{"id":22409,"date":"2026-10-27T09:09:31","date_gmt":"2026-10-27T09:09:31","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=bradykinesie-lenteur-motrice"},"modified":"2026-10-27T09:09:31","modified_gmt":"2026-10-27T09:09:31","slug":"bradykinesie-lenteur-motrice","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=bradykinesie-lenteur-motrice","title":{"rendered":"Bradykin\u00e9sie : Comprendre la lenteur motrice"},"content":{"rendered":"<p>La bradykin\u00e9sie constitue l&rsquo;une des manifestations cardinales des dysfonctionnements du syst\u00e8me moteur extrapyramidal, oscillant \u00e0 la fronti\u00e8re f\u00e9conde entre la neurologie motrice et la psychopathologie cognitive. Bien plus qu&rsquo;un simple retard cin\u00e9tique mesurable en millisecondes, ce ph\u00e9nom\u00e8ne clinique complexe traduit une d\u00e9sorganisation profonde des r\u00e9seaux cortico-striataux sous-tendant la planification, l&rsquo;initiation et la modulation de l&rsquo;action volontaire et automatique.<\/p>\n<h2>Bradykin\u00e9sie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>bradykin\u00e9sie<\/strong> d\u00e9signe un ralentissement anormal et pathologique de l&rsquo;ex\u00e9cution motrice, caract\u00e9ris\u00e9 \u00e0 la fois par une latence accrue dans l&rsquo;initiation du geste et par une diminution progressive de sa vitesse et de son amplitude lors des r\u00e9p\u00e9titions (effet d&rsquo;\u00e9puisement ou de d\u00e9cr\u00e9ment). Sur le plan clinique, elle repr\u00e9sente le signe s\u00e9miologique indispensable au diagnostic des syndromes parkinsoniens selon les crit\u00e8res de consensus internationaux.<\/p>\n<p>Dans une perspective neuropsychologique \u00e9largie, la bradykin\u00e9sie ne se cantonne pas \u00e0 une simple anomalie m\u00e9canique des effecteurs p\u00e9riph\u00e9riques. Elle refl\u00e8te une alt\u00e9ration dynamique de l&rsquo;int\u00e9gration sensorimotrice et du traitement de l&rsquo;effort, o\u00f9 le cerveau \u00e9prouve d&rsquo;immenses difficult\u00e9s \u00e0 convertir une intention d&rsquo;action en un programme moteur fluide, automatique et ad\u00e9quatement calibr\u00e9 sur le plan temporel et spatial.<\/p>\n<p>Bien que fr\u00e9quemment amalgam\u00e9e avec d&rsquo;autres anomalies cin\u00e9tiques, la bradykin\u00e9sie forme une triade sp\u00e9cifique avec l&rsquo;akin\u00e9sie (d\u00e9ficit ou retard dans l&rsquo;initiation du mouvement) et l&rsquo;hypokin\u00e9sie (r\u00e9duction de l&rsquo;amplitude du mouvement). Elle s&rsquo;observe au premier chef dans la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_de_Parkinson\">maladie de Parkinson<\/a>, mais impr\u00e8gne \u00e9galement divers tableaux psychiatriques, au premier rang desquels figurent la d\u00e9pression m\u00e9lancolique et les \u00e9tats catatoniques.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab bradykin\u00e9sie \u00bb est un n\u00e9ologisme m\u00e9dical forg\u00e9 \u00e0 partir du grec ancien. Il se compose du pr\u00e9fixe <em>brady-<\/em> (\u03b2\u03c1\u03b1\u03b4\u03cd\u03c2, <em>bradys<\/em>), signifiant \u00ab lent \u00bb ou \u00ab tardif \u00bb, et du substantif <em>kin\u00easis<\/em> (\u03ba\u03af\u03bd\u03b7\u03c3\u03b9\u03c2), qui renvoie \u00e0 l&rsquo;\u00ab action de mouvoir \u00bb, au \u00ab mouvement \u00bb ou au \u00ab changement d&rsquo;\u00e9tat \u00bb. Sa traduction litt\u00e9rale correspond exactement \u00e0 l&rsquo;expression \u00ab lenteur de mouvement \u00bb.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9merg\u00e9 dans la nomenclature nosologique europ\u00e9enne \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;impulsion de neurologues francophones et germanophones d\u00e9sireux de diss\u00e9quer avec pr\u00e9cision la s\u00e9miologie motrice fine des l\u00e9sions des centres sous-corticaux. Il s&rsquo;agissait alors d&rsquo;isoler la lenteur motrice intrins\u00e8que de la paralysie motrice classique caus\u00e9e par une atteinte du faisceau pyramidal, enrichissant ainsi le lexique s\u00e9miologique d&rsquo;une distinction fondamentale entre la force musculaire brute et la fluidit\u00e9 cin\u00e9tique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, \u00ab bradykin\u00e9sie \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement \/b\u0281a.di.ki.ne.zi\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom commun f\u00e9minin invariable au pluriel dans son usage standard d\u00e9signant le sympt\u00f4me (des bradykin\u00e9sies peuvent \u00eatre mentionn\u00e9es pour distinguer diff\u00e9rentes atteintes segmentaires). <\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et d\u00e9rivationnel, le terme s&rsquo;articule avec l&rsquo;adjectif \u00ab bradykin\u00e9tique \u00bb (ou \u00ab bradycin\u00e9tique \u00bb), qualifiant un individu, une d\u00e9marche, un geste ou un trac\u00e9 moteur pathologiquement ralenti. Dans les \u00e9crits cliniques, on rencontre parfois la variante orthographique francis\u00e9e \u00ab bradycin\u00e9sie \u00bb, bien que la graphie internationale avec un \u00ab k \u00bb demeure pr\u00e9dominante au sein des publications de r\u00e9f\u00e9rence francophones et internationales.