{"id":22007,"date":"2026-10-26T17:46:10","date_gmt":"2026-10-26T17:46:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=programme-grande-soeur-mentorat-jeunesse"},"modified":"2026-10-26T17:46:10","modified_gmt":"2026-10-26T17:46:10","slug":"programme-grande-soeur-mentorat-jeunesse","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=programme-grande-soeur-mentorat-jeunesse","title":{"rendered":"Programme Grande S\u0153ur : L&rsquo;essor du mentorat"},"content":{"rendered":"<p>Le programme \u00ab Grande S\u0153ur \u00bb constitue l&rsquo;une des interventions psychosociales et pr\u00e9ventives les plus embl\u00e9matiques de l&rsquo;histoire de la psychologie du d\u00e9veloppement et du travail social communautaire. En instaurant une relation duelle, structur\u00e9e et bienveillante entre une b\u00e9n\u00e9vole adulte et une jeune fille confront\u00e9e \u00e0 des d\u00e9fis psychosociaux ou environnementaux, cette modalit\u00e9 d&rsquo;accompagnement vise \u00e0 catalyser la r\u00e9silience, \u00e0 consolider l&rsquo;estime de soi et \u00e0 promouvoir des trajectoires de vie positives. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple tutorat informel, le mod\u00e8le formalis\u00e9 par <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Big_Brothers_Big_Sisters_of_America\">Big Brothers Big Sisters of America<\/a> s&rsquo;appuie sur une armature th\u00e9orique et m\u00e9thodologique rigoureuse qui transforme l&rsquo;alliance interpersonnelle en un puissant vecteur d&rsquo;\u00e9mancipation et d&rsquo;adaptation psychosociale.<\/p>\n<h2>Programme Grande S\u0153ur (Big Sister Program)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le programme \u00ab Grande S\u0153ur \u00bb (ou <em>Big Sister program<\/em>) est un mod\u00e8le d&rsquo;intervention psychosociale pr\u00e9ventive fond\u00e9 sur le mentorat individuel formalis\u00e9, dans lequel une femme adulte b\u00e9n\u00e9vole (\u00ab la Grande S\u0153ur \u00bb) est jumel\u00e9e de fa\u00e7on stable et prolong\u00e9e avec une enfant ou une adolescente (\u00ab la Petite S\u0153ur \u00bb) expos\u00e9e \u00e0 des facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 sociale, familiale ou \u00e9motionnelle. Ce dispositif vise \u00e0 soutenir le d\u00e9veloppement affectif, cognitif et comportemental de la jeunesse par l&rsquo;entremise d&rsquo;un lien d&rsquo;attachement secondaire s\u00e9curisant et d&rsquo;un \u00e9tayage relationnel constructif.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel, ce programme ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une intervention de rem\u00e9diation acad\u00e9mique ou \u00e0 une th\u00e9rapie au sens clinique traditionnel. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9marche d&rsquo;\u00e9cologie humaine et de renforcement des comp\u00e9tences qui mobilise les ressources naturelles de la relation interg\u00e9n\u00e9rationnelle. En fournissant un mod\u00e8le identificatoire prosocial, un soutien affectif inconditionnel et un espace d&rsquo;exp\u00e9rimentation s\u00e9curis\u00e9, le programme cherche \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;incidence des comportements \u00e0 risque, \u00e0 pr\u00e9venir le d\u00e9crochage scolaire et \u00e0 favoriser l&rsquo;autonomisation globale de la jeune fille.<\/p>\n<p>Dans la nomenclature contemporaine de la psychologie communautaire, le programme Grande S\u0153ur incarne le paradigme de l&rsquo;intervention dyadique structur\u00e9e : il repose sur une s\u00e9lection minutieuse, une formation pr\u00e9alable des intervenantes, un jumelage fond\u00e9 sur des affinit\u00e9s cibl\u00e9es et une supervision clinique continue assur\u00e9e par des professionnels du travail m\u00e9dico-social.