{"id":22425,"date":"2026-10-27T09:45:10","date_gmt":"2026-10-27T09:45:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=commotion-cerebrale-mecanismes-impacts"},"modified":"2026-10-27T09:45:10","modified_gmt":"2026-10-27T09:45:10","slug":"commotion-cerebrale-mecanismes-impacts","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=commotion-cerebrale-mecanismes-impacts","title":{"rendered":"Commotion c\u00e9r\u00e9brale : M\u00e9canismes et impacts"},"content":{"rendered":"<p>La commotion c\u00e9r\u00e9brale repr\u00e9sente l&rsquo;une des atteintes neurologiques les plus fr\u00e9quentes et complexes rencontr\u00e9es en neuropsychologie contemporaine, se situant \u00e0 la fronti\u00e8re entre biom\u00e9canique tissulaire, alt\u00e9ration m\u00e9tabolique et perturbations cognitives durables. Souvent qualifi\u00e9e de blessure invisible, elle mobilise un vaste corpus de recherche clinique visant \u00e0 comprendre comment un impact physique transitoire peut induire une cascade de dysfonctionnements microstructuraux et \u00e9motionnels profonds.<\/p>\n<h2>Commotion c\u00e9r\u00e9brale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La commotion c\u00e9r\u00e9brale, fr\u00e9quemment assimil\u00e9e au <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Traumatisme_cr%C3%A2nien\">traumatisme cr\u00e2nien<\/a> l\u00e9ger (TCL), est une alt\u00e9ration transitoire de la fonction c\u00e9r\u00e9brale induite par des forces biom\u00e9caniques transmises directement ou indirectement \u00e0 la bo\u00eete cr\u00e2nienne. Elle se caract\u00e9rise par l&rsquo;apparition rapide d&rsquo;un dysfonctionnement neurologique de courte dur\u00e9e qui se r\u00e9sout spontan\u00e9ment de mani\u00e8re s\u00e9quentielle, sans l\u00e9sion structurelle macroscopique identifiable sur les examens d&rsquo;imagerie m\u00e9dicale standard.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, la commotion c\u00e9r\u00e9brale ne r\u00e9sulte pas d&rsquo;une destruction anatomique massive, mais plut\u00f4t d&rsquo;un trouble fonctionnel complexe touchant l&rsquo;excitabilit\u00e9 neuronale, le m\u00e9tabolisme \u00e9nerg\u00e9tique et l&rsquo;autor\u00e9gulation vasculaire du syst\u00e8me nerveux central. Ce d\u00e9r\u00e8glement engendre une constellation variable de sympt\u00f4mes physiques, cognitifs, \u00e9motionnels et v\u00e9g\u00e9tatifs pouvant persister de quelques jours \u00e0 plusieurs mois selon les facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 individuels.<\/p>\n<p>Dans les nomenclatures diagnostiques internationales comme le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) ou la Classification internationale des maladies (CIM-11), cet \u00e9tat est rattach\u00e9 aux troubles neurocognitifs l\u00e9gers dus \u00e0 un traumatisme cr\u00e2nien, soulignant que l&rsquo;atteinte outrepasse la seule sph\u00e8re sensorimotrice pour modifier l&rsquo;attention, la vitesse de traitement de l&rsquo;information, la m\u00e9moire de travail et la r\u00e9gulation thymique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le mot \u00ab commotion \u00bb provient directement du latin classique <em>commotio<\/em>, substantif d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>commovere<\/em>, form\u00e9 du pr\u00e9fixe intensif <em>cum<\/em> (\u00ab avec \u00bb, \u00ab ensemble \u00bb) et du verbe <em>movere<\/em> (\u00ab mouvoir \u00bb, \u00ab \u00e9branler \u00bb, \u00ab agiter \u00bb). Au sens propre, le terme d\u00e9signe une violente secousse, un \u00e9branlement physique de grande intensit\u00e9 ou un bouleversement moral profond ressenti par l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab c\u00e9r\u00e9bral \u00bb provient du latin <em>cerebrum<\/em> (\u00ab cerveau \u00bb), lui-m\u00eame rattach\u00e9 \u00e0 la racine indo-europ\u00e9enne <em>*ker-<\/em> li\u00e9e \u00e0 la t\u00eate, au cr\u00e2ne et \u00e0 la corne. Dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale anglo-saxonne, le terme <em>concussion<\/em> d\u00e9rive du latin <em>concussio<\/em> (\u00ab secousse violente \u00bb, de <em>concutere<\/em>), qui a \u00e9galement donn\u00e9 en ancien fran\u00e7ais le substantif \u00ab concussion \u00bb, autrefois employ\u00e9 pour d\u00e9signer un \u00e9branlement physique avant de voir son acception juridique supplanter son sens m\u00e9dical en fran\u00e7ais moderne.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du terme dans la m\u00e9decine moderne remonte aux travaux des chirurgiens de la Renaissance et des anatomistes des XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, qui cherchaient \u00e0 d\u00e9signer un \u00e9tat de sid\u00e9ration c\u00e9r\u00e9brale post-traumatique distinct de la contusion c\u00e9r\u00e9brale observable, laquelle pr\u00e9sente des h\u00e9matomes ou des dilac\u00e9rations tissulaires patentes \u00e0 l&rsquo;autopsie.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab commotion c\u00e9r\u00e9brale \u00bb se prononce en fran\u00e7ais international standard \/k\u0254.m\u0254.sj\u0254\u0303 se.