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre la bradykin\u00e9sie exige d&rsquo;abandonner une conception purement quantitative de la vitesse pour adopter une approche syst\u00e9mique du contr\u00f4le moteur. Lors de l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un geste volontaire chez un sujet sain, le cortex moteur primaire, le cortex pr\u00e9frontal et les circuits sous-jacents calculent spontan\u00e9ment le co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique de l&rsquo;action, son amplitude et le tempo n\u00e9cessaire. Chez le patient bradykin\u00e9tique, cette fonction de calibrage est gravement perturb\u00e9e : le mouvement peut s&rsquo;initier avec une relative pr\u00e9cision initiale, mais la vitesse de d\u00e9placement maximale est abaiss\u00e9e, et le maintien de cette cadence se heurte rapidement \u00e0 un \u00e9puisement cin\u00e9tique pr\u00e9coce.<\/p>\n<p>Un aspect fondamental de la bradykin\u00e9sie r\u00e9side dans ce que la clinique neurologique d\u00e9crit sous le terme de \u00ab d\u00e9cr\u00e9ment s\u00e9quentiel \u00bb (ou <em>sequence effect<\/em>). Lorsque le clinicien sollicite la r\u00e9p\u00e9tition rapide d&rsquo;un geste alternatif \u2014 tel que l&rsquo;opposition rythm\u00e9e du pouce et de l&rsquo;index \u2014, la performance ne se contente pas d&rsquo;\u00eatre lente : au fil des cycles moteurs successifs, l&rsquo;amplitude des oscillations r\u00e9tr\u00e9cit dramatiquement et la vitesse s&rsquo;effondre, pouvant conduire \u00e0 un blocage transitoire complet de l&rsquo;action. Ce d\u00e9cr\u00e9ment est la marque distinctive qui s\u00e9pare la bradykin\u00e9sie d&rsquo;autres formes de lenteur non parkinsoniennes, telles que la lenteur psychique pure ou la faiblesse par\u00e9tique.<\/p>\n<p>En outre, la bradykin\u00e9sie frappe prioritairement les comportements automatis\u00e9s. Les activit\u00e9s quotidiennes qui requi\u00e8rent peu d&rsquo;attention consciente chez l&rsquo;adulte valide \u2014 balancer les bras durant la marche, cligner spontan\u00e9ment des paupi\u00e8res, ajuster sa posture sur un si\u00e8ge, avaler sa salive ou articuler avec une prosodie expressive \u2014 se trouvent progressivement amoindries ou ralenties. Le patient est contraint de mobiliser des ressources cognitives et attentionnelles compensatoires majeures pour pallier la d\u00e9faillance des m\u00e9canismes sous-corticaux automatiques.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;interface de la neurologie et de la neuropsychologie, la bradykin\u00e9sie s&rsquo;accompagne d&rsquo;une distorsion de la perception de l&rsquo;effort. Les mod\u00e8les contemporains de neuroscience cognitive sugg\u00e8rent que les structures c\u00e9r\u00e9brales affect\u00e9es sous-estiment la vigueur motrice optimale n\u00e9cessaire pour atteindre un objectif. Pour le patient bradykin\u00e9tique, bouger \u00e0 une vitesse normale est subjectivement ressenti comme exigeant un effort surhumain, disproportionn\u00e9 par rapport au b\u00e9n\u00e9fice attendu, ce qui renforce le repli vers un registre d&rsquo;action parcimonieux et ralenti.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la bradykin\u00e9sie s&rsquo;entrelace intimement avec la conceptualisation de la maladie de Parkinson. En 1817, dans son c\u00e9l\u00e8bre essai <em>An Essay on the Shaking Palsy<\/em>, James Parkinson offre la premi\u00e8re description clinique syst\u00e9matique de l&rsquo;affection. S&rsquo;il met l&rsquo;accent sur le tremblement de repos et l&rsquo;alt\u00e9ration de la posture et de la marche, il documente d\u00e9j\u00e0 de mani\u00e8re remarquable la r\u00e9pugnance des muscles \u00e0 ob\u00e9ir promptement aux ordres de la volont\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est toutefois au cours de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle que Jean-Martin Charcot et ses \u00e9l\u00e8ves \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital de la Salp\u00eatri\u00e8re \u00e0 Paris r\u00e9volutionnent la compr\u00e9hension de ce syndrome. Charcot comprend que le tremblement n&rsquo;est ni obligatoire ni suffisant pour poser le diagnostic de la maladie qu&rsquo;il propose de nommer d&rsquo;apr\u00e8s Parkinson. Il d\u00e9montre avec brio l&rsquo;existence de formes rigides et purement ralenties, \u00e9rigeant l&rsquo;inertie motrice et la pauvret\u00e9 gestuelle en piliers autonomes du trouble.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, les d\u00e9couvertes neurochimiques viennent \u00e9lucider l&rsquo;architecture biologique de la lenteur motrice. Les travaux pionniers du pharmacologue su\u00e9dois Arvid Carlsson, couronn\u00e9s par le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 2000, d\u00e9montrent que la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dopamine\">dopamine<\/a> n&rsquo;est pas qu&rsquo;un pr\u00e9curseur de la noradr\u00e9naline, mais un neurotransmetteur c\u00e9r\u00e9bral capital concentr\u00e9 dans le striatum. La d\u00e9pl\u00e9tion dopaminergique chez les mod\u00e8les animaux induit une immobilit\u00e9 dramatique, imm\u00e9diatement renvers\u00e9e par l&rsquo;administration de L-DOPA. D\u00e8s les ann\u00e9es 1960, Hornykiewicz confirme ce d\u00e9ficit dopaminergique massif dans le cerveau des patients parkinsoniens d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, reliant formellement la bradykin\u00e9sie \u00e0 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de la substance noire compacte.