{"id":22326,"date":"2026-10-27T06:06:08","date_gmt":"2026-10-27T06:06:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=bombesine-neurobiologie-comportement-alimentaire"},"modified":"2026-10-27T06:06:08","modified_gmt":"2026-10-27T06:06:08","slug":"bombesine-neurobiologie-comportement-alimentaire","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=bombesine-neurobiologie-comportement-alimentaire","title":{"rendered":"Bomb\u00e9sine : Cl\u00e9 du Comportement Alimentaire"},"content":{"rendered":"<p>La bomb\u00e9sine constitue l&rsquo;un des neuropeptides les plus embl\u00e9matiques de l&rsquo;endocrinologie comportementale et des neurosciences translationnelles. D\u00e9couverte initialement dans les s\u00e9cr\u00e9tions cutan\u00e9es d&rsquo;amphibiens, cette mol\u00e9cule a r\u00e9volutionn\u00e9 notre compr\u00e9hension de l&rsquo;axe intestin-cerveau en \u00e9tablissant un pont physiologique direct entre les signaux gastro-intestinaux p\u00e9riph\u00e9riques et les r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux r\u00e9gulateurs de la faim, du m\u00e9tabolisme et de l&rsquo;hom\u00e9ostasie \u00e9motionnelle.<\/p>\n<h2>Bomb\u00e9sine<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La bomb\u00e9sine est un peptide biologiquement actif de quatorze acides amin\u00e9s, originellement extrait du t\u00e9gument du crapaud <em>Bombina bombina<\/em>, poss\u00e9dant des homologues structurels et fonctionnels universels chez les mammif\u00e8res, notamment le peptide lib\u00e9rant la gastrine (GRP) et la neurom\u00e9dine B (NMB). Sur le plan neurophysiologique et psychologique, elle intervient de mani\u00e8re critique comme un signal r\u00e9gulateur central et p\u00e9riph\u00e9rique de la sati\u00e9t\u00e9, de l&rsquo;inhibition de la prise alimentaire, de la modulation thermique et de la r\u00e9activit\u00e9 au stress.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences comportementales et de la psychopharmacologie, la bomb\u00e9sine et ses peptides apparent\u00e9s sont consid\u00e9r\u00e9s comme des neuromodulateurs majeurs des circuits hypothalamiques et tronc-c\u00e9r\u00e9braux. Leur activation cible les voies hom\u00e9ostatiques et h\u00e9doniques de la nutrition, modifiant directement le comportement motivationnel vis-\u00e0-vis des nutriments.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;action centrale de la bomb\u00e9sine s&rsquo;\u00e9tend au-del\u00e0 de la simple ingestion : elle module le toilettage compulsif st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 chez l&rsquo;animal de laboratoire, influence la motilit\u00e9 gastro-intestinale, stimule l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien et participe aux m\u00e9canismes mol\u00e9culaires de la transmission sensorielle, en particulier le prurit et la nociception.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab bomb\u00e9sine \u00bb d\u00e9rive directement de la nomenclature taxonomique zoologique du genre d&rsquo;amphibiens anoures <em>Bombina<\/em>, auquel appartient le sonneur \u00e0 ventre de feu (<em>Bombina bombina<\/em>). Ce nom de genre trouve lui-m\u00eame son origine dans le verbe latin <em>bombire<\/em> ou <em>bombitare<\/em>, qui signifie \u00ab bourdonner \u00bb ou \u00ab produire un son sourd et vibrant \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence au chant nuptial r\u00e9sonnant et m\u00e9lancolique caract\u00e9ristique \u00e9mis par ces amphibiens dans les zones humides d&rsquo;Europe centrale et orientale.<\/p>\n<p>Le suffixe \u00ab -ine \u00bb a \u00e9t\u00e9 appos\u00e9 selon les conventions biochimiques internationales d\u00e9signant les substances azot\u00e9es, alcalo\u00efdes, acides amin\u00e9s ou peptides bioactifs d\u00e9couverts au cours du vingti\u00e8me si\u00e8cle. La d\u00e9nomination a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 par l&rsquo;\u00e9quipe du pharmacologue italien Vittorio Erspamer \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Rome, qui avait entrepris un criblage syst\u00e9matique des peptides pr\u00e9sents dans les extraits cutan\u00e9s d&rsquo;amphibiens du monde entier.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du terme dans la litt\u00e9rature francophone s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1970 par le biais des publications conjointes en neuroendocrinologie et en gastro-ent\u00e9rologie, conservant fid\u00e8lement la racine latinis\u00e9e tout en l&rsquo;int\u00e9grant dans le corpus lexical des peptides r\u00e9gulateurs et de la neurobiologie fonctionnelle.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et formes grammaticales<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, \u00ab bomb\u00e9sine \u00bb se prononce couramment [b\u0254\u0303.be.zin] (bon-b\u00e9-zi-ne). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un substantif f\u00e9minin singulier (\u00ab la bomb\u00e9sine \u00bb), dont le pluriel orthographique (\u00ab les bomb\u00e9sines \u00bb) est employ\u00e9 presque exclusivement pour d\u00e9signer collectivement la famille ou superfamille des peptides apparent\u00e9s \u00e0 la bomb\u00e9sine (comprenant la bomb\u00e9sine native, l&rsquo;alyt\u00e9sine, la ranatensine, la phylloluscine, le GRP et la NMB).