{"id":22279,"date":"2026-10-27T04:10:10","date_gmt":"2026-10-27T04:10:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=foyer-hebergement-sante-mentale"},"modified":"2026-10-27T04:10:10","modified_gmt":"2026-10-27T04:10:10","slug":"foyer-hebergement-sante-mentale","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=foyer-hebergement-sante-mentale","title":{"rendered":"Foyer d&rsquo;h\u00e9bergement : Entre soin et autonomie"},"content":{"rendered":"<p>Au croisement de la psychiatrie communautaire, de la psychologie sociale et du travail m\u00e9dico-social, le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement constitue un maillon fondamental de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me de d\u00e9sinstitutionnalisation. Ce dispositif r\u00e9sidentiel offre un milieu de vie interm\u00e9diaire con\u00e7u pour favoriser la r\u00e9habilitation psychosociale d&rsquo;individus pr\u00e9sentant des troubles psychiques durables, tout en modulant l&rsquo;intensit\u00e9 du soutien clinique selon les capacit\u00e9s d&rsquo;autod\u00e9termination de la personne.<\/p>\n<h2>Le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement en sant\u00e9 mentale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En psychopathologie et en r\u00e9habilitation psychosociale, le <strong>foyer d&rsquo;h\u00e9bergement<\/strong> d\u00e9signe une structure r\u00e9sidentielle communautaire offrant un logement permanent ou transitoire, coupl\u00e9 \u00e0 un encadrement socio-\u00e9ducatif et relationnel, \u00e0 destination d&rsquo;adultes dont l&rsquo;autonomie quotidienne est compromise par des troubles psychiatriques chroniques ou des handicaps neurod\u00e9veloppementaux. Il garantit une s\u00e9curit\u00e9 environnementale tout en \u00e9vitant le recours syst\u00e9matique \u00e0 l&rsquo;hospitalisation continue.<\/p>\n<p>Ce dispositif s&rsquo;inscrit structurellement dans une dynamique de compensation du handicap psychique. Contrairement au cadre asilaire traditionnel caract\u00e9ris\u00e9 par une prise en charge m\u00e9dicale ferm\u00e9e et omnipotente, le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement s\u00e9pare conceptuellement l&rsquo;espace du logis et les lieux de soins formels, cherchant \u00e0 restaurer les r\u00f4les sociaux d\u00e9grad\u00e9s par l&rsquo;\u00e9volution de pathologies au long cours telles que la schizophr\u00e9nie, les troubles bipolaires s\u00e9v\u00e8res ou les d\u00e9ficits de l&rsquo;appareil ex\u00e9cutif cons\u00e9cutifs \u00e0 des traumatismes cr\u00e2niens.<\/p>\n<p>Sur le continuum des soins en sant\u00e9 mentale, le foyer occupe une position pivotale entre l&rsquo;unit\u00e9 psychiatrique d&rsquo;hospitalisation aigu\u00eb et le domicile enti\u00e8rement ind\u00e9pendant. Il incarne un milieu protecteur et capacitant (\u00ab holding \u00bb environnemental), fournissant des \u00e9tayages relationnels quotidiens adapt\u00e9s aux comp\u00e9tences instrumentales et d&rsquo;auto-soin de chaque r\u00e9sident.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme fran\u00e7ais \u00ab foyer \u00bb d\u00e9rive du bas latin <em>focarium<\/em>, adjectif d\u00e9riv\u00e9 de <em>focus<\/em>, d\u00e9signant \u00e0 l&rsquo;origine le feu, l&rsquo;\u00e2tre domestique autour duquel se rassemblait la famille. Par glissement m\u00e9tonymique progressif, le foyer a d\u00e9sign\u00e9 l&rsquo;habitat lui-m\u00eame, puis le lieu symbolique d&rsquo;appartenance, de chaleur protectrice et de stabilit\u00e9 relationnelle. Le mot \u00ab h\u00e9bergement \u00bb provient quant \u00e0 lui de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>herberge<\/em>, d&rsquo;origine germanique (<em>heriberga<\/em>, compos\u00e9 de <em>heri<\/em>, l&rsquo;arm\u00e9e, et de <em>bergan<\/em>, abriter ou prot\u00e9ger), renvoyant litt\u00e9ralement \u00e0 l&rsquo;action de procurer un abri ou une protection mat\u00e9rielle temporaire ou durable.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature anglo-saxonne, l&rsquo;expression \u00e9quivalente <em>boarding home<\/em> ou <em>board and care home<\/em> plonge ses racines dans les pratiques du XIXe et du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, o\u00f9 des familles ou des tenanciers priv\u00e9s accueillaient des pensionnaires contre r\u00e9mun\u00e9ration pour le g\u00eete (<em>board<\/em>) et le vivre (<em>room and board<\/em>). Lors du grand mouvement de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9sinstitutionnalisation\">d\u00e9sinstitutionnalisation psychiatrique<\/a> amorc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960 aux \u00c9tats-Unis, des milliers de patients psychiatriques chroniques lib\u00e9r\u00e9s des asiles d&rsquo;\u00c9tat furent orient\u00e9s vers ces structures commerciales ou communautaires, scellant l&rsquo;entr\u00e9e d\u00e9finitive de cette terminologie dans la sociologie psychiatrique et la sant\u00e9 publique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab foyer d&rsquo;h\u00e9bergement \u00bb se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/fwa.je d\u203fe.b\u025b\u0281.