<\/p>\n<p>Durant les d\u00e9cennies 1980 et 1990, C. David Marsden et ses collaborateurs enrichissent cette vision biochimique par des \u00e9tudes physiologiques approfondies. Marsden formule l&rsquo;hypoth\u00e8se devenue classique selon laquelle les ganglions de la base agissent comme un dispositif d&rsquo;ex\u00e9cution s\u00e9quentielle interne (<em>internal cueing<\/em>). Sans leur signal stimulateur r\u00e9gulier, les programmes moteurs corticaux se d\u00e9litent, condamnant le sujet \u00e0 la fragmentation et au ralentissement de ses praxies.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>La bradykin\u00e9sie trouve son substrat physiologique au sein des boucles motrices cortico-sous-cortico-thalamo-corticales. Dans le mod\u00e8le classique d\u00e9velopp\u00e9 par Albin, Crossman et DeLong, les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ganglions_de_la_base\">ganglions de la base<\/a> modulent le tonus d&rsquo;inhibition exerc\u00e9 par le globus pallidus interne (GPi) et la substance noire r\u00e9ticul\u00e9e (SNr) sur les noyaux ventraux du thalamus, lesquels r\u00e9troagissent sur l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire et le cortex moteur primaire.<\/p>\n<p>Sur le plan neurochimique, la dopamine lib\u00e9r\u00e9e par les projections nigrostri\u00e9es active les r\u00e9cepteurs D1 de la \u00ab voie directe \u00bb (qui promeut le mouvement en d\u00e9sinhibant le thalamus) et r\u00e9prime les r\u00e9cepteurs D2 de la \u00ab voie indirecte \u00bb (qui freine l&rsquo;action en stimulant le GPi via le noyau sous-thalamique). En pr\u00e9sence d&rsquo;une perte axonale et neuronale dopaminergique, la balance fonctionnelle bascule en faveur d&rsquo;une hyperactivation du GPi et du noyau sous-thalamique. Il en r\u00e9sulte un barrage inhibiteur excessif (gabaergique) sur le thalamus moteur, privant le cortex de l&rsquo;excitation indispensable pour recruter rapidement et puissamment les motoneurones pyramidaux.<\/p>\n<p>Des perspectives \u00e9lectrophysiologiques contemporaines ont consid\u00e9rablement affin\u00e9 ce mod\u00e8le h\u00e9modynamique et structurel. L&rsquo;enregistrement direct des potentiels de champ local a mis en lumi\u00e8re l&rsquo;existence d&rsquo;une synchronisation oscillatoire anormale dans la bande de fr\u00e9quence b\u00eata (13-30 Hz) au sein du noyau sous-thalamique et du globus pallidus. Dans un cerveau sain, l&rsquo;activit\u00e9 b\u00eata refl\u00e8te le maintien de l&rsquo;\u00e9tat pr\u00e9sent (le <em>status quo<\/em> postural) et s&rsquo;att\u00e9nue brusquement juste avant et pendant l&rsquo;initiation d&rsquo;un nouveau mouvement. Chez le patient bradykin\u00e9tique, les boucles oscillatoires b\u00eata deviennent excessivement rigides et synchronis\u00e9es, agissant comme un \u00ab frein \u00e9lectrophysiologique \u00bb qui verrouille le syst\u00e8me moteur et emp\u00eache la transition dynamique vers le geste.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue computationnel, la th\u00e9orie de l&rsquo;apprentissage par renforcement et du contr\u00f4le optimal (mise en avant notamment par Yael Niv, Reza Shadmehr et John Krakauer) postule que la dopamine tonique encode le gain d&rsquo;utilit\u00e9 de l&rsquo;action par rapport au temps : elle r\u00e9gule la \u00ab vigueur motrice \u00bb. Quand le signal dopaminergique s&rsquo;effondre, le cerveau recalibre son algorithme de co\u00fbt interne : la vitesse devient une d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique jug\u00e9e trop on\u00e9reuse par rapport \u00e0 la r\u00e9compense anticip\u00e9e, contraignant l&rsquo;organisme \u00e0 privil\u00e9gier des mouvements lents et r\u00e9duits pour minimiser l&rsquo;effort per\u00e7u.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>La d\u00e9composition s\u00e9miologique de la bradykin\u00e9sie met en \u00e9vidence plusieurs dimensions intriqu\u00e9es qui peuvent s&rsquo;exprimer de fa\u00e7on h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne chez un m\u00eame individu :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La bradycin\u00e9sie distale des extr\u00e9mit\u00e9s :<\/strong> Ralentissement pr\u00e9dominant aux extr\u00e9mit\u00e9s des membres sup\u00e9rieurs ou inf\u00e9rieurs, illustr\u00e9 par la difficult\u00e9 \u00e0 pianoter, \u00e0 boutonner un v\u00eatement, ou par la microphagie (r\u00e9duction progressive de la taille des lettres lors de l&rsquo;\u00e9criture manuscrite prolong\u00e9e).<\/li>\n<li><strong>La bradycin\u00e9sie axiale et posturale :<\/strong> Atteinte des muscles du tronc et des ceintures musculaires, occasionnant une lourdeur extr\u00eame lors des retournements dans le lit, des difficult\u00e9s pour se lever d&rsquo;un fauteuil sans l&rsquo;aide des bras, et une perte de fluidit\u00e9 dans les ajustements posturaux anticipateurs.