{"id":22038,"date":"2026-10-26T18:58:43","date_gmt":"2026-10-26T18:58:43","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=audition-binaurale-perception-spatiale"},"modified":"2026-10-26T18:58:43","modified_gmt":"2026-10-26T18:58:43","slug":"audition-binaurale-perception-spatiale","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=audition-binaurale-perception-spatiale","title":{"rendered":"Audition binaurale : L&rsquo;art d&rsquo;entendre en relief"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;immersion d&rsquo;un individu dans son environnement acoustique repose sur une prouesse computationnelle remarquable : la capacit&eacute; du syst&egrave;me nerveux central &agrave; fusionner deux flux sensoriels distincts en une exp&eacute;rience auditive tridimensionnelle unifi&eacute;e. Sans cette int&eacute;gration spatiale, le monde sonore ne serait qu&rsquo;une juxtaposition chaotique de pressions acoustiques d&eacute;pourvues de trajectoire, de profondeur et de relief. L&rsquo;audition binaurale constitue le socle neurobiologique et cognitif de cette comp&eacute;tence, permettant &agrave; l&rsquo;&ecirc;tre humain de localiser les sources de danger, de d&eacute;chiffrer la parole au sein du tumulte social et de percevoir la beaut&eacute; spatiale de la musique.<\/p>\n<h2>Audition binaurale<\/h2>\n<h3>1. D&eacute;finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>audition binaurale<\/strong> d&eacute;signe l&rsquo;ensemble des processus neurophysiologiques et psychophysiques par lesquels le syst&egrave;me auditif int&egrave;gre, compare et interpr&egrave;te les informations acoustiques capt&eacute;es simultan&eacute;ment par les deux oreilles. Cette architecture perceptive permet au cerveau d&rsquo;extraire des disparit&eacute;s infimes de temps, de phase et d&rsquo;intensit&eacute; entre les deux tympans, fondant ainsi la perception de la direction, de la distance et de l&rsquo;espace acoustique.<\/p>\n<p>Sur le plan fondamental, le qualificatif &laquo; binaural &raquo; (du latin <em>bini<\/em>, &laquo; deux &agrave; deux &raquo;, et <em>auris<\/em>, &laquo; oreille &raquo;) s&rsquo;oppose &agrave; &laquo; monaural &raquo; (portant sur une seule oreille) et se distingue &eacute;galement des modalit&eacute;s &laquo; diotique &raquo; (o&ugrave; un signal identique est envoy&eacute; aux deux oreilles) et &laquo; dichotique &raquo; (o&ugrave; deux signaux diff&eacute;rents mais ind&eacute;pendants stimulent s&eacute;par&eacute;ment chaque oreille). En sciences cognitives et en neurosciences, le traitement binaural est &eacute;tudi&eacute; comme le paradigme exemplaire du calcul co&iuml;ncident et de la fusion multisensorielle intramodale.<\/p>\n<p>L&rsquo;int&eacute;gration binaurale ne se limite pas &agrave; une addition arithm&eacute;tique des signaux p&eacute;riph&eacute;riques. Elle op&egrave;re une r&eacute;elle synth&egrave;se analytique au niveau des noyaux du tronc c&eacute;r&eacute;bral, conf&eacute;rant &agrave; l&rsquo;auditeur des capacit&eacute;s avanc&eacute;es de d&eacute;masquage du signal dans le bruit, connues sous le nom d&rsquo;effet cocktail party, ainsi qu&rsquo;une s&eacute;gr&eacute;gation pr&eacute;cise des objets sonores au sein de sc&egrave;nes auditives complexes.<\/p>\n<h3>2. &Eacute;tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable &laquo; binaural &raquo; r&eacute;sulte d&rsquo;une construction savante forg&eacute;e au XIXe si&egrave;cle &agrave; partir de racines latines. Il combine le pr&eacute;fixe distributif <em>bini<\/em>, signifiant &laquo; par paire &raquo; ou &laquo; deux &agrave; deux &raquo;, le substantif <em>auris<\/em>, traduisant &laquo; l&rsquo;oreille &raquo;, et le suffixe adjectival <em>-alis<\/em>, &eacute;voquant l&rsquo;appartenance, la relation ou la conformit&eacute;. L&rsquo;expression d&eacute;signe donc litt&eacute;ralement ce qui se rapporte conjointement &agrave; deux oreilles ou implique leur action combin&eacute;e.<\/p>\n<p>Le terme &eacute;merge dans le corpus scientifique europ&eacute;en au cours de la premi&egrave;re moiti&eacute; du XIXe si&egrave;cle, p&eacute;riode charni&egrave;re o&ugrave; la physiologie sensorielle commence &agrave; formaliser la distinction entre la r&eacute;ception p&eacute;riph&eacute;rique des organes des sens et leur synth&egrave;se centrale. Alors que l&rsquo;optique disposait d&eacute;j&agrave; du concept de vision &laquo; binoculaire &raquo;, popularis&eacute; notamment par les travaux de Charles Wheatstone sur le st&eacute;r&eacute;oscope, les acousticiens et physiologistes adopt&egrave;rent par analogie le n&eacute;ologisme &laquo; binaural &raquo; pour d&eacute;crire les instruments d&rsquo;auscultation m&eacute;dicale &agrave; double pavillon (st&eacute;thoscopes binauraux) et les exp&eacute;riences de psychophysique de l&rsquo;&eacute;coute.<\/p>\n<p>Son introduction formelle dans les sciences psychologiques et neurophysiologiques s&rsquo;acc&eacute;l&egrave;re gr&acirc;ce aux exp&eacute;rimentations sur les ph&eacute;nom&egrave;nes d&rsquo;interf&eacute;rence auditive men&eacute;es par Heinrich Wilhelm Dove en 1839, puis aux &eacute;tudes pionni&egrave;res de Lord Rayleigh &agrave; la fin du si&egrave;cle, &eacute;tablissant d&eacute;finitivement l&rsquo;audition binaurale comme un champ disciplinaire autonome.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon&eacute;tique et grammatical, le terme r&eacute;pond aux r&egrave;gles traditionnelles de la morphologie fran&ccedil;aise :<\/p>\n<p><strong>Prononciation :<\/strong> En fran&ccedil;ais standard, &laquo; binaural &raquo; se prononce \/bi.no.