{"id":22044,"date":"2026-10-26T19:11:21","date_gmt":"2026-10-26T19:11:21","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=difference-niveau-masquage-binaural-bmld"},"modified":"2026-10-26T19:11:21","modified_gmt":"2026-10-26T19:11:21","slug":"difference-niveau-masquage-binaural-bmld","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=difference-niveau-masquage-binaural-bmld","title":{"rendered":"BMLD : Cl\u00e9 du d\u00e9masquage binaural"},"content":{"rendered":"<p>La perception auditive humaine poss\u00e8de l&rsquo;aptitude remarquable d&rsquo;extraire un signal acoustique d&rsquo;int\u00e9r\u00eat au sein d&rsquo;un environnement sonore satur\u00e9 de bruits concurrents. Au c\u0153ur de cette comp\u00e9tence neurophysiologique se trouve la diff\u00e9rence de niveau de masquage binaural, ou <em>Binaural Masking Level Difference<\/em> (BMLD), un ph\u00e9nom\u00e8ne psychoacoustique fondamental quantifiant l&rsquo;am\u00e9lioration de la d\u00e9tectabilit\u00e9 auditive offerte par le traitement binaural de signaux pr\u00e9sentant des d\u00e9phasages interauraux. Cette propri\u00e9t\u00e9 souligne la sophistication computationnelle du syst\u00e8me auditif central et son r\u00f4le crucial dans l&rsquo;orientation spatiale et la communication verbale quotidienne.<\/p>\n<h2>Diff\u00e9rence de niveau de masquage binaural<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La diff\u00e9rence de niveau de masquage binaural (souvent abr\u00e9g\u00e9e BMLD selon l&rsquo;acronyme anglophone ou DNMB en fran\u00e7ais) d\u00e9signe la r\u00e9duction quantitative du seuil de d\u00e9tection d&rsquo;un signal acoustique masqu\u00e9 par un bruit de fond lorsque les caract\u00e9ristiques temporelles ou de phase du signal ou du bruit diff\u00e8rent entre les deux oreilles. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne psychoacoustique traduit math\u00e9matiquement l&rsquo;\u00e9cart de d\u00e9cibels entre un seuil de masquage homophasique (ou monaural) et un seuil de masquage antiphasique ou h\u00e9t\u00e9rophasique.<\/p>\n<p>En termes fondamentaux, le BMLD refl\u00e8te la capacit\u00e9 du syst\u00e8me auditif central \u00e0 exploiter les disparit\u00e9s interaurales de temps et de phase pour s\u00e9parer la source cible de l&rsquo;interf\u00e9rence sonore. Lorsqu&rsquo;un son pur et un bruit masquant sont pr\u00e9sent\u00e9s en phase parfaite aux deux tympans, le bruit masque le son avec une efficacit\u00e9 maximale. En revanche, si la phase de la tonalit\u00e9 pure est invers\u00e9e de 180 degr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;une des oreilles par rapport \u00e0 l&rsquo;autre tandis que le bruit reste en phase, le seuil d&rsquo;audibilit\u00e9 du son s&rsquo;abaisse consid\u00e9rablement, atteignant fr\u00e9quemment une am\u00e9lioration de 12 \u00e0 15 d\u00e9cibels dans les fr\u00e9quences basses.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9masquage binaural constitue l&rsquo;un des piliers exp\u00e9rimentaux de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoacoustique\">psychoacoustique<\/a> moderne. Il illustre de mani\u00e8re spectaculaire comment la convergence binoculaire ou binaurale au sein du tronc c\u00e9r\u00e9bral transforme des signaux p\u00e9riph\u00e9riques redondants en un contraste perceptif augment\u00e9, autorisant la r\u00e9solution du probl\u00e8me de la sc\u00e8ne auditive complexe.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression est une traduction directe de la formulation anglo-saxonne <em>Binaural Masking Level Difference<\/em>, forg\u00e9e au milieu du XXe si\u00e8cle par les pionniers de l&rsquo;acoustique psychologique am\u00e9ricaine. Le qualificatif \u00ab binaural \u00bb d\u00e9rive du pr\u00e9fixe latin <em>bini<\/em> signifiant \u00ab deux par deux \u00bb ou \u00ab double \u00bb, et de la racine latine <em>auris<\/em> d\u00e9signant l&rsquo;oreille. Il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;action conjointe et simultan\u00e9e des deux r\u00e9cepteurs auditifs p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p>Le substantif \u00ab masquage \u00bb d\u00e9coule du verbe \u00ab masquer \u00bb, lui-m\u00eame emprunt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;italien <em>maschera<\/em> et au latin m\u00e9di\u00e9val <em>masca<\/em> (\u00ab spectre \u00bb, \u00ab faux visage \u00bb), utilis\u00e9 ici au sens m\u00e9taphorique de dissimulation ou d&rsquo;occultation d&rsquo;un stimulus par un autre. Le terme \u00ab niveau \u00bb renvoie \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation logarithmique de l&rsquo;intensit\u00e9 acoustique exprim\u00e9e en d\u00e9cibels, tandis que \u00ab diff\u00e9rence \u00bb souligne la comparaison soustractive entre deux conditions exp\u00e9rimentales distinctes.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature francophone d&rsquo;audiologie et de neurophysiologie, on rencontre indiff\u00e9remment les d\u00e9nominations de \u00ab diff\u00e9rence de niveau de masquage binaural \u00bb (DNMB), de \u00ab d\u00e9masquage binaural \u00bb (traduction de <em>binaural unmasking<\/em>) ou l&#8217;emploi direct du sigle international BMLD, ce dernier faisant figure de r\u00e9f\u00e9rence universelle dans les protocoles de recherche et les publications cliniques standardis\u00e9es.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le groupe nominal \u00ab diff\u00e9rence de niveau de masquage binaural \u00bb est f\u00e9minin et s&rsquo;accorde au singulier : <em>la diff\u00e9rence de niveau de masquage binaural<\/em>, pluriel : <em>les diff\u00e9rences de niveau de masquage binaural<\/em>. La prononciation phon\u00e9tique standard est \/di.fe.