{"id":22221,"date":"2026-10-27T01:57:07","date_gmt":"2026-10-27T01:57:07","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=blepharospasme-dystonie-oculaire"},"modified":"2026-10-27T01:57:07","modified_gmt":"2026-10-27T01:57:07","slug":"blepharospasme-dystonie-oculaire","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=blepharospasme-dystonie-oculaire","title":{"rendered":"Bl\u00e9pharospasme : Comprendre la dystonie oculaire"},"content":{"rendered":"<p>Le bl\u00e9pharospasme repr\u00e9sente l&rsquo;une des manifestations les plus fascinantes et invalidantes des troubles du mouvement, se situant au confluent de la neurologie motrice, de l&rsquo;ophtalmologie et de la neuropsychiatrie. Cette affection se caract\u00e9rise par des contractions involontaires, bilat\u00e9rales et synchrones du muscle orbiculaire des paupi\u00e8res, entra\u00eenant une occlusion palp\u00e9brale intermittente ou soutenue pouvant aller jusqu&rsquo;\u00e0 une c\u00e9cit\u00e9 fonctionnelle compl\u00e8te. Loin de se r\u00e9duire \u00e0 un simple clignement excessif, le bl\u00e9pharospasme constitue une pathologie complexe qui alt\u00e8re profond\u00e9ment l&rsquo;autonomie, la communication interpersonnelle et l&rsquo;\u00e9quilibre psychologique des personnes touch\u00e9es.<\/p>\n<h2>Bl\u00e9pharospasme<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>bl\u00e9pharospasme<\/strong> est une dystonie focale de l&rsquo;adulte caract\u00e9ris\u00e9e par des spasmes involontaires, r\u00e9p\u00e9titifs ou toniques du muscle orbiculaire de l&rsquo;\u0153il (<em>musculus orbicularis oculi<\/em>), conduisant \u00e0 un r\u00e9tr\u00e9cissement de la fente palp\u00e9brale ou \u00e0 une fermeture involontaire prolong\u00e9e des paupi\u00e8res. Dans sa forme primitive ou essentielle, l&rsquo;affection se manifeste en l&rsquo;absence de toute l\u00e9sion structurelle oculaire primaire identifiable ou d&rsquo;anomalie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique et fonctionnel, cette perturbation motrice se distingue par son caract\u00e8re fluctuant et son aggravation fr\u00e9quente en r\u00e9ponse \u00e0 divers stimuli environnementaux, sensoriels et \u00e9motionnels, tels que la lumi\u00e8re vive (photophobie), le vent, la fatigue, la lecture ou les \u00e9tats de stress psychologique aigu. L&rsquo;atteinte est typiquement bilat\u00e9rale et sym\u00e9trique, bien qu&rsquo;elle puisse d\u00e9buter de mani\u00e8re unilat\u00e9rale ou asym\u00e9trique avant de se g\u00e9n\u00e9raliser aux deux yeux au fil des mois.<\/p>\n<p>Bien que le syst\u00e8me visuel intrins\u00e8que (corn\u00e9e, cristallin, r\u00e9tine, nerf optique) demeure intact, la fermeture spasmodique des paupi\u00e8res engendre fr\u00e9quemment une c\u00e9cit\u00e9 fonctionnelle s\u00e9v\u00e8re, emp\u00eachant les patients de conduire, de lire, de marcher sans accompagnement ou d&rsquo;exercer leur profession, ce qui entra\u00eene une d\u00e9tresse psychologique consid\u00e9rable et un isolement social prononc\u00e9.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab bl\u00e9pharospasme \u00bb est un compos\u00e9 d&rsquo;origine grecque savante, issu de la fusion de deux radicaux hell\u00e9niques fondamentaux :<\/p>\n<p>Le premier \u00e9l\u00e9ment d\u00e9rive du grec ancien <em>bl\u00e9pharon<\/em> (\u03b2\u03bb\u03ad\u03c6\u03b1\u03c1\u03bf\u03bd), qui d\u00e9signe sp\u00e9cifiquement la \u00ab paupi\u00e8re \u00bb. Le second \u00e9l\u00e9ment provient de <em>spasmos<\/em> (\u03c3\u03c0\u03b1\u03c3\u03bc\u03cc\u03c2), signifiant \u00ab convulsion \u00bb, \u00ab tiraillement \u00bb ou \u00ab contraction violente et involontaire \u00bb, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>spa\u00f4<\/em> (\u03c3\u03c0\u03ac\u03c9), qui signifie \u00ab tirer \u00bb, \u00ab arracher \u00bb ou \u00ab contracter \u00bb.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9t\u00e9 introduit dans le lexique nosologique m\u00e9dical europ\u00e9en au XIXe si\u00e8cle pour d\u00e9signer tout \u00e9tat de fermeture spasmodique de l&rsquo;\u0153il, avant d&rsquo;\u00eatre progressivement affin\u00e9 par l&rsquo;\u00e9cole neurologique fran\u00e7aise et anglo-saxonne au XXe si\u00e8cle pour d\u00e9signer sp\u00e9cifiquement une forme de dystonie focale cr\u00e2nienne, distincte des simples myokimies ou des tics moteurs.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, \u00ab bl\u00e9pharospasme \u00bb est un substantif masculin singulier. Sa transcription phon\u00e9tique normalis\u00e9e dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) est \/ble.fa.\u0281\u0254.spasm\/.<\/p>\n<p>Au pluriel, il prend la marque r\u00e9guli\u00e8re \u00ab s \u00bb : les <em>bl\u00e9pharospasmes<\/em> (\/ble.fa.