{"id":22356,"date":"2026-10-27T07:11:27","date_gmt":"2026-10-27T07:11:27","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=maladie-de-borna-neuropsychiatrie"},"modified":"2026-10-27T07:11:27","modified_gmt":"2026-10-27T07:11:27","slug":"maladie-de-borna-neuropsychiatrie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=maladie-de-borna-neuropsychiatrie","title":{"rendered":"Maladie de Borna : Neurotropisme et Psychiatrie"},"content":{"rendered":"<p>La maladie de Borna constitue l&rsquo;un des mod\u00e8les les plus fascinants et controvers\u00e9s \u00e0 l&rsquo;intersection de la virologie, de la neuropathologie et de la psychiatrie biologique contemporaine. Caract\u00e9ris\u00e9e par une infection persistante du syst\u00e8me nerveux central, cette enc\u00e9phalite \u00e0 m\u00e9diation immunitaire a boulevers\u00e9 les fronti\u00e8res conceptuelles entre affections neurologiques organiques et troubles de l&rsquo;humeur d&rsquo;allure purement fonctionnelle. En ciblant de mani\u00e8re \u00e9lective les structures limbiques r\u00e9gissant l&rsquo;affectivit\u00e9, le comportement et la cognition, l&rsquo;agent causal de cette affection offre un prisme d&rsquo;analyse exceptionnel pour \u00e9lucider les m\u00e9canismes biologiques sous-tendant les alt\u00e9rations psychopathologiques majeures.<\/p>\n<h2>Maladie de Borna<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La maladie de Borna est une enc\u00e9phalomy\u00e9lite virale non cytolytique, subaigu\u00eb ou chronique, caus\u00e9e par le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bornavirus\">virus de la maladie de Borna<\/a> (principalement le <em>Borna disease virus 1<\/em> ou BoDV-1), appartenant \u00e0 la famille des <em>Bornaviridae<\/em>. Elle affecte principalement les \u00e9quid\u00e9s et les ovins, mais pr\u00e9sente une capacit\u00e9 zoonotique d\u00e9montr\u00e9e capable de provoquer chez l&rsquo;\u00eatre humain des enc\u00e9phalites aigu\u00ebs foudroyantes ou des dysfonctionnements neuropsychiatriques complexes.<\/p>\n<p>Sur le plan fondamental, cette pathologie se singularise par le neurotropisme strict de son agent causal, qui \u00e9tablit une persistance intranucl\u00e9aire prolong\u00e9e au sein des neurones et des astrocytes, particuli\u00e8rement dans le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_limbique\">syst\u00e8me limbique<\/a>. Les manifestations cliniques r\u00e9sultent non pas d&rsquo;une destruction cellulaire directe induite par le virus, mais d&rsquo;une r\u00e9ponse immunitaire d\u00e9pendante des lymphocytes T cytotoxiques, provoquant une neuro-inflammation cibl\u00e9e et une perturbation profonde de la neurotransmission monoaminergique et glutamatergique.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature psychiatrique et neuroscientifique, la maladie de Borna incarne le paradigme par excellence des perturbations comportementales induites par un agent infectieux. Elle illustre comment une agression virale cibl\u00e9e sur les circuits cortico-sous-corticaux peut engendrer des tableaux cliniques oscillant entre l\u00e9thargie, manie, troubles s\u00e9v\u00e8res de l&rsquo;humeur et d\u00e9sorganisation psychomotrice sans n\u00e9crose neuronale massive initiale.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab maladie de Borna \u00bb tire son origine toponymique directe de la ville de Borna, situ\u00e9e en Saxe, pr\u00e8s de Leipzig en Allemagne. C&rsquo;est dans cette localit\u00e9 qu&rsquo;une \u00e9pizootie d\u00e9vastatrice frappa au cours des ann\u00e9es 1890 les r\u00e9giments de cavalerie de l&rsquo;arm\u00e9e saxonne, an\u00e9antissant une proportion consid\u00e9rable de chevaux victimes d&rsquo;une enc\u00e9phalopathie aigu\u00eb singuli\u00e8re. Le vocable allemand originel, <em>Borna&rsquo;sche Krankheit<\/em>, fut rapidement adopt\u00e9 par la communaut\u00e9 scientifique internationale pour d\u00e9signer cette entit\u00e9 nosologique distincte.<\/p>\n<p>Historiquement, l&rsquo;affection \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9e dans les pays germaniques sous le nom populaire de <em>Hitzige Kopfkrankheit der Pferde<\/em> (\u00ab maladie chaude de la t\u00eate des chevaux \u00bb), traduisant l&rsquo;aspect f\u00e9brile et l&rsquo;alt\u00e9ration spectaculaire de l&rsquo;\u00e9tat mental des animaux atteints, alternant excitation fr\u00e9n\u00e9tique et somnolence stuporeuse. Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Bornavirus<\/em> et le nom de la famille <em>Bornaviridae<\/em> ont ensuite \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9s par le Comit\u00e9 international de taxonomie des virus (ICTV), ancrant d\u00e9finitivement la racine g\u00e9ographique dans la nomenclature taxonomique moderne.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du terme dans le lexique neuropsychiatrique mondial date du dernier quart du XXe si\u00e8cle, lorsque des chercheurs ont postul\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;une souche ou d&rsquo;une r\u00e9activit\u00e9 immunologique humaine apparent\u00e9e. Le mot est depuis couramment employ\u00e9 dans les trait\u00e9s de neurovirologie et de psychiatrie biologique pour r\u00e9f\u00e9rer indiff\u00e9remment \u00e0 la pathologie animale originelle et au mod\u00e8le d&rsquo;enc\u00e9phalite zoonotique limbique chez l&rsquo;humain.