\u0281\u0251\u0303s d\u0259 ni.vo d\u0259 mas.ka\u0292 bi.no.\u0281al\/.<\/p>\n<p>L&rsquo;acronyme anglophone BMLD est tr\u00e8s couramment articul\u00e9 lettre par lettre selon la phonologie fran\u00e7aise \/be.\u025bm.\u025bl.de\/ ou anglaise \/bi\u02d0.\u025bm.\u025bl.di\u02d0\/. Il s&#8217;emploie principalement comme un substantif masculin (\u00ab le BMLD \u00bb) en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;effet de d\u00e9masquage, bien que l&rsquo;usage f\u00e9minin (\u00ab la BMLD \u00bb pour \u00ab la diff\u00e9rence \u00bb) soit \u00e9galement document\u00e9 dans les manuels d&rsquo;audiom\u00e9trie clinique.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab binaural \u00bb (f\u00e9minin \u00ab binaurale \u00bb, pluriel masculin \u00ab binauraux \u00bb, pluriel f\u00e9minin \u00ab binaurales \u00bb) ne doit pas \u00eatre confondu avec \u00ab diotique \u00bb (pr\u00e9sentation de stimuli identiques aux deux oreilles) ni avec \u00ab dichotique \u00bb (pr\u00e9sentation de stimuli diff\u00e9rents \u00e0 chaque oreille), qui qualifient pr\u00e9cis\u00e9ment les paradigmes d&rsquo;administration du test acoustique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender en profondeur le concept de diff\u00e9rence de niveau de masquage binaural, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;examiner la dynamique de masquage auditif. Dans une condition monaurale conventionnelle, un son cible pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 une seule oreille en pr\u00e9sence d&rsquo;un bruit blanc ou d&rsquo;un bruit de bande \u00e9troite n\u00e9cessite une certaine intensit\u00e9 pour \u00e9merger du plancher de bruit. Si ce m\u00eame signal et ce m\u00eame bruit sont pr\u00e9sent\u00e9s simultan\u00e9ment aux deux oreilles sous une forme strictement identique (condition diotique, not\u00e9e conventionnellement SoNo, o\u00f9 S repr\u00e9sente le signal, N le bruit, et \u00ab o \u00bb une phase nulle ou identique), le seuil de d\u00e9tection demeure quasiment \u00e9quivalent ou n&rsquo;enregistre qu&rsquo;un gain marginal d&rsquo;environ 1 \u00e0 2 dB d\u00fb \u00e0 la sommation binaurale classique.<\/p>\n<p>Le saut qualitatif et quantitatif appara\u00eet d\u00e8s lors qu&rsquo;une asym\u00e9trie interaurale est introduite au niveau de la phase d&rsquo;onde du signal ou du masquant. Dans la configuration antiphasique la plus embl\u00e9matique, dite S\u03c0No, le bruit blanc est diffus\u00e9 en phase aux deux oreilles (No) tandis que la sinuso\u00efde du signal sonore subit une inversion de phase de 180 degr\u00e9s (not\u00e9e \u03c0 ou pi) entre l&rsquo;oreille gauche et l&rsquo;oreille droite. De mani\u00e8re saisissante, le sujet per\u00e7oit alors la tonalit\u00e9 masqu\u00e9e \u00e0 un niveau d&rsquo;intensit\u00e9 nettement inf\u00e9rieur : le seuil auditif chute typiquement de 12 \u00e0 15 d\u00e9cibels, et peut parfois atteindre un abaissement de pr\u00e8s de 18 dB autour de 250 ou 500 Hz.<\/p>\n<p>Cette lib\u00e9ration du masquage repose sur l&rsquo;aptitude computationnelle du tronc c\u00e9r\u00e9bral \u00e0 calculer la corr\u00e9lation crois\u00e9e entre les trains d&rsquo;impulsions neuronales issus des cochl\u00e9es gauche et droite. Lorsque le bruit est identique sur les deux oreilles, les d\u00e9charges neuronales aff\u00e9rentes sont synchronis\u00e9es et corr\u00e9l\u00e9es, ce qui conduit les centres auditifs sup\u00e9rieurs \u00e0 projeter l&rsquo;image auditive du bruit au centre g\u00e9om\u00e9trique intracr\u00e2nien. Le signal hors phase cr\u00e9e quant \u00e0 lui une disparit\u00e9 interaurale de temps et de phase qui brise cette coh\u00e9rence spatiale. Le syst\u00e8me nerveux per\u00e7oit le signal comme \u00e9mergeant d&rsquo;une position lat\u00e9rale distincte, s\u00e9parant efficacement l&rsquo;\u00e9nergie du signal du fond masquant.<\/p>\n<p>L&rsquo;amplitude du BMLD d\u00e9pend intimement de la fr\u00e9quence du son pur explor\u00e9. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est pr\u00e9dominant dans les fr\u00e9quences graves et moyennes inf\u00e9rieures (de 125 Hz \u00e0 1000 Hz), avec un pic d&rsquo;efficacit\u00e9 maximal situ\u00e9 aux alentours de 250 \u00e0 500 Hz. Au-del\u00e0 de 1500 Hz \u00e0 2000 Hz, le BMLD d\u00e9cline rapidement pour ne plus atteindre que 2 \u00e0 3 dB \u00e0 des fr\u00e9quences tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es. Cette d\u00e9pendance fr\u00e9quentielle s&rsquo;explique par la physiologie du verrouillage de phase (<em>phase-locking<\/em>) : au-del\u00e0 de 1,5 kHz, les axones du nerf cochl\u00e9aire ne parviennent plus \u00e0 d\u00e9clencher leurs potentiels d&rsquo;action avec une pr\u00e9cision temporelle sub-milliseconde rigoureusement cal\u00e9e sur chaque cycle ondulatoire, emp\u00eachant ainsi l&rsquo;analyse fine des diff\u00e9rences temporelles interaurales.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 la condition S\u03c0No, l&rsquo;effet inverse peut \u00eatre test\u00e9 : la condition SoN\u03c0, o\u00f9 le signal est en phase interaurale et le bruit est d\u00e9phas\u00e9 de 180 degr\u00e9s. Dans cette configuration, le BMLD mesur\u00e9 est \u00e9galement substantiel, atteignant couramment 9 \u00e0 13 dB. On peut enfin \u00e9tudier des configurations monaurales combin\u00e9es \u00e0 des stimulations controlat\u00e9rales (comme SmNo ou SmN\u03c0), d\u00e9montrant que la simple adjonction d&rsquo;un bruit coh\u00e9rent \u00e0 l&rsquo;oreille oppos\u00e9e peut restaurer l&rsquo;intelligibilit\u00e9 ou la d\u00e9tectabilit\u00e9 d&rsquo;un son pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 une seule oreille.