\u0281al\/ (ou parfois \/bi.n\u0254.\u0281al\/). Au pluriel masculin, la r&eacute;gularisation induit l&rsquo;inflexion \/bi.no.\u0281o\/ (&laquo; binauraux &raquo;). La forme f&eacute;minine est &laquo; binaurale &raquo; \/bi.no.\u0281al\/ et son pluriel &laquo; binaurales &raquo;.<\/p>\n<p><strong>Cat&eacute;gorie grammaticale :<\/strong> Adjectif qualificatif relationnel. Il s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte :<\/p>\n<ul>\n<li><em>Masculin singulier :<\/em> Un enregistrement binaural, un indice binaural, le syst&egrave;me binaural.<\/li>\n<li><em>F&eacute;minin singulier :<\/em> L&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Audition_binaurale\">audition binaurale<\/a>, l&rsquo;&eacute;coute binaurale, la perception binaurale.<\/li>\n<li><em>Masculin pluriel :<\/em> Les battements binauraux, les indices binauraux, les potentiels &eacute;voqu&eacute;s binauraux.<\/li>\n<li><em>F&eacute;minin pluriel :<\/em> Les interactions binaurales, les voies binaurales.<\/li>\n<\/ul>\n<p>On rencontre occasionnellement le d&eacute;riv&eacute; nominal &laquo; binauralit&eacute; &raquo;, employ&eacute; pour d&eacute;signer l&rsquo;&eacute;tat, la propri&eacute;t&eacute; ou la qualit&eacute; de ce qui fonctionne avec deux oreilles.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d&eacute;taill&eacute;e<\/h3>\n<p>L&rsquo;audition binaurale repose sur une n&eacute;cessit&eacute; &eacute;cologique majeure : localiser la provenance d&rsquo;un &eacute;v&eacute;nement sonore sans le b&eacute;n&eacute;fice d&rsquo;une r&eacute;tine acoustique. Contrairement au syst&egrave;me visuel, au sein duquel la position spatiale d&rsquo;un stimulus est projet&eacute;e topographiquement de mani&egrave;re directe sur la r&eacute;tine, la cochl&eacute;e organise l&rsquo;information acoustique selon une tonotopie stricte (d&eacute;composition fr&eacute;quentielle) et non spatiotopique. Le syst&egrave;me nerveux doit donc inf&eacute;rer l&rsquo;espace &agrave; partir de corr&eacute;lations math&eacute;matiques complexes calcul&eacute;es entre les deux oreilles.<\/p>\n<p>Ce calcul spatial s&rsquo;appuie principalement sur deux indices binauraux fondamentaux, articul&eacute;s dans le cadre de la th&eacute;orie duplex : la diff&eacute;rence interaurale de temps (ITD, pour <em>Interaural Time Difference<\/em>) et la diff&eacute;rence interaurale de niveau sonore (ILD, pour <em>Interaural Level Difference<\/em>). Lorsqu&rsquo;une source acoustique est d&eacute;centr&eacute;e par rapport au plan m&eacute;dian de la t&ecirc;te, l&rsquo;onde sonore parvient &agrave; l&rsquo;oreille ipsilat&eacute;rale (la plus proche) quelques fractions de milliseconde avant d&rsquo;atteindre l&rsquo;oreille controlat&eacute;rale (la plus &eacute;loign&eacute;e). Cette divergence temporelle, de l&rsquo;ordre de 0 &agrave; 700 microsecondes chez l&rsquo;&ecirc;tre humain adulte, constitue l&rsquo;ITD.<\/p>\n<p>Simultan&eacute;ment, la t&ecirc;te de l&rsquo;auditeur constitue un obstacle physique &agrave; la propagation des ondes sonores. Lorsque la longueur d&rsquo;onde du son incident est inf&eacute;rieure ou &eacute;gale aux dimensions de la bo&icirc;te cr&acirc;nienne (ce qui correspond aux fr&eacute;quences &eacute;lev&eacute;es, g&eacute;n&eacute;ralement au-del&agrave; de 1 500 Hz), la t&ecirc;te cr&eacute;e un effet d&rsquo;ombre acoustique. L&rsquo;onde perd de l&rsquo;&eacute;nergie en contournant le cr&acirc;ne, g&eacute;n&eacute;rant une att&eacute;nuation substantielle d&rsquo;intensit&eacute; sonore au niveau de l&rsquo;oreille controlat&eacute;rale. Cette divergence d&rsquo;amplitude, qui peut d&eacute;passer 20 d&eacute;cibels pour les fr&eacute;quences aigu&euml;s, d&eacute;finit l&rsquo;ILD.<\/p>\n<p>Au-del&agrave; de la simple d&eacute;tection azimutale (gauche-droite), l&rsquo;audition binaurale interagit de concert avec les indices monauraux spectraux imprim&eacute;s par les circonvolutions du pavillon auriculaire, les &eacute;paules et le torse. Ces modifications spectrales, formalis&eacute;es math&eacute;matiquement sous l&rsquo;appellation de fonctions de transfert relatives &agrave; la t&ecirc;te (HRTF, pour <em>Head-Related Transfer Functions<\/em>), permettent de lever les ambigu&iuml;t&eacute;s spatiales inh&eacute;rentes aux zones g&eacute;om&eacute;triques d&rsquo;&eacute;gale diff&eacute;rence de temps, appel&eacute;es &laquo; c&ocirc;nes de confusion &raquo;, et d&rsquo;assurer une distinction sans &eacute;quivoque entre les positions avant, arri&egrave;re, inf&eacute;rieures et sup&eacute;rieures.<\/p>\n<p>L&rsquo;int&eacute;gration centrale de ces signaux engendre en outre le ph&eacute;nom&egrave;ne de sommation binaurale. Lorsqu&rsquo;un m&ecirc;me son est per&ccedil;u par les deux oreilles simultan&eacute;ment plut&ocirc;t que par une seule, le seuil de d&eacute;tectabilit&eacute; auditive s&rsquo;abaisse d&rsquo;environ 3 d&eacute;cibels, et la sonie subjective (l&rsquo;intensit&eacute; ressentie) augmente notablement, conf&eacute;rant &agrave; l&rsquo;audition bilat&eacute;rale une clart&eacute; et une robustesse consid&eacute;rablement accrues face aux d&eacute;gradations physiques du signal.<\/p>\n<h3>5. D&eacute;veloppement historique<\/h3>\n<p>La compr&eacute;hension scientifique de l&rsquo;audition binaurale s&rsquo;est construite &agrave; travers plusieurs &eacute;tapes majeures :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>1839 : D&eacute;couverte des battements binauraux par Dove.