<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, le terme engendre plusieurs d\u00e9riv\u00e9s et locutions techniques : l&rsquo;adjectif \u00ab bomb\u00e9sinergique \u00bb (ou parfois \u00ab bomb\u00e9sinique \u00bb) qualifie un syst\u00e8me de neurones, une voie de transmission synaptique ou un circuit r\u00e9cepteur activ\u00e9 sp\u00e9cifiquement par ces ligands peptidiques. On retrouve \u00e9galement des formules compos\u00e9es telles que \u00ab r\u00e9cepteur de type bomb\u00e9sine \u00bb (not\u00e9 BB) ou \u00ab peptides apparent\u00e9s \u00e0 la bomb\u00e9sine \u00bb (couramment abr\u00e9g\u00e9s BRP pour <em>bombesin-related peptides<\/em> dans les contextes comparatifs).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>D&rsquo;un point de vue neurobiologique et psychologique, la bomb\u00e9sine incarne l&rsquo;arch\u00e9type du m\u00e9diateur de l&rsquo;axe intestin-cerveau (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Axe_intestin-cerveau\">axe intestin-cerveau<\/a>). Sa fonction centrale s&rsquo;articule autour de la transition hom\u00e9ostatique entre l&rsquo;\u00e9tat de recherche alimentaire et l&rsquo;\u00e9tat de r\u00e9pl\u00e9tion post-ingestive. Lorsque des nutriments p\u00e9n\u00e8trent dans le tractus digestif, les cellules neuroendocrines muqueuses et les neurones du syst\u00e8me nerveux ent\u00e9rique lib\u00e8rent des peptides de la famille de la bomb\u00e9sine, lesquels activent les fibres aff\u00e9rentes du nerf vague et diffusent par voie paracrine et endocrine.<\/p>\n<p>Ce message p\u00e9riph\u00e9rique est achemin\u00e9 vers le tronc c\u00e9r\u00e9bral, pr\u00e9cis\u00e9ment au niveau du complexe vagal dorsal comprenant le noyau du faisceau solitaire (NTS) et l&rsquo;area postrema. Le signal est ensuite relay\u00e9 aux noyaux hypothalamiques r\u00e9gulateurs, principalement le noyau paraventriculaire (PVN), le noyau arqu\u00e9 et l&rsquo;aire hypothalamique lat\u00e9rale. L&rsquo;administration exog\u00e8ne de bomb\u00e9sine, qu&rsquo;elle soit administr\u00e9e par voie p\u00e9riph\u00e9rique (intrap\u00e9riton\u00e9ale, intraveineuse) ou par voie intrac\u00e9r\u00e9broventriculaire (ICV), entra\u00eene une suppression imm\u00e9diate, puissante et dose-d\u00e9pendante de la taille des repas (r\u00e9duction de l&rsquo;ingestion calorique globale sans allongement pathologique de l&rsquo;intervalle entre les repas).<\/p>\n<p>Contrairement aux agents anorexig\u00e8nes toxiques, l&rsquo;inhibition alimentaire induite par la bomb\u00e9sine r\u00e9pond aux crit\u00e8res psychologiques rigoureux de la sati\u00e9t\u00e9 naturelle (terminaison comportementale physiologique du repas). Les animaux trait\u00e9s manifestent la \u00ab s\u00e9quence comportementale de sati\u00e9t\u00e9 \u00bb typique : interruption de la mastication, toilettage post-prandial, exploration p\u00e9riph\u00e9rique d\u00e9croissante et adoption d&rsquo;une posture de repos ou d&rsquo;endormissement. Des \u00e9preuves de conditionnement gustatif aversif ont d\u00e9montr\u00e9 que la bomb\u00e9sine n&rsquo;entra\u00eene pas d&rsquo;aversion conditionn\u00e9e au go\u00fbt aux doses physiologiques actives, prouvant qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un effet secondaire li\u00e9 \u00e0 un malaise visc\u00e9ral ou \u00e0 une naus\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan central, la bomb\u00e9sine agit \u00e9galement comme un puissant int\u00e9grateur m\u00e9tabolique et thermique. Inject\u00e9e dans les ventricules c\u00e9r\u00e9braux ou dans les aires pr\u00e9optiques de l&rsquo;hypothalamus, elle alt\u00e8re la thermor\u00e9gulation de fa\u00e7on singuli\u00e8re : elle induit une po\u00efkilothermie fonctionnelle, abaissant la temp\u00e9rature corporelle centrale en milieu froid (hypothermie marqu\u00e9e) et emp\u00eachant la d\u00e9perdition thermique optimale en milieu hyperthermique. Cette plasticit\u00e9 thermor\u00e9gulatrice illustre l&rsquo;interd\u00e9pendance profonde entre la gestion des stocks \u00e9nerg\u00e9tiques alimentaires et les co\u00fbts m\u00e9taboliques li\u00e9s au maintien de la temp\u00e9rature corporelle.<\/p>\n<p>Enfin, le spectre d&rsquo;action de la bomb\u00e9sine englobe la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle et comportementale. Chez le rongeur, l&rsquo;injection centrale de bomb\u00e9sine provoque une st\u00e9r\u00e9otypie comportementale tr\u00e8s caract\u00e9ristique consistant en un toilettage excessif et fr\u00e9n\u00e9tique (<em>excessive grooming<\/em>). Ce comportement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 a fourni aux chercheurs en psychopathologie cognitive et comportementale un mod\u00e8le animal pr\u00e9cieux pour \u00e9tudier les circuits cortico-striataux impliqu\u00e9s dans les compulsions motrices, les troubles du spectre de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et le trouble obsessionnel-compulsif (TOC).