{"id":22394,"date":"2026-10-27T08:34:35","date_gmt":"2026-10-27T08:34:35","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cycle-fondamental-repos-activite-brac"},"modified":"2026-10-27T08:34:35","modified_gmt":"2026-10-27T08:34:35","slug":"cycle-fondamental-repos-activite-brac","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cycle-fondamental-repos-activite-brac","title":{"rendered":"Cycle repos-activit\u00e9 : Rythmes cach\u00e9s de l&rsquo;esprit"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;organisme humain ne fonctionne pas comme une machine \u00e0 combustion continue, mais ob\u00e9it \u00e0 une symphonie d&rsquo;oscillations neurobiologiques invisibles qui orchestrent nos capacit\u00e9s d&rsquo;attention, notre m\u00e9tabolisme et nos \u00e9tats de conscience. D\u00e9couvert au c\u0153ur des explorations pionni\u00e8res du sommeil, le cycle fondamental repos-activit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le que notre cerveau alterne perp\u00e9tuellement entre des vagues de vigilance intense et des besoins imp\u00e9rieux de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration psychique. Comprendre cette pulsation interne offre un regard r\u00e9volutionnaire sur la productivit\u00e9 cognitive, l&rsquo;ergonomie du travail intellectuel et la prise en charge des troubles neurophysiologiques contemporains.<\/p>\n<h2>Cycle fondamental repos-activit\u00e9 (BRAC)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>cycle fondamental repos-activit\u00e9<\/strong> (commun\u00e9ment d\u00e9sign\u00e9 par l&rsquo;acronyme anglophone <strong>BRAC<\/strong>, pour <em>Basic Rest-Activity Cycle<\/em>) est un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rythme_ultradien\">rythme ultradien<\/a> biologique endog\u00e8ne d&rsquo;environ 80 \u00e0 120 minutes qui r\u00e9gule p\u00e9riodiquement les niveaux d&rsquo;activation neurophysiologique, de vigilance et d&rsquo;efficience cognitive chez l&rsquo;\u00eatre humain et d&rsquo;autres esp\u00e8ces mammif\u00e8res. Initialement postul\u00e9 pour expliquer la p\u00e9riodicit\u00e9 du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sommeil_paradoxal\">sommeil paradoxal<\/a> (sommeil REM) au cours de la nuit, ce concept stipule que le m\u00eame oscillateur sous-jacent module les fluctuations de l&rsquo;attention soutenue, du m\u00e9tabolisme et de la propension au repos pendant la veille.<\/p>\n<p>Dans sa dimension th\u00e9orique, le BRAC constitue l&rsquo;un des piliers de la chronobiologie et de la neuropsychologie de l&rsquo;\u00e9veil. Il sugg\u00e8re que l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil n&rsquo;est aucunement homog\u00e8ne, mais plut\u00f4t constitu\u00e9 d&rsquo;une succession de segments d&rsquo;environ une heure et demie durant lesquels les ressources attentionnelles culminent avant de fl\u00e9chir de mani\u00e8re transitoire. Durant cette phase de creux biologique, l&rsquo;organisme manifeste des signes comportementaux d&rsquo;assoupissement, d&rsquo;\u00e9chapp\u00e9es imaginatives ou de baisse de r\u00e9activit\u00e9 sensorielle.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de son expression nocturne parfaitement document\u00e9e sous forme d&rsquo;alternance entre sommeil lent et sommeil paradoxal, le BRAC diurne traduit un principe d&rsquo;\u00e9conomie hom\u00e9ostasique : le syst\u00e8me nerveux central alterne de fa\u00e7on rythmique entre des phases de consommation \u00e9nerg\u00e9tique corticale intensive et des p\u00e9riodes n\u00e9cessaires de consolidation, d&rsquo;int\u00e9gration synaptique et de r\u00e9\u00e9quilibrage neurochimique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab Basic Rest-Activity Cycle \u00bb a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 par le neurophysiologiste am\u00e9ricain d&rsquo;origine russe <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nathaniel_Kleitman\">Nathaniel Kleitman<\/a>. Le terme s&rsquo;est diffus\u00e9 dans la litt\u00e9rature scientifique francophone sous diverses traductions, la plus accept\u00e9e acad\u00e9miquement \u00e9tant le \u00ab cycle fondamental repos-activit\u00e9 \u00bb, bien que l&rsquo;on rencontre fr\u00e9quemment les formulations \u00ab cycle repos-activit\u00e9 de base \u00bb ou la conservation de l&rsquo;acronyme technique BRAC.<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et s\u00e9mantique, le mot <em>cycle<\/em> provient du latin <em>cyclus<\/em>, lui-m\u00eame issu du grec ancien <em>kuklos<\/em> (\u03ba\u03cd\u03ba\u03bb\u03bf\u03c2), signifiant \u00ab cercle \u00bb, \u00ab r\u00e9volution \u00bb ou \u00ab succession ordonn\u00e9e d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements revenant au point de d\u00e9part \u00bb. Le qualificatif <em>fondamental<\/em> (du latin <em>fundamentalis<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de <em>fundamentum<\/em>, base ou assise) souligne la conviction de Kleitman selon laquelle cette horloge interne n&rsquo;est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9riv\u00e9, mais une propri\u00e9t\u00e9 intrins\u00e8que de l&rsquo;organisation nerveuse primitive des vert\u00e9br\u00e9s.