\u0281e.b\u0281al\/. Le terme est une locution nominale f\u00e9minine, form\u00e9e du nom commun \u00ab commotion \u00bb et de l&rsquo;adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te \u00ab c\u00e9r\u00e9brale \u00bb. Au pluriel, elle devient \u00ab commotions c\u00e9r\u00e9brales \u00bb (\/k\u0254.m\u0254.sj\u0254\u0303 se.\u0281e.b\u0281al\/).<\/p>\n<p>En contexte clinique francophone, plusieurs abr\u00e9viations et synonymes circulent dans les dossiers m\u00e9dicaux : on emploie couramment l&rsquo;acronyme \u00ab TCL \u00bb pour \u00ab traumatisme cr\u00e2nien l\u00e9ger \u00bb ou \u00ab MTBI \u00bb d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;anglais <em>mild traumatic brain injury<\/em>. Bien que les praticiens francophones privil\u00e9gient souvent \u00ab traumatisme cr\u00e2nien l\u00e9ger \u00bb dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique stricte, le vocable \u00ab commotion c\u00e9r\u00e9brale \u00bb demeure pr\u00e9dominant dans la m\u00e9decine du sport, la pratique m\u00e9dico-l\u00e9gale et la communication grand public.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, le terme s&#8217;emploie principalement avec des verbes d&rsquo;action ou d&rsquo;\u00e9tat tels que \u00ab subir une commotion c\u00e9r\u00e9brale \u00bb, \u00ab pr\u00e9senter une commotion c\u00e9r\u00e9brale \u00bb ou \u00ab diagnostiquer une commotion c\u00e9r\u00e9brale \u00bb. L&rsquo;adjectif d\u00e9riv\u00e9 \u00ab commotionn\u00e9 \u00bb (ex. : un joueur commotionn\u00e9) s&rsquo;utilise couramment pour qualifier un individu pr\u00e9sentant l&rsquo;\u00e9tat clinique cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;impact.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension moderne de la commotion c\u00e9r\u00e9brale repose sur la d\u00e9construction de plusieurs mythes tenaces, au premier rang desquels figure l&rsquo;id\u00e9e erron\u00e9e selon laquelle une perte de connaissance serait indispensable pour caract\u00e9riser l&rsquo;atteinte. En r\u00e9alit\u00e9, moins de dix pour cent des \u00e9pisodes commotionnels s&rsquo;accompagnent d&rsquo;une syncope ou d&rsquo;un coma transitoire. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement m\u00e9canique d\u00e9clencheur n&rsquo;exige pas non plus un choc direct \u00e0 la t\u00eate : un impact violent appliqu\u00e9 au thorax, au cou ou au bassin peut induire une force de d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration impulsive transmise au cerveau par le rachis cervical.<\/p>\n<p>Lorsque la bo\u00eete cr\u00e2nienne est soumise \u00e0 une acc\u00e9l\u00e9ration lin\u00e9aire ou rotationnelle subite, le tissu c\u00e9r\u00e9bral, dou\u00e9 d&rsquo;une consistance g\u00e9latineuse et visco\u00e9lastique, subit des forces d&rsquo;\u00e9tirement, de cisaillement et de compression. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00e9branlement interne provoque une d\u00e9formation m\u00e9canique instantan\u00e9e de la membrane axonale (l&rsquo;axolemme). Cette d\u00e9formation physique ouvre pr\u00e9matur\u00e9ment les canaux ioniques sensibles au voltage et aux d\u00e9formations m\u00e9caniques, d\u00e9clenchant un flux massif et non r\u00e9gul\u00e9 de potassium vers l&rsquo;espace extracellulaire ainsi qu&rsquo;un afflux anormalement \u00e9lev\u00e9 de sodium et d&rsquo;ions calcium \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la cellule nerveuse.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9quilibre ionique fondamental indispensable \u00e0 la transmission synaptique, les pompes membranaires sodium-potassium ATP-d\u00e9pendantes s&rsquo;activent de fa\u00e7on fr\u00e9n\u00e9tique. Ce surcro\u00eet d&rsquo;activit\u00e9 entra\u00eene une consommation exponentielle d&rsquo;ad\u00e9nosine triphosphate (ATP), induisant une demande aigu\u00eb en glucose cellulaire. Simultan\u00e9ment, l&rsquo;afflux intracellulaire de calcium compromet la fonction mitochondriale et provoque une vasoconstriction microvasculaire locale, r\u00e9duisant l&rsquo;apport sanguin c\u00e9r\u00e9bral. Ce contraste dramatique entre un besoin \u00e9nerg\u00e9tique neuronal accru et un flux sanguin c\u00e9r\u00e9bral diminu\u00e9 cr\u00e9e une p\u00e9riode de vuln\u00e9rabilit\u00e9 m\u00e9tabolique extr\u00eame, souvent appel\u00e9e \u00ab crise \u00e9nerg\u00e9tique c\u00e9r\u00e9brale \u00bb.<\/p>\n<p>Tant que cet \u00e9tat de discordance m\u00e9tabolique persiste, les neurones demeurent dans un \u00e9tat d&rsquo;hypoactivit\u00e9 et d&rsquo;extr\u00eame fragilit\u00e9 face \u00e0 tout nouvel impact ou stress physiologique. Les manifestations cliniques de la commotion c\u00e9r\u00e9brale traduisent directement cette d\u00e9pression fonctionnelle globale des r\u00e9seaux neuronaux corticaux et sous-corticaux, expliquant l&rsquo;incapacit\u00e9 du sujet \u00e0 traiter promptement l&rsquo;information, \u00e0 maintenir une attention focalis\u00e9e et \u00e0 filtrer ad\u00e9quatement les stimulations environnementales ordinaires.