<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la bomb\u00e9sine d\u00e9bute \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 au sein des laboratoires de l&rsquo;Institut de pharmacologie m\u00e9dicale de l&rsquo;Universit\u00e9 de Rome La Sapienza, sous la direction visionnaire de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vittorio_Erspamer\">Vittorio Erspamer<\/a>. Erspamer, qui avait pr\u00e9c\u00e9demment d\u00e9couvert la s\u00e9rotonine (alors appel\u00e9e ent\u00e9ramine), postulait que la peau des amphibiens constituait un \u00e9quivalent biologique primitif du tissu neuroendocrinien des mammif\u00e8res, rec\u00e9lant une multitude de mol\u00e9cules pr\u00e9curseurs non encore identifi\u00e9es chez l&rsquo;Homme. En 1970 et 1971, Erspamer et ses collaborateurs isol\u00e8rent, purifi\u00e8rent et s\u00e9quenc\u00e8rent un peptide de quatorze r\u00e9sidus \u00e0 partir d&rsquo;extraits m\u00e9thanoliques de la peau de <em>Bombina bombina<\/em> : la bomb\u00e9sine \u00e9tait n\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans la foul\u00e9e de cette d\u00e9couverte biochimique, les physiologistes ont cherch\u00e9 \u00e0 comprendre si un \u00e9quivalent mammalien existait dans l&rsquo;organisme humain et animal. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970, l&rsquo;\u00e9quipe am\u00e9ricaine dirig\u00e9e par James Gibbs, Patricia J. Fauser, et Gerard P. Smith au New York Hospital-Cornell Medical Center a publi\u00e9 des travaux s\u00e9minaux d\u00e9montrant que l&rsquo;injection intrap\u00e9riton\u00e9ale de bomb\u00e9sine chez le rat provoquait une cessation imm\u00e9diate de l&rsquo;ingestion de nourriture liquide ou solide. Cette d\u00e9couverte a fait de la bomb\u00e9sine, aux c\u00f4t\u00e9s de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chol%C3%A9cystokinine\">chol\u00e9cystokinine<\/a> (CCK), l&rsquo;un des premiers \u00ab peptides de sati\u00e9t\u00e9 \u00bb confirm\u00e9s de l&rsquo;histoire de la physiologie comportementale.<\/p>\n<p>Le tournant mol\u00e9culaire s&rsquo;est produit \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 et au cours des ann\u00e9es 1980. En 1979, le peptide lib\u00e9rant la gastrine (GRP) fut purifi\u00e9 \u00e0 partir de la muqueuse gastrique porcine par McDonald et ses coll\u00e8gues, d\u00e9montrant une identit\u00e9 quasi parfaite de ses neuf acides amin\u00e9s C-terminaux avec la bomb\u00e9sine. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1983, Minamino et son groupe d\u00e9couvrirent dans la moelle \u00e9pini\u00e8re de porc la neurom\u00e9dine B (NMB), confirmant d\u00e9finitivement que la bomb\u00e9sine d&rsquo;amphibien repr\u00e9sentait le prototype pharmacologique d&rsquo;une vaste famille multig\u00e9nique de neuropeptides fondamentaux chez tous les vert\u00e9br\u00e9s sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1990 et 2000, le clonage mol\u00e9culaire des r\u00e9cepteurs membranaires coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G (RCPG) a permis d&rsquo;isoler trois sous-types distincts : le r\u00e9cepteur BB1 (sp\u00e9cifique de la NMB), le r\u00e9cepteur BB2 (sp\u00e9cifique du GRP) et un r\u00e9cepteur orphelin d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de r\u00e9cepteur BB3 (ou BRS-3, <em>bombesin receptor subtype 3<\/em>). Cette d\u00e9couverte a relanc\u00e9 un cycle intensif de recherches biom\u00e9dicales visant le d\u00e9veloppement d&rsquo;agonistes et d&rsquo;antagonistes synth\u00e9tiques pour le traitement pharmacologique de l&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9 morbide, de l&rsquo;anorexie, du diab\u00e8te de type 2 et de certains ad\u00e9nocarcinomes neuroendocriniens.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de la bomb\u00e9sine s&rsquo;inscrit au carrefour de plusieurs grands cadres th\u00e9oriques de la psychologie physiologique et des sciences neurocognitives.<\/p>\n<p>Le premier cadre est la <em>th\u00e9orie de la r\u00e9gulation hom\u00e9ostatique de l&rsquo;app\u00e9tit<\/em>, d\u00e9velopp\u00e9e initialement par John Brobeck et James Mayer, puis actualis\u00e9e par Gerard P. Smith. Selon cette perspective, le cerveau ne surveille pas seulement les niveaux de glucose sanguin ou les r\u00e9serves d&rsquo;adipocytes (signal leptinergique \u00e0 long terme), mais analyse \u00e0 court terme un flux continu de signaux humoraux et neurosensoriels post-ingestifs dits de \u00ab terminaison de repas \u00bb. La bomb\u00e9sine incarne ce mod\u00e8le n\u00e9gatif de r\u00e9troaction hom\u00e9ostatique : son apparition dans la lumi\u00e8re digestive et les tissus p\u00e9rivasculaires signale la charge volum\u00e9trique et chimique de l&rsquo;estomac, envoyant un message d&rsquo;inhibition centrale qui met fin \u00e0 la motivation incitatrice alimentaire.<\/p>\n<p>Le second paradigme th\u00e9orique rel\u00e8ve de la <em>psychopharmacologie des syst\u00e8mes motivationnels et h\u00e9doniques<\/em>. Les recherches contemporaines sur la bomb\u00e9sine distinguent nettement la sati\u00e9t\u00e9 hom\u00e9ostatique (\u00ab <em>need-based<\/em> \u00bb) du rassasiement h\u00e9donique (\u00ab <em>pleasure-based<\/em> \u00bb). Des travaux ont mis en \u00e9vidence que les projections bomb\u00e9sinergiques du tronc c\u00e9r\u00e9bral et de l&rsquo;hypothalamus interagissent avec le circuit dopaminergique m\u00e9solimbique (aire tegmentale ventrale et noyau accumbens). La signalisation bomb\u00e9sinergique att\u00e9nue la saillance motivationnelle (le \u00ab <em>wanting<\/em> \u00bb berridgien) des stimuli alimentaires hautement app\u00e9tissants riches en saccharose ou en lipides, modulant ainsi les aspects compulsifs de la suralimentation.