<\/p>\n<p>Les composantes <em>repos<\/em> (d\u00e9riv\u00e9 du bas-latin <em>repausare<\/em>, cesser une action, faire halte) et <em>activit\u00e9<\/em> (du latin <em>activitas<\/em>, facult\u00e9 d&rsquo;agir, \u00e9nergie motrice) d\u00e9signent la polarit\u00e9 binaire classique entre les phases anaboliques de reconstitution \u00e9nerg\u00e9tique et les phases cataboliques d&rsquo;interaction motrice et sensorielle avec l&rsquo;environnement ext\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le syntagme \u00ab cycle fondamental repos-activit\u00e9 \u00bb est une locution nominale masculine, employ\u00e9e au singulier pour d\u00e9signer le m\u00e9canisme g\u00e9n\u00e9ral ou au pluriel (\u00ab les cycles fondamentaux repos-activit\u00e9 \u00bb) pour qualifier la r\u00e9p\u00e9tition des \u00e9pisodes temporels tout au long des 24 heures. L&rsquo;acronyme BRAC se prononce couramment en contexte professionnel francophone sous la forme phon\u00e9tique [b\u0281ak] (rime avec le mot \u00ab bac \u00bb) ou par \u00e9pellation [be-\u025b\u0281-a-se].<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphosyntaxique, \u00ab repos-activit\u00e9 \u00bb fonctionne comme une apposition qualificative invariable ou un syntagme coordonn\u00e9 par un trait d&rsquo;union, pr\u00e9cisant la dynamique antith\u00e9tique propre au concept. Dans le langage de la recherche en chronobiologie et en ergonomie cognitive, il est courant d&#8217;employer les adjectifs d\u00e9riv\u00e9s pour d\u00e9signer des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00ab ultradiens \u00bb, \u00ab synchronis\u00e9s au BRAC \u00bb ou relevant de la \u00ab cyclicit\u00e9 repos-activit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le BRAC s&rsquo;articule autour d&rsquo;une p\u00e9riodicit\u00e9 ultradienne, c&rsquo;est-\u00e0-dire une oscillation temporelle dont la fr\u00e9quence est sup\u00e9rieure \u00e0 un cycle par tranche de vingt-quatre heures, se distinguant explicitement du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rythme_circadien\">rythme circadien<\/a> qui \u00e9pouse une temporalit\u00e9 d&rsquo;un jour complet. Pendant la nuit, le BRAC s&rsquo;observe de mani\u00e8re spectaculaire \u00e0 travers les cycles du sommeil : l&rsquo;organisme transite du sommeil lent l\u00e9ger vers le sommeil profond, puis s&rsquo;engage dans le sommeil paradoxal caract\u00e9ris\u00e9 par des mouvements oculaires rapides, une atonie musculaire p\u00e9riph\u00e9rique et une intense activit\u00e9 de remaniement onirique. Ce circuit complet dure approximativement 90 minutes chez l&rsquo;adulte et se r\u00e9p\u00e8te quatre \u00e0 six fois par nuit.<\/p>\n<p>L&rsquo;hypoth\u00e8se conceptuelle centrale avanc\u00e9e par Kleitman r\u00e9side dans la continuit\u00e9 de cette oscillation pendant l&rsquo;\u00e9tat de veille. Selon cette perspective, le cerveau humain ne maintient pas une activation corticale lin\u00e9aire entre le lever matinal et le coucher vesp\u00e9ral. Au contraire, le syst\u00e8me nerveux central traverse des mont\u00e9es de vigilance d&rsquo;une dur\u00e9e moyenne de 70 \u00e0 90 minutes, associ\u00e9es \u00e0 une concentration aff\u00fbt\u00e9e, un traitement optimal des informations sensorielles et une coordination motrice pr\u00e9cise. Cette phase est imm\u00e9diatement suivie par une fen\u00eatre r\u00e9fractaire de 15 \u00e0 20 minutes durant laquelle la machinerie neurophysiologique exige une r\u00e9duction temporaire de l&rsquo;effort cognitif.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, cette phase descendante ou \u00ab creux du BRAC \u00bb ne correspond pas n\u00e9cessairement \u00e0 un endormissement pathologique, mais \u00e0 une r\u00e9orientation de l&rsquo;activit\u00e9 nerveuse. Les ondes c\u00e9r\u00e9brales rapides (ondes b\u00eata et gamma) c\u00e8dent partiellement la place \u00e0 des rythmes alpha plus lents et plus amples, signifiant une relaxation vigilante ou une baisse de tension corticale. Le sujet ressent fr\u00e9quemment une baisse spontan\u00e9e de la concentration, une propension \u00e0 la r\u00eaverie diurne (<em>daydreaming<\/em>), un besoin diffus de s&rsquo;\u00e9tirer, de b\u00e2iller, d&rsquo;ing\u00e9rer des nutriments ou de s&rsquo;engager dans des automatismes sans enjeu intellectuel lourd.<\/p>\n<p>Ce cycle est m\u00e9di\u00e9 par des interactions subtiles entre le tronc c\u00e9r\u00e9bral, l&rsquo;hypothalamus et le cortex pr\u00e9frontal. Lorsque l&rsquo;individu respecte cette pulsation biologique en s&rsquo;accordant un temps de rel\u00e2chement passif, le syst\u00e8me nerveux op\u00e8re une \u00e9limination partielle des sous-produits m\u00e9taboliques accumul\u00e9s, une recalibration des r\u00e9cepteurs synaptiques et un r\u00e9approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique cellulaire. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;\u00e9crasement volontaire de cette fen\u00eatre de r\u00e9cup\u00e9ration par des stimulants chimiques ou un hyper-effort volontaire entra\u00eene une allostasie d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, marqu\u00e9e par la dispersion attentionnelle, l&rsquo;irritabilit\u00e9 et une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue aux erreurs d&rsquo;inattention.<\/p>\n<p>Il importe \u00e9galement de souligner que le BRAC s&rsquo;exprime dans de nombreux syst\u00e8mes p\u00e9riph\u00e9riques. L&rsquo;alternance d&rsquo;activation et de repos innerve la motricit\u00e9 gastro-intestinale, les s\u00e9cr\u00e9tions endocriniennes (notamment les pouss\u00e9es puls\u00e1tiles de cortisol et de cat\u00e9cholamines), la pression art\u00e9rielle et la temp\u00e9rature centrale. Le cycle ne concerne donc pas exclusivement les h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux, mais repr\u00e9sente une pulsation holistique reliant les centres sous-corticaux profonds \u00e0 l&rsquo;ensemble des organes visc\u00e9raux.