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation scientifique formelle de la diff\u00e9rence de niveau de masquage binaural s&rsquo;enracine dans les bouleversements technologiques de la Seconde Guerre mondiale et les d\u00e9buts de la recherche syst\u00e9matique en t\u00e9l\u00e9communications audio. En 1948, le chercheur am\u00e9ricain J. C. R. Licklider publie dans le <em>Journal of the Acoustical Society of America<\/em> un article fondateur intitul\u00e9 \u00ab The influence of interaural phase on the masking of speech by white noise \u00bb. Presque simultan\u00e9ment, le psychophysicien Ira J. Hirsh observe ind\u00e9pendamment que le seuil de d\u00e9tection d&rsquo;une tonalit\u00e9 pure dans le bruit s&rsquo;abaisse de mani\u00e8re spectaculaire lors d&rsquo;une inversion de phase interaurale. Ces deux chercheurs \u00e9tablissent les fondements de ce qui fut initialement qualifi\u00e9 d&rsquo;effet Hirsh-Licklider avant d&rsquo;adopter le terme canonique de BMLD.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1950 et 1960, le d\u00e9veloppement de mod\u00e8les math\u00e9matiques et psychoacoustiques affine la compr\u00e9hension de cet effet. Lloyd A. Jeffress, \u00e9minent acousticien et th\u00e9oricien de la perception, propose d\u00e8s 1948 son mod\u00e8le universel de lignes \u00e0 retard neuronales et de d\u00e9tecteurs de co\u00efncidence pour expliquer la localisation spatiale, un mod\u00e8le qui deviendra le substrat th\u00e9orique direct de l&rsquo;interpr\u00e9tation du BMLD. Plus tard, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, Earl C. Durlach formule son c\u00e9l\u00e8bre mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9galisation et d&rsquo;annulation (<em>Equalization-Cancellation model<\/em> ou mod\u00e8le EC), une tentative computationnelle magistrale visant \u00e0 pr\u00e9dire pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;ampleur du BMLD selon les caract\u00e9ristiques physiques des spectres acoustiques appliqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1970 et 1980, le BMLD franchit les fronti\u00e8res des laboratoires de psychoacoustique exp\u00e9rimentale pour s&rsquo;implanter dans la recherche clinique et l&rsquo;audiologie appliqu\u00e9e. Les audiologistes d\u00e9couvrent que la r\u00e9duction ou l&rsquo;absence du BMLD chez des patients disposant de seuils audiom\u00e9triques tonals normaux constitue un signe d&rsquo;appel majeur d&rsquo;une dysfonction du tronc c\u00e9r\u00e9bral auditif ou d&rsquo;un trouble du traitement auditif central. L&rsquo;av\u00e8nement des techniques d&rsquo;\u00e9lectrophysiologie auditive contemporaine, notamment les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Potentiel_%C3%A9voqu%C3%A9_auditif\">potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs<\/a> du tronc c\u00e9r\u00e9bral (PEAT), a par la suite permis de cartographier avec pr\u00e9cision les relais anatomiques exacts corr\u00e9l\u00e9s aux performances de d\u00e9masquage binaural.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Pour rendre compte des m\u00e9canismes sous-jacents au d\u00e9masquage binaural, plusieurs cadres th\u00e9oriques majeurs ont \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9s en psychoacoustique et en neurosciences computationnelles. Le mod\u00e8le le plus influent et le plus \u00e9l\u00e9gant d&rsquo;un point de vue fonctionnel demeure le mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9galisation-annulation (<em>Equalization-Cancellation<\/em>, EC) propos\u00e9 par Earl Durlach. Selon cette th\u00e9orie, le syst\u00e8me auditif effectue deux op\u00e9rations s\u00e9quentielles sur les entr\u00e9es binaurales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9galisation (E) :<\/strong> Le syst\u00e8me ajuste les amplitudes relatives et compense les retards temporels entre les deux oreilles afin d&rsquo;aligner le bruit masquant au maximum dans les deux canaux.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;annulation (C) :<\/strong> Le syst\u00e8me soustrait ensuite le signal de l&rsquo;oreille gauche de celui de l&rsquo;oreille droite. Puisque le bruit a \u00e9t\u00e9 rendu identique dans les deux voies par l&rsquo;\u00e9tape d&rsquo;\u00e9galisation, cette soustraction arithm\u00e9tique annule une fraction substantielle de l&rsquo;\u00e9nergie du masquant. Cependant, si le signal sonore d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9tait initialement en opposition de phase (S\u03c0), la soustraction ne l&rsquo;annule pas ; elle double au contraire son amplitude relative, ce qui entra\u00eene une hausse spectaculaire du rapport signal sur bruit final.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Un autre cadre th\u00e9orique capital repose sur la th\u00e9orie de la corr\u00e9lation crois\u00e9e binaurale, issue des travaux de Jeffress et d\u00e9velopp\u00e9e ult\u00e9rieurement par Sayers et Cherry. Selon cette approche, les signaux provenant de chaque oreille progressent le long d&rsquo;axones servant de lignes de d\u00e9lai temporelles et convergent sur des neurones qui agissent comme des d\u00e9tecteurs de co\u00efncidence au sein de l&rsquo;olive sup\u00e9rieure m\u00e9diane (MSO). Lorsque le bruit est identique sur les deux oreilles, le pic d&rsquo;activation de la corr\u00e9lation crois\u00e9e est centr\u00e9. L&rsquo;ajout d&rsquo;un signal d\u00e9phas\u00e9 modifie l&rsquo;intercorr\u00e9lation globale en cr\u00e9ant une d\u00e9corr\u00e9lation partielle ou un d\u00e9placement du pic d&rsquo;intercorr\u00e9lation, que les centres sup\u00e9rieurs d\u00e9tectent instantan\u00e9ment comme un \u00e9cart par rapport au fond stationnaire.