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab c\u00e9r\u00e9brale \u00bb trouve son origine dans le latin <em>cerebrum<\/em>, signifiant \u00ab cerveau \u00bb ou \u00ab t\u00eate \u00bb, qui partage une racine indo-europ\u00e9enne commune (<em>*ker-<\/em>) li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de cr\u00e2ne ou de corne. Parall\u00e8lement, le n\u00e9ologisme \u00ab neuro-imagerie \u00bb (calqu\u00e9 sur l&rsquo;anglais <em>neuroimaging<\/em>) int\u00e8gre le pr\u00e9fixe grec <em>neuron<\/em> (\u03bd\u03b5\u03c5\u0303\u03c1\u03bf\u03bd), signifiant \u00ab nerf \u00bb, refl\u00e9tant l&rsquo;interdisciplinarit\u00e9 croissante entre la neurologie, la radiologie et les sciences cognitives computationnelles \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 et 1980.<\/p>\n<p>L&rsquo;entr\u00e9e de ces concepts dans le corpus acad\u00e9mique de langue fran\u00e7aise correspond au tournant paradigmatique des neurosciences cognitives, p\u00e9riode durant laquelle la psychologie exp\u00e9rimentale s&rsquo;est affranchie des mod\u00e8les strictement b\u00e9havioristes pour sonder directement le substrat biologique de la pens\u00e9e.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Le terme s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement sous la forme \/i.ma\u0292.\u0281i se.\u0281e.b\u0281al\/ en alphabet phon\u00e9tique international (API). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe nominal f\u00e9minin singulier compos\u00e9 d&rsquo;un nom commun et d&rsquo;un adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te. Au pluriel, il prend la forme orthographique r\u00e9guli\u00e8re \u00ab imageries c\u00e9r\u00e9brales \u00bb, bien que l&rsquo;usage acad\u00e9mique privil\u00e9gie largement le singulier collectif pour qualifier la discipline ou l&rsquo;ensemble des modalit\u00e9s techniques.<\/p>\n<p>Le synonyme morphologique \u00ab neuro-imagerie \u00bb (prononc\u00e9 \/n\u00f8.\u0281o.i.ma\u0292.\u0281i\/) est \u00e9galement un nom f\u00e9minin. Il est fr\u00e9quemment employ\u00e9 avec un trait d&rsquo;union (\u00ab neuro-imagerie \u00bb) ou en graphie soud\u00e9e (\u00ab neuroimagerie \u00bb), cette derni\u00e8re \u00e9tant de plus en plus accept\u00e9e dans les publications scientifiques francophones sous l&rsquo;influence des normes d&rsquo;\u00e9dition internationales.<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et psychologique, on observe des collocations courantes telles que \u00ab imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle \u00bb, \u00ab neuro-imagerie multimodale \u00bb ou \u00ab donn\u00e9es de neuro-imagerie \u00bb, d\u00e9signant aussi bien les protocoles d&rsquo;acquisition que les ensembles volum\u00e9triques de donn\u00e9es matricielles r\u00e9sultantes.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale dans toute sa profondeur, il convient de comprendre qu&rsquo;elle ne constitue pas une photographie directe de l&rsquo;esprit, mais une cha\u00eene complexe d&rsquo;inf\u00e9rences physiques, physiologiques et computationnelles. Chaque image c\u00e9r\u00e9brale r\u00e9sulte de la conversion d&rsquo;un signal biophysique en unit\u00e9s spatiales tridimensionnelles appel\u00e9es voxels (pixels volum\u00e9triques). La r\u00e9solution de ces repr\u00e9sentations s&rsquo;\u00e9value principalement selon deux m\u00e9triques cardinales : la r\u00e9solution spatiale, qui d\u00e9termine la pr\u00e9cision anatomique avec laquelle une r\u00e9gion c\u00e9r\u00e9brale peut \u00eatre isol\u00e9e, et la r\u00e9solution temporelle, qui quantifie la vitesse \u00e0 laquelle les changements physiologiques peuvent \u00eatre \u00e9chantillonn\u00e9s.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de la neuro-imagerie fonctionnelle r\u00e9side le principe du couplage neurovasculaire. Lorsque des populations neuronales s&rsquo;activent pour traiter une information cognitive ou \u00e9motionnelle, leur consommation \u00e9nerg\u00e9tique en oxyg\u00e8ne et en glucose augmente substantiellement. Pour compenser cette demande m\u00e9tabolique, une cascade de signalisations biochimiques d\u00e9clenche une hyper\u00e9mie locale, c&rsquo;est-\u00e0-dire un afflux sanguin cibl\u00e9 vers les capillaires avoisinants. Des techniques comme l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique_fonctionnelle\">imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle<\/a> (IRMf) exploitent ce ph\u00e9nom\u00e8ne via le contraste BOLD (<em>Blood Oxygenation Level Dependent<\/em>), mesurant le rapport entre l&rsquo;oxyh\u00e9moglobine diamagn\u00e9tique et la d\u00e9soxyh\u00e9moglobine paramagn\u00e9tique.