{"id":22064,"date":"2026-10-26T19:58:07","date_gmt":"2026-10-26T19:58:07","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=sommation-binoculaire"},"modified":"2026-10-26T19:58:07","modified_gmt":"2026-10-26T19:58:07","slug":"sommation-binoculaire","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=sommation-binoculaire","title":{"rendered":"Sommation binoculaire : Deux yeux pour mieux voir"},"content":{"rendered":"<p>La perception visuelle humaine repose sur l&rsquo;int\u00e9gration harmonieuse des signaux capt\u00e9s par deux r\u00e9cepteurs oculaires distincts, conf\u00e9rant \u00e0 notre syst\u00e8me nerveux central une acuit\u00e9 et une sensibilit\u00e9 bien sup\u00e9rieures \u00e0 celles d&rsquo;un \u0153il isol\u00e9. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;amplification sensorielle, connu sous le nom de sommation binoculaire, illustre avec pr\u00e9cision la mani\u00e8re dont le cortex visuel combine les entr\u00e9es r\u00e9tiniennes pour optimiser la d\u00e9tection des contrastes, la r\u00e9solution spatiale et la perception tridimensionnelle. Comprendre ce processus constitue une \u00e9tape essentielle pour appr\u00e9hender tant les m\u00e9canismes fondamentaux de la psychophysique visuelle que les perturbations cliniques r\u00e9sultant de pathologies comme le strabisme ou l&rsquo;amblyopie.<\/p>\n<h2>Sommation binoculaire<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>sommation binoculaire<\/strong> d\u00e9signe l&rsquo;am\u00e9lioration des performances visuelles observ\u00e9e lorsque les deux yeux sont stimul\u00e9s simultan\u00e9ment par rapport aux performances obtenues lors d&rsquo;une vision monoculaire. Dans le domaine de la psychophysique et des neurosciences cognitives, elle quantifie le gain de sensibilit\u00e9 globale du syst\u00e8me visuel r\u00e9sultant de la combinaison des signaux aff\u00e9rents issus de chaque r\u00e9tine.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue fonctionnel, cette sommation ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une simple juxtaposition des champs visuels gauche et droit. Elle refl\u00e8te un processus actif de convergence et d&rsquo;int\u00e9gration neurale au sein des structures corticales pr\u00e9coces, particuli\u00e8rement le cortex visuel primaire. En conditions physiologiques normales, le seuil de d\u00e9tection binoculaire est significativement plus bas que le seuil monoculaire le plus performant, conf\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;observateur une sensibilit\u00e9 accrue au contraste, une meilleure acuit\u00e9 visuelle et des temps de r\u00e9action plus rapides face aux stimuli visuels d\u00e9grad\u00e9s ou de faible intensit\u00e9 lumineuse.<\/p>\n<p>Lorsque le gain mesur\u00e9 exc\u00e8de ce que pr\u00e9dirait la simple probabilit\u00e9 statistique que l&rsquo;un des deux yeux d\u00e9tecte la cible de fa\u00e7on ind\u00e9pendante, on parle de sommation neurale ou physiologique. Ce concept est au c\u0153ur de l&rsquo;\u00e9valuation de la coop\u00e9ration binoculaire et constitue un indicateur diagnostique fondamental de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle des voies visuelles r\u00e9tino-corticales.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab sommation \u00bb d\u00e9rive du latin m\u00e9di\u00e9val <em>sommatio<\/em>, lui-m\u00eame issu du verbe <em>sommare<\/em> signifiant \u00ab faire la somme, r\u00e9capituler \u00bb, rattach\u00e9 au substantif latin <em>summa<\/em> d\u00e9signant le sommet, la totalit\u00e9 ou le point culminant. Dans le lexique physiologique moderne, le mot a \u00e9t\u00e9 introduit pour d\u00e9signer l&rsquo;addition progressive d&rsquo;effets biologiques ou nerveux sous l&rsquo;influence de stimuli successifs ou convergents.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab binoculaire \u00bb est forg\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9fixe latin <em>bini<\/em> (\u00ab deux \u00e0 deux, double \u00bb) et du substantif <em>oculus<\/em> (\u00ab \u0153il \u00bb). La composition \u00ab binoculaire \u00bb a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9merger dans la litt\u00e9rature optique et scientifique au cours du XVIIe si\u00e8cle, notamment \u00e0 travers les travaux du moine capucin Anton Maria Schyrleus de Rheita en 1645 lorsqu&rsquo;il perfectionna les premi\u00e8res lunettes d&rsquo;approche binoculaires.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression combin\u00e9e <em>sommation binoculaire<\/em> a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9e \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle par les pionniers de la psychophysique sensorielle et de l&rsquo;ophtalmologie exp\u00e9rimentale, traduisant l&rsquo;anglais <em>binocular summation<\/em> employ\u00e9 par des chercheurs tels que Charles Sherrington lors de ses \u00e9tudes canoniques sur l&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9flexe et sensorielle.