\u0292\u0259.m\u0251\u0303\/. En morphosyntaxe fran\u00e7aise, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier, form\u00e9 d&rsquo;un nom noyau (\u00ab foyer \u00bb), de la pr\u00e9position \u00e9lid\u00e9e \u00ab d&rsquo; \u00bb et d&rsquo;un compl\u00e9ment du nom abstrait non comptable (\u00ab h\u00e9bergement \u00bb). Son pluriel s&rsquo;\u00e9crit \u00ab foyers d&rsquo;h\u00e9bergement \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan s\u00e9mantique et clinique, le terme s&#8217;emploie principalement dans les registres m\u00e9dico-social, administratif et psychologique. Selon les contextes institutionnels et juridiques, il conna\u00eet des d\u00e9clinaisons sp\u00e9cialis\u00e9es telles que \u00ab foyer d&rsquo;accueil m\u00e9dicalis\u00e9 \u00bb (FAM), \u00ab maison d&rsquo;accueil sp\u00e9cialis\u00e9e \u00bb (MAS), \u00ab foyer de vie \u00bb ou \u00ab pension de famille \u00bb. Dans les publications scientifiques anglophones, les chercheurs mobilisent alternativement les concepts de <em>supported housing<\/em>, <em>residential care facility<\/em>, <em>group home<\/em> ou <em>halfway house<\/em> pour d\u00e9signer des nuances sp\u00e9cifiques d&rsquo;intensit\u00e9 d&rsquo;encadrement.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le concept de foyer d&rsquo;h\u00e9bergement en sant\u00e9 mentale transcende la simple fonction mat\u00e9rielle de toit pour devenir un outil th\u00e9rapeutique et relationnel \u00e0 part enti\u00e8re. Sa pr\u00e9misse repose sur le postulat que l&rsquo;environnement \u00e9cologique imm\u00e9diat conditionne directement l&rsquo;intensit\u00e9 des manifestations psychopathologiques. En privant un individu d&rsquo;un r\u00e9seau relationnel s\u00e9curisant et d&rsquo;une structure spatiotemporelle stable, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychique s&rsquo;aggrave. \u00c0 l&rsquo;inverse, un milieu excessivement asilaire induit une d\u00e9pendance institutionnelle (institutionnalisme), marqu\u00e9e par l&rsquo;\u00e9moussement affectif, la passivit\u00e9 et l&rsquo;atrophie des comp\u00e9tences adaptatives.<\/p>\n<p>Le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement op\u00e8re par cons\u00e9quent comme une membrane s\u00e9lective et protectrice. Il compense ce que la psychodynamique et la th\u00e9orie de l&rsquo;attachement d\u00e9crivent comme une d\u00e9faillance des fonctions contenantes internes de l&rsquo;individu. Les intervenants (\u00e9ducateurs sp\u00e9cialis\u00e9s, moniteurs-\u00e9ducateurs, infirmiers, psychologues) constituent un r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9tayage continu, pr\u00eatant temporairement ou durablement leurs fonctions de m\u00e9tacognition et d&rsquo;organisation ex\u00e9cutive pour r\u00e9guler les rythmes biologiques, l&rsquo;alimentation, l&rsquo;observance th\u00e9rapeutique et la cohabitation sociale.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue syst\u00e9mique, le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement est un microsyst\u00e8me dynamique o\u00f9 s&rsquo;articulent la sph\u00e8re de l&rsquo;intime (la chambre individuelle comme sanctuaire de la subjectivit\u00e9) et la sph\u00e8re communautaire (les espaces partag\u00e9s de cuisine, de repas et de loisirs). Cette architecture spatiale contraint le sujet \u00e0 n\u00e9gocier en permanence l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, l&rsquo;obligeant \u00e0 mobiliser des comp\u00e9tences communicatives et de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle, tout en lui offrant la possibilit\u00e9 d&rsquo;un repli r\u00e9parateur en cas de surstimulation sensorielle ou d&rsquo;angoisse de morcellement.<\/p>\n<p>Enfin, le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement interroge les fronti\u00e8res entre soin, r\u00e9habilitation et assistance. Il ne vise pas n\u00e9cessairement la gu\u00e9rison symptomatique int\u00e9grale au sens nosographique traditionnel \u2014 l&rsquo;\u00e9radication compl\u00e8te des d\u00e9lires ou des anomalies perceptives \u2014, mais plut\u00f4t le r\u00e9tablissement personnel (<em>recovery<\/em>). Il s&rsquo;agit de permettre \u00e0 l&rsquo;individu de mener une existence gratifiante, productive et porteuse de sens, en d\u00e9pit de la persistance \u00e9ventuelle d&rsquo;incapacit\u00e9s r\u00e9siduelles induites par la maladie mentale.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire des structures interm\u00e9diaires d&rsquo;h\u00e9bergement psychiatrique s&rsquo;enracine dans la critique de l&rsquo;institution asilaire totalitaire mise en lumi\u00e8re par les travaux de Michel Foucault et d&rsquo;Erving Goffman. Historiquement, l&rsquo;h\u00e9bergement familial des personnes souffrant de folie trouve une de ses expressions pionni\u00e8res la plus c\u00e9l\u00e8bre dans la colonie de Geel, en Belgique, o\u00f9 d\u00e8s le XIIIe si\u00e8cle les habitants accueillaient des ali\u00e9n\u00e9s dans leurs propres foyers, pr\u00e9figurant le mod\u00e8le du placement familial th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;impulsion de pionniers comme Maxwell Jones avec le concept de communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique au Royaume-Uni, et le mouvement de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoth%C3%A9rapie_institutionnelle\">psychoth\u00e9rapie institutionnelle<\/a> en France (Fran\u00e7ois Tosquelles, Jean Oury, Frantz Fanon \u00e0 Saint-Alban), le dogme de l&rsquo;enfermement hospitalier est frontalement contest\u00e9. Ces praticiens cherchent \u00e0 \u00ab soigner l&rsquo;h\u00f4pital \u00bb pour emp\u00eacher l&rsquo;ali\u00e9nation institutionnelle, puis rapidement \u00e0 \u00e9tendre les espaces de libert\u00e9 au-del\u00e0 des murs de l&rsquo;asile gr\u00e2ce \u00e0 des structures extra-hospitali\u00e8res.