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La notion de sid\u00e9ration du cerveau sans br\u00e8che de la bo\u00eete cr\u00e2nienne remonte \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9. D\u00e8s le Ve si\u00e8cle avant notre \u00e8re, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hippocrate\">Hippocrate<\/a> d\u00e9crivait dans son trait\u00e9 sur les blessures de la t\u00eate le ph\u00e9nom\u00e8ne de <em>commotio cerebri<\/em>, observant qu&rsquo;une personne frapp\u00e9e \u00e0 la t\u00eate pouvait perdre la parole, l&rsquo;ou\u00efe ou la vue sans qu&rsquo;une fracture osseuse ne soit constat\u00e9e. Le m\u00e9decin gr\u00e9co-romain Galien reprit cette distinction au IIe si\u00e8cle de notre \u00e8re, dissociant l&rsquo;\u00e9branlement fonctionnel passager de la destruction de la substance c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>Au XVIe si\u00e8cle, le chirurgien fran\u00e7ais Ambroise Par\u00e9 syst\u00e9matisa la distinction entre la commotion sans trace visible et la contusion avec l\u00e9sion anatomique sanglante. Cependant, pendant plusieurs si\u00e8cles, la commotion fut per\u00e7ue comme un trouble purement \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et b\u00e9nin, d\u00e9nu\u00e9 de cons\u00e9quences \u00e0 long terme si le patient survivait aux premi\u00e8res heures. Au XIXe si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement du chemin de fer engendra l&rsquo;observation de nombreux traumatis\u00e9s sans blessures externes visibles mais accabl\u00e9s de c\u00e9phal\u00e9es chroniques, d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de vertiges, affection alors d\u00e9sign\u00e9e sous l&rsquo;appellation de <em>railway spine<\/em> ou \u00ab n\u00e9vrose de guerre \u00bb embryonnaire.<\/p>\n<p>Le XXe si\u00e8cle marqua l&rsquo;\u00e9mergence des premi\u00e8res explorations exp\u00e9rimentales de la biom\u00e9canique enc\u00e9phalique. Les travaux de Sir Charles Symonds durant la Seconde Guerre mondiale mirent en lumi\u00e8re le fait que la commotion c\u00e9r\u00e9brale et les traumatismes cr\u00e2niens plus s\u00e9v\u00e8res repr\u00e9sentaient un continuum biologique et non deux entit\u00e9s dichotomiques \u00e9tanches. Dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, les recherches fondamentales de Gennarelli et Ommaya \u00e9tablirent le r\u00f4le primordial des acc\u00e9l\u00e9rations angulaires et rotationnelles dans la gen\u00e8se du dommage axonal diffus microscopique.<\/p>\n<p>Le tournant du XXIe si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9 par une r\u00e9volution conceptuelle majeure initi\u00e9e par le Groupe international de consensus sur la commotion c\u00e9r\u00e9brale dans le sport (CISG). R\u00e9uni successivement \u00e0 Vienne (2001), Prague (2004), Zurich (2008, 2012), Berlin (2016) et Amsterdam (2022), ce groupe multidisciplinaire a r\u00e9vis\u00e9 p\u00e9riodiquement les crit\u00e8res diagnostiques et les protocoles de r\u00e9habilitation, abandonnant le repos absolu prolong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9 au profit d&rsquo;une reprise d&rsquo;activit\u00e9 physique a\u00e9robie pr\u00e9coce et sub-symptomatique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>La pierre angulaire de la mod\u00e9lisation contemporaine de la commotion repose sur le mod\u00e8le de la \u00ab cascade neurom\u00e9tabolique \u00bb conceptualis\u00e9 par David Hovda et Christopher Giza \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Californie \u00e0 Los Angeles (UCLA). Ce paradigme th\u00e9orique d\u00e9montre que la commotion c\u00e9r\u00e9brale est une perturbation microphysiologique dynamique s&rsquo;\u00e9talant sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines, articul\u00e9e autour de plusieurs \u00e9tapes interconnect\u00e9es :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re phase implique une d\u00e9polarisation membranaire massive induite par la lib\u00e9ration incontr\u00f4l\u00e9e de glutamate, principal neurotransmetteur excitateur du syst\u00e8me nerveux central. La liaison du glutamate aux r\u00e9cepteurs N-m\u00e9thyl-D-aspartate (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9cepteur_NMDA\">NMDA<\/a>) et AMPA d\u00e9clenche un afflux toxique de calcium dans le cytosol. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;excitotoxicit\u00e9 initiale force le neurone \u00e0 solliciter ses r\u00e9serves \u00e9nerg\u00e9tiques pour expulser le calcium, \u00e9puisant le stock mitochondrial d&rsquo;ad\u00e9nosine triphosphate et conduisant \u00e0 une glycolyse acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e compensationnelle.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me phase se caract\u00e9rise par une baisse prolong\u00e9e du m\u00e9tabolisme du glucose c\u00e9r\u00e9bral (hypom\u00e9tabolisme glucidique) pouvant s&rsquo;\u00e9tendre sur sept \u00e0 trente jours selon la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du traumatisme. Pendant cette p\u00e9riode, le tissu c\u00e9r\u00e9bral souffre d&rsquo;un d\u00e9ficit \u00e9nerg\u00e9tique relatif le rendant incapable de r\u00e9pondre ad\u00e9quatement aux exigences cognitives ou physiques soutenues. Si un second impact survient durant cette fen\u00eatre d&rsquo;hypom\u00e9tabolisme, le cerveau est incapable de mobiliser les d\u00e9fenses cellulaires n\u00e9cessaires, risquant d&rsquo;aboutir au redout\u00e9 \u00ab syndrome du second impact \u00bb, caract\u00e9ris\u00e9 par un \u0153d\u00e8me c\u00e9r\u00e9bral malin fulgurant souvent l\u00e9tal.