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le syntagme se prononce phon\u00e9tiquement \/ma.la.di d\u0259 b\u0254\u0281.na\/. Le terme \u00ab Borna \u00bb conserve sa graphie invariable avec une majuscule initiale lorsqu&rsquo;il r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la ville d&rsquo;origine ou \u00e0 l&rsquo;entit\u00e9 pathologique formelle. Le mot \u00ab maladie \u00bb est un substantif f\u00e9minin singulier, dont l&rsquo;accord r\u00e9git les adjectifs associ\u00e9s (par exemple, \u00ab une maladie de Borna l\u00e9tale \u00bb).<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et d\u00e9rivatif, on emploie couramment le substantif masculin \u00ab bornavirus \u00bb (au pluriel : des \u00ab bornavirus \u00bb) pour d\u00e9signer l&rsquo;agent causal biologique. L&rsquo;adjectif d\u00e9riv\u00e9 \u00ab bornaviral \u00bb ou \u00ab bornavirique \u00bb (au f\u00e9minin \u00ab bornavirale \u00bb, \u00ab bornavirique \u00bb) qualifie toute manifestation, l\u00e9sion, infection ou r\u00e9ponse immunitaire relative \u00e0 ce virus (par exemple, \u00ab une m\u00e9ningo-enc\u00e9phalite bornavirale \u00bb).<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage scientifique contemporain, la forme sigl\u00e9e BoDV (pour <em>Borna Disease Virus<\/em>) est universellement employ\u00e9e, compl\u00e9t\u00e9e par un chiffre romain ou arabe pour d\u00e9signer le clade sp\u00e9cifique, notamment BoDV-1 pour le virus classique de la maladie de Borna et BoDV-2 ou VSBV-1 (<em>Variegated Squirrel Bornavirus 1<\/em>) pour les esp\u00e8ces phylog\u00e9n\u00e9tiquement apparent\u00e9es identifi\u00e9es plus r\u00e9cemment.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre la maladie de Borna exige d&rsquo;appr\u00e9hender le concept de pathog\u00e9nie immunom\u00e9di\u00e9e au sein d&rsquo;un sanctuaire immunologique. Contrairement aux virus neurotropes classiques tels que le virus de la rage ou le virus herp\u00e8s simplex qui d\u00e9truisent de fa\u00e7on lytique les cellules de l&rsquo;h\u00f4te, le BoDV-1 est un virus \u00e0 ARN simple brin de polarit\u00e9 n\u00e9gative non lytique. Une fois introduit dans l&rsquo;organisme, il p\u00e9n\u00e8tre les terminaisons nerveuses p\u00e9riph\u00e9riques ou olfactives et progresse de fa\u00e7on strictement axonale et r\u00e9trograde vers le syst\u00e8me nerveux central. Sa r\u00e9plication a lieu exclusivement dans le noyau cellulaire de la cellule h\u00f4te, un ph\u00e9nom\u00e8ne unique parmi les virus de l&rsquo;ordre des <em>Mononegavirales<\/em>.<\/p>\n<p>La persistance intranucl\u00e9aire du virus modifie subtilement le transcriptome et la plasticit\u00e9 synaptique sans provoquer la mort imm\u00e9diate du neurone. L&rsquo;expression des prot\u00e9ines virales, notamment la nucl\u00e9oprot\u00e9ine (p40\/N) et la phosphoprot\u00e9ine (p24\/P), perturbe les cascades de signalisation intracellulaire, en particulier la phosphorylation d\u00e9pendante de la prot\u00e9ine kinase C et les voies neurotrophiques m\u00e9di\u00e9es par le BDNF (<em>Brain-Derived Neurotrophic Factor<\/em>). Il en r\u00e9sulte une alt\u00e9ration dramatique de la potentialisation \u00e0 long terme hippocampique, conduisant \u00e0 des anomalies de la m\u00e9moire, de l&rsquo;apprentissage et de la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p>Le d\u00e9clenchement des sympt\u00f4mes cliniques de la maladie de Borna d\u00e9pend d&rsquo;une r\u00e9ponse immunitaire paradoxale. Lorsque le syst\u00e8me immunitaire de l&rsquo;h\u00f4te reconna\u00eet les antig\u00e8nes viraux pr\u00e9sent\u00e9s par les complexes majeurs d&rsquo;histocompatibilit\u00e9 de classe I \u00e0 la surface des cellules neurales, des lymphocytes T CD8+ et CD4+ infiltrent le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. Cette invasion entra\u00eene la formation de manchons p\u00e9rivasculaires denses et de foyers gliaux r\u00e9actifs, localis\u00e9s avec pr\u00e9dilection dans l&rsquo;hippocampe, le cortex piriforme, le cortex entorhinal et le complexe amygdalien. La maladie est donc conceptuellement une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Enc%C3%A9phalite\">enc\u00e9phalite<\/a> immunopathologique o\u00f9 les l\u00e9sions proviennent de la r\u00e9ponse d\u00e9fensive de l&rsquo;h\u00f4te face \u00e0 une infection neuronale silencieuse.<\/p>\n<p>Dans le domaine neuropsychiatrique, cette s\u00e9lectivit\u00e9 anatomique a fait de la maladie de Borna un mod\u00e8le exp\u00e9rimental fondamental pour l&rsquo;\u00e9tude des syndromes affectifs et dissociatifs. En affectant pr\u00e9f\u00e9rentiellement les r\u00e9seaux cortico-limbiques sans d\u00e9truire l&rsquo;architecture globale du cerveau dans les premiers stades, le virus g\u00e9n\u00e8re des fluctuations comportementales remarquables : apathie profonde, \u00e9moussement affectif, d\u00e9sinhibition motrice, comportements st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s et hyperr\u00e9activit\u00e9 au stress. Ce tableau mimique avec une pr\u00e9cision saisissante les sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs de la schizophr\u00e9nie ou les \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs m\u00e9lancoliformes.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la maladie de Borna s&rsquo;\u00e9tend sur plus d&rsquo;un si\u00e8cle et demi de d\u00e9couvertes v\u00e9t\u00e9rinaires et de controverses m\u00e9dicales internationales. Si des descriptions cliniques \u00e9vocatrices d&rsquo;enc\u00e9phalite \u00e9quine sont r\u00e9pertori\u00e9es en Europe centrale d\u00e8s le milieu du XVIIIe si\u00e8cle, c&rsquo;est v\u00e9ritablement l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie survenue dans la cavalerie de la ville saxonne de Borna en 1894 et 1895 qui marque la naissance officielle de l&rsquo;entit\u00e9 clinique. Les v\u00e9t\u00e9rinaires militaires d\u00e9crivirent des chevaux pr\u00e9sentant une somnolence invincible, un port de t\u00eate d\u00e9vi\u00e9, une ataxie s\u00e9v\u00e8re, entrecoup\u00e9s de crises d&rsquo;agitation motrice f\u00e9roce, conduisant inexorablement \u00e0 la mort dans une majorit\u00e9 de cas.