<\/p>\n<p>Les d\u00e9cennies 1960 et 1970 marquent le tournant massif de la d\u00e9sinstitutionnalisation en Am\u00e9rique du Nord et en Europe occidentale, catalys\u00e9 par la d\u00e9couverte des neuroleptiques, les pressions \u00e9conomiques et les revendications citoyennes de droits de l&rsquo;homme. Aux \u00c9tats-Unis, le <em>Community Mental Health Act<\/em> de 1963 promulgu\u00e9 par John F. Kennedy visait \u00e0 remplacer les grands asiles d&rsquo;\u00c9tat par des centres de sant\u00e9 mentale de proximit\u00e9. Toutefois, l&rsquo;absence de financements communautaires p\u00e9rennes conduisit \u00e0 une prolif\u00e9ration incontr\u00f4l\u00e9e de <em>boarding homes<\/em> priv\u00e9s \u00e0 but lucratif, souvent sous-encadr\u00e9s, d\u00e9crits par les sociologues comme des \u00ab mini-asiles transinstitutionnels \u00bb reproduisant la mis\u00e8re et l&rsquo;abandon.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1980 et 1990, une professionnalisation et une r\u00e9glementation accrues voient le jour. L&rsquo;\u00e9mergence du paradigme de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9habilitation_psychosociale\">r\u00e9habilitation psychosociale<\/a> th\u00e9oris\u00e9e notamment par William Anthony et le Center for Psychiatric Rehabilitation de l&rsquo;Universit\u00e9 de Boston requalifie le foyer non plus comme un mouroir social passif, mais comme un laboratoire d&rsquo;acquisition de comp\u00e9tences de vie autonome. Les mod\u00e8les \u00e9voluent vers une diversification fine : appartements communautaires, maisons d&rsquo;accueil sp\u00e9cialis\u00e9es, pensions de famille cr\u00e9\u00e9es pour lutter contre l&rsquo;exclusion sociale des personnes en souffrance psychique isol\u00e9es, jusqu&rsquo;\u00e0 la cons\u00e9cration contemporaine du mod\u00e8le \u00ab Un chez-soi d&rsquo;abord \u00bb (<em>Housing First<\/em>).<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le fonctionnement et la pertinence clinique du foyer d&rsquo;h\u00e9bergement reposent sur plusieurs paradigmes fondamentaux des sciences psychologiques :<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le vuln\u00e9rabilit\u00e9-stress, formul\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine par Joseph Zubin et Bonnie Spring (1977), postule que l&rsquo;\u00e9mergence ou la rechute des d\u00e9compensations psychotiques r\u00e9sulte de l&rsquo;interaction entre une vuln\u00e9rabilit\u00e9 biologique sous-jacente et des agents de stress environnementaux. Le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement agit comme un filtre protecteur, en maintenant les stresseurs contextuels (pressions financi\u00e8res, instabilit\u00e9 du logement, confrontations interpersonnelles violentes) sous le seuil critique qui pr\u00e9cipite la crise psychopathologique.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie de l&rsquo;attachement d\u00e9velopp\u00e9e par John Bowlby fournit \u00e9galement une grille d&rsquo;analyse cruciale. De nombreux r\u00e9sidents pr\u00e9sentent des styles d&rsquo;attachement ins\u00e9cures ou d\u00e9sorganis\u00e9s, marqu\u00e9s par des traumatismes relationnels pr\u00e9coces. L&rsquo;\u00e9quipe pluridisciplinaire du foyer offre une \u00ab base de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb et un \u00ab havre de r\u00e9confort \u00bb, permettant la reconstruction progressive d&rsquo;une confiance intersubjective indispensable \u00e0 toute tentative d&rsquo;exploration du monde ext\u00e9rieur et d&rsquo;autonomie fonctionnelle.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le \u00e9cologique du d\u00e9veloppement humain d&rsquo;Urie Bronfenbrenner permet d&rsquo;appr\u00e9hender le foyer comme un m\u00e9sosyst\u00e8me articul\u00e9. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un isolat \u00e9tanche, mais d&rsquo;une interface facilitant les transactions de l&rsquo;individu entre son ontosyst\u00e8me (ses capacit\u00e9s cognitives et affectives) et les macrosyst\u00e8mes soci\u00e9taux (l&#8217;emploi prot\u00e9g\u00e9, les associations de quartier, les structures de soins ambulatoires, la citoyennet\u00e9 active).<\/p>\n<p>Enfin, la psychologie positive et le mouvement du r\u00e9tablissement (<em>recovery model<\/em>) ancrent la philosophie du foyer dans l&rsquo;autod\u00e9termination et le d\u00e9veloppement du sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9 th\u00e9oris\u00e9 par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Albert_Bandura\">Albert Bandura<\/a>. L&rsquo;accent se d\u00e9place des d\u00e9ficits vers les forces r\u00e9siduelles, le soutien par les pairs et la reprise du pouvoir d&rsquo;agir (<em>empowerment<\/em>), red\u00e9finissant l&rsquo;habitat comme le tremplin d&rsquo;une identit\u00e9 non r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;\u00e9tiquette diagnostique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La structure d&rsquo;un foyer d&rsquo;h\u00e9bergement moderne s&rsquo;articule autour de multiples axes fonctionnels et organisationnels :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La composante spatio-temporelle :<\/strong> D\u00e9limitation rigoureuse entre sph\u00e8res priv\u00e9es (chambre individuelle personnalisable, sanctuaris\u00e9e) et collectives (salle commune, r\u00e9fectoire), rythm\u00e9e par des rep\u00e8res fixes (horaires de repas, r\u00e9unions de maisonn\u00e9e, ateliers de r\u00e9gulation).