\u0281\u0254.spasm\/). Sur le plan syntaxique, le mot s&#8217;emploie principalement comme nom commun autonome (\u00ab souffrir d&rsquo;un bl\u00e9pharospasme \u00bb) ou qualifi\u00e9 par des adjectifs pr\u00e9cisant son \u00e9tiologie ou sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 : <em>bl\u00e9pharospasme essentiel b\u00e9nin<\/em>, <em>bl\u00e9pharospasme secondaire<\/em>, <em>bl\u00e9pharospasme fonctionnel<\/em> ou <em>bl\u00e9pharospasme r\u00e9flexe<\/em>. L&rsquo;adjectif correspondant, bien que d&rsquo;usage plus rare, est \u00ab bl\u00e9pharospasmique \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le bl\u00e9pharospasme s&rsquo;inscrit au sein du vaste spectre des dystonies, des syndromes neurologiques caract\u00e9ris\u00e9s par des contractions musculaires soutenues ou intermittentes provoquant des mouvements anormaux, souvent r\u00e9p\u00e9titifs, des postures anormales ou les deux. Dans le cas du bl\u00e9pharospasme, le groupe musculaire principalement impliqu\u00e9 est l&rsquo;orbiculaire de l&rsquo;\u0153il, innerv\u00e9 par les branches temporale et zygomatique du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nerf_facial\">nerf facial<\/a> (VIIe paire cr\u00e2nienne). Les muscles annexes p\u00e9rio-orbitaires, notamment le muscle corrugateur du sourcil et le muscle pyramidal du nez (procerus), sont fr\u00e9quemment recrut\u00e9s lors des crises spasmodiques, conf\u00e9rant au visage une expression d&rsquo;effort douloureux ou de froncement permanent.<\/p>\n<p>La ph\u00e9nom\u00e9nologie du trouble se d\u00e9ploie selon un gradient d&rsquo;intensit\u00e9 variable. Initialement, le trouble se traduit par une exag\u00e9ration de la fr\u00e9quence normale du clignement oculaire (hyper-clignement), accompagn\u00e9e d&rsquo;une sensation trompeuse d&rsquo;irritation oculaire, de s\u00e9cheresse, de corps \u00e9tranger ou d&rsquo;\u00e9blouissement. Les patients consultent souvent de multiples ophtalmologistes \u00e0 ce stade pr\u00e9coce, recevant des diagnostics erron\u00e9s de conjonctivite chronique, d&rsquo;allergie oculaire ou de syndrome de l&rsquo;\u0153il sec. Avec le temps, la fr\u00e9quence et la dur\u00e9e des \u00e9pisodes augmentent, transformant les clignements en spasmes toniques prolong\u00e9s qui scellent herm\u00e9tiquement les fentes palp\u00e9brales pendant plusieurs secondes voire plusieurs minutes cons\u00e9cutives.<\/p>\n<p>Une caract\u00e9ristique s\u00e9miologique majeure et fascinante du bl\u00e9pharospasme est la pr\u00e9sence de gestes antagonistes ou \u00ab trucs sensoriels \u00bb (<em>sensory tricks<\/em>). Un grand nombre de patients d\u00e9couvrent de mani\u00e8re empirique qu&rsquo;une stimulation tactile l\u00e9g\u00e8re appliqu\u00e9e sur des zones cutan\u00e9es sp\u00e9cifiques du visage \u2014 comme toucher la tempe, effleurer la paupi\u00e8re, appuyer sur l&rsquo;aile du nez, m\u00e2cher un chewing-gum, parler, chanter ou b\u00e2iller \u2014 peut suspendre temporairement le spasme et permettre une ouverture oculaire normale pendant quelques instants. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne illustre l&rsquo;alt\u00e9ration de l&rsquo;int\u00e9gration sensorimotrice centrale sous-jacente au trouble : la modification du flux aff\u00e9rent trig\u00e9minal r\u00e9initialise momentan\u00e9ment les circuits inhibiteurs d\u00e9faillants du tronc c\u00e9r\u00e9bral et des ganglions de la base.<\/p>\n<p>La s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du bl\u00e9pharospasme est modul\u00e9e par de nombreux facteurs cognitifs et \u00e9motionnels. L&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance sociale, la prise de parole en public, la marche dans des espaces ouverts ou encombr\u00e9s aggravent presque syst\u00e9matiquement les spasmes, tandis que le repos, l&rsquo;obscurit\u00e9, l&rsquo;isolement calme ou la concentration sur des activit\u00e9s manuelles pr\u00e9cises peuvent temporairement les att\u00e9nuer. Cette sensibilit\u00e9 exacerb\u00e9e aux facteurs psychologiques et environnementaux a longtemps fait suspecter, \u00e0 tort, une \u00e9tiologie purement n\u00e9vrotique ou conversive, avant que la neuro-imagerie moderne et l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie ne d\u00e9montrent l&rsquo;origine organique c\u00e9r\u00e9brale de la majorit\u00e9 de ces affections.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire m\u00e9dicale du bl\u00e9pharospasme t\u00e9moigne des oscillations conceptuelles entre psychiatrie et neurologie qui ont marqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution de la m\u00e9decine moderne. Les premi\u00e8res descriptions cliniques d\u00e9taill\u00e9es de contractions involontaires des paupi\u00e8res remontent au XVIe si\u00e8cle avec les observations de Pieter van Foreest, mais c&rsquo;est au cours du XIXe si\u00e8cle que les ma\u00eetres de la neurologie clinique commencent \u00e0 syst\u00e9matiser le ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>En 1910, le neurologue fran\u00e7ais <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Henri_Meige\">Henri Meige<\/a> publie une monographie fondamentale dans laquelle il d\u00e9crit avec une pr\u00e9cision remarquable un tableau clinique associant des spasmes palp\u00e9braux involontaires bilat\u00e9raux \u00e0 des contractions