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1920, deux chercheurs allemands majeurs, Ernst Joest et Kurt Degen, r\u00e9alis\u00e8rent des avanc\u00e9es histologiques cruciales. En 1927, Joest identifia des inclusions \u00e9osinophiles intranucl\u00e9aires sp\u00e9cifiques au sein des neurones pyramidaux de la corne d&rsquo;Ammon chez les animaux infect\u00e9s, structures anatomopathologiques d\u00e9sormais universellement d\u00e9sign\u00e9es sous le nom de \u00ab corps de Joest-Degen \u00bb. Cette d\u00e9couverte d\u00e9montra de fa\u00e7on irr\u00e9futable la nature infectieuse et virale de la maladie, bien avant l&rsquo;isolement formel de l&rsquo;agent pathog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1970 et 1980, l&rsquo;av\u00e8nement des mod\u00e8les rongeurs (principalement le rat de laboratoire) d\u00e9velopp\u00e9s par des \u00e9quipes en Allemagne et aux \u00c9tats-Unis permit de cartographier la cin\u00e9tique virale et l&rsquo;immunopathologie sous-jacente. C&rsquo;est \u00e0 cette \u00e9poque que des \u00e9quipes pionni\u00e8res, notamment celles de Georg Ludwig et Hanns Ludwig, commenc\u00e8rent \u00e0 \u00e9mettre l&rsquo;hypoth\u00e8se audacieuse selon laquelle des agents similaires au virus de Borna pourraient infecter l&rsquo;esp\u00e8ce humaine et jouer un r\u00f4le \u00e9tiologique m\u00e9connu dans les pathologies psychiatriques majeures telles que le trouble bipolaire, la d\u00e9pression r\u00e9currente et la schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<p>Les d\u00e9cennies 1990 et 2000 furent le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une immense controverse scientifique internationale. Plusieurs groupes de recherche, notamment en Allemagne et au Japon, rapport\u00e8rent la d\u00e9tection fr\u00e9quente d&rsquo;antig\u00e8nes et d&rsquo;ARN de BoDV-1 dans le sang p\u00e9riph\u00e9rique de patients psychiatriques. Cependant, des \u00e9tudes multicentriques rigoureuses publi\u00e9es au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, dirig\u00e9es entre autres par l&rsquo;Universit\u00e9 Columbia et l&rsquo;Institut Robert Koch, r\u00e9fut\u00e8rent ces donn\u00e9es en d\u00e9montrant que la plupart de ces r\u00e9sultats d\u00e9coulaient de contaminations de laboratoire ou de r\u00e9activit\u00e9s s\u00e9rologiques crois\u00e9es non sp\u00e9cifiques, discr\u00e9ditant temporairement l&rsquo;implication du virus en pathologie humaine.<\/p>\n<p>Le tournant historique d\u00e9finitif s&rsquo;est produit entre 2015 et 2018 avec la d\u00e9couverte tragique et incontestable d&rsquo;infections humaines transmises par greffes d&rsquo;organes ou par contacts zoonotiques avec le r\u00e9servoir naturel (la musaraigne bicolore, <em>Crocidura leucodon<\/em>) en Bavi\u00e8re. Les analyses g\u00e9nomiques modernes de s\u00e9quen\u00e7age \u00e0 haut d\u00e9bit ont confirm\u00e9 que le virus de Borna provoque bel et bien chez l&rsquo;humain des enc\u00e9phalites aigu\u00ebs sporadiques d&rsquo;\u00e9volution l\u00e9tale dans plus de 90 % des cas confirm\u00e9s. Cette \u00e9tape contemporaine a clos le d\u00e9bat sur la pathog\u00e9nicit\u00e9 humaine du virus et r\u00e9orient\u00e9 la recherche vers la compr\u00e9hension fine des m\u00e9canismes d&rsquo;invasion c\u00e9r\u00e9brale et de neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence post-infectieuse.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Le cadre th\u00e9orique reliant l&rsquo;infection par le virus de Borna aux sciences psychologiques et psychiatriques repose sur l&rsquo;hypoth\u00e8se neuro-inflammatoire et la th\u00e9orie de la connectivit\u00e9 limbique. Les neurosciences modernes ont d\u00e9montr\u00e9 que les troubles de l&rsquo;humeur ne constituent pas de simples d\u00e9s\u00e9quilibres biochimiques diffus, mais r\u00e9sultent de dysfonctionnements localis\u00e9s au sein de r\u00e9seaux neuronaux int\u00e9gr\u00e9s englobant le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian, l&rsquo;hippocampe, le thalamus et l&rsquo;amygdale. Le BoDV-1 fournit la preuve de concept biologique qu&rsquo;un agent pathog\u00e8ne peut cibler de fa\u00e7on s\u00e9lective et non destructive ces exactes structures anatomiques.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrophysiologique et synaptique, l&rsquo;infection neuronale chronique par le virus induit un ph\u00e9nom\u00e8ne document\u00e9 de \u00ab dysfonction synaptique sans synaptolyse \u00bb. Les \u00e9tudes <em>in vitro<\/em> et sur des mod\u00e8les animaux indiquent que la prot\u00e9ine P du virus interf\u00e8re directement avec la machinerie d&rsquo;exocytose des neurotransmetteurs. Elle alt\u00e8re le relargage de glutamate et diminue la recapture synaptique de la s\u00e9rotonine et de la dopamine. Ce d\u00e9r\u00e8glement fonctionnel provoque une d\u00e9sinhibition des voies amygdaliennes de la peur et une atrophie des dendrites apicales de l&rsquo;hippocampe, produisant des anomalies cognitives et comportementales comparables \u00e0 celles observ\u00e9es lors d&rsquo;un stress toxique prolong\u00e9 ou d&rsquo;un syndrome de stress post-traumatique s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p>Un autre fondement th\u00e9orique majeur r\u00e9side dans la modulation de l&rsquo;immunit\u00e9 inn\u00e9e et acquise intrac\u00e9r\u00e9brale. Contrairement aux mod\u00e8les d&rsquo;inflammation aigu\u00eb destructrice, l&rsquo;infection par le virus de Borna stimule une expression mod\u00e9r\u00e9e mais constante de cytokines pro-inflammatoires (interf\u00e9ron gamma, interleukine 1-b\u00eata, facteur de n\u00e9crose tumorale alpha) par la microglie activ\u00e9e. Ce microclimat cytokinique chronique inhibe la neurogen\u00e8se adulte dans la zone sous-granulaire du gyrus dent\u00e9 de l&rsquo;hippocampe, un processus pourtant indispensable au maintien de la flexibilit\u00e9 cognitive, \u00e0 la r\u00e9gulation de l&rsquo;humeur et \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique des antid\u00e9presseurs modernes.