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression d\u00e9coule directement de la formule anglophone <em>Big Sister<\/em>, apparue au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle au sein des mouvements philanthropiques et juridiques nord-am\u00e9ricains. Le terme \u00ab s\u0153ur \u00bb (du latin <em>soror<\/em>, d\u00e9signant la relation de sororit\u00e9 au sein de la cellule familiale ou religieuse) a \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9 pour \u00e9voquer la proximit\u00e9 affective, la r\u00e9ciprocit\u00e9, l&rsquo;horizontalit\u00e9 relationnelle relative et la solidarit\u00e9 f\u00e9minine, tout en int\u00e9grant l&rsquo;adjectif \u00ab grande \u00bb pour formaliser l&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rationnelle, la maturit\u00e9 cognitive et la responsabilit\u00e9 protectrice.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction de ce vocable dans la litt\u00e9rature psychologique s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e lors de la cr\u00e9ation formelle du mouvement des <em>Big Sisters<\/em> \u00e0 New York en 1908 par des militantes comme Clara Weisman et Mme William K. Vanderbilt, en \u00e9cho direct au mouvement des <em>Big Brothers<\/em> initi\u00e9 en 1904 par Ernest Kent Coulter. Ce transfert linguistique d&rsquo;un terme intrafamilial vers une institution communautaire visait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 d\u00e9stigmatiser l&rsquo;intervention sociale : la b\u00e9n\u00e9vole ne devait pas \u00eatre per\u00e7ue comme une figure d&rsquo;autorit\u00e9 \u00e9tatique, judiciaire ou polici\u00e8re, mais comme une alli\u00e9e protectrice inscrite dans une logique d&rsquo;apparentement social fictif.<\/p>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;usage oscille entre l&rsquo;anglicisme institutionnel \u00ab Big Sister \u00bb \u2014 couramment utilis\u00e9 au Canada et dans les publications internationales \u2014 et les d\u00e9signations \u00ab programme Grande S\u0153ur \u00bb, \u00ab mentorat f\u00e9minin \u00bb ou \u00ab marrainage psychosocial \u00bb, chacune traduisant la volont\u00e9 de formaliser une alliance \u00e9ducative et affective bienveillante exempte de liens de consanguinit\u00e9.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan syntaxique et grammatical, \u00ab programme Grande S\u0153ur \u00bb est un syntagme nominal masculin singulier (au pluriel : <em>programmes Grandes S\u0153urs<\/em> ou <em>programmes Grande S\u0153ur<\/em> selon que l&rsquo;on accorde la fonction ou le titre). La composante \u00ab Grande S\u0153ur \u00bb fonctionne comme une apposition qualificative et honorifique.<\/p>\n<p>En fran\u00e7ais standard, la prononciation phon\u00e9tique internationale s&rsquo;\u00e9tablit comme suit : \/p\u0281\u0254.\u0261\u0281am \u0261\u0281\u0251\u0303d s\u0153\u0281\/. En contexte francophone international (notamment au Qu\u00e9bec et dans les milieux de la recherche acad\u00e9mique en sciences sociales), il est fr\u00e9quent d&rsquo;entendre la forme originale anglaise prononc\u00e9e \/b\u026a\u0261 \u02c8s\u026ast\u0259(\u0279) \u02c8p\u0279\u0259\u028a\u0261r\u00e6m\/, g\u00e9n\u00e9ralement trait\u00e9e comme un nom propre institutionnel invariable ou int\u00e9gr\u00e9 dans une locution pr\u00e9positionnelle telle que \u00ab mentorat de type Big Sister \u00bb.