<\/p>\n<p>L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale structurelle, quant \u00e0 elle, s&rsquo;attache \u00e0 quantifier les propri\u00e9t\u00e9s volum\u00e9triques, g\u00e9om\u00e9triques et microstructurales des tissus. La morphom\u00e9trie voxel \u00e0 voxel (VBM) permet de calculer la densit\u00e9 locale de mati\u00e8re grise, tandis que l&rsquo;imagerie du tenseur de diffusion (DTI) suit le mouvement brownien des mol\u00e9cules d&rsquo;eau le long des gaines de my\u00e9line. Cette derni\u00e8re approche a permis de cartographier avec une pr\u00e9cision remarquable le connectome structurel, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;ensemble des faisceaux de substance blanche reliant les diff\u00e9rentes aires corticales et sous-corticales.<\/p>\n<p>Le champ s&rsquo;\u00e9tend au-del\u00e0 des mesures h\u00e9modynamiques gr\u00e2ce aux approches \u00e9lectrophysiologiques que sont l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) et la magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG). Ces techniques capturent directement les champs \u00e9lectriques et magn\u00e9tiques engendr\u00e9s par les potentiels post-synaptiques synchrones des neurones pyramidaux du cortex. Bien que leur r\u00e9solution spatiale soit intrins\u00e8quement limit\u00e9e par le probl\u00e8me inverse (la difficult\u00e9 math\u00e9matique de reconstruire la source intracr\u00e2nienne exacte \u00e0 partir de capteurs de surface), leur r\u00e9solution temporelle milliseconde offre une dynamique in\u00e9gal\u00e9e pour retracer la chronom\u00e9trie mentale.<\/p>\n<p>Enfin, la neuro-imagerie mol\u00e9culaire, domin\u00e9e par la tomographie par \u00e9mission de positrons (TEP), permet de quantifier la densit\u00e9 des r\u00e9cepteurs synaptiques, les cin\u00e9tiques de neurotransmission (dopamine, s\u00e9rotonine, GABA) et l&rsquo;accumulation de prot\u00e9ines pathologiques (comme les d\u00e9p\u00f4ts amylo\u00efdes ou tau). L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale contemporaine s&rsquo;affirme donc comme un \u00e9cosyst\u00e8me m\u00e9thodologique int\u00e9gr\u00e9 o\u00f9 convergent physique quantique, physiologie vasculaire, mod\u00e9lisation math\u00e9matique et psychologie cognitive.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;ambition de visualiser le cerveau en action plonge ses racines dans les travaux pionniers du physiologiste italien Angelo Mosso \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Concepteur de la \u00ab balance de circulation humaine \u00bb, Mosso postulait que l&rsquo;activit\u00e9 mentale exigeait une redistribution de la masse sanguine vers le p\u00f4le c\u00e9phalique, faisant osciller une table d&rsquo;\u00e9quilibre sur laquelle reposait le sujet. Bien que rudimentaire, cette intuition fondait le postulat du couplage h\u00e9modynamique contemporain.<\/p>\n<p>Le d\u00e9but du XXe si\u00e8cle voit l&rsquo;\u00e9mergence des premi\u00e8res visualisations m\u00e9dicales invasives. En 1918, le neurochirurgien am\u00e9ricain Walter Dandy introduit la ventriculographie et l&rsquo;enc\u00e9phalographie gazeuse, consistant \u00e0 drainer le liquide c\u00e9phalorachidien pour le remplacer par de l&rsquo;air afin de faire appara\u00eetre les cavit\u00e9s ventriculaires sur des clich\u00e9s radiologiques conventionnels. En 1927, le neurologue portugais Egas Moniz met au point l&rsquo;angiographie c\u00e9r\u00e9brale en injectant des produits de contraste radio-opaques pour visualiser le r\u00e9seau vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, une avanc\u00e9e majeure qui lui vaudra une reconnaissance internationale.<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 1929 marque un tournant d\u00e9cisif avec la publication de Hans Berger, qui enregistre pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrique du cerveau humain chez l&rsquo;homme \u00e9veill\u00e9 par le biais de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie. Pour la premi\u00e8re fois, la neurophysiologie pouvait enregistrer les rythmes oscillatoires du cerveau sans effraction cr\u00e2nienne. Cependant, la visualisation anatomique tridimensionnelle restait hors de port\u00e9e.<\/p>\n<p>La v\u00e9ritable r\u00e9volution computationnelle survient dans les ann\u00e9es 1970 avec l&rsquo;invention de la tomodensitom\u00e9trie (TDM ou scanner \u00e0 rayons X) par Godfrey Hounsfield et Allan Cormack, r\u00e9compens\u00e9s par le prix Nobel en 1979. Le scanner permit de reconstruire math\u00e9matiquement des coupes transversales du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. Simultan\u00e9ment, les principes de la r\u00e9sonance magn\u00e9tique nucl\u00e9aire, d\u00e9couverts par Felix Bloch et Edward Purcell, sont appliqu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;imagerie m\u00e9dicale par Paul Lauterbur et Peter Mansfield, donnant naissance \u00e0 l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique\">imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique<\/a> (IRM).