dystoniques des muscles de la partie inf\u00e9rieure du visage, de la m\u00e2choire et du cou. Cette entit\u00e9 clinique, initialement d\u00e9sign\u00e9e sous le terme de \u00ab spasme facial m\u00e9dian \u00bb, sera plus tard baptis\u00e9e <strong>syndrome de Meige<\/strong> ou dystonie cr\u00e2nienne et oro-mandibulaire. Meige soulignait d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;interaction complexe entre les spasmes involontaires et l&rsquo;\u00e9tat psychologique des patients, notant l&rsquo;aggravation sous l&rsquo;effet du regard d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>Pendant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;influence dominante de la psychanalyse et de la psychiatrie dynamique, le bl\u00e9pharospasme a fr\u00e9quemment \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 au statut d&rsquo;hyst\u00e9rie de conversion ou de manifestation d&rsquo;un conflit intrapsychique inconscient (par exemple, le refus symbolique de \u00ab voir \u00bb une r\u00e9alit\u00e9 traumatisante). Cette interpr\u00e9tation a lourdement retard\u00e9 la recherche biom\u00e9dicale et a soumis des g\u00e9n\u00e9rations de patients \u00e0 des prises en charge psychanalytiques prolong\u00e9es sans efficacit\u00e9 motrice.<\/p>\n<p>Le tournant paradigmatique s&rsquo;op\u00e8re dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, sous l&rsquo;impulsion de neurologues britanniques et am\u00e9ricains, notamment C. David Marsden et Joseph Jankovic. Leurs travaux red\u00e9finissent rigoureusement le bl\u00e9pharospasme comme une v\u00e9ritable dystonie focale d&rsquo;origine organique, rattach\u00e9e aux dysfonctionnements des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Noyaux_gris_centraux\">ganglions de la base<\/a>. Parall\u00e8lement, l&rsquo;ophtalmologiste Alan B. Scott r\u00e9volutionne la prise en charge th\u00e9rapeutique au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 en introduisant les injections locales de toxine botulique de type A, transformant radicalement le pronostic et la qualit\u00e9 de vie des personnes atteintes.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension contemporaine du bl\u00e9pharospasme repose sur un mod\u00e8le physiopathologique int\u00e9gratif associant perte d&rsquo;inhibition neuronale, anomalie de l&rsquo;int\u00e9gration sensorimotrice et plasticit\u00e9 synaptique inadapt\u00e9e (maladaptive plasticity) au sein de boucles c\u00e9r\u00e9brales complexes.<\/p>\n<p>Le dysfonctionnement neurobiologique central implique le r\u00e9seau cortico-striato-pallido-thalamo-cortical. Dans le bl\u00e9pharospasme, on observe une d\u00e9sinhibition anormale des circuits moteurs, se traduisant au niveau \u00e9lectrophysiologique par une excitabilit\u00e9 excessive du r\u00e9flexe de clignement (<em>blink reflex<\/em>). Normalement, une premi\u00e8re stimulation sensitive du nerf trijumeau induit une r\u00e9ponse motrice r\u00e9flexe (composantes R1 pr\u00e9coce et R2 tardive), tandis qu&rsquo;une seconde stimulation rapproch\u00e9e subit une forte inhibition centrale (cycle de r\u00e9cup\u00e9ration de la composante R2). Chez les patients atteints de bl\u00e9pharospasme, cette inhibition protectrice est profond\u00e9ment affaiblie, ce qui entra\u00eene une hyperexcitabilit\u00e9 du noyau moteur du nerf facial et des interneurones du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;int\u00e9gration sensorimotrice, le cerveau des sujets atteints peine \u00e0 filtrer et \u00e0 traiter correctement les informations somatosensorielles aff\u00e9rentes. Les \u00e9tudes en magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) et en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) d\u00e9montrent une d\u00e9sorganisation des cartes somatotopiques dans le cortex somatosensoriel primaire (S1), avec un chevauchement anormal des zones de repr\u00e9sentation des diff\u00e9rents segments faciaux. Cette d\u00e9sorganisation sensorielle conduit \u00e0 des commandes motrices aberrantes et d\u00e9sordonn\u00e9es transmises au cortex moteur primaire et aux aires motrices suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le des neurotransmetteurs est \u00e9galement primordial. Une d\u00e9r\u00e9gulation de la transmission dopaminergique au sein du striatum est fortement suspect\u00e9e, \u00e9tay\u00e9e par le fait que certains antagonistes des r\u00e9cepteurs dopaminergiques (neuroleptiques) peuvent induire des dystonies tardives incluant le bl\u00e9pharospasme, tandis que des agonistes peuvent parfois en moduler l&rsquo;intensit\u00e9. De plus, une d\u00e9ficience du tonus inhibiteur m\u00e9di\u00e9 par l&rsquo;acide gamma-aminobutyrique (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acide_%CE%B3-aminobutyrique\">GABA<\/a>) au niveau des circuits striataux et corticaux contribue au d\u00e9faut de focalisation du mouvement et \u00e0 la propagation anarchique des d\u00e9charges motrices aux muscles adjacents.