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me cadre th\u00e9orique concerne l&rsquo;<em>\u00e9thologie neurobiologique des comportements adaptatifs et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s<\/em>. Les neuro\u00e9thologistes consid\u00e8rent le toilettage chez les rongeurs non pas comme une simple activit\u00e9 d&rsquo;hygi\u00e8ne physique, mais comme un programme moteur inn\u00e9 de d\u00e9charge \u00e9motionnelle face au stress ou \u00e0 l&rsquo;activation neurov\u00e9g\u00e9tative. Le d\u00e9clenchement de ce programme par la bomb\u00e9sine centrale renvoie aux th\u00e9ories des g\u00e9n\u00e9rateurs de motifs centraux (<em>central pattern generators<\/em>) et \u00e0 la mod\u00e9lisation animale des conduites compulsives et de la r\u00e9gulation de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation du syst\u00e8me bomb\u00e9sinergique repose sur une organisation biochimique et anatomique pr\u00e9cise, structur\u00e9e en ligands endog\u00e8nes, r\u00e9cepteurs membranaires et voies de transduction intracellulaire :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Peptide natif de bomb\u00e9sine :<\/strong> Peptide de 14 r\u00e9sidus d&rsquo;acides amin\u00e9s (Pyr-Gln-Arg-Leu-Gly-Asn-Gln-Trp-Ala-Val-Gly-His-Leu-Met-NH2), portant une extr\u00e9mit\u00e9 C-terminale amid\u00e9e essentielle \u00e0 son activit\u00e9 biologique et \u00e0 sa fixation sur les cibles r\u00e9ceptrices.<\/li>\n<li><strong>Peptide lib\u00e9rant la gastrine (GRP) :<\/strong> Homologue endog\u00e8ne majeur chez les mammif\u00e8res, compos\u00e9 de 27 acides amin\u00e9s. Il partage la s\u00e9quence heptapeptidique C-terminale exacte de la bomb\u00e9sine (Trp-Ala-Val-Gly-His-Leu-Met-NH2) et reproduit fid\u00e8lement la majorit\u00e9 de ses effets centraux et p\u00e9riph\u00e9riques.<\/li>\n<li><strong>Neurom\u00e9dine B (NMB) :<\/strong> D\u00e9capeptide de mammif\u00e8re partageant une forte homologie de s\u00e9quence C-terminale avec la ranatensine et la bomb\u00e9sine, principalement impliqu\u00e9 dans la r\u00e9gulation thyr\u00e9otrope, l&rsquo;int\u00e9gration sensorielle et l&rsquo;hom\u00e9ostasie thermique.<\/li>\n<li><strong>Sous-type de r\u00e9cepteur BB1 (NMB-R) :<\/strong> R\u00e9cepteur coupl\u00e9 aux prot\u00e9ines G (famille Gq\/11) poss\u00e9dant une haute affinit\u00e9 s\u00e9lective pour la neurom\u00e9dine B, exprim\u00e9 de mani\u00e8re pr\u00e9pond\u00e9rante dans le syst\u00e8me olfactif, le cortex pr\u00e9frontal, l&rsquo;hippocampe et l&rsquo;ad\u00e9nohypophyse.<\/li>\n<li><strong>Sous-type de r\u00e9cepteur BB2 (GRP-R) :<\/strong> R\u00e9cepteur coupl\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rentiellement aux prot\u00e9ines Gq\/11, activant la phospholipase C (PLC), augmentant l&rsquo;inositol trisphosphate (IP3) et mobilisant le calcium intracellulaire. Il est abondamment localis\u00e9 dans les noyaux hypothalamiques, l&rsquo;amygdale, le complexe vagal dorsal et la corne dorsale de la moelle \u00e9pini\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Sous-type de r\u00e9cepteur BB3 (BRS-3) :<\/strong> R\u00e9cepteur orphelin coupl\u00e9 aux prot\u00e9ines G qui ne lie ni la bomb\u00e9sine ni le GRP avec une haute affinit\u00e9 naturelle, mais r\u00e9agit \u00e0 des ligands synth\u00e9tiques sp\u00e9cifiques. Son invalidation g\u00e9n\u00e9tique chez la souris entra\u00eene une ob\u00e9sit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re, une hyperphagie et une baisse de la d\u00e9pense m\u00e9tabolique.<\/li>\n<li><strong>Voies de signalisation intracellulaire :<\/strong> L&rsquo;activation des r\u00e9cepteurs BB provoque la cascade classique PLC \/ DAG \/ IP3, stimulant la prot\u00e9ine kinase C (PKC), induisant l&rsquo;influx calcique et activant parall\u00e8lement les voies des mitogen-activated protein kinases (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/MAP-kinase\">MAPK\/ERK<\/a>), expliquant \u00e0 la fois ses actions neurophysiologiques rapides et ses effets trophiques \u00e0 long terme.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le r\u00f4le psychophysiologique concret de la bomb\u00e9sine, plusieurs paradigmes exp\u00e9rimentaux et observations cliniques m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre d\u00e9taill\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans une exp\u00e9rience classique d&rsquo;ingestion libre chez le rat vigile, des animaux priv\u00e9s de nourriture pendant douze heures re\u00e7oivent une injection intrap\u00e9riton\u00e9ale d&rsquo;une microdose de bomb\u00e9sine quelques minutes avant l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 une solution de glucose ou \u00e0 de la nourriture standard. D\u00e8s la pr\u00e9sentation de la mangeoire, l&rsquo;animal trait\u00e9 consomme une quantit\u00e9 significativement r\u00e9duite de nutriments par rapport au groupe t\u00e9moin recevant du s\u00e9rum physiologique. Au lieu de manifester des signes de malaise (tels que la posture prostr\u00e9e, le l\u00e9chage du sol ou la diarrh\u00e9e), le rat s&rsquo;arr\u00eate pos\u00e9ment de manger au bout de trois \u00e0 cinq minutes, nettoie ses vibrisses, proc\u00e8de au lissage m\u00e9ticuleux de son pelage ventral et s&rsquo;endort dans le coin de son enceinte exp\u00e9rimentale. Cet exemple illustre la r\u00e9plication parfaite d&rsquo;une sati\u00e9t\u00e9 pr\u00e9coce physiologiquement coordonn\u00e9e.