<\/strong> Le physicien et m&eacute;t&eacute;orologue prussien Heinrich Wilhelm Dove d&eacute;couvre que l&rsquo;&eacute;mission de deux sons purs de fr&eacute;quences l&eacute;g&egrave;rement diff&eacute;rentes, envoy&eacute;s s&eacute;par&eacute;ment dans chaque oreille via des tubes acoustiques, g&eacute;n&egrave;re la perception d&rsquo;une pulsation lente. Cette observation prouve formellement que l&rsquo;int&eacute;gration des signaux acoustiques s&rsquo;effectue au sein du syst&egrave;me nerveux central et non par interf&eacute;rence m&eacute;canique p&eacute;riph&eacute;rique sur les membranes tympaniques.<\/li>\n<li><strong>1877-1907 : La th&eacute;orie duplex de Lord Rayleigh.<\/strong> John William Strutt, troisi&egrave;me baron Rayleigh, publie ses travaux r&eacute;volutionnaires sur la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Localisation_sonore\">localisation sonore<\/a>. Il &eacute;tablit la division du travail sensoriel : <span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">les basses fr&eacute;quences (&lt; 1 500 Hz) sont localis&eacute;es principalement gr&acirc;ce aux diff&eacute;rences interaurales de temps et de phase, tandis que les hautes fr&eacute;quences (&gt; 1 500 Hz) d&eacute;pendent des diff&eacute;rences interaurales d&rsquo;intensit&eacute; en raison de l&rsquo;effet d&rsquo;ombre acoustique cr&acirc;nienne<\/span>.<\/li>\n<li><strong>1948 : Le mod&egrave;le computationnel de Jeffress.<\/strong> Lloyd A. Jeffress publie une th&eacute;orie fondamentale stipulant l&rsquo;existence de r&eacute;seaux de lignes &agrave; retard neurales et de d&eacute;tecteurs de co&iuml;ncidence au niveau du tronc c&eacute;r&eacute;bral, &eacute;chafaudant le premier mod&egrave;le neurobiologique m&eacute;caniste expliquant la conversion de diff&eacute;rences temporelles microsecondaires en une carte neuronale spatiotopique.<\/li>\n<li><strong>Ann&eacute;es 1960-1980 : Validation neurophysiologique et psychoacoustique.<\/strong> Les travaux d&rsquo;acousticiens et de neurophysiologistes r&eacute;v&egrave;lent les structures sp&eacute;cifiques du complexe olivaire sup&eacute;rieur impliqu&eacute;es dans ces calculs chez l&rsquo;animal (rongeurs, chats, chouettes effraies) et explorent le ph&eacute;nom&egrave;ne de d&eacute;masquage spatial du signal (&eacute;tudes de Durlach et Colburn).<\/li>\n<li><strong>&Egrave;re contemporaine (1990 &agrave; nos jours) : Mod&eacute;lisation num&eacute;rique et neuroimagerie.<\/strong> L&rsquo;&eacute;mergence de la neuroimagerie fonctionnelle (IRMf, magn&eacute;toenc&eacute;phalographie) et des algorithmes de filtrage HRTF permet l&rsquo;essor de l&rsquo;audio 3D immersif, de la r&eacute;alit&eacute; virtuelle et de l&rsquo;implantation cochl&eacute;aire bilat&eacute;rale visant &agrave; restaurer la binauralit&eacute; chez les patients sourds.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>6. Fondements th&eacute;oriques<\/h3>\n<p>Sur le plan neuroanatomique, la convergence des voies auditives s&rsquo;op&egrave;re tr&egrave;s t&ocirc;t dans la cha&icirc;ne de transmission ascendante. Les fibres nerveuses issues de chaque cochl&eacute;e se projettent d&rsquo;abord sur les noyaux cochl&eacute;aires homolat&eacute;raux. D&egrave;s le deuxi&egrave;me relais synaptique, situ&eacute; dans le complexe olivaire sup&eacute;rieur (COS) du tronc c&eacute;r&eacute;bral, les aff&eacute;rences bilat&eacute;rales se rencontrent et se croisent. Deux sous-structures principales orchestrent ce traitement bimodal : l&rsquo;olive sup&eacute;rieure m&eacute;diale (MSO) et l&rsquo;olive sup&eacute;rieure lat&eacute;rale (LSO).<\/p>\n<p>Le mod&egrave;le classique de Jeffress postule que les neurones de la MSO re&ccedil;oivent des connexions excitatrices bilat&eacute;rales agissant comme des lignes &agrave; retard axonales. Chaque neurone est syntonis&eacute; pour d&eacute;charger de mani&egrave;re maximale uniquement lorsque les potentiels d&rsquo;action issus des deux oreilles convergent exactement au m&ecirc;me instant sur son soma. La position de chaque cellule le long de la rang&eacute;e nucl&eacute;aire encode ainsi une valeur particuli&egrave;re d&rsquo;ITD, traduisant le temps d&rsquo;arriv&eacute;e en une localisation spatiale m&eacute;diane ou lat&eacute;rale.<\/p>\n<p>Bien que le mod&egrave;le de Jeffress ait &eacute;t&eacute; corrobor&eacute; de mani&egrave;re spectaculaire chez l&rsquo;oiseau (notamment chez la chouette effraie, dans le <em>nucleus laminaris<\/em>), les recherches men&eacute;es par McAlpine et Grothe chez les mammif&egrave;res ont r&eacute;v&eacute;l&eacute; des m&eacute;canismes l&eacute;g&egrave;rement distincts, d&eacute;crits sous le mod&egrave;le du &laquo; double canal h&eacute;misph&eacute;rique &raquo;. Chez l&rsquo;&ecirc;tre humain et les rongeurs, l&rsquo;ITD ne serait pas uniquement repr&eacute;sent&eacute;e par une carte topographique &eacute;troite, mais par la balance d&rsquo;activit&eacute; globale entre deux populations neuronales larges, r&eacute;parties entre les h&eacute;misph&egrave;res droit et gauche, enrichies par une inhibition synaptique ultra-rapide cal&eacute;e en phase.