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, \u00ab sommation binoculaire \u00bb est un groupe nominal f\u00e9minin singulier. Sa transcription phon\u00e9tique normalis\u00e9e dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) est \/s\u0254.ma.sj\u0254\u0303 bi.n\u0254.ky.l\u025b\u0281\/.<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et syntaxique, le terme associe un nom commun f\u00e9minin (\u00ab sommation \u00bb) et un adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te (\u00ab binoculaire \u00bb), dont la forme plurielle s&rsquo;\u00e9crit \u00ab sommations binoculaires \u00bb (\/s\u0254.ma.sj\u0254\u0303 bi.n\u0254.ky.l\u025b\u0281\/). Dans les \u00e9crits scientifiques, il est principalement employ\u00e9 de mani\u00e8re ind\u00e9nombrable pour caract\u00e9riser le ph\u00e9nom\u00e8ne global, mais peut admettre l&rsquo;usage pluriel lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de d\u00e9signer diff\u00e9rentes modalit\u00e9s exp\u00e9rimentales ou m\u00e9triques de ce m\u00e9canisme (par exemple, les sommations binoculaires spatiale et temporelle).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, on retrouve fr\u00e9quemment l&rsquo;abr\u00e9viation ou l&rsquo;indice de ratio d\u00e9sign\u00e9 par le sigle BSR (issu de l&rsquo;anglais <em>Binocular Summation Ratio<\/em>), qui est parfois traduit dans les publications francophones par RSB (Ratio de Sommation Binoculaire), exprimant le rapport quantitatif entre la sensibilit\u00e9 binoculaire et la sensibilit\u00e9 monoculaire optimale.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender en profondeur la sommation binoculaire, il convient d&rsquo;analyser les m\u00e9canismes sous-jacents qui permettent au cerveau de transformer deux repr\u00e9sentations r\u00e9tiniennes l\u00e9g\u00e8rement disparates en un percept unifi\u00e9 et qualitativement sup\u00e9rieur. Chaque \u0153il capture une image bidimensionnelle du monde ext\u00e9rieur depuis une perspective angulaire distincte. Ces signaux cheminent via les nerfs optiques, traversent le chiasma optique o\u00f9 les fibres provenant des h\u00e9mir\u00e9tines nasales d\u00e9cussent, et atteignent les corps genouill\u00e9s lat\u00e9raux avant d&rsquo;\u00eatre projet\u00e9s sur l&rsquo;aire 17 de Brodmann, le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_visuel\">cortex visuel<\/a> primaire (V1). C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce niveau que se produit l&rsquo;interaction binoculaire directe, gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence de neurones dits binoculaires recevant des connexions synaptiques de couches aff\u00e9rentes correspondant aux deux yeux.<\/p>\n<p>Le gain perceptif apport\u00e9 par la vision \u00e0 deux yeux peut s&rsquo;expliquer par deux mod\u00e8les th\u00e9oriques fondamentaux : la sommation de probabilit\u00e9 et la sommation neurale. La sommation de probabilit\u00e9 stipule que m\u00eame en l&rsquo;absence totale de communication physiologique entre les canaux visuels des deux yeux, deux d\u00e9tecteurs ind\u00e9pendants offrent une probabilit\u00e9 statistique plus \u00e9lev\u00e9e de d\u00e9tecter un stimulus faible qu&rsquo;un d\u00e9tecteur unique. Si la probabilit\u00e9 qu&rsquo;un \u0153il per\u00e7oive un signal sous le seuil est de <em>p<\/em>, la probabilit\u00e9 combin\u00e9e d&rsquo;au moins une d\u00e9tection r\u00e9ussie est math\u00e9matiquement sup\u00e9rieure. Ce mod\u00e8le purement stochastique pr\u00e9dit une am\u00e9lioration th\u00e9orique d&rsquo;environ 20 % de la sensibilit\u00e9 au contraste, soit un facteur multiplicateur d&rsquo;environ 1,2 \u00e0 1,25.<\/p>\n<p>Cependant, les exp\u00e9riences psychophysiques mesurent couramment des augmentations de sensibilit\u00e9 au contraste d&rsquo;un facteur de l&rsquo;ordre de la racine carr\u00e9e de deux (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\u221a2 \\approx 1,414\">$\u221a2 \\approx 1,414$<\/span>), soit une am\u00e9lioration d&rsquo;environ 40 %, et parfois davantage dans des conditions optimales de synchronisation temporelle et de congruence spatiale. Cet \u00e9cart manifeste entre la pr\u00e9diction statistique et la r\u00e9alit\u00e9 comportementale d\u00e9montre formellement l&rsquo;existence de la sommation neurale : les potentiels postsynaptiques excitateurs provenant de chaque \u0153il se conjuguent sur les m\u00eames membranes dendritiques des neurones corticaux, abaissant le seuil n\u00e9cessaire au d\u00e9clenchement d&rsquo;un potentiel d&rsquo;action global.<\/p>\n<p>La sommation binoculaire n&rsquo;est toutefois pas absolue et d\u00e9pend \u00e9troitement des param\u00e8tres physiques du stimulus, tels que la fr\u00e9quence spatiale, la polarit\u00e9 du contraste, l&rsquo;excentricit\u00e9 r\u00e9tinienne et la disparit\u00e9 oculaire. Si les images pr\u00e9sent\u00e9es aux deux yeux sont trop divergentes en forme, en luminosit\u00e9 ou en orientation spatiale, le m\u00e9canisme de sommation s&rsquo;effondre au profit d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne antagoniste d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de rivalit\u00e9 binoculaire, au cours duquel les deux percepts s&rsquo;excluent mutuellement de la conscience de mani\u00e8re altern\u00e9e. Ainsi, la sommation n&rsquo;op\u00e8re efficacement qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une marge tol\u00e9r\u00e9e de coh\u00e9rence sensorielle d\u00e9finie spatialement par l&rsquo;aire de fusion de Panum.