{"id":22027,"date":"2026-10-26T18:30:16","date_gmt":"2026-10-26T18:30:16","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=coordination-bimanuelle"},"modified":"2026-10-26T18:30:16","modified_gmt":"2026-10-26T18:30:16","slug":"coordination-bimanuelle","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=coordination-bimanuelle","title":{"rendered":"Coordination bimanuelle : Orchestrer nos mains"},"content":{"rendered":"<p>Capacit\u00e9 fondamentale du syst\u00e8me nerveux central, la coordination bimanuelle d\u00e9signe l&rsquo;aptitude \u00e0 organiser, synchroniser et moduler les actions motrices ex\u00e9cut\u00e9es simultan\u00e9ment par les deux membres sup\u00e9rieurs. Des gestes les plus \u00e9l\u00e9mentaires du quotidien, comme boutonner une chemise ou couper un aliment, jusqu&rsquo;aux prouesses virtuoses du pianiste ou du chirurgien, cette comp\u00e9tence engage un dialogue neurocomputationnel d&rsquo;une infinie complexit\u00e9 entre les deux h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux.<\/p>\n<h2>Coordination bimanuelle<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>coordination bimanuelle<\/strong> se d\u00e9finit en psychologie cognitive et en neurosciences motrices comme la capacit\u00e9 spatio-temporelle \u00e0 combiner et r\u00e9guler les mouvements simultan\u00e9s ou altern\u00e9s des deux membres sup\u00e9rieurs dans le but d&rsquo;accomplir une action dirig\u00e9e vers un objectif. Ce processus requiert l&rsquo;int\u00e9gration harmonieuse des flux d&rsquo;informations sensorielles, la planification motrice centralis\u00e9e et une communication interh\u00e9misph\u00e9rique constante.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, cette comp\u00e9tence d\u00e9passe la simple juxtaposition de deux trajectoires unimanuelles ind\u00e9pendantes. D\u00e8s lors que les deux bras ou mains sont sollicit\u00e9s simultan\u00e9ment, le syst\u00e8me moteur tend naturellement vers un couplage intrins\u00e8que puissant, tant sur le plan temporel que spatial. Le syst\u00e8me nerveux doit par cons\u00e9quent soit exploiter ces synergies naturelles \u2014 par exemple lors de mouvements sym\u00e9triques en miroir \u2014, soit inhiber activement ces tendances spontan\u00e9es au couplage afin de permettre des coordinations asym\u00e9triques hautement diff\u00e9renci\u00e9es, comme frotter une surface d&rsquo;une main tout en tapotant de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Ce contr\u00f4le dynamique repose sur un \u00e9quilibre subtil entre la coop\u00e9ration et l&rsquo;ind\u00e9pendance fonctionnelle des effecteurs. En psychophysiologie, la coordination bimanuelle est ainsi consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;un des mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux les plus f\u00e9conds pour analyser les m\u00e9canismes de l&rsquo;inhibition interh\u00e9misph\u00e9rique, la dynamique non lin\u00e9aire des patrons moteurs et la plasticit\u00e9 neuronale cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;apprentissage ou aux l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab bimanuelle \u00bb est un adjectif compos\u00e9 d\u00e9riv\u00e9 du pr\u00e9fixe latin <em>bi-<\/em> (signifiant \u00ab deux \u00bb ou \u00ab double \u00bb) et du substantif latin <em>manus<\/em> (qui d\u00e9signe la \u00ab main \u00bb), associ\u00e9 au suffixe adjectival <em>-alis<\/em> (\u00ab relatif \u00e0 \u00bb). Litt\u00e9ralement, il qualifie ce qui met en jeu les deux mains de concert. En primatologie et en anatomie compar\u00e9e, le terme a d&rsquo;abord servi \u00e0 qualifier la pr\u00e9hension ou l&rsquo;action technique mobilisant les deux membres ant\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Le vocable \u00ab coordination \u00bb trouve son origine dans le bas-latin <em>coordinatio<\/em>, form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>co-<\/em> (\u00ab avec \u00bb, \u00ab ensemble \u00bb) et du radical <em>ordinare<\/em> (\u00ab ordonner \u00bb, \u00ab disposer avec m\u00e9thode \u00bb). Il traduit litt\u00e9ralement l&rsquo;agencement m\u00e9thodique de plusieurs \u00e9l\u00e9ments distincts concourant \u00e0 un m\u00eame dessein ou fonctionnant au sein d&rsquo;une structure unifi\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression combin\u00e9e \u00ab coordination bimanuelle \u00bb (calqu\u00e9e sur l&rsquo;anglais <em>bimanual coordination<\/em>) a fait son entr\u00e9e formelle dans la litt\u00e9rature scientifique \u00e0 la fin du XIXe et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;impulsion des premiers physiologistes du contr\u00f4le moteur et des psychologues exp\u00e9rimentalistes qui cherchaient \u00e0 classifier les habilet\u00e9s praxiques et les contraintes biom\u00e9caniques des gestes humains.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement \/k\u0254.\u0254\u0281.di.na.sj\u0254\u0303 bi.ma.n\u0265\u025bl\/. Sur le plan morphosyntaxique, \u00ab coordination \u00bb est un nom commun f\u00e9minin singulier, et \u00ab bimanuelle \u00bb est un adjectif qualificatif f\u00e9minin accord\u00e9 en genre et en nombre avec le nom qu&rsquo;il d\u00e9termine (au pluriel : <em>coordinations bimanuelles<\/em>).