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire du concept de cycle fondamental repos-activit\u00e9 s&rsquo;enracine dans la naissance de la somnologie exp\u00e9rimentale au milieu du XXe si\u00e8cle. En 1953, Eugene Aserinsky et Nathaniel Kleitman r\u00e9alisent \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago une d\u00e9couverte retentissante en identifiant le sommeil \u00e0 mouvements oculaires rapides (sommeil REM). Observant que cette phase survient \u00e0 intervalles r\u00e9guliers au cours du sommeil nocturne, Kleitman commence \u00e0 s&rsquo;interroger sur la nature temporelle exacte de ce m\u00e9tronome biologique interne.<\/p>\n<p>Kleitman s&rsquo;est d&rsquo;abord appuy\u00e9 sur des donn\u00e9es p\u00e9diatriques ant\u00e9rieures, notamment les travaux des chercheurs sovi\u00e9tiques Denisova et Figurin datant des ann\u00e9es 1920, qui avaient document\u00e9 des cycles d&rsquo;agitation motrice et d&rsquo;alimentation spontan\u00e9e toutes les 50 \u00e0 60 minutes chez le nouveau-n\u00e9 humain. Kleitman a formul\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se audacieuse que ce cycle primordial garantissait la survie du nourrisson en stimulant les sensations de faim \u00e0 intervalles rapproch\u00e9s, assurant ainsi un apport calorique r\u00e9gulier avant que l&rsquo;estomac ne poss\u00e8de la capacit\u00e9 volum\u00e9trique n\u00e9cessaire \u00e0 de longues p\u00e9riodes de je\u00fbne.<\/p>\n<p>En observant que ce cycle s&rsquo;allonge progressivement avec la maturation du syst\u00e8me nerveux pour atteindre 90 minutes chez l&rsquo;adulte, Kleitman avance en 1961 et dans son ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1963 (<em>Sleep and Wakefulness<\/em>) l&rsquo;id\u00e9e fondamentale du BRAC. Il postule que le sommeil n&rsquo;est pas un \u00e9tat autonome isol\u00e9 de la vie diurne, mais que la nuit et le jour sont travers\u00e9s de part en part par un seul et m\u00eame m\u00e9canisme cyclique continu. Vingt-deux ans plus tard, dans un article r\u00e9trospectif marquant publi\u00e9 en 1982 dans la revue <em>Sleep<\/em> (\u00ab Basic Rest-Activity Cycle\u201422 Years Later \u00bb), Kleitman r\u00e9affirme sa th\u00e8se \u00e0 la lumi\u00e8re de nombreuses donn\u00e9es exp\u00e9rimentales confirmant des oscillations comportementales et visc\u00e9rales d&rsquo;environ 90 minutes chez l&rsquo;animal et l&rsquo;humain \u00e9veill\u00e9.<\/p>\n<p>Au fil des d\u00e9cennies 1970 et 1980, plusieurs sommit\u00e9s compl\u00e8tent l&rsquo;\u00e9difice exp\u00e9rimental. M.B. Sterman met en \u00e9vidence la pr\u00e9sence du cycle chez le f\u0153tus et chez diverses esp\u00e8ces de mammif\u00e8res comme le chat, d\u00e9montrant que l&rsquo;animal \u00e9veill\u00e9 pr\u00e9sente des p\u00e9riodicit\u00e9s comportementales d&rsquo;alimentation similaires \u00e0 ses cycles de sommeil REM. Parall\u00e8lement, des chercheurs comme Charles Fisher et Stanley Friedman documentent des cycles oraux spontan\u00e9s (besoin de fumer, de boire, de manger) d&rsquo;environ 96 minutes chez l&rsquo;adulte sain, renfor\u00e7ant l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une pulsion m\u00e9tabolique ultradienne continue.<\/p>\n<p>Plus tard, dans les ann\u00e9es 1990 et 2000, le psychologue su\u00e9dois K. Anders Ericsson int\u00e8gre ces notions chronobiologiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des performances d&rsquo;\u00e9lite (\u00ab deliberate practice \u00bb), remarquant que les virtuoses de la musique et les athl\u00e8tes de classe mondiale divisent spontan\u00e9ment leurs s\u00e9ances d&rsquo;entra\u00eenement intensif en blocs d&rsquo;environ 90 minutes, confirmant de mani\u00e8re \u00e9cologique les contraintes impos\u00e9es par le BRAC sur l&rsquo;attention humaine.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Les fondements neurobiologiques du cycle repos-activit\u00e9 reposent sur la modulation p\u00e9riodique des structures r\u00e9ticulaires ascendantes situ\u00e9es dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral. Le mod\u00e8le de r\u00e9f\u00e9rence s&rsquo;appuie sur le fonctionnement des g\u00e9n\u00e9rateurs de rythme du sommeil paradoxal et de la veille active. Selon l&rsquo;\u00e9cole neurophysiologique classique, l&rsquo;alternance entre \u00e9tats d&rsquo;excitation et de repos r\u00e9sulte d&rsquo;un antagonisme dynamique entre deux populations de neurones au sein du tronc c\u00e9r\u00e9bral : les neurones aminergiques (noradr\u00e9nergiques du locus coeruleus et s\u00e9rotoninergiques des noyaux du raph\u00e9) et les neurones cholinergiques (localis\u00e9s dans les noyaux p\u00e9donculopontin et tegmental lat\u00e9rodorsal).