<\/li>\n<li><strong>La bradycin\u00e9sie facio-linguo-masticatrice :<\/strong> Diminution de l&rsquo;expressivit\u00e9 \u00e9motionnelle et communicative du visage (amimie parkinsonienne ou faci\u00e8s fig\u00e9), ralentissement de la fr\u00e9quence spontan\u00e9e du clignement oculaire, dysarthrie hypokin\u00e9tique (parole monotone, assourdie et pr\u00e9cipit\u00e9e par \u00e0-coups) et troubles de la d\u00e9glutition cons\u00e9cutifs \u00e0 la lenteur du temps pharyngien.<\/li>\n<li><strong>Le d\u00e9cr\u00e9ment cin\u00e9tique (ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00e9puisement s\u00e9quentiel) :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne au cours duquel l&rsquo;ex\u00e9cution de mouvements r\u00e9p\u00e9titifs entra\u00eene un r\u00e9tr\u00e9cissement imm\u00e9diat de l&rsquo;amplitude spatiale associ\u00e9 \u00e0 une baisse de la fr\u00e9quence motrice, \u00e9l\u00e9ment distinctif majeur vis-\u00e0-vis des ralentissements corticaux ou fonctionnels.<\/li>\n<li><strong>La composante temporelle d&rsquo;initiation (akin\u00e9sie vraie) :<\/strong> Temps de latence anormalement allong\u00e9 entre l&rsquo;ordre volontaire conscient et le premier d\u00e9placement observable du segment corporel cibl\u00e9.<\/li>\n<li><strong>La bradyphr\u00e9nie associ\u00e9e :<\/strong> Ralentissement concomitant de la vitesse de traitement de l&rsquo;information cognitive, de la flexibilit\u00e9 mentale et de la r\u00e9cup\u00e9ration mn\u00e9sique, fr\u00e9quemment corr\u00e9l\u00e9 au degr\u00e9 de bradykin\u00e9sie motrice en raison de l&rsquo;atteinte parall\u00e8le des boucles fronto-stri\u00e9es dorsolat\u00e9rales.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et vignettes cliniques<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique de la bradykin\u00e9sie, deux observations cliniques permettent de situer ses d\u00e9clinaisons neurologique et psychopathologique :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Bradykin\u00e9sie neurologique typique (Maladie de Parkinson au stade initial)<\/strong><br \/>\nMonsieur D., enseignant de 58 ans, consulte en raison d&rsquo;une g\u00eane fonctionnelle de la main droite apparue insidieusement depuis huit mois. Ses proches ont remarqu\u00e9 qu&rsquo;il ne balance plus le bras droit lorsqu&rsquo;il se d\u00e9place dans la rue. \u00c0 l&rsquo;examen clinique, le m\u00e9decin ne rel\u00e8ve aucun d\u00e9ficit de la force musculaire globale (les \u00e9preuves contre r\u00e9sistance sont parfaitement cot\u00e9es \u00e0 5\/5). Toutefois, lors du test d&rsquo;opposition pouce-index, si les trois premiers mouvements s&rsquo;effectuent \u00e0 un rythme acceptable, l&rsquo;\u00e9cartement des doigts s&rsquo;amenuise d\u00e8s le cinqui\u00e8me cycle, le mouvement devenant saccad\u00e9, microscopique puis s&rsquo;interrompant bri\u00e8vement avant de reprendre laborieusement. Lorsqu&rsquo;on lui demande de r\u00e9diger un texte court, sa graphie d\u00e9bute normalement, puis les lettres diminuent de taille au fil des lignes jusqu&rsquo;\u00e0 devenir presque ind\u00e9chiffrables (micrographie). Ce ralentissement s&rsquo;accompagne d&rsquo;une r\u00e9duction marqu\u00e9e de la mimique faciale lors de l&rsquo;entretien clinique, bien que le patient ne ressente aucune tristesse subjective de l&rsquo;humeur.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : Ralentissement psychomoteur m\u00e9lancolique avec composante bradykin\u00e9tique<\/strong><br \/>\nMadame T., 46 ans, est hospitalis\u00e9e en milieu psychiatrique pour un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur caract\u00e9ris\u00e9 avec caract\u00e9ristiques m\u00e9lancoliques. Durant l&rsquo;entretien, l&rsquo;\u00e9quipe observe une inertie motrice saisissante : ses r\u00e9ponses verbales sont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d&rsquo;un silence prolong\u00e9 de plusieurs dizaines de secondes (temps de latence verbale accru), son d\u00e9bit d&rsquo;\u00e9locution est ralenti et monocorde, et sa posture demeure fig\u00e9e durant des heures, les mains immobiles pos\u00e9es sur les genoux. Cependant, \u00e0 la diff\u00e9rence du cas neurologique pr\u00e9c\u00e9dent, l&rsquo;\u00e9preuve des mouvements alternatifs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s des doigts ne r\u00e9v\u00e8le aucun ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9cr\u00e9ment d&rsquo;amplitude significatif : le geste de Madame T. est universellement lent, lourd et pauvre en \u00e9nergie intrins\u00e8que, mais ne subit pas cette \u00e9rosion morphologique progressive propre \u00e0 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence striatale. Cette distinction s\u00e9miologique est primordiale pour orienter la prise en charge th\u00e9rapeutique et psychopharmacologique.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation quantitative et semi-quantitative de la bradykin\u00e9sie repose sur des outils cliniques standardis\u00e9s et, de plus en plus, sur des technologies biom\u00e9caniques de pointe.