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le d&rsquo;espace vectoriel et les th\u00e9ories contemporaines de codage de population sugg\u00e8rent que le d\u00e9masquage ne r\u00e9sulte pas simplement d&rsquo;une soustraction m\u00e9canique passive, mais d&rsquo;un traitement cortical et sous-cortical actif de la coh\u00e9rence spatiale. Les neurones du colliculus inf\u00e9rieur int\u00e8grent les informations phasiques et tonotopiques pour cr\u00e9er une carte de coh\u00e9rence binaurale, permettant au syst\u00e8me cognitif d&rsquo;inhiber activement les coordonn\u00e9es spatiales du masquant pour focaliser l&rsquo;attention auditive sur le foyer perceptif \u00e9mergent du signal cible.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse du BMLD repose sur un ensemble pr\u00e9cis de conditions exp\u00e9rimentales codifi\u00e9es par des notations standardis\u00e9es dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e. Ces conditions d\u00e9limitent les diff\u00e9rentes dimensions physiques et psychoacoustiques du ph\u00e9nom\u00e8ne :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Conditions homophasiques (r\u00e9f\u00e9rences de base) :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>SoNo :<\/em> Signal en phase et bruit masquant en phase aux deux oreilles. C&rsquo;est la condition diotique standard o\u00f9 l&rsquo;effet de masquage est maximal et le BMLD conventionnellement fix\u00e9 \u00e0 0 dB de r\u00e9f\u00e9rence.<\/li>\n<li><em>S\u03c0N\u03c0 :<\/em> Signal et bruit pr\u00e9sentent tous deux un d\u00e9phasage de 180 degr\u00e9s entre les deux oreilles. Puisque la relation relative de phase entre signal et bruit reste la m\u00eame que dans SoNo, le seuil de masquage demeure similaire, produisant un BMLD nul ou n\u00e9gligeable.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Conditions antiphasiques (d\u00e9masquage maximal) :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>S\u03c0No :<\/em> Signal d\u00e9phas\u00e9 de 180 degr\u00e9s entre les oreilles, tandis que le bruit est strictement en phase. C&rsquo;est la configuration classique produisant le d\u00e9masquage le plus puissant, avec un BMLD atteignant couramment 12 \u00e0 15 dB \u00e0 500 Hz.<\/li>\n<li><em>SoN\u03c0 :<\/em> Signal en phase aux deux oreilles, mais bruit masquant invers\u00e9 de 180 degr\u00e9s. Le BMLD obtenu est \u00e9galement tr\u00e8s marqu\u00e9, de l&rsquo;ordre de 9 \u00e0 13 dB.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Conditions h\u00e9t\u00e9rophasiques et monaurales :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>SmNo :<\/em> Signal pr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re monaurale (Sm) et bruit pr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re diotique aux deux oreilles (No). L&rsquo;\u00e9coute binaurale du bruit permet de faire \u00e9merger le son monaural, g\u00e9n\u00e9rant un gain d&rsquo;environ 6 \u00e0 9 dB par rapport \u00e0 la condition monaurale pure.<\/li>\n<li><em>SmNm :<\/em> Signal et bruit pr\u00e9sent\u00e9s tous deux \u00e0 une seule et m\u00eame oreille. C&rsquo;est la condition de r\u00e9f\u00e9rence monaurale pure utilis\u00e9e pour \u00e9valuer l&rsquo;apport sp\u00e9cifique de la binauralit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Dimensions temporelles et fr\u00e9quentielles :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Fr\u00e9quence porteuse :<\/em> Le BMLD est fortement d\u00e9pendant de la fr\u00e9quence, d\u00e9croissant de mani\u00e8re quasi exponentielle \u00e0 mesure que la fr\u00e9quence s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve au-del\u00e0 de 1000 Hz.<\/li>\n<li><em>Largeur de bande du masquant :<\/em> L&rsquo;effet s&rsquo;observe aussi bien avec un bruit blanc large bande qu&rsquo;avec un bruit \u00e0 bande \u00e9troite centr\u00e9 sur la fr\u00e9quence test\u00e9e, bien que la bande critique de masquage binaurale soit l\u00e9g\u00e8rement plus \u00e9troite que la bande critique monaurale.<\/li>\n<li><em>Corr\u00e9lation interaurale du bruit (\u03c1) :<\/em> La r\u00e9duction progressive de la corr\u00e9lation interaurale du masquant (en introduisant un bruit partiellement d\u00e9corr\u00e9l\u00e9) diminue proportionnellement l&rsquo;amplitude du BMLD disponible.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour concr\u00e9tiser l&rsquo;exp\u00e9rience du BMLD dans un cadre contr\u00f4l\u00e9, consid\u00e9rons l&rsquo;exp\u00e9rience classique men\u00e9e dans une cabine audiom\u00e9trique insonoris\u00e9e \u00e9quip\u00e9e d&rsquo;un casque circum-aural haute fid\u00e9lit\u00e9. Un sujet \u00e9coute un bruit blanc continu d&rsquo;intensit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e (par exemple 65 dB SPL) diffus\u00e9 de fa\u00e7on diotique (No). L&rsquo;exp\u00e9rimentateur introduit une tonalit\u00e9 sinuso\u00efdale de 500 Hz en phase (So) et augmente progressivement son intensit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le participant l&rsquo;entende tout juste : supposons que ce seuil de d\u00e9tection dans le bruit s&rsquo;\u00e9tablisse \u00e0 52 dB SPL. L&rsquo;exp\u00e9rimentateur commute alors simplement l&rsquo;interrupteur d&rsquo;inversion de phase du signal \u00e0 l&rsquo;oreille droite de 180\u00b0 (S\u03c0) sans modifier le niveau du bruit. Instantan\u00e9ment, la tonalit\u00e9, qui \u00e9tait inaudible quelques d\u00e9cibels plus bas, devient distinctement perceptible, et le nouveau seuil d&rsquo;audibilit\u00e9 s&rsquo;\u00e9tablit d\u00e9sormais \u00e0 37 dB SPL. Le sujet a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;un BMLD franc de 15 dB par simple manipulation temporelle.