<\/p>\n<p>Durant la phase d&rsquo;activit\u00e9 maximale du cycle, le syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9veil aminergique diffuse largement de la noradr\u00e9naline et de la s\u00e9rotonine vers le cortex et le thalamus, renfor\u00e7ant le rapport signal\/bruit neuronal et favorisant la focalisation attentionnelle. Au fur et \u00e0 mesure que la d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique s&rsquo;accro\u00eet, l&rsquo;accumulation locale d&rsquo;ad\u00e9nosine et la d\u00e9pl\u00e9tion des neurotransmetteurs facilitent une bascule transitoire : les neurones aminergiques ralentissent leur d\u00e9charge, ce qui lib\u00e8re temporairement l&rsquo;action des circuits inhibiteurs ou cholinergiques, induisant le versant de repos du BRAC.<\/p>\n<p>Une seconde assise th\u00e9orique concerne le couplage entre les horloges ultradiennes et l&rsquo;horloge ma\u00eetresse circadienne situ\u00e9e dans les noyaux suprachiasmatiques (NSC) de l&rsquo;hypothalamus. Le BRAC ne fonctionne pas en vase clos : il est encapsul\u00e9 dans l&rsquo;enveloppe plus vaste du rythme circadien. Les noyaux suprachiasmatiques agissent comme une porte r\u00e9gulatrice qui d\u00e9termine l&rsquo;amplitude des oscillations ultradiennes sans n\u00e9cessairement en g\u00e9n\u00e9rer la fr\u00e9quence pr\u00e9cise. En milieu d&rsquo;apr\u00e8s-midi, lors du creux circadien post-prandial universel, la descente d&rsquo;un BRAC diurne se fait ressentir avec une intensit\u00e9 d\u00e9cupl\u00e9e, transformant une simple baisse d&rsquo;attention en une l\u00e9thargie prononc\u00e9e.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie des \u00e9tats de conscience alternants d\u00e9velopp\u00e9e par le psychologue et psychanalyste Ernest Rossi propose que le creux ultradien diurne constitue une \u00ab transe ultradienne naturelle \u00bb. D&rsquo;apr\u00e8s cette mod\u00e9lisation biopsychosociale, l&rsquo;organisme utilise ces pauses pour d\u00e9connecter les r\u00e9seaux corticaux pr\u00e9frontaux au profit du traitement de l&rsquo;information implicite, de la r\u00e9solution cr\u00e9ative de probl\u00e8mes et de la r\u00e9paration tissulaire somatique par l&rsquo;activation pr\u00e9pond\u00e9rante du syst\u00e8me nerveux parasympathique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le cycle fondamental repos-activit\u00e9 dans sa complexit\u00e9 fonctionnelle, il convient de d\u00e9composer ses phases structurelles et ses diverses modalit\u00e9s d&rsquo;expression physiologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La phase d&rsquo;ascension et d&rsquo;activation maximale (60 \u00e0 90 minutes) :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9synchronisation de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroenc%C3%A9phalographie\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a> (ondes b\u00eata et gamma rapides), un tonus sympathique pr\u00e9dominant, une r\u00e9activit\u00e9 cardiovasculaire accrue, une m\u00e9moire de travail op\u00e9rationnelle optimale et une haute r\u00e9sistance aux distracteurs externes.<\/li>\n<li><strong>La phase de plateau fonctionnel :<\/strong> Br\u00e8ve p\u00e9riode d&rsquo;\u00e9quilibre hom\u00e9ostasique o\u00f9 l&rsquo;efficience psychomotrice atteint son apog\u00e9e avant que les co\u00fbts m\u00e9taboliques ne d\u00e9clenchent les premiers r\u00e9trocontr\u00f4les n\u00e9gatifs.<\/li>\n<li><strong>La fen\u00eatre de d\u00e9clin ou creux ultradien (15 \u00e0 20 minutes) :<\/strong> Chute progressive des niveaux d&rsquo;\u00e9veil cortical, pr\u00e9dominance des rythmes alpha et th\u00eata frontaux, baisse de la vigilance soutenue, \u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;activit\u00e9 parasympathique vagale, propension aux micro-sommeils et ralentissement des temps de r\u00e9action motrice.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;expression nocturne (cycle NREM-REM) :<\/strong> Progression continue depuis les stades N1 et N2 du sommeil lent vers les ondes lentes du stade N3 (sommeil profond r\u00e9parateur), culminant dans l&rsquo;explosion neurochimique et hallucinatoire du sommeil paradoxal (sommeil REM).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;expression visc\u00e9rale et somatique :<\/strong> Fluctuations rythmiques concomitantes de la motricit\u00e9 gastrique, des s\u00e9cr\u00e9tions salivaires, du diam\u00e8tre pupillaire et de la r\u00e9gulation de la temp\u00e9rature p\u00e9riph\u00e9rique des extr\u00e9mit\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;alternance h\u00e9misph\u00e9rique c\u00e9r\u00e9brale et le cycle nasal :<\/strong> P\u00e9riodicit\u00e9 synchronis\u00e9e d&rsquo;environ 90 minutes caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;engorgement bilat\u00e9ral altern\u00e9 de la muqueuse nasale (cycle nasal), souvent corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une activation pr\u00e9f\u00e9rentielle et oscillante de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral controlat\u00e9ral (traitement verbal vs traitement spatial).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation du BRAC s&rsquo;illustre particuli\u00e8rement bien dans le quotidien du travailleur intellectuel moderne. Consid\u00e9rons le cas d&rsquo;un chercheur ou d&rsquo;un concepteur de logiciels qui s&rsquo;installe devant sa station de travail \u00e0 9 heures. Durant les soixante-quinze premi\u00e8res minutes, l&rsquo;individu fait l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;un \u00e9tat de fluidit\u00e9 cognitive remarquable : il traite des \u00e9quations complexes, r\u00e9dige du code sans h\u00e9sitation et maintient une m\u00e9moire op\u00e9rationnelle sans faille. Vers 10 heures 20, sans \u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur ext\u00e9rieur, une sensation brutale d&rsquo;engourdissement mental s&rsquo;installe. Les phrases lues doivent \u00eatre relues, le regard divague vers des fen\u00eatres de navigation secondaire et un besoin irr\u00e9pressible de consommer un caf\u00e9 ou une collation se fait sentir. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne ne traduit pas un manque de volont\u00e9, mais l&rsquo;arriv\u00e9e exacte du creux du BRAC.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la s\u00e9curit\u00e9 op\u00e9rationnelle et des transports critiques, les effets du creux ultradien peuvent avoir des cons\u00e9quences consid\u00e9rables. Chez les contr\u00f4leurs a\u00e9riens ou les pilotes de ligne sur les vols transm\u00e9ridiens, le monitoring continu des performances montre que les micro-absences attentionnelles et les allongements du temps de r\u00e9ponse aux signaux radar ne sont pas distribu\u00e9s de fa\u00e7on al\u00e9atoire, mais se regroupent toutes les 90 \u00e0 100 minutes, r\u00e9v\u00e9lant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 intrins\u00e8que de l&rsquo;appareil perceptif humain lorsque celui-ci est forc\u00e9 \u00e0 un \u00e9tat de vigilance ininterrompu.<\/p>\n<p>Un autre exemple saisissant se retrouve dans le d\u00e9veloppement pr\u00e9coce du nouveau-n\u00e9. Tout jeune parent constate que le nourrisson passe d&rsquo;une veille calme ou agit\u00e9e \u00e0 un sommeil entrecoup\u00e9 selon des cycles de 50 \u00e0 60 minutes. Ce rythme ultradien, insensible aux rep\u00e8res du jour et de la nuit durant les premi\u00e8res semaines de vie, illustre le BRAC dans sa configuration primitive pure, non encore modul\u00e9e ou \u00e9tir\u00e9e par les structures corticales sup\u00e9rieures et les exigences du rythme circadien socialis\u00e9.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation empirique du BRAC mobilise un vaste arsenal de m\u00e9thodologies physiologiques, comportementales et psychom\u00e9triques adapt\u00e9es \u00e0 l&rsquo;observation d&rsquo;oscillations ultradiennes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es :<\/p>\n<p>La polysomnographie nocturne demeure la r\u00e9f\u00e9rence absolue pour le volet nocturne du BRAC. Elle enregistre de mani\u00e8re synchronis\u00e9e l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectroenc\u00e9phalographique (EEG), l&rsquo;\u00e9lectro-oculographie (EOG) et l&rsquo;\u00e9lectromyographie mentonni\u00e8re (EMG). Le traitement du signal permet de d\u00e9couper la nuit en \u00e9poques de 30 secondes et d&rsquo;extraire la p\u00e9riodicit\u00e9 de l&rsquo;alternance NREM-REM par transformation de Fourier ou analyse spectrale des densit\u00e9s d&rsquo;ondes delta et th\u00eata.<\/p>\n<p>Pendant l&rsquo;\u00e9veil, l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie quantitative (qEEG) enregistre l&rsquo;\u00e9volution continue de la puissance spectrale relative. Les chercheurs traquent l&rsquo;indice de vigilance bas\u00e9 sur le ratio entre les bandes b\u00eata\/gamma (t\u00e9moins de l&rsquo;engagement cortical) et les bandes alpha\/th\u00eata (marquants de la d\u00e9connexion vigilante). Ces analyses confirment des oscillations p\u00e9riodiques de ce ratio sur des fen\u00eatres de 80 \u00e0 110 minutes lors de t\u00e2ches monotones prolong\u00e9es.<\/p>\n<p>Sur le versant comportemental et cognitif, les tests de performance continue (CPT), tels que le test d&rsquo;attention soutenue \u00e0 la r\u00e9ponse (SART) ou la t\u00e2che de vigilance psychomotrice (PVT de Dinges), sont administr\u00e9s de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e ou continue sur des p\u00e9riodes de 12 \u00e0 24 heures sous protocole de d\u00e9synchronisation forc\u00e9e ou de routine constante. Ces protocoles permettent d&rsquo;\u00e9liminer les effets masquants des repas, des changements posturaux et des indices lumineux pour isoler math\u00e9matiquement la composante ultradienne des variations du temps de r\u00e9action.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;\u00e9valuation du syst\u00e8me nerveux autonome fait appel \u00e0 l&rsquo;analyse de la variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque (VFC ou HRV), mesur\u00e9e par \u00e9lectrocardiographie continue. Les variations des composantes haute fr\u00e9quence (HF, refl\u00e9tant le tonus vagal) et basse fr\u00e9quence (LF, refl\u00e9tant la balance sympathovagale) oscillent r\u00e9guli\u00e8rement au rythme du BRAC, d\u00e9montrant une synchronisation globale entre le syst\u00e8me nerveux autonome et le niveau d&rsquo;excitation cortical.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;int\u00e9gration du cycle fondamental repos-activit\u00e9 rev\u00eat une importance strat\u00e9gique majeure dans l&rsquo;organisation contemporaine du travail, l&rsquo;\u00e9ducation et la sant\u00e9 mentale. Dans le champ de l&rsquo;ergonomie organisationnelle, la reconnaissance du BRAC remet en cause le paradigme d&rsquo;une journ\u00e9e de travail continue de huit heures fond\u00e9e sur un rendement lin\u00e9aire uniforme. Les mod\u00e8les de gestion de l&rsquo;\u00e9nergie pr\u00e9conisent plut\u00f4t le travail par blocs cibl\u00e9s : 75 \u00e0 90 minutes de travail concentr\u00e9 sans interruption (travail en profondeur ou <em>deep work<\/em>), suivies obligatoirement d&rsquo;une pause biologique active ou passive de 15 minutes.