<\/p>\n<p>Enfin, la biologie \u00e9volutive a r\u00e9cemment enrichi ce corpus th\u00e9orique avec la d\u00e9couverte d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments bornaviraux endog\u00e8nes (EBL, pour <em>Endogenous Borna-like Elements<\/em>) int\u00e9gr\u00e9s dans le g\u00e9nome de nombreux mammif\u00e8res, y compris les primates et l&rsquo;\u00eatre humain, depuis plus de 40 millions d&rsquo;ann\u00e9es. Cette fossilisation g\u00e9nomique t\u00e9moigne d&rsquo;une cohabitation ancestrale entre les bornavirus et les syst\u00e8mes nerveux des mammif\u00e8res. Certains chercheurs postulent que ces s\u00e9quences virales captives ont pu \u00eatre coopt\u00e9es au fil de l&rsquo;\u00e9volution pour remplir des fonctions physiologiques de r\u00e9gulation de l&rsquo;immunit\u00e9 antivirale ou du d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral, illustrant l&rsquo;imbrication profonde entre ces agents et la neurobiologie fondamentale.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de la maladie de Borna englobe plusieurs dimensions virologiques, cliniques et syndromiques distinctes qu&rsquo;il convient de r\u00e9pertorier de mani\u00e8re structur\u00e9e :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;agent \u00e9tiologique et sa structure mol\u00e9culaire :<\/strong><br \/>\n        Le BoDV-1 est un virus envelopp\u00e9 \u00e0 sym\u00e9trie h\u00e9lico\u00efdale contenant un g\u00e9nome d&rsquo;ARN monocat\u00e9naire lin\u00e9aire d&rsquo;environ 8,9 kilobases codant pour six prot\u00e9ines structurales et r\u00e9gulatrices majeures : la nucl\u00e9oprot\u00e9ine (N), la phosphoprot\u00e9ine (P), la prot\u00e9ine X r\u00e9gulatrice de la transcription, la prot\u00e9ine de matrice (M), la glycoprot\u00e9ine d&rsquo;enveloppe (G) et l&rsquo;ARN polym\u00e9rase ARN-d\u00e9pendante (L).<\/li>\n<li><strong>Les formes cliniques v\u00e9t\u00e9rinaires :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>La forme aigu\u00eb\/enc\u00e9phalitique :<\/em> dominante chez le cheval et le mouton, marqu\u00e9e par des troubles de la vigilance, des ataxies, une hyperesth\u00e9sie sensorielle, des paralysies cr\u00e2niennes et un collapsus v\u00e9g\u00e9tatif terminal.<\/li>\n<li><em>La forme fruste ou comportementale :<\/em> observ\u00e9e chez certains animaux chroniquement infect\u00e9s, se manifestant par une perte d&rsquo;app\u00e9tit, un retrait social, un comportement d&rsquo;h\u00e9b\u00e9tude et des st\u00e9r\u00e9otypies motrices discr\u00e8tes.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Le spectre clinique humain document\u00e9 :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>L&rsquo;enc\u00e9phalite aigu\u00eb \u00e0 BoDV-1 :<\/em> d\u00e9butant par un prodrome pseudo-grippal (fi\u00e8vre, c\u00e9phal\u00e9es, myalgies), \u00e9voluant en quelques jours vers des troubles neuropsychiatriques majeurs (confusion mentale, hallucinations, labilit\u00e9 \u00e9motionnelle), suivis de convulsions, d&rsquo;un coma profond et d&rsquo;une d\u00e9faillance autonome l\u00e9tale.<\/li>\n<li><em>L&rsquo;enc\u00e9phalite \u00e0 VSBV-1 (Borna de l&rsquo;\u00e9cureuil panach\u00e9) :<\/em> forme transmise par morsure ou griffure de rongeurs exotiques, caract\u00e9ris\u00e9e par une m\u00e9ningo-enc\u00e9phalomy\u00e9lite progressive associant atrophie c\u00e9r\u00e9brale et parapar\u00e9sie spastique.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Les dimensions psychopathologiques exp\u00e9rimentales :<\/strong><br \/>\n        Dans les mod\u00e8les animaux (rats adultes immunocomp\u00e9tents ou infect\u00e9s au stade n\u00e9onatal), la maladie se d\u00e9cline en trois axes symptomatiques : le d\u00e9ficit h\u00e9donique et l&rsquo;alt\u00e9ration de la motivation, l&rsquo;hyperr\u00e9activit\u00e9 motrice avec pers\u00e9v\u00e9rations comportementales, et l&rsquo;atteinte de la m\u00e9moire de travail spatialis\u00e9e li\u00e9e au dysfonctionnement hippocampique direct.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la r\u00e9alit\u00e9 clinique et psychopathologique de l&rsquo;infection par le virus de Borna, le cas historique d&rsquo;une \u00e9pizootie \u00e9quine survenue en Allemagne m\u00e9ridionale fournit un aper\u00e7u clinique saisissant. Dans une \u00e9curie de Saxe, plusieurs juments ont commenc\u00e9 par manifester une indiff\u00e9rence inhabituelle \u00e0 l&rsquo;environnement, refusant d&rsquo;avancer et maintenant leur t\u00eate basse appuy\u00e9e fermement contre les cloisons du box (\u00ab comportement de pouss\u00e9e au mur \u00bb). Cette l\u00e9thargie s&rsquo;est soudainement entrecoup\u00e9e de paroxysmes d&rsquo;hyperactivit\u00e9, les animaux heurtant violemment les barri\u00e8res sous l&rsquo;influence d&rsquo;une panique irr\u00e9pressible, sans stimuli ext\u00e9rieurs \u00e9vidents. L&rsquo;analyse post-mortem a mis en \u00e9vidence une enc\u00e9phalite lymphocytaire s\u00e9v\u00e8re