<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et acad\u00e9mique, on rencontre parfois la variante synonymique \u00ab coordination intermanuelle \u00bb, bien que cette derni\u00e8re insiste davantage sur l&rsquo;interface relationnelle entre les deux mains que sur l&rsquo;action globale coordonn\u00e9e. Le terme s&#8217;emploie couramment au sein de syntagmes sp\u00e9cialis\u00e9s tels que \u00ab couplage bimanuel \u00bb, \u00ab synchronisation bimanuelle \u00bb, \u00ab t\u00e2che bimanuelle asym\u00e9trique \u00bb ou \u00ab interf\u00e9rence bimanuelle \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre la coordination bimanuelle exige de diss\u00e9quer l&rsquo;architecture du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Contr%C3%B4le_moteur\">contr\u00f4le moteur<\/a> humain. Chaque h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral exerce un contr\u00f4le pr\u00e9dominant sur la motricit\u00e9 de l&rsquo;h\u00e9micorps controlat\u00e9ral, principalement via les faisceaux du syst\u00e8me corticospinal pyramidal. L&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;une action bimanuelle impose donc que deux structures c\u00e9r\u00e9brales anatomiquement s\u00e9par\u00e9es g\u00e9n\u00e8rent des commandes motrices coordonn\u00e9es dans l&rsquo;espace et le temps avec une pr\u00e9cision de l&rsquo;ordre de la milliseconde.<\/p>\n<p>Cette coordination se heurte imm\u00e9diatement \u00e0 ce que les th\u00e9oriciens nomment le \u00ab probl\u00e8me des degr\u00e9s de libert\u00e9 \u00bb (\u00e9nonc\u00e9 initialement par Nikola\u00ef Bernstein). Puisque le corps humain dispose de dizaines d&rsquo;articulations et de centaines de muscles au niveau des membres sup\u00e9rieurs, le cerveau ne peut pas calculer ind\u00e9pendamment et en temps r\u00e9el chaque trajectoire isol\u00e9e. Pour r\u00e9duire cette charge de calcul colossale, le syst\u00e8me nerveux central assemble des \u00ab structures coordinatives \u00bb ou synergies musculaires, liant temporairement les effecteurs moteurs en une seule unit\u00e9 fonctionnelle.<\/p>\n<p>Ces synergies se traduisent par deux formes canoniques de couplage :<\/p>\n<p>D&rsquo;une part, le <strong>couplage temporel<\/strong> contraint les deux mains \u00e0 d\u00e9marrer, maintenir et terminer leurs mouvements selon une rythmique partag\u00e9e ou harmonique (par exemple, des ratios temporels simples de 1:1, ou plus difficilement 2:1 ou 3:2). Lorsque l&rsquo;on demande \u00e0 un sujet de d\u00e9placer une main rapidement vers une cible proche et l&rsquo;autre vers une cible lointaine, on observe une synchronisation involontaire des temps d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration maximale et des temps totaux d&rsquo;ex\u00e9cution, illustrant la force irr\u00e9sistible de cette contrainte temporelle centrale.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, le <strong>couplage spatial<\/strong> refl\u00e8te la tendance spontan\u00e9e des mains \u00e0 adopter des trajectoires homologues ou isomorphes. Les mouvements dits \u00ab en miroir \u00bb (mobilisant simultan\u00e9ment des muscles homologues, tels que les fl\u00e9chisseurs des deux poignets) constituent l&rsquo;attracteur moteur le plus stable du r\u00e9pertoire humain. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;ex\u00e9cution de trajectoires spatialement discordantes \u2014 par exemple dessiner simultan\u00e9ment un cercle avec la main gauche et un carr\u00e9 avec la main droite \u2014 provoque de violentes distorsions g\u00e9om\u00e9triques : le carr\u00e9 tend \u00e0 s&rsquo;arrondir et le cercle \u00e0 s&rsquo;ovaliser sous l&rsquo;effet du d\u00e9bordement informationnel interh\u00e9misph\u00e9rique (diaphonie motrice ou <em>neural cross-talk<\/em>).<\/p>\n<p>Sur le plan neural, cette dynamique n\u00e9cessite une coordination intime entre le cortex moteur primaire (M1), le cortex pr\u00e9moteur (PM), l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire (SMA), les ganglions de la base et le cervelet. L&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire joue un r\u00f4le de chef d&rsquo;orchestre dans l&rsquo;agencement temporel des s\u00e9quences bimanuelles, tandis que le cervelet garantit l&rsquo;ajustement pr\u00e9dictif et la correction sensorimotrice fine en boucle ferm\u00e9e et ouverte.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude syst\u00e9matique de la coordination bimanuelle s&rsquo;enracine dans la neurologie clinique du tournant du XXe si\u00e8cle. Sir Charles Sherrington, dans ses travaux s\u00e9minaux sur les r\u00e9flexes et l&rsquo;int\u00e9gration du syst\u00e8me nerveux, s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re dont l&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque permettait la locomotion coordonn\u00e9e des membres oppos\u00e9s. Cependant, la sp\u00e9cificit\u00e9 des membres sup\u00e9rieurs humains, \u00e9mancip\u00e9s de la contrainte locomotrice, a rapidement suscit\u00e9 des interrogations distinctes relatives \u00e0 la cognition et \u00e0 l&rsquo;apraxie.