<\/p>\n<p>Sur le plan structural fin, la th\u00e9orie des microl\u00e9sions du cytosquelette postule que l&rsquo;\u00e9longation axonale perturbe l&rsquo;organisation des neurofilaments et des microtubules. Cette d\u00e9sorganisation compromet le transport axonal ant\u00e9rograde et r\u00e9trograde, provoquant des renflements focaux et une d\u00e9connexion fonctionnelle partielle des circuits corticocorticaux et cortico-sous-corticaux, particuli\u00e8rement au sein des faisceaux de substance blanche comme le corps calleux ou le faisceau longitudinal sup\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression clinique d&rsquo;une commotion c\u00e9r\u00e9brale est intrins\u00e8quement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Pour mieux orienter l&rsquo;intervention th\u00e9rapeutique, la recherche neuropsychologique et clinique contemporaine subdivise les manifestations en composantes symptomatiques distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dimension somatique et vestibulo-oculaire :<\/strong> Inclut les c\u00e9phal\u00e9es de tension ou d&rsquo;origine cervicog\u00e9nique, les vertiges rotatoires, les naus\u00e9es, l&rsquo;instabilit\u00e9 posturale, la photophobie (hypersensibilit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re), la phonophobie (hypersensibilit\u00e9 au bruit), ainsi que les d\u00e9ficits de convergence oculaire et d&rsquo;accommodation visuelle.<\/li>\n<li><strong>Dimension neurocognitive :<\/strong> Se manifeste par un ralentissement de la vitesse de traitement de l&rsquo;information, une fatigabilit\u00e9 intellectuelle rapide, une alt\u00e9ration de l&rsquo;attention s\u00e9lective et divis\u00e9e, des lacunes mn\u00e9siques ant\u00e9rogrades et r\u00e9trogrades imm\u00e9diates, ainsi qu&rsquo;une dysfonction ex\u00e9cutive caract\u00e9ris\u00e9e par des difficult\u00e9s d&rsquo;organisation, de flexibilit\u00e9 mentale et de planification.<\/li>\n<li><strong>Dimension affective et \u00e9motionnelle :<\/strong> Comprend une irritabilit\u00e9 disproportionn\u00e9e, une labilit\u00e9 \u00e9motionnelle marqu\u00e9e, des manifestations anxieuses aigu\u00ebs, un sentiment d&rsquo;isolement social et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;affects d\u00e9pressifs secondaires au retentissement fonctionnel des sympt\u00f4mes.<\/li>\n<li><strong>Dimension du sommeil et de la vigilance :<\/strong> Implique une hypersomnie diurne r\u00e9actionnelle, une insomnie d&rsquo;endormissement ou de maintien, des r\u00e9veils nocturnes fr\u00e9quents et un sommeil non r\u00e9parateur amplifiant la fatigue physique et cognitive au r\u00e9veil.<\/li>\n<li><strong>Dimension cervicale associ\u00e9e :<\/strong> Reconna\u00eet l&rsquo;interd\u00e9pendance biom\u00e9canique entre la t\u00eate et le cou ; l&rsquo;entorse cervicale concomitante g\u00e9n\u00e8re des douleurs myofasciales et des perturbations proprioceptives de la r\u00e9gion nucale susceptibles d&rsquo;entretenir les vertiges et les c\u00e9phal\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de saisir la diversit\u00e9 d&rsquo;expression de la commotion c\u00e9r\u00e9brale, examinons deux contextes cliniques paradigmatiques fr\u00e9quemment document\u00e9s en pratique neuropsychologique.<\/p>\n<p>Le premier cas est celui d&rsquo;un joueur de rugby professionnel de 24 ans ayant subi un plaquage \u00e0 grande vitesse au cours duquel sa t\u00eate n&rsquo;a pas heurt\u00e9 le sol, mais a \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 une violente secousse de flexion-extension cervicothoracique. Le joueur ne perd pas connaissance mais tr\u00e9buche en se relevant, manifestant une ataxie transitoire. Retir\u00e9 imm\u00e9diatement du jeu, l&rsquo;\u00e9valuation sur le bord du terrain met en \u00e9vidence une amn\u00e9sie r\u00e9trograde portant sur les actions pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;impact, une incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter des s\u00e9ries de chiffres \u00e0 l&rsquo;envers et un ralentissement marqu\u00e9 du temps de r\u00e9action. Les examens d&rsquo;imagerie par tomodensitom\u00e9trie c\u00e9r\u00e9brale (scanner) reviennent strictement normaux. Les jours suivants, il se plaint d&rsquo;un brouillard mental persistant, d&rsquo;une intol\u00e9rance aigu\u00eb aux \u00e9crans lumineux et de c\u00e9phal\u00e9es pulsatiles d\u00e9clench\u00e9es par l&rsquo;effort cognitif.