cantonn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;hippocampe et au complexe amygdalien, illustrant la d\u00e9structuration brutale de la r\u00e9gulation de la peur et de la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p>Chez l&rsquo;\u00eatre humain, un cas clinique embl\u00e9matique r\u00e9pertori\u00e9 en 2018 concerne une patiente d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es r\u00e9sidant dans une zone rurale de Haute-Bavi\u00e8re, sans ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux notables. Le tableau inaugural s&rsquo;est manifest\u00e9 par un changement de personnalit\u00e9 rapide sur trois semaines, caract\u00e9ris\u00e9 par une anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e d&rsquo;allure d\u00e9lirante, un repli relationnel complet et une insomnie rebelle aux hypnotiques, mimant un \u00e9pisode psychotique aigu ou une m\u00e9lancolie stuporeuse inaugurale. L&rsquo;admission en unit\u00e9 psychiatrique a rapidement \u00e9t\u00e9 requise face \u00e0 l&rsquo;incoh\u00e9rence id\u00e9o-verbale croissante.<\/p>\n<p>Toutefois, l&rsquo;apparition au dixi\u00e8me jour d&rsquo;une f\u00e9bricule persistante, de myoclonies des membres sup\u00e9rieurs et d&rsquo;un ralentissement psychomoteur spectaculaire a motiv\u00e9 le transfert en service de r\u00e9animation neurologique. Les examens d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des hypersignaux T2\/FLAIR bilat\u00e9raux asym\u00e9triques des noyaux gris centraux, de l&rsquo;insula et des hippocampes. Malgr\u00e9 une r\u00e9animation lourde et l&rsquo;administration de corticoth\u00e9rapies et d&rsquo;antiviraux conventionnels, la patiente a sombr\u00e9 dans un coma ar\u00e9actif. Le diagnostic r\u00e9trospectif a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par PCR sur liquide c\u00e9phalo-rachidien et biopsie c\u00e9r\u00e9brale, identifiant l&rsquo;ARN du BoDV-1 transmis de fa\u00e7on accidentelle par le r\u00e9servoir sylvatique local.<\/p>\n<h3>9. Mesure, diagnostic et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>Le diagnostic de l&rsquo;infection par le virus de la maladie de Borna requiert une m\u00e9thodologie de laboratoire extr\u00eamement rigoureuse en raison de la raret\u00e9 de l&rsquo;infection humaine confirm\u00e9e et de l&rsquo;historique de faux positifs techniques qui ont jadis biais\u00e9 la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Les outils de d\u00e9tection directe constituent la r\u00e9f\u00e9rence absolue :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La RT-qPCR (Reverse Transcription Quantitative Polymerase Chain Reaction) :<\/strong><br \/>\n        Elle permet l&rsquo;amplification hautement sp\u00e9cifique de segments conserv\u00e9s des g\u00e8nes viraux (prot\u00e9ines N et P). Pour \u00eatre concluante chez l&rsquo;humain, elle doit \u00eatre effectu\u00e9e prioritairement sur le tissu c\u00e9r\u00e9bral (biopsie ou autopsie) ou sur le liquide c\u00e9phalo-rachidien (LCR). La d\u00e9tection dans le sang circulant est r\u00e9put\u00e9e non diagnostique en pratique clinique courante.<\/li>\n<li><strong>Le s\u00e9quen\u00e7age \u00e0 haut d\u00e9bit (Next-Generation Sequencing &#8211; NGS) :<\/strong><br \/>\n        Utilis\u00e9 pour obtenir le g\u00e9nome complet de la souche et distinguer avec certitude les infections naturelles \u00e0 BoDV-1 des virus de r\u00e9f\u00e9rence utilis\u00e9s en laboratoire exp\u00e9rimental, \u00e9liminant ainsi toute hypoth\u00e8se de contamination crois\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;immuno-histochimie :<\/strong><br \/>\n        Elle objective la pr\u00e9sence intranucl\u00e9aire des antig\u00e8nes viraux et la d\u00e9tection histologique classique des corps d&rsquo;inclusion de Joest-Degen au sein des neurones pyramidaux et des cellules gliales.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan indirect, la s\u00e9rologie repose sur des techniques d&rsquo;immunofluorescence indirecte (IFI) et de Western Blot (immunotransfert) coupl\u00e9es \u00e0 des tests de neutralisation virale. L&rsquo;analyse du ratio d&rsquo;anticorps sp\u00e9cifiques entre le s\u00e9rum et le liquide c\u00e9phalo-rachidien permet de calculer un index de synth\u00e8se intrath\u00e9cale, confirmant l&rsquo;atteinte neurologique centrale active. Sur le plan de l&rsquo;\u00e9valuation clinique et neuropsychologique, les outils standardis\u00e9s comme l&rsquo;\u00e9chelle de Glasgow, les batteries d&rsquo;\u00e9valuation cognitive frontale et les \u00e9chelles de d\u00e9pression permettent de quantifier l&rsquo;amplitude de la d\u00e9t\u00e9rioration c\u00e9r\u00e9brale avant l&rsquo;effondrement de la conscience.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Sur le plan m\u00e9dical et de sant\u00e9 publique, la confirmation du pouvoir pathog\u00e8ne du BoDV-1 a conduit \u00e0 une r\u00e9vision majeure des protocoles diagnostiques d&rsquo;enc\u00e9phalite d&rsquo;origine ind\u00e9termin\u00e9e en Europe centrale, notamment sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.who.int\/\">Organisation mondiale de la Sant\u00e9<\/a> et des agences sanitaires europ\u00e9ennes. Tout syndrome f\u00e9brile associ\u00e9 \u00e0 une d\u00e9t\u00e9rioration neuropsychiatrique rapide inexpliqu\u00e9e dans les zones d&rsquo;end\u00e9mie de la musaraigne <em>Crocidura leucodon<\/em> (Allemagne, Autriche, Suisse, Liechtenstein) inclut d\u00e9sormais la recherche syst\u00e9matique du BoDV-1 dans le bilan \u00e9tiologique urgent.