<\/p>\n<p>Parall&egrave;lement, l&rsquo;olive sup&eacute;rieure lat&eacute;rale (LSO) analyse les ILD gr&acirc;ce &agrave; un circuit &eacute;l&eacute;gant d&rsquo;excitation et d&rsquo;inhibition crois&eacute;es : la stimulation ipsilat&eacute;rale excite les neurones de la LSO, tandis que la stimulation controlat&eacute;rale active le noyau m&eacute;dial du corps trap&eacute;zo&iuml;de (MNTB), qui &eacute;met des signaux inhibiteurs glycinergiques vers cette m&ecirc;me LSO. La fr&eacute;quence de d&eacute;charge neuronale r&eacute;sultante refl&egrave;te fid&egrave;lement le diff&eacute;rentiel d&rsquo;intensit&eacute; acoustique entre les deux oreilles.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoacoustique\">psychoacoustique<\/a> et de la cognition, la th&eacute;orie de l&rsquo;analyse de sc&egrave;nes auditives (ASA) formul&eacute;e par Albert Bregman d&eacute;montre que ces rep&egrave;res binauraux ne servent pas uniquement &agrave; calculer un angle g&eacute;om&eacute;trique, mais fournissent des indices primitifs indispensables au regroupement perceptif, permettant d&rsquo;attribuer diff&eacute;rentes composantes fr&eacute;quentielles &agrave; une m&ecirc;me source &eacute;mettrice autonome.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl&eacute;s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le syst&egrave;me binaural met en jeu plusieurs m&eacute;canismes et dimensions acoustiques compl&eacute;mentaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Diff&eacute;rence interaurale de temps (ITD) :<\/strong> D&eacute;calage temporel pur entre l&rsquo;arriv&eacute;e d&rsquo;une cr&ecirc;te d&rsquo;onde sonore &agrave; l&rsquo;oreille ipsilat&eacute;rale et &agrave; l&rsquo;oreille controlat&eacute;rale. Op&eacute;rant de fa&ccedil;on privil&eacute;gi&eacute;e sur les fr&eacute;quences inf&eacute;rieures &agrave; 1 500 Hz, sa r&eacute;solution temporelle neuronale chez l&rsquo;humain est capable de discerner des d&eacute;calages aussi infimes que 10 microsecondes.<\/li>\n<li><strong>Diff&eacute;rence interaurale de niveau (ILD) :<\/strong> Att&eacute;nuation du niveau d&rsquo;intensit&eacute; sonore &eacute;prouv&eacute;e par l&rsquo;oreille &eacute;loign&eacute;e de la source en raison du masquage physique de la t&ecirc;te. Ce m&eacute;canisme est particuli&egrave;rement efficace pour les spectres &eacute;nerg&eacute;tiques situ&eacute;s au-del&agrave; de 1 500 Hz &agrave; 2 000 Hz.<\/li>\n<li><strong>Diff&eacute;rence interaurale de phase (IPD) :<\/strong> D&eacute;calage cyclique continu de la phase sinusoidale entre les deux r&eacute;cepteurs cochl&eacute;aires, &eacute;troitement associ&eacute; &agrave; l&rsquo;ITD pour les sons p&eacute;riodiques et continus.<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Battement_binaural\">Battements binauraux<\/a> :<\/strong> Illusion perceptive apparaissant lorsque deux sons purs, s&eacute;par&eacute;s par un &eacute;cart fr&eacute;quentiel inf&eacute;rieur &agrave; environ 30 Hz et d&rsquo;une fr&eacute;quence porteuse inf&eacute;rieure &agrave; 1 000 Hz, sont pr&eacute;sent&eacute;s de fa&ccedil;on dichotique. Le cerveau per&ccedil;oit une modulation d&rsquo;amplitude oscillant &agrave; une cadence &eacute;gale &agrave; la diff&eacute;rence entre les deux fr&eacute;quences.<\/li>\n<li><strong>D&eacute;masquage spatial ou binaural (BMLD &#8211; <em>Binaural Masking Level Difference<\/em>) :<\/strong> Am&eacute;lioration de l&rsquo;intelligibilit&eacute; d&rsquo;un signal d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t (la parole, par exemple) pr&eacute;sent&eacute; dans un bruit ambiant, lorsque le signal et le bruit poss&egrave;dent des configurations de phase ou de r&eacute;partition spatiale diff&eacute;rentes entre les deux oreilles.<\/li>\n<li><strong>Effet Squelch binaural :<\/strong> Capacit&eacute; corticale &agrave; att&eacute;nuer la perception de la r&eacute;verb&eacute;ration acoustique et du bruit diffus en combinant les deux canaux auriculaires, augmentant ainsi le rapport signal\/bruit effectif.<\/li>\n<li><strong>Sommation binaurale :<\/strong> Augmentation physiologique de l&rsquo;intensit&eacute; ressentie (sonie) et am&eacute;lioration des seuils auditifs absolus r&eacute;sultant de la stimulation bilat&eacute;rale par rapport &agrave; une stimulation unilat&eacute;rale &eacute;quivalente.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la port&eacute;e de l&rsquo;audition binaurale au quotidien et en clinique, plusieurs sc&eacute;narios repr&eacute;sentatifs peuvent &ecirc;tre analys&eacute;s :<\/p>\n<p><strong>Le d&eacute;fi du d&icirc;ner bruyant (Effet cocktail party) :<\/strong> Dans une salle de restaurant remplie de conversations crois&eacute;es et de bruits d&rsquo;assiettes, un auditeur normo-entendant parvient n&eacute;anmoins &agrave; suivre le discours de son interlocuteur plac&eacute; en face de lui. Ce tour de force repose sur le d&eacute;masquage binaural. En exploitant les infimes d&eacute;calages temporels et d&rsquo;intensit&eacute; entre les voix p&eacute;riph&eacute;riques et la voix cibl&eacute;e, le cortex auditif filtre spatialement l&rsquo;environnement acoustique, rel&eacute;guant les bruits concurrents &agrave; l&rsquo;arri&egrave;re-plan.<\/p>\n<p><strong>La survenue d&rsquo;une surdit&eacute; unilat&eacute;rale brutale :<\/strong> Un patient d&eacute;veloppant une perte auditive unilat&eacute;rale s&eacute;v&egrave;re (surdit&eacute; brusque ou labyrinthite asym&eacute;trique) t&eacute;moigne imm&eacute;diatement d&rsquo;une incapacit&eacute; quasi totale &agrave; localiser les sources sonores dans l&rsquo;espace. Traversant une rue, il est incapable de d&eacute;terminer si le klaxon d&rsquo;un v&eacute;hicule provient de sa droite ou de sa gauche, car la privation d&rsquo;une oreille supprime imm&eacute;diatement tout acc&egrave;s aux ITD et aux ILD.