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration des interactions binoculaires remonte \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9, avec les r\u00e9flexions de Claude Ptol\u00e9m\u00e9e et de Galien sur l&rsquo;alignement des axes visuels et la fusion d&rsquo;images doubles. Toutefois, ces savants anciens envisageaient principalement la vision binoculaire sous un angle g\u00e9om\u00e9trique sans soup\u00e7onner l&rsquo;existence d&rsquo;une amplification de la sensibilit\u00e9 au sein du tissu nerveux.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude syst\u00e9matique du gain binoculaire a v\u00e9ritablement d\u00e9but\u00e9 au XIXe si\u00e8cle avec l&rsquo;essor conjoint de l&rsquo;optique physiologique et de la psychophysique naissante. En 1838, Sir <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Charles_Wheatstone\">Charles Wheatstone<\/a> r\u00e9volutionna la compr\u00e9hension de la vision binoculaire gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;invention du st\u00e9r\u00e9oscope \u00e0 miroirs, d\u00e9montrant que la disparit\u00e9 r\u00e9tinienne engendrait la perception de la profondeur (st\u00e9r\u00e9opsie). Peu apr\u00e8s, des pionniers comme Gustav Fechner ont commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;interroger sur l&rsquo;addition des brillances per\u00e7ues. Le \u00ab paradoxe de Fechner \u00bb (1860) mit en lumi\u00e8re le fait qu&rsquo;un stimulus vu par un \u0153il adapt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9 para\u00eet moins lumineux lorsqu&rsquo;on ouvre simultan\u00e9ment l&rsquo;autre \u0153il pr\u00e9alablement adapt\u00e9 \u00e0 une lumi\u00e8re vive, illustrant la complexit\u00e9 non lin\u00e9aire de l&rsquo;int\u00e9gration binoculaire.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, le neurophysiologiste Charles Sherrington entreprit d&rsquo;\u00e9lucider la nature du transfert interoculaire en comparant les seuils de scintillement lumineux critique. Ses conclusions initiales sugg\u00e9raient que l&rsquo;esprit humain combinait les repr\u00e9sentations de chaque \u0153il au niveau psychique sup\u00e9rieur plut\u00f4t que par convergence physiologique pr\u00e9coce. Il fallut attendre la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle pour que cette conception dualiste soit balay\u00e9e par les d\u00e9couvertes majeures de David Hubel et Torsten Wiesel dans les ann\u00e9es 1960. Leurs enregistrements unitaires chez le chat et le macaque d\u00e9montr\u00e8rent sans \u00e9quivoque l&rsquo;existence de colonnes de dominance oculaire dans le cortex stri\u00e9, o\u00f9 convergent des axones issus des deux yeux sur des neurones binoculaires individuels.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970 et 1980, des psychophysiciens tels que Robert Blake, Randolph Fox et Christopher Tyler formalis\u00e8rent math\u00e9matiquement les lois de la sommation au contraste. Ils \u00e9tablirent la distinction canonique entre la sommation de probabilit\u00e9 formul\u00e9e par Quick (1974) et la v\u00e9ritable sommation physiologique, en int\u00e9grant les mod\u00e8les de transduction d&rsquo;\u00e9nergie du signal et le concept de canal de traitement des fr\u00e9quences spatiales.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation th\u00e9orique de la sommation binoculaire s&rsquo;articule autour de plusieurs paradigmes math\u00e9matiques et neurocomputationnels. Le cadre le plus influent en psychophysique est le mod\u00e8le du d\u00e9tecteur quadratique d&rsquo;\u00e9nergie, formul\u00e9 pour d\u00e9crire la mani\u00e8re dont le syst\u00e8me visuel extrait l&rsquo;information d&rsquo;un fond bruit\u00e9. Selon cette approche, les filtres lin\u00e9aires corticaux accord\u00e9s \u00e0 des fr\u00e9quences spatiales et des orientations particuli\u00e8res voient leur sortie \u00e9lev\u00e9e au carr\u00e9 avant d&rsquo;\u00eatre additionn\u00e9e, ce qui pr\u00e9dit rigoureusement un gain binoculaire de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\sqrt{2}\">$\\sqrt{2}$<\/span> (environ 1,41) pour des cibles sinuso\u00efdales \u00e0 faible contraste.