{"id":22204,"date":"2026-10-27T01:16:08","date_gmt":"2026-10-27T01:16:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=mise-en-garde-boite-noire-psychopharmacologie"},"modified":"2026-10-27T01:16:08","modified_gmt":"2026-10-27T01:16:08","slug":"mise-en-garde-boite-noire-psychopharmacologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=mise-en-garde-boite-noire-psychopharmacologie","title":{"rendered":"Bo\u00eete noire : L&rsquo;alerte clinique ultime"},"content":{"rendered":"<p>Dans le domaine de la psychopharmacologie et de la psychiatrie contemporaine, l&rsquo;arbitrage entre l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique et la s\u00e9curit\u00e9 du patient repr\u00e9sente une tension \u00e9thique et clinique constante. La mise en garde en bo\u00eete noire constitue l&rsquo;intervention r\u00e9glementaire la plus s\u00e9v\u00e8re dont dispose une agence sanitaire pour signaler un risque l\u00e9tal ou invalidant sans retirer la mol\u00e9cule du march\u00e9. L&rsquo;apparition de ce dispositif textuel et m\u00e9dico-l\u00e9gal a profond\u00e9ment red\u00e9fini la pratique psychologique et psychiatrique, modifiant la prise de d\u00e9cision partag\u00e9e ainsi que la perception soci\u00e9tale du m\u00e9dicament psychotrope.<\/p>\n<h2>Mise en garde en bo\u00eete noire (Black Box Warning)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La mise en garde en bo\u00eete noire d\u00e9signe le niveau d&rsquo;avertissement le plus strict impos\u00e9 par les organismes de r\u00e9glementation des m\u00e9dicaments, notamment la <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Food_and_Drug_Administration\">Food and Drug Administration<\/a> (FDA) des \u00c9tats-Unis, sur l&rsquo;\u00e9tiquetage officiel d&rsquo;un produit pharmaceutique. Elle signale aux prescripteurs, aux professionnels de sant\u00e9 mentale et aux patients des effets ind\u00e9sirables graves, potentiellement mortels ou irr\u00e9versibles, associ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;utilisation d&rsquo;une substance active.<\/p>\n<p>Typographiquement mat\u00e9rialis\u00e9e par un encadr\u00e9 noir pro\u00e9minent bordant un texte d&rsquo;alerte en caract\u00e8res gras, cette notification impose une vigilance extr\u00eame lors de la prescription. Elle requiert une \u00e9valuation m\u00e9ticuleuse du rapport b\u00e9n\u00e9fice-risque individuel et stipule fr\u00e9quemment des protocoles de surveillance clinique obligatoires ou fortement recommand\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le champ de la sant\u00e9 psychologique et de la psychiatrie, cet instrument est particuli\u00e8rement embl\u00e9matique : il a notamment \u00e9t\u00e9 appos\u00e9 sur les antid\u00e9presseurs pour avertir du risque d&rsquo;id\u00e9ations et de comportements suicidaires chez l&rsquo;enfant et le jeune adulte, ainsi que sur les antipsychotiques prescrits aux personnes \u00e2g\u00e9es souffrant de d\u00e9mence.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression provient de la locution anglaise <em>black box warning<\/em>, couramment abr\u00e9g\u00e9e en <em>boxed warning<\/em> dans la terminologie r\u00e9glementaire am\u00e9ricaine officielle. En fran\u00e7ais, la traduction admise est \u00ab mise en garde en bo\u00eete noire \u00bb, \u00ab avertissement encadr\u00e9 \u00bb ou \u00ab alerte encadr\u00e9e de noir \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan lexical, le terme \u00ab bo\u00eete \u00bb d\u00e9rive du bas-latin <em>buxis<\/em> (petite bo\u00eete en bois de buis), tandis que \u00ab noir \u00bb est issu du latin <em>niger<\/em>. Dans l&rsquo;imaginaire scientifique et cybern\u00e9tique, la \u00ab bo\u00eete noire \u00bb renvoie traditionnellement \u00e0 un dispositif clos dont on observe les entr\u00e9es et les sorties sans en conna\u00eetre le fonctionnement interne, ou encore au bo\u00eetier enregistreur inviolable utilis\u00e9 dans l&rsquo;a\u00e9ronautique pour reconstituer les catastrophes. Dans le contexte pharmacologique, le terme prend une acception litt\u00e9rale et visuelle : il s&rsquo;agit d&rsquo;un rectangle cern\u00e9 d&rsquo;une ligne noire \u00e9paisse d\u00e9limitant visuellement un p\u00e9rim\u00e8tre d&rsquo;alerte critique sur la notice du fabricant (le <em>package insert<\/em>).<\/p>\n<p>L&rsquo;incorporation de cette formule dans le jargon psychoth\u00e9rapeutique et psychiatrique francophone s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, \u00e0 la suite des grandes controverses transatlantiques entourant les <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Selective_serotonin_reuptake_inhibitor\">inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine<\/a> (ISRS). Bien que les agences europ\u00e9ennes comme l&rsquo;Agence europ\u00e9enne des m\u00e9dicaments (EMA) ou l&rsquo;Agence nationale de s\u00e9curit\u00e9 du m\u00e9dicament (ANSM) utilisent formellement d&rsquo;autres d\u00e9nominations (mises en garde sp\u00e9ciales, contre-indications absolues ou lettres aux professionnels de sant\u00e9), l&rsquo;expression am\u00e9ricaine s&rsquo;est impos\u00e9e universellement comme m\u00e9taphore du sommet de la hi\u00e9rarchie du risque iatrog\u00e8ne.