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1930 \u00e0 1950, le physiologiste sovi\u00e9tique Nikola\u00ef Bernstein r\u00e9volutionne la biom\u00e9canique en d\u00e9montrant que le mouvement n&rsquo;est pas une simple cha\u00eene de r\u00e9flexes conditionn\u00e9s, mais une r\u00e9gulation active de forces internes et externes. Ses analyses cin\u00e9matiques des gestes de forgeage et d&rsquo;usinage bimanuel mettent en lumi\u00e8re la flexibilit\u00e9 des coordinations et la recherche constante de synergies \u00e9conomiques par le syst\u00e8me nerveux.<\/p>\n<p>Une rupture majeure intervient dans les ann\u00e9es 1960 avec les travaux de Roger Sperry et Michael Gazzaniga sur les patients ayant subi une commissurotomie chirurgicale (patients dits \u00e0 \u00ab cerveau divis\u00e9 \u00bb ou <em>split-brain<\/em>). La section th\u00e9rapeutique du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Corps_calleux\">corps calleux<\/a> a mis en \u00e9vidence le r\u00f4le indispensable de cette structure dans le transfert d&rsquo;informations bimanuel. \u00c9tonnamment, ces patients devenaient capables de r\u00e9aliser des t\u00e2ches asym\u00e9triques spatiales (comme dessiner deux figures distinctes en m\u00eame temps) sans interf\u00e9rence, r\u00e9v\u00e9lant que le couplage bimanuel est en grande partie impos\u00e9 par la diaphonie calleuse.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1980, le biophysicien et neuroscientifique Scott Kelso introduit les principes des syst\u00e8mes dynamiques non lin\u00e9aires dans l&rsquo;\u00e9tude motrice. Par ses c\u00e9l\u00e8bres exp\u00e9riences sur l&rsquo;oscillation des index, Kelso d\u00e9montre que la coordination bimanuelle ob\u00e9it aux lois de l&rsquo;auto-organisation physique, caract\u00e9ris\u00e9e par des \u00e9tats d&rsquo;\u00e9quilibre (attracteurs) et des transitions de phase soudaines sous l&rsquo;effet de contraintes temporelles.<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 2000, l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf), de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie \u00e0 haute densit\u00e9 et de la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS) \u2014 men\u00e9es notamment par des chercheurs comme Stephan Swinnen \u2014 a permis de cartographier avec une r\u00e9solution in\u00e9dite les r\u00e9seaux corticaux et sous-corticaux qui soutiennent l&rsquo;apprentissage et le d\u00e9saccouplement bimanuel chez l&rsquo;humain sain et c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La coordination bimanuelle est analys\u00e9e \u00e0 travers plusieurs paradigmes th\u00e9oriques majeurs qui, loin de s&rsquo;exclure mutuellement, \u00e9clairent des niveaux d&rsquo;organisation compl\u00e9mentaires du syst\u00e8me nerveux :<\/p>\n<p>Le <strong>mod\u00e8le HKB<\/strong> (<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Haken-Kelso-Bunz_model\">Haken-Kelso-Bunz<\/a>), issu de la th\u00e9orie des syst\u00e8mes dynamiques et de la synergetique, constitue sans doute le cadre math\u00e9matique et conceptuel le plus influent. Formul\u00e9 en 1985 par Hermann Haken, Scott Kelso et Heinrich Bunz, ce mod\u00e8le d\u00e9crit la coordination de deux oscillateurs (par exemple, les index en mouvement de va-et-vient) \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une variable collective appel\u00e9e phase relative (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"phi\">$phi$<\/span>). Le mod\u00e8le d\u00e9montre que seuls deux \u00e9tats stables existent spontan\u00e9ment : la coordination \u00ab en phase \u00bb (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\phi = 0^circ\">$\\phi = 0^circ$<\/span>, contraction sym\u00e9trique de muscles homologues) et la coordination \u00ab en antiphase \u00bb (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\phi = 180^circ\">$\\phi = 180^circ$<\/span>, mouvements altern\u00e9s dans la m\u00eame direction spatiale). Lorsque la fr\u00e9quence du mouvement augmente au-del\u00e0 d&rsquo;un seuil critique, le patron en antiphase perd sa stabilit\u00e9 et bascule involontairement vers le patron en phase, illustrant une bifurcation non lin\u00e9aire universelle.<\/p>\n<p>La <strong>th\u00e9orie du traitement de l&rsquo;information et du programme moteur g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9<\/strong> (d\u00e9velopp\u00e9e par Richard Schmidt) propose une explication computationnelle. Selon ce paradigme, le syst\u00e8me nerveux central envoie un programme moteur unifi\u00e9 contenant des invariants (comme la structure temporelle relative) aux deux membres. L&rsquo;interf\u00e9rence observ\u00e9e lors de mouvements asym\u00e9triques r\u00e9sulte d&rsquo;une limitation des ressources attentionnelles et de l&rsquo;incapacit\u00e9 du syst\u00e8me ex\u00e9cutif central \u00e0 formuler simultan\u00e9ment deux sp\u00e9cifications param\u00e9triques divergentes pour un m\u00eame module d&rsquo;action.