{"id":22193,"date":"2026-10-27T00:51:04","date_gmt":"2026-10-27T00:51:04","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=hemianopsie-bitemporale-cecite-chiasmatique"},"modified":"2026-10-27T00:51:04","modified_gmt":"2026-10-27T00:51:04","slug":"hemianopsie-bitemporale-cecite-chiasmatique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=hemianopsie-bitemporale-cecite-chiasmatique","title":{"rendered":"H\u00e9mianopsie bitemporale : C\u00e9cit\u00e9 chiasmatique"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale repr\u00e9sente l&rsquo;un des d\u00e9ficits neuro-visuels les plus caract\u00e9ristiques et fascinants de la s\u00e9miologie neurologique et de la neuropsychologie clinique. Se traduisant par l&rsquo;amputation de la moiti\u00e9 lat\u00e9rale externe du champ visuel de chaque \u0153il, cette affection r\u00e9sulte \u00e9lectivement de la l\u00e9sion des fibres optiques d\u00e9cussant au sein du chiasma optique. Au-del\u00e0 d&rsquo;une simple restriction sensorielle, elle alt\u00e8re profond\u00e9ment les interactions spatiales de l&rsquo;individu, sa perception de la profondeur st\u00e9r\u00e9oscopique ainsi que sa dynamique psychologique et cognitive quotidienne.<\/p>\n<h2>H\u00e9mianopsie bitemporale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>h\u00e9mianopsie bitemporale<\/strong> est un d\u00e9ficit p\u00e9rim\u00e9trique caract\u00e9ris\u00e9 par la perte de la vision dans les deux moiti\u00e9s temporales (externes) du champ visuel de l&rsquo;\u0153il droit et de l&rsquo;\u0153il gauche. Ce trouble est classiquement qualifi\u00e9 d&rsquo;h\u00e9t\u00e9ronyme, car les zones invisibles affectent des c\u00f4t\u00e9s oppos\u00e9s de l&rsquo;espace visuel subjectif de chaque \u0153il, contrastant formellement avec les h\u00e9mianopsies homonymes r\u00e9tro-chiasmatiques.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, le patient conserve une acuit\u00e9 visuelle centrale fr\u00e9quemment intacte au stade initial, mais perd la perception panoramique lat\u00e9rale. L&rsquo;\u00e9tendue de cette amputation compromet la vision globale de l&rsquo;environnement, cr\u00e9ant un tableau de \u00ab vision tubulaire \u00bb p\u00e9riph\u00e9rique ou de r\u00e9duction du champ binoculaire total \u00e0 environ 90-100 degr\u00e9s d&rsquo;angle visuel, au lieu des 180 \u00e0 200 degr\u00e9s normaux. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne engendre des manifestations comportementales sp\u00e9cifiques et des erreurs constantes d&rsquo;orientation spatiale.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neuropsychologique et neurologique, l&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale constitue le signe d&rsquo;appel pathognomonique d&rsquo;une compression ou d&rsquo;une atteinte structurelle du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chiasma_optique\">chiasma optique<\/a>. Elle impose syst\u00e9matiquement une exploration neuro-anatomique urgente, car elle r\u00e9v\u00e8le souvent des n\u00e9oformations sellaires ou parasellaires, au premier rang desquelles figurent les ad\u00e9nomes hypophysaires, les craniopharyngiomes et les m\u00e9ningiomes de la r\u00e9gion sellaire.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab h\u00e9mianopsie \u00bb d\u00e9rive du grec ancien. Il se d\u00e9compose en trois \u00e9l\u00e9ments morphologiques distincts : le pr\u00e9fixe <em>h\u00eami-<\/em> (\u1f21\u03bc\u03b9-), signifiant \u00ab demi \u00bb ou \u00ab moiti\u00e9 \u00bb ; le pr\u00e9fixe privatif <em>an-<\/em> (\u1f00\u03bd-), indiquant l&rsquo;absence ou la n\u00e9gation ; et la racine <em>opsis<\/em> (\u1f44\u03c8\u03b9\u03c2), d\u00e9signant la vue, la vision ou l&rsquo;action de voir. Litt\u00e9ralement, l&rsquo;h\u00e9mianopsie renvoie \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 de voir une moiti\u00e9 de l&rsquo;espace visuel.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab bitemporale \u00bb associe le pr\u00e9fixe latin <em>bi-<\/em> (\u00ab deux \u00bb ou \u00ab double \u00bb) \u00e0 la racine anatomique <em>temporalis<\/em>, d\u00e9riv\u00e9e de <em>tempus<\/em>, signifiant la tempe. Ce qualificatif pr\u00e9cise l&rsquo;orientation spatio-anatomique de la perte visuelle : elle concerne les moiti\u00e9s lat\u00e9rales du champ visuel, orient\u00e9es vers les tempes, par opposition aux h\u00e9michamps nasaux tourn\u00e9s vers l&rsquo;ar\u00eate nasale.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9merg\u00e9 dans le corpus m\u00e9dical occidental au cours du XIXe si\u00e8cle, parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;essor des corr\u00e9lations clinico-pathologiques initi\u00e9es par les pionniers de la neuro-ophtalmologie et de la cartographie c\u00e9r\u00e9brale. L&rsquo;usage conjoint des termes \u00ab h\u00e9t\u00e9ronyme \u00bb et \u00ab bitemporale \u00bb a permis d&rsquo;isoler avec pr\u00e9cision les perturbations sp\u00e9cifiques aux structures m\u00e9dianes de la base du cr\u00e2ne, distinguant ainsi ces atteintes des c\u00e9cit\u00e9s monoculaires ou des h\u00e9mipl\u00e9gies visuelles c\u00e9r\u00e9brales.