<\/p>\n<p>Dans les \u00e9crits scientifiques, le terme est employ\u00e9 comme un substantif technique d\u00e9signant soit l&rsquo;organisation formelle (ex. : \u00ab les politiques d&rsquo;admission de Big Sisters \u00bb), soit la modalit\u00e9 sp\u00e9cifique d&rsquo;intervention psychosociale (ex. : \u00ab l&rsquo;impact dyadique du programme Grande S\u0153ur sur le sentiment d&rsquo;efficacit\u00e9 personnelle \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le programme Grande S\u0153ur repose sur l&rsquo;hypoth\u00e8se fondamentale que la pr\u00e9sence continue et pr\u00e9visible d&rsquo;un adulte significatif, bienveillant et comp\u00e9tent dans l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me d&rsquo;un jeune en situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 peut neutraliser les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res du stress chronique, des ruptures familiales et des d\u00e9favorisations socio-\u00e9conomiques. Le champ d&rsquo;application de cette intervention s&rsquo;\u00e9tend du soutien \u00e9motionnel imm\u00e9diat \u00e0 l&rsquo;\u00e9largissement des horizons sociocognitifs de la participante. La relation mentorale ne s&rsquo;articule pas autour d&rsquo;un curriculum d&rsquo;apprentissage rigide, mais s&rsquo;ancre dans le partage r\u00e9gulier d&rsquo;activit\u00e9s quotidiennes, r\u00e9cr\u00e9atives, culturelles et r\u00e9flexives, r\u00e9parties sur une p\u00e9riode minimale \u2014 g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9conis\u00e9e \u00e0 douze mois cons\u00e9cutifs.<\/p>\n<p>La port\u00e9e du programme s&rsquo;appr\u00e9cie \u00e0 travers les fronti\u00e8res qu&rsquo;il \u00e9tablit entre diff\u00e9rentes pratiques d&rsquo;accompagnement. Contrairement \u00e0 une prise en charge psychoth\u00e9rapeutique individuelle, le jumelage Grande S\u0153ur ne vise pas \u00e0 traiter une psychopathologie av\u00e9r\u00e9e par des techniques de restructuration cognitive ou d&rsquo;analyse transf\u00e9rentielle ; il n&rsquo;exige pas que la b\u00e9n\u00e9vole poss\u00e8de une expertise clinique. Contrairement au tutorat scolaire strict, l&rsquo;acquisition de comp\u00e9tences acad\u00e9miques n&rsquo;est qu&rsquo;un effet collat\u00e9ral potentiel et non l&rsquo;objectif central. Le c\u0153ur battant du dispositif r\u00e9side dans la qualit\u00e9 du lien interpersonnel : la validation \u00e9motionnelle, la mod\u00e9lisation comportementale et l&rsquo;ouverture \u00e0 de nouvelles opportunit\u00e9s d&rsquo;exp\u00e9rimentation sociale constituent les m\u00e9canismes actifs du changement.<\/p>\n<p>Sur le plan des fronti\u00e8res syst\u00e9miques, le programme Grande S\u0153ur navigue avec prudence autour de la sph\u00e8re familiale. La mentor ne se substitue en aucun cas \u00e0 la figure parentale ; elle n&rsquo;exerce aucune autorit\u00e9 parentale l\u00e9gale ni mandat coercitif. Sa posture se situe dans un tiers-lieu relationnel unique : elle offre une \u00e9coute non \u00e9valuative que l&rsquo;adolescente h\u00e9site souvent \u00e0 solliciter aupr\u00e8s de ses parents par crainte de d\u00e9cevoir, ou aupr\u00e8s de ses pairs par peur du jugement social. Cette position interm\u00e9diaire fait de la Grande S\u0153ur une figure ressource pr\u00e9cieuse au cours des phases de transition identitaire.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;architecture du programme implique une d\u00e9limitation stricte du cadre relationnel pour garantir la s\u00e9curit\u00e9 physique et psychologique de la mineure. Les contacts sont planifi\u00e9s, les rencontres se d\u00e9roulent en dehors du domicile de la b\u00e9n\u00e9vole durant les phases initiales, et toute interaction fait l&rsquo;objet d&rsquo;un suivi p\u00e9riodique par des intervenants pivots (<em>caseworkers<\/em>). Ce haut niveau de formalisation prot\u00e8ge la dyade contre les d\u00e9rives potentielles de surimplication, de d\u00e9sillusion relationnelle ou d&rsquo;exploitation, assurant ainsi la p\u00e9rennit\u00e9 et la salubrit\u00e9 de l&rsquo;alliance d&rsquo;\u00e9tayage.