<\/p>\n<p>Un autre pilier conceptuel est le mod\u00e8le de sommation de probabilit\u00e9 de Quick, reposant sur la fonction psychom\u00e9trique de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Weibull\">Weibull<\/a>. Si <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P_m(c)\">$P_m(c)$<\/span> repr\u00e9sente la probabilit\u00e9 de d\u00e9tection monoculaire d&rsquo;un contraste <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"c\">$c$<\/span>, et que chaque h\u00e9misph\u00e8re ou canal oculaire agit comme un d\u00e9tecteur stochastique ind\u00e9pendant, la probabilit\u00e9 de d\u00e9tection binoculaire <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P_b(c)\">$P_b(c)$<\/span> est donn\u00e9e par la formule :<br \/>\n<span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"P_b(c) = 1 - [1 - P_g(c)] \\times [1 - P_d(c)]\">$$P_b(c) = 1 &#8211; [1 &#8211; P_g(c)] \\times [1 &#8211; P_d(c)]$$<\/span><br \/>\no\u00f9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P_g\">$P_g$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P_d\">$P_d$<\/span> correspondent respectivement aux yeux gauche et droit. En introduisant la pente de la courbe psychom\u00e9trique (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\u03b2\">$\u03b2$<\/span>), le ratio th\u00e9orique pr\u00e9dit par la simple ind\u00e9pendance probabiliste s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2^{1\/\\beta}\">$2^{1\/\\beta}$<\/span>. Comme la pente <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\u03b2\">$\u03b2$<\/span> oscille empiriquement entre 3 et 4 dans les t\u00e2ches de d\u00e9tection de contraste, la sommation de probabilit\u00e9 pure pr\u00e9dit un facteur multiplicatif compris entre 1,19 et 1,26. Le fait que les mesures exp\u00e9rimentales atteignent de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e des ratios voisins de 1,4 voire 1,6 d\u00e9montre formellement qu&rsquo;une interaction synaptique facilitatrice prend place au-del\u00e0 du simple hasard statistique.<\/p>\n<p>Sur le plan neurophysiologique, la th\u00e9orie de la normalisation corticale, initialement d\u00e9velopp\u00e9e par David Heeger et ult\u00e9rieurement \u00e9tendue aux interactions binoculaires, propose que les r\u00e9ponses des neurones binoculaires d\u00e9pendent non seulement de la somme lin\u00e9aire de leurs entr\u00e9es excitatrices aff\u00e9rentes, mais sont \u00e9galement r\u00e9gul\u00e9es par un pool d&rsquo;inhibition globale interoculaire. Ce m\u00e9canisme de gain contr\u00f4le explique pourquoi la sommation binoculaire est maximale aux abords imm\u00e9diats du seuil de d\u00e9tection (o\u00f9 l&rsquo;amplification est indispensable) et tend \u00e0 diminuer \u00e0 des niveaux supraliminaires de contraste \u00e9lev\u00e9, o\u00f9 le gain plafonne souvent autour de 1,1 \u00e0 1,2 en termes de perception subjective de nettet\u00e9 ou de contraste per\u00e7u.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La sommation binoculaire se d\u00e9cline en diff\u00e9rentes sous-cat\u00e9gories et composantes analytiques en fonction des stimuli utilis\u00e9s et des processus perceptifs engag\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Sommation neurale directe :<\/strong> Convergence synaptique des potentiels d&rsquo;action issus des deux h\u00e9mir\u00e9tines sur des neurones binoculaires du cortex visuel primaire, g\u00e9n\u00e9rant une r\u00e9ponse sup\u00e9rieure \u00e0 la contribution isol\u00e9e de chaque entr\u00e9e oculaire.<\/li>\n<li><strong>Sommation de probabilit\u00e9 :<\/strong> Am\u00e9lioration statistique de la performance d\u00e9coulant de la duplication des capteurs sensoriels ind\u00e9pendants, calculable en l&rsquo;absence de tout couplage synaptique interoculaire.<\/li>\n<li><strong>Sommation de contraste :<\/strong> Abaissement du seuil physique minimal de contraste requis pour discriminer une mire ou une fr\u00e9quence spatiale donn\u00e9e lors d&rsquo;une observation bino-oculaire par rapport \u00e0 une observation mono-oculaire.<\/li>\n<li><strong>Sommation de luminance :<\/strong> Perception accrue de la brillance ou de l&rsquo;intensit\u00e9 photom\u00e9trique globale d&rsquo;une plage lumineuse observ\u00e9e simultan\u00e9ment avec les deux yeux en conditions scotopiques ou m\u00e9sopiques.<\/li>\n<li><strong>Sommation spatio-temporelle :<\/strong> Facult\u00e9 du cortex visuel \u00e0 combiner des stimuli asynchrones ou spatialement d\u00e9cal\u00e9s, \u00e0 la condition stricte que l&rsquo;\u00e9cart temporel n&rsquo;exc\u00e8de pas une fen\u00eatre d&rsquo;int\u00e9gration critique d&rsquo;environ 50 \u00e0 100 millisecondes et demeure dans l&rsquo;aire de Panum.<\/li>\n<li><strong>Inhibition ou sommation sous-unitaire (ratio inf\u00e9rieur \u00e0 1) :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne observ\u00e9 dans des contextes pathologiques o\u00f9 l&rsquo;\u0153il d\u00e9ficitaire ou amblyope perturbe le signal de l&rsquo;\u0153il sain, entra\u00eenant une performance binoculaire paradoxalement inf\u00e9rieure \u00e0 la performance du meilleur \u0153il seul.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Un exemple paradigmatique de la sommation binoculaire s&rsquo;observe lors de la conduite nocturne par temps de brouillard dense. Un automobiliste tentant de discerner la silhouette d&rsquo;un pi\u00e9ton ou le marquage au sol dans des conditions d&rsquo;\u00e9clairage extr\u00eamement restreintes b\u00e9n\u00e9ficie directement d&rsquo;une r\u00e9duction de son seuil de d\u00e9tection du contraste d&rsquo;environ 40 % gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;utilisation conjointe de ses deux yeux. S&rsquo;il fermait un \u0153il, la silhouette situ\u00e9e tout juste au seuil perceptif dispara\u00eetrait instantan\u00e9ment dans l&rsquo;obscurit\u00e9, non pas en raison d&rsquo;une diminution du champ visuel, mais par perte de l&rsquo;int\u00e9gration binoculaire de signal sur bruit.