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le terme se prononce phon\u00e9tiquement [e.mja.n\u0254p.si bi.t\u0251\u0303.p\u0254.\u0281al]. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier. Au pluriel, il prend la marque graphique r\u00e9guli\u00e8re : \u00ab h\u00e9mianopsies bitemporales \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et la litt\u00e9rature savante francophone, on rencontre parfois la variante orthographique \u00ab h\u00e9mianopie bitemporale \u00bb, calqu\u00e9e sur la forme anglo-saxonne <em>hemianopia<\/em> ou <em>hemianopsia<\/em>, bien que l&rsquo;Acad\u00e9mie nationale de m\u00e9decine et les dictionnaires terminologiques de r\u00e9f\u00e9rence privil\u00e9gient la forme \u00ab h\u00e9mianopsie \u00bb. Dans les dossiers d&rsquo;hospitalisation et les comptes rendus d&rsquo;explorations fonctionnelles, on retrouve r\u00e9guli\u00e8rement l&rsquo;acronyme \u00ab HBT \u00bb pour d\u00e9signer de mani\u00e8re concise cette anomalie du champ visuel.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, le mot s&#8217;emploie principalement avec les verbes d&rsquo;\u00e9tat ou d&rsquo;action clinique tels que \u00ab pr\u00e9senter une h\u00e9mianopsie bitemporale \u00bb, \u00ab documenter une h\u00e9mianopsie bitemporale \u00e0 la campim\u00e9trie \u00bb ou \u00ab r\u00e9v\u00e9ler une h\u00e9mianopsie bitemporale compressive \u00bb. On veillera \u00e0 ne pas l&#8217;employer comme un synonyme d&rsquo;h\u00e9min\u00e9gligence, cette derni\u00e8re relevant d&rsquo;un trouble neuropsychologique attentionnel sans alt\u00e9ration p\u00e9rim\u00e9trique primaire intrins\u00e8que.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale, il convient de comprendre l&rsquo;architecture optique de la r\u00e9tine et son mode de projection vers les centres corticaux. La r\u00e9tine de chaque \u0153il se subdivise verticalement en deux h\u00e9mi-r\u00e9tines : une h\u00e9mi-r\u00e9tine nasale, situ\u00e9e m\u00e9dialement par rapport \u00e0 la fov\u00e9a, et une h\u00e9mi-r\u00e9tine temporale, situ\u00e9e lat\u00e9ralement. Les lois de l&rsquo;optique g\u00e9om\u00e9trique oculaire inversent l&rsquo;image projet\u00e9e sur la r\u00e9tine : l&rsquo;h\u00e9mi-r\u00e9tine nasale re\u00e7oit les stimuli lumineux provenant du champ visuel temporal (ext\u00e9rieur), tandis que l&rsquo;h\u00e9mi-r\u00e9tine temporale capte les rayons issus du champ visuel nasal (int\u00e9rieur).<\/p>\n<p>Les axones des cellules ganglionnaires r\u00e9tiniennes se regroupent pour former les nerfs optiques. Au niveau du chiasma optique, une r\u00e9organisation spatiale d\u00e9cisive s&rsquo;op\u00e8re : les fibres provenant des h\u00e9mi-r\u00e9tines nasales se croisent sur la ligne m\u00e9diane (d\u00e9cussation chiasmatique) pour rejoindre le tractus optique controlat\u00e9ral. En revanche, les axones originaires des h\u00e9mi-r\u00e9tines temporales ne d\u00e9cussent pas ; ils poursuivent leur trajet du m\u00eame c\u00f4t\u00e9 au sein du tractus optique homolat\u00e9ral. C&rsquo;est ce croisement s\u00e9lectif qui fonde la logique spatiale de la vision binoculaire humaine.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un processus expansif, inflammatoire ou vasculaire alt\u00e8re pr\u00e9cis\u00e9ment la portion m\u00e9diane du chiasma optique, ce sont exclusivement les axones en cours de d\u00e9cussation qui subissent les forces m\u00e9caniques d&rsquo;\u00e9crasement ou l&rsquo;isch\u00e9mie microvasculaire. Ces axones correspondant aux h\u00e9mi-r\u00e9tines nasales des deux yeux, leur interruption entra\u00eene l&rsquo;impossibilit\u00e9 de transmettre l&rsquo;information per\u00e7ue dans les deux champs temporaux respectifs. La personne se retrouve donc priv\u00e9e de vision au-del\u00e0 de la ligne verticale m\u00e9diane vers la droite pour l&rsquo;\u0153il droit, et vers la gauche pour l&rsquo;\u0153il gauche.<\/p>\n<p>Cette amputation bilat\u00e9rale ext\u00e9rieure suscite un ph\u00e9nom\u00e8ne sensoriel d\u00e9routant pour le patient. Contrairement \u00e0 une croyance profane r\u00e9pandue, l&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale ne se traduit pas par l&rsquo;apparition de deux \u00ab rideaux noirs \u00bb nets et immobiles. Les patients ignorent souvent l&rsquo;\u00e9tendue exacte de leur d\u00e9ficit en vision binoculaire droite et gauche, car les deux h\u00e9mi-champs nasaux r\u00e9siduels continuent de se chevaucher sur la ligne centrale. L&rsquo;individu compense inconsciemment par des saccades oculaires incessantes et ne per\u00e7oit pas un vide opaque, mais une disparition abrupte des objets lorsqu&rsquo;ils franchissent une certaine excentricit\u00e9 lat\u00e9rale.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, la rupture de la continuit\u00e9 panoramique g\u00e9n\u00e8re des r\u00e9percussions sensori-motrices profondes. La coordination oculo-manuelle, la lecture (particuli\u00e8rement la planification du retour \u00e0 la ligne ou l&rsquo;anticipation parafov\u00e9ale) et la marche dans des espaces anim\u00e9s deviennent particuli\u00e8rement anxiog\u00e8nes. L&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 anticiper les obstacles surgissant lat\u00e9ralement provoque des collisions corporelles fr\u00e9quentes avec les encadrements de portes, les r\u00e9troviseurs ou les passants, ce qui motive bien souvent la consultation ophtalmologique ou neurologique initiale.