<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 1980 et 1990 constituent l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la neuro-imagerie fonctionnelle. Apr\u00e8s le d\u00e9veloppement de la TEP au cours des ann\u00e9es 1970, Seiji Ogawa et ses collaborateurs d\u00e9couvrent en 1990 que les variations de d\u00e9soxyh\u00e9moglobine modifient le contraste d&rsquo;image en IRM, jetant les bases de l&rsquo;IRMf BOLD. D\u00e8s 1992, les premi\u00e8res \u00e9tudes fonctionnelles chez l&rsquo;humain sont publi\u00e9es par l&rsquo;\u00e9quipe de Kenneth Kwong. Depuis lors, l&rsquo;essor exponentiel de la puissance de calcul informatique et des algorithmes d&rsquo;apprentissage automatique a transform\u00e9 l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale, la faisant passer de l&rsquo;observation statique d&rsquo;aires c\u00e9r\u00e9brales isol\u00e9es \u00e0 la cartographie dynamique des r\u00e9seaux fonctionnels globaux.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation des donn\u00e9es de neuro-imagerie repose sur plusieurs piliers th\u00e9oriques issus de la psychologie cognitive et des neurosciences fondamentales. Le premier grand cadre th\u00e9orique est celui de la localisation fonctionnelle, h\u00e9rit\u00e9 des d\u00e9bats historiques entre phr\u00e9nologues et partisans du champ holistique unifi\u00e9. L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale moderne a temp\u00e9r\u00e9 le localisationnisme na\u00eff en \u00e9tablissant que si certaines r\u00e9gions corticales poss\u00e8dent une sp\u00e9cialisation fonctionnelle marqu\u00e9e (comme l&rsquo;aire fusiforme pour la reconnaissance faciale), elles ne travaillent jamais de fa\u00e7on isol\u00e9e.<\/p>\n<p>Le second pilier th\u00e9orique r\u00e9side dans la notion d&rsquo;int\u00e9gration fonctionnelle et de connectivit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Th\u00e9oris\u00e9e notamment par Karl Friston et les partisans des neurosciences computationnelles, cette approche postule que les fonctions psychologiques complexes \u00e9mergent des interactions dynamiques et distribu\u00e9es au sein de r\u00e9seaux \u00e9tendus. On distingue formellement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La connectivit\u00e9 structurelle :<\/strong> la description physique et anatomique des voies d&rsquo;association axonales reliant les modules corticaux.<\/li>\n<li><strong>La connectivit\u00e9 fonctionnelle :<\/strong> la corr\u00e9lation temporelle statistique entre les fluctuations d&rsquo;activit\u00e9 de r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales spatialement distantes, observ\u00e9e notamment au cours de l&rsquo;\u00e9tat de repos (<em>resting-state<\/em>).<\/li>\n<li><strong>La connectivit\u00e9 effective :<\/strong> l&rsquo;influence causale directe qu&rsquo;un syst\u00e8me neuronal exerce sur un autre, mod\u00e9lis\u00e9e par des approches comme les mod\u00e8les causaux dynamiques (DCM).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Un autre mod\u00e8le th\u00e9orique majeur est celui de la soustraction cognitive, issu des travaux du chronom\u00e9treur n\u00e9erlandais Franciscus Donders. Ce paradigme suppose qu&rsquo;un processus mental d&rsquo;int\u00e9r\u00eat peut \u00eatre isol\u00e9 exp\u00e9rimentalement en soustrayant le signal c\u00e9r\u00e9bral recueilli durant une t\u00e2che de contr\u00f4le du signal obtenu durant une t\u00e2che cible diff\u00e9rant par une seule composante cognitive. Bien que critiqu\u00e9 pour son hypoth\u00e8se d&rsquo;\u00ab insertion pure \u00bb (le postulat discutable qu&rsquo;ajouter une \u00e9tape cognitive ne modifie pas les op\u00e9rations c\u00e9r\u00e9brales pr\u00e9existantes), le principe soustractif a constitu\u00e9 la base m\u00e9thodologique de la majorit\u00e9 des protocoles d&rsquo;IRMf exp\u00e9rimentaux.<\/p>\n<p>Enfin, les mod\u00e8les contemporains s&rsquo;appuient sur la th\u00e9orie du codage pr\u00e9dictif et du cerveau bay\u00e9sien, selon laquelle le cortex c\u00e9r\u00e9bral est un moteur d&rsquo;inf\u00e9rence statistique constant visant \u00e0 minimiser l&rsquo;erreur de pr\u00e9diction sensorielle. L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale est aujourd&rsquo;hui employ\u00e9e pour traquer les signatures h\u00e9modynamiques et \u00e9lectrophysiologiques de ces calculs bay\u00e9siens dans les hi\u00e9rarchies corticales.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;arsenal des technologies d&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale peut \u00eatre classifi\u00e9 selon plusieurs dimensions m\u00e9thodologiques et physiques fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Imagerie par R\u00e9sonance Magn\u00e9tique Anatomique (IRMa) :<\/strong> Technique non irradiante fond\u00e9e sur l&rsquo;alignement des spins de protons d&rsquo;hydrog\u00e8ne sous un champ magn\u00e9tique intense. Elle offre d&rsquo;excellentes r\u00e9solutions sous-millim\u00e9triques pour quantifier le volume, l&rsquo;\u00e9paisseur corticale et les anomalies morphologiques.<\/li>\n<li><strong>Imagerie par R\u00e9sonance Magn\u00e9tique Fonctionnelle (IRMf) :<\/strong> Mesure des variations h\u00e9modynamiques locales induites par l&rsquo;activit\u00e9 neuronale (signal BOLD). Elle b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une bonne r\u00e9solution spatiale (1 \u00e0 2 mm), mais sa r\u00e9solution temporelle reste tributaire de la lenteur de la r\u00e9ponse h\u00e9modynamique (plusieurs secondes).