<\/p>\n<p>Dans le monde du sport professionnel et de l&rsquo;acquisition de comp\u00e9tences complexes, les recherches pionni\u00e8res d&rsquo;Anders Ericsson sur la pratique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e corroborent cette architecture. Les musiciens d&rsquo;\u00e9lite, les grands ma\u00eetres d&rsquo;\u00e9checs et les sportifs de haut niveau limitent spontan\u00e9ment leurs sessions d&rsquo;entra\u00eenement maximal \u00e0 90 minutes, ne d\u00e9passant que tr\u00e8s rarement trois \u00e0 quatre sessions par jour. Travailler au-del\u00e0 de cette fen\u00eatre physiologique entra\u00eene des rendements d\u00e9croissants, augmente drastiquement le taux de micro-fautes techniques et accro\u00eet le risque de blessures musculosquelettiques dues \u00e0 la fatigue neuromusculaire.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine pr\u00e9ventive et en psychoth\u00e9rapie, le non-respect chronique des creux de r\u00e9cup\u00e9ration du BRAC est de plus en plus incrimin\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9mergence du syndrome d&rsquo;\u00e9puisement professionnel (<em>burnout<\/em>). Le recours permanent \u00e0 des psychostimulants (exc\u00e8s de caf\u00e9ine, nicotine, modafinil) pour forcer le passage \u00e0 travers les creux naturels impose une hyperactivit\u00e9 sympathique continue qui d\u00e9r\u00e9gule l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (axe HPA). Encourager les patients \u00e0 pratiquer la \u00ab pause r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice \u00bb \u2014 par de la micro-sieste, de la coh\u00e9rence cardiaque ou de la m\u00e9ditation de pleine conscience durant le creux ultradien \u2014 constitue un outil th\u00e9rapeutique d&rsquo;une remarquable efficacit\u00e9 pour restaurer la flexibilit\u00e9 neurov\u00e9g\u00e9tative.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Depuis les intuitions princeps de Nathaniel Kleitman, un corpus consid\u00e9rable d&rsquo;\u00e9tudes scientifiques est venu tester la robustesse empirique du mod\u00e8le. L&rsquo;un des travaux les plus c\u00e9l\u00e8bres sur le sujet a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 par le chercheur isra\u00e9lien Peretz Lavie au Technion. En soumettant des sujets \u00e0 un paradigme ultra-court de \u00ab 7 minutes d&rsquo;\u00e9veil \/ 13 minutes de sommeil \u00bb sur de longues p\u00e9riodes (paradigme du portillon de sommeil), Lavie a confirm\u00e9 l&rsquo;existence de fluctuations p\u00e9riodiques de la \u00ab propension au sommeil \u00bb toutes les 90 \u00e0 100 minutes pendant la journ\u00e9e, avec l&rsquo;apparition p\u00e9riodique de zones d&rsquo;acc\u00e8s facilit\u00e9 au sommeil (\u00ab sleep gates \u00bb), confirmant la persistance d&rsquo;une horloge ultradienne en arri\u00e8re-plan de l&rsquo;\u00e9tat de veille.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les preuves empiriques pendant la veille se sont av\u00e9r\u00e9es plus nuanc\u00e9es que les donn\u00e9es polysomnographiques nocturnes. Si des \u00e9tudes classiques comme celles de Kripke (1972) ou d&rsquo;Orr et ses collaborateurs (1974) ont d\u00e9tect\u00e9 une p\u00e9riodicit\u00e9 nette de 90 minutes dans les performances de d\u00e9tection de signaux et les \u00e9lectroenc\u00e9phalogrammes en continu, d&rsquo;autres laboratoires ont parfois pein\u00e9 \u00e0 isoler une fr\u00e9quence stable et universelle de 90 minutes. Plusieurs m\u00e9ta-analyses sugg\u00e8rent que si l&rsquo;oscillation ultradienne de la vigilance est incontestable, sa p\u00e9riodicit\u00e9 diurne est plus variable que celle de la nuit, oscillant typiquement entre 60 et 140 minutes selon les individus et le niveau de charge cognitive impos\u00e9.<\/p>\n<p>Les avanc\u00e9es r\u00e9centes en neuro-imagerie fonctionnelle (IRMf \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de repos) ont apport\u00e9 un nouvel \u00e9clairage. Des \u00e9tudes examinant la connectivit\u00e9 fonctionnelle ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que l&rsquo;alternance entre le r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (DMN, activ\u00e9 lors de l&rsquo;introspection, du vagabondage de la pens\u00e9e et du repos) et le r\u00e9seau ex\u00e9cutif central (CEN, activ\u00e9 lors de la focalisation sur les t\u00e2ches externes dirig\u00e9es vers un but) manifeste une dynamique oscillatoire intrins\u00e8que. Bien que ces bascules puissent se produire sur des \u00e9chelles de temps plus br\u00e8ves, des enveloppes modulatrices \u00e0 plus basse fr\u00e9quence (proches de la gamme ultradienne) viennent moduler la disponibilit\u00e9 des ressources attentionnelles des r\u00e9seaux pr\u00e9frontaux.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression et l&rsquo;acceptation sociale du cycle fondamental repos-activit\u00e9 varient grandement selon les contextes socioculturels et les mod\u00e8les \u00e9conomiques des civilisations. Dans les soci\u00e9t\u00e9s industrielles et post-industrielles occidentales, la valorisation exclusive de l&rsquo;activit\u00e9 continue a progressivement conduit \u00e0 la stigmatisation des phases de retrait du BRAC. Les baisses naturelles d&rsquo;efficience sont per\u00e7ues comme des faiblesses morales ou un manque de professionnalisme, incitant les individus \u00e0 compenser ces creux par la surconsommation de boissons \u00e9nergisantes et le culte de l&rsquo;effort continu lin\u00e9aire.