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le terme s&rsquo;articule phon\u00e9tiquement sous la forme \/miz \u0251\u0303 \u0261a\u0281d \u0251\u0303 bwat nwa\u0281\/. L&#8217;emprunt direct \u00e0 l&rsquo;anglais \u00ab black box warning \u00bb se prononce couramment \/bl\u00e6k b\u0252ks \u02c8w\u0254\u02d0.n\u026a\u014b\/ parmi les cliniciens et chercheurs bilingues.<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, \u00ab mise en garde en bo\u00eete noire \u00bb est un syntagme nominal f\u00e9minin. Le pluriel s&rsquo;accorde r\u00e9guli\u00e8rement : \u00ab des mises en garde en bo\u00eete noire \u00bb (l&rsquo;expression \u00ab bo\u00eete noire \u00bb restant invariable car employ\u00e9e comme compl\u00e9ment d\u00e9terminatif de mani\u00e8re ou de forme). On rencontre \u00e9galement la forme abr\u00e9g\u00e9e \u00ab bo\u00eete noire \u00bb utilis\u00e9e par m\u00e9tonymie au f\u00e9minin singulier : \u00ab Ce m\u00e9dicament fait l&rsquo;objet d&rsquo;une bo\u00eete noire \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La mise en garde en bo\u00eete noire s&rsquo;inscrit au carrefour de la pharmacovigilance, du droit biom\u00e9dical et de la psychologie clinique de la d\u00e9cision. Son intention fondamentale est d&rsquo;interrompre l&rsquo;automatisme de la prescription en introduisant un arr\u00eat cognitif d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 chez le soignant. Elle formalise l&rsquo;existence d&rsquo;une toxicit\u00e9 majeure qui ne justifie pas le retrait pur et simple de la mol\u00e9cule, car celle-ci conserve une utilit\u00e9 th\u00e9rapeutique vitale pour un sous-groupe identifi\u00e9 de patients, mais qui exige une s\u00e9lection rigoureuse des indications et un accompagnement rapproch\u00e9.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre de cette mesure concerne plusieurs situations cliniques typiques :<\/p>\n<ul>\n<li>Un effet ind\u00e9sirable d&rsquo;une gravit\u00e9 exceptionnelle (d\u00e9c\u00e8s brutal, toxicit\u00e9 organique fatale, risque suicidaire) survenant \u00e0 des doses th\u00e9rapeutiques habituelles.<\/li>\n<li>Une complication clinique grave qui peut \u00eatre pr\u00e9venue ou limit\u00e9e par une surveillance \u00e9troite (par exemple, des bilans h\u00e9patiques ou \u00e9lectrocardiographiques p\u00e9riodiques).<\/li>\n<li>Une restriction formelle d&rsquo;utilisation li\u00e9e \u00e0 une population vuln\u00e9rable sp\u00e9cifique (enfants, femmes enceintes, patients g\u00e9riatriques) ou \u00e0 des associations m\u00e9dicamenteuses formellement d\u00e9l\u00e9t\u00e8res.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan psychologique, la mise en garde en bo\u00eete noire alt\u00e8re fondamentalement l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique. D\u00e8s lors qu&rsquo;un prescripteur informe un patient souffrant d&rsquo;\u00e9pisode d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 que la substance cens\u00e9e all\u00e9ger sa d\u00e9tresse psychologique peut paradoxalement accro\u00eetre ses impulsions suicidaires au cours des premi\u00e8res semaines, la relation de confiance est mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve. Cette situation impose une d\u00e9marche approfondie d&rsquo;alliance et de psycho\u00e9ducation, afin de pr\u00e9venir l&rsquo;abandon intempestif du traitement tout en aiguisant l&rsquo;auto-observation des fluctuations de l&rsquo;humeur et de l&rsquo;angoisse.<\/p>\n<p>Cette mesure poss\u00e8de \u00e9galement une port\u00e9e m\u00e9dico-l\u00e9gale consid\u00e9rable. Ignorer les pr\u00e9conisations explicites formul\u00e9es au sein de cet encadr\u00e9 expose le clinicien \u00e0 une pr\u00e9somption de n\u00e9gligence en cas d&rsquo;accident th\u00e9rapeutique. D\u00e8s lors, la bo\u00eete noire ne se borne pas \u00e0 transmettre une information biom\u00e9dicale neutre ; elle reconfigure la norme de pratique acceptable et impose une documentation d\u00e9taill\u00e9e de la justification clinique dans le dossier du patient.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;origine de l&rsquo;encadr\u00e9 noir r\u00e9glementaire remonte \u00e0 1970 aux \u00c9tats-Unis, lorsque la FDA commen\u00e7a \u00e0 formaliser des alertes visuelles pro\u00e9minentes pour des m\u00e9dicaments posant des probl\u00e8mes toxicologiques aigus, comme les contraceptifs oraux associ\u00e9s aux risques thromboemboliques ou le chloramph\u00e9nicol li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;an\u00e9mie aplasique. La r\u00e9glementation s&rsquo;est institutionnalis\u00e9e en 1979 par le biais du Code des r\u00e8glements f\u00e9d\u00e9raux (21 CFR 201.57), qui fixa les crit\u00e8res formels r\u00e9gissant les avertissements textuels obligatoires.<\/p>\n<p>Toutefois, le tournant historique majeur pour la psychiatrie et la psychologie m\u00e9dicale survint au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 avec la crise des antid\u00e9presseurs de seconde g\u00e9n\u00e9ration. \u00c0 partir de 2003, la Medicines and Healthcare products Regulatory Agency (MHRA) britannique publia des alertes indiquant que la parox\u00e9tine et d&rsquo;autres mol\u00e9cules similaires augmentaient les comportements suicidaires chez les moins de 18 ans sans d\u00e9montrer d&rsquo;efficacit\u00e9 clinique robuste dans cette tranche d&rsquo;\u00e2ge.