<\/li>\n<li><strong>Imagerie du Tenseur de Diffusion (DTI \/ tractographie) :<\/strong> Variante de l&rsquo;IRM mesurant l&rsquo;anisotropie de la diffusion de l&rsquo;eau le long des axones, permettant de reconstruire virtuellement les faisceaux de substance blanche du connectome.<\/li>\n<li><strong>Tomographie par \u00c9mission de Positrons (TEP) :<\/strong> M\u00e9thode de m\u00e9decine nucl\u00e9aire n\u00e9cessitant l&rsquo;injection de radiotraceurs \u00e9metteurs de positons (comme le 18F-FDG pour le m\u00e9tabolisme glucidique ou des ligands sp\u00e9cifiques de neurotransmetteurs). Elle dispose d&rsquo;une haute sensibilit\u00e9 pharmacologique mais d&rsquo;une r\u00e9solution temporelle tr\u00e8s faible et d&rsquo;une exposition aux radiations.<\/li>\n<li><strong>Tomographie d&rsquo;\u00c9mission Monophotonique (TEMP \/ SPECT) :<\/strong> Similaire \u00e0 la TEP, utilisant des traceurs \u00e9mettant des rayons gamma pour \u00e9valuer la perfusion sanguine c\u00e9r\u00e9brale r\u00e9gionale.<\/li>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><strong>\u00c9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) et \u00c9lectrocorticographie (ECoG) :<\/strong> Enregistrement de l&rsquo;activit\u00e9 bio\u00e9lectrique \u00e0 la surface du scalp ou directement sur le cortex (chirurgie de l&rsquo;\u00e9pilepsie). Excellente r\u00e9solution temporelle (&lt; 1 ms) mais localisation spatiale diffuse en surface<\/span>.<\/li>\n<li><strong>Magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) :<\/strong> D\u00e9tection des infimes champs magn\u00e9tiques g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;activit\u00e9 neuronale au moyen de capteurs supraconducteurs (SQUID). Elle combine une r\u00e9solution temporelle milliseconde \u00e0 une r\u00e9solution spatiale sup\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;EEG.<\/li>\n<li><strong>Spectroscopie Proche Infrarouge Fonctionnelle (fNIRS) :<\/strong> Utilisation de faisceaux lumineux dans le proche infrarouge pour quantifier l&rsquo;oxyg\u00e9nation de l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale. Tr\u00e8s tol\u00e9rante au mouvement et portable, bien que limit\u00e9e aux zones corticales superficielles.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mat\u00e9rialiser l&rsquo;impact de l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale en psychologie, consid\u00e9rons le cas des \u00e9tats de conscience alt\u00e9r\u00e9e cons\u00e9cutifs \u00e0 des traumatismes cr\u00e2niens s\u00e9v\u00e8res. Dans une \u00e9tude devenue c\u00e9l\u00e8bre dirig\u00e9e par Adrian Owen en 2006, une patiente diagnostiqu\u00e9e en \u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif (syndrome d&rsquo;\u00e9veil non r\u00e9pondant) a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e dans un scanner d&rsquo;IRMf. Les exp\u00e9rimentateurs lui ont demand\u00e9 d&rsquo;imaginer jouer au tennis ou de se d\u00e9placer mentalement dans les pi\u00e8ces de sa maison. De mani\u00e8re spectaculaire, les enregistrements ont mis en \u00e9vidence une activation distincte de l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire pour le tennis, et du cortex parahippocampique pour la navigation spatiale, rigoureusement identique aux patrons d&rsquo;activation observ\u00e9s chez des sujets t\u00e9moins sains. L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale a ainsi prouv\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;une conscience r\u00e9siduelle pr\u00e9serv\u00e9e chez une personne totalement priv\u00e9e de motricit\u00e9 comportementale.<\/p>\n<p>Un second exemple embl\u00e9matique concerne la psychopathologie du trouble de stress post-traumatique (TSPT). \u00c0 travers l&rsquo;imagerie fonctionnelle et morphom\u00e9trique, les chercheurs ont pu documenter de mani\u00e8re reproductible une hyperr\u00e9activit\u00e9 de l&rsquo;amygdale coupl\u00e9e \u00e0 un d\u00e9ficit d&rsquo;inhibition descendante exerc\u00e9e par le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian, ainsi qu&rsquo;une atrophie volum\u00e9trique de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hippocampe_(cerveau)\">hippocampe<\/a>. Ces d\u00e9couvertes ont permis de valider biologiquement les mod\u00e8les cliniques de la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle exacerb\u00e9e et de la rem\u00e9moration intrusive involontaire.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychologie du d\u00e9veloppement, l&rsquo;imagerie a transform\u00e9 la compr\u00e9hension de la dyslexie d\u00e9veloppementale. Les examens d&rsquo;IRM structurelle et fonctionnelle ont mis au jour une hypoactivation constante du r\u00e9seau occipito-temporal gauche (l&rsquo;aire de la forme visuelle des mots) et des d\u00e9sorganisations architecturales dans les faisceaux longitudinaux sup\u00e9rieurs reliant les aires du langage oral et \u00e9crit. Ces donn\u00e9es ont r\u00e9fut\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un simple manque de motivation p\u00e9dagogique en affirmant la nature neuro-d\u00e9veloppementale du trouble.