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9tayage aux activit\u00e9s de la vie quotidienne (AVQ) :<\/strong> Accompagnement individualis\u00e9 dans la gestion de l&rsquo;hygi\u00e8ne personnelle, l&rsquo;entretien du linge, la confection des repas, la gestion budg\u00e9taire et l&rsquo;usage des transports en commun.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;administration et la surveillance th\u00e9rapeutique :<\/strong> Coordination avec les acteurs de sant\u00e9 mentale externes (Centres M\u00e9dico-Psychologiques, psychiatres lib\u00e9raux), s\u00e9curisation de l&rsquo;observance m\u00e9dicamenteuse sans transformer le lieu en h\u00f4pital.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9gulation de la vie collective :<\/strong> Espaces formels d&rsquo;\u00e9changes (conseils de vie sociale) o\u00f9 sont \u00e9labor\u00e9es et ren\u00e9goci\u00e9es les r\u00e8gles de cohabitation, permettant l&rsquo;apprentissage de la tol\u00e9rance \u00e0 la frustration et de la r\u00e9solution non-violente des conflits.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;ouverture vers la cit\u00e9 :<\/strong> Partenariats avec des structures de travail adapt\u00e9 (ESAT), des centres de loisirs, des groupes d&rsquo;entraide mutuelle (GEM) visant \u00e0 pr\u00e9venir le repli endogame.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan typologique, les structures varient selon l&rsquo;intensit\u00e9 des besoins et l&rsquo;organisation m\u00e9dico-l\u00e9gale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Foyers d&rsquo;H\u00e9bergement de transition (Halfway Houses) :<\/strong> Structures temporaires (6 \u00e0 24 mois) ax\u00e9es sur l&rsquo;apprentissage intensif de l&rsquo;autonomie en vue d&rsquo;un acc\u00e8s rapide au logement autonome.<\/li>\n<li><strong>Foyers d&rsquo;Accueil M\u00e9dicalis\u00e9 (FAM) et Maisons d&rsquo;Accueil Sp\u00e9cialis\u00e9es (MAS) :<\/strong> R\u00e9sidences \u00e0 encadrement continu lourd pour usagers cumulant troubles psychiatriques et handicaps moteurs ou d\u00e9pendances s\u00e9v\u00e8res.<\/li>\n<li><strong>Pensions de famille \/ R\u00e9sidences d&rsquo;accueil :<\/strong> Logements p\u00e9rennes sans limitation de dur\u00e9e, combinant petits appartements privatifs et espaces collectifs anim\u00e9s par un travailleur social (\u00ab ma\u00eetre de maison \u00bb), orient\u00e9s vers les personnes souffrant d&rsquo;isolement chronique.<\/li>\n<li><strong>Appartements th\u00e9rapeutiques ou communautaires :<\/strong> Petits regroupements de r\u00e9sidents (2 \u00e0 4 personnes) en milieu urbain ordinaire, b\u00e9n\u00e9ficiant de visites \u00e9ducatives r\u00e9guli\u00e8res mais non permanentes.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la diversit\u00e9 des trajectoires au sein de ces dispositifs, consid\u00e9rons deux cas cliniques embl\u00e9matiques de la r\u00e9habilitation psychosociale contemporaine :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Marc, 34 ans, diagnostic de schizophr\u00e9nie parano\u00efde stabilis\u00e9e.<\/strong><br \/>Apr\u00e8s six hospitalisations sous contrainte au cours des sept derni\u00e8res ann\u00e9es en raison de rechutes psychotiques massives induites par des ruptures de traitement et une angoisse pers\u00e9cutrice majeure dans un logement urbain isol\u00e9, Marc int\u00e8gre un foyer d&rsquo;h\u00e9bergement de transition. \u00c0 son arriv\u00e9e, il pr\u00e9sente des sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs marqu\u00e9s : aboulie, apragmatisme et repli autistique quasi-complet dans sa chambre. L&rsquo;\u00e9quipe pluridisciplinaire met en place un plan de soutien individualis\u00e9 : Marc est d&rsquo;abord sollicit\u00e9 pour co-pr\u00e9parer un repas hebdomadaire avec un \u00e9ducateur r\u00e9f\u00e9rent, r\u00e9duisant son niveau d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale. Les repas pris en communaut\u00e9 lui r\u00e9apprennent les codes de civilit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaires. Progressivement, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intervention coordonn\u00e9e du psychologue du foyer pratiquant l&rsquo;entra\u00eenement aux habilet\u00e9s sociales, Marc apprend \u00e0 exprimer ses affects et \u00e0 n\u00e9gocier les stimuli stressants. Au bout de dix-huit mois, ses fonctions ex\u00e9cutives restaur\u00e9es lui permettent de g\u00e9rer seul ses courses, son budget et ses rendez-vous m\u00e9dicaux, rendant envisageable son transfert vers une sous-location accompagn\u00e9e en appartement autonome.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : \u00c9l\u00e9onore, 52 ans, trouble affectif bipolaire \u00e0 cycles rapides et vuln\u00e9rabilit\u00e9 cognitive.