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du chiasma optique et de ses cons\u00e9quences cliniques s&rsquo;enracine dans les premi\u00e8res dissections neuro-anatomiques de l&rsquo;Antiquit\u00e9 et de la Renaissance. Si Galien avait formul\u00e9 des hypoth\u00e8ses sur la convergence des nerfs visuels pour expliquer l&rsquo;unicit\u00e9 de la vision binoculaire, c&rsquo;est \u00e0 Isaac Newton, au tout d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, que l&rsquo;on doit la g\u00e9niale d\u00e9duction th\u00e9orique de la semi-d\u00e9cussation chiasmatique. Dans ses <em>Opticks<\/em> (1704), Newton postule avec exactitude que les fibres nasales se croisent tandis que les fibres temporales restent homolat\u00e9rales, seule configuration g\u00e9om\u00e9trique capable d&rsquo;expliquer la fusion des deux images monoculaires.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, les anatomistes et physiologistes allemands, notamment Johannes M\u00fcller et Bernhard von Gudden, apportent la d\u00e9monstration histologique et exp\u00e9rimentale formelle de cette semi-d\u00e9cussation. En parall\u00e8le, l&rsquo;essor de la s\u00e9miologie clinique men\u00e9 par Albrecht von Graefe permet l&rsquo;invention et le perfectionnement de la campim\u00e9trie manuelle. Von Graefe d\u00e9crit pour la premi\u00e8re fois avec rigueur g\u00e9om\u00e9trique les d\u00e9ficits campim\u00e9triques chez l&rsquo;humain et isole la perte bilat\u00e9rale des champs temporaux comme un signe r\u00e9v\u00e9lateur de pathologies intracr\u00e2niennes profondes.<\/p>\n<p>\u00c0 la charni\u00e8re des XIXe et XXe si\u00e8cles, le c\u00e9l\u00e8bre neurochirurgien am\u00e9ricain Harvey Cushing fait faire un bond spectaculaire \u00e0 la compr\u00e9hension pratique de l&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale. En op\u00e9rant des centaines de patients porteurs de tumeurs de l&rsquo;hypophyse, Cushing documente minutieusement la corr\u00e9lation entre le volume de l&rsquo;ad\u00e9nome sellaire comprimant le chiasma et la progression du scotome, d\u00e9butant souvent dans les quadrants sup\u00e9rieurs avant d&rsquo;envahir la totalit\u00e9 du champ temporal. Cushing et son collaborateur Clifford Walker publient des s\u00e9ries princeps \u00e9tablissant la restitution campim\u00e9trique spectaculaire apr\u00e8s d\u00e9compression chirurgicale du chiasma.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique\">IRM<\/a>) c\u00e9r\u00e9brale coupl\u00e9e \u00e0 la p\u00e9rim\u00e9trie automatis\u00e9e de type Humphrey a r\u00e9volutionn\u00e9 le diagnostic pr\u00e9coce. L&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale, jadis identifi\u00e9e \u00e0 des stades d&rsquo;atrophie optique irr\u00e9versible avec c\u00e9cit\u00e9 quasi compl\u00e8te, est aujourd&rsquo;hui d\u00e9pist\u00e9e \u00e0 des stades infracliniques ou sous forme de scotomes quadranopsiques discrets, autorisant des prises en charge neurochirurgicales et endocriniennes conservatrices de la fonction visuelle.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neuroanatomiques<\/h3>\n<p>Le substrat anatomique de l&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale r\u00e9side dans la topographie ultra-sp\u00e9cialis\u00e9e de la loge sellaire et de l&rsquo;\u00e9tage moyen de la base du cr\u00e2ne. Le chiasma optique repose \u00e0 quelques millim\u00e8tres au-dessus du diaphragme de la selle turcique, imm\u00e9diatement en surplomb de la tige pituitaire et de l&rsquo;hypophyse. Cette proximit\u00e9 anatomique explique pourquoi toute expansion tumorale intrasellaire dirig\u00e9e vers le haut vient buter directement contre la face inf\u00e9rieure du chiasma optique.<\/p>\n<p>Les fibres nerveuses au sein du chiasma adoptent une disposition spatiale tr\u00e8s rigoureuse. Les fibres provenant des h\u00e9mi-r\u00e9tines nasales inf\u00e9rieures cheminent dans la portion inf\u00e9ro-ant\u00e9rieure du chiasma et d\u00e9crivent une anse particuli\u00e8re avant de se diriger vers le tractus optique oppos\u00e9 : c&rsquo;est le classique \u00ab genou de Wilbrand \u00bb (bien que son existence anatomique in vivo fasse l&rsquo;objet de d\u00e9bats, sa pertinence s\u00e9miologique demeure reconnue). En cons\u00e9quence, une compression exerc\u00e9e par le bas (telle qu&rsquo;un ad\u00e9nome hypophysaire naissant) l\u00e8se en priorit\u00e9 ces fibres r\u00e9tiniennes inf\u00e9rieures, ce qui se traduit dans le champ visuel par une quadranopsie bitemporale sup\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Inversement, les processus expansifs qui se d\u00e9veloppent au-dessus du chiasma (suprasellaires), tels que certains craniopharyngiomes, m\u00e9ningiomes du tubercule de la selle ou gliomes chiasmatiques, exercent leur compression par le haut. Ils touchent en premier lieu les fibres originaires des quadrants r\u00e9tiniens nasaux sup\u00e9rieurs, d\u00e9butant