<\/p>\n<p>Dans un contexte \u00e9cologique, le BMLD constitue le moteur sous-jacent de ce que Colin Cherry a d\u00e9crit en 1953 sous le nom d&rsquo;\u00ab <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Effet_cocktail_party\">effet cocktail party<\/a> \u00bb. Imaginons une r\u00e9union professionnelle bruyante o\u00f9 de multiples interlocuteurs s&rsquo;expriment en arri\u00e8re-plan. Les bruits de voix ambiants parviennent aux deux oreilles de l&rsquo;auditeur avec une distribution diffuse et une corr\u00e9lation spatiale sp\u00e9cifique. Lorsqu&rsquo;un coll\u00e8gue situ\u00e9 \u00e0 45 degr\u00e9s sur la gauche prend la parole, ses ondes vocales atteignent l&rsquo;oreille gauche une fraction de milliseconde avant d&rsquo;atteindre l&rsquo;oreille droite, introduisant une diff\u00e9rence temporelle interaurale (ITD) \u00e9quivalant fonctionnellement \u00e0 une condition h\u00e9t\u00e9rophasique. Gr\u00e2ce \u00e0 cet \u00e9cart de phase, le cerveau de l&rsquo;auditeur extrait la voix du coll\u00e8gue du brouhaha ambiant avec un avantage perceptif direct d&rsquo;au moins 3 \u00e0 6 dB par rapport \u00e0 ce que permettrait un enregistrement capt\u00e9 par un seul microphone monaural.<\/p>\n<p>Un cas clinique illustratif met en lumi\u00e8re la sensibilit\u00e9 diagnostique du constructeur. Un patient de 38 ans consulte pour une g\u00eane invalidante dans la compr\u00e9hension de la parole en milieu bruyant (restaurants, r\u00e9unions), alors m\u00eame que son audiogramme tonal conventionnel en sons purs par conduction a\u00e9rienne et osseuse est strictement impeccable (seuils inf\u00e9rieurs \u00e0 10 dB HL de 250 Hz \u00e0 8000 Hz). L&rsquo;exploration d&rsquo;un test BMLD \u00e0 500 Hz r\u00e9v\u00e8le un gain SoNo versus S\u03c0No de seulement 3 dB (contre une valeur normative attendue sup\u00e9rieure ou \u00e9gale \u00e0 10 dB). Cette anomalie sp\u00e9cifique a orient\u00e9 les investigations vers une l\u00e9sion d\u00e9butante d\u00e9my\u00e9linisante du tronc c\u00e9r\u00e9bral affectant le complexe olivaire sup\u00e9rieur, confirmant un trouble du traitement auditif central invisible \u00e0 l&rsquo;audiom\u00e9trie tonale \u00e9l\u00e9mentaire.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation audiom\u00e9trique et psychoacoustique du BMLD repose sur un protocole standardis\u00e9, administrable en pratique clinique \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un audiom\u00e8tre diagnostique \u00e0 deux canaux \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;un inverseur de phase \u00e9lectronique. La proc\u00e9dure standard se d\u00e9roule sous casque d&rsquo;\u00e9coute calibr\u00e9 (type TDH-39 ou transducteurs \u00e0 insertion ER-3A) :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Choix du stimulus cible :<\/strong> Le test s&rsquo;effectue principalement \u00e0 la fr\u00e9quence de 500 Hz, car c&rsquo;est \u00e0 cette fr\u00e9quence que le compromis entre robustesse du verrouillage de phase et sensibilit\u00e9 humaine est le plus avantageux. Certains protocoles \u00e9valuent \u00e9galement 250 Hz et 1000 Hz. Des versions utilisant des stimuli vocaux (mots monosyllabiques masqu\u00e9s par un bruit) sont \u00e9galement employ\u00e9es sous l&rsquo;appellation de BMLD vocal (ou <em>Speech BMLD<\/em>).<\/li>\n<li><strong>D\u00e9termination du seuil de r\u00e9f\u00e9rence homophasique (SoNo) :<\/strong> Le bruit masquant (bruit blanc \u00e0 bande \u00e9troite ou bruit \u00e0 spectre vocal) est appliqu\u00e9 simultan\u00e9ment aux deux oreilles en phase, \u00e0 une intensit\u00e9 constante (habituellement 60 ou 65 dB SPL). Le seuil auditif de d\u00e9tection de la tonalit\u00e9 pure en phase (So) est d\u00e9termin\u00e9 par une m\u00e9thode ascendante-descendante classique (m\u00e9thode de Hughson-Westlake modifi\u00e9e) ou par une proc\u00e9dure \u00e0 choix forc\u00e9 \u00e0 deux alternatives (2AFC).<\/li>\n<li><strong>D\u00e9termination du seuil antiphasique (S\u03c0No) :<\/strong> En maintenant le niveau et la phase du bruit strictement identiques, la phase \u00e9lectrique de la tonalit\u00e9 pure est invers\u00e9e de 180\u00b0 sur l&rsquo;un des deux canaux d&rsquo;\u00e9couteurs. Le seuil de d\u00e9tection est \u00e0 nouveau mesur\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment.<\/li>\n<li><strong>Calcul arithm\u00e9tique :<\/strong> La valeur du BMLD est obtenue par la simple soustraction : <code>BMLD (dB) = Seuil(SoNo) - Seuil(S\u03c0No)<\/code>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Chez les adultes et les enfants neurotypiques \u00e0 partir de l&rsquo;\u00e2ge de 7 ou 8 ans, les valeurs normatives \u00e0 500 Hz se situent g\u00e9n\u00e9ralement entre 10 et 15 dB. Une valeur inf\u00e9rieure \u00e0 7 ou 8 dB est consid\u00e9r\u00e9e comme suspecte, tandis qu&rsquo;un BMLD inf\u00e9rieur \u00e0 5 dB est franchement pathologique, t\u00e9moignant d&rsquo;une d\u00e9gradation substantielle du traitement temporel binaural. Des pr\u00e9cautions rigoureuses doivent entourer l&rsquo;\u00e9talonnage physique des transducteurs afin de v\u00e9rifier l&rsquo;absence d&rsquo;artefacts harmoniques ou de distorsions de phase mat\u00e9rielles.