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine transfusionnelle et en transplantation d&rsquo;organes, les implications ont \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diates et substantielles. \u00c0 la suite de la contamination tragique de plusieurs receveurs d&rsquo;organes provenant d&rsquo;un m\u00eame donneur asymptomatique porteur du virus en phase pr\u00e9-clinique, les protocoles de d\u00e9pistage des donneurs dans les r\u00e9gions d&rsquo;end\u00e9mie ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9s pour pr\u00e9venir la transmission iatrog\u00e8ne de cette m\u00e9ningo-enc\u00e9phalite fulgurante.<\/p>\n<p>En psychiatrie clinique et en psychopathologie g\u00e9n\u00e9rale, la port\u00e9e pratique demeure hautement heuristique. Bien que la recherche n&rsquo;ait pas valid\u00e9 le BoDV-1 comme une cause infectieuse directe de la d\u00e9pression majeure ou de la schizophr\u00e9nie chez le grand public, l&rsquo;\u00e9tude approfondie de ses m\u00e9canismes d&rsquo;action a permis d&rsquo;alimenter les mod\u00e8les translationnels de la neuropsychiatrie. Les chercheurs utilisent la maladie de Borna pour tester des th\u00e9rapeutiques ciblant la neuro-inflammation limbique, la r\u00e9gulation microgliale et la modulation pharmacologique de l&rsquo;axe microbiote-intestin-cerveau, ouvrant de nouvelles pistes pour le traitement des d\u00e9pressions r\u00e9sistantes associ\u00e9es \u00e0 un \u00e9tat inflammatoire basal \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es scientifiques<\/h3>\n<p>Le corpus de donn\u00e9es scientifiques accumul\u00e9 autour du virus de la maladie de Borna est caract\u00e9ris\u00e9 par une rigueur m\u00e9thodologique croissante. Dans le domaine de la neurobiologie comportementale, les travaux de recherche chez le rat men\u00e9s par des \u00e9quipes pionni\u00e8res ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;inoculation n\u00e9onatale de BoDV-1 modifie radicalement les comportements d&rsquo;affiliation sociale et de jeu chez l&rsquo;animal jeune. Les analyses neurochimiques r\u00e9v\u00e8lent une d\u00e9pl\u00e9tion s\u00e9lective de la transmission dopaminergique striatale combin\u00e9e \u00e0 une r\u00e9duction de la densit\u00e9 des r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques 5-HT2A dans le cortex frontal, cr\u00e9ant un profil ph\u00e9notypique calqu\u00e9 sur les mod\u00e8les de vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 la schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences mol\u00e9culaires, les investigations publi\u00e9es dans des revues internationales de premier rang index\u00e9es sur la base de donn\u00e9es <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/\">PubMed \/ NCBI<\/a> ont d\u00e9crypt\u00e9 les m\u00e9canismes d&rsquo;interf\u00e9rence synaptique du virus. Il a \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9vidence que la nucl\u00e9oprot\u00e9ine virale interagit avec le facteur de transcription circadien REV-ERB\u03b1 et perturbe la plasticit\u00e9 synaptique d\u00e9pendante du complexe kinase ERK\/MAPK. Ces d\u00e9couvertes ont confirm\u00e9 que des alt\u00e9rations fines et s\u00e9lectives des prot\u00e9ines virales intranucl\u00e9aires suffisent \u00e0 d\u00e9structurer les comportements complexes sans induire de lyse cellulaire m\u00e9canique.<\/p>\n<p>Concernant l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie humaine, l&rsquo;\u00e9tude collaborative multicentrique majeure de Hornig, Lipkin et leurs collaborateurs men\u00e9e en 2012 au sein du r\u00e9seau de l&rsquo;Universit\u00e9 Columbia a constitu\u00e9 un tournant empirique irr\u00e9versible. Analysant en double aveugle des centaines d&rsquo;\u00e9chantillons sanguins de patients diagnostiqu\u00e9s de schizophr\u00e9nie, de trouble d\u00e9pressif majeur et de t\u00e9moins sains, l&rsquo;\u00e9tude n&rsquo;a d\u00e9cel\u00e9 aucune trace d&rsquo;ARN de BoDV-1 ni d&rsquo;anticorps sp\u00e9cifiques fiables, r\u00e9futant d\u00e9finitivement l&rsquo;association statistique courante entre le virus et les maladies mentales ordinaires dans la population g\u00e9n\u00e9rale. La recherche contemporaine s&rsquo;accorde donc \u00e0 consid\u00e9rer la maladie comme une zoonose humaine rare, hautement l\u00e9tale et spatialement circonscrite, tout en conservant son statut de mod\u00e8le scientifique fondamental de neuropathologie limbique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La perception de la maladie de Borna a fortement vari\u00e9 selon les contextes g\u00e9ographiques, scientifiques et culturels depuis son identification initiale. En Allemagne rurale, o\u00f9 la m\u00e9moire historique des h\u00e9catombes de b\u00e9tail est rest\u00e9e vive dans les m\u00e9moires agricoles r\u00e9gionales, l&rsquo;affection a longtemps rev\u00eatu une dimension quasi myst\u00e9rieuse, associ\u00e9e \u00e0 des \u00ab terres maudites \u00bb o\u00f9 les chevaux et les moutons perdaient myst\u00e9rieusement la raison sans explication tangible.<\/p>\n<p>Au niveau de la communaut\u00e9 psychiatrique internationale, l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une cause virale aux grandes psychoses a r\u00e9sonn\u00e9 diff\u00e9remment selon les paradigmes dominants. Dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, au moment o\u00f9 la psychiatrie biologique nord-am\u00e9ricaine et europ\u00e9enne cherchait avidement des biomarqueurs unificateurs pour s&rsquo;\u00e9manciper des visions psychanalytiques classiques, l&rsquo;annonce d&rsquo;une possible \u00ab bact\u00e9rie ou virus de la folie \u00bb comme le Bornavirus a \u00e9t\u00e9 accueillie avec un enthousiasme retentissant par certains milieux universitaires et m\u00e9diatiques. Cette qu\u00eate d&rsquo;une cause infectieuse unique r\u00e9pondait au d\u00e9sir culturel de d\u00e9stigmatiser la maladie mentale en la r\u00e9inscrivant pleinement dans le champ des maladies organiques communes et curables par des traitements m\u00e9dicamenteux conventionnels.