<\/p>\n<p>Le second cas concerne une femme de 42 ans victime d&rsquo;un accident de la circulation \u00e0 basse vitesse en milieu urbain (collision par l&rsquo;arri\u00e8re de son v\u00e9hicule \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat). Bien que le port de la ceinture de s\u00e9curit\u00e9 ait \u00e9vit\u00e9 tout contact franc du cr\u00e2ne contre l&rsquo;habitacle, le coup du lapin (<em>whiplash<\/em>) a induit une forte contrainte inertielle. Dans les 48 heures suivant l&rsquo;incident, la patiente rapporte l&rsquo;installation progressive de vertiges lors des changements de position de la t\u00eate, d&rsquo;une hyperacousie douloureuse et de troubles de la concentration l&#8217;emp\u00eachant de mener \u00e0 bien ses t\u00e2ches professionnelles de comptabilit\u00e9. Ce profil illustre la fr\u00e9quente latence d&rsquo;apparition de certains signes cliniques et le r\u00f4le d\u00e9terminant des acc\u00e9l\u00e9rations indirectes.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et diagnostic clinique<\/h3>\n<p>Le diagnostic de la commotion c\u00e9r\u00e9brale demeure exclusivement clinique, fond\u00e9 sur l&rsquo;anamn\u00e8se de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement biom\u00e9canique, la chronologie d&rsquo;apparition des sympt\u00f4mes et l&rsquo;objectivation des d\u00e9ficits lors de l&rsquo;examen physique et neuropsychologique. L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique\">IRM<\/a>) et le scanner c\u00e9r\u00e9bral conventionnels sont indiqu\u00e9s principalement pour \u00e9carter une urgence neurochirurgicale vitale (h\u00e9matome sous-dural, h\u00e9matome extradural, contusion h\u00e9morragique parenchymateuse), mais ils demeurent ind\u00e9tectables dans le cas d&rsquo;une commotion pure non compliqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans le domaine sportif et d&rsquo;urgence, des instruments standardis\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 largement valid\u00e9s. L&rsquo;outil SCAT (<em>Sports Concussion Assessment Tool<\/em>, actuellement dans sa 6e version, le SCAT6) constitue la r\u00e9f\u00e9rence internationale pour l&rsquo;\u00e9valuation imm\u00e9diate et s\u00e9rielle. Il int\u00e8gre le score de l&rsquo;\u00e9chelle de coma de Glasgow, l&rsquo;\u00e9valuation des signes d&rsquo;alerte neurologique, le test standardis\u00e9 de commotion (SAC) \u00e9valuant l&rsquo;orientation temporelle, la m\u00e9moire imm\u00e9diate, la concentration par calcul mental invers\u00e9, ainsi que l&rsquo;examen neurologique de la stabilit\u00e9 posturale au moyen du test mBESS (<em>modified Balance Error Scoring System<\/em>).<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;investigation plus approfondie des anomalies de la motricit\u00e9 oculaire et de l&rsquo;int\u00e9gration sensorielle, les cliniciens recourent au protocole VOMS (<em>Vestibular\/Ocular Motor Screening<\/em>), qui \u00e9value la provocation des sympt\u00f4mes lors de poursuites visuelles douces, de mouvements saccadiques horizontaux et verticaux, de la convergence oculaire et du test du r\u00e9flexe vestibulo-oculaire. Sur le plan neuropsychologique formel, des batteries informatis\u00e9es et standardis\u00e9es (comme ImPACT ou Cogstate) et des tests psychom\u00e9triques traditionnels (Trail Making Test, test de Stroop, WAIS-IV) permettent de quantifier avec pr\u00e9cision les d\u00e9ficits d&rsquo;inhibition cognitive et de flexibilit\u00e9 attentionnelle.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La prise en charge contemporaine de la commotion c\u00e9r\u00e9brale a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un changement de paradigme radical. L&rsquo;ancien pr\u00e9cepte qui imposait un repos total dans le noir complet jusqu&rsquo;\u00e0 la disparition absolue de l&rsquo;ensemble des sympt\u00f4mes (baptis\u00e9 \u00ab repos cocon \u00bb) est d\u00e9sormais formellement proscrit par la communaut\u00e9 scientifique. Les \u00e9tudes cliniques ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une privation sensorielle et sociale prolong\u00e9e au-del\u00e0 de 24 \u00e0 48 heures favorise l&rsquo;isolement, majore l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de sant\u00e9, induit un d\u00e9conditionnement cardiovasculaire et p\u00e9rennise paradoxalement les plaintes subjectives.<\/p>\n<p>L&rsquo;approche moderne repose sur un repos relatif initial d&rsquo;une dur\u00e9e maximale de 24 \u00e0 48 heures, suivi de la mise en place d&rsquo;une reprise gradu\u00e9e des activit\u00e9s physiques et intellectuelles sous le seuil d&rsquo;exacerbation symptomatique. Cette r\u00e9habilitation active s&rsquo;appuie sur le protocole d&rsquo;exercice progressif de Buffalo (<em>Buffalo Concussion Treadmill Test<\/em>), qui d\u00e9termine la fr\u00e9quence cardiaque maximale tol\u00e9r\u00e9e sans majoration significative des sympt\u00f4mes afin de prescrire un entra\u00eenement a\u00e9robie contr\u00f4l\u00e9. Cet exercice l\u00e9ger r\u00e9gule favorablement le flux sanguin c\u00e9r\u00e9bral, stimule la s\u00e9cr\u00e9tion de facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Facteur_neurotrophique_d%C3%A9riv%C3%A9_du_cerveau\">BDNF<\/a>) et acc\u00e9l\u00e8re la restauration m\u00e9tabolique.