<\/p>\n<p>Un second paradigme concerne l&rsquo;\u00e9valuation de la thermor\u00e9gulation centrale. Un animal plac\u00e9 dans une pi\u00e8ce r\u00e9frig\u00e9r\u00e9e \u00e0 4 \u00b0C conserve normalement sa temp\u00e9rature centrale gr\u00e2ce \u00e0 la thermogen\u00e8se musculaire (frissons) et m\u00e9tabolique (tissu adipeux brun). Si l&rsquo;on administre quelques nanogrammes de bomb\u00e9sine directement dans l&rsquo;aire pr\u00e9optique m\u00e9diane de l&rsquo;hypothalamus, les m\u00e9canismes compensateurs de la frissonite sont transitoirement inhib\u00e9s : la temp\u00e9rature corporelle centrale de l&rsquo;animal chute rapidement de plusieurs degr\u00e9s. D\u00e8s que l&rsquo;animal est replac\u00e9 dans un environnement temp\u00e9r\u00e9 \u00e0 22 \u00b0C, sa temp\u00e9rature se normalise spontan\u00e9ment. Cela d\u00e9montre que la bomb\u00e9sine r\u00e9initialise temporairement le point de consigne hom\u00e9ostatique (<em>set-point<\/em>) thermique central, priorisant l&rsquo;\u00e9conomie m\u00e9tabolique sur la d\u00e9fense stricte de l&rsquo;euthermie.<\/p>\n<p>Sur le versant psychopathologique exp\u00e9rimental, l&rsquo;administration de bomb\u00e9sine dans le striatum dorsal d&rsquo;un rongeur d\u00e9clenche une cascade comportementale de toilettage r\u00e9p\u00e9titif : l&rsquo;animal commence par un nettoyage rythmique des pattes ant\u00e9rieures, s&rsquo;\u00e9tend aux yeux et aux oreilles, puis recommence ce cycle de fa\u00e7on incessante pendant pr\u00e8s de quarante-cinq minutes, ignorant les stimuli environnementaux distracteurs. Ce comportement sert de canevas empirique pour tester l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;antagonistes s\u00e9lectifs des r\u00e9cepteurs BB2 comme candidats anxiolytiques ou anti-compulsifs.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La quantification de la bomb\u00e9sine, de ses peptides homologues et de l&rsquo;activit\u00e9 de ses r\u00e9cepteurs fait appel \u00e0 une batterie de m\u00e9thodes biochimiques, neurophysiologiques et psychom\u00e9triques standardis\u00e9es :<\/p>\n<p>Au niveau biochimique et endocrinien, les concentrations tissulaires et plasmatiques des peptides de la famille de la bomb\u00e9sine sont \u00e9valu\u00e9es par radio-immunodosage (RIA) et par dosage immuno-enzymatique (ELISA) hautement sp\u00e9cifiques. En raison de la d\u00e9gradation enzymatique rapide des peptides dans le sang par des endopeptidases neutres, les \u00e9chantillons n\u00e9cessitent une acidification imm\u00e9diate et l&rsquo;ajout d&rsquo;inhibiteurs enzymatiques (comme l&rsquo;aprotinine ou le phosphoramidon) lors du pr\u00e9l\u00e8vement.<\/p>\n<p>La localisation neuroanatomique fine et le suivi de l&rsquo;expression des r\u00e9cepteurs s&rsquo;op\u00e8rent par autoradiographie quantitative aux radioligands (notamment la [125I]-[Tyr4]-bomb\u00e9sine), par hybridation <em>in situ<\/em> des ARN messagers codant pour BB1, BB2 et BB3, et par immunohistochimie confocale \u00e0 haute r\u00e9solution. Les mod\u00e8les modernes utilisent des souris transg\u00e9niques exprimant des prot\u00e9ines fluorescentes (GFP ou mCherry) sous le contr\u00f4le du promoteur du r\u00e9cepteur BB2 ou BRS-3 pour cartographier en temps r\u00e9el les projections axonales bomb\u00e9sinergiques dans le syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Sur le plan comportemental, l&rsquo;effet sati\u00e9tog\u00e8ne est mesur\u00e9 au moyen de micro-mangeoires automatis\u00e9es coupl\u00e9es \u00e0 des capteurs de pes\u00e9e continue (syst\u00e8mes de surveillance calorim\u00e9trique indirecte comme le dispositif Promethion ou Oxylet). Ces dispositifs enregistrent avec une pr\u00e9cision \u00e0 la seconde la microstructure de l&rsquo;ingestion : dur\u00e9e exacte du repas, vitesse de consommation, fr\u00e9quence des prises et dur\u00e9e des intervalles post-prandiaux, permettant de dissocier math\u00e9matiquement la sati\u00e9t\u00e9 pr\u00e9coce de l&rsquo;inapp\u00e9tence pathologique.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du syst\u00e8me bomb\u00e9sinergique pr\u00e9sente des retomb\u00e9es directes dans plusieurs champs de la m\u00e9decine, de la psychiatrie et de l&rsquo;innovation pharmacologique :<\/p>\n<p>Dans le domaine des <em>troubles m\u00e9taboliques et nutritionnels<\/em> (ob\u00e9sit\u00e9, syndrome m\u00e9tabolique), le d\u00e9veloppement d&rsquo;agonistes synth\u00e9tiques s\u00e9lectifs du r\u00e9cepteur BB3 (BRS-3) repr\u00e9sente une piste th\u00e9rapeutique d&rsquo;avant-garde. Puisque l&rsquo;activation de ce r\u00e9cepteur induit simultan\u00e9ment une r\u00e9duction de la prise alimentaire et une \u00e9l\u00e9vation mesurable de la d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique au repos via la thermogen\u00e8se du tissu adipeux brun, ces mol\u00e9cules agissent comme une double arme m\u00e9tabolique prometteuse pour contourner la r\u00e9sistance \u00e0 la leptine chez les individus atteints d&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9 chronique.