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les zones end\u00e9miques actuelles d&rsquo;Europe centrale, la r\u00e9\u00e9mergence de la maladie en tant qu&rsquo;enc\u00e9phalite zoonotique mortelle a suscit\u00e9 de nouvelles dynamiques \u00e9cologiques et \u00e9pid\u00e9miologiques. Elle interroge les interactions entre la faune sauvage et l&rsquo;activit\u00e9 humaine en milieu p\u00e9riurbain et rural (concept \u00ab Une seule sant\u00e9 \u00bb ou <em>One Health<\/em>), soulignant comment la fragmentation des habitats naturels et la gestion des micro-mammif\u00e8res r\u00e9servoirs influencent l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;infections du syst\u00e8me nerveux chez les populations expos\u00e9es.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites m\u00e9thodologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la recherche sur la maladie de Borna constitue un cas d&rsquo;\u00e9cole \u00e9pist\u00e9mologique quant aux d\u00e9rives de la reproductibilit\u00e9 scientifique et aux d\u00e9fis analytiques en neurovirologie. La controverse la plus f\u00e9roce a concern\u00e9 les r\u00e9sultats faussement positifs de RT-PCR obtenus par de nombreux laboratoires prestigieux durant plus de deux d\u00e9cennies. La pr\u00e9sence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de traces d&rsquo;acides nucl\u00e9iques viraux dans les r\u00e9actifs de laboratoire, conjugu\u00e9e \u00e0 une sensibilit\u00e9 excessive des techniques d&rsquo;amplification imbriqu\u00e9e (nested PCR) et \u00e0 l&rsquo;utilisation de contr\u00f4les exp\u00e9rimentaux non rigoureux, a produit une abondance de publications trompeuses affirmant que jusqu&rsquo;\u00e0 30 % des patients psychiatriques \u00e9taient infect\u00e9s par le virus.<\/p>\n<p>Cette crise m\u00e9thodologique a conduit \u00e0 une polarisation intense au sein de la communaut\u00e9 savante. Les partisans d&rsquo;une \u00e9tiologie bornavirale de la d\u00e9pression ont longtemps rejet\u00e9 les conclusions des \u00e9tudes n\u00e9gatives, invoquant des variations de charge virale, des phases de latence ou des sp\u00e9cificit\u00e9s tissulaires rendant la d\u00e9tection p\u00e9riph\u00e9rique \u00e9vanescente. Ce n&rsquo;est que par l&rsquo;instauration d&rsquo;\u00e9tudes d&rsquo;\u00e9valuation en aveugle strict, croisant plusieurs laboratoires ind\u00e9pendants aux proc\u00e9dures standardis\u00e9es, que la fausset\u00e9 de ces associations a \u00e9t\u00e9 m\u00e9thodologiquement d\u00e9montr\u00e9e.<\/p>\n<p>Une autre controverse r\u00e9currente concerne l&rsquo;interpr\u00e9tation des anticorps s\u00e9riques r\u00e9actifs. De nombreuses personnes saines ou atteintes d&rsquo;autres pathologies neurologiques pr\u00e9sentaient des profils de r\u00e9activit\u00e9 s\u00e9rologique crois\u00e9e vis-\u00e0-vis d&rsquo;autres prot\u00e9ines membranaires ou de r\u00e9trotransposons cellulaires. Enfin, une limitation constante des \u00e9tudes animales r\u00e9side dans la transf\u00e9rabilit\u00e9 des mod\u00e8les : l&rsquo;enc\u00e9phalite induite chez le rongeur nouveau-n\u00e9 fournit certes un mod\u00e8le remarquable de dysfonction limbique, mais extrapoler ces observations m\u00e9canistiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9tiopathog\u00e9nie complexe, multig\u00e9nique et socio-environnementale des troubles psychiatriques humains rel\u00e8ve d&rsquo;un r\u00e9ductionnisme biologique excessif que les neurosciences actuelles s&rsquo;attachent \u00e0 nuancer.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter toute confusion conceptuelle et nosologique, il est essentiel de distinguer la maladie de Borna de plusieurs affections et concepts limitrophes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Enc\u00e9phalite herp\u00e9tique (HSV-1) :<\/strong><br \/>\n        Bien qu&rsquo;elle cible \u00e9galement avec pr\u00e9dilection les r\u00e9gions temporo-limbiques, l&rsquo;enc\u00e9phalite \u00e0 herp\u00e8s simplex est une affection n\u00e9crosante, h\u00e9morragique et lytique aigu\u00eb, caract\u00e9ris\u00e9e par une destruction neuronale imm\u00e9diate et massive, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la neurotropie initialement non lytique et de l&rsquo;immunopathog\u00e9nie subaigu\u00eb du virus de Borna.<\/li>\n<li><strong>Enc\u00e9phalite limbique auto-immune :<\/strong><br \/>\n        Syndrome neurologique caract\u00e9ris\u00e9 par des anticorps dirig\u00e9s contre des r\u00e9cepteurs de surface neuronaux (tels que les r\u00e9cepteurs NMDA, AMPA, ou LGI1), entra\u00eenant des modifications comportementales, des crises d&rsquo;\u00e9pilepsie et des d\u00e9ficits mn\u00e9siques. Bien que le tableau clinique soit remarquablement similaire \u00e0 celui de l&rsquo;infection \u00e0 BoDV-1, l&rsquo;\u00e9tiologie est purement auto-immune (primitive ou paran\u00e9oplasique), sans r\u00e9plication virale intranucl\u00e9aire causale directe.<\/li>\n<li><strong>Maladie de la rage :<\/strong><br \/>\n        Provoqu\u00e9e par un rhabdovirus (\u00e9galement de l&rsquo;ordre des <em>Mononegavirales<\/em>), la rage pr\u00e9sente un neurotropisme axonal r\u00e9trograde s\u00e9v\u00e8re aboutissant \u00e0 des inclusions intracytoplasmiques (corps de Negri) et une l\u00e9talit\u00e9 quasi absolue. Contrairement au BoDV-1, la rage provoque une atteinte g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e rapide du tronc c\u00e9r\u00e9bral sans la s\u00e9lectivit\u00e9 anatomopathologique limbique typique observ\u00e9e au cours de la maladie de Borna.