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La gen\u00e8se du mouvement des Grandes S\u0153urs s&rsquo;inscrit dans le bouillonnement r\u00e9formiste de l&rsquo;\u00e8re progressiste am\u00e9ricaine au tournant du XXe si\u00e8cle. En 1904, le greffier de tribunal pour enfants de New York, Ernest Kent Coulter, constate avec effroi le nombre alarmant de jeunes gar\u00e7ons marginalis\u00e9s comparaissant devant la justice sans soutien moral digne de ce nom. Cette observation conduit \u00e0 la fondation du mouvement <em>Big Brothers<\/em>. Tr\u00e8s rapidement, des travailleuses sociales et des citoyennes engag\u00e9es constatent une d\u00e9tresse \u00e9quivalente chez les fillettes et jeunes adolescentes issues des couches populaires urbaines et de l&rsquo;immigration, souvent confront\u00e9es \u00e0 la mis\u00e8re, \u00e0 l&rsquo;exploitation ouvri\u00e8re pr\u00e9coce ou \u00e0 l&rsquo;abandon familial.<\/p>\n<p>En 1908, sous l&rsquo;impulsion de personnalit\u00e9s philanthropiques telles que Clara Weisman, l&rsquo;association <em>Big Sisters<\/em> de New York voit officiellement le jour, travaillant en \u00e9troite synergie avec les tribunaux pour enfants pour offrir une alternative non punitive \u00e0 la d\u00e9linquance juv\u00e9nile et au vagabondage. Durant les premi\u00e8res d\u00e9cennies, l&rsquo;action des Grandes S\u0153urs conjugue bienveillance morale, assistance mat\u00e9rielle discr\u00e8te et accompagnement civique, impr\u00e9gn\u00e9e des id\u00e9aux de l&rsquo;action sociale f\u00e9minine de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution institutionnelle majeure survient dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. En 1977, les deux mouvements fr\u00e8res convergent formellement pour constituer une entit\u00e9 unifi\u00e9e d&rsquo;envergure nationale et internationale : <em>Big Brothers Big Sisters of America<\/em> (BBBSA). Cette fusion organisationnelle catalyse une professionnalisation sans pr\u00e9c\u00e9dent des m\u00e9thodes d&rsquo;intervention. Les d\u00e9cennies 1980 et 1990 marquent le passage d\u00e9finitif d&rsquo;un b\u00e9n\u00e9volat intuitif \u00e0 un programme d&rsquo;intervention pr\u00e9ventive fond\u00e9 sur des donn\u00e9es probantes (<em>evidence-based practice<\/em>).<\/p>\n<p>Sous l&rsquo;influence d&rsquo;\u00e9valuations scientifiques rigoureuses conduites \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle \u2014 dont la c\u00e9l\u00e8bre \u00e9tude d&rsquo;impact de <em>Public\/Private Ventures<\/em> en 1995 \u2014, le mod\u00e8le Grande S\u0153ur a essaim\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale. Pr\u00e9sent aujourd&rsquo;hui dans plusieurs dizaines de pays \u00e0 travers des adaptations r\u00e9gionales (comme <em>Grands Fr\u00e8res Grandes S\u0153urs du Canada<\/em> ou diverses initiatives europ\u00e9ennes et australiennes), le programme continue d&rsquo;\u00e9voluer pour r\u00e9pondre aux enjeux contemporains, int\u00e9grant notamment le mentorat scolaire, les approches tenant compte des traumatismes complexes et l&rsquo;inclusion des diversit\u00e9s d&rsquo;identit\u00e9 de genre.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La robustesse du programme Grande S\u0153ur s&rsquo;appuie sur une convergence de cadres conceptuels majeurs issus de la psychologie contemporaine :<\/p>\n<p>En premier lieu, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_de_l%27attachement\">th\u00e9orie de l&rsquo;attachement<\/a> formul\u00e9e par John Bowlby et enrichie par Mary Ainsworth constitue le socle explicatif central de l&rsquo;intervention dyadique. Selon cette perspective, les enfants expos\u00e9s \u00e0 des ruptures relationnelles, \u00e0 des carences affectives ou \u00e0 des styles