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, plusieurs cultures traditionnelles ont institutionnalis\u00e9 des coutumes en harmonie remarquable avec les rythmes ultradiens et circadiens. La pratique de la sieste dans les pays du bassin m\u00e9diterran\u00e9en et en Am\u00e9rique latine, ou la tradition japonaise de l&rsquo;<em>inemuri<\/em> (la pr\u00e9sence de soi tout en dormant, consistant \u00e0 s&rsquo;assoupir bri\u00e8vement en public ou au travail tout en maintenant un lien passif avec l&rsquo;environnement), constituent des accommodations sociologiques qui permettent au cerveau de traverser la baisse conjointe du BRAC et du creux circadien sans rupture violente des exigences sociales.<\/p>\n<p>De plus, les m\u00e9thodes d&rsquo;\u00e9levage des nourrissons dans les soci\u00e9t\u00e9s non industrialis\u00e9es, o\u00f9 le portage continu et l&rsquo;allaitement \u00e0 la demande sont la norme, respectent de fa\u00e7on spontan\u00e9e la p\u00e9riodicit\u00e9 de 50 \u00e0 60 minutes des premiers cycles repos-activit\u00e9 du b\u00e9b\u00e9. En revanche, les tentatives des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines d&rsquo;imposer des plannings d&rsquo;alimentation stricts et des plages de sommeil nocturne ininterrompu d\u00e8s les premi\u00e8res semaines de vie heurtent directement la physiologie ultradienne immature de l&rsquo;enfant, g\u00e9n\u00e9rant des conflits r\u00e9gulatoires et du stress parental.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa valeur heuristique inestimable, le concept de BRAC a suscit\u00e9 des d\u00e9bats scientifiques soutenus, en particulier concernant son extension universelle \u00e0 la p\u00e9riode diurne. La premi\u00e8re critique majeure concerne l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;identit\u00e9 des m\u00e9canismes sous-jacents. Nombre de chronobiologistes contemporains soutiennent que si les cycles REM-NREM du sommeil sont contr\u00f4l\u00e9s de mani\u00e8re rigoureuse par des oscillateurs identifi\u00e9s dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral et le pont, les fluctuations de la performance et de la vigilance observ\u00e9es pendant l&rsquo;\u00e9veil pourraient d\u00e9pendre d&rsquo;une pluralit\u00e9 d&rsquo;oscillateurs m\u00e9taboliques d\u00e9centralis\u00e9s, et non d&rsquo;une unique \u00ab horloge ma\u00eetresse ultradienne \u00bb.<\/p>\n<p>Une seconde limite m\u00e9thodologique tient au ph\u00e9nom\u00e8ne de masquage (<em>masking<\/em>). Dans la vie r\u00e9elle, l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;individu \u00e9veill\u00e9 est soumise \u00e0 une multitude de sollicitations ext\u00e9rieures : bruits ambiants, interactions sociales, consommation de repas, changements de posture physique, stress \u00e9motionnel aigu. Ces facteurs perturbateurs injectent un bruit exp\u00e9rimental tellement massif qu&rsquo;il devient souvent malais\u00e9 d&rsquo;isoler la p\u00e9riodicit\u00e9 de 90 minutes sans recourir \u00e0 des conditions de laboratoire extr\u00eamement contraignantes et artificielles.<\/p>\n<p>Enfin, des chercheurs mettent en garde contre la vulgarisation excessive du BRAC dans la litt\u00e9rature du d\u00e9veloppement personnel et de la productivit\u00e9. La transformation d&rsquo;un rythme biologique moyen, caract\u00e9ris\u00e9 par une plasticit\u00e9 interindividuelle notable, en un dogme absolu recommandant des sessions fixes de travail de \u00ab 90 minutes chrono \u00bb rel\u00e8ve d&rsquo;une simplification abusive. Chez certains individus, ou selon la complexit\u00e9 intrins\u00e8que de la t\u00e2che ex\u00e9cut\u00e9e, l&rsquo;enveloppe optimale d&rsquo;attention soutenue peut \u00eatre de 45 minutes ou s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 deux heures sans qu&rsquo;aucune pathologie ne soit en cause.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion taxonomique, il convient d&rsquo;expliciter les fronti\u00e8res entre le BRAC et plusieurs concepts voisins de la chronobiologie et de la psychologie cognitive :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Rythme circadien :<\/strong> Oscillation biologique d&rsquo;une p\u00e9riode d&rsquo;environ 24 heures (ex. cycle veille-sommeil, s\u00e9cr\u00e9tion de m\u00e9latonine), synchronis\u00e9e par des donneurs de temps environnementaux comme la lumi\u00e8re du jour. Le BRAC est un rythme <em>ultradien<\/em> (p\u00e9riode inf\u00e9rieure \u00e0 24 heures), qui se r\u00e9p\u00e8te de multiples fois au cours d&rsquo;un seul cycle circadien.<\/li>\n<li><strong>Rythme infradien :<\/strong> Rythme biologique dont la p\u00e9riode d\u00e9passe 28 heures, tel que le cycle menstruel (environ 28 jours) ou les rythmes circannuels saisonniers. Il se situe \u00e0 l&rsquo;exact oppos\u00e9 de la rapidit\u00e9 du BRAC.<\/li>\n<li><strong>Sommeil paradoxal (sommeil REM) :<\/strong> Phase sp\u00e9cifique du sommeil caract\u00e9ris\u00e9e par une activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale intense, des r\u00eaves anim\u00e9s et des mouvements oculaires rapides. Le sommeil paradoxal est l&rsquo;expression ph\u00e9notypique nocturne de l&rsquo;une des phases du BRAC, mais ne r\u00e9sume pas l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du cycle.