<\/p>\n<h3>9. Mesure, protocoles et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La production et l&rsquo;analyse de donn\u00e9es en imagerie c\u00e9r\u00e9brale n\u00e9cessitent des protocoles standardis\u00e9s rigoureux pour extraire des signaux exploitables du bruit de fond physiologique (mouvements cardiaques, respiration, tremblements cr\u00e2niens). Le pr\u00e9traitement des donn\u00e9es constitue une phase math\u00e9matique critique comprenant :<\/p>\n<ul>\n<li>Le recalage spatial et la correction du mouvement intra-sujet ;<\/li>\n<li>La correction du temps d&rsquo;acquisition des coupes (<em>slice-timing<\/em>) en IRMf ;<\/li>\n<li>La normalisation spatiale dans des espaces st\u00e9r\u00e9otaxiques de r\u00e9f\u00e9rence standardis\u00e9s (tels que les atlas de Talairach ou de l&rsquo;Institut Neurologique de Montr\u00e9al, MNI) ;<\/li>\n<li>Le lissage spatial (application d&rsquo;un filtre gaussien) pour optimiser le rapport signal sur bruit et respecter les hypoth\u00e8ses des champs al\u00e9atoires gaussiens.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;analyse statistique repose traditionnellement sur le Mod\u00e8le Lin\u00e9aire G\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 (GLM). Chaque voxel fait l&rsquo;objet d&rsquo;une analyse de r\u00e9gression multivari\u00e9e pour d\u00e9terminer si sa s\u00e9rie temporelle corr\u00e8le significativement avec le mod\u00e8le exp\u00e9rimental th\u00e9orique. Face \u00e0 l&rsquo;inflation massive du risque d&rsquo;erreur de type I (faux positifs) due aux tests simultan\u00e9s de plus de 100 000 voxels, des m\u00e9thodes statistiques strictes de correction pour comparaisons multiples sont imp\u00e9ratives, notamment le taux de fausse d\u00e9couverte (FDR) ou le contr\u00f4le de l&rsquo;erreur par famille de tests (FWE).<\/p>\n<p>Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, les protocoles ont int\u00e9gr\u00e9 des m\u00e9thodes de d\u00e9codage par apprentissage automatique, notamment l&rsquo;analyse de patterns multivari\u00e9s (MVPA). Contrairement aux analyses univari\u00e9es qui examinent chaque voxel isol\u00e9ment, la MVPA \u00e9value si la configuration spatiale distribu\u00e9e de l&rsquo;ensemble des voxels au sein d&rsquo;une r\u00e9gion peut discriminer avec succ\u00e8s la nature exacte de l&rsquo;\u00e9tat mental repr\u00e9sent\u00e9 (par exemple, identifier quelle image une personne observe ou quelle intention d&rsquo;action elle pr\u00e9pare).<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les applications de l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale s&rsquo;\u00e9tendent d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;ensemble du spectre clinique, soci\u00e9tal et translationnel. En neurologie et neurochirurgie, le rep\u00e9rage fonctionnel pr\u00e9op\u00e9ratoire par IRMf et tractographie DTI est devenu indispensable. Il permet aux chirurgiens de d\u00e9limiter avec une pr\u00e9cision millim\u00e9trique les fronti\u00e8res fonctionnelles du langage (aire de Broca, aire de Wernicke) et de la motricit\u00e9 primaire afin d&rsquo;\u00e9pargner les tissus nobles lors de l&rsquo;ex\u00e9r\u00e8se de tumeurs c\u00e9r\u00e9brales ou de foyers \u00e9pileptog\u00e8nes.<\/p>\n<p>En psychiatrie clinique et en psychopathologie, la neuro-imagerie participe \u00e0 la qu\u00eate de biomarqueurs objectifs pour d\u00e9passer les classifications purement syndromiques du DSM-5. Elle soutient les initiatives comme les crit\u00e8res de domaines de recherche (RDoC) port\u00e9s par le NIMH, qui visent \u00e0 reclassifier les maladies mentales selon des dysfonctionnements de circuits c\u00e9r\u00e9braux sp\u00e9cifiques (syst\u00e8me de r\u00e9compense, contr\u00f4le ex\u00e9cutif, valence n\u00e9gative) plut\u00f4t que sur des collections de sympt\u00f4mes d\u00e9claratifs.<\/p>\n<p>Dans le domaine th\u00e9rapeutique, le neurofeedback par IRMf en temps r\u00e9el ou par EEG permet \u00e0 des patients d&rsquo;apprendre \u00e0 r\u00e9guler volontairement l&rsquo;activit\u00e9 de structures sous-corticales profondes, comme l&rsquo;amygdale ou le cortex cingulaire ant\u00e9rieur. Cette approche ouvre des perspectives prometteuses dans le traitement des d\u00e9pressions pharmaco-r\u00e9sistantes, des douleurs chroniques et des addictions.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la m\u00e9decine, le champ de l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale innerve les sciences de l&rsquo;\u00e9ducation (neuro\u00e9ducation), o\u00f9 l&rsquo;\u00e9tude des circuits de l&rsquo;apprentissage de la lecture et du calcul oriente l&rsquo;optimisation des m\u00e9thodes p\u00e9dagogiques. Le monde juridique explore timidement le \u00ab neuro-droit \u00bb pour l&rsquo;\u00e9valuation de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale ou la d\u00e9tection de mensonges, bien que ces utilisations fassent l&rsquo;objet d&rsquo;une intense r\u00e9probation \u00e9thique et l\u00e9gale dans la plupart des juridictions internationales.