ainsi par une quadranopsie bitemporale inf\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et perceptif, l&rsquo;atteinte du chiasma d\u00e9truit la base neurale de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/St%C3%A9r%C3%A9oscopie\">st\u00e9r\u00e9oscopie<\/a> binoculaire fine. La perception de la troisi\u00e8me dimension dans l&rsquo;espace p\u00e9ripersonnel repose sur la disparit\u00e9 r\u00e9tinienne, calcul\u00e9e par le cortex visuel stri\u00e9 et p\u00e9ristri\u00e9 \u00e0 partir de la comparaison simultan\u00e9e des images issues des deux yeux. Lorsque les deux h\u00e9michamps temporaux disparaissent, la zone de recouvrement binoculaire total s&rsquo;effondre. Le sujet perd la capacit\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9cier avec exactitude les reliefs au-del\u00e0 ou en de\u00e7\u00e0 du point de fixation, un trouble nomm\u00e9 st\u00e9r\u00e9oc\u00e9cit\u00e9 acquise ou perte du relief chiasmatique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale ne se manifeste pas de fa\u00e7on uniforme chez tous les patients ; elle varie en fonction de l&rsquo;axe de compression, de la rapidit\u00e9 d&rsquo;installation et de la morphologie individuelle du polygone de Willis et de la loge sellaire :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Quadranopsie bitemporale sup\u00e9rieure :<\/strong> Forme d\u00e9butante la plus fr\u00e9quente des l\u00e9sions ascendantes (ad\u00e9nomes hypophysaires). L&rsquo;atteinte se cantonne aux cadrans sup\u00e9rieurs des deux champs temporaux.<\/li>\n<li><strong>Quadranopsie bitemporale inf\u00e9rieure :<\/strong> Typique des compressions descendantes d&rsquo;origine suprasellaire (craniopharyngiomes, m\u00e9ningiomes du jugum), affectant prioritairement les cadrans inf\u00e9rieurs temporaux.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9mianopsie bitemporale compl\u00e8te :<\/strong> Destruction totale des fibres en d\u00e9cussation. Le champ visuel temporal est aboli \u00e0 100 % des deux c\u00f4t\u00e9s, avec respect d&rsquo;une fronti\u00e8re verticale stricte passant par le centre fov\u00e9al.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9mianopsie bitemporale asym\u00e9trique :<\/strong> Tr\u00e8s courante en pratique courante, traduisant une croissance tumorale oblique ou lat\u00e9ralis\u00e9e. L&rsquo;un des yeux pr\u00e9sente un d\u00e9ficit temporel complet tandis que l&rsquo;autre ne montre qu&rsquo;un d\u00e9ficit quadrantif\u00e8re ou scotomateux minime.<\/li>\n<li><strong>Syndrome chiasmatique avec scotome jonctionnel :<\/strong> Association d&rsquo;une h\u00e9mianopsie temporale d&rsquo;un \u0153il et d&rsquo;un scotome central ou d&rsquo;une c\u00e9cit\u00e9 compl\u00e8te de l&rsquo;autre \u0153il, t\u00e9moignant d&rsquo;une compression situ\u00e9e \u00e0 la jonction entre le nerf optique et le chiasma (l\u00e9sion du genou de Wilbrand).<\/li>\n<li><strong>H\u00e9mianopsie bitemporale relative :<\/strong> Pr\u00e9servation partielle de la perception des stimuli lumineux de forte intensit\u00e9 ou de grande taille dans les zones temporales, bien que la vision chromatique et la sensibilit\u00e9 aux contrastes y soient d\u00e9j\u00e0 abolies.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Un cas clinique embl\u00e9matique est celui d&rsquo;un homme de 42 ans, cadre sup\u00e9rieur, consultant son ophtalmologiste pour une fatigue visuelle inhabituelle lors du travail sur \u00e9cran et des heurts r\u00e9p\u00e9t\u00e9s contre les montants des portes lorsqu&rsquo;il tourne dans les couloirs. Il rapporte \u00e9galement avoir failli percuter un cycliste qui le d\u00e9passait par la droite alors qu&rsquo;il conduisait sa voiture. L&rsquo;examen initial de r\u00e9fraction ne montre aucune baisse d&rsquo;acuit\u00e9 visuelle centrale (10\/10 \u00e0 chaque \u0153il). Cependant, la p\u00e9rim\u00e9trie automatis\u00e9e met en \u00e9vidence une franche quadranopsie bitemporale sup\u00e9rieure respectant le centre. Une IRM c\u00e9r\u00e9brale c\u00e9r\u00e9bro-hypophysaire r\u00e9v\u00e8le un macroad\u00e9nome hypophysaire de 22 millim\u00e8tres avec expansion suprasellaire bombant contre le chiasma. Apr\u00e8s r\u00e9section endonasale transsph\u00e9no\u00efdale, le champ visuel se normalise en quelques mois.<\/p>\n<p>Un autre exemple clinique classique implique le ph\u00e9nom\u00e8ne neuropsychologique dit de \u00ab d\u00e9rapage des h\u00e9michamps \u00bb (<em>hemifield slip<\/em>). Une patiente de 58 ans porteuse d&rsquo;une h\u00e9mianopsie bitemporale compl\u00e8te rapporte une vision double non paralytique (diplopie fonctionnelle sans par\u00e9sie oculomotrice). En l&rsquo;absence de chevauchement visuel binoculaire p\u00e9riph\u00e9rique, le cerveau perd ses points de rep\u00e8re de fusion sensorielle. Les deux yeux d\u00e9rivent l\u00e9g\u00e8rement de fa\u00e7on ind\u00e9pendante : l&rsquo;h\u00e9michamp nasal droit et l&rsquo;h\u00e9michamp nasal gauche glissent l&rsquo;un sur l&rsquo;autre, provoquant un d\u00e9doublement vertical ou horizontal des objets situ\u00e9s au centre du regard ou une superposition illusoire des d\u00e9tails visuels.