<\/li>\n<li><strong>\u00c9l\u00e9ments bornaviraux endog\u00e8nes (EBL) :<\/strong><br \/>\n        S\u00e9quences d&rsquo;acides d\u00e9soxyribonucl\u00e9iques int\u00e9gr\u00e9es de mani\u00e8re stable dans les chromosomes des h\u00f4tes vert\u00e9br\u00e9s au cours de l&rsquo;\u00e9volution biologique, ne poss\u00e9dant aucune capacit\u00e9 infectieuse ou r\u00e9plicative autonome et distinctes des souches circulantes exog\u00e8nes responsables de la maladie clinique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La maladie de Borna demeure un jalon fondamental pour la neurovirologie et les sciences du comportement. En r\u00e9sumant ses caract\u00e9ristiques dominantes, plusieurs points cardinaux se d\u00e9gagent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Agent et m\u00e9canisme :<\/strong> Elle est caus\u00e9e par le <em>Borna disease virus 1<\/em> (BoDV-1), un virus \u00e0 ARN non cytolytique \u00e0 r\u00e9plication intranucl\u00e9aire dot\u00e9 d&rsquo;un tropisme \u00e9lectif pour les r\u00e9seaux du syst\u00e8me limbique.<\/li>\n<li><strong>Physiopathologie immunom\u00e9di\u00e9e :<\/strong> Les manifestations cliniques et tissulaires ne proviennent pas de la lyse virale directe, mais d&rsquo;une agression immunopathologique orchestr\u00e9e par les lymphocytes T cytotoxiques de l&rsquo;h\u00f4te au sein du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral.<\/li>\n<li><strong>Importance neuropsychiatrique :<\/strong> Elle constitue le mod\u00e8le d&rsquo;exp\u00e9rimentation par excellence pour comprendre comment une infection virale persistante modifie la neurotransmission et la plasticit\u00e9 synaptique hippocampique, g\u00e9n\u00e9rant des syndromes d\u00e9pressifs, l\u00e9thargiques ou maniaques.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9alit\u00e9 humaine :<\/strong> Apr\u00e8s des d\u00e9cennies de controverses quant \u00e0 son implication directe dans les troubles psychiatriques courants, l&rsquo;infection humaine par le BoDV-1 est aujourd&rsquo;hui formellement reconnue comme une zoonose rare, end\u00e9mique en Europe centrale et responsable d&rsquo;enc\u00e9phalites s\u00e9v\u00e8res \u00e0 l\u00e9talit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bode, L., &#038; Ludwig, H. (2003). Borna disease virus infection, a human mental-health issue. <em>Clinical Microbiology Reviews<\/em>, 16(3), 534\u2013545. <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC164223\/\">https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC164223\/<\/a><\/li>\n<li>Hornig, M., Briese, T., Licinio, J., Khabbaz, R. F., Altshuler, L. L., Potkin, S. G., Schwemmle, M., Siemetzki, U., Mintz, J., Honkavuori, K., Carbone, K. M., &#038; Lipkin, W. I. (2012). Absence of evidence for bornavirus infection in schizophrenia, schizoaffective disorder and unipolar depression. <em>Molecular Psychiatry<\/em>, 17(5), 486\u2013493. <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC3435133\/\">https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC3435133\/<\/a><\/li>\n<li>Niller, H. H., Angstwurm, K., Rubbenstroth, D., Schlottau, K., Ebinger, A., Giese, S., Pfefferle, S., Neumann, F., Bauswein, M., Dietz, K., Schmidt, B., Beer, M., &#038; Tappe, D. (2020). Zoonotic spillover infections with Borna disease virus 1 leading to fatal human encephalitis, Germany, 1999-2019. <em>Emerging Infectious Diseases<\/em>, 26(4), 740\u2013744. <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC7101103\/\">https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC7101103\/<\/a><\/li>\n<li>Planz, O., &#038; Stitz, L. (1999). Borna disease virus nucleoprotein inhibits nerve growth factor-induced neurite outgrowth in rat pheochromocytoma cells. <em>Journal of Virology<\/em>, 73(11), 9600\u20139604. <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC112999\/\">https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC112999\/<\/a><\/li>\n<li>Schwemmle, M., Jehle, C., Formella, S., &#038; Staeheli, P. (1999). Sequence analysis of the Borna disease virus genome: Detailed gene map and evidence for gene regulation by transcription termination. <em>Journal of General Virology<\/em>, 80(11), 2891\u20132900. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bornavirus\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bornavirus<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La maladie de Borna est une enc\u00e9phalomy\u00e9lite virale d&rsquo;origine infectieuse ciblant le syst\u00e8me limbique, reconnue comme un mod\u00e8le exp\u00e9rimental central pour l&rsquo;\u00e9tude des perturbations de l&rsquo;humeur et du comportement.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[14286,459,37616],"tags":[37619,37618,37621,37617,31274,37620,12626],"class_list":["post-22356","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychiatrie","category-neurosciences","category-psychopathologie-biologique","tag-bodv-1","tag-bornavirus","tag-encephalite","tag-maladie-de-borna","tag-neuro-inflammation","tag-neurotropisme","tag-systeme-limbique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22356","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22356\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22356"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22356"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22356"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}