parentaux ins\u00e9cures d\u00e9veloppent des mod\u00e8les op\u00e9rants internes (MOI) caract\u00e9ris\u00e9s par la m\u00e9fiance envers autrui et une image d\u00e9valoris\u00e9e de soi. La Grande S\u0153ur intervient comme une figure d&rsquo;attachement subsidiaire ou compensatoire. Par sa disponibilit\u00e9 \u00e9motionnelle, sa pr\u00e9visibilit\u00e9 comportementale et son accueil inconditionnel, elle permet \u00e0 la jeune fille d&rsquo;exp\u00e9rimenter une \u00ab exp\u00e9rience \u00e9motionnelle correctrice \u00bb, transformant progressivement ses mod\u00e8les relationnels internes vers une plus grande s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;attachement.<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mod%C3%A8le_%C3%A9cosyst%C3%A9mique\">th\u00e9orie socio-\u00e9cologique<\/a> du d\u00e9veloppement humain d&rsquo;Urie Bronfenbrenner \u00e9claire l&rsquo;impact syst\u00e9mique de l&rsquo;intervention. Bronfenbrenner postule que le d\u00e9veloppement d&rsquo;un individu s&rsquo;op\u00e8re par des interactions r\u00e9ciproques et progressives au sein de microsyst\u00e8mes embo\u00eet\u00e9s (famille, \u00e9cole, quartier). Le jumelage Grande S\u0153ur cr\u00e9e un nouveau microsyst\u00e8me d\u00e9veloppemental hautement stimulant qui fait office de pont entre la participante et le m\u00e9sosyst\u00e8me \u00e9largi. En facilitant l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 de nouveaux espaces socioculturels, en m\u00e9diatisant les relations avec l&rsquo;institution scolaire et en brisant l&rsquo;isolement g\u00e9ographique ou social, la mentor modifie favorablement l&rsquo;\u00e9cologie globale de la jeune fille.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, la th\u00e9orie de l&rsquo;apprentissage social et cognitif d&rsquo;Albert Bandura explicite le m\u00e9canisme fondamental du modelage vicariant (<em>modeling<\/em>). En observant une adulte fonctionnelle, autonome, capable de r\u00e9guler ses affects et d&rsquo;\u00e9laborer des strat\u00e9gies de r\u00e9solution de probl\u00e8mes face \u00e0 l&rsquo;adversit\u00e9, la Petite S\u0153ur int\u00e9riorise ces comp\u00e9tences par observation directe. L&rsquo;accompagnatrice renforce \u00e9galement le sentiment d&rsquo;efficacit\u00e9 personnelle (<em>self-efficacy<\/em>) de la prot\u00e9g\u00e9e par des feedbacks verbaux constructifs et des incitations gradu\u00e9es \u00e0 la prise d&rsquo;initiative.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le conceptuel du mentorat pour la jeunesse \u00e9labor\u00e9 par Jean Rhodes unifie ces diff\u00e9rentes approches. Ce mod\u00e8le postule que les b\u00e9n\u00e9fices d\u00e9veloppementaux du mentorat d\u00e9coulent de trois voies interconnect\u00e9es : le d\u00e9veloppement socio-\u00e9motionnel (sentiment d&rsquo;appartenance et estime de soi), le d\u00e9veloppement cognitif (stimulation intellectuelle et conversations enrichissantes) et la construction identitaire (projection vers des r\u00f4les d&rsquo;adultes valoris\u00e9s et exploration vocationnelle). Ces gains ne peuvent toutefois \u00e9merger que si une alliance mentorale solide, authentique et durable s&rsquo;est pr\u00e9alablement cristallis\u00e9e.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le fonctionnement et la structuration des programmes Grande S\u0153ur reposent sur un ensemble de dimensions standardis\u00e9es et de d\u00e9clinaisons op\u00e9rationnelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le jumelage individuel dyadique (One-on-One Matching) :<\/strong> Le noyau fondamental du programme demeure la configuration exclusive une adulte pour une jeune fille, favorisant un espace d&rsquo;intimit\u00e9 psychologique, d&rsquo;attention personnalis\u00e9e et de r\u00e9ciprocit\u00e9 affective impossible \u00e0 atteindre en grand groupe.