<\/strong><br \/>\u00c9l\u00e9onore a connu une trajectoire jalonn\u00e9e d&rsquo;\u00e9pisodes maniaques s\u00e9v\u00e8res ayant entra\u00een\u00e9 la dilapidation de ses biens et une rupture totale avec son tissu familial. Elle pr\u00e9sente un d\u00e9clin mod\u00e9r\u00e9 des fonctions attentionnelles et une labilit\u00e9 thymique r\u00e9siduelle. Un appartement individuel autonome sans soutien a syst\u00e9matiquement pr\u00e9cipit\u00e9 la rechute. Elle est orient\u00e9e vers une r\u00e9sidence d&rsquo;accueil (pension de famille). Dans ce cadre non contraignant, la pr\u00e9sence rassurante et quotidienne du ma\u00eetre de maison permet de d\u00e9tecter imm\u00e9diatement les signaux avant-coureurs de virage maniaque (hypomanie, r\u00e9duction brutale du temps de sommeil, projets irr\u00e9alistes) et d&rsquo;alerter sans d\u00e9lai son psychiatre traitant. \u00c9l\u00e9onore s&rsquo;investit dans l&rsquo;atelier jardinage de la r\u00e9sidence, valorisant ses comp\u00e9tences horticoles et restaurant une estime de soi profond\u00e9ment alt\u00e9r\u00e9e par des d\u00e9cennies de stigmatisation. Le foyer fonctionne ici non comme une \u00e9tape de transition vers le milieu ordinaire, mais comme un lieu de vie durable garantissant une hom\u00e9ostasie psychologique et \u00e9vitant d\u00e9finitivement la r\u00e9hospitalisation.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et crit\u00e8res d&rsquo;orientation<\/h3>\n<p>L&rsquo;admission et l&rsquo;orientation d&rsquo;un individu vers un foyer d&rsquo;h\u00e9bergement ne reposent pas uniquement sur une nomenclature nosologique nosographique, mais sur une \u00e9valuation fonctionnelle approfondie de son autonomie instrumentale, relationnelle et cognitive.<\/p>\n<p>Les \u00e9quipes d&rsquo;\u00e9valuation mobilisent couramment des outils standardis\u00e9s reconnus \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;autonomie fonctionnelle (SMAF) ou l&rsquo;IADL (Instrumental Activities of Daily Living de Lawton) :<\/strong> Mesure la capacit\u00e9 objective de la personne \u00e0 r\u00e9aliser des t\u00e2ches quotidiennes comme la gestion financi\u00e8re, la pr\u00e9paration des repas, la gestion du traitement et l&rsquo;utilisation des r\u00e9seaux de communication.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle des habilet\u00e9s de la vie quotidienne de l&rsquo;Universit\u00e9 de Californie \u00e0 San Diego (UPSA &#8211; UCSD Performance-Based Skills Assessment) :<\/strong> \u00c9value par le jeu de r\u00f4le et la simulation de situations concr\u00e8tes les comp\u00e9tences pratiques n\u00e9cessaires \u00e0 une vie autonome.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;\u00c9valuation Globale du Fonctionnement (EGF \/ GAF) ou la WHODAS 2.0 (World Health Organization Disability Assessment Schedule) :<\/strong> \u00c9value l&rsquo;impact global des alt\u00e9rations psychopathologiques sur les activit\u00e9s et la participation sociale selon les crit\u00e8res de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Organisation_mondiale_de_la_sant%C3%A9\">Organisation mondiale de la sant\u00e9<\/a>.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation des besoins non satisfaits de Camberwell (CAN \/ Camberwell Assessment of Need) :<\/strong> Permet d&rsquo;explorer de mani\u00e8re collaborative entre l&rsquo;usager et le clinicien les domaines d&rsquo;aide prioritaires (h\u00e9bergement, alimentation, relations sociales, intimit\u00e9, usage de substances).<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;orientation r\u00e9sulte d&rsquo;un consensus pluriprofessionnel impliquant le psychiatre r\u00e9f\u00e9rent, les travailleurs sociaux, l&rsquo;usager lui-m\u00eame et, dans de nombreux pays, des commissions m\u00e9dico-sociales \u00e9tatiques (telles que les Maisons D\u00e9partementales des Personnes Handicap\u00e9es en France). Les crit\u00e8res d&rsquo;exclusion majeurs incluent fr\u00e9quemment une conduite addictive non stabilis\u00e9e repr\u00e9sentant un danger imm\u00e9diat pour la communaut\u00e9, un potentiel h\u00e9t\u00e9ro-agressif aigu incontr\u00f4lable ou une d\u00e9compensation psychiatrique active exigeant des soins intensifs ferm\u00e9s.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Sur le terrain m\u00e9dico-social, le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement d\u00e9ploie des applications multiformes qui s&rsquo;articulent autour de trois axes cardinaux : clinique, socio-\u00e9ducatif et citoyen.<\/p>\n<p>Dans le domaine clinique et psychoth\u00e9rapeutique, le foyer constitue un milieu d&rsquo;exposition in vivo privil\u00e9gi\u00e9. Les interventions de rem\u00e9diation cognitive (visant \u00e0 r\u00e9habiliter la m\u00e9moire de travail, la flexibilit\u00e9 cognitive et l&rsquo;attention s\u00e9lective) ou d&rsquo;entra\u00eenement aux comp\u00e9tences sociales peuvent y \u00eatre imm\u00e9diatement transf\u00e9r\u00e9es dans la vie concr\u00e8te. Par exemple, une s\u00e9ance sur la reconnaissance des \u00e9motions faciales trouve son application imm\u00e9diate lors du repas partag\u00e9 du soir, renfor\u00e7ant la g\u00e9n\u00e9ralisation des acquis neurocognitifs.