<\/p>\n<p>Dans la pratique clinique internationale, l&rsquo;\u00e9chelle reine est la <em>MDS-UPDRS<\/em> (<em>Movement Disorder Society &#8211; Unified Parkinson&rsquo;s Disease Rating Scale<\/em>), particuli\u00e8rement sa Partie III d\u00e9volue \u00e0 l&rsquo;examen moteur. La bradykin\u00e9sie y est explor\u00e9e de mani\u00e8re rigoureuse au travers d&rsquo;items sp\u00e9cifiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Item 3.4 (Tapotement des doigts \/ Finger Tapping) :<\/strong> Le patient tape le pouce avec l&rsquo;index sur la plus grande amplitude et \u00e0 la vitesse la plus \u00e9lev\u00e9e possible, 10 fois d&rsquo;affil\u00e9e pour chaque main.<\/li>\n<li><strong>Item 3.5 (Mouvements de la main) :<\/strong> Ouverture et fermeture compl\u00e8tes du poing de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Item 3.6 (Pronation-supination) :<\/strong> Mouvements alternatifs rapides de rotation de l&rsquo;avant-bras, bras \u00e9tendus horizontalement.<\/li>\n<li><strong>Item 3.7 (Tapotement de l&rsquo;orteil) :<\/strong> Battements rapides du talon maintenu au sol avec la pointe du pied.<\/li>\n<li><strong>Item 3.8 (Agilit\u00e9 de la jambe) :<\/strong> Le patient l\u00e8ve et abaisse le talon au sol avec rapidit\u00e9 et amplitude maximale en position assise.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Chacun de ces items est gradu\u00e9 de 0 (normal) \u00e0 4 (s\u00e9v\u00e8re, caract\u00e9ris\u00e9 par une incapacit\u00e9 quasi totale \u00e0 ex\u00e9cuter le mouvement ou par des arr\u00eats prolong\u00e9s constants). L&rsquo;\u00e9valuateur recherche minutieusement trois anomalies : la lenteur de base, les h\u00e9sitations\/interruptions de trajectoire, et surtout la d\u00e9gradation graduelle de l&rsquo;amplitude (le d\u00e9cr\u00e9ment).<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la s\u00e9miologie au lit du patient, les sciences exp\u00e9rimentales emploient des syst\u00e8mes d&rsquo;analyse cin\u00e9matique tridimensionnelle par capture de mouvement opto\u00e9lectronique, des capteurs inertiels portables (acc\u00e9l\u00e9rom\u00e8tres et gyroscopes) fix\u00e9s aux poignets ou aux chevilles, ainsi que des tablettes graphom\u00e9triques mesurant la pression, la vitesse et la g\u00e9om\u00e9trie du trac\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture. Ces technologies permettent de dissocier math\u00e9matiquement le temps de r\u00e9action (intervalle entre le signal stimulus et le d\u00e9but du geste) du temps de mouvement (dur\u00e9e effective du d\u00e9placement), confirmant que chez le patient bradykin\u00e9tique, si le temps de r\u00e9action est alt\u00e9r\u00e9, c&rsquo;est le temps de mouvement et le pic de v\u00e9locit\u00e9 qui enregistrent les d\u00e9sordres les plus spectaculaires.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La d\u00e9tection fine de la bradykin\u00e9sie poss\u00e8de des r\u00e9percussions pratiques d\u00e9terminantes dans une multitude de domaines m\u00e9dicaux et psychologiques :<\/p>\n<p>En <strong>neurologie<\/strong>, la bradykin\u00e9sie repr\u00e9sente le signal d&rsquo;alarme indispensable pour amorcer une enqu\u00eate \u00e9tiologique. Sa reconnaissance pr\u00e9coce permet d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;errance diagnostique fr\u00e9quente chez des patients \u00e9tiquet\u00e9s \u00e0 tort comme souffrant de rhumatismes articulaires (p\u00e9riarthrite scapulo-hum\u00e9rale li\u00e9e \u00e0 la raideur d&rsquo;un membre) ou de d\u00e9pression nerveuse r\u00e9actionnelle. Elle constitue \u00e9galement le param\u00e8tre principal guidant l&rsquo;optimisation des traitements substitutifs dopaminergiques : l&rsquo;apparition de fluctuations motrices (\u00ab phases OFF \u00bb) se traduit par la r\u00e9\u00e9mergence brutale de la bradykin\u00e9sie.<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie<\/strong> et en <strong>psychopharmacologie<\/strong>, l&rsquo;examen de la motricit\u00e9 permet de d\u00e9pister pr\u00e9cocement le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_extrapyramidal\">syndrome extrapyramidal<\/a> induit par les neuroleptiques et antipsychotiques (particuli\u00e8rement les antagonistes puissants des r\u00e9cepteurs D2 comme l&rsquo;halop\u00e9ridol). La bradykin\u00e9sie iatrog\u00e8ne qui en d\u00e9coule est source d&rsquo;un fardeau subjectif consid\u00e9rable pour le patient, parfois m\u00e9connu et confondu avec le repli autistique ou les sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs de la schizophr\u00e9nie, conduisant \u00e0 des erreurs d&rsquo;escalade th\u00e9rapeutique dommageables.