<\/li>\n<li><strong>Le protocole rigoureux de s\u00e9lection et de filtrage :<\/strong> Afin d&rsquo;assurer une s\u00e9curit\u00e9 absolue, le processus d&rsquo;admission des mentors comprend la v\u00e9rification minutieuse des ant\u00e9c\u00e9dents judiciaires, des entrevues cliniques semi-structur\u00e9es approfondies portant sur l&rsquo;histoire de vie et les motivations, ainsi que la prise de r\u00e9f\u00e9rences crois\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;appariement fond\u00e9 sur les affinit\u00e9s :<\/strong> Loin d&rsquo;\u00eatre al\u00e9atoire, le jumelage est orchestr\u00e9 par des sp\u00e9cialistes qui croisent les traits de personnalit\u00e9, les centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, les profils de temp\u00e9rament, les consid\u00e9rations g\u00e9ographiques et les souhaits formul\u00e9s conjointement par la famille et l&rsquo;enfant.<\/li>\n<li><strong>Le mentorat communautaire (Community-Based Mentoring) :<\/strong> Format traditionnel et historique o\u00f9 la dyade b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une libert\u00e9 totale quant au choix des activit\u00e9s et des lieux de rencontre dans la communaut\u00e9 (parcs, mus\u00e9es, biblioth\u00e8ques, promenades urbaines), en dehors des heures scolaires, favorisant une insertion sociale authentique.<\/li>\n<li><strong>Le mentorat en milieu scolaire (School-Based Mentoring) :<\/strong> Modalit\u00e9 adapt\u00e9e o\u00f9 les rencontres ont lieu hebdomadairement dans l&rsquo;enceinte de l&rsquo;\u00e9cole de la participante, durant les pauses m\u00e9ridiennes ou apr\u00e8s la classe, ax\u00e9e davantage sur la pers\u00e9v\u00e9rance scolaire, la socialisation avec les pairs et l&rsquo;int\u00e9gration acad\u00e9mique.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;accompagnement et la supervision professionnelle continue :<\/strong> Les dyades sont suivies mensuellement par un intervenant dipl\u00f4m\u00e9 (travailleur social ou psychologue) qui s&rsquo;assure de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du lien, pr\u00e9vient l&rsquo;\u00e9puisement de la b\u00e9n\u00e9vole, r\u00e9sout les incompr\u00e9hensions et offre un soutien clinique direct en cas de crise.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de saisir la dynamique op\u00e9rationnelle de ce dispositif, deux vignettes clinico-sociales illustrent les processus psychologiques \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L\u00e9a, 11 ans, et Claire, 28 ans (Mentorat communautaire)<\/strong><br \/>L\u00e9a est orient\u00e9e vers le programme par les services de m\u00e9diation scolaire \u00e0 la suite de la s\u00e9paration conflictuelle de ses parents et de manifestations d&rsquo;inhibition relationnelle s\u00e9v\u00e8re associ\u00e9es \u00e0 des somatisations anxieuses. Elle est jumel\u00e9e avec Claire, une ing\u00e9nieure de 28 ans communicative et patiente. Durant les quatre premiers mois, les rencontres bimensuelles restent marqu\u00e9es par la r\u00e9serve de L\u00e9a, qui s&rsquo;exprime avec parcimonie. Claire maintient une pr\u00e9sence stable, pr\u00e9visible, sans forcer la confidence, en centrant leurs sorties sur des activit\u00e9s manuelles et artistiques. Vers le septi\u00e8me mois, L\u00e9a commence \u00e0 se confier sur sa d\u00e9tresse face aux tensions parentales et sur son angoisse de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur. Claire lui offre un espace de validation inconditionnelle sans jamais d\u00e9nigrer les parents. Apr\u00e8s dix-huit mois de compagnonnage, l&rsquo;\u00e9quipe scolaire rapporte une r\u00e9duction drastique des