<\/p>\n<p>En <em>psychiatrie biologique<\/em> et en psycho-oncologie, les modulateurs du syst\u00e8me bomb\u00e9sinergique sont explor\u00e9s dans le cadre de la prise en charge de l&rsquo;anorexie mentale s\u00e9v\u00e8re, de la cachexie canc\u00e9reuse et des d\u00e9r\u00e8glements de l&rsquo;axe corticotrope induits par le stress chronique. La modulation cibl\u00e9e par des antagonistes du r\u00e9cepteur BB2 permettrait potentiellement de lever les blocages de l&rsquo;ingestion alimentaire chez les patients souffrant de sati\u00e9t\u00e9 pr\u00e9coce pathologique ou de naus\u00e9es anticipatoires.<\/p>\n<p>En <em>m\u00e9decine nucl\u00e9aire et imagerie oncologique<\/em>, les analogues stables de la bomb\u00e9sine conjugu\u00e9s \u00e0 des isotopes radioactifs (tels que le Gallium-68, le Techn\u00e9tium-99m ou le Lut\u00e9tium-177) sont employ\u00e9s en tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) pour d\u00e9tecter pr\u00e9cocement et traiter par radioth\u00e9rapie vectoris\u00e9e les tumeurs surexprimant massivement les r\u00e9cepteurs GRP\/BB2, en particulier le cancer de la prostate hormono-r\u00e9sistant, le cancer du sein et les tumeurs neuroendocrines pulmonaires.<\/p>\n<p>En <em>neurodermatologie et neurobiologie sensorielle<\/em>, les r\u00e9cepteurs BB2 spinaux jouant un r\u00f4le pivot dans la transmission du prurit non-histaminergique (d\u00e9mangeaisons chroniques r\u00e9fractaires), la pharmacologie bomb\u00e9sinergique permet d\u00e9sormais d&rsquo;imaginer des analg\u00e9siques et antiprurigineux topiques ou intrath\u00e9caux agissant en bloquant la synapse \u00e0 GRP au niveau de la moelle \u00e9pini\u00e8re.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations empiriques accumul\u00e9es au cours des quarante derni\u00e8res ann\u00e9es fournissent un faisceau de preuves convergentes sur les actions de la bomb\u00e9sine \u00e0 travers de multiples esp\u00e8ces animales et chez l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<p>Dans les \u00e9tudes princeps de Gibbs et al. (1979) et de Stein et Woods (1982), la perfusion intrap\u00e9riton\u00e9ale de bomb\u00e9sine chez des rats et des babouins a montr\u00e9 une diminution reproductible de 40 \u00e0 60 % de l&rsquo;ingestion calorique sans manifestation d&rsquo;asth\u00e9nie ou de troubles h\u00e9modynamiques. Des \u00e9tudes ult\u00e9rieures men\u00e9es par Lieverse et al. (1993) chez des volontaires humains sains ont confirm\u00e9 que la perfusion intraveineuse de bomb\u00e9sine r\u00e9duisait significativement la sensation subjective de faim mesur\u00e9e sur des \u00e9chelles visuelles analogiques et diminuait la quantit\u00e9 totale de calories absorb\u00e9es lors d&rsquo;un repas test buffet.<\/p>\n<p>Les neurobiologistes Mark R. Brown et Jean Rivier au Salk Institute ont apport\u00e9 des preuves d\u00e9cisives concernant l&rsquo;action centrale de la bomb\u00e9sine sur le m\u00e9tabolisme glucidique et le syst\u00e8me autonome. Leurs travaux ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;injection intrac\u00e9r\u00e9broventriculaire de bomb\u00e9sine d\u00e9clenche une hyperglyc\u00e9mie rapide induite par une lib\u00e9ration massive d&rsquo;adr\u00e9naline \u00e0 partir de la m\u00e9dullo-surr\u00e9nale, concomitante \u00e0 une stimulation sympathique p\u00e9riph\u00e9rique intense, prouvant que ce neuropeptide constitue un signal d&rsquo;alarme coordonnant la disponibilit\u00e9 des substrats \u00e9nerg\u00e9tiques en situation de d\u00e9fi hom\u00e9ostatique.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 2010, l&rsquo;\u00e9quipe de Zhou-Feng Chen \u00e0 la Washington University a \u00e9lucid\u00e9 le r\u00f4le fondamental du syst\u00e8me GRP\/BB2 dans la transmission sensorielle sp\u00e9cifique de la d\u00e9mangeaison. En ciblant s\u00e9lectivement les neurones de la corne dorsale de la moelle \u00e9pini\u00e8re exprimant le r\u00e9cepteur BB2 \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une toxine cibl\u00e9e (la bomb\u00e9sine conjugu\u00e9e \u00e0 la saporine), ces chercheurs ont r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9liminer compl\u00e8tement les comportements de grattage chez la souris soumise \u00e0 des allerg\u00e8nes chroniques, sans alt\u00e9rer d&rsquo;aucune mani\u00e8re leur perception thermique ou la sensibilit\u00e9 \u00e0 la douleur m\u00e9canique. Ces travaux constituent l&rsquo;une des d\u00e9monstrations les plus \u00e9l\u00e9gantes de la s\u00e9gr\u00e9gation fonctionnelle des voies sensorielles r\u00e9gies par les peptides de cette famille.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Bien que la machinerie biochimique et les r\u00e9cepteurs du syst\u00e8me bomb\u00e9sinergique rel\u00e8vent d&rsquo;un substrat phylog\u00e9n\u00e9tique universel chez les vert\u00e9br\u00e9s, les contextes comportementaux dans lesquels s&rsquo;expriment la sati\u00e9t\u00e9 et la prise alimentaire sont profond\u00e9ment tributaires de facteurs culturels, \u00e9cologiques et psychosociaux.