<\/p>\n<p>Dans un contexte exp\u00e9rimental de laboratoire, imaginons un sujet assis devant un moniteur calibr\u00e9 affichant un r\u00e9seau de Gabor (une sinuso\u00efde de contraste att\u00e9nu\u00e9 par une enveloppe gaussienne). Lorsque le contraste de Michelson de la mire est progressivement augment\u00e9 \u00e0 partir de z\u00e9ro, le participant commence \u00e0 d\u00e9tecter l&rsquo;orientation du r\u00e9seau \u00e0 un contraste de 1,0 % avec l&rsquo;\u0153il gauche seul et de 1,0 % avec l&rsquo;\u0153il droit seul. En vision binoculaire, la m\u00eame mire sera d\u00e9tect\u00e9e d\u00e8s un contraste de 0,7 %, manifestant un ratio de sommation de $1,0 \/ 0,7 approx 1,43$, valeur caract\u00e9ristique d&rsquo;une sommation physiologique intacte.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, consid\u00e9rons le cas clinique d&rsquo;un patient souffrant d&rsquo;une amblyopie unilat\u00e9rale cons\u00e9cutive \u00e0 un strabisme convergent non corrig\u00e9 durant la petite enfance. En mesurant son acuit\u00e9 visuelle et sa sensibilit\u00e9 au contraste, on observe une valeur normale avec l&rsquo;\u0153il fixateur dominant. Toutefois, lors de l&rsquo;\u00e9valuation binoculaire sans occlusion, la performance globale s&rsquo;av\u00e8re inf\u00e9rieure \u00e0 celle de l&rsquo;\u0153il dominant isol\u00e9. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;inhibition binoculaire illustre l&rsquo;\u00e9chec de la sommation au profit d&rsquo;un parasitage cortical persistant induit par le signal flou ou d\u00e9vi\u00e9 de l&rsquo;\u0153il amblyope.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation quantitative de la sommation binoculaire repose sur des protocoles psychophysiques rigoureux et des examens \u00e9lectrophysiologiques sp\u00e9cialis\u00e9s :<\/p>\n<p>Le protocole psychophysique standard consiste \u00e0 mesurer les seuils de sensibilit\u00e9 au contraste \u00e0 l&rsquo;aide de mires de Pelli-Robson, de cartes de Freiburg Visual Acuity Test (FrACT) ou de g\u00e9n\u00e9rateurs de motifs informatis\u00e9s. On enregistre trois param\u00e8tres distincts chez le sujet : le seuil monoculaire droit (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S_D\">$S_D$<\/span>), le seuil monoculaire gauche (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S_G\">$S_G$<\/span>) et le seuil binoculaire (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S_B\">$S_B$<\/span>). Le ratio de sommation binoculaire (BSR) est ensuite calcul\u00e9 selon la relation math\u00e9matique :<br \/>\n<span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"BSR = \\frac{S_B}{\\max(S_D, S_G)}\">$$BSR = \\frac{S_B}{\\max(S_D, S_G)}$$<\/span><br \/>\nUn ratio d&rsquo;environ 1,4 atteste d&rsquo;une sommation neurale normale, tandis qu&rsquo;une valeur avoisinant 1,2 indique une sommation de probabilit\u00e9 r\u00e9siduelle, et qu&rsquo;une valeur inf\u00e9rieure ou \u00e9gale \u00e0 1,0 d\u00e9note un d\u00e9ficit de la fusion binoculaire.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrophysiologique, les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Potentiel_%C3%A9voqu%C3%A9_visuel\">potentiels \u00e9voqu\u00e9s visuels<\/a> (PEV), enregistr\u00e9s au moyen d&rsquo;\u00e9lectrodes plac\u00e9es au niveau occipital (notamment en <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"O_z\">$O_z$<\/span>), permettent d&rsquo;objectiver directement la sommation neurale sans faire appel au jugement subjectif du participant. L&rsquo;amplitude des ondes de polarit\u00e9 positive (notamment l&rsquo;onde P100) est significativement plus ample lors d&rsquo;une stimulation binoculaire simultan\u00e9e que la somme arithm\u00e9tique ou la moyenne des r\u00e9ponses enregistr\u00e9es lors de stimulations monoculaires s\u00e9par\u00e9es, confirmant l&rsquo;amplification synaptique intracorticale.<\/p>\n<p>Enfin, les syst\u00e8mes de st\u00e9r\u00e9omicroscopie et d&rsquo;oculom\u00e9trie coupl\u00e9s \u00e0 des \u00e9crans dichoptiques (lunettes \u00e0 obturation ou filtres polaris\u00e9s) permettent d&rsquo;analyser la dynamique temporelle de la sommation en introduisant des d\u00e9calages temporels (d\u00e9synchronisation en millisecondes) entre la pr\u00e9sentation des cibles \u00e0 chaque \u0153il, cartographiant ainsi avec pr\u00e9cision la fen\u00eatre d&rsquo;int\u00e9gration temporelle du patient.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La sommation binoculaire poss\u00e8de d&rsquo;innombrables retomb\u00e9es dans les domaines de l&rsquo;ophtalmologie, de la neurologie clinique, de l&rsquo;ergonomie industrielle et des technologies d&rsquo;affichage immersif :<\/p>\n<p>En pratique ophtalmologique et orthoptique, le ratio de sommation binoculaire sert d&rsquo;outil d&rsquo;\u00e9valuation fonctionnelle pr\u00e9cieux pour appr\u00e9cier le succ\u00e8s d&rsquo;une r\u00e9\u00e9ducation de l&rsquo;amblyopie ou le r\u00e9tablissement de la coop\u00e9ration sensorielle apr\u00e8s une chirurgie de r\u00e9alignement du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Strabisme\">strabisme<\/a>. Lorsque la chirurgie ou la p\u00e9nalisation optique restaure une vision binoculaire stable, la r\u00e9apparition d&rsquo;un ratio de sommation sup\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 constitue un crit\u00e8re clinique majeur de gu\u00e9rison fonctionnelle, bien plus discriminant que la simple acuit\u00e9 visuelle monoculaire mesur\u00e9e sur une \u00e9chelle de Snellen standard.