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le bl\u00e9pharospasme peut \u00eatre cat\u00e9goris\u00e9 selon son profil \u00e9tiologique, son expression clinique et son \u00e9tendue topographique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Bl\u00e9pharospasme essentiel b\u00e9nin (primaire ou idiopathique) :<\/strong> La forme la plus r\u00e9pandue. Elle survient typiquement chez l&rsquo;adulte d&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr (pic d&rsquo;incidence entre 50 et 70 ans), avec une pr\u00e9dominance f\u00e9minine (environ deux femmes pour un homme). Aucun facteur d\u00e9clenchant l\u00e9sionnel, m\u00e9tabolique ou m\u00e9dicamenteux n&rsquo;est retrouv\u00e9. Le bilan d&rsquo;imagerie conventionnelle c\u00e9r\u00e9brale est normal.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Meige (dystonie cr\u00e2nio-faciale) :<\/strong> Extension du bl\u00e9pharospasme aux \u00e9tages inf\u00e9rieurs de la face. Il associe aux spasmes palp\u00e9braux des mouvements dystoniques de la m\u00e2choire (ouverture, fermeture ou d\u00e9viation lat\u00e9rale involontaire), de la langue (protusion), du pharynx ou du cou (torticolis spasmodique concomitant).<\/li>\n<li><strong>Bl\u00e9pharospasme secondaire ou symptomatique :<\/strong> Secondaire \u00e0 une l\u00e9sion structurelle ou m\u00e9tabolique document\u00e9e :\n<ul>\n<li><em>L\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales focales :<\/em> Infarctus ou h\u00e9morragies du tronc c\u00e9r\u00e9bral, des noyaux gris centraux, ou scl\u00e9rose en plaques.<\/li>\n<li><em>Affections neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives :<\/em> Paralysie supranucl\u00e9aire progressive (PSP), atrophie multisyst\u00e9matis\u00e9e (AMS), maladie de Parkinson.<\/li>\n<li><em>Causes iatrog\u00e8nes :<\/em> Dystonie tardive induite par une exposition prolong\u00e9e aux neuroleptiques ou aux anti\u00e9m\u00e9tiques antidopaminergiques.<\/li>\n<li><em>Causes oculaires locales :<\/em> Affections de la surface oculaire (k\u00e9ratites, uv\u00e9ites, s\u00e9cheresse oculaire s\u00e9v\u00e8re) entra\u00eenant un bl\u00e9pharospasme r\u00e9flexe soutenu qui peut s&rsquo;autonomiser.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Apraxie de l&rsquo;ouverture palp\u00e9brale :<\/strong> Trouble non dystonique souvent intriqu\u00e9 avec le bl\u00e9pharospasme, caract\u00e9ris\u00e9 par une incapacit\u00e9 \u00e0 initier volontairement l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des paupi\u00e8res en l&rsquo;absence de spasme visible du muscle orbiculaire, r\u00e9sultant d&rsquo;une inhibition anormale du muscle releveur de la paupi\u00e8re sup\u00e9rieure.<\/li>\n<li><strong>Bl\u00e9pharospasme fonctionnel (ou psychog\u00e8ne) :<\/strong> Forme relevant des troubles neurologiques fonctionnels. Elle se caract\u00e9rise par un d\u00e9but brutal, une variabilit\u00e9 inhabituelle, une distractibilit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, une absence de gestes antagonistes typiques et une r\u00e9ponse favorable \u00e0 des th\u00e9rapies psychologiques cibl\u00e9es ou \u00e0 la r\u00e9\u00e9ducation attentionnelle.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 clinique du bl\u00e9pharospasme, plusieurs tableaux repr\u00e9sentatifs peuvent \u00eatre d\u00e9crits :<\/p>\n<p><em>Cas n\u00b0 1 : Le bl\u00e9pharospasme essentiel d\u00e9butant.<\/em> Une femme de 56 ans, cadre administrative, consulte initialement pour une g\u00eane visuelle croissante au travail sur \u00e9cran. Elle rapporte un besoin imp\u00e9rieux de cligner des yeux fr\u00e9quemment, associ\u00e9 \u00e0 une sensation de sable sous les paupi\u00e8res et \u00e0 une photophobie qui l&rsquo;oblige \u00e0 porter des lunettes teint\u00e9es m\u00eame en int\u00e9rieur nuageux. Plusieurs collyres lubrifiants lui ont \u00e9t\u00e9 prescrits sans r\u00e9sultat probant. Deux ans apr\u00e8s les premiers sympt\u00f4mes, le clignement s&rsquo;est transform\u00e9 en spasmes bilat\u00e9raux toniques fermant ses yeux pendant 5 \u00e0 10 secondes d&rsquo;affil\u00e9e, survenant notamment lorsqu&rsquo;elle prend la parole en r\u00e9union. Pour parvenir \u00e0 rouvrir les yeux, elle a pris l&rsquo;habitude de presser son index sur sa tempe gauche (truc sensoriel). Le diagnostic de bl\u00e9pharospasme essentiel est finalement pos\u00e9, et un protocole d&rsquo;injections de toxine botulique lui permet de retrouver son autonomie professionnelle.<\/p>\n<p><em>Cas n\u00b0 2 : L&rsquo;\u00e9volution vers un syndrome de Meige avec retentissement d\u00e9pressif.<\/em> Un homme de 64 ans pr\u00e9sente depuis quatre ans un bl\u00e9pharospasme s\u00e9v\u00e8re entra\u00eenant une c\u00e9cit\u00e9 fonctionnelle lors des d\u00e9placements ext\u00e9rieurs. Progressivement, des contorsions buccales involontaires et des serrements incontr\u00f4l\u00e9s de la m\u00e2choire sont apparus, g\u00eanant l&rsquo;\u00e9locution et la mastication. Incapable de lire ou de regarder la t\u00e9l\u00e9vision sans maintenir manuellement sa paupi\u00e8re droite ouverte avec le pouce, le patient a cess\u00e9 toute activit\u00e9 associative et sportive. Ce confinement forc\u00e9 a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur caract\u00e9ris\u00e9 par une apathie, un sentiment d&rsquo;inutilit\u00e9 et un retrait social profond. La prise en charge a n\u00e9cessit\u00e9 une approche multidisciplinaire combinant toxine botulique pour les composantes dystoniques, traitement antid\u00e9presseur s\u00e9rotoninergique et th\u00e9rapie de soutien.