<\/p>\n<p>Le <strong>mod\u00e8le de diaphonie neuronale<\/strong> (<em>neural cross-talk hypothesis<\/em>) postule quant \u00e0 lui que des copies des commandes motrices destin\u00e9es \u00e0 un membre traversent le corps calleux et viennent \u00ab polluer \u00bb le cortex moteur de l&rsquo;autre h\u00e9misph\u00e8re. Ce bruit informationnel interh\u00e9misph\u00e9rique contraint les effecteurs \u00e0 converger vers des mouvements similaires, sauf si des m\u00e9canismes inhibiteurs puissants (exerc\u00e9s notamment par les aires pr\u00e9motrices et pr\u00e9frontales) viennent filtrer ou supprimer cette diffusion ind\u00e9sirable de signaux.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La diversit\u00e9 des habilet\u00e9s bimanuelles peut \u00eatre classifi\u00e9e selon plusieurs axes dimensionnels et fonctionnels :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Coordination sym\u00e9trique (en miroir) :<\/strong> Mobilisation simultan\u00e9e et synchrone de groupes musculaires homologues dans des directions oppos\u00e9es par rapport au plan sagittal du corps (ex. : applaudir, ouvrir les deux bras en m\u00eame temps). C&rsquo;est le mode le plus robuste, le moins co\u00fbteux sur le plan attentionnel et le plus r\u00e9sistant \u00e0 la fatigue.<\/li>\n<li><strong>Coordination parall\u00e8le (isodirectionnelle) :<\/strong> D\u00e9placement simultan\u00e9 des deux membres dans la m\u00eame direction spatiale absolue (ex. : pointer vers la droite avec les deux index en m\u00eame temps). Ce mode implique la contraction de muscles anatomiquement non homologues (les extenseurs d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les fl\u00e9chisseurs de l&rsquo;autre).<\/li>\n<li><strong>Coordination asym\u00e9trique diff\u00e9renci\u00e9e :<\/strong> Ex\u00e9cution d&rsquo;actions totalement distinctes et compl\u00e9mentaires par chaque main. L&rsquo;une des mains assure g\u00e9n\u00e9ralement un r\u00f4le de stabilisation posturale ou de maintien spatial, tandis que l&rsquo;autre r\u00e9alise une action focale manipulatrice (mod\u00e8le de pr\u00e9pond\u00e9rance bimanuelle de Guiard).<\/li>\n<li><strong>Couplage isochrone vs h\u00e9t\u00e9rochrone :<\/strong> Le couplage isochrone repose sur une fr\u00e9quence identique (ratio 1:1), alors que le couplage h\u00e9t\u00e9rochrone impose des rythmes polyrythmiques complexes (ratios 2:3, 3:4), exigeant un d\u00e9saccouplement temporel et une forte expertise cognitive et motrice.<\/li>\n<li><strong>Coordination discr\u00e8te vs continue :<\/strong> Les gestes continus (comme tourner deux manivelles ou pagayer) permettent l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une dynamique oscillatoire stable, tandis que les mouvements discrets (comme frapper une s\u00e9quence de touches au clavier) sollicitent une planification s\u00e9quentielle intermittente et un contr\u00f4le visuel feedback plus strict.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la vari\u00e9t\u00e9 et les d\u00e9fis de la coordination bimanuelle, plusieurs sc\u00e9narios concrets m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre examin\u00e9s :<\/p>\n<p><strong>La pratique instrumentale du violon :<\/strong> Le violoniste illustre l&rsquo;arch\u00e9type de la coordination asym\u00e9trique hautement diff\u00e9renci\u00e9e. La main gauche soutient le manche et modifie la longueur vibrante des cordes par des pressions digitales rapides, discr\u00e8tes, asynchrones et d&rsquo;une pr\u00e9cision millim\u00e9trique, tandis que le membre sup\u00e9rieur droit conduit l&rsquo;archet dans un mouvement continu, fluide, balistique et modul\u00e9 en pression. Ces deux flux moteurs diam\u00e9tralement oppos\u00e9s doivent pourtant fusionner au sein d&rsquo;une m\u00e9trique temporelle commune r\u00e9gie par l&rsquo;audition et l&rsquo;intention musicale.<\/p>\n<p><strong>La t\u00e2che quotidienne d&rsquo;\u00e9plucher un fruit :<\/strong> Dans cette action de la vie courante d\u00e9crite par le mod\u00e8le cin\u00e9matique d&rsquo;Yves Guiard, la main non dominante adopte une fonction de cadre de r\u00e9f\u00e9rence spatial : elle saisit le fruit, l&rsquo;oriente continuellement dans l&rsquo;espace tridimensionnel et ajuste sa posture selon des mouvements lents et macroscopiques. La main dominante ex\u00e9cute l&rsquo;action manipulatrice fine, guidant l&rsquo;\u00e9conome avec des trajectoires courtes, pr\u00e9cises et rapides. Il ne s&rsquo;agit pas de deux actions ind\u00e9pendantes, mais d&rsquo;une relation coop\u00e9rative hi\u00e9rarchique.<\/p>\n<p><strong>Le test de dissociation sensorimotrice \u00ab tapoter-frotter \u00bb :<\/strong> Tenter de tapoter sa t\u00eate d&rsquo;une main tout en frottant son ventre de mani\u00e8re circulaire avec l&rsquo;autre constitue l&rsquo;illustration la plus accessible du conflit d&rsquo;attraction motrice. Le sujet na\u00eff voit rapidement sa main circulaire se mettre \u00e0 tapoter ou, inversement, sa main tapotante esquisser des mouvements rotatifs. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9montre l&rsquo;effort d&rsquo;inhibition active que le cortex frontal doit d\u00e9ployer pour dissocier deux programmes moteurs concurrents.