<\/p>\n<p>En 2004, apr\u00e8s des auditions publiques houleuses marqu\u00e9es par les t\u00e9moignages de familles de victimes et de chercheurs en pharmacovigilance, la FDA ordonna l&rsquo;imposition d&rsquo;une mise en garde en bo\u00eete noire sur l&rsquo;ensemble des antid\u00e9presseurs pour alerter du risque d&rsquo;id\u00e9ations et de gestes suicidaires chez les enfants et adolescents. En mai 2007, cette exigence fut \u00e9largie pour englober les jeunes adultes jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 24 ans, tout en pr\u00e9cisant que les \u00e9tudes n&rsquo;indiquaient pas d&rsquo;augmentation du risque chez les adultes de plus de 24 ans et montraient un effet protecteur chez les personnes de 65 ans et plus.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres \u00e9tapes marquantes ont ponctu\u00e9 l&rsquo;histoire psychopharmacologique :<\/p>\n<ul>\n<li>En 2005, l&rsquo;ajout d&rsquo;une bo\u00eete noire sur les antipsychotiques atypiques en raison d&rsquo;une surmortalit\u00e9 (d&rsquo;origine cardiovasculaire ou infectieuse) chez les personnes \u00e2g\u00e9es atteintes de troubles du comportement li\u00e9s \u00e0 une d\u00e9mence. En 2008, cette alerte fut \u00e9tendue aux antipsychotiques conventionnels de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration.<\/li>\n<li>En 2016, la FDA a requis une mise en garde en bo\u00eete noire conjointe sur les analg\u00e9siques opio\u00efdes et les benzodiaz\u00e9pines, mettant en garde contre le risque de s\u00e9dation profonde, de d\u00e9pression respiratoire et de d\u00e9c\u00e8s en cas de co-prescription.<\/li>\n<li>En 2020, les benzodiaz\u00e9pines ont vu leur \u00e9tiquetage renforc\u00e9 pour souligner les risques graves d&rsquo;abus, de m\u00e9susage, de d\u00e9pendance physique et de sympt\u00f4mes de sevrage prolong\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et r\u00e9glementaires<\/h3>\n<p>La mise en garde en bo\u00eete noire repose sur le mod\u00e8le de la d\u00e9cision rationnelle sous incertitude et sur les sciences cognitives appliqu\u00e9es \u00e0 la communication du risque. L&rsquo;architecture de cette intervention suppose que la mise en relief visuelle d&rsquo;une information critique permet de surmonter la saturation cognitive des professionnels de sant\u00e9, r\u00e9guli\u00e8rement confront\u00e9s \u00e0 des monographies de plusieurs dizaines de pages r\u00e9dig\u00e9es en petits caract\u00e8res.<\/p>\n<p>Sur le plan de la th\u00e9orie r\u00e9glementaire, ce m\u00e9canisme concr\u00e9tise le <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Precautionary_principle\">principe de pr\u00e9caution<\/a> au sein du droit de la sant\u00e9 publique. Contrairement \u00e0 un retrait du march\u00e9 qui supprime l&rsquo;acc\u00e8s th\u00e9rapeutique pour l&rsquo;ensemble d&rsquo;une cohorte, la bo\u00eete noire maintient la disponibilit\u00e9 du compos\u00e9 pour les situations r\u00e9fractaires o\u00f9 le b\u00e9n\u00e9fice escompt\u00e9 surpasse les dangers document\u00e9s. Elle \u00e9tablit une gouvernance du risque distribu\u00e9e, dans laquelle l&rsquo;agence transf\u00e8re la responsabilit\u00e9 op\u00e9rationnelle au clinicien, sous r\u00e9serve d&rsquo;un consentement pleinement \u00e9clair\u00e9 du patient.<\/p>\n<p>Sur le versant psychologique et comportemental, le concept s&rsquo;appuie sur la th\u00e9orie de la rationalit\u00e9 limit\u00e9e d\u00e9velopp\u00e9e par Herbert Simon et les travaux de Daniel Kahneman et Amos Tversky relatifs aux biais de jugement. En soulignant avec force la probabilit\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9nouement funeste, l&rsquo;encadr\u00e9 noir vise \u00e0 activer le \u00ab Syst\u00e8me 2 \u00bb (r\u00e9flexif, d\u00e9lib\u00e9ratif) du praticien pour freiner les automatismes du \u00ab Syst\u00e8me 1 \u00bb (rapide, intuitif) souvent \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans la prescription de routine. N\u00e9anmoins, comme l&rsquo;ont d\u00e9montr\u00e9 plusieurs \u00e9conomistes de la sant\u00e9, ce type d&rsquo;injonction percutante court le risque de d\u00e9clencher une <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Availability_heuristic\">heuristique de disponibilit\u00e9<\/a> disproportionn\u00e9e, conduisant \u00e0 une aversion excessive au risque qui peut d\u00e9boucher sur un sous-traitement dommageable de pathologies psychiatriques s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse d&rsquo;une mise en garde en bo\u00eete noire r\u00e9v\u00e8le une structure normalis\u00e9e d\u00e9clin\u00e9e selon des axes pr\u00e9cis :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;encadrement graphique :<\/strong> Une bordure noire opaque d&rsquo;une \u00e9paisseur d\u00e9termin\u00e9e, plac\u00e9e tout en haut de la monographie professionnelle, entourant un texte r\u00e9dig\u00e9 en capitales ou en caract\u00e8res gras pour interdire toute omission visuelle.