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;enregistrement st&eacute;r&eacute;ophonique sur &laquo; t&ecirc;te artificielle &raquo; :<\/strong> En ing&eacute;nierie sonore, l&rsquo;utilisation d&rsquo;un mannequin de cire ou de r&eacute;sine dot&eacute; d&rsquo;oreilles anatomiques &eacute;quip&eacute;es de microphones miniatures (t&ecirc;te factice de Neumann, par exemple) permet de capturer un &eacute;v&eacute;nement sonore avec les ITD, les ILD et les filtrages spectraux r&eacute;els du corps humain. &Agrave; l&rsquo;&eacute;coute au casque, l&rsquo;auditeur &eacute;prouve une ext&eacute;riorisation sonore totale, localisant pr&eacute;cis&eacute;ment des bruits de pas d&eacute;ambulant autour de lui ou le murmure d&rsquo;une voix se d&eacute;pla&ccedil;ant &agrave; quelques centim&egrave;tres de sa nuque.<\/p>\n<h3>9. Mesure et &eacute;valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;&eacute;valuation des fonctions binaurales n&eacute;cessite des protocoles m&eacute;thodologiques tr&egrave;s rigoureux, combinant des mesures psychophysiques fines et des &eacute;valuations &eacute;lectrophysiologiques objectives :<\/p>\n<p><strong>Le seuil diff&eacute;rentiel d&rsquo;ITD et d&rsquo;ILD :<\/strong> En laboratoire psychoacoustique sous &eacute;couteurs calibr&eacute;s, on d&eacute;termine la plus petite diff&eacute;rence de temps (JND, pour <em>Just Noticeable Difference<\/em>) ou d&rsquo;intensit&eacute; requise pour qu&rsquo;un sujet d&eacute;c&egrave;le un d&eacute;placement de l&rsquo;image sonore &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de sa bo&icirc;te cr&acirc;nienne (lat&eacute;ralisation). Chez un jeune adulte sain, ce seuil atteint fr&eacute;quemment 10 &agrave; 20 microsecondes pour l&rsquo;ITD et 0,5 &agrave; 1 d&eacute;cibel pour l&rsquo;ILD.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Angle Minimum Audible (MAA) :<\/strong> Mesur&eacute; en champ libre au sein d&rsquo;une chambre an&eacute;cho&iuml;que munie d&rsquo;une couronne de haut-parleurs dispos&eacute;s en arc de cercle. Le MAA quantifie le d&eacute;placement angulaire minimal n&eacute;cessaire entre deux stimuli successifs pour que l&rsquo;auditeur discrimine un changement de direction spatiale. Pour des sources situ&eacute;es directement en face &agrave; 0&deg; d&rsquo;azimut, le MAA oscille g&eacute;n&eacute;ralement entre 1&deg; et 2&deg;.<\/p>\n<p><strong>Le test BMLD (Binaural Masking Level Difference) :<\/strong> Utilis&eacute; en audiologie clinique avanc&eacute;e, ce test consiste &agrave; mesurer la diff&eacute;rence de d&eacute;tection d&rsquo;un son pur de 500 Hz noy&eacute; dans un bruit blanc selon que les deux oreilles re&ccedil;oivent le stimulus en phase (condition homophasique S0N0) ou avec une inversion de phase de 180 degr&eacute;s sur l&rsquo;une des oreilles (condition antiphasique S&pi;N0). Chez un individu au tronc c&eacute;r&eacute;bral int&egrave;gre, le seuil s&rsquo;am&eacute;liore spectaculairement de 12 &agrave; 15 dB en condition antiphasique, t&eacute;moignant de la bonne sant&eacute; des circuits de soustraction binaurale du complexe olivaire sup&eacute;rieur.<\/p>\n<p><strong>Potentiels &Eacute;voqu&eacute;s Auditifs du Tronc C&eacute;r&eacute;bral (PEATC \/ ABR) :<\/strong> L&rsquo;&eacute;lectrophysiologie permet de tracer les d&eacute;charges neuronales successives depuis le nerf auditif (onde I) jusqu&rsquo;au colliculus inf&eacute;rieur (onde V). La comparaison entre les potentiels g&eacute;n&eacute;r&eacute;s par stimulation unilat&eacute;rale et binaurale r&eacute;v&egrave;le une onde d&rsquo;interaction binaurale (Bint), issue de la soustraction alg&eacute;brique entre la r&eacute;ponse binaurale et la somme des deux r&eacute;ponses monaurales, objectivant l&rsquo;int&eacute;grit&eacute; structurelle de l&rsquo;olive sup&eacute;rieure.<\/p>\n<h3>10. Applications et port&eacute;e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploitation th&eacute;orique et technique des principes binauraux innerve de nombreux champs d&rsquo;application modernes :<\/p>\n<p><strong>Audioproth&egrave;ses et implants cochl&eacute;aires :<\/strong> La r&eacute;habilitation des personnes malentendantes privil&eacute;gie d&eacute;sormais l&rsquo;appareillage bilat&eacute;ral plut&ocirc;t qu&rsquo;unilat&eacute;ral. Les proth&egrave;ses modernes communiquent entre elles par liaisons radiofr&eacute;quences haute vitesse pour synchroniser leur gain et pr&eacute;server les indices ILD et ITD naturels que les algorithmes de compression dynamique risqueraient d&rsquo;alt&eacute;rer. Chez les personnes sourdes profondes, l&rsquo;implantation cochl&eacute;aire bilat&eacute;rale r&eacute;tablit partiellement la capacit&eacute; de localisation sonore et l&rsquo;intelligibilit&eacute; de la parole dans le bruit.<\/p>\n<p><strong>R&eacute;alit&eacute; virtuelle, jeux vid&eacute;o et m&eacute;tavers :<\/strong> Pour susciter un sentiment r&eacute;aliste d&rsquo;immersion ou de pr&eacute;sence dans un univers virtuel, le rendu acoustique ne peut &ecirc;tre une simple r&eacute;partition st&eacute;r&eacute;o gauche-droite. Les moteurs audio spatiaux int&egrave;grent des calculs temps r&eacute;el de convolution HRTF, simulant les r&eacute;flexions de la pi&egrave;ce et les positions relatives des sources par rapport aux mouvements c&eacute;phaliques capt&eacute;s par les capteurs gyroscopiques des casques de r&eacute;alit&eacute; virtuelle.