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Le volume de litt\u00e9rature empirique produit par l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale au cours des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies est monumental. L&rsquo;une des d\u00e9couvertes les plus r\u00e9volutionnaires issues de l&rsquo;IRM fonctionnelle au repos a \u00e9t\u00e9 document\u00e9e par Marcus Raichle et son \u00e9quipe en 2001 : la d\u00e9couverte du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9seau_du_mode_par_d%C3%A9faut\">r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut<\/a> (<em>Default Mode Network<\/em>, DMN). Les chercheurs ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;un ensemble sp\u00e9cifique de r\u00e9gions interconnect\u00e9es (comprenant le cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dian, le cortex cingulaire post\u00e9rieur et le pr\u00e9cun\u00e9us) affiche une consommation \u00e9nerg\u00e9tique paradoxalement \u00e9lev\u00e9e lorsque le sujet ne r\u00e9alise aucune t\u00e2che externe et s&rsquo;adonne \u00e0 la r\u00eaverie, \u00e0 l&rsquo;introspection autobiographique ou \u00e0 la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>Les m\u00e9ta-analyses \u00e0 large \u00e9chelle, facilit\u00e9es par des plateformes collaboratives telles que NeuroSynth ou la base de donn\u00e9es BrainMap, ont permis de consolider les connaissances empiriques en compilant les donn\u00e9es de dizaines de milliers d&rsquo;exp\u00e9riences publi\u00e9es. Ces synth\u00e8ses ont valid\u00e9 la dissociation fonctionnelle et l&rsquo;anti-corr\u00e9lation dynamique entre les r\u00e9seaux attentionnels dorsaux (orient\u00e9s vers le traitement du monde ext\u00e9rieur) et le r\u00e9seau par d\u00e9faut (orient\u00e9 vers l&rsquo;autor\u00e9f\u00e9rence interne).<\/p>\n<p>De vastes consortiums internationaux ont \u00e9galement vu le jour pour pallier les probl\u00e8mes d&rsquo;\u00e9chantillonnage de la recherche initiale. Le projet <em>Human Connectome Project<\/em> (HCP) a ainsi acquis des donn\u00e9es d&rsquo;imagerie structurelle, fonctionnelle et de diffusion de tr\u00e8s haute qualit\u00e9 aupr\u00e8s de plus de 1 200 individus sains. En exploitant ces ensembles massifs, Matthew Glasser et ses coll\u00e8gues ont publi\u00e9 en 2016 dans la revue <em>Nature<\/em> une nouvelle parcellisation corticale multimodale d\u00e9limitant avec rigueur 180 aires distinctes par h\u00e9misph\u00e8re, red\u00e9finissant la carte cytoarchitectonique classique de Korbinian Brodmann.<\/p>\n<p>Dans le domaine clinique, les consortia comme ENIGMA (<em>Enhancing Neuro Imaging Genetics through Meta-Analysis<\/em>) analysent les scanners de dizaines de milliers de patients atteints de schizophr\u00e9nie, de trouble bipolaire ou de d\u00e9pression majeure \u00e0 travers le globe. Leurs travaux d\u00e9montrent des patrons subtils mais hautement coh\u00e9rents de diminution de l&rsquo;\u00e9paisseur corticale et d&rsquo;alt\u00e9rations des faisceaux de substance blanche, confirmant que les troubles psychiatriques s&rsquo;apparentent fondamentalement \u00e0 des d\u00e9sordres de connectivit\u00e9 macro-r\u00e9seau.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transcuturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;essor de la neuro-imagerie a suscit\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence des neurosciences culturelles, un champ d&rsquo;investigation \u00e9tudiant comment l&rsquo;enculturation fa\u00e7onne l&rsquo;architecture fonctionnelle du cerveau humain. Les travaux pionniers de psychologues tels que Shinobu Kitayama et Hazel Markus sur l&rsquo;ind\u00e9pendance versus l&rsquo;interd\u00e9pendance du soi ont trouv\u00e9 des \u00e9chos physiologiques directs gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes comparatives ont ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que lors de jugements portant sur les traits de personnalit\u00e9 de la m\u00e8re ou de soi-m\u00eame, les participants occidentaux (culture individualiste) activent s\u00e9lectivement le cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dian pour le soi uniquement, tandis que les participants d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est (culture collectiviste) recrutent ce m\u00eame substrat neural de mani\u00e8re indiff\u00e9renci\u00e9e pour le soi et pour la m\u00e8re. Ces observations sugg\u00e8rent que la repr\u00e9sentation neurale du soi s&rsquo;imbrique \u00e9troitement avec les valeurs d&rsquo;interd\u00e9pendance relationnelle propres au groupe social d&rsquo;appartenance.