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale, militaire et des transports, la compr\u00e9hension de la sommation sous-tend la conception des afficheurs t\u00eate haute (HUD) et des casques de vision nocturne. Les ing\u00e9nieurs privil\u00e9gient quasi syst\u00e9matiquement des dispositifs binoculaires plut\u00f4t que monoculaires car le gain de sensibilit\u00e9 de 40 % permet aux pilotes et aux op\u00e9rateurs d&rsquo;identifier des obstacles ou des signaux d&rsquo;alerte \u00e0 des distances plus importantes et sous des conditions de visibilit\u00e9 d\u00e9grad\u00e9e, r\u00e9duisant significativement les taux d&rsquo;erreur et les temps de r\u00e9action perceptifs.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;univers des technologies \u00e9mergentes, telles que la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle (VR) et la r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e (AR), la gestion de la luminance et du contraste des casques s&rsquo;appuie sur les lois de la sommation. Pour \u00e9viter la fatigue oculaire asth\u00e9nopique et optimiser l&rsquo;autonomie des batteries des micro-\u00e9crans, les algorithmes de rendu adaptatif calibrent les niveaux d&rsquo;\u00e9mission lumineuse en tenant compte du gain physiologique g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;int\u00e9gration binoculaire spontan\u00e9e du cerveau de l&rsquo;utilisateur.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Un ensemble consid\u00e9rable de publications scientifiques soutient la nature hautement structur\u00e9e de la sommation binoculaire. L&rsquo;une des \u00e9tudes de r\u00e9f\u00e9rence conduite par Campbell et Green (1965) a compar\u00e9 les fonctions de sensibilit\u00e9 au contraste (CSF) monoculaires et binoculaires \u00e0 travers une large gamme de fr\u00e9quences spatiales. Leurs donn\u00e9es ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de fa\u00e7on constante que la sensibilit\u00e9 binoculaire est sup\u00e9rieure d&rsquo;un facteur d&rsquo;environ <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\sqrt{2}\">$\\sqrt{2}$<\/span> pour les fr\u00e9quences spatiales basses et moyennes, apportant la premi\u00e8re preuve formelle que ce ratio refl\u00e8te une int\u00e9gration id\u00e9ale de signaux affect\u00e9s par un bruit blanc gaussien additif ind\u00e9pendant dans chaque \u0153il.<\/p>\n<p>Des travaux ult\u00e9rieurs, notamment ceux de Legge (1984), ont explor\u00e9 le comportement de la sommation binoculaire en r\u00e9gime supraliminaire. En utilisant des protocoles de masquage de contraste et de comparaison de contraste per\u00e7u, Legge a d\u00e9montr\u00e9 que d\u00e8s que le contraste franchit un certain seuil au-del\u00e0 de la limite de d\u00e9tection, le ratio d&rsquo;amplification diminue progressivement pour se stabiliser entre 1,1 et 1,2. Cette saturation progressive d\u00e9coule des propri\u00e9t\u00e9s non lin\u00e9aires de saturation des r\u00e9cepteurs corticaux et de la mise en jeu des circuits inhibiteurs de r\u00e9troaction interoculaires.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf), les recherches contemporaines men\u00e9es notamment par Baker et ses collaborateurs (2007, 2012) ont cartographi\u00e9 les r\u00e9ponses de BOLD au sein des aires visuelles V1, V2 et V3. Leurs r\u00e9sultats indiquent que l&rsquo;amplification binoculaire la plus robuste s&rsquo;enracine dans les couches granulaires et supragranulaires de V1, o\u00f9 s&rsquo;op\u00e8re la premi\u00e8re mise en commun des axones g\u00e9nicul\u00e9s, avant de subir des modulations top-down en provenance des aires visuelles secondaires lors de t\u00e2ches r\u00e9clamant une attention s\u00e9lective cibl\u00e9e.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 que la sommation binoculaire est un processus neurobiologique primaire r\u00e9gul\u00e9 par les propri\u00e9t\u00e9s biophysiques des synapses corticales du lobe occipital, ses param\u00e8tres fondamentaux (comme le coefficient de gain de racine carr\u00e9e de deux) demeurent universels et invariants \u00e0 travers toutes les populations humaines saines, ind\u00e9pendamment de l&rsquo;origine ethnique, g\u00e9ographique ou de la langue.