<\/p>\n<p><strong>Ergonomie des cockpits et contr&ocirc;le a&eacute;rien :<\/strong> Dans les syst&egrave;mes d&rsquo;aviation militaire et civile avanc&eacute;s, les alertes sonores de proximit&eacute; et les communications radio avec diff&eacute;rents op&eacute;rateurs sont spatialis&eacute;es de mani&egrave;re binaurale dans le casque du pilote. Les signaux d&rsquo;alerte pointent virtuellement dans la direction physique exacte du danger, raccourcissant le temps de r&eacute;action cognitif de pr&egrave;s de 30 % par rapport &agrave; une alarme monophonique conventionnelle.<\/p>\n<p><strong>Bien-&ecirc;tre et neurosciences appliqu&eacute;es :<\/strong> L&rsquo;&eacute;mission de battements binauraux est abondamment exploit&eacute;e dans des protocoles de synchronisation des ondes c&eacute;r&eacute;brales visant &agrave; induire des &eacute;tats de relaxation (ondes alpha\/th&ecirc;ta) ou &agrave; stimuler la vigilance cognitive (ondes b&ecirc;ta\/gamma), bien que ce domaine demande une distinction rigoureuse entre efficacit&eacute; clinique d&eacute;montr&eacute;e et all&eacute;gations commerciales.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn&eacute;es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine consacr&eacute;e &agrave; l&rsquo;audition binaurale s&rsquo;articule autour de questions neurobiologiques fondamentales et d&rsquo;essais cliniques d&rsquo;envergure :<\/p>\n<p>Dans le domaine de la plasticit&eacute; neuronale, les travaux de Catherine Carr et Masakazu Konishi sur l&rsquo;organisation des circuits axonaux de la chouette effraie ont d&eacute;montr&eacute; comment la plasticit&eacute; d&eacute;veloppementale permet &agrave; l&rsquo;animal d&rsquo;adapter ses cartes spatiales auditives en fonction des modifications morphologiques subies par la t&ecirc;te au cours de sa croissance. Chez l&rsquo;&ecirc;tre humain, les &eacute;tudes dirig&eacute;es par Robert Zatorre et ses coll&egrave;gues de l&rsquo;Universit&eacute; McGill ont mis en lumi&egrave;re une asym&eacute;trie h&eacute;misph&eacute;rique fonctionnelle : si le cortex auditif gauche est privil&eacute;gi&eacute; pour la r&eacute;solution temporelle fine (particuli&egrave;rement adapt&eacute;e aux phon&egrave;mes du langage), le cortex auditif droit joue un r&ocirc;le dominant dans le traitement spectral et la repr&eacute;sentation spatiale binaurale &eacute;tendue.<\/p>\n<p>Concernant les battements binauraux et leur capacit&eacute; pr&eacute;sum&eacute;e &agrave; moduler l&rsquo;activit&eacute; &eacute;lectroenc&eacute;phalographique et les fonctions cognitives, les &eacute;tudes empiriques pr&eacute;sentent un tableau nuanc&eacute;. Une m&eacute;ta-analyse de r&eacute;f&eacute;rence men&eacute;e par Garcia-Argibay et al. (2019) a &eacute;valu&eacute; 22 &eacute;tudes exp&eacute;rimentales contr&ocirc;l&eacute;es, concluant &agrave; un effet mod&eacute;r&eacute; mais statistiquement significatif de l&rsquo;&eacute;coute de battements binauraux sur l&rsquo;am&eacute;lioration de la m&eacute;moire de travail, de l&rsquo;attention s&eacute;lective et la r&eacute;duction de l&rsquo;anxi&eacute;t&eacute; pr&eacute;op&eacute;ratoire. N&eacute;anmoins, d&rsquo;autres travaux conduits notamment par Chaieb et al. (2015) soulignent que le ph&eacute;nom&egrave;ne d&rsquo;entra&icirc;nement direct d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Onde_c%C3%A9r%C3%A9brale\">onde c&eacute;r&eacute;brale<\/a> &agrave; grande &eacute;chelle demeure variable selon les individus et fortement influenc&eacute; par l&rsquo;effet d&rsquo;attente (placebo perceptif).<\/p>\n<p>Sur le plan proth&eacute;tique, des recherches multicentriques (par exemple, Litovsky et al., 2006) ont d&eacute;montr&eacute; de fa&ccedil;on indiscutable que les enfants implant&eacute;s cochl&eacute;aires de mani&egrave;re bilat&eacute;rale pr&eacute;coce d&eacute;veloppent des capacit&eacute;s de localisation spatiale et une int&eacute;gration linguistique tr&egrave;s sup&eacute;rieures &agrave; celles d&rsquo;enfants appareill&eacute;s sur une seule oreille, confirmant l&rsquo;existence d&rsquo;une p&eacute;riode critique d&eacute;veloppementale pour la synaptogen&egrave;se des circuits binauraux du tronc c&eacute;r&eacute;bral.<\/p>\n<h3>12. Consid&eacute;rations culturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>Bien que les principes physiques et neurobiologiques sous-tendant l&rsquo;audition binaurale rel&egrave;vent de l&rsquo;universalit&eacute; biologique de l&rsquo;esp&egrave;ce humaine, la mani&egrave;re dont les individus d&eacute;ploient leur attention binaurale varie grandement en fonction de leurs &eacute;cosyst&egrave;mes culturels et environnementaux.<\/p>\n<p>Le concept de &laquo; paysage sonore &raquo; (<em>soundscape<\/em>), forg&eacute; par le compositeur et th&eacute;oricien canadien R. Murray Schafer, souligne la fa&ccedil;on dont les soci&eacute;t&eacute;s traditionnelles pr&eacute;industrielles d&eacute;veloppaient une acuit&eacute; spatiale binaurale orient&eacute;e sur de tr&egrave;s vastes p&eacute;rim&egrave;tres naturels. Les peuples nomades ou vivant en for&ecirc;t &eacute;quatoriale dense, o&ugrave; la visibilit&eacute; optique est r&eacute;duite &agrave; quelques m&egrave;tres, manifestent une d&eacute;pendance sensorielle critique &agrave; l&rsquo;audition binaurale pour cartographier leur environnement en temps r&eacute;el et localiser le gibier ou les pr&eacute;dateurs masqu&eacute;s par la v&eacute;g&eacute;tation.