<\/p>\n<p>De m\u00eame, des variations cross-culturelles notables ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es dans les r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux de l&rsquo;arithm\u00e9tique mentale et du traitement visuel. Face \u00e0 des sc\u00e8nes visuelles complexes, les individus issus de cultures individualistes montrent une sensibilit\u00e9 accrue de l&rsquo;hippocampe et des r\u00e9gions ventrales pour les objets focaux, tandis que les individus de cultures holistiques mobilisent davantage les aires temporo-pari\u00e9tales associ\u00e9es au traitement du contexte et du fond spatial. L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale prouve ainsi que la plasticit\u00e9 synaptique et les r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux demeurent sous l&rsquo;influence constante des pratiques culturelles, du langage et des syst\u00e8mes de sens partag\u00e9s.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites \u00e9pist\u00e9mologiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa supr\u00e9matie technique apparente, l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fait l&rsquo;objet de vives critiques m\u00e9thodologiques et \u00e9pist\u00e9mologiques au sein de la communaut\u00e9 scientifique. L&rsquo;une des d\u00e9rives les plus d\u00e9nonc\u00e9es est le \u00ab neuro-r\u00e9alisme \u00bb ou le r\u00e9ductionnisme vulgaire, qui consiste \u00e0 consid\u00e9rer qu&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique subjectif (l&rsquo;amour, l&#8217;empathie, la culpabilit\u00e9) n&rsquo;est v\u00e9ritablement \u00ab r\u00e9el \u00bb ou \u00ab prouv\u00e9 \u00bb que lorsqu&rsquo;une aire c\u00e9r\u00e9brale s&rsquo;allume sur un clich\u00e9 en couleur. Cette s\u00e9duction visuelle op\u00e8re un biais d&rsquo;autorit\u00e9 sur le grand public et le syst\u00e8me judiciaire.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9thodologique, le champ a travers\u00e9 une crise de reproductibilit\u00e9 notable. En 2009, Edward Vul et ses collaborateurs ont provoqu\u00e9 un s\u00e9isme en publiant un article d\u00e9non\u00e7ant les \u00ab corr\u00e9lations vaudou \u00bb en neurosciences sociales, pointant des corr\u00e9lations statistiquement aberrantes (parfois sup\u00e9rieures \u00e0 0,85) entre signaux IRMf et traits de personnalit\u00e9, r\u00e9sultant d&rsquo;analyses circulaires biais\u00e9es (l&rsquo;erreur du \u00ab double dipping \u00bb, o\u00f9 les voxels sont s\u00e9lectionn\u00e9s puis test\u00e9s sur le m\u00eame jeu de donn\u00e9es).<\/p>\n<p>De m\u00eame, en 2016, Anders Eklund et ses coll\u00e8gues ont identifi\u00e9 des failles math\u00e9matiques dans les algorithmes de correction statistique de packages logiciels d&rsquo;imagerie largement utilis\u00e9s (SPM, FSL, AFNI), montrant que certaines analyses clusteris\u00e9es pouvaient engendrer des taux de faux positifs atteignant 70 % au lieu des 5 % th\u00e9oriques. Cet avertissement a contraint la discipline \u00e0 adopter des standards statistiques beaucoup plus s\u00e9v\u00e8res et des pr\u00e9-enregistrements syst\u00e9matiques d&rsquo;\u00e9tudes.<\/p>\n<p>Enfin, la critique de l&rsquo;inf\u00e9rence inverse (<em>reverse inference<\/em>), conceptualis\u00e9e par Russell Poldrack, demeure une limite logique cruciale. Il est fallacieux de d\u00e9duire la pr\u00e9sence d&rsquo;un \u00e9tat mental particulier (comme la peur) de la simple activation d&rsquo;une r\u00e9gion c\u00e9r\u00e9brale (comme l&rsquo;amygdale), car une m\u00eame structure neuronale participe invariablement \u00e0 une multitude de processus cognitifs et \u00e9motionnels distincts (pluripotence fonctionnelle).<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion terminologique dans le discours acad\u00e9mique, plusieurs distinctions fondamentales s&rsquo;imposent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Neuro-imagerie vs \u00c9lectrophysiologie unitaire :<\/strong> L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale globale (IRMf, TEP) mesure des r\u00e9ponses agr\u00e9g\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de millions de neurones, contrairement \u00e0 l&rsquo;enregistrement par patch-clamp ou par micro\u00e9lectrodes implant\u00e9es qui capture l&rsquo;activit\u00e9 de cellules individuelles.<\/li>\n<li><strong>Imagerie structurelle vs Imagerie fonctionnelle :<\/strong> La premi\u00e8re capture l&rsquo;anatomie statique, les volumes et la cytoarchitecture (ex. scanner X, IRM T1\/T2), tandis que la seconde capture la dynamique temporelle du m\u00e9tabolisme et des flux sanguins li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 neuronale (ex. IRMf, TEP-FDG).<\/li>\n<li><strong>Connectivit\u00e9 fonctionnelle vs Connectivit\u00e9 effective :<\/strong> La connectivit\u00e9 fonctionnelle mesure de simples covariations statistiques sans pr\u00e9sumer d&rsquo;orientation, tandis que la connectivit\u00e9 effective mod\u00e9lise math\u00e9matiquement la directionnalit\u00e9 causale d&rsquo;une r\u00e9gion aff\u00e9rente vers une r\u00e9gion eff\u00e9rente.