<\/p>\n<p><strong>Le comportement des patients avec un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_d%C3%A9connexion_interh%C3%A9misph%C3%A9rique\">syndrome de d\u00e9connexion interh\u00e9misph\u00e9rique<\/a> :<\/strong> Chez un individu ayant subi une r\u00e9section du corps calleux, l&rsquo;observateur rel\u00e8ve parfois le \u00ab signe de la main \u00e9trang\u00e8re \u00bb ou un conflit bimanuel : pendant qu&rsquo;une main d\u00e9boutonne une veste, l&rsquo;autre la reboutonne spontan\u00e9ment. Priv\u00e9s de la communication inhibitrice et r\u00e9gulatrice transcalleuse, chaque h\u00e9misph\u00e8re peut d\u00e9clencher un programme d&rsquo;action propre en r\u00e9ponse aux stimuli visuels de l&rsquo;environnement, sans n\u00e9gociation centralis\u00e9e.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration clinique et scientifique de la coordination bimanuelle fait appel \u00e0 une diversit\u00e9 de paradigmes standardis\u00e9s, allant d&rsquo;instruments psychom\u00e9triques \u00e0 des dispositifs cin\u00e9matiques de haute technologie :<\/p>\n<p>En laboratoire de biom\u00e9canique et de neurosciences, la t\u00e2che de r\u00e9f\u00e9rence demeure la <strong>t\u00e2che d&rsquo;oscillation circulaire ou lin\u00e9aire bimanuelle<\/strong>. Les participants manipulent deux leviers ou deux manivelles \u00e9quip\u00e9s d&rsquo;encodeurs optiques angulaires ou utilisent des tablettes graphiques num\u00e9ris\u00e9es (t\u00e2che des cercles de Franz). Ces dispositifs mesurent avec une pr\u00e9cision temporelle inf\u00e9rieure \u00e0 la milliseconde des variables cardinales : la phase relative continue (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"phi\">$phi$<\/span>), l&rsquo;\u00e9cart-type de la phase relative (qui \u00e9value la stabilit\u00e9 de la coordination) et le d\u00e9calage temporel moyen (<em>phase lag<\/em>).<\/p>\n<p>En neuropsychologie clinique et en ergoth\u00e9rapie, plusieurs batteries standardis\u00e9es int\u00e8grent des sous-\u00e9preuves bimanuelles :<\/p>\n<ul>\n<li>Le <em>Purdue Pegboard Test<\/em> : \u00e9value la dext\u00e9rit\u00e9 digitale unilat\u00e9rale puis bimanuelle \u00e0 travers l&rsquo;insertion simultan\u00e9e de chevilles m\u00e9talliques dans des orifices \u00e9talonn\u00e9s en un temps imparti.<\/li>\n<li>La <em>Bruininks-Oseretsky Test of Motor Proficiency<\/em> (BOT-2) : fr\u00e9quemment utilis\u00e9e en p\u00e9diatrie pour diagnostiquer les troubles de la coordination motrice, mesurant la synchronisation des mains et des pieds.<\/li>\n<li>Le <em>Jebsen-Taylor Hand Function Test<\/em> : teste la r\u00e9alisation de t\u00e2ches utilitaires simul\u00e9es, incluant des manipulations combin\u00e9es des membres sup\u00e9rieurs.<\/li>\n<li>L&rsquo;<em>Assisting Hand Assessment<\/em> (AHA) : \u00e9chelle d&rsquo;observation standardis\u00e9e sp\u00e9cifiquement con\u00e7ue pour \u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9 avec laquelle la main affect\u00e9e intervient spontan\u00e9ment dans les activit\u00e9s bimanuelles chez les enfants atteints d&rsquo;h\u00e9mipl\u00e9gie c\u00e9r\u00e9brale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation est compl\u00e9t\u00e9e sur le plan neurophysiologique par la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne \u00e0 double impulsion (permettant de mesurer le temps d&rsquo;inhibition interh\u00e9misph\u00e9rique transcalleuse) et par l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie lors de t\u00e2ches rythm\u00e9es, afin de traquer la coh\u00e9rence cortico-corticale entre les aires motrices des deux h\u00e9misph\u00e8res.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La ma\u00eetrise et la restauration de la coordination bimanuelle poss\u00e8dent des implications cruciales dans de multiples domaines appliqu\u00e9s :<\/p>\n<p><strong>R\u00e9\u00e9ducation neurologique post-AVC :<\/strong> Apr\u00e8s un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, l&rsquo;h\u00e9mipar\u00e9sie compromet lourdement l&rsquo;autonomie du patient. Si la th\u00e9rapie par contrainte induite a longtemps privil\u00e9gi\u00e9 l&rsquo;entra\u00eenement intensif du seul membre l\u00e9s\u00e9, la r\u00e9\u00e9ducation bimanuelle intensive (telle que le protocole HABIT \u2014 <em>Hand-Arm Bimanual Intensive Therapy<\/em>) a d\u00e9montr\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices th\u00e9rapeutiques majeurs. En exploitant les couplages neuronaux pr\u00e9serv\u00e9s, les mouvements sym\u00e9triques du membre sain peuvent faciliter l&rsquo;activation du r\u00e9seau moteur de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re l\u00e9s\u00e9 et stimuler la neuroplasticit\u00e9 par le biais d&rsquo;un recrutement bi-h\u00e9misph\u00e9rique coordonn\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Chirurgie de pointe et t\u00e9l\u00e9manipulation :<\/strong> La laparoscopie mini-invasive et la chirurgie robot-assist\u00e9e exigent une coordination asym\u00e9trique de tr\u00e8s haut niveau dans un environnement visuel bidimensionnel invers\u00e9. Les chirurgiens doivent manipuler une cam\u00e9ra ou \u00e9carter un tissu d&rsquo;une main tout en diss\u00e9quant ou suturant de l&rsquo;autre avec une extr\u00eame minutie. Les programmes de formation sur simulateur consacrent des dizaines d&rsquo;heures au d\u00e9couplage perceptivo-moteur bimanuel pour minimiser les erreurs op\u00e9ratoires.