<\/p>\n<p>En revanche, dans les m&eacute;gapoles contemporaines caract&eacute;ris&eacute;es par une saturation sonore permanente et ubiquitaire, les habitants d&eacute;veloppent des strat&eacute;gies cognitives d&rsquo;att&eacute;nuation active de l&rsquo;attention binaurale. Cette tendance &agrave; &laquo; d&eacute;connecter &raquo; l&rsquo;&eacute;coute p&eacute;riph&eacute;rique pour pr&eacute;server l&rsquo;esprit d&rsquo;une surcharge cognitive est particuli&egrave;rement illustr&eacute;e par l&rsquo;usage massif de casques &agrave; r&eacute;duction active de bruit dans les transports urbains, qui recr&eacute;e artificiellement une bulle d&rsquo;isolation d&eacute;pourvue des rep&egrave;res spatiaux de l&rsquo;espace public.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d&eacute;bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr&eacute; les avanc&eacute;es remarquables de la psychoacoustique, l&rsquo;&eacute;tude de la binauralit&eacute; suscite des d&eacute;bats m&eacute;thodologiques et scientifiques soutenus :<\/p>\n<p><strong>La controverse des &laquo; drogues num&eacute;riques &raquo; et de l&rsquo;entra&icirc;nement c&eacute;r&eacute;bral :<\/strong> L&rsquo;un des d&eacute;rives commerciales les plus r&eacute;pandues r&eacute;side dans la promotion sur Internet de fichiers de battements binauraux pr&eacute;tendus capables d&rsquo;imiter l&rsquo;effet de stup&eacute;fiants, de gu&eacute;rir l&rsquo;insomnie ou de d&eacute;multiplier le quotient intellectuel. La communaut&eacute; neuroscientifique d&eacute;nonce r&eacute;guli&egrave;rement ces extrapolations d&eacute;nu&eacute;es de fondement empirique rigoureux. Si le battement binaural engendre bien une r&eacute;ponse de suivi de fr&eacute;quence (<em>Frequency Following Response<\/em>) &eacute;lectrique &agrave; petite &eacute;chelle dans le tronc c&eacute;r&eacute;bral, il ne modifie pas structurellement les r&eacute;seaux cortico-sous-corticaux &agrave; la mani&egrave;re d&rsquo;une substance pharmacologique.<\/p>\n<p><strong>La transf&eacute;rabilit&eacute; du mod&egrave;le de Jeffress aux mammif&egrave;res :<\/strong> Longtemps consid&eacute;r&eacute; comme le dogme universel de la localisation sonore, le mod&egrave;le de Jeffress des lignes &agrave; retard axonales et des d&eacute;tecteurs de co&iuml;ncidence fait l&rsquo;objet de vives contestations chez les sp&eacute;cialistes des mammif&egrave;res. Plusieurs &eacute;quipes de recherche soulignent l&rsquo;absence d&rsquo;organisation spatiale ordonn&eacute;e &eacute;vidente dans la MSO des primates et privil&eacute;gient le mod&egrave;le antagoniste de codage par taux de d&eacute;charge entre h&eacute;misph&egrave;res, entretenant une vive controverse &eacute;pist&eacute;mologique.<\/p>\n<p><strong>Limites de l&rsquo;&eacute;coute binaurale au casque (d&eacute;faut d&rsquo;ext&eacute;riorisation) :<\/strong> L&rsquo;un des &eacute;cueils fr&eacute;quents de la restitution sonore binaurale synth&eacute;tique r&eacute;side dans le ph&eacute;nom&egrave;ne de localisation intracr&acirc;nienne : l&rsquo;auditeur ne per&ccedil;oit pas le son comme provenant de l&rsquo;ext&eacute;rieur de sa t&ecirc;te, mais localise l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement au centre m&ecirc;me de son cr&acirc;ne. Ce d&eacute;faut d&rsquo;ext&eacute;riorisation d&eacute;coule de l&rsquo;utilisation de filtres HRTF standards non individualis&eacute;s et de l&rsquo;absence de micro-ajustements sonores li&eacute;s aux mouvements imperceptibles et naturels de la t&ecirc;te de l&rsquo;auditeur.<\/p>\n<h3>14. Termes associ&eacute;s et distinctions<\/h3>\n<p>Pour appr&eacute;hender rigoureusement le lexique de l&rsquo;acoustique et de la psychologie sensorielle, il convient de distinguer pr&eacute;cis&eacute;ment le concept binaural des notions p&eacute;riph&eacute;riques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Monaural :<\/strong> Relatif &agrave; une seule oreille. L&rsquo;audition monaurale ne dispose pas de diff&eacute;rentiels temporels ou d&rsquo;intensit&eacute; et doit s&rsquo;appuyer exclusivement sur les r&eacute;sonances spectrales du pavillon pour situer une source sonore.<\/li>\n<li><strong>Diotique :<\/strong> Mode de pr&eacute;sentation sonore dans lequel un signal acoustique rigoureusement identique en phase, en fr&eacute;quence et en amplitude est d&eacute;livr&eacute; simultan&eacute;ment aux deux oreilles.<\/li>\n<li><strong>Dichotique :<\/strong> Mode de pr&eacute;sentation dans lequel des signaux substantiellement dissemblables (par exemple, deux listes de mots diff&eacute;rents ou deux fr&eacute;quences &eacute;loign&eacute;es) sont adress&eacute;s simultan&eacute;ment et s&eacute;par&eacute;ment &agrave; chaque oreille, tr&egrave;s utilis&eacute; pour &eacute;tudier la lat&eacute;ralisation h&eacute;misph&eacute;rique c&eacute;r&eacute;brale du langage.<\/li>\n<li><strong>Binaural vs St&eacute;r&eacute;ophonique :<\/strong> La st&eacute;r&eacute;ophonie conventionnelle est optimis&eacute;e pour une diffusion par deux haut-parleurs dans un espace physique, visant &agrave; recr&eacute;er une sc&egrave;ne frontale entre les deux enceintes. Le format binaural est sp&eacute;cifiquement con&ccedil;u pour &ecirc;tre &eacute;cout&eacute; au casque, reproduisant fid&egrave;lement l&rsquo;exp&eacute;rience acoustique tridimensionnelle &agrave; 360 degr&eacute;s telle qu&rsquo;elle est capt&eacute;e par deux tympans humains r&eacute;els.