<\/p>\n<p>Sur le versant socio-\u00e9ducatif, le foyer r\u00e9introduit la notion de temporalit\u00e9 rythm\u00e9e. Pour des individus marqu\u00e9s par la d\u00e9sorganisation temporelle inh\u00e9rente aux psychoses chroniques, les rituels quotidiens \u2014 le r\u00e9veil programm\u00e9, la confection collaborative du planning d&rsquo;entretien, la participation aux sorties collectives \u2014 agissent comme un cadre contenant structurant. L&rsquo;apprentissage guid\u00e9 du budget personnel prot\u00e8ge les r\u00e9sidents contre les risques de pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eame et d&rsquo;exploitation financi\u00e8re par des tiers malintentionn\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan soci\u00e9tal, enfin, les foyers d&rsquo;h\u00e9bergement jouent un r\u00f4le critique dans la d\u00e9stigmatisation des troubles mentaux graves. En s&rsquo;implantant dans des quartiers r\u00e9sidentiels ordinaires, ces structures forcent le dialogue et la coexistence avec les riverains, d\u00e9mystifiant les repr\u00e9sentations archa\u00efques de la folie et d\u00e9montrant la faisabilit\u00e9 d&rsquo;une citoyennet\u00e9 pleine et enti\u00e8re au c\u0153ur de la ville.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche \u00e9valuative en sant\u00e9 mentale s&rsquo;est intensivement pench\u00e9e sur l&rsquo;efficacit\u00e9 des diverses formes d&rsquo;h\u00e9bergement supervis\u00e9 au cours des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes observationnelles et longitudinales d\u00e9montrent de mani\u00e8re constante qu&rsquo;un environnement r\u00e9sidentiel adapt\u00e9 r\u00e9duit drastiquement le ph\u00e9nom\u00e8ne dit de la \u00ab porte tournante \u00bb (<em>revolving door<\/em>), caract\u00e9ris\u00e9 par des r\u00e9admissions it\u00e9ratives en hospitalisation psychiatrique d&rsquo;urgence. Les travaux de Nelson, Hall et Walsh-Bowers (1998) soulignent que le logement supervis\u00e9 est corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 une stabilisation symptomatique durable, une diminution significative de l&rsquo;errance sans domicile fixe et une am\u00e9lioration tangible du bien-\u00eatre subjectif.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s r\u00e9cents ont profond\u00e9ment modifi\u00e9 le consensus th\u00e9orique en comparant deux grands paradigmes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le mod\u00e8le lin\u00e9aire traditionnel en paliers (<em>Continuum of Care \/ Step-down model<\/em>) :<\/strong> Mod\u00e8le dans lequel le r\u00e9sident doit faire ses preuves au sein d&rsquo;un foyer hautement supervis\u00e9 avant d&rsquo;acc\u00e9der progressivement \u00e0 des logements plus autonomes au fur et \u00e0 mesure que ses comp\u00e9tences augmentent.<\/li>\n<li><strong>Le mod\u00e8le du logement d&rsquo;abord (<em>Housing First \/ Supported Housing<\/em>) :<\/strong> Approche initi\u00e9e par Sam Tsemberis dans les ann\u00e9es 1990, qui octroie imm\u00e9diatement un logement individuel autonome et p\u00e9renne coupl\u00e9 \u00e0 une \u00e9quipe de soutien pluridisciplinaire mobile (type Assertive Community Treatment &#8211; ACT).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les donn\u00e9es empiriques de vastes projets internationaux, tels que le projet canadien <em>At Home \/ Chez Soi<\/em> (Goering et al., 2014) ou le projet fran\u00e7ais <em>Un chez-soi d&rsquo;abord<\/em> (Tinland et al., 2020), ont d\u00e9montr\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e9clatante du mod\u00e8le <em>Housing First<\/em> en mati\u00e8re de maintien dans le logement (taux de r\u00e9tention sup\u00e9rieur \u00e0 80 % sur deux ans) et de co\u00fbt-efficacit\u00e9 pour les personnes sans-abri atteintes de troubles psychiatriques s\u00e9v\u00e8res. Toutefois, la litt\u00e9rature clinique (notamment De Heer-Wunderink et al., 2012) rappelle que pour un sous-groupe substantiel d&rsquo;individus pr\u00e9sentant un d\u00e9ficit cognitif massif ou une grande anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;isolement, le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement collectif demeure un choix pr\u00e9f\u00e9rentiel indispensable, l&rsquo;acc\u00e8s brutal \u00e0 la solitude en appartement individuel pouvant exacerber le sentiment d&rsquo;abandon et l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 existentielle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et transnationales<\/h3>\n<p>La conception, l&rsquo;organisation et la l\u00e9gitimit\u00e9 des foyers d&rsquo;h\u00e9bergement sont tributaires des matrices culturelles et des mod\u00e8les d&rsquo;\u00c9tat-providence propres \u00e0 chaque nation.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales individualistes d&rsquo;Europe du Nord et d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, la prise en charge de l&rsquo;adulte handicap\u00e9 psychique par l&rsquo;institution ou l&rsquo;\u00c9tat est largement accept\u00e9e comme un droit citoyen et une norme institutionnelle. La d\u00e9connexion d&rsquo;avec la famille d&rsquo;origine est per\u00e7ue comme une \u00e9tape saine vers l&rsquo;\u00e9mancipation adulte, m\u00eame sous forme d&rsquo;h\u00e9bergement supervis\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, dans les cultures \u00e0 fort ancrage collectiviste ou familialiste (dans de nombreuses r\u00e9gions d&rsquo;Asie, d&rsquo;Afrique subsaharienne, du Proche-Orient et d&rsquo;Am\u00e9rique latine), d\u00e9l\u00e9guer l&rsquo;h\u00e9bergement d&rsquo;un parent souffrant de troubles psychiques \u00e0 une structure institutionnelle collective est fr\u00e9quemment interpr\u00e9t\u00e9 comme un manquement moral grave \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9 filiale ou \u00e0 la solidarit\u00e9 clanique. Le soutien s&rsquo;effectue quasi-exclusivement au sein du domicile familial \u00e9tendu, souvent au prix d&rsquo;un fardeau familial (<em>family burden<\/em>) consid\u00e9rable pour les aidants informels, le plus souvent les femmes.