<\/p>\n<p>Cependant, des variations contextuelles notables apparaissent dans l&rsquo;expression clinique et l&rsquo;\u00e9valuation de cette fonction en raison des disparit\u00e9s socio-\u00e9conomiques et d&rsquo;acc\u00e8s aux syst\u00e8mes de soins de sant\u00e9 visuelle. Dans les pays ou r\u00e9gions b\u00e9n\u00e9ficiant de programmes universels de d\u00e9pistage pr\u00e9coce chez les nourrissons, les anomalies binoculaires telles que les anisom\u00e9tropies fortes, le strabisme microtrope ou l&rsquo;amblyopie unilat\u00e9rale sont d\u00e9tect\u00e9es et trait\u00e9es avant la fermeture de la p\u00e9riode critique de plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale (g\u00e9n\u00e9ralement avant l&rsquo;\u00e2ge de 7 \u00e0 8 ans). Par cons\u00e9quent, la proportion d&rsquo;individus conservant une sommation binoculaire int\u00e8gre \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte y est statistiquement plus \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<p>En revanche, dans les populations issues de milieux d\u00e9favoris\u00e9s o\u00f9 la correction optique pr\u00e9coce de la r\u00e9fraction fait d\u00e9faut, le taux de persistance d&rsquo;une inhibition binoculaire ou d&rsquo;une perte totale de sommation neurale est nettement plus substantiel. En outre, la familiarit\u00e9 culturelle avec les outils de d\u00e9pistage informatis\u00e9s et les tests d&rsquo;acuit\u00e9 peut moduler la pr\u00e9cision des mesures psychophysiques recueillies, rendant indispensables des tests objectifs tels que les potentiels \u00e9voqu\u00e9s visuels lors d&rsquo;\u00e9tudes comparatives internationales.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Bien que le principe g\u00e9n\u00e9ral de la sommation binoculaire fasse l&rsquo;objet d&rsquo;un consensus scientifique solide, plusieurs d\u00e9bats th\u00e9oriques et limitations m\u00e9thodologiques persistent dans la communaut\u00e9 des neurosciences de la vision :<\/p>\n<p>Une premi\u00e8re controverse concerne la nature exacte du ratio de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\sqrt{2}\">$\\sqrt{2}$<\/span>. Alors que certains mod\u00e9lisateurs soutiennent qu&rsquo;il d\u00e9coule d&rsquo;un filtre adaptatif optimal con\u00e7u pour annuler le bruit stochastique non corr\u00e9l\u00e9 propre \u00e0 chaque r\u00e9tine, d&rsquo;autres auteurs avancent que ce chiffre n&rsquo;est qu&rsquo;une approximation empirique fluctuante. Selon ces derniers, ce ratio varie de 1,2 \u00e0 plus de 1,7 en fonction de param\u00e8tres hautement sp\u00e9cifiques tels que la taille du champ de stimulation, le diam\u00e8tre pupillaire artificiel ou naturel, et l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;adaptation lumineuse globale (scotopique versus photopique).<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me point de dissension porte sur la fronti\u00e8re anatomique exacte entre la sommation binoculaire et la st\u00e9r\u00e9opsie. Alors que l&rsquo;on a longtemps postul\u00e9 que la sommation repr\u00e9sentait un stade pr\u00e9curseur obligatoire \u00e0 l&rsquo;analyse de la disparit\u00e9 binoculaire, plusieurs \u00e9tudes cliniques ont identifi\u00e9 des patients capables d&rsquo;une appr\u00e9ciation grossi\u00e8re de la profondeur st\u00e9r\u00e9oscopique mais totalement d\u00e9pourvus de gain de sommation de contraste, ou inversement. Cette dissociation neuropsychologique sugg\u00e8re que les voies de traitement de la luminance globale et celles de l&rsquo;extraction de la disparit\u00e9 de phase pourraient se s\u00e9parer plus pr\u00e9cocement qu&rsquo;on ne l&rsquo;admettait traditionnellement.<\/p>\n<p>Enfin, une limite critique r\u00e9side dans l&rsquo;utilisation des tests en pratique clinique quotidienne. La plupart des bilans de sant\u00e9 visuelle se cantonnent \u00e0 des mesures monoculaires successives d&rsquo;acuit\u00e9 visuelle morphoscopique (sur lettres \u00e0 contraste maximal de 100 %). Ce paradigme passe totalement sous silence l&rsquo;\u00e9tat de la sommation binoculaire au contraste, privant les cliniciens d&rsquo;un indicateur pr\u00e9coce et tr\u00e8s sensible de neuropathies optiques naissantes ou de d\u00e9compensations sensorimotrices d\u00e9butantes.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter toute confusion conceptuelle, il importe de distinguer avec clart\u00e9 la sommation binoculaire de plusieurs notions voisines du champ de l&rsquo;optique et de la vision :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fusion binoculaire :<\/strong> Processus perceptif par lequel les deux images form\u00e9es sur chaque r\u00e9tine sont unifi\u00e9es psychologiquement en une seule image subjective simple ; la sommation quantifie le gain de sensibilit\u00e9 li\u00e9 \u00e0 ce rassemblement, tandis que la fusion d\u00e9signe le fait que l&rsquo;image ne soit pas vue en double (absence de diplopie).<\/li>\n<li><strong>St\u00e9r\u00e9opsie :<\/strong> Perception tridimensionnelle du relief et de la profondeur g\u00e9om\u00e9trique \u00e9mergeant du traitement de la disparit\u00e9 horizontale entre les deux images r\u00e9tiniennes ; la sommation peut op\u00e9rer en l&rsquo;absence totale de disparit\u00e9 (cibles identiques et parfaitement align\u00e9es).