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9veloppement p\u00e9diatrique et r\u00e9\u00e9ducation des troubles neurod\u00e9veloppementaux :<\/strong> Chez l&rsquo;enfant pr\u00e9sentant un trouble d\u00e9veloppemental de la coordination (TDC ou dyspraxie), l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 dissocier ou \u00e0 associer harmonieusement les deux mains entra\u00eene des \u00e9checs patents dans les gestes d&rsquo;habillage, le d\u00e9coupage au ciseau et l&rsquo;\u00e9criture. Les ergoth\u00e9rapeutes structurent des interventions orient\u00e9es vers la t\u00e2che visant \u00e0 restaurer la confiance motrice et \u00e0 automatis\u00e9 les postures de stabilisation bimanuelle.<\/p>\n<p><strong>Performance sportive et musicale :<\/strong> Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de recevoir un ballon de basket, de nager la brasse, de jouer de la batterie ou d&rsquo;ex\u00e9cuter un revers \u00e0 deux mains au tennis, la performance athl\u00e9tique repose sur la capacit\u00e9 \u00e0 alterner instantan\u00e9ment entre couplages rigides et d\u00e9couplages souples sous forte contrainte de pression temporelle et de charge cardiovasculaire.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;investigation moderne de la coordination bimanuelle apporte des donn\u00e9es \u00e9clairantes sur la dynamique de l&rsquo;inhibition interh\u00e9misph\u00e9rique et de la plasticit\u00e9 motrice :<\/p>\n<p>Les travaux conduits par Stephan Swinnen et ses collaborateurs au laboratoire de contr\u00f4le moteur de la KU Leuven ont apport\u00e9 la preuve formelle que l&rsquo;apprentissage d&rsquo;un nouveau patron bimanuel complexe (par exemple, un ratio de fr\u00e9quence 2:1 ou un d\u00e9phasage continu de 90\u00b0) correspond \u00e0 une r\u00e9organisation c\u00e9r\u00e9brale profonde. Au d\u00e9but de l&rsquo;apprentissage, on observe une suractivation massive du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral, de l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire et du cortex pari\u00e9tal post\u00e9rieur, t\u00e9moignant d&rsquo;une surveillance cognitive intense. Au fur et \u00e0 mesure que la t\u00e2che s&rsquo;automatise, l&rsquo;activit\u00e9 se concentre s\u00e9lectivement au sein des circuits sous-corticaux (noyaux gris centraux et n\u00e9ocervelet), lib\u00e9rant les ressources d&rsquo;attention visuelle et cognitive.<\/p>\n<p>En outre, les neuroscientifiques ont explor\u00e9 le r\u00f4le crucial du corps calleux dans les effets du vieillissement. Les \u00e9tudes en imagerie par tenseur de diffusion (DTI) r\u00e9v\u00e8lent qu&rsquo;avec l&rsquo;avanc\u00e9e en \u00e2ge, la d\u00e9gradation structurelle de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la substance blanche calleuse (diminution de l&rsquo;anisotropie fractionnelle) est directement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 l&rsquo;augmentation de l&rsquo;interf\u00e9rence bimanuelle. Les personnes \u00e2g\u00e9es \u00e9prouvent une difficult\u00e9 accrue \u00e0 stabiliser des mouvements asynchrones en raison d&rsquo;une diminution du pouvoir inhibiteur transcalleux, conduisant \u00e0 des synchronisations parasites et involontaires.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres s\u00e9ries d&rsquo;exp\u00e9riences bas\u00e9es sur la stimulation transcr\u00e2nienne \u00e0 courant continu (tDCS) ont prouv\u00e9 que la modulation cibl\u00e9e de l&rsquo;excitabilit\u00e9 de l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire peut acc\u00e9l\u00e9rer l&rsquo;acquisition de coordinations asym\u00e9triques en facilitant la suppression des synergies sym\u00e9triques natives.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que les contraintes neurophysiologiques et biom\u00e9caniques de la coordination bimanuelle soient universelles pour l&rsquo;ensemble de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, la mani\u00e8re dont ces comp\u00e9tences sont sollicit\u00e9es, valoris\u00e9es et fa\u00e7onn\u00e9es varie sensiblement selon les cultures mat\u00e9rielles et les pratiques \u00e9ducatives :<\/p>\n<p>L&rsquo;utilisation d&rsquo;outils traditionnels offre un panorama riche en contrastes : l&rsquo;usage s\u00e9culaire des baguettes pour s&rsquo;alimenter en Asie de l&rsquo;Est requiert une dissociation bimanuelle subtile entre la main manipulant les baguettes et l&rsquo;autre soutenant le bol, une dynamique motrice fort diff\u00e9rente de la r\u00e9partition sym\u00e9trique et synchronis\u00e9e impos\u00e9e par l&rsquo;usage conjoint du couteau et de la fourchette dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales.<\/p>\n<p>De m\u00eame, la typologie des instruments de musique traditionnels refl\u00e8te des modulations culturelles passionnantes. Les traditions percussives africaines ou afro-cubaines valorisent l&rsquo;apprentissage oral pr\u00e9coce de polyrythmies corporelles et bimanuelle d&rsquo;une complexit\u00e9 vertigineuse (des ratios h\u00e9t\u00e9rochrones 3:2 ou 4:3 ma\u00eetris\u00e9s intuitivement d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge), remettant en cause l&rsquo;id\u00e9e que certaines coordinations asym\u00e9triques constituent un plafond ind\u00e9passable sans formation formelle solf\u00e9gique.<\/p>\n<p>Enfin, la pression socioculturelle exerc\u00e9e historiquement \u00e0 l&rsquo;encontre des personnes gauch\u00e8res (contrainte d&rsquo;utiliser imp\u00e9rativement la main droite pour l&rsquo;\u00e9criture ou les salutations dans de multiples cultures) a souvent contraint des individus g\u00e9n\u00e9tiquement gauchers \u00e0 d\u00e9velopper un bimanualisme fonctionnel adaptatif contraint, modifiant l&rsquo;architecture de leur dominance h\u00e9misph\u00e9rique et leur flexibilit\u00e9 bimanuelle ult\u00e9rieure.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 les avanc\u00e9es remarquables des neurosciences motrices, le champ de la coordination bimanuelle reste travers\u00e9 par plusieurs controverses th\u00e9oriques non r\u00e9solues :<\/p>\n<p>Le principal d\u00e9bat oppose historiquement l&rsquo;approche computationnelle\/cognitiviste et l&rsquo;approche dynamique\/\u00e9cologique. Les tenants de la dynamique non lin\u00e9aire soutiennent que les transitions motrices (comme le basculement d&rsquo;antiphase vers la phase) s&rsquo;expliquent exclusivement par l&rsquo;auto-organisation physique des oscillateurs non lin\u00e9aires coupl\u00e9s, rendant superflu le recours \u00e0 des concepts tels que la \u00ab repr\u00e9sentation mentale \u00bb ou le \u00ab programme moteur \u00bb. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les cognitivistes r\u00e9pliquent que cette mod\u00e9lisation physique omet le r\u00f4le d\u00e9terminant des intentions motrices, de l&rsquo;imagerie mentale et des repr\u00e9sentations conceptuelles de l&rsquo;action, soulignant que modifier le focus attentionnel d&rsquo;un individu ou lui fournir un feedback visuel transform\u00e9 en temps r\u00e9el suffit \u00e0 contourner instantan\u00e9ment les limites dynamiques dites infranchissables.<\/p>\n<p>Un autre point de discorde concerne la localisation exacte du goulot d&rsquo;\u00e9tranglement de l&rsquo;interf\u00e9rence bimanuelle. Se situe-t-il au niveau de la planification centrale (dans les aires frontales sup\u00e9rieures), au niveau du transfert d&rsquo;information calleux (diaphonie transcalleuse), ou d\u00e9coule-t-il directement de r\u00e9troactions aff\u00e9rentes spinales et de contraintes biom\u00e9caniques p\u00e9riph\u00e9riques ? La litt\u00e9rature actuelle sugg\u00e8re une cascade hi\u00e9rarchique distribu\u00e9e, mais le poids relatif de chaque niveau selon la nature de la t\u00e2che (discr\u00e8te ou continue, guid\u00e9e visuellement ou proprioceptivement) fait toujours l&rsquo;objet d&rsquo;intenses discussions.<\/p>\n<p>Enfin, une limite m\u00e9thodologique fr\u00e9quente r\u00e9side dans la transf\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9cologique des r\u00e9sultats de laboratoire. Les dispositifs classiques de type manivelles et tapotements digitaux oscillatoires, bien que rigoureusement contr\u00f4l\u00e9s, capturent imparfaitement la richesse et la variabilit\u00e9 tridimensionnelle des interactions bimanuelle complexes de la vie quotidienne.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour cerner rigoureusement la coordination bimanuelle, il convient de la distinguer de notions conceptuellement proches mais distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dext\u00e9rit\u00e9 bimanuelle :<\/strong> Qualifie le niveau de pr\u00e9cision, de rapidit\u00e9 et d&rsquo;habilet\u00e9 fine atteint lors de l&rsquo;usage combin\u00e9 des mains (dimension de performance et de qualit\u00e9 du geste), tandis que la <em>coordination bimanuelle<\/em> renvoie au m\u00e9canisme organisationnel et dynamique d&rsquo;assemblage des effecteurs, ind\u00e9pendamment du niveau d&rsquo;expertise finale.<\/li>\n<li><strong>Lat\u00e9ralit\u00e9 manuelle :<\/strong> Pr\u00e9f\u00e9rence ou sup\u00e9riorit\u00e9 motrice syst\u00e9matique d&rsquo;une main (droite ou gauche) par rapport \u00e0 l&rsquo;autre pour l&rsquo;accomplissement de gestes unilat\u00e9raux. La coordination bimanuelle s&rsquo;appuie sur la lat\u00e9ralit\u00e9 (notamment dans la r\u00e9partition asym\u00e9trique des r\u00f4les d\u00e9crite par Guiard), mais elle \u00e9tudie la synergie entre les deux membres plut\u00f4t que leur sup\u00e9riorit\u00e9 relative.<\/li>\n<li><strong>Mouvements en miroir pathologiques (syncin\u00e9sies bimanuelle) :<\/strong> Persistance anormale ou r\u00e9apparition involontaire de contractions sym\u00e9triques controlat\u00e9rales lors de l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un mouvement unimanuel unilat\u00e9ral volontaire. Alors que la coordination bimanuelle r\u00e9sulte d&rsquo;un acte coordonn\u00e9 volontaire, la syncin\u00e9sie traduit un d\u00e9faut de maturation ou une l\u00e9sion des m\u00e9canismes d&rsquo;inhibition transcalleuse.