<\/p>\n<p>En outre, les ressources \u00e9conomiques nationales imposent des disparit\u00e9s criantes. Tandis que les pays riches d\u00e9veloppent des r\u00e9seaux sophistiqu\u00e9s d&rsquo;h\u00e9bergements m\u00e9dico-sociaux hautement r\u00e9gul\u00e9s, les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire doivent composer avec une p\u00e9nurie dramatique de lits r\u00e9sidentiels non hospitaliers. Dans ces contextes, le mod\u00e8le promu par l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 via le programme mhGAP met l&rsquo;accent sur le renforcement direct des comp\u00e9tences de la famille et des communaut\u00e9s villageoises plut\u00f4t que sur la construction de foyers d\u00e9di\u00e9s, trop on\u00e9reux \u00e0 maintenir.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de leur utilit\u00e9 incontestable, les foyers d&rsquo;h\u00e9bergement sont l&rsquo;objet de critiques sociologiques, \u00e9thiques et cliniques s\u00e9v\u00e8res :<\/p>\n<p>Le principal \u00e9cueil th\u00e9orique r\u00e9side dans le concept de <strong>transinstitutionnalisation<\/strong>. De nombreux sociologues critiques affirment que la fermeture des grands asiles psychiatriques n&rsquo;a pas conduit \u00e0 une v\u00e9ritable libert\u00e9 pour les patients, mais simplement \u00e0 une dispersion spatiale du contr\u00f4le social. Certains foyers d&rsquo;h\u00e9bergement, sous couvert de milieu de vie familial, reproduisent fid\u00e8lement les dynamiques de l&rsquo;institution totale d\u00e9crites par Goffman : contr\u00f4le de la vie intime, surveillance des all\u00e9es et venues, menus impos\u00e9s, infantisation des usagers et confiscation de la libert\u00e9 de choix.<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne NIMBY (<em>Not In My Back Yard<\/em>, ou \u00ab Pas dans mon arri\u00e8re-cour \u00bb) constitue une autre controverse sociale majeure. L&rsquo;implantation d&rsquo;un foyer d&rsquo;h\u00e9bergement psychiatrique dans un quartier suscite fr\u00e9quemment la mobilisation hostile des riverains, craignant une d\u00e9valuation immobili\u00e8re ou des actes de violence suppos\u00e9s, r\u00e9v\u00e9lant la persistance de pr\u00e9jug\u00e9s tenaces et de la peur atavique de la folie.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9conomique, le risque de d\u00e9rive mercantile des foyers priv\u00e9s \u00e0 but lucratif (particuli\u00e8rement document\u00e9 dans l&rsquo;histoire des <em>boarding homes<\/em> nord-am\u00e9ricains) repr\u00e9sente une menace \u00e9thique constante. L&rsquo;optimisation des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires peut se faire au d\u00e9triment direct de la qualit\u00e9 des repas, du chauffage, du ratio de personnel qualifi\u00e9 et de la maintenance des locaux, transformant ces lieux en \u00ab ghettos de la mis\u00e8re psychique \u00bb o\u00f9 v\u00e9g\u00e8tent des r\u00e9sidents d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs ch\u00e8ques d&rsquo;allocation d&rsquo;invalidit\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan clinique, le foyer peut paradoxalement entretenir la d\u00e9pendance plut\u00f4t que l&rsquo;autonomie. L&rsquo;omnipr\u00e9sence du personnel et la r\u00e9gularit\u00e9 s\u00e9curisante du cadre institutionnel peuvent d\u00e9courager l&rsquo;usager de prendre des risques d\u00e9veloppementaux sains, le confinant ind\u00e9finiment dans une \u00ab carri\u00e8re de malade mental \u00bb chronicis\u00e9e.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout flou conceptuel, il est essentiel de distinguer le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement d&rsquo;autres structures et dispositifs voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Foyer d&rsquo;h\u00e9bergement vs H\u00f4pital psychiatrique :<\/strong> L&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique est une structure sanitaire dispensant des soins m\u00e9dicaux aigus, des investigations diagnostiques et des traitements sous contrainte dans un cadre hautement hi\u00e9rarchis\u00e9 m\u00e9dicalement. Le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement est un lieu de vie m\u00e9dico-social ou social o\u00f9 le soin direct n&rsquo;est pas exerc\u00e9 sous forme d&rsquo;hospitalisation et o\u00f9 prime le statut de locataire ou d&rsquo;usager.<\/li>\n<li><strong>Foyer d&rsquo;h\u00e9bergement vs Foyer d&rsquo;urgence sociale :<\/strong> Le foyer d&rsquo;urgence accueille sans condition pr\u00e9alable des personnes sans-abri pour de tr\u00e8s courtes dur\u00e9es (quelques nuits), dans une logique de mise \u00e0 l&rsquo;abri imm\u00e9diate. Le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement psychiatrique s\u00e9lectionne ses r\u00e9sidents sur dossier m\u00e9dico-social pour un s\u00e9jour durable et structur\u00e9 par un projet individuel.