<\/li>\n<li><strong>La nature de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement ind\u00e9sirable :<\/strong> Une caract\u00e9risation sans ambigu\u00eft\u00e9 des manifestations cliniques redout\u00e9es (par exemple : \u00ab Suicidality in Children and Young Adults \u00bb, \u00ab Increased Mortality in Elderly Patients with Dementia-Related Psychosis \u00bb).<\/li>\n<li><strong>La population cible \u00e0 risque :<\/strong> L&rsquo;identification pr\u00e9cise des tranches d&rsquo;\u00e2ge, des comorbidit\u00e9s physiologiques ou des facteurs g\u00e9n\u00e9tiques exposant \u00e0 une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue.<\/li>\n<li><strong>Les param\u00e8tres de surveillance clinique :<\/strong> L&rsquo;\u00e9num\u00e9ration des actions obligatoires, incluant la fr\u00e9quence des consultations (notamment au cours du premier mois de traitement), la surveillance de l&rsquo;agitation psychomotrice, ou la r\u00e9alisation d&rsquo;examens biologiques et cardiologiques pr\u00e9alables.<\/li>\n<li><strong>Les contre-indications formelles et interactions prohib\u00e9es :<\/strong> La sp\u00e9cification des contextes pathologiques o\u00f9 l&#8217;emploi du m\u00e9dicament est strictement proscrit en raison d&rsquo;une toxicit\u00e9 synergique intol\u00e9rable.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de mesurer la r\u00e9alit\u00e9 clinique de ces avertissements, plusieurs sc\u00e9narios embl\u00e9matiques illustrent leur incidence quotidienne :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Prescription d&rsquo;antid\u00e9presseurs chez un adolescent d\u00e9pressif.<\/strong><br \/>Un adolescent de 16 ans consulte pour un trouble d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 mod\u00e9r\u00e9 \u00e0 s\u00e9v\u00e8re, r\u00e9fractaire \u00e0 une premi\u00e8re ligne de psychoth\u00e9rapie cognitive et comportementale. Le psychiatre envisage la fluox\u00e9tine. La pr\u00e9sence de la bo\u00eete noire impose au clinicien de planifier une s\u00e9ance sp\u00e9cifique d&rsquo;information avec l&rsquo;adolescent et ses tuteurs l\u00e9gaux. Le protocole implique d&rsquo;alerter sur les signes pr\u00e9curseurs d&rsquo;aggravation : virage anxieux, acathisie, insomnie subite ou apparition d&rsquo;obsessions suicidaires. Un calendrier de suivi hebdomadaire est instaur\u00e9 pendant le premier mois pour \u00e9valuer la r\u00e9ponse clinique et d\u00e9samorcer toute \u00e9mergence d&rsquo;impulsions auto-agressives.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Agitation psychomotrice chez une patiente atteinte de la maladie d&rsquo;Alzheimer.<\/strong><br \/>Une femme de 82 ans r\u00e9sidant en unit\u00e9 de soins de longue dur\u00e9e pr\u00e9sente des \u00e9pisodes d&rsquo;agressivit\u00e9 et des d\u00e9lires de pers\u00e9cution li\u00e9s \u00e0 une d\u00e9mence vasculaire avanc\u00e9e. La prescription d&rsquo;un antipsychotique de seconde g\u00e9n\u00e9ration (comme la risp\u00e9ridone ou l&rsquo;olanzapine) se heurte \u00e0 la bo\u00eete noire relative \u00e0 l&rsquo;augmentation de la mortalit\u00e9 par accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral et pneumopathie d&rsquo;inhalation. Le m\u00e9decin g\u00e9riatre et le psychologue clinicien doivent colliger l&rsquo;\u00e9chec document\u00e9 des approches environnementales et non pharmacologiques avant toute initiation, documenter formellement la discussion avec la personne de confiance, et planifier une r\u00e9\u00e9valuation hebdomadaire visant la dose minimale efficace sur une dur\u00e9e br\u00e8ve.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Prise en charge simultan\u00e9e d&rsquo;un trouble panique et de douleurs chroniques.<\/strong><br \/>Un patient de 45 ans trait\u00e9 par clonaz\u00e9pam pour un trouble panique avec agoraphobie consulte un sp\u00e9cialiste de la douleur qui envisage la prescription d&rsquo;oxycodone pour une lombosciatique invalidante. La mise en garde conjointe sur les benzodiaz\u00e9pines et les opio\u00efdes rappelle au praticien que l&rsquo;action synergique s&rsquo;exer\u00e7ant sur les r\u00e9cepteurs GABA-A et les r\u00e9cepteurs morphiniques mu majore le risque d&rsquo;hypoventilation l\u00e9thale. Cette situation contraint l&rsquo;\u00e9quipe \u00e0 privil\u00e9gier des alternatives analg\u00e9siques non opiac\u00e9es ou \u00e0 organiser un relais psychoth\u00e9rapeutique progressif pour sevrer le patient du traitement anxiolytique.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et pharmacovigilance<\/h3>\n<p>La d\u00e9cision d&rsquo;apposer, de modifier ou de retirer une bo\u00eete noire repose sur un ensemble complexe de m\u00e9thodologies quantitatives relevant de la pharmaco-\u00e9pid\u00e9miologie :<\/p>\n<p>Les agences r\u00e9glementaires s&rsquo;appuient en premier lieu sur la m\u00e9ta-analyse d&rsquo;essais cliniques randomis\u00e9s contr\u00f4l\u00e9s. Dans le cas historique des antid\u00e9presseurs en 2004, la FDA a compil\u00e9 les donn\u00e9es de 24 essais portant sur plus de 4 400 enfants et adolescents. Cette synth\u00e8se a mis en \u00e9vidence un taux moyen d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements ind\u00e9sirables li\u00e9s \u00e0 des id\u00e9ations ou tentatives de suicide de 4 % dans les groupes recevant un antid\u00e9presseur, contre 2 % dans les groupes placebo, soit un risque relatif approchant 2, sans qu&rsquo;aucun suicide abouti n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9plor\u00e9 au sein de ces cohortes d&rsquo;\u00e9valuation.