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s industrialis\u00e9es occidentales caract\u00e9ris\u00e9es par un environnement alimentaire dit \u00ab ob\u00e9sog\u00e8ne \u00bb, la disponibilit\u00e9 continue d&rsquo;aliments ultra-transform\u00e9s denses en calories d\u00e9fie les m\u00e9canismes physiologiques d&rsquo;arr\u00eat du repas m\u00e9di\u00e9s par les peptides gastro-intestinaux. La stimulation sensorielle permanente, les signaux marketing et les conditionnements temporels (\u00ab l&rsquo;heure de manger \u00bb fix\u00e9e par l&rsquo;horloge sociale plut\u00f4t que par le besoin m\u00e9tabolique) peuvent outrepasser les signaux de sati\u00e9t\u00e9 induits par la bomb\u00e9sine et le GRP. Chez les mangeurs \u00e9motionnels ou les personnes souffrant de trouble d&rsquo;acc\u00e8s hyperphagique (<em>binge eating<\/em>), la communication normale entre l&rsquo;axe vagal inf\u00e9rieur et le syst\u00e8me limbique sup\u00e9rieur se trouve \u00e9mouss\u00e9e, sugg\u00e9rant une dysr\u00e9gulation fonctionnelle de l&rsquo;int\u00e9gration centrale de ces messagers peptidiques.<\/p>\n<p>Dans une perspective transculturelle et \u00e9cologique, l&rsquo;adaptation m\u00e9tabolique conf\u00e9r\u00e9e par le r\u00e9cepteur BB3 varie notablement selon les populations humaines en fonction de l&rsquo;histoire \u00e9volutive et des polymorphismes g\u00e9n\u00e9tiques li\u00e9s aux environnements ancestraux marqu\u00e9s par des alternances de disettes et d&rsquo;abondance saisonni\u00e8re (hypoth\u00e8se des g\u00e8nes d&rsquo;\u00e9pargne ou <em>thrifty genes<\/em>).<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;accumulation de donn\u00e9es probantes, la recherche sur la bomb\u00e9sine et ses applications cliniques fait l&rsquo;objet de plusieurs d\u00e9bats m\u00e9thodologiques et th\u00e9oriques :<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9bat concerne la distinction entre <em>r\u00f4le physiologique authentique<\/em> et <em>effet pharmacologique supra-physiologique<\/em>. Plusieurs auteurs ont fait valoir que les doses de bomb\u00e9sine exog\u00e8ne requises pour induire une sati\u00e9t\u00e9 spectaculaire chez l&rsquo;animal d\u00e9passent souvent les concentrations physiologiques circulantes du GRP endog\u00e8ne. Certains critiques ont postul\u00e9 que l&rsquo;arr\u00eat de la prise alimentaire pourrait r\u00e9sulter, au moins partiellement, d&rsquo;un ralentissement marqu\u00e9 de la vidange gastrique et d&rsquo;une contraction tonique du sphincter pylorique induits par le peptide, cr\u00e9ant une distension m\u00e9canique per\u00e7ue comme inconfortable plut\u00f4t qu&rsquo;une authentique sensation centrale de pl\u00e9nitude rassasi\u00e9e.<\/p>\n<p>Une seconde controverse d\u00e9coule des disparit\u00e9s d&rsquo;action entre l&rsquo;administration p\u00e9riph\u00e9rique et l&rsquo;administration intrac\u00e9r\u00e9brale. Tandis que l&rsquo;administration syst\u00e9mique inhibe l&rsquo;ingestion sans affecter le r\u00e9pertoire comportemental normal, l&rsquo;injection centrale entra\u00eene parfois une d\u00e9sorganisation comportementale transitoire (st\u00e9r\u00e9otypies, hyperthermie ou hypothermie paradoxale, hyper-r\u00e9activit\u00e9 acoustique). La question de savoir si les circuits centraux utilisant le GRP ou la NMB fonctionnent comme un simple relais de la p\u00e9riph\u00e9rie ou comme un r\u00e9seau totalement ind\u00e9pendant orchestrant des r\u00e9ponses globales au stress demeure un sujet d&rsquo;investigation non r\u00e9solu.<\/p>\n<p>Sur le plan translationnel enfin, l&rsquo;exploitation pharmacologique de la bomb\u00e9sine a longtemps but\u00e9 sur la courte demi-vie plasmatique des ligands peptidiques et sur leur profil d&rsquo;effets secondaires mitog\u00e9niques. \u00c9tant donn\u00e9 que les r\u00e9cepteurs BB2 favorisent la prolif\u00e9ration cellulaire dans certains carcinomes, l&rsquo;administration chronique d&rsquo;agonistes bomb\u00e9sinergiques pour juguler l&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9 a suscit\u00e9 des inqui\u00e9tudes quant au risque oncog\u00e8ne potentiel, incitant les chercheurs \u00e0 s&rsquo;orienter plus sp\u00e9cifiquement vers le r\u00e9cepteur BB3.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions<\/h3>\n<p>Pour clarifier le positionnement de la bomb\u00e9sine au sein du paysage neurobiologique et psychologique, il convient de la distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment de plusieurs concepts et mol\u00e9cules voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Peptide lib\u00e9rant la gastrine (GRP) :<\/strong> Homologue mammalien direct de la bomb\u00e9sine. La bomb\u00e9sine est un peptide t\u00e9ttrad\u00e9capeptidique d&rsquo;amphibien, tandis que le GRP est une mol\u00e9cule endog\u00e8ne humaine de 27 acides amin\u00e9s ; tous deux partagent le m\u00eame r\u00e9cepteur principal (BB2).<\/li>\n<li><strong>Neurom\u00e9dine B (NMB) :<\/strong> Autre membre mammalien de la superfamille des bomb\u00e9sines. Elle se distingue du GRP par sa s\u00e9quence peptidique, son r\u00e9cepteur pr\u00e9f\u00e9rentiel (BB1) et sa localisation neuroanatomique pr\u00e9dominante dans les circuits sensoriels et neuroendocriniens hypophysaires.