<\/li>\n<li><strong>Coordination inter-membres (locomotion) :<\/strong> Coordination globale engageant les membres sup\u00e9rieurs et inf\u00e9rieurs (ex. : la marche, la course ou la natation). La coordination bimanuelle se restreint sp\u00e9cifiquement au couplage proximal et distal des deux segments sup\u00e9rieurs, \u00e9mancip\u00e9s du cycle locomoteur st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 chez l&rsquo;humain.<\/li>\n<li><strong>Apraxie bimanuelle :<\/strong> Trouble neuropsychologique acquis du geste caract\u00e9ris\u00e9 par la perte s\u00e9lective de l&rsquo;aptitude \u00e0 organiser harmonieusement des sch\u00e9mas d&rsquo;action bimanuelle familiers, en l&rsquo;absence de d\u00e9ficit sensoriel ou paralytique \u00e9l\u00e9mentaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La coordination bimanuelle repr\u00e9sente un sommet d&rsquo;int\u00e9gration sensorimotrice et cognitive au sein du r\u00e9pertoire comportemental humain :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle exige une harmonisation permanente entre la communication transcalleuse et les commandes motrices issues des deux h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux, r\u00e9gul\u00e9e par le cortex moteur, l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire, le cervelet et les ganglions de la base.<\/li>\n<li>Deux attracteurs stables universels dominent le couplage bimanuel spontan\u00e9 : le mode sym\u00e9trique \u00ab en phase \u00bb (le plus stable) et le mode alternatif \u00ab en antiphase \u00bb (qui tend \u00e0 basculer vers le mode en phase \u00e0 haute vitesse motrice).<\/li>\n<li>Le mod\u00e8le de pr\u00e9pond\u00e9rance bimanuelle illustre la compl\u00e9mentarit\u00e9 asym\u00e9trique fonctionnelle au quotidien : la main non dominante stabilise et cadre l&rsquo;environnement tandis que la main dominante r\u00e9alise l&rsquo;action manipulatrice focale.<\/li>\n<li>Les interf\u00e9rences observ\u00e9es lors de mouvements bimanualis\u00e9s discordants d\u00e9coulent \u00e0 la fois de contraintes dynamiques physiques (mod\u00e8le HKB) et d&rsquo;un couplage informationnel interh\u00e9misph\u00e9rique (diaphonie motrice).<\/li>\n<li>L&rsquo;entra\u00eenement bimanuel constitue un levier th\u00e9rapeutique central pour la neuror\u00e9habilitation des patients post-AVC (notamment \u00e0 travers des protocoles comme HABIT) et la prise en charge des dyspraxies chez l&rsquo;enfant.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bernstein, N. A. (1967). <em>The co-ordination and regulation of movements<\/em>. Pergamon Press.<\/li>\n<li>Franz, E. A., Zelaznik, H. N., &amp; Mark, S. T. (1991). Spatial and temporal features of bimanual coordination: Decrements associated with performance of disparate movements. <em>Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance<\/em>, 17(1), 224\u2013233. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/2030288\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/2030288\/<\/a><\/li>\n<li>Guiard, Y. (1987). Asymmetric division of labor in human skilled bimanual action: The kinematic chain model. <em>Journal of Motor Behavior<\/em>, 19(4), 486\u2013517. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/15041577\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/15041577\/<\/a><\/li>\n<li>Kelso, J. A. S. (1984). Phase transitions and critical behavior in human bimanual coordination. <em>American Journal of Physiology-Regulatory, Integrative and Comparative Physiology<\/em>, 246(6), R1000\u2013R1004. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/6742155\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/6742155\/<\/a><\/li>\n<li>Swinnen, S. P. (2002). Intermanual coordination: From behavioural principles to neural-network interactions. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 3(5), 348\u2013359. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/11988774\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/11988774\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les m\u00e9canismes c\u00e9r\u00e9braux et dynamiques de la coordination bimanuelle : th\u00e9ories motrices, r\u00f4le du corps calleux, r\u00e9\u00e9ducation et exemples concrets.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[32686,1387,647],"tags":[1661,34977,6579,37011,3187,2054,6217],"class_list":["post-22027","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-controle-moteur","category-neurosciences-cognitives","category-psychologie-cognitive","tag-controle-moteur","tag-coordination-bimanuelle","tag-corps-calleux","tag-diaphonie-neuronale","tag-motricite-fine","tag-neurosciences","tag-systemes-dynamiques"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22027","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22027\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22027"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22027"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22027"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}