<\/li>\n<li><strong>Rivalit\u00e9 binoculaire :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;alternance perceptive exclusive se produisant lorsque des images incompatibles ou orthogonales sont pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 chaque \u0153il ; il s&rsquo;agit de l&rsquo;oppos\u00e9 direct de la sommation unifi\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Sommation spatiale :<\/strong> Int\u00e9gration de signaux lumineux incidents provenant de diff\u00e9rentes zones spatiales au sein d&rsquo;une <em>m\u00eame<\/em> r\u00e9tine (loi de Ricc\u00f2), r\u00e9gie par les champs r\u00e9cepteurs locaux, \u00e0 ne pas confondre avec la mise en commun interoculaire.<\/li>\n<li><strong>Inhibition binoculaire :<\/strong> \u00c9tat dysfonctionnel dans lequel la pr\u00e9sence de deux entr\u00e9es visuelles d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es produit un r\u00e9sultat perceptif inf\u00e9rieur \u00e0 la meilleure r\u00e9ponse monoculaire isol\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La sommation binoculaire constitue l&rsquo;un des m\u00e9canismes les plus fondamentaux de l&rsquo;appareil visuel humain, assurant une sup\u00e9riorit\u00e9 syst\u00e9matique de la vision binoculaire par rapport \u00e0 la vision monoculaire. Les points essentiels \u00e0 retenir comprennent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Gain de sensibilit\u00e9 substantiel :<\/strong> En conditions physiologiques normales, l&rsquo;observation avec les deux yeux abaisse le seuil de contraste d&rsquo;environ 40 % (ratio de sommation binoculaire proche de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\sqrt{2} \\approx 1,41\">$\\sqrt{2} \\approx 1,41$<\/span>), am\u00e9liorant consid\u00e9rablement la d\u00e9tection dans les environnements visuellement appauvris.<\/li>\n<li><strong>Double composante explicative :<\/strong> Le ph\u00e9nom\u00e8ne repose \u00e0 la fois sur un avantage statistique (sommation de probabilit\u00e9) et sur une v\u00e9ritable facilitation synaptique convergente au sein des neurones du cortex visuel primaire V1 (sommation neurale).<\/li>\n<li><strong>Sensibilit\u00e9 aux asym\u00e9tries :<\/strong> La sommation neurale n&rsquo;est op\u00e9rationnelle que si les signaux provenant de chaque \u0153il pr\u00e9sentent une coh\u00e9rence temporelle, spatiale et optique \u00e9lev\u00e9e ; toute disparit\u00e9 excessive bascule le syst\u00e8me vers la rivalit\u00e9 binoculaire ou l&rsquo;inhibition corticale.<\/li>\n<li><strong>Valeur diagnostique de premier plan :<\/strong> La quantification de ce gain repr\u00e9sente un outil clinique de choix pour d\u00e9pister et suivre l&rsquo;\u00e9volution des amblyopies, des anomalies de la motilit\u00e9 oculaire et de diverses affections neuro-ophtalmologiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Baker, D. H., Wallis, S. A., Georgeson, M. A., &#038; Meese, T. S. (2012). Nonlinearities in the binocular combination of luminance and contrast. <em>Vision Research<\/em>, 56, 1\u20139. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.visres.2012.01.007\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.visres.2012.01.007<\/a><\/li>\n<li>Blake, R., &#038; Fox, R. (1973). The psychophysical inquiry into binocular summation. <em>Perception &#038; Psychophysics<\/em>, 14(1), 161\u2013185. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3758\/BF03198631\">https:\/\/doi.org\/10.3758\/BF03198631<\/a><\/li>\n<li>Campbell, F. W., &#038; Green, D. G. (1965). Monocular versus binocular visual acuity. <em>Nature<\/em>, 208(5006), 191\u2013192. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/208191a0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/208191a0<\/a><\/li>\n<li>Hubel, D. H., &#038; Wiesel, T. N. (1962). Receptive fields, binocular interaction and functional architecture in the cat&rsquo;s visual cortex. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 160(1), 106\u2013154. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1962.sp006837\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1962.sp006837<\/a><\/li>\n<li>Legge, G. E. (1984). Binocular contrast summation\u2014I. Detection and discrimination. <em>Vision Research<\/em>, 24(4), 373\u2013383. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0042-6989(84)90063-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0042-6989(84)90063-4<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la sommation binoculaire : m\u00e9canisme neurophysiologique par lequel le cerveau combine les signaux des deux yeux pour optimiser la sensibilit\u00e9 visuelle.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,4095,5106],"tags":[33223,6552,704,1127,31325,37066,4667],"class_list":["post-22064","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-perception-visuelle","category-psychophysique","tag-amblyopie","tag-cortex-visuel","tag-ophtalmologie","tag-psychophysique","tag-sensibilite-au-contraste","tag-sommation-binoculaire","tag-vision-binoculaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22064","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22064\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22064"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22064"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22064"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}