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des essais de phase III, dont la taille d&rsquo;\u00e9chantillon est souvent insuffisante pour d\u00e9tecter des signaux de faible fr\u00e9quence statistique, la pharmacovigilance mobilise des syst\u00e8mes de notification spontan\u00e9e (comme le VAERS ou le MedWatch de la FDA) et des analyses de \u00ab fouille de donn\u00e9es \u00bb (<em>data mining<\/em>) sur de gigantesques bases de donn\u00e9es m\u00e9dico-administratives d&rsquo;assurance maladie. Des algorithmes calculent le ratio de disproportionnalit\u00e9 de notification (PRR pour <em>Proportional Reporting Ratio<\/em>) afin d&rsquo;isoler des signaux d&rsquo;alarme \u00e9mergents.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;impact de l&rsquo;avertissement lui-m\u00eame fait l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tudes d&rsquo;\u00e9valuation r\u00e9trospectives. \u00c0 l&rsquo;aide de s\u00e9ries temporelles interrompues et de mod\u00e8les \u00e9conom\u00e9triques, les chercheurs surveillent les courbes de prescription, les taux de recours aux consultations diagnostiques, ainsi que l&rsquo;\u00e9volution des taux r\u00e9els d&rsquo;hospitalisation pour tentative de suicide ou de mortalit\u00e9 au sein de la population g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Sur le terrain de la sant\u00e9 mentale, la mise en garde en bo\u00eete noire red\u00e9finit les pratiques diagnostiques et th\u00e9rapeutiques autour de quatre piliers essentiels :<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;anamn\u00e8se familiale et individuelle approfondie :<\/strong> Avant d&rsquo;introduire une mol\u00e9cule porteuse d&rsquo;une bo\u00eete noire, l&rsquo;\u00e9valuation doit rechercher des ant\u00e9c\u00e9dents personnels ou familiaux de trouble bipolaire, de conduites suicidaires, d&rsquo;\u00e9pilepsie ou de pathologies cardiovasculaires, les antid\u00e9presseurs pouvant induire un virage maniaque ou une d\u00e9sinhibition motrice d\u00e9l\u00e9t\u00e8re chez des sujets pr\u00e9dispos\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>La formalisation du consentement \u00e9clair\u00e9 :<\/strong> La communication ne peut plus se r\u00e9duire \u00e0 une remise passive d&rsquo;ordonnance. Les praticiens sont encourag\u00e9s \u00e0 recourir \u00e0 des outils d&rsquo;aide \u00e0 la d\u00e9cision partag\u00e9e (infographies de risque comparatives), explicitant avec mesure la probabilit\u00e9 statistique des b\u00e9n\u00e9fices versus la nature des complications mentionn\u00e9es dans l&rsquo;encadr\u00e9 noir.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;intensification du maillage interdisciplinaire :<\/strong> La pr\u00e9sence d&rsquo;une alerte maximale impose une coordination \u00e9troite entre m\u00e9decins psychiatres, m\u00e9decins traitants, psychologues, \u00e9quipes soignantes et proches aidants. La responsabilit\u00e9 de la veille clinique n&rsquo;incombe pas uniquement au m\u00e9decin : le psychologue clinicien assurant les s\u00e9ances de psychoth\u00e9rapie hebdomadaires doit \u00eatre pleinement inform\u00e9 de l&rsquo;introduction du psychotrope afin de monitorer l&rsquo;humeur, la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle et la survenue \u00e9ventuelle d&rsquo;une angoisse d&rsquo;agitation.<\/p>\n<p><strong>La protocolisation de l&rsquo;arr\u00eat progressif :<\/strong> De nombreuses alertes encadr\u00e9es, \u00e0 l&rsquo;image de celles relatives aux benzodiaz\u00e9pines, soulignent l&rsquo;extr\u00eame dangerosit\u00e9 d&rsquo;une cessation brutale du traitement. La traduction clinique directe consiste en l&rsquo;\u00e9laboration de sch\u00e9mas de d\u00e9cr\u00e9mentation posologique s&rsquo;\u00e9talant sur plusieurs semaines ou mois, adoss\u00e9s \u00e0 des strat\u00e9gies de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle psychologique.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature consacr\u00e9e aux retomb\u00e9es de la bo\u00eete noire sur les antid\u00e9presseurs constitue l&rsquo;un des chapitres les plus volumineux et discut\u00e9s de la recherche en sant\u00e9 publique des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Une vaste constellation d&rsquo;\u00e9tudes ind\u00e9pendantes a explor\u00e9 ce que les sociologues nomment les \u00ab cons\u00e9quences inattendues de l&rsquo;action r\u00e9glementaire \u00bb.<\/p>\n<p>Dans une s\u00e9rie d&rsquo;articles de r\u00e9f\u00e9rence, Robert Valuck et ses collaborateurs (2007), ainsi qu&rsquo;Anne Libby et ses coll\u00e8gues (2009), ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;imposition de la bo\u00eete noire par la FDA en 2004, le diagnostic de d\u00e9pression chez les enfants et adolescents a chut\u00e9 significativement aux \u00c9tats-Unis, de concert avec une r\u00e9duction marqu\u00e9e des prescriptions d&rsquo;antid\u00e9presseurs. Plus troublant encore, cette baisse de la prescription ne s&rsquo;est pas accompagn\u00e9e d&rsquo;un transfert compensatoire vers des psychoth\u00e9rapies fond\u00e9es sur les donn\u00e9es probantes, laissant un volume substantiel de jeunes d\u00e9pressifs sans aucune prise en charge m\u00e9dicale ou psychologique.<\/p>\n<p>Par la suite, les travaux \u00e9pid\u00e9miologiques conduits par Mark Olfson (2008), Robert Gibbons (2007) et Christine Lu (2014) ont mis en lumi\u00e8re une inversion tragique des indicateurs de sant\u00e9. Lu et ses collaborateurs ont \u00e9tabli, \u00e0 partir de l&rsquo;analyse longitudinale de millions de dossiers de sant\u00e9, que la publication des alertes encadr\u00e9es co\u00efncidait avec une augmentation statistiquement significative des tentatives de suicide et des suicides aboutis chez les adolescents et les jeunes adultes au cours des ann\u00e9es suivantes. Ces donn\u00e9es sugg\u00e8rent que l&rsquo;abstention th\u00e9rapeutique provoqu\u00e9e par l&rsquo;effet anxiog\u00e8ne de la bo\u00eete noire a engendr\u00e9 un pr\u00e9judice \u00e9pid\u00e9miologique sup\u00e9rieur au risque pharmacologique que la mesure visait initialement \u00e0 conjurer.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres recherches men\u00e9es en psycho-g\u00e9riatrie ont examin\u00e9 l&rsquo;effet de l&rsquo;avertissement encadr\u00e9 sur les antipsychotiques prescrit aux personnes \u00e2g\u00e9es d\u00e9mentes. Des \u00e9tudes ont observ\u00e9 une baisse sensible de l&rsquo;usage des antipsychotiques atypiques apr\u00e8s 2005, mais celle-ci a parfois \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9e par un report inappropri\u00e9 vers des antipsychotiques typiques plus anciens (dont la toxicit\u00e9 globale et neurologique \u00e9tait sup\u00e9rieure) ou vers des polypharmacies s\u00e9datives incluant des anticonvulsivants et des antihistaminiques d\u00e9nu\u00e9s d&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse dans cette indication.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transnationales<\/h3>\n<p>Le statut, la r\u00e9ception et l&rsquo;impact d&rsquo;une mise en garde en bo\u00eete noire varient profond\u00e9ment d&rsquo;une aire g\u00e9ographique et culturelle \u00e0 l&rsquo;autre. Le mod\u00e8le de la \u00ab bo\u00eete noire \u00bb est intrins\u00e8quement li\u00e9 \u00e0 la culture m\u00e9dico-l\u00e9gale et r\u00e9glementaire des \u00c9tats-Unis, caract\u00e9ris\u00e9e par une judiciarisation intense des litiges m\u00e9dicaux et par la diffusion directe de publicit\u00e9s pharmaceutiques grand public (<em>Direct-to-Consumer Advertising<\/em>). Dans cet \u00e9cosyst\u00e8me, la bo\u00eete noire sert \u00e9galement de bouclier juridique aux constructeurs et aux instances de r\u00e9gulation, tout en contraignant les spots publicitaires t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s \u00e0 \u00e9noncer une liste de risques r\u00e9dhibitoires.<\/p>\n<p>En Europe continentale, l&rsquo;approche pr\u00e9conis\u00e9e par l&rsquo;Agence europ\u00e9enne des m\u00e9dicaments privil\u00e9gie des dispositifs d&rsquo;information moins spectaculaires sur le plan visuel, mais articul\u00e9s autour de r\u00e9sum\u00e9s des caract\u00e9ristiques du produit (RCP) harmonis\u00e9s, de \u00ab plans de gestion des risques \u00bb (PGR) individualis\u00e9s et de \u00ab lettres d&rsquo;information aux professionnels de sant\u00e9 \u00bb (les <em>Dear Healthcare Professional Letters<\/em>). L&rsquo;impact \u00e9motionnel et m\u00e9diatique d&rsquo;une alerte n&rsquo;y prend pas la m\u00eame tournure dramatique, bien que les donn\u00e9es scientifiques sous-jacentes soient globalement partag\u00e9es entre les deux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;Atlantique.<\/p>\n<p>Dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire, l&rsquo;information issue des bo\u00eetes noires de la FDA circule souvent sans les structures de soutien clinique n\u00e9cessaires. Si un encadr\u00e9 noir prescrit une surveillance m\u00e9dicale hebdomadaire, une telle directive s&rsquo;av\u00e8re inapplicable dans des r\u00e9gions o\u00f9 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un p\u00e9dopsychiatre ou \u00e0 un psychologue exige plusieurs mois d&rsquo;attente ou des centaines de kilom\u00e8tres de d\u00e9placement. Dans ces contextes, l&rsquo;alerte peut conduire \u00e0 un rejet pur et simple du recours aux psychotropes par les familles, alimentant la stigmatisation persistante de la maladie mentale et renfor\u00e7ant le recours \u00e0 des pratiques informelles sans encadrement m\u00e9dical.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La mise en garde en bo\u00eete noire fait l&rsquo;objet de contestations r\u00e9currentes au sein de la communaut\u00e9 acad\u00e9mique, m\u00e9dicale et bio\u00e9thique. Les principaux axes de controverse incluent :<\/p>\n<p><strong>La d\u00e9contextualisation m\u00e9thodologique des signaux d&rsquo;alarme :<\/strong> De nombreux psychiatres et \u00e9pid\u00e9miologistes ont reproch\u00e9 \u00e0 la FDA d&rsquo;avoir regroup\u00e9 sous la d\u00e9nomination commune de \u00ab suicidalit\u00e9 \u00bb des entit\u00e9s cliniques fondamentalement distinctes, telles que des pens\u00e9es fugaces de mort, des verbalisations hostiles, des gestes auto-agressifs non suicidaires et des tentatives d&rsquo;autolyse planifi\u00e9es. En amalgamant ces ph\u00e9nom\u00e8nes au sein d&rsquo;une m\u00e9ta-analyse globale, le signal statistique a \u00e9t\u00e9 amplifi\u00e9, sans qu&rsquo;un lien de causalit\u00e9 biologique irr\u00e9futable entre l&rsquo;administration de l&rsquo;inhibiteur s\u00e9lectif et le passage \u00e0 l&rsquo;acte fatal n&rsquo;ait pu \u00eatre isol\u00e9 avec certitude.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;effet de d\u00e9bordement d\u00e9l\u00e9t\u00e8re (Spillover Effect) :<\/strong> L&rsquo;avertissement a exerc\u00e9 un puissant effet d&rsquo;\u00e9pouvantail aupr\u00e8s du corps m\u00e9dical g\u00e9n\u00e9raliste. Craignant des poursuites judiciaires ou redoutant de d\u00e9stabiliser leurs jeunes patients, des milliers de praticiens ont cess\u00e9 de d\u00e9pister ou de prendre en charge la d\u00e9pression p\u00e9diatrique. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00e9vitement a nourri ce que les sociologues de la sant\u00e9 ont baptis\u00e9 un effet iatrog\u00e8ne institutionnel : le rem\u00e8de r\u00e9glementaire a caus\u00e9 des dommages collat\u00e9raux sup\u00e9rieurs au risque qu&rsquo;il cherchait \u00e0 r\u00e9guler.<\/p>\n<p><strong>La rigidit\u00e9 face aux nouvelles donn\u00e9es probantes :<\/strong> Une fois grav\u00e9e dans le marbre d&rsquo;une monographie officielle, la bo\u00eete noire est extr\u00eamement difficile \u00e0 faire r\u00e9viser ou retirer. Malgr\u00e9 l&rsquo;accumulation d&rsquo;\u00e9tudes d\u00e9montrant le r\u00f4le fondamental des antid\u00e9presseurs dans la r\u00e9duction du risque suicidaire global \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;une population d\u00e9pressive s\u00e9v\u00e8re, les agences de r\u00e9gulation manifestent une forte inertie bureaucratique, dict\u00e9e par la crainte du bl\u00e2me politique et soci\u00e9tal en cas d&rsquo;accident cons\u00e9cutif \u00e0 un assouplissement de la norme.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;effet d&rsquo;habituation et la fatigue d&rsquo;alerte :<\/strong> Face \u00e0 la multiplication des encadr\u00e9s noirs appos\u00e9s sur des dizaines de classes pharmacologiques diff\u00e9rentes (des stimulants de l&rsquo;attention aux s\u00e9datifs, en passant par les th\u00e9rapies hormonales), les praticiens peuvent d\u00e9velopper une d\u00e9sensibilisation cognitive (\u00ab <em>warning fatigue<\/em> \u00bb). Lorsque le signal maximal est omnipr\u00e9sent, il perd sa fonction d&rsquo;interruption r\u00e9flexive et finit par \u00eatre banalis\u00e9, au d\u00e9triment de la s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9elle des patients.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender avec exactitude la port\u00e9e d&rsquo;une mise en garde en bo\u00eete noire, il convient de la diff\u00e9rencier de plusieurs notions juridiques et m\u00e9dicales voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Contre-indication absolue :<\/strong> Une interdiction absolue et imp\u00e9rative d&rsquo;administrer une substance sous peine d&rsquo;engager la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale du prescripteur, car le risque l&#8217;emporte de fa\u00e7on certaine sur tout b\u00e9n\u00e9fice imaginable. \u00c0 l&rsquo;inverse, la bo\u00eete noire n&rsquo;interdit pas l&#8217;emploi du m\u00e9dicament : elle l&rsquo;autorise sous r\u00e9serve d&rsquo;une vigilance renforc\u00e9e et d&rsquo;un discernement individualis\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Mise en garde standard (Warning \/ Precaution) :<\/strong> Mention textuelle ordinaire int\u00e9gr\u00e9e dans le corps de la notice m\u00e9dicamenteuse pour lister les effets secondaires possibles, les interactions pharmacocin\u00e9tiques ou les adaptations posologiques de routine. Elle ne b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;aucune mise en exergue graphique particuli\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Retrait du march\u00e9 (Drug Recall) :<\/strong> D\u00e9cision unilat\u00e9rale d&rsquo;une autorit\u00e9 sanitaire ou d&rsquo;un laboratoire supprimant d\u00e9finitivement l&rsquo;autorisation de mise sur le march\u00e9 (AMM) d&rsquo;une sp\u00e9cialit\u00e9 en raison d&rsquo;une balance b\u00e9n\u00e9fice-risque devenue irr\u00e9versiblement d\u00e9favorable. La bo\u00eete noire constitue pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;alternative d&rsquo;ultime recours pour \u00e9viter ce retrait.<\/li>\n<li><strong>Plan de gestion des risques (PGR) :<\/strong> Ensemble proactif de mesures de pharmacovigilance et d&rsquo;\u00e9tudes post-commercialisation exig\u00e9 d&rsquo;un fabricant pour documenter le profil toxicologique d&rsquo;un m\u00e9dicament dans la vie r\u00e9elle. La bo\u00eete noire peut \u00eatre l&rsquo;une des composantes de communication d&rsquo;un tel plan.<\/li>\n<li><strong>Lettre aux professionnels de sant\u00e9 :<\/strong> Courrier direct \u00e9mis par les autorit\u00e9s ou l&rsquo;industrie \u00e0 destination des m\u00e9decins pour leur faire part d&rsquo;une nouvelle alerte toxicologique urgente. Elle pr\u00e9c\u00e8de ou accompagne fr\u00e9quemment l&rsquo;impression d&rsquo;une mise en garde en bo\u00eete noire sur les conditionnements futurs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La mise en garde en bo\u00eete noire repr\u00e9sente le seuil culminant de l&rsquo;alerte toxicologique sur les produits de sant\u00e9. Elle transcende la simple fonction informative pour s&rsquo;\u00e9riger en dispositif m\u00e9dico-l\u00e9gal et psychologique aux r\u00e9percussions syst\u00e9miques majeures :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle avertit d&rsquo;effets secondaires potentiellement fatals, invalidants ou d&rsquo;une toxicit\u00e9 iatrog\u00e8ne majeure tout en pr\u00e9servant l&rsquo;acc\u00e8s au m\u00e9dicament pour les indications complexes.<\/li>\n<li>Son introduction sur les antid\u00e9presseurs en 2004 a profond\u00e9ment transform\u00e9 la psychiatrie de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adulte jeune, imposant une refonte de la surveillance clinique au d\u00e9but du traitement.<\/li>\n<li>L&rsquo;histoire de ce dispositif met en lumi\u00e8re la fragilit\u00e9 des arbitrages sanitaires : la peur induite par l&rsquo;alerte a entra\u00een\u00e9 une baisse des diagnostics et des traitements de la d\u00e9pression, conduisant de mani\u00e8re paradoxale \u00e0 un rebond des conduites suicidaires non trait\u00e9es.<\/li>\n<li>Elle requiert du clinicien une posture de transparence rigoureuse, fond\u00e9e sur le consentement libre et \u00e9clair\u00e9, la d\u00e9sescalade de l&rsquo;angoisse par la psycho\u00e9ducation, et le refus des prescriptions d&rsquo;automatisme.<\/li>\n<li>L&rsquo;encadr\u00e9 noir demeure une tentative imparfaite mais indispensable d&rsquo;\u00e9quilibrer l&rsquo;innovation pharmacologique, la pr\u00e9servation des vies humaines et l&rsquo;\u00e9thique de la d\u00e9cision m\u00e9dicale sous le sceau de l&rsquo;incertitude scientifique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Food and Drug Administration. (2004). <em>FDA Statement on Suicidality in Children and Adolescents Being Treated with Antidepressant Medications<\/em>. U.S. Food and Drug Administration. <a href=\"https:\/\/www.fda.gov\">https:\/\/www.fda.gov<\/a><\/li>\n<li>Gibbons, R. D., Brown, C. H., Hur, K., Marcus, S. M., Bhaumik, D. K., Erkens, J. A., Herings, R. M., &amp; Mann, J. J. (2007). Early evidence on the effects of regulators&rsquo; suicidality warnings on SSRI prescriptions and suicide in children and adolescents. <em>The American Journal of Psychiatry<\/em>, 164(9), 1356\u20131363. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ajp.2007.07030454\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ajp.2007.07030454<\/a><\/li>\n<li>Kahneman, D. (2011). <em>Thinking, Fast and Slow<\/em>. Farrar, Straus and Giroux.<\/li>\n<li>Lu, C. Y., Zhang, F., Lakoma, M. D., Madden, J. M., Rusinak, D., Penfold, R. B., Simon, G., Ahmedani, B. K., Clarke, G., Hunkeler, E. M., Whiteside, U., Wang, P. S., Morden, N. E., &amp; Soumerai, S. B. (2014). Changes in antidepressant use by young people and suicidal behavior after FDA warnings and media coverage: Quasi-experimental study. <em>BMJ<\/em>, 348, g3596. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/bmj.g3596\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/bmj.g3596<\/a><\/li>\n<li>Olfson, M., Marcus, S. C., &amp; Shaffer, D. (2006). Antidepressant drug therapy and suicide in severely depressed children and adults: A case-control study. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 63(8), 865\u2013872. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.63.8.865\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.63.8.865<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la mise en garde en bo\u00eete noire : d\u00e9finition, fondements cliniques, impact psychologique et controverses entourant l&rsquo;alerte m\u00e9dicale maximale de la pharmacovigilance.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[37322,958,7375],"tags":[6897,37321,31233,31953,479,37324,37323],"class_list":["post-22204","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-ethique-et-reglementation-medicale","category-psychiatrie-clinique","category-psychopharmacologie","tag-antidepresseurs","tag-boite-noire","tag-iatrogenie","tag-pharmacovigilance","tag-psychiatrie","tag-securite-des-medicaments","tag-suicidabilite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22204","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22204\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22204"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22204"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22204"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}