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la lecture, un patient souffrant d&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale \u00e9prouve de s\u00e9v\u00e8res difficult\u00e9s malgr\u00e9 la conservation de la vision des petits caract\u00e8res. \u00c0 chaque mot lu, l&rsquo;absence de perception dans le champ temporal droit de l&rsquo;\u0153il droit emp\u00eache l&rsquo;anticipation parafov\u00e9ale des mots suivants (r\u00e9duction de l&#8217;empan visuo-attentionnel vers la droite). Simultan\u00e9ment, l&rsquo;absence de vision dans le champ temporal gauche de l&rsquo;\u0153il gauche g\u00eane le rep\u00e9rage du d\u00e9but de la ligne suivante. Ce tableau entra\u00eene une lenteur de lecture dramatique, une asth\u00e9nopie majeure et une fatigue mentale rapide, fr\u00e9quemment confondue au d\u00e9part avec un syndrome d\u00e9pressif ou un d\u00e9clin cognitif d\u00e9butant.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse de l&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale repose sur un arsenal de tests ophtalmologiques, \u00e9lectrophysiologiques et neuroradiologiques interconnect\u00e9s :<\/p>\n<p>Au lit du malade, l&rsquo;examen d\u00e9bute par le <strong>test de confrontation visuelle<\/strong>. Le praticien s&rsquo;assied en face du patient, les yeux \u00e0 la m\u00eame hauteur, et demande \u00e0 l&rsquo;examin\u00e9 de fixer son nez en occluant un \u0153il \u00e0 la fois. Le m\u00e9decin pr\u00e9sente des cibles statiques (comptage des doigts) ou mobiles dans les quatre quadrants p\u00e9riph\u00e9riques. Bien que simple et rapide, cette m\u00e9thode manque de sensibilit\u00e9 pour d\u00e9tecter les d\u00e9ficits d\u00e9butants ou relatifs.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9talon-or diagnostique demeure la <strong>p\u00e9rim\u00e9trie automatis\u00e9e statique<\/strong> (notamment le champ visuel de <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Humphrey_visual_field_analyser\">Humphrey<\/a>, programmes 30-2 ou 24-2) et la p\u00e9rim\u00e9trie cin\u00e9tique de Goldmann. Le champ de Goldmann est particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux pour mesurer les limites p\u00e9riph\u00e9riques extr\u00eames du champ jusqu&rsquo;\u00e0 90 degr\u00e9s, tandis que la p\u00e9rim\u00e9trie automatis\u00e9e quantifie pr\u00e9cis\u00e9ment la perte de d\u00e9cibels de sensibilit\u00e9 lumineuse r\u00e9tinienne par rapport \u00e0 une base de donn\u00e9es de sujets sains du m\u00eame \u00e2ge. Les cartes en niveaux de gris et les d\u00e9viations par rapport au mod\u00e8le moyen permettent de tracer la coupure m\u00e9ridienne verticale caract\u00e9ristique passant par la fov\u00e9a.<\/p>\n<p>La tomographie par coh\u00e9rence optique (OCT) de la papille et des cellules ganglionnaires maculaires s&rsquo;est impos\u00e9e comme un biomarqueur fondamental. L&rsquo;OCT met en \u00e9vidence une atrophie s\u00e9lective de la couche des fibres nerveuses r\u00e9tiniennes (RNFL) dessinant une forme de \u00ab n\u0153ud papillon \u00bb ou de bande horizontale au niveau de la t\u00eate du nerf optique, ainsi qu&rsquo;une perte des cellules ganglionnaires dans les h\u00e9mi-macules nasales. Cette donn\u00e9e morphologique renseigne sur la chronicit\u00e9 de la compression et la probabilit\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9ration visuelle apr\u00e8s d\u00e9compression chirurgicale.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;exploration morphologique cr\u00e2nienne par IRM avec coupes fines coronales et sagittales centr\u00e9es sur la selle turcique, avec et sans injection de gadolinium, est indispensable. Elle permet de mesurer l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du chiasma, d&rsquo;appr\u00e9cier son \u00e9crasement ou son amincissement et d&rsquo;identifier la nature histologique probable de la l\u00e9sion causale.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les implications de l&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale s&rsquo;\u00e9tendent bien au-del\u00e0 de la sph\u00e8re m\u00e9dicale pure ; elles conditionnent l&rsquo;aptitude l\u00e9gale, la s\u00e9curit\u00e9 quotidienne et la r\u00e9adaptation du patient :<\/p>\n<p>En mati\u00e8re d&rsquo;aptitude \u00e0 la conduite automobile, la r\u00e9glementation dans la plupart des pays (y compris en France et au sein de l&rsquo;Union europ\u00e9enne) exige un champ visuel horizontal binoculaire continu d&rsquo;au moins 120 \u00e0 160 degr\u00e9s, sans encoche significative dans les 20 degr\u00e9s centraux. L&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale compl\u00e8te, r\u00e9duisant le champ combin\u00e9 \u00e0 une bande axiale restreinte, entra\u00eene une inaptitude l\u00e9gale imm\u00e9diate et imp\u00e9rative \u00e0 la conduite de v\u00e9hicules l\u00e9gers et lourds, en raison du risque mortel d&rsquo;omission des cibles situ\u00e9es aux intersections ou sur les bas-c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans la sph\u00e8re professionnelle et ergonomique, l&rsquo;am\u00e9nagement du poste de travail devient incontournable. Les personnes exer\u00e7ant sur ordinateur doivent rapprocher leurs \u00e9crans, utiliser des moniteurs de plus petite taille pour limiter la dispersion lat\u00e9rale des informations, ou b\u00e9n\u00e9ficier de logiciels d&rsquo;agrandissement et de recentrage textuel. Les professions n\u00e9cessitant une vigilance panoramique (grutiers, caristes, agents de s\u00e9curit\u00e9, chirurgiens) doivent faire l&rsquo;objet de reconversions professionnelles adapt\u00e9es.