<\/li>\n<li><strong>Holophonie :<\/strong> Marque d&eacute;pos&eacute;e et technique d&rsquo;enregistrement sonore immersif d&eacute;velopp&eacute;e dans les ann&eacute;es 1980 par Hugo Zuccarelli, consid&eacute;r&eacute;e sur le plan th&eacute;orique comme une d&eacute;clinaison propri&eacute;taire de l&rsquo;enregistrement binaural sur t&ecirc;te artificielle.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R&eacute;sum&eacute; et points cl&eacute;s<\/h3>\n<p>L&rsquo;audition binaurale incarne l&rsquo;int&eacute;gration synchrone des stimulations issues des deux appareils auditifs p&eacute;riph&eacute;riques par les centres nerveux c&eacute;r&eacute;braux. Elle transforme une dualit&eacute; de pressions m&eacute;caniques en un espace de repr&eacute;sentation spatialis&eacute; &agrave; haute r&eacute;solution.<\/p>\n<p>Ses ressorts fondamentaux reposent sur la compl&eacute;mentarit&eacute; de la diff&eacute;rence interaurale de temps (ITD, efficace pour les basses fr&eacute;quences) et de la diff&eacute;rence interaurale d&rsquo;intensit&eacute; (ILD, efficace pour les hautes fr&eacute;quences), trait&eacute;es avec une pr&eacute;cision microsecondaire au sein des noyaux de l&rsquo;olive sup&eacute;rieure du tronc c&eacute;r&eacute;bral.<\/p>\n<p>Ses b&eacute;n&eacute;fices fonctionnels s&rsquo;&eacute;tendent bien au-del&agrave; du simple rep&eacute;rage spatial : elle est la condition sine qua non de l&rsquo;effet cocktail party (d&eacute;masquage de la parole dans le bruit ambiant), am&eacute;liore la sensibilit&eacute; auditive globale par sommation binaurale et sous-tend l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;illusions fascinantes comme les battements binauraux.<\/p>\n<p>Ses retomb&eacute;es concr&egrave;tes transforment aujourd&rsquo;hui l&rsquo;audiologie proth&eacute;tique par le d&eacute;ploiement syst&eacute;matique d&rsquo;&eacute;quipements bilat&eacute;raux communicants, tout en constituant l&rsquo;infrastructure essentielle des environnements virtuels immersifs et de l&rsquo;audio spatialis&eacute; contemporain.<\/p>\n<h2>R&eacute;f&eacute;rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bregman, A. S. (1990). <em>Auditory Scene Analysis: The Perceptual Organization of Sound<\/em>. MIT Press.<\/li>\n<li>Chaieb, L., Wilpert, E. C., Reber, T. P., &amp; Fell, J. (2015). Auditory beat stimulation and its effects on cognition and mood states. <em>Frontiers in Psychiatry<\/em>, 6, 70. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fpsyt.2015.00070\">https:\/\/doi.org\/10.3389\/fpsyt.2015.00070<\/a><\/li>\n<li>Colburn, H. S., &amp; Durlach, N. I. (1978). Models of binaural interaction. Dans E. C. Carterette &amp; M. P. Friedman (Eds.), <em>Handbook of Perception<\/em> (Vol. 4, pp. 467-518). Academic Press.<\/li>\n<li>Garcia-Argibay, M., Santed, M. A., &amp; Reales, J. M. (2019). Efficacy of binaural auditory beats in cognition, anxiety, and pain perception: a meta-analysis. <em>Psychological Research<\/em>, 83(2), 357-372. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/s00426-018-1066-8\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/s00426-018-1066-8<\/a><\/li>\n<li>Grothe, B., Pecka, M., &amp; McAlpine, D. (2010). Mechanisms of sound localization in mammals. <em>Physiological Reviews<\/em>, 90(3), 983-1012. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1152\/physrev.00026.2009\">https:\/\/doi.org\/10.1152\/physrev.00026.2009<\/a><\/li>\n<li>Jeffress, L. A. (1948). A place theory of sound localization. <em>Journal of Comparative and Physiological Psychology<\/em>, 41(1), 35-39. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0061495\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0061495<\/a><\/li>\n<li>Litovsky, R. Y., Johnstone, P. M., &amp; Godar, S. P. (2006). Benefits of bilateral cochlear implants and support for early implant of the second ear. <em>Ear and Hearing<\/em>, 27(4), 372-385. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/01.aud.0000224101.42840.42\">https:\/\/doi.org\/10.1097\/01.aud.0000224101.42840.42<\/a><\/li>\n<li>Rayleigh, L. (1907). On our perception of sound direction. <em>Philosophical Magazine<\/em>, 13(74), 214-232. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/14786440709463595\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/14786440709463595<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;audition binaurale d\u00e9signe le traitement par le syst\u00e8me auditif central des informations per\u00e7ues par les deux oreilles, cl\u00e9 de la localisation spatiale et du d\u00e9masquage sonore.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,4562,647],"tags":[37030,37031,31380,2868,5217],"class_list":["post-22038","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-perception-sensorielle","category-psychologie-cognitive","tag-audition-binaurale","tag-battements-binauraux","tag-localisation-sonore","tag-neurophysiologie","tag-psychoacoustique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22038","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22038\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22038"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22038"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22038"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}