<\/li>\n<li><strong>Neuro-imagerie vs Neurostimulation :<\/strong> L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale est une m\u00e9thode d&rsquo;observation corr\u00e9lative non interventionnelle, tandis que les techniques comme la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stimulation_magn%C3%A9tique_transcr%C3%A2nienne\">stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne<\/a> (TMS) ou la stimulation transcr\u00e2nienne \u00e0 courant continu (tDCS) perturbent activement l&rsquo;excitabilit\u00e9 corticale pour prouver le r\u00f4le causal direct d&rsquo;une r\u00e9gion dans une fonction cognitive.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale contemporaine s&rsquo;\u00e9rige comme l&rsquo;un des piliers m\u00e9thodologiques majeurs des sciences cognitives, de la psychologie et de la psychiatrie moderne. En mat\u00e9rialisant les signatures structurales et fonctionnelles du syst\u00e8me nerveux central, elle a permis de d\u00e9manteler le dualisme cart\u00e9sien traditionnel en ancrant solidement la vie psychique dans ses substrats biologiques.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les images obtenues ne constituent en aucun cas une photographie brute de la pens\u00e9e humaine. Elles repr\u00e9sentent l&rsquo;aboutissement de mod\u00e9lisations biophysiques et statistiques hautement sophistiqu\u00e9es, tributaires de compromis inh\u00e9rents entre r\u00e9solution spatiale et r\u00e9solution temporelle. L&rsquo;interpr\u00e9tation rigoureuse de ces outils exige une vigilance \u00e9pist\u00e9mologique constante face aux illusions de localisationnisme absolu, d&rsquo;inf\u00e9rence inverse h\u00e2tive ou de r\u00e9ductionnisme neuro-essentialiste.<\/p>\n<p>L&rsquo;avenir de la neuro-imagerie r\u00e9side r\u00e9solument dans les approches multimodales (combinant simultan\u00e9ment la pr\u00e9cision spatiale de l&rsquo;IRM et la vitesse temporelle de l&rsquo;EEG\/MEG), l&rsquo;int\u00e9gration d&rsquo;algorithmes d&rsquo;intelligence artificielle pour l&rsquo;apprentissage profond sur des m\u00e9ga-bases de donn\u00e9es populationnelles, et le d\u00e9veloppement de mod\u00e8les m\u00e9canistiques personnalis\u00e9s capables d&rsquo;\u00e9clairer la prise en charge clinique individualis\u00e9e des souffrances mentales.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Eklund, A., Nichols, T. E., &amp; Knutsson, H. (2016). Cluster failure: Why fMRI inferences for spatial extent have inflated false-positive rates. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 113(28), 7900-7905. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.1602413113\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.1602413113<\/a><\/li>\n<li>Friston, K. J. (2011). Functional and effective connectivity: A review. <em>Brain Connectivity<\/em>, 1(1), 13-36. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1089\/brain.2011.0008\">https:\/\/doi.org\/10.1089\/brain.2011.0008<\/a><\/li>\n<li>Glasser, M. F., Coalson, T. S., Robinson, E. C., Hacker, C. D., Harwell, J., Yacoub, E., Ugurbil, K., Andersson, J., Beckmann, C. F., Jenkinson, M., Smith, S. M., &amp; Van Essen, D. C. (2016). A multi-modal parcellation of human cerebral cortex. <em>Nature<\/em>, 536(7615), 171-178. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature18933\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature18933<\/a><\/li>\n<li>Owen, A. M., Coleman, M. R., Boly, M., Davis, M. H., Laureys, S., &amp; Pickard, J. D. (2006). Detecting awareness in the vegetative state. <em>Science<\/em>, 313(5792), 1402-1402. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1130197\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1130197<\/a><\/li>\n<li>Poldrack, R. A. (2006). Can cognitive processes be inferred from neuroimaging data? <em>Trends in Cognitive Sciences<\/em>, 10(2), 59-63. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tics.2005.12.004\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tics.2005.12.004<\/a><\/li>\n<li>Raichle, M. E., MacLeod, A. M., Snyder, A. Z., Powers, W. J., Gusnard, D. A., &amp; Shulman, G. L. (2001). A default mode of brain function. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 98(2), 676-682. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.98.2.676\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.98.2.676<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les principes, les techniques et les enjeux fondamentaux de l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale en psychologie et neurosciences cognitives, de l&rsquo;IRMf \u00e0 la TEP.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[304,459,647],"tags":[37785,6940,4497,1049,6411,4757],"class_list":["post-22436","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-methodologie-de-recherche","category-neurosciences","category-psychologie-cognitive","tag-connectivite-cerebrale","tag-imagerie-cerebrale","tag-irmf","tag-neuro-imagerie","tag-neurobiologie","tag-neurosciences-cognitives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22436","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22436\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22436"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22436"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22436"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}