<\/p>\n<p>En <strong>r\u00e9\u00e9ducation fonctionnelle<\/strong>, la compr\u00e9hension des bases de la bradykin\u00e9sie a r\u00e9volutionn\u00e9 les programmes de kin\u00e9sith\u00e9rapie, d&rsquo;orthophonie et d&rsquo;ergoth\u00e9rapie. Dans la mesure o\u00f9 les circuits automatis\u00e9s internes sont d\u00e9ficitaires, les th\u00e9rapeutes apprennent aux patients \u00e0 recourir \u00e0 des \u00ab indices externes \u00bb (<em>cueing<\/em> sensoriel) : marquages visuels contrast\u00e9s au sol pour enjamber les obstacles, m\u00e9tronomes rythmiques auditifs pour caler le tempo de marche, ou autosuggestions verbales conscientes pour forcer l&rsquo;amplitude du geste. Ces strat\u00e9gies court-circuitent les ganglions de la base en mobilisant les r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9belleux et pr\u00e9frontaux demeur\u00e9s intacts.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>Les investigations contemporaines en neuro-imagerie fonctionnelle et en neurophysiologie ont consid\u00e9rablement approfondi les m\u00e9canismes intimes de la bradykin\u00e9sie. Les \u00e9tudes en tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) au 18F-DOPA et en scintigraphie c\u00e9r\u00e9brale au DaTscan ont d\u00e9montr\u00e9 de mani\u00e8re univoque une corr\u00e9lation lin\u00e9aire robuste entre l&rsquo;intensit\u00e9 de la bradykin\u00e9sie clinique et l&rsquo;effondrement de la densit\u00e9 des transporteurs pr\u00e9-synaptiques de la dopamine dans la partie post\u00e9rieure du putamen.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences computationnelles et de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie humaine, les \u00e9quipes de recherche associ\u00e9es \u00e0 la stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde (DBS) du noyau sous-thalamique ont apport\u00e9 des preuves directes du r\u00f4le pathologique des oscillations c\u00e9r\u00e9brales. Les travaux men\u00e9s sous la direction de chercheurs tels que Peter Brown \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Oxford ont prouv\u00e9 que la d\u00e9livrance d&rsquo;un courant de haute fr\u00e9quence (g\u00e9n\u00e9ralement sup\u00e9rieur \u00e0 130 Hz) supprime s\u00e9lectivement l&rsquo;exc\u00e8s de synchronie b\u00eata dans le r\u00e9seau sous-thalamo-pallidal. Cette suppression \u00e9lectrophysiologique s&rsquo;av\u00e8re directement proportionnelle au d\u00e9blocage de la bradykin\u00e9sie et \u00e0 l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de la vitesse de pointe lors des mouvements volontaires.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les \u00e9tudes de Mazzoni, Hristova et Krakauer (2007) ont apport\u00e9 un \u00e9clairage fondamental sur l&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;effort : en soumettant des patients bradykin\u00e9tiques \u00e0 des t\u00e2ches de pointage moteur avec contrainte de vitesse, les auteurs ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que ces patients sont parfaitement capables, si une consigne stricte leur est impos\u00e9e, d&rsquo;effectuer des mouvements \u00e0 une vitesse normale comparable \u00e0 celle des sujets t\u00e9moins sains. Cependant, ils refusent spontan\u00e9ment de le faire lors des essais libres car leur syst\u00e8me moteur \u00e9value le co\u00fbt de cette acc\u00e9l\u00e9ration comme \u00e9tant biologiquement insoutenable. Cette d\u00e9couverte cruciale d\u00e9montre que la bradykin\u00e9sie n&rsquo;est pas un d\u00e9ficit m\u00e9canique de comp\u00e9tence brute, mais un trouble de la prise de d\u00e9cision motrice implicite.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La manifestation et la perception de la bradykin\u00e9sie ne s&rsquo;inscrivent pas dans un vide social. Elles s&rsquo;ins\u00e8rent au sein de contextes culturels qui modulent la fa\u00e7on dont la lenteur est per\u00e7ue, tol\u00e9r\u00e9e et rapport\u00e9e par les individus et leurs familles.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es, caract\u00e9ris\u00e9es par un imp\u00e9ratif d&rsquo;efficience temporelle, d&rsquo;agilit\u00e9 multit\u00e2che et de rapidit\u00e9 r\u00e9active, les manifestations initiales de la bradykin\u00e9sie (perte de vitesse au travail, lenteur pour taper sur un clavier, d\u00e9marche tra\u00eenante) sont tr\u00e8s pr\u00e9cocement v\u00e9cues comme invalidantes et stigmatisantes, poussant \u00e0 une consultation m\u00e9dicale h\u00e2tive. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans d&rsquo;autres contextes culturels ou au sein de communaut\u00e9s valorisant la mod\u00e9ration, la lenteur posturale et le calme expressif comme des attributs normaux ou respectables du grand \u00e2ge, la bradykin\u00e9sie peut \u00eatre banalis\u00e9e et interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 tort comme une composante in\u00e9vitable de la s\u00e9nescence (\u00e2gisme bienveillant), retardant consid\u00e9rablement le recours aux fili\u00e8res de soins sp\u00e9cialis\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression faciale de la bradykin\u00e9sie \u2014 l&rsquo;amimie ou hypomimie \u2014 est \u00e9galement source de biais interpersonnels profonds. Dans les cultures o\u00f9 le contact visuel soutenu et la r\u00e9activit\u00e9 faciale dynamique conditionnent l&rsquo;authenticit\u00e9 de la relation sociale, le patient bradykin\u00e9tique est souvent jug\u00e9 \u00e0 tort comme distant, froid, hostile, apathique, voire intellectuellement diminu\u00e9. Ce d\u00e9calage s\u00e9miotique entre l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel interne pr\u00e9serv\u00e9 du sujet et son incapacit\u00e9 motrice \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rioriser sur son visage constitue un facteur majeur d&rsquo;isolement psychologique et de d\u00e9pression r\u00e9actionnelle.