<\/li>\n<li><strong>Attention soutenue vs vigilance oscillatoire :<\/strong> L&rsquo;attention soutenue d\u00e9crit la capacit\u00e9 cognitive d&rsquo;un agent \u00e0 maintenir son foyer attentionnel sur une t\u00e2che dans la dur\u00e9e. Le BRAC d\u00e9crit le substrat chronobiologique qui borne et fait osciller la capacit\u00e9 maximale de cette attention soutenue au fil des heures.<\/li>\n<li><strong>Effet de fatigue hom\u00e9ostasique (Pression de sommeil) :<\/strong> Accumulation lin\u00e9aire du besoin de dormir proportionnelle \u00e0 la dur\u00e9e pass\u00e9e \u00e9veill\u00e9 (d\u00e9pendante de l&rsquo;accumulation d&rsquo;ad\u00e9nosine c\u00e9r\u00e9brale). Contrairement \u00e0 cette progression lin\u00e9aire (Processus S de Borb\u00e9ly), le BRAC introduit des vagues cycliques qui viennent se surimposer \u00e0 la fatigue g\u00e9n\u00e9rale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le cycle fondamental repos-activit\u00e9 (BRAC) constitue une cl\u00e9 de vo\u00fbte de notre \u00e9cologie cognitive et corporelle, dont les points cardinaux se r\u00e9sument ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Une horloge ultradienne universelle :<\/strong> Le BRAC op\u00e8re sur une temporalit\u00e9 moyenne de 80 \u00e0 120 minutes chez l&rsquo;adulte, scandant aussi bien l&rsquo;architecture de notre sommeil que nos facult\u00e9s d&rsquo;attention vigile durant la journ\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Continuit\u00e9 jour-nuit :<\/strong> Propos\u00e9 par Nathaniel Kleitman, le concept unifie sous un m\u00eame paradigme l&rsquo;alternance NREM-REM du sommeil nocturne et les oscillations p\u00e9riodiques de l&rsquo;\u00e9veil diurne.<\/li>\n<li><strong>Substrat neurobiologique complexe :<\/strong> Le cycle repose sur l&rsquo;interaction entre les centres d&rsquo;activation r\u00e9ticulaires aminergiques\/cholinergiques, les r\u00e9gulations m\u00e9taboliques cellulaires et la modulation autonome sympathique\/parasympathique.<\/li>\n<li><strong>Impact ergonomique d\u00e9terminant :<\/strong> La reconnaissance du creux ultradien diurne plaide pour des sessions de travail focalis\u00e9 ne d\u00e9passant pas 90 minutes, intercal\u00e9es de pauses de d\u00e9connexion mentale pour pr\u00e9server les r\u00e9seaux pr\u00e9frontaux de l&rsquo;\u00e9puisement.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9fis m\u00e9thodologiques :<\/strong> Bien que solidement attest\u00e9 dans le sommeil, son expression \u00e0 l&rsquo;\u00e9veil est ductile et sensible aux influences environnementales, requ\u00e9rant une compr\u00e9hension souple plut\u00f4t qu&rsquo;une application rigide dans la vie quotidienne.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Aserinsky, E., &amp; Kleitman, N. (1953). Regularly occurring periods of eye motility, and concomitant phenomena, during sleep. <em>Science<\/em>, 118(3062), 273-274. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.118.3062.273\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.118.3062.273<\/a><\/li>\n<li>Ericsson, K. A., Krampe, R. T., &amp; Tesch-R\u00f6mer, C. (1993). The role of deliberate practice in the acquisition of expert performance. <em>Psychological Review<\/em>, 100(3), 363-406. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.100.3.363\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.100.3.363<\/a><\/li>\n<li>Kleitman, N. (1963). <em>Sleep and Wakefulness<\/em> (2e \u00e9d.). University of Chicago Press.<\/li>\n<li>Kleitman, N. (1982). Basic rest-activity cycle\u201422 years later. <em>Sleep<\/em>, 5(4), 311-317. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/sleep\/5.4.311\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/sleep\/5.4.311<\/a><\/li>\n<li>Lavie, P. (1982). Ultradian rhythms in human sleep and wakefulness. Dans W. B. Webb (\u00c9d.), <em>Biological Rhythms, Sleep, and Performance<\/em> (pp. 239-272). John Wiley &amp; Sons.<\/li>\n<li>Rossi, E. L. (1991). <em>The 20-Minute Break: Using the New Science of Ultradian Rhythms to Beat Stress, Boost Energy and Improve Your Health and Performance<\/em>. Tarcher\/Putnam.<\/li>\n<li>Sterman, M. B., &amp; Hoppenbrouwers, T. (1971). The development of sleep-waking and rest-activity patterns from fetus to adult in man. Dans M. B. Sterman, D. J. McGinty, &amp; A. M. Adinolfi (\u00c9ds.), <em>Brain Development and Behavior<\/em> (pp. 203-227). Academic Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cycle fondamental repos-activit\u00e9 (BRAC) est un rythme biologique ultradien d&rsquo;environ 90 minutes r\u00e9gissant notre vigilance, nos performances et les phases de sommeil.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[6844,459,647],"tags":[8784,36351,36350,6837,36352,1509,3050],"class_list":["post-22394","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-chronobiologie","category-neurosciences","category-psychologie-cognitive","tag-attention-soutenue","tag-brac","tag-cycle-repos-activite","tag-nathaniel-kleitman","tag-rythme-ultradien","tag-sommeil-paradoxal","tag-vigilance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22394","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22394\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22394"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22394"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22394"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}