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension et la mesure du BMLD trouvent des applications directes dans plusieurs sph\u00e8res cliniques, technologiques et industrielles majeures. En audiologie p\u00e9diatrique et neuropsychologie, le test BMLD constitue l&rsquo;un des outils de r\u00e9f\u00e9rence pour le diagnostic des troubles du traitement auditif (TTA, ou <em>Central Auditory Processing Disorders<\/em>, CAPD). Il permet d&rsquo;objectiver la cause des difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage de l&rsquo;enfant qui peine \u00e0 discriminer les consignes de l&rsquo;enseignant en classe sans pour autant pr\u00e9senter de perte auditive p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>En neurologie diagnostique, l&rsquo;alt\u00e9ration du BMLD fournit un indice pr\u00e9cieux pour localiser des l\u00e9sions sous-corticales pr\u00e9coces. Le d\u00e9masquage binaural exigeant une synchronisation neurale sub-milliseconde entre les deux olives bulbaires et les relais du lemnisque lat\u00e9ral, il s&rsquo;av\u00e8re extr\u00eamement vuln\u00e9rable aux pathologies d\u00e9my\u00e9linisantes telles que la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Scl%C3%A9rose_en_plaques\">scl\u00e9rose en plaques<\/a>, aux tumeurs de la fosse post\u00e9rieure comme les schwannomes vestibulaires d\u00e9butants, ou encore aux l\u00e9sions isch\u00e9miques du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;industrie des proth\u00e8ses auditives et des implants cochl\u00e9aires, les principes du BMLD guident la conception des algorithmes modernes de r\u00e9duction du bruit et de directivit\u00e9 microphonique. Les appareils auditifs bilat\u00e9raux contemporains s&rsquo;\u00e9changent d\u00e9sormais des signaux en continu via liaison sans fil afin de pr\u00e9server artificiellement les diff\u00e9rences interaurales de temps et d&rsquo;intensit\u00e9. Pour les porteurs d&rsquo;implants cochl\u00e9aires bilat\u00e9raux, la restauration fine des indices de phase n\u00e9cessaire au d\u00e9masquage demeure l&rsquo;un des d\u00e9fis d&rsquo;ing\u00e9nierie biom\u00e9dicale les plus ardus, en raison des limites de transmission de la structure fine temporelle par les processeurs vocaux actuels.<\/p>\n<p>Enfin, en t\u00e9l\u00e9communications et r\u00e9alit\u00e9 virtuelle, les techniques de spatialisation audio 3D et les casques de t\u00e9l\u00e9pr\u00e9sence int\u00e8grent des filtres de d\u00e9phasage s\u00e9lectifs pour accro\u00eetre la clart\u00e9 des communications audio dans les cockpits a\u00e9ronautiques militaires ou les centres de contr\u00f4le encombr\u00e9s, exploitant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le BMLD pour all\u00e9ger la charge cognitive des op\u00e9rateurs.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche sur le BMLD au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies a mobilis\u00e9 de fa\u00e7on convergente l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie, l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle et la mod\u00e9lisation math\u00e9matique. D\u00e8s les ann\u00e9es 1980 et 1990, des chercheurs comme Hall, Grose et Pillsbury ont document\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution du BMLD tout au long de la vie, d\u00e9montrant que les capacit\u00e9s de d\u00e9masquage binaural progressent avec la maturation des voies nerveuses chez l&rsquo;enfant pour atteindre leur plein potentiel vers l&rsquo;\u00e2ge de 8 \u00e0 10 ans, avant de subir un d\u00e9clin insidieux chez le sujet \u00e2g\u00e9, m\u00eame en l&rsquo;absence de presbyacousie cochl\u00e9aire marqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Au niveau de la neurophysiologie animale et unitaire, les enregistrements effectu\u00e9s chez la chouette effraie et les rongeurs par des \u00e9quipes telles que celles de Yin, Kuwada et Fitzpatrick ont permis d&rsquo;identifier pr\u00e9cis\u00e9ment les neurones sensibles aux retards de phase au niveau de l&rsquo;olive sup\u00e9rieure m\u00e9diane (MSO) et du colliculus inf\u00e9rieur (IC). Ces \u00e9tudes ont prouv\u00e9 que les neurones de la MSO re\u00e7oivent des entr\u00e9es excitatrices glutamatergiques des deux noyaux cochl\u00e9aires ventraux ainsi que des entr\u00e9es inhibitrices glycinergiques cal\u00e9es avec une pr\u00e9cision de quelques dizaines de microsecondes, cr\u00e9ant ainsi les d\u00e9phasages neuronaux internes n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;\u00e9galisation et \u00e0 l&rsquo;annulation.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes modernes en magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) et potentiels \u00e9voqu\u00e9s corticaux men\u00e9es notamment par Chait, Poeppel et Ross ont mis en \u00e9vidence que le signal acoustique d\u00e9masqu\u00e9 (S\u03c0No) suscite une onde P1-N1-P2 corticale significativement plus pr\u00e9coce et plus ample que la condition diotique SoNo au seuil. De plus, les travaux r\u00e9cents sur la synaptopathie cochl\u00e9aire (\u00ab surdit\u00e9 cach\u00e9e \u00bb ou <em>hidden hearing loss<\/em>) sugg\u00e8rent que la perte de synapses \u00e0 ruban entre les cellules cili\u00e9es internes et les fibres du nerf auditif induite par l&rsquo;exposition excessive au bruit ou le vieillissement d\u00e9grade la fid\u00e9lit\u00e9 de phase sans \u00e9lever les seuils audiom\u00e9triques conventionnels, entra\u00eenant une diminution directe et mesurable du BMLD chez l&rsquo;humain.