<\/li>\n<li><strong>Chol\u00e9cystokinine (CCK) :<\/strong> Autre peptide intestinal de sati\u00e9t\u00e9 majeur. Bien que la CCK et la bomb\u00e9sine r\u00e9duisent toutes deux l&rsquo;ingestion alimentaire, la CCK agit presque exclusivement via les aff\u00e9rences vagales du r\u00e9cepteur CCK-1 p\u00e9riph\u00e9rique, tandis que la bomb\u00e9sine conserve une efficacit\u00e9 anorexig\u00e8ne substantielle m\u00eame apr\u00e8s vagotomie bilat\u00e9rale compl\u00e8te.<\/li>\n<li><strong>Ghr\u00e9line :<\/strong> Hormone peptidique gastrique antagoniste sur le plan comportemental. Alors que la bomb\u00e9sine est un signal anorexig\u00e8ne de sati\u00e9t\u00e9 post-ingestive, la ghr\u00e9line est le signal orexig\u00e8ne par excellence, stimulant puissamment l&rsquo;app\u00e9tit et la recherche de nourriture avant le repas.<\/li>\n<li><strong>Leptine :<\/strong> Hormone adipocytaire de signalisation \u00e0 long terme de l&rsquo;\u00e9tat des r\u00e9serves lipidiques \u00e9nerg\u00e9tiques, contrastant avec la bomb\u00e9sine qui assure une r\u00e9gulation phasique \u00e0 court terme au cours de l&rsquo;\u00e9pisode alimentaire lui-m\u00eame.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, la bomb\u00e9sine et les peptides qui lui sont structurellement apparent\u00e9s constituent une famille fondamentale de signaux de r\u00e9gulation comportementale et hom\u00e9ostatique. D\u00e9couverte chez l&rsquo;amphibien par Erspamer, elle a mis en lumi\u00e8re l&rsquo;architecture complexe de l&rsquo;axe intestin-cerveau et les circuits neuronaux commandant la sati\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Ses actions transcendent la simple fin du repas : elle module les r\u00e9ponses thermor\u00e9gulatrices centrales, active la lib\u00e9ration d&rsquo;hormones de stress, orchestre des s\u00e9quences motrices de toilettage et filtre des informations sensorielles fines comme le prurit m\u00e9dullaire. Gr\u00e2ce \u00e0 ses trois sous-types de r\u00e9cepteurs (BB1, BB2 et BB3), le syst\u00e8me bomb\u00e9sinergique demeure un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude exp\u00e9rimental incomparable en psychologie physiologique et un gisement d&rsquo;innovations th\u00e9rapeutiques majeur face aux d\u00e9fis contemporains que repr\u00e9sentent l&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9, les troubles compulsifs et les cancers hormonod\u00e9pendants.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Erspamer, V., Falconieri Erspamer, G., Inselvini, M., &amp; Negri, L. (1972). Occurrence of bombesin and alytesin in the skins of European discoglossid frogs and their pharmacological actions on different preparations. <em>British Journal of Pharmacology<\/em>, 45(2), 333\u2013348. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/5074288\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/5074288\/<\/a><\/li>\n<li>Gibbs, J., Fauser, P. J., Rowe, E. A., &amp; Smith, G. P. (1979). Bombesin suppresses feeding in rats. <em>Nature<\/em>, 282(5735), 208\u2013210. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/503218\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/503218\/<\/a><\/li>\n<li>Brown, M., Rivier, J., &amp; Vale, W. (1977). Bombesin affects the central nervous system to produce hypothermia in rats. <em>Life Sciences<\/em>, 21(12), 1729\u20131734. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/593259\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/593259\/<\/a><\/li>\n<li>Sun, Y. G., &amp; Chen, Z. F. (2007). A gastrin-releasing peptide receptor mediates the itch sensation in the spinal cord. <em>Nature<\/em>, 448(7154), 700\u2013703. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/17653196\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/17653196\/<\/a><\/li>\n<li>Roesler, R., &amp; Schwartsmann, G. (2012). Gastrin-releasing peptide receptors in the central nervous system: role in brain function and as a drug target for systemic and neuropsychiatric diseases. <em>Frontiers in Endocrinology<\/em>, 3, 159. <a href=\"https:\/\/www.frontiersin.org\/articles\/10.3389\/fendo.2012.00159\/full\">https:\/\/www.frontiersin.org\/articles\/10.3389\/fendo.2012.00159\/full<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Explorez la bomb\u00e9sine, neuropeptide r\u00e9gulateur de la sati\u00e9t\u00e9, de la thermor\u00e9gulation et du comportement alimentaire sur l&rsquo;axe intestin-cerveau.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[31966,459,6367],"tags":[4159,37563,984,37564,1753,22343,25544],"class_list":["post-22326","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuroendocrinologie","category-neurosciences","category-psychologie-biologique","tag-axe-intestin-cerveau","tag-bombesine","tag-comportement-alimentaire","tag-grp","tag-neuroendocrinologie","tag-neuropeptides","tag-satiete"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22326","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22326\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22326"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22326"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22326"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}