<\/p>\n<p>En milieu scolaire et professionnel, des protocoles de retour \u00e0 l&rsquo;apprentissage (<em>Return-to-Learn<\/em>) et de retour au travail sont d\u00e9ploy\u00e9s de concert avec des am\u00e9nagements temporaires : r\u00e9duction du temps d&rsquo;\u00e9cran, fractionnement des sessions de travail, pauses cognitives r\u00e9guli\u00e8res dans un environnement calme et all\u00e8gement de la charge de travail intellectuel complexe. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une fois la pleine tol\u00e9rance cognitive recouvr\u00e9e que le patient progresse vers le protocole de retour au jeu ou \u00e0 l&rsquo;effort physique intense (<em>Return-to-Play<\/em>), \u00e9tape par \u00e9tape, chaque palier franchi sans sympt\u00f4me autorisant la transition vers le niveau de contrainte suivant.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche sur la commotion c\u00e9r\u00e9brale conna\u00eet une acc\u00e9l\u00e9ration exponentielle, port\u00e9e par l&rsquo;\u00e9mergence des nanotechnologies diagnostiques et de la neuro-imagerie fonctionnelle avanc\u00e9e. Les techniques d&rsquo;imagerie par tenseur de diffusion (DTI) et d&rsquo;IRM pond\u00e9r\u00e9e en susceptibilit\u00e9 magn\u00e9tique (SWI) ont permis d&rsquo;objectiver, au niveau du groupe, des micro-anomalies de la connectivit\u00e9 structurelle de la substance blanche c\u00e9r\u00e9brale, notamment une r\u00e9duction de l&rsquo;anisotropie fractionnaire dans le corps calleux, confirmant la r\u00e9alit\u00e9 neurobiologique des microl\u00e9sions axonales auparavant invisibles.<\/p>\n<p>Le champ des biomarqueurs s\u00e9riques sanguins repr\u00e9sente une avanc\u00e9e majeure pour la pratique clinique d&rsquo;urgence. Le dosage plasmatique de l&rsquo;ubiquitine C-terminale hydrolase L1 (UCH-L1) et de la prot\u00e9ine acide fibrillaire gliale (GFAP) dans les premi\u00e8res heures suivant l&rsquo;impact permet d\u00e9sormais, avec une sensibilit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 95 %, d&rsquo;exclure la pr\u00e9sence de l\u00e9sions intracr\u00e2niennes chirurgicales et de r\u00e9duire drastiquement le recours inutile \u00e0 la tomodensitom\u00e9trie cr\u00e2nienne et \u00e0 l&rsquo;irradiation aff\u00e9rente.<\/p>\n<p>Un autre pan de la recherche empirique se focalise sur les cons\u00e9quences \u00e0 long terme des commotions c\u00e9r\u00e9brales \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. Les travaux s\u00e9minaux men\u00e9s par des neuropathologistes tels qu&rsquo;Ann McKee \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Boston ont document\u00e9 chez d&rsquo;anciens athl\u00e8tes de sports de contact et chez des v\u00e9t\u00e9rans militaires l&rsquo;existence de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Enc%C3%A9phalopathie_traumatique_chronique\">enc\u00e9phalopathie traumatique chronique<\/a> (ETC). Cette tauopathie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative se caract\u00e9rise par l&rsquo;accumulation anormale de prot\u00e9ine tau hyperphosphoryl\u00e9e au fond des sillons corticaux et autour des petits vaisseaux sanguins, s&rsquo;associant \u00e0 des troubles graves de l&rsquo;humeur, du comportement et \u00e0 un d\u00e9clin cognitif progressif tardif.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et soci\u00e9tales<\/h3>\n<p>La perception de la commotion c\u00e9r\u00e9brale a subi une transformation socioculturelle majeure au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies. Longtemps per\u00e7ue dans la culture sportive masculine h\u00e9g\u00e9monique comme un simple \u00ab coup de sonnette \u00bb, une marque d&rsquo;engagement physique ou un incident mineur dont il convenait de s&rsquo;affranchir avec bravoure, elle est aujourd&rsquo;hui reconnue comme une urgence de sant\u00e9 publique engageant la responsabilit\u00e9 des encadrements m\u00e9dicaux et des instances dirigeantes sportives.<\/p>\n<p>La culture du d\u00e9ni et de la dissimulation volontaire des sympt\u00f4mes par les athl\u00e8tes professionnels et amateurs, d\u00e9sireux de ne pas perdre leur place au sein de leur \u00e9quipe ou de pr\u00e9server leur statut professionnel, demeure un obstacle pr\u00e9pond\u00e9rant \u00e0 une prise en charge pr\u00e9coce. Les campagnes de sensibilisation s&#8217;emploient \u00e0 modifier les normes culturelles, martelant le principe selon lequel le retrait imm\u00e9diat prot\u00e8ge non seulement la sant\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale \u00e0 court terme, mais pr\u00e9serve \u00e9galement la dur\u00e9e de la carri\u00e8re sportive.<\/p>\n<p>Par ailleurs, des disparit\u00e9s li\u00e9es au sexe et au genre sont de plus en plus mises en \u00e9vidence dans les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques : les femmes pr\u00e9sentent un taux de commotions c\u00e9r\u00e9brales plus \u00e9lev\u00e9 que les hommes \u00e0 exposition sportive \u00e9quivalente (comme au football ou au basket-ball), rapportent des sympt\u00f4mes plus s\u00e9v\u00e8res et connaissent des temps de r\u00e9cup\u00e9ration moyens plus longs. Les hypoth\u00e8ses explicatives int\u00e8grent des diff\u00e9rences biom\u00e9caniques (notamment un volume et une force de la musculature cervicale moindres chez la femme), des facteurs neuroendocriniens li\u00e9s aux fluctuations des taux d&rsquo;\u0153strog\u00e8nes et de progest\u00e9rone, ainsi qu&rsquo;une propension sup\u00e9rieure \u00e0 d\u00e9clarer fid\u00e8lement la d\u00e9tresse somatique et cognitive au personnel m\u00e9dical.