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interlinguistiques<\/h3>\n<p>La diff\u00e9rence de niveau de masquage binaural constitue une constante biologique universelle chez l&rsquo;ensemble des \u00eatres humains pourvus d&rsquo;un syst\u00e8me auditif binaural intact. L&rsquo;ampleur du BMLD en r\u00e9ponse \u00e0 des stimuli physiques \u00e9l\u00e9mentaires (sons purs sinuso\u00efdaux et bruit blanc) ne pr\u00e9sente aucune variation imputable \u00e0 l&rsquo;appartenance ethnique, g\u00e9ographique ou culturelle, soulignant la nature phylog\u00e9n\u00e9tiquement ancienne des circuits de d\u00e9tection de phase du tronc c\u00e9r\u00e9bral chez les vert\u00e9br\u00e9s.<\/p>\n<p>En revanche, lorsque l&rsquo;on explore le BMLD vocal (la capacit\u00e9 d&rsquo;extraire la parole du bruit gr\u00e2ce aux inversions de phase ou aux indices binauraux), des sp\u00e9cificit\u00e9s linguistiques subtiles se manifestent. La tol\u00e9rance au masquage et l&rsquo;exploitation des indices temporels fins d\u00e9pendent en partie de la structure phonologique de la langue maternelle :<\/p>\n<ul>\n<li>Les locuteurs de langues tonales (telles que le mandarin, le cantonais ou le vietnamien), o\u00f9 la trajectoire de la fr\u00e9quence fondamentale (F0) porte une valeur lexicale et s\u00e9mantique d\u00e9terminante, s&rsquo;av\u00e8rent particuli\u00e8rement sensibles aux alt\u00e9rations de phase et au d\u00e9masquage dans les basses fr\u00e9quences.<\/li>\n<li>Dans les langues \u00e0 accentuation temporelle ou riches en consonnes fricatives \u00e0 haute fr\u00e9quence (comme certaines langues germaniques ou slaves), le d\u00e9masquage binaural vocal s&rsquo;appuie davantage sur la combinaison conjointe des indices de phase basse fr\u00e9quence et des indices d&rsquo;enveloppe \u00e0 haute fr\u00e9quence.<\/li>\n<li>Les protocoles audiologiques doivent imp\u00e9rativement \u00eatre calibr\u00e9s dans la langue vernaculaire du patient lors de l&rsquo;usage de listes de mots pour \u00e9viter que des difficult\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s lexical ne viennent biaiser l&rsquo;\u00e9valuation du traitement auditif central.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa valeur th\u00e9orique et exp\u00e9rimentale incontestable, le BMLD fait l&rsquo;objet de plusieurs d\u00e9bats m\u00e9thodologiques et conceptuels dans la communaut\u00e9 des chercheurs en psychoacoustique. La principale controverse porte sur la validit\u00e9 \u00e9cologique des tests en phase oppos\u00e9e (S\u03c0No). Dans l&rsquo;environnement physique naturel en champ libre, une onde sonore ne se pr\u00e9sente quasiment jamais sous la forme d&rsquo;un d\u00e9phasage parfait de 180 degr\u00e9s avec un bruit rigoureusement diotique ; les signaux r\u00e9els pr\u00e9sentent des d\u00e9calages temporels continus et des disparit\u00e9s spectrales complexes dict\u00e9es par la fonction de transfert de la t\u00eate (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Head-related_transfer_function\">HRTF<\/a>). Certains auteurs soutiennent donc que le BMLD classique au casque mesure une capacit\u00e9 neurophysiologique limite artificielle plut\u00f4t qu&rsquo;un reflet direct de la localisation spatiale quotidienne.<\/p>\n<p>Une seconde limite r\u00e9side dans la variabilit\u00e9 interindividuelle observ\u00e9e chez les sujets sains. Des individus sans pathologie auditive identifi\u00e9e peuvent afficher des BMLD oscillant entre 8 dB et 16 dB \u00e0 500 Hz sans que l&rsquo;on puisse clairement d\u00e9terminer si cette dispersion rel\u00e8ve d&rsquo;une variabilit\u00e9 de morphologie du tronc c\u00e9r\u00e9bral, d&rsquo;asym\u00e9tries cochl\u00e9aires mineures ou de capacit\u00e9s attentionnelles centrales diff\u00e9rentes. Cette zone grise complique parfois la d\u00e9finition d&rsquo;un seuil clinique pathologique rigide.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;impact des asym\u00e9tries p\u00e9riph\u00e9riques constitue un \u00e9cueil interpr\u00e9tatif majeur : si un patient pr\u00e9sente une l\u00e9g\u00e8re surdit\u00e9 de transmission unilat\u00e9rale ou une perte neurosensorielle asym\u00e9trique, le d\u00e9s\u00e9quilibre d&rsquo;intensit\u00e9 ou de latence brise l&rsquo;\u00e9quilibre n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9galisation et \u00e0 l&rsquo;annulation dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral. Il devient alors ardu de distinguer si l&rsquo;effondrement du BMLD traduit un v\u00e9ritable dysfonctionnement des noyaux centraux ou s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un artefact cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9ration de l&rsquo;aff\u00e9rence cochl\u00e9aire p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Le d\u00e9masquage binaural s&rsquo;inscrit au sein d&rsquo;une constellation de concepts psychoacoustiques qu&rsquo;il importe de diff\u00e9rencier rigoureusement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>BMLD versus Sommation binaurale :<\/strong> La sommation binaurale d\u00e9signe l&rsquo;augmentation de la sensation de sonie (d&rsquo;environ 3 dB au seuil et 6 dB \u00e0 niveau supraliminaire) observ\u00e9e lorsqu&rsquo;un m\u00eame son est pr\u00e9sent\u00e9 aux deux oreilles par rapport \u00e0 une \u00e9coute monaurale, sans aucune pr\u00e9sence de bruit masquant. Le BMLD implique obligatoirement la pr\u00e9sence d&rsquo;un signal masquant et requiert une disparit\u00e9 interaurale.