<\/p>\n<h3>13. D\u00e9bats th\u00e9oriques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 des d\u00e9cennies de recherche, la bradykin\u00e9sie demeure au centre de controverses s\u00e9miologiques et nosographiques non r\u00e9solues :<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9bat concerne la <strong>fronti\u00e8re conceptuelle entre bradykin\u00e9sie, hypokin\u00e9sie et akin\u00e9sie<\/strong>. Tandis que l&rsquo;\u00e9cole s\u00e9miologique francophone et de nombreux auteurs europ\u00e9ens insistent sur la n\u00e9cessit\u00e9 de distinguer rigoureusement la vitesse d&rsquo;ex\u00e9cution (bradykin\u00e9sie), l&rsquo;amplitude spatiale (hypokin\u00e9sie) et le temps de latence d&rsquo;initiation (akin\u00e9sie), la litt\u00e9rature anglo-saxonne moderne tend fr\u00e9quemment \u00e0 regrouper ces trois composantes sous l&rsquo;\u00e9tiquette g\u00e9n\u00e9rique parapluie de \u00ab bradykinesia \u00bb. Cette impr\u00e9cision terminologique nuit parfois \u00e0 la reproductibilit\u00e9 des protocoles de recherche fondamentale, dans la mesure o\u00f9 des circuits neuronaux partiellement distincts pourraient gouverner le d\u00e9cr\u00e9ment spatial et la latence temporelle.<\/p>\n<p>Une seconde controverse majeure r\u00e9side dans l&rsquo;imbrication entre la <strong>bradykin\u00e9sie motrice et l&rsquo;apathie<\/strong>. L&rsquo;apathie, d\u00e9finie comme une r\u00e9duction quantitative des comportements auto-g\u00e9n\u00e9r\u00e9s orient\u00e9s vers un but, partage des bases neurobiologiques communes avec la bradykin\u00e9sie (notamment la boucle cortico-striatale ventrale et le cortex cingulaire ant\u00e9rieur). Il devient alors extr\u00eamement ardu pour le clinicien d&rsquo;\u00e9valuer dans quelle mesure l&rsquo;immobilit\u00e9 prolong\u00e9e d&rsquo;un patient r\u00e9sulte d&rsquo;un verrouillage cin\u00e9tique pur des voies motrices ou d&rsquo;un d\u00e9ficit d&rsquo;amor\u00e7age motivationnel de l&rsquo;action. Certains chercheurs proposent d\u00e9sormais d&rsquo;appr\u00e9hender ces troubles le long d&rsquo;un continuum unique d&rsquo;hypodopaminergie motrice et volitionnelle.<\/p>\n<p>Enfin, la nature exacte du <em>sequence effect<\/em> (d\u00e9cr\u00e9ment s\u00e9quentiel) demeure discut\u00e9e. S&rsquo;agit-il d&rsquo;une fatigue musculaire centrale par faillite du recrutement neuromusculaire progressif, ou plut\u00f4t d&rsquo;une alt\u00e9ration de la r\u00e9initialisation sensorimotrice entre deux gestes successifs ? Les donn\u00e9es actuelles tendent vers cette seconde hypoth\u00e8se : les ganglions de la base \u00e9choueraient \u00e0 remettre \u00e0 z\u00e9ro les compteurs d&rsquo;inhibition entre deux phases motrices, entra\u00eenant un empilement d&rsquo;inhibitions r\u00e9siduelles qui \u00e9touffent progressivement l&rsquo;amplitude des gestes suivants.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion diagnostique, il convient de distinguer la bradykin\u00e9sie de notions s\u00e9miologiques voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Akin\u00e9sie :<\/strong> D\u00e9signe l&rsquo;absence totale de mouvement ou l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;initier une action motrice volontaire (blocage \u00e0 l&rsquo;amor\u00e7age ou <em>freezing<\/em>), alors que la bradykin\u00e9sie qualifie un geste amorc\u00e9 mais ralenti dans son d\u00e9roulement dynamique.<\/li>\n<li><strong>Hypokin\u00e9sie :<\/strong> R\u00e9f\u00e8re \u00e0 la diminution de l&rsquo;amplitude globale des mouvements, souvent associ\u00e9e mais dissociable de la pure r\u00e9duction de vitesse.<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ralentissement_psychomoteur\">Ralentissement psychomoteur<\/a> :<\/strong> Entit\u00e9 psychopathologique globale englobant de concert la motricit\u00e9, la parole, les mimiques et les processus cognitifs id\u00e9iques, classiquement observ\u00e9e dans les d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res et les \u00e9tats stuporeux, sans le d\u00e9cr\u00e9ment cin\u00e9tique progressif typique du parkinsonisme.<\/li>\n<li><strong>Bradyphr\u00e9nie :<\/strong> Ralentissement sp\u00e9cifique des op\u00e9rations de la pens\u00e9e, du temps de traitement de l&rsquo;information et du flux des repr\u00e9sentations mentales, ind\u00e9pendant de la commande musculaire effectrice.<\/li>\n<li><strong>Asth\u00e9nie \/ Fatigue :<\/strong> Sensation subjective d&rsquo;\u00e9puisement physique ou manque d&rsquo;\u00e9nergie survenant lors d&rsquo;un effort prolong\u00e9 ou au repos, sans perturbation primitive des circuits sous-corticaux de la vitesse motrice.<\/li>\n<li><strong>Par\u00e9sie :<\/strong> Diminution de la force musculaire cons\u00e9cutive \u00e0 une l\u00e9sion du syst\u00e8me nerveux central pyramidal ou des voies p\u00e9riph\u00e9riques (motoneurones inf\u00e9rieurs), contrairement \u00e0 la bradykin\u00e9sie o\u00f9 la force brute intrins\u00e8que du muscle demeure normale.