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit des avanc\u00e9es scientifiques remarquables, la prise en charge de la commotion c\u00e9r\u00e9brale demeure entour\u00e9e de vives controverses scientifiques et m\u00e9thodologiques. L&rsquo;un des d\u00e9bats les plus polaris\u00e9s concerne le syndrome post-commotionnel prolong\u00e9 (d\u00e9fini par la persistance de sympt\u00f4mes invalidants au-del\u00e0 de trois mois chez environ 10 \u00e0 20 % des patients). Une controverse persiste quant \u00e0 l&rsquo;origine \u00e9tiologique exacte de cette chronicisation : r\u00e9sulte-t-elle de l\u00e9sions microstructurales c\u00e9r\u00e9brales persistantes irr\u00e9versibles ou plut\u00f4t de facteurs psychologiques pr\u00e9existants et surajout\u00e9s, tels qu&rsquo;une vuln\u00e9rabilit\u00e9 anxio-d\u00e9pressive, un trouble somatoforme, des b\u00e9n\u00e9fices secondaires ou des litiges m\u00e9dico-l\u00e9gaux en cours ?<\/p>\n<p>La controverse s&rsquo;\u00e9tend \u00e9galement au lien de causalit\u00e9 directe entre commotions c\u00e9r\u00e9brales r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et d\u00e9veloppement obligatoire de l&rsquo;enc\u00e9phalopathie traumatique chronique. Plusieurs chercheurs soulignent les biais d&rsquo;\u00e9chantillonnage inh\u00e9rents aux s\u00e9ries d&rsquo;autopsies c\u00e9r\u00e9brales de sportifs (les cerveaux donn\u00e9s \u00e0 la science provenant majoritairement de familles ayant observ\u00e9 des troubles de leur vivant) et rappellent qu&rsquo;un grand nombre d&rsquo;athl\u00e8tes ayant subi des commotions multiples ne d\u00e9veloppent jamais de pathologie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative. D&rsquo;autres variables comme l&rsquo;abus de substances, la prise de st\u00e9ro\u00efdes anabolisants, la pr\u00e9disposition g\u00e9n\u00e9tique (notamment l&rsquo;all\u00e8le APOE epsilon 4) et la sant\u00e9 cardiovasculaire jouent un r\u00f4le confondant difficile \u00e0 isoler.<\/p>\n<p>Enfin, le co\u00fbt \u00e9conomique et l&rsquo;accessibilit\u00e9 financi\u00e8re in\u00e9gale aux technologies de diagnostic de pointe (IRM quantitative, suivi informatis\u00e9 multidisciplinaire) soul\u00e8vent d&rsquo;importants enjeux d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 en sant\u00e9. Dans de nombreuses r\u00e9gions et contextes de m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale de premi\u00e8re ligne, l&rsquo;absence de formation standardis\u00e9e conduit encore trop souvent soit \u00e0 une banalisation dommageable du trouble, soit \u00e0 une surm\u00e9dicalisation accompagn\u00e9e d&rsquo;une prescription infond\u00e9e de repos prolong\u00e9 invalidant.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour assurer une pr\u00e9cision diagnostique optimale, il convient de diff\u00e9rencier rigoureusement la commotion c\u00e9r\u00e9brale de plusieurs entit\u00e9s cliniques apparent\u00e9es mais distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Contusion c\u00e9r\u00e9brale :<\/strong> Contrairement \u00e0 la commotion qui est une alt\u00e9ration neurofonctionnelle pure, la contusion implique une l\u00e9sion anatomique focale macroscopique caract\u00e9ris\u00e9e par une n\u00e9crose tissulaire, des p\u00e9t\u00e9chies h\u00e9morragiques et un \u0153d\u00e8me c\u00e9r\u00e9bral visible au scanner c\u00e9r\u00e9bral ou \u00e0 l&rsquo;IRM conventionnelle.<\/li>\n<li><strong>Traumatisme cr\u00e2nien mod\u00e9r\u00e9 \u00e0 s\u00e9v\u00e8re :<\/strong> Se distingue par un score initial sur l&rsquo;\u00e9chelle de Glasgow inf\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 12, une perte de conscience prolong\u00e9e sup\u00e9rieure \u00e0 30 minutes, une amn\u00e9sie post-traumatique exc\u00e9dant 24 heures et la pr\u00e9sence r\u00e9currente d&rsquo;anomalies structurelles intracr\u00e2niennes.<\/li>\n<li><strong>Entorse cervicale (whiplash) isol\u00e9e :<\/strong> Provoque des c\u00e9phal\u00e9es sous-occipitales et des cervicalgies par \u00e9tirement des ligaments et muscles spinaux, mais n&rsquo;implique aucune perturbation directe du m\u00e9tabolisme neuronal cortical ou sous-cortical, bien que les deux atteintes coexistent fr\u00e9quemment lors du m\u00eame traumatisme.<\/li>\n<li><strong>Crise de migraine post-traumatique :<\/strong> Bien qu&rsquo;une commotion puisse d\u00e9clencher un \u00e9tat migraineux, la migraine classique est un trouble c\u00e9phalalgique neurovasculaire p\u00e9riodique sans n\u00e9cessairement avoir de relation avec un impact cin\u00e9tique direct r\u00e9cent sur l&rsquo;organisme.