<\/li>\n<li><strong>BMLD versus Effet d&rsquo;ombre de la t\u00eate (<em>Head Shadow Effect<\/em>) :<\/strong> L&rsquo;effet d&rsquo;ombre de la t\u00eate est un ph\u00e9nom\u00e8ne acoustique physique passif : la t\u00eate fait \u00e9cran aux hautes fr\u00e9quences sonores venant d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, r\u00e9duisant le niveau de bruit \u00e0 l&rsquo;oreille oppos\u00e9e de 6 \u00e0 20 dB. Le BMLD est un ph\u00e9nom\u00e8ne de traitement neuronal central actif fond\u00e9 sur la phase temporelle, pr\u00e9dominant dans les basses fr\u00e9quences o\u00f9 la diffraction emp\u00eache l&rsquo;apparition d&rsquo;une ombre acoustique.<\/li>\n<li><strong>BMLD versus S\u00e9paration spatiale de la parole (<em>Spatial Release from Masking<\/em>, SRM) :<\/strong> Le SRM est un concept plus large mesurant le gain global d&rsquo;intelligibilit\u00e9 lorsque la voix et les bruits sont s\u00e9par\u00e9s spatialement dans une pi\u00e8ce. Le SRM englobe conjointement l&rsquo;effet d&rsquo;ombre de la t\u00eate, le BMLD et les processus d&rsquo;attention spatiale s\u00e9lective.<\/li>\n<li><strong>BMLD versus \u00c9coute dichotique :<\/strong> L&rsquo;\u00e9coute dichotique classique fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pr\u00e9sentation de deux stimuli signifiants diff\u00e9rents \u00e0 chaque oreille (par exemple un chiffre diff\u00e9rent \u00e0 chaque oreille) pour \u00e9tudier la dominance h\u00e9misph\u00e9rique. Le BMLD utilise des signaux physiques corr\u00e9l\u00e9s visant la d\u00e9tection d&rsquo;une source unique fusionn\u00e9e dans le bruit.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, la diff\u00e9rence de niveau de masquage binaural (BMLD) incarne une remarquable d\u00e9monstration de la pr\u00e9cision avec laquelle le syst\u00e8me nerveux traite l&rsquo;information sensorielle temporelle. Les points cl\u00e9s essentiels \u00e0 retenir comprennent :<\/p>\n<ul>\n<li>Le BMLD quantifie l&rsquo;am\u00e9lioration de la perception d&rsquo;un son dans le bruit rendue possible par un d\u00e9phasage ou une diff\u00e9rence temporelle interaurale entre le signal et le masquant.<\/li>\n<li>L&rsquo;effet atteint son amplitude maximale (12 \u00e0 15 dB) dans la condition S\u03c0No aux fr\u00e9quences graves (250 \u00e0 500 Hz), l\u00e0 o\u00f9 le verrouillage de phase neural est le plus performant.<\/li>\n<li>Sur le plan th\u00e9orique, il s&rsquo;explique principalement par le mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9galisation-annulation (EC) de Durlach et par la d\u00e9tection de corr\u00e9lation crois\u00e9e neuronale au sein de l&rsquo;olive sup\u00e9rieure m\u00e9diane.<\/li>\n<li>Sur le plan clinique, l&rsquo;\u00e9valuation du BMLD constitue un test \u00e9lectif pr\u00e9cieux pour d\u00e9celer les troubles du traitement auditif central, les atteintes d\u00e9my\u00e9linisantes du tronc c\u00e9r\u00e9bral et les alt\u00e9rations de la synchronisation nerveuse auditive.<\/li>\n<li>Il forme, avec l&rsquo;effet d&rsquo;ombre de la t\u00eate, le soubassement neurophysiologique indispensable permettant aux \u00eatres humains de comprendre la parole dans les ambiances sonores complexes.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Durlach, N. C. (1963). Equalization and cancellation theory of binaural masking-level differences. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 35(8), 1206\u20131218. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1918675\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1918675<\/a><\/li>\n<li>Hirsh, I. J. (1948). The influence of interaural phase on interaural summation and inhibition. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 20(4), 536\u2013544. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1906407\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1906407<\/a><\/li>\n<li>Jeffress, L. A. (1948). A place theory of sound localization. <em>Journal of Comparative and Physiological Psychology<\/em>, 41(1), 35\u201339. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0061495\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0061495<\/a><\/li>\n<li>Licklider, J. C. R. (1948). The influence of interaural phase upon the masking of speech by white noise. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 20(2), 150\u2013159. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1906358\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1906358<\/a><\/li>\n<li>Moore, B. C. J. (2012). <em>An Introduction to the Psychology of Hearing<\/em> (6e \u00e9d.). Brill. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1163\/9789004252639\">https:\/\/doi.org\/10.1163\/9789004252639<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la diff\u00e9rence de niveau de masquage binaural (BMLD), son fonctionnement psychoacoustique, son r\u00f4le dans le d\u00e9masquage sonore et ses applications cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[26703,459,4578],"tags":[37042,37044,4091,37043,5217,26705],"class_list":["post-22044","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-audiologie","category-neurosciences","category-psychoacoustique","tag-bmld","tag-demasquage-binaural","tag-effet-cocktail-party","tag-masquage-binaural","tag-psychoacoustique","tag-traitement-auditif"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22044","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22044\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22044"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22044"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22044"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}