<\/p>\n<p>La r\u00e9\u00e9ducation orthoptique et basse vision joue un r\u00f4le fondamental. Bien qu&rsquo;aucune th\u00e9rapie ne puisse faire repousser les axones r\u00e9tiniens d\u00e9truits, l&rsquo;apprentissage de strat\u00e9gies compensatoires oculomotrices permet d&rsquo;am\u00e9liorer consid\u00e9rablement la vie quotidienne. Les orthoptistes entra\u00eenent le patient \u00e0 d\u00e9velopper des saccades oculaires pr\u00e9ventives amples vers les zones aveugles, favorisant une r\u00e9organisation de l&rsquo;attention visuo-spatiale. L&rsquo;usage de prismes optiques coll\u00e9s sur les verres correcteurs peut parfois \u00eatre exp\u00e9riment\u00e9 pour d\u00e9vier une portion des images temporelles vers les zones nasales voyantes r\u00e9siduelles, bien que leur tol\u00e9rance globale soit variable en raison des aberrations chromatiques induites.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les neurosciences contemporaines se sont intens\u00e9ment pench\u00e9es sur la neuroplasticit\u00e9 et les capacit\u00e9s de r\u00e9cup\u00e9ration apr\u00e8s d\u00e9compression chiasmatique. Les travaux pionniers de l&rsquo;\u00e9cole de neuro-ophtalmologie de Pittsburgh et des \u00e9quipes europ\u00e9ennes (notamment les publications de Danesh-Meyer et collaborateurs) ont d\u00e9montr\u00e9 que la r\u00e9cup\u00e9ration p\u00e9rim\u00e9trique apr\u00e8s chirurgie d&rsquo;un ad\u00e9nome hypophysaire se d\u00e9roule en deux phases : une phase pr\u00e9coce ultra-rapide (dans les heures ou jours suivant l&rsquo;intervention), li\u00e9e \u00e0 la lev\u00e9e du bloc de conduction physiologique sur des axones d\u00e9my\u00e9linis\u00e9s mais viables, suivie d&rsquo;une phase lente s&rsquo;\u00e9talant sur un \u00e0 deux ans, attribuable \u00e0 la remy\u00e9linisation et \u00e0 la r\u00e9organisation synaptique dans le cortex visuel primaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;utilisation prospective de l&rsquo;OCT maculaire par h\u00e9mi-grilles a confirm\u00e9 empiriquement que l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la couche des cellules ganglionnaires maculaires (GCL) avant la chirurgie est le meilleur facteur pr\u00e9dictif du pronostic fonctionnel. Les \u00e9tudes men\u00e9es par Monteiro et al. ont \u00e9tabli que si l&rsquo;atrophie de la GCL nasale d\u00e9passe un seuil critique, la r\u00e9cup\u00e9ration campim\u00e9trique restera incompl\u00e8te, m\u00eame si la tumeur est r\u00e9s\u00e9qu\u00e9e dans son int\u00e9gralit\u00e9 et le chiasma totalement lib\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres recherches neuropsychologiques de pointe s&rsquo;int\u00e9ressent au concept de \u00ab vision aveugle \u00bb (<em>blindsight<\/em>) dans les l\u00e9sions chiasmatiques compar\u00e9es aux l\u00e9sions corticales r\u00e9tro-chiasmatiques. Contrairement aux destructions du cortex occipital o\u00f9 des voies sous-corticales vers le colliculus sup\u00e9rieur peuvent persister et sous-tendre des r\u00e9ponses inconscientes au mouvement, la l\u00e9sion chiasmatique sectionne les aff\u00e9rences r\u00e9tiniennes \u00e0 la racine m\u00eame de la voie visuelle. Ces \u00e9tudes confirment que la privation visuelle dans l&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale est fondamentalement absolue pour les informations visuelles conscientes et inconscientes originaires de l&rsquo;espace temporal correspondant.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La perception et la tol\u00e9rance de la perte visuelle p\u00e9riph\u00e9rique diff\u00e8rent sensiblement selon les contextes socio-\u00e9conomiques, environnementaux et culturels. Dans les soci\u00e9t\u00e9s industrialis\u00e9es fortement urbanis\u00e9es et digitalis\u00e9es, l&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale est plus vite d\u00e9tect\u00e9e en raison des exigences visuo-motrices intenses : lecture constante sur \u00e9crans multiples, conduite automobile obligatoire, navigation dans des flux urbains denses. Les patients de ces soci\u00e9t\u00e9s consultent souvent pour de simples g\u00e8nes de lecture ou des difficult\u00e9s de travail bureautique.<\/p>\n<p>Dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire o\u00f9 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique et aux sp\u00e9cialistes de la vision est limit\u00e9, l&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale est trop souvent m\u00e9connue au stade initial. Les patients adaptent passivement leur mode de vie en tournant davantage la t\u00eate pour compenser la vision en tunnel, attribuant parfois la d\u00e9gradation de leur vue au vieillissement naturel, \u00e0 un d\u00e9but de cataracte ou \u00e0 des croyances traditionnelles sur la d\u00e9t\u00e9rioration corporelle. En cons\u00e9quence, les macroad\u00e9nomes sellaires sont diagnostiqu\u00e9s \u00e0 un stade tardif de compression massive, lorsque le chiasma est lamin\u00e9 et que le patient bascule dans une c\u00e9cit\u00e9 bilat\u00e9rale quasi terminale accompagn\u00e9e d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Panhypopituitarisme\">panhypopituitarisme<\/a> engageant le pronostic vital.