<\/li>\n<li><strong>Foyer d&rsquo;h\u00e9bergement vs Appartement de coordination th\u00e9rapeutique (ACT) :<\/strong> Les ACT s&rsquo;adressent sp\u00e9cifiquement \u00e0 des personnes souffrant de pathologies somatiques chroniques invalidantes (VIH, cancer, h\u00e9patites) en situation de pr\u00e9carit\u00e9, alors que le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement vise sp\u00e9cifiquement le handicap psychique ou neurod\u00e9veloppemental.<\/li>\n<li><strong>Foyer d&rsquo;h\u00e9bergement vs Logement accompagn\u00e9 \/ \u00ab Un chez-soi d&rsquo;abord \u00bb :<\/strong> Dans le mod\u00e8le du logement accompagn\u00e9, le bail locatif est au nom propre de l&rsquo;usager, ind\u00e9pendant de l&rsquo;accompagnement social, et l&rsquo;\u00e9quipe soignante est mobile. Dans le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement, le logement est indissociable du cadre institutionnel et physique de la structure collective.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement s&rsquo;affirme comme une structure fondamentale de la r\u00e9habilitation psychosociale contemporaine, assurant l&rsquo;interface indispensable entre l&rsquo;espace m\u00e9dical de l&rsquo;h\u00f4pital et l&rsquo;espace social de la cit\u00e9. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple substitut d&rsquo;habitat, il incarne un dispositif \u00e9cologique structurant, dont l&rsquo;objectif central est de compenser les incapacit\u00e9s induites par les troubles psychiatriques s\u00e9v\u00e8res tout en cultivant le potentiel adaptatif de chaque individu.<\/p>\n<p>Son succ\u00e8s th\u00e9rapeutique r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 maintenir un \u00e9quilibre dialectique complexe entre protection et autonomie, entre \u00e9tayage relationnel permanent et respect de la vie priv\u00e9e, entre s\u00e9curit\u00e9 institutionnelle et ouverture sur la communaut\u00e9 ext\u00e9rieure. Face aux controverses de la transinstitutionnalisation et aux critiques des mod\u00e8les lin\u00e9aires, le foyer d&rsquo;h\u00e9bergement moderne s&rsquo;est r\u00e9invent\u00e9 pour adopter les principes du r\u00e9tablissement personnel, affirmant que quel que soit le degr\u00e9 de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;un trouble psychique, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un lieu de vie digne et signifiant constitue le socle inali\u00e9nable de toute existence humaine.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Anthony, W. A. (1993). Recovery from mental illness: The guiding vision of the mental health service system in the 1990s. <em>Psychosocial Rehabilitation Journal<\/em>, 16(4), 11-23. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0095655\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0095655<\/a><\/li>\n<li>De Heer-Wunderink, C., Visser, E., Caro-Nienhuis, C., Sytema, S., &amp; Wiersma, D. (2012). Supported housing and supported living in the Netherlands: Exchange of best practices with England. <em>Health &amp; Social Care in the Community<\/em>, 20(1), 73-81. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1365-2524.2011.01018.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1365-2524.2011.01018.x<\/a><\/li>\n<li>Goffman, E. (1961). <em>Asylums: Essays on the social situation of mental patients and other inmates<\/em>. Anchor Books.<\/li>\n<li>Nelson, G., Hall, G. B., &amp; Walsh-Bowers, R. (1998). The relationship between housing characteristics, emotional well-being and the symptoms of persons with serious mental illness. <em>Canadian Journal of Community Mental Health<\/em>, 17(2), 5-23. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7870\/cjcmh-1998-0012\">https:\/\/doi.org\/10.7870\/cjcmh-1998-0012<\/a><\/li>\n<li>Tinland, A., Loubi\u00e8re, S., Boucekine, M., Vincent, I., Girard, V., &amp; Auquier, P. (2020). Effectiveness of a Housing First program on quality of life, hospital utilization, and psychiatric symptoms: A randomized controlled trial. <em>BMC Psychiatry<\/em>, 20(1), 1-13. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1186\/s12888-020-02973-4\">https:\/\/doi.org\/10.1186\/s12888-020-02973-4<\/a><\/li>\n<li>Zubin, J., &amp; Spring, B. (1977). Vulnerability: A new view of schizophrenia. <em>Journal of Abnormal Psychology<\/em>, 86(2), 103-126. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0021-843X.86.2.103\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0021-843X.86.2.103<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse approfondie du foyer d&rsquo;h\u00e9bergement en sant\u00e9 mentale : fondements th\u00e9oriques, r\u00e9habilitation psychosociale, histoire et perspectives cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[18112,154,859],"tags":[23789,37487,17366,2333,1906,419],"class_list":["post-22279","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychiatrie-communautaire","category-psychologie-sociale","category-psychopathologie","tag-desinstitutionnalisation","tag-foyer-dhebergement","tag-handicap-psychique","tag-rehabilitation-psychosociale","tag-retablissement","tag-sante-mentale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22279","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22279\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22279"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22279"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22279"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}