<\/li>\n<li><strong>Trouble de stress post-traumatique (TSPT) :<\/strong> Pathologie psychiatrique centr\u00e9e sur l&rsquo;effraction psychique \u00e9motionnelle face \u00e0 une menace vitale, domin\u00e9e par des reviviscences intrusives, des conduites d&rsquo;\u00e9vitement et une hyperactivation neurov\u00e9g\u00e9tative, qui peut coexister avec une commotion mais rel\u00e8ve d&rsquo;une prise en charge psychoth\u00e9rapeutique sp\u00e9cifique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La commotion c\u00e9r\u00e9brale s&rsquo;affirme comme une affection neurophysiologique hautement dynamique dont la reconnaissance pr\u00e9coce conditionne l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique. En synth\u00e8se, l&rsquo;\u00e9tat actuel des connaissances scientifiques met en lumi\u00e8re les points fondamentaux suivants :<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, la commotion est un trouble fonctionnel et non structurel, caus\u00e9 par des forces d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration et de d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration qui d\u00e9clenchent une crise neurom\u00e9tabolique cellulaire sans anomalie macroscopique d\u00e9celable sur l&rsquo;imagerie standard. Deuxi\u00e8mement, la perte de connaissance demeure l&rsquo;exception et non la r\u00e8gle, le diagnostic reposant sur un faisceau de sympt\u00f4mes physiques, cognitifs, \u00e9motionnels et oculovestibulaires.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, la gestion clinique moderne a abandonn\u00e9 le repos prolong\u00e9 au profit d&rsquo;une reprise active, progressive et sub-symptomatique de l&rsquo;exercice a\u00e9robie sous supervision m\u00e9dicale apr\u00e8s une courte p\u00e9riode initiale d&rsquo;inactivit\u00e9 de 24 \u00e0 48 heures. Enfin, la pr\u00e9vention des impacts r\u00e9p\u00e9t\u00e9s durant la fen\u00eatre de vuln\u00e9rabilit\u00e9 m\u00e9tabolique est indispensable pour pr\u00e9venir des complications graves et p\u00e9renniser la sant\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale sur le long cours.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Giza, C. C., &amp; Hovda, D. A. (2014). The new neurometabolic cascade of concussion. <em>Neurosurgery<\/em>, 75(Suppl 4), S24\u2013S33. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1227\/NEU.0000000000000505\">https:\/\/doi.org\/10.1227\/NEU.0000000000000505<\/a><\/li>\n<li>Leddy, J. J., Haider, M. N., Ellis, M. J., Mannix, R., Darling, S. R., Freitas, M. S., Suffoletto, H. N., Leiter, J., Cordingley, D., &amp; Willer, B. (2019). Early targeted heart rate aerobic exercise versus placebo stretching for sport-related concussion in adolescents: A randomised controlled trial. <em>The Lancet Child &amp; Adolescent Health<\/em>, 3(3), 169\u2013177. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S2352-4642(18)30392-5\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S2352-4642(18)30392-5<\/a><\/li>\n<li>McKee, A. C., Stern, R. A., Nowinski, C. J., Stein, T. D., Alvarez, V. E., Daneshvar, D. H., Lee, H. S., Wojtowicz, S. M., Hall, G., Baugh, C. M., Riley, D. O., Kubilus, C. A., Cormier, K. A., Jacobs, M. A., Martin, B. R., Chaisson, C. E., Ikezu, T., Cantu, R. C., &amp; Budson, A. E. (2013). The spectrum of disease in chronic traumatic encephalopathy. <em>Brain<\/em>, 136(1), 43\u201364. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/aws307\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/aws307<\/a><\/li>\n<li>Patricios, J. S., Schneider, K. J., Dvorak, J., Ahmed, O. H., Blauwet, C., Cantu, R. C., Davis, G. A., Echemendia, R. J., Makdissi, M., McNamee, M., Broglio, S., Emery, C. A., Feddermann-Demont, N., Fuller, G. W., Giza, C. C., Guskiewicz, K. M., Hainline, B., Iverson, G. L., Kutcher, J. S., \u2026 Meeuwisse, W. (2023). Consensus statement on concussion in sport: The 6th International Conference on Concussion in Sport\u2013Amsterdam, October 2022. <em>British Journal of Sports Medicine<\/em>, 57(11), 695\u2013711. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/bjsports-2023-106898\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/bjsports-2023-106898<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez en d\u00e9tail la commotion c\u00e9r\u00e9brale, ses m\u00e9canismes neurom\u00e9taboliques, ses sympt\u00f4mes cognitifs et somatiques, ainsi que les protocoles r\u00e9cents de r\u00e9habilitation.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1045,46,3],"tags":[31127,37758,173,37759,31128,37757],"class_list":["post-22425","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie","category-neuropsychologie","category-psychologie-clinique","tag-commotion-cerebrale","tag-neurometabolisme","tag-neuropsychologie","tag-rehabilitation-active","tag-syndrome-post-commotionnel","tag-traumatisme-cranien-leger"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22425","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22425\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22425"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22425"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22425"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}