<\/p>\n<p>L&rsquo;accompagnement psychosocial doit ainsi tenir compte de l&rsquo;environnement de vie du patient : un travailleur agricole en milieu rural subira des contraintes diff\u00e9rentes (risques de traumatismes dans les champs, utilisation d&rsquo;outils dangereux) de celles d&rsquo;un employ\u00e9 de bureau, mais tous deux feront face \u00e0 un sentiment accru d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 environnementale et de vuln\u00e9rabilit\u00e9 corporelle.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Plusieurs d\u00e9bats anatomiques et m\u00e9thodologiques persistent au sein de la communaut\u00e9 neuro-ophtalmologique concernant l&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale :<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat historique autour de l&rsquo;existence r\u00e9elle du \u00ab genou de Wilbrand \u00bb en constitue l&rsquo;exemple le plus illustre. Longtemps enseign\u00e9 comme une r\u00e9alit\u00e9 anatomique incontournable expliquant le scotome jonctionnel, plusieurs anatomistes modernes ont soutenu qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un art\u00e9fact de fixation cadav\u00e9rique induit par la traction sur le nerf optique atrophique. N\u00e9anmoins, les s\u00e9miologistes cliniciens d\u00e9fendent la p\u00e9rennit\u00e9 du concept en raison de sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 expliquer les scotomes temporaux unilat\u00e9raux associ\u00e9s aux d\u00e9ficits controlat\u00e9raux lors des compressions de la partie ant\u00e9rieure du chiasma.<\/p>\n<p>Une autre controverse clinique concerne la variabilit\u00e9 de la position anatomique du chiasma par rapport \u00e0 la selle turcique. Chez environ 70 \u00e0 80 % des individus, le chiasma est dit \u00ab normopositionn\u00e9 \u00bb (au-dessus du centre de la selle). Mais chez environ 10 % des individus, il est \u00ab pr\u00e9fix\u00e9 \u00bb (situ\u00e9 tr\u00e8s en avant au-dessus du tubercule sellaire), et chez 10 % il est \u00ab postfix\u00e9 \u00bb (situ\u00e9 tr\u00e8s en arri\u00e8re au-dessus du dorsum sellae). Cette variabilit\u00e9 anatomique induit des discordances s\u00e9miologiques notables : une m\u00eame tumeur hypophysaire comprimera les tractus optiques en cas de chiasma pr\u00e9fix\u00e9 (provoquant une h\u00e9mianopsie homonyme au lieu de bitemporale) ou les nerfs optiques en cas de chiasma postfix\u00e9 (provoquant une baisse d&rsquo;acuit\u00e9 visuelle monoculaire pure sans h\u00e9mianopsie bitemporale initiale). Les praticiens doivent donc se m\u00e9fier des sch\u00e9mas m\u00e9canistes trop rigides.<\/p>\n<p>Enfin, la campim\u00e9trie automatis\u00e9e pr\u00e9sente des limites intrins\u00e8ques de coop\u00e9ration : la fatigue, le manque de concentration, les mouvements de fixation de l&rsquo;\u0153il et le ptosis palp\u00e9bral peuvent g\u00e9n\u00e9rer des faux positifs (art\u00e9facts de rebord de verre correcteur mimant un d\u00e9ficit temporal sup\u00e9rieur), soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 absolue de corr\u00e9ler l&rsquo;examen subjectif du champ visuel avec les donn\u00e9es objectives de l&rsquo;OCT et de l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diagnostiques<\/h3>\n<p>La pr\u00e9cision de la terminologie est capitale pour \u00e9viter toute erreur de localisation neuro-anatomique. Il importe de distinguer rigoureusement l&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale des entit\u00e9s suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>H\u00e9mianopsie homonyme :<\/strong> Perte de vision affectant le m\u00eame c\u00f4t\u00e9 du champ visuel pour chaque \u0153il (par exemple, champ temporal droit de l&rsquo;\u0153il droit et champ nasal gauche de l&rsquo;\u0153il gauche dans une h\u00e9mianopsie homonyme droite). Elle signe imp\u00e9rativement une l\u00e9sion r\u00e9tro-chiasmatique (tractus optique, radiations optiques ou cortex visuel occipital), contrastant avec le si\u00e8ge strictement chiasmatique de l&rsquo;atteinte bitemporale.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9mianopsie binasale :<\/strong> Perte des deux moiti\u00e9s m\u00e9diales (nasales) du champ visuel. Elle est exceptionnellement caus\u00e9e par une tumeur ; elle r\u00e9sulte g\u00e9n\u00e9ralement d&rsquo;une compression lat\u00e9rale bilat\u00e9rale des portions non crois\u00e9es du chiasma (calcification s\u00e9v\u00e8re des deux art\u00e8res carotides internes) ou d&rsquo;un glaucome avanc\u00e9 avec encoches nasales sym\u00e9triques.