<\/li>\n<li><strong>Catatonie :<\/strong> Syndrome neuropsychiatrique complexe associant mutisme, n\u00e9gativisme, catalepsie, postures fig\u00e9es et flexibilit\u00e9 cireuse, relevant d&rsquo;une rupture fonctionnelle fronto-pari\u00e9tale et orbitofrontale plus globale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En d\u00e9finitive, la bradykin\u00e9sie est un sympt\u00f4me cardinal hautement informatif des pathologies affectant les syst\u00e8mes moteurs et dopaminergiques :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle se d\u00e9finit comme une lenteur d&rsquo;ex\u00e9cution motrice coupl\u00e9e \u00e0 une d\u00e9gradation progressive de la vitesse et de l&rsquo;amplitude lors de la r\u00e9p\u00e9tition des gestes (d\u00e9cr\u00e9ment cin\u00e9tique).<\/li>\n<li>Elle signe obligatoirement la pr\u00e9sence d&rsquo;un syndrome parkinsonien et d\u00e9coule primitivement d&rsquo;un d\u00e9ficit dopaminergique au sein de la boucle nigrostri\u00e9e, provoquant une lev\u00e9e anormale de l&rsquo;inhibition thalamocorticale et un exc\u00e8s d&rsquo;oscillations synchrones dans la bande b\u00eata.<\/li>\n<li>Elle perturbe prioritairement la motricit\u00e9 automatique, imposant au patient un contr\u00f4le attentionnel \u00e9puisant pour accomplir les gestes les plus \u00e9l\u00e9mentaires de la vie courante.<\/li>\n<li>Son \u00e9valuation de r\u00e9f\u00e9rence s&rsquo;appuie sur la section motrice de l&rsquo;\u00e9chelle internationale MDS-UPDRS via l&rsquo;exploration des mouvements alternatifs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s des membres.<\/li>\n<li>Elle n\u00e9cessite un diagnostic diff\u00e9rentiel scrupuleux pour ne pas la confondre avec la par\u00e9sie centrale, l&rsquo;asth\u00e9nie banale, l&rsquo;apathie cognitive ou le ralentissement psychomoteur d\u00e9pressif.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Berardelli, A., Rothwell, J. C., Thompson, P. D., &amp; Hallett, M. (2001). Pathophysiology of bradykinesia in Parkinson&rsquo;s disease. <em>Brain<\/em>, 124(11), 2131\u20132146. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/124.11.2131\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/124.11.2131<\/a><\/li>\n<li>Goetz, C. G., Tilley, B. C., Shaftman, S. R., Stebbins, G. T., Fahn, S., Martinez-Martin, P., Poewe, W., Sampaio, C., Stern, M. B., Dodel, R., Dubois, B., Holloway, R., Jankovic, J., Kulisevsky, J., Lang, A. E., Lees, A., Leurgans, S., LeWitt, P. A., Nyenhuis, D., \u2026 LaPelle, N. (2008). Movement Disorder Society-sponsored revision of the Unified Parkinson&rsquo;s Disease Rating Scale (MDS-UPDRS): Scale presentation and clinimetric testing results. <em>Movement Disorders<\/em>, 23(15), 2129\u20132170. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.22340\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.22340<\/a><\/li>\n<li>Marsden, C. D. (1982). The mysterious motor function of the basal ganglia: The Robert Wartenberg Lecture. <em>Neurology<\/em>, 32(5), 514\u2013539. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.32.5.514\">https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.32.5.514<\/a><\/li>\n<li>Mazzoni, P., Hristova, A., &amp; Krakauer, J. W. (2007). Why don&rsquo;t we move faster? Parkinson&rsquo;s disease, movement vigor, and implicit motivation. <em>The Journal of Neuroscience<\/em>, 27(27), 7105\u20137116. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.0264-07.2007\">https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.0264-07.2007<\/a><\/li>\n<li>Postuma, R. B., Berg, D., Stern, M., Poewe, W., Olanow, C. W., Peng, W., Maetzler, W., Deuschl, G., Surmann, E., Ellis, R., Lucassen, E. B., &amp; Lang, A. E. (2015). MDS clinical diagnostic criteria for Parkinson&rsquo;s disease. <em>Movement Disorders<\/em>, 30(12), 1591\u20131601. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.26424\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.26424<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La bradykin\u00e9sie est un ralentissement pathologique de l&rsquo;ex\u00e9cution et de l&rsquo;amplitude motrice caract\u00e9ristique des syndromes parkinsoniens et des dysfonctions sous-corticales.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1045,46,476],"tags":[37721,1377,7228,1152,11744,12194,14328],"class_list":["post-22409","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie","category-neuropsychologie","category-psychiatrie","tag-bradykinesie","tag-dopamine","tag-ganglions-de-la-base","tag-maladie-de-parkinson","tag-motricite","tag-ralentissement-psychomoteur","tag-semiologie-motrice"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22409","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22409\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22409"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22409"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22409"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}