<\/p>\n<p><em>Cas n\u00b0 3 : Bl\u00e9pharospasme fonctionnel post-traumatique.<\/em> Une femme de 42 ans d\u00e9veloppe une fermeture compl\u00e8te et bilat\u00e9rale des paupi\u00e8res 48 heures apr\u00e8s un conflit professionnel intense et un accident de la route mineur sans traumatisme cr\u00e2nien document\u00e9. L&rsquo;examen neurologique minutieux montre une contraction vigoureuse des orbiculaires lors des tentatives manuelles d&rsquo;ouverture par l&rsquo;examinateur (r\u00e9sistance active), une disparition quasi-compl\u00e8te des spasmes lorsque l&rsquo;attention de la patiente est mobilis\u00e9e par une t\u00e2che cognitive complexe (calcul mental rapide), et l&rsquo;absence de photophobie ou de r\u00e9flexe de clignement anormal \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie. Une prise en charge ax\u00e9e sur l&rsquo;explication bienveillante du diagnostic de trouble fonctionnel, coupl\u00e9e \u00e0 une th\u00e9rapie cognitivo-comportementale et \u00e0 de la kin\u00e9sith\u00e9rapie faciale, a permis une r\u00e9mission compl\u00e8te des sympt\u00f4mes sans recours \u00e0 la toxine botulique.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>Le diagnostic du bl\u00e9pharospasme est \u00e9minemment clinique. Il ne repose sur aucun biomarqueur sanguin unique ni sur aucune signature radiologique formelle en pratique courante. L&rsquo;interrogatoire minutieux et l&rsquo;observation attentive du patient lors de la consultation constituent le socle de la d\u00e9marche m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation quantitative de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et de l&rsquo;impact fonctionnel s&rsquo;appuie sur des \u00e9chelles cliniques standardis\u00e9es et valid\u00e9es au niveau international :<\/p>\n<ul>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><strong>L&rsquo;\u00e9chelle de Jankovic (Jankovic Rating Scale &#8211; JRS) :<\/strong> \u00c9value s\u00e9par\u00e9ment la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 (de 0 = absence de spasme \u00e0 4 = spasmes s\u00e9v\u00e8res et invalidants fermant l&rsquo;\u0153il plus de 50 % du temps) et la fr\u00e9quence des spasmes<\/span>.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;invalidit\u00e9 du bl\u00e9pharospasme (Blepharospasm Disability Index &#8211; BSDI) :<\/strong> Questionnaire auto-administr\u00e9 \u00e9valuant la r\u00e9percussion de la maladie sur six activit\u00e9s quotidiennes fondamentales : conduire, lire, regarder la t\u00e9l\u00e9vision, marcher \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, faire des achats et r\u00e9aliser des travaux manuels.<\/li>\n<li><strong>La sous-\u00e9chelle cr\u00e2nienne de l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;\u00e9valuation de la dystonie de Burke-Fahn-Marsden (BFMDRS) :<\/strong> Utilis\u00e9e plus largement dans les protocoles de recherche clinique \u00e9valuant les dystonies globales et segmentaires.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan paraclinique, l&rsquo;exploration \u00e9lectrophysiologique par r\u00e9flexe de clignement (<em>blink reflex<\/em>) avec \u00e9tude du cycle d&rsquo;excitabilit\u00e9 de l&rsquo;onde R2 montre de mani\u00e8re caract\u00e9ristique un d\u00e9faut d&rsquo;inhibition centrale chez les patients atteints de dystonie organique. L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale est indispensable lors du bilan initial afin d&rsquo;exclure formellement un processus expansif, une affection d\u00e9my\u00e9linisante ou un infarctus des noyaux gris centraux ou du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Enfin, un examen ophtalmologique \u00e0 la lampe \u00e0 fente est requis pour \u00e9liminer une pathologie irritative du segment ant\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e clinique<\/h3>\n<p>La prise en charge th\u00e9rapeutique du bl\u00e9pharospasme requiert une strat\u00e9gie personnalis\u00e9e, souvent multimodale, visant \u00e0 soulager les spasmes, restaurer la vision fonctionnelle et prendre en charge les r\u00e9percussions psychologiques et professionnelles de l&rsquo;affection.<\/p>\n<p>Le traitement de premi\u00e8re intention, consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;\u00e9talon-or (gold standard) mondial, repose sur les micro-injections locales de toxine botulique (s\u00e9rotolype A ou plus rarement B). La toxine agit au niveau de la fente synaptique neuromusculaire en bloquant la lib\u00e9ration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine par le clivage de la prot\u00e9ine SNAP-25, provoquant une par\u00e9sie temporaire et contr\u00f4l\u00e9e du muscle orbiculaire. Les injections sont r\u00e9alis\u00e9es par voie sous-cutan\u00e9e en plusieurs points pr\u00e9cis des paupi\u00e8res sup\u00e9rieure et inf\u00e9rieure, ainsi que dans le muscle corrugateur si n\u00e9cessaire. L&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique d\u00e9bute entre 3 et 7 jours apr\u00e8s l&rsquo;injection et perdure g\u00e9n\u00e9ralement entre 10 et 14 semaines, imposant des s\u00e9ances r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et r\u00e9guli\u00e8res \u00e0 vie. Les effets ind\u00e9sirables sont locaux et r\u00e9versibles : ptosis transitoire, h\u00e9matome, diplopie ou s\u00e9cheresse oculaire.<\/p>\n<p>En compl\u00e9ment des injections, des verres filtrants sp\u00e9cifiques dot\u00e9s d&rsquo;un filtre FL-41 (teinte rose cuivr\u00e9e) r\u00e9duisent consid\u00e9rablement la g\u00eane visuelle li\u00e9e aux longueurs d&rsquo;onde lumineuses bleues-vertes, diminuant l&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 trig\u00e9mino-faciale et la photophobie. Sur le plan chirurgical, pour les rares patients r\u00e9fractaires \u00e0 la toxine botulique, une myectomie de l&rsquo;orbiculaire (ex\u00e9r\u00e8se chirurgicale partielle ou totale des fibres musculaires p\u00e9ri-orbitaires) ou une suspension de la paupi\u00e8re au muscle frontal peuvent \u00eatre envisag\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans le domaine neuropsychologique et comportemental, les approches th\u00e9rapeutiques sont cruciales. L&rsquo;\u00e9ducation th\u00e9rapeutique, la gestion du stress par relaxation biofeedback, la sophrologie et la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapie_cognitivo-comportementale\">th\u00e9rapie cognitivo-comportementale<\/a> (TCC) permettent d&rsquo;att\u00e9nuer le cercle vicieux o\u00f9 l&rsquo;anticipation anxieuse du spasme exacerbe les d\u00e9charges motrices de la dystonie.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine sur le bl\u00e9pharospasme mobilise des outils de pointe en imagerie multimodale, en g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire et en neurophysiologie non invasive. De nombreuses \u00e9tudes ont consolid\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle le bl\u00e9pharospasme n&rsquo;est pas une simple atteinte motrice isol\u00e9e, mais un syndrome de perturbation de r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral global (<em>network disorder<\/em>).<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes d&rsquo;IRM morphom\u00e9trique en tenseur de diffusion (DTI) et en morphom\u00e9trie bas\u00e9e sur le voxel (VBM) ont mis en \u00e9vidence des alt\u00e9rations structurelles subtiles de la substance grise et de la substance blanche reliant le cervelet, le thalamus, les ganglions de la base et le cortex sensorimotor. Le r\u00f4le du cervelet dans la physiopathologie de la dystonie focale fait l&rsquo;objet d&rsquo;une attention croissante : des anomalies de connectivit\u00e9 fonctionnelle c\u00e9r\u00e9bello-thalamique ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9es par les \u00e9quipes de Berardelli et d&rsquo;Hallett, remettant en cause l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie exclusive du striatum dans l&rsquo;explication du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychiatrique, les recherches \u00e9pid\u00e9miologiques transversales r\u00e9v\u00e8lent une pr\u00e9valence accrue d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de d\u00e9pression chez les patients atteints de bl\u00e9pharospasme compar\u00e9s \u00e0 des t\u00e9moins pr\u00e9sentant d&rsquo;autres affections ophtalmologiques chroniques de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 visuelle \u00e9quivalente (comme le glaucome ou la r\u00e9tinopathie). Ces observations sugg\u00e8rent que les troubles de l&rsquo;humeur pourraient ne pas constituer de simples r\u00e9actions psychologiques secondaires au handicap, mais partager des substrats neurobiologiques communs avec la dystonie, notamment des alt\u00e9rations des voies monoaminergiques striato-limbiques.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue du bl\u00e9pharospasme et sa prise en charge varient sensiblement en fonction des contextes culturels, des repr\u00e9sentations collectives du corps et des syst\u00e8mes de soins. Le visage \u00e9tant le support premier de l&rsquo;identit\u00e9, de l&rsquo;\u00e9motion et de l&rsquo;affiliation interpersonnelle dans l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, toute alt\u00e9ration involontaire de la mimique faciale g\u00e9n\u00e8re une r\u00e9sonance psychosociale profonde.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s, le contact visuel direct (<em>eye contact<\/em>) est consid\u00e9r\u00e9 comme un gage de sinc\u00e9rit\u00e9, d&rsquo;attention et d&rsquo;assurance. Les patients atteints de bl\u00e9pharospasme, incapables de maintenir ce regard lors des spasmes, rapportent fr\u00e9quemment un sentiment d\u00e9vastateur de culpabilit\u00e9, craignant d&rsquo;\u00eatre per\u00e7us \u00e0 tort comme des individus fuyants, incomp\u00e9tents, ivres ou mentalement instables. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans certaines cultures d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est o\u00f9 le regard direct prolong\u00e9 peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une marque d&rsquo;irrespect ou de d\u00e9fi hi\u00e9rarchique, la g\u00eane sociale li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;occlusion oculaire peut s&rsquo;exprimer diff\u00e9remment, bien que le fardeau li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;incapacit\u00e9 de travailler et \u00e0 la perte d&rsquo;autonomie demeure tout aussi lourd.<\/p>\n<p>L&rsquo;acc\u00e8s aux soins cr\u00e9e \u00e9galement des disparit\u00e9s majeures. Dans les pays \u00e0 haut revenu dot\u00e9s de syst\u00e8mes d&rsquo;assurance maladie universels, le traitement r\u00e9gulier par toxine botulique est pris en charge, garantissant une stabilisation fonctionnelle durable. En revanche, dans de nombreuses r\u00e9gions du monde o\u00f9 ces m\u00e9dicaments biologiques co\u00fbteux sont peu accessibles ou non rembours\u00e9s, les patients restent livr\u00e9s \u00e0 des m\u00e9dicaments oraux peu efficaces ou subissent une d\u00e9gradation progressive vers la c\u00e9cit\u00e9 fonctionnelle et la d\u00e9pendance familiale totale.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit des avanc\u00e9es scientifiques remarquables, plusieurs d\u00e9bats et incertitudes persistent autour du bl\u00e9pharospasme :<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9bat concerne la fronti\u00e8re parfois t\u00e9nue et controvers\u00e9e entre dystonie organique idiopathique et troubles neurologiques fonctionnels. La susceptibilit\u00e9 extr\u00eame des sympt\u00f4mes dystoniques aux fluctuations \u00e9motionnelles et l&rsquo;efficacit\u00e9 myst\u00e9rieuse des gestes antagonistes ont longtemps aliment\u00e9 un scepticisme m\u00e9dical pr\u00e9judiciable. M\u00eame aujourd&rsquo;hui, certains cliniciens non avertis attribuent h\u00e2tivement des formes atypiques ou r\u00e9solutives \u00e0 une pathomimie ou \u00e0 un trouble somatoforme, privant les patients d&rsquo;une prise en charge neurologique ad\u00e9quate.<\/p>\n<p>Une seconde controverse majeure r\u00e9side dans le statut nosologique de l&rsquo;apraxie de l&rsquo;ouverture palp\u00e9brale. Les auteurs d\u00e9battent pour savoir s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une forme masqu\u00e9e de bl\u00e9pharospasme (dystonie d&rsquo;inhibition du releveur de la paupi\u00e8re), d&rsquo;une entit\u00e9 apraxique supranucl\u00e9aire pure li\u00e9e \u00e0 un dysfonctionnement cortical frontal, ou d&rsquo;une manifestation associ\u00e9e fr\u00e9quente compliquant le traitement par toxine botulique.<\/p>\n<p>Enfin, la prise en charge m\u00e9dicale actuelle par la toxine botulique, bien qu&rsquo;efficace, demeure un traitement purement suspensif et symptomatique, sans effet curatif sur la cause neurobiologique sous-jacente. Certains patients d\u00e9veloppent au fil des ans une perte d&rsquo;efficacit\u00e9 secondaire, soit par remodelage architectural orbitaire (fibrose, ptosis apon\u00e9vrotique s\u00e9nile surajout\u00e9), soit par induction d&rsquo;anticorps neutralisants contre le complexe prot\u00e9ique de la toxine, posant un d\u00e9fi th\u00e9rapeutique complexe pour lequel la m\u00e9decine manque encore de solutions universelles.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter les erreurs diagnostiques fr\u00e9quentes en pratique m\u00e9dicale, il convient d&rsquo;\u00e9tablir des distinctions rigoureuses avec d&rsquo;autres affections p\u00e9ri-oculaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Spasme h\u00e9mifacial :<\/strong> Contraction involontaire clonique ou tonique de l&rsquo;h\u00e9miface, mais qui est strictement <em>unilat\u00e9rale<\/em> et impliquant l&rsquo;ensemble des territoires du nerf facial (orbiculaire, joue, coin de la bouche, platysma). Il r\u00e9sulte le plus souvent d&rsquo;un conflit vasculo-nerveux (compression du VII \u00e0 sa sortie du tronc c\u00e9r\u00e9bral par une boucle art\u00e9rielle).<\/li>\n<li><strong>Myokimie de la paupi\u00e8re :<\/strong> Fasciculations b\u00e9nignes, fines et transitoires de quelques fibres du muscle orbiculaire (souvent appel\u00e9es \u00ab sautement de paupi\u00e8re \u00bb). Elles sont unilat\u00e9rales, br\u00e8ves, non invalidantes et typiquement li\u00e9es au manque de sommeil, \u00e0 l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8re ou \u00e0 un exc\u00e8s de caf\u00e9ine.<\/li>\n<li><strong>Ptosis :<\/strong> Chute passive et permanente de la paupi\u00e8re sup\u00e9rieure due \u00e0 un d\u00e9ficit du muscle releveur de la paupi\u00e8re ou de son innervation (atteinte du nerf oculomoteur III, myasth\u00e9nie auto-immune ou d\u00e9sinsertion apon\u00e9vrotique), sans contraction active ou spasme de l&rsquo;orbiculaire.<\/li>\n<li><strong>Tics moteurs :<\/strong> Mouvements involontaires mais pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d&rsquo;une impulsion ou d&rsquo;un besoin interne irr\u00e9sistible de r\u00e9aliser le geste (soulagement post-mouvement). Contrairement au bl\u00e9pharospasme, le tic peut \u00eatre temporairement supprim\u00e9 par la volont\u00e9 au prix d&rsquo;une tension interne croissante, et il s&rsquo;int\u00e8gre souvent dans un syndrome plus vaste tel que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_Gilles_de_la_Tourette\">syndrome de Gilles de la Tourette<\/a>.<\/li>\n<li><strong>Dyskinesies tardives :<\/strong> Mouvements involontaires chor\u00e9o-ath\u00e9tosiques ou dystoniques touchant pr\u00e9f\u00e9rentiellement la r\u00e9gion bucco-linguo-masticatoire chez des patients expos\u00e9s au long cours aux m\u00e9dicaments antagonistes des r\u00e9cepteurs dopaminergiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le bl\u00e9pharospasme est une pathologie neurologique focale majeure n\u00e9cessitant une reconnaissance diagnostique rapide afin d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;errance m\u00e9dicale et le retentissement psychosocial s\u00e9v\u00e8re qui caract\u00e9risent trop souvent son \u00e9volution initiale :<\/p>\n<ul>\n<li>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une dystonie focale d&rsquo;origine centrale caract\u00e9ris\u00e9e par des spasmes involontaires et bilat\u00e9raux du muscle orbiculaire des yeux.<\/li>\n<li>Bien que les structures visuelles soient parfaitement saines, la fermeture forc\u00e9e des paupi\u00e8res peut induire une v\u00e9ritable c\u00e9cit\u00e9 fonctionnelle invalidante.<\/li>\n<li>La physiopathologie implique une hyperexcitabilit\u00e9 du tronc c\u00e9r\u00e9bral et une perte des m\u00e9canismes r\u00e9gulateurs inhibiteurs au sein des ganglions de la base et des r\u00e9seaux sensorimoteurs corticaux.<\/li>\n<li>Les gestes antagonistes (trucs sensoriels) constituent une signature clinique pathognomonique t\u00e9moignant du trouble de l&rsquo;int\u00e9gration sensorimotrice.<\/li>\n<li>Le traitement m\u00e9dical de r\u00e9f\u00e9rence repose sur les injections r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de toxine botulique, associ\u00e9es \u00e0 un accompagnement psychologique adapt\u00e9 et \u00e0 des mesures de protection visuelle (verres teint\u00e9s FL-41).<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Hallett, M. (2002). Blepharospasm: Recent advances. <em>Neurology<\/em>, 59(9), 1306\u20131312. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/12427878\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/12427878\/<\/a><\/li>\n<li>Jankovic, J. (2009). Clinical efficacy and tolerability of botulinum toxin in the treatment of blepharospasm. <em>Current Medical Research and Opinion<\/em>, 25(8), 2007\u20132018. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/19566373\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/19566373\/<\/a><\/li>\n<li>Marsden, C. D. (1976). Blepharospasm-oromandibular dystonia syndrome (Brueghel&rsquo;s syndrome). A variant of adult-onset torsion dystonia? <em>Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry<\/em>, 39(12), 1204\u20131209. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/1011031\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/1011031\/<\/a><\/li>\n<li>Meige, H. (1910). Les convulsions de la face, une forme clinique de convulsion faciale bilat\u00e9rale et m\u00e9diane. <em>Revue Neurologique<\/em>, 20, 437\u2013443.<\/li>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Orphanet. (2020). <em>Le bl\u00e9pharospasme essentiel b\u00e9nin<\/em>. Portail des maladies rares et des m\u00e9dicaments orphelins. <a href=\"https:\/\/www.orpha.net\/consor\/cgi-bin\/OC_Exp.php?Lng=FR&#038;Expert=98836\">https:\/\/www.orpha.net\/consor\/cgi-bin\/OC_Exp.php?Lng=FR&#038;Expert=98836<\/a><\/span><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le bl\u00e9pharospasme est une dystonie focale caract\u00e9ris\u00e9e par des contractions involontaires et bilat\u00e9rales des paupi\u00e8res. D\u00e9couvrez ses causes, ses m\u00e9canismes neurobiologiques, son impact psychologique et ses traitements de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1045,46,31585],"tags":[37367,37368,1434,37369,7888,37370],"class_list":["post-22221","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie","category-neuropsychologie","category-troubles-du-mouvement","tag-blepharospasme","tag-dystonie-focale","tag-neuropsychiatrie","tag-syndrome-de-meige","tag-toxine-botulique","tag-trouble-du-mouvement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22221","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22221\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22221"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22221"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22221"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}