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9min\u00e9gligence spatiale unilat\u00e9rale :<\/strong> Trouble neuropsychologique de l&rsquo;attention spatiale d&rsquo;origine corticale pari\u00e9tale droite. Le patient ignore les stimuli situ\u00e9s dans l&rsquo;h\u00e9miespace gauche sans avoir d&rsquo;amputation m\u00e9canique de ses fibres optiques r\u00e9tiniennes, ce qui le diff\u00e9rencie fondamentalement d&rsquo;un d\u00e9ficit p\u00e9rim\u00e9trique p\u00e9riph\u00e9rique direct.<\/li>\n<li><strong>Vision tubulaire concentrique :<\/strong> R\u00e9tr\u00e9cissement circulaire sym\u00e9trique du champ visuel touchant tous les m\u00e9ridiens \u00e0 360 degr\u00e9s, sans fronti\u00e8re verticale m\u00e9diane. Typique de la r\u00e9tinopathie pigmentaire au stade \u00e9volu\u00e9 ou de troubles neurologiques fonctionnels (conversion hyst\u00e9rique).<\/li>\n<li><strong>Quadranopsie bitemporale :<\/strong> Forme partielle ou d\u00e9butante d&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale limit\u00e9e aux quadrants sup\u00e9rieurs ou inf\u00e9rieurs, indiquant une compression focale de la face inf\u00e9rieure ou sup\u00e9rieure du chiasma.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale constitue le prototype par excellence de la l\u00e9sion topographique en neurologie. Elle t\u00e9moigne de la rupture physique du carrefour des fibres r\u00e9tiniennes nasales d\u00e9cussant sur la ligne m\u00e9diane du chiasma optique.<\/p>\n<p>Sa d\u00e9couverte par l&rsquo;examen de confrontation ou la p\u00e9rim\u00e9trie automatis\u00e9e doit d\u00e9clencher sans d\u00e9lai la r\u00e9alisation d&rsquo;une IRM hypophysaire et hypothalamique. Elle r\u00e9v\u00e8le dans la grande majorit\u00e9 des cas une tumeur b\u00e9nigne de la loge sellaire (ad\u00e9nome hypophysaire, m\u00e9ningiome, craniopharyngiome) accessible \u00e0 un traitement microchirurgical ou m\u00e9dical sp\u00e9cialis\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et quotidien, elle ampute la vision panoramique globale, d\u00e9truit la perception de la profondeur st\u00e9r\u00e9oscopique et g\u00e9n\u00e8re des perturbations de lecture et d&rsquo;orientation spatiale particuli\u00e8rement handicapantes. La prise en charge pluridisciplinaire associe la neurochirurgie, l&rsquo;endocrinologie, la r\u00e9\u00e9ducation orthoptique et l&rsquo;am\u00e9nagement ergonomique pour pr\u00e9server l&rsquo;autonomie et la qualit\u00e9 de vie du patient.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Cushing, H., &amp; Walker, C. B. (1912). Distortions of the visual fields in cases of brain tumor: Chiasmal lesions, with special reference to bitemporal hemianopsia. <em>Brain<\/em>, 35(3), 190\u2013208. <a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/brain\/article-abstract\/35\/3\/190\/275396\">https:\/\/academic.oup.com\/brain\/article-abstract\/35\/3\/190\/275396<\/a><\/li>\n<li>Danesh-Meyer, H. V., Carroll, S. C., Gaskin, B. J., &amp; Gamble, G. (2006). Correlation of optical coherence tomography and visual field findings with visual recovery after decompression of the optic chiasm. <em>Journal of Clinical Neuroscience<\/em>, 13(9), 920\u2013927. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jocn.2005.11.036\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jocn.2005.11.036<\/a><\/li>\n<li>Foroozan, R. (2003). Chiasmal syndromes. <em>Current Opinion in Ophthalmology<\/em>, 14(6), 325\u2013331. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/00055735-200312000-00002\">https:\/\/doi.org\/10.1097\/00055735-200312000-00002<\/a><\/li>\n<li>Monteiro, M. L. R., Zambon, M. B., &amp; Cunha, L. P. (2010). Predictive value of optical coherence tomography in visual recovery after surgical decompression of the chiasm in patients with pituitary macroadenoma. <em>Neurosurgery<\/em>, 66(5), 907\u2013915. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1227\/01.NEU.0000368153.77123.A4\">https:\/\/doi.org\/10.1227\/01.NEU.0000368153.77123.A4<\/a><\/li>\n<li>Purves, D., Augustine, G. J., Fitzpatrick, D., Hall, W. C., LaMantia, A.-S., &amp; White, L. E. (2018). <em>Neurosciences<\/em> (6e \u00e9d.). De Boeck Sup\u00e9rieur. <a href=\"https:\/\/www.deboecksuperieur.com\/ouvrage\/9782807314924-neurosciences\">https:\/\/www.deboecksuperieur.com\/ouvrage\/9782807314924-neurosciences<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;h\u00e9mianopsie bitemporale est un d\u00e9ficit du champ visuel caract\u00e9ris\u00e9 par la perte de la vision p\u00e9riph\u00e9rique externe dans les deux yeux, signe classique d&rsquo;une compression du chiasma optique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1045,46,701],"tags":[31513,30997,37028,37307,31199,33235],"class_list":["post-22193","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie","category-neuropsychologie","category-ophtalmologie","tag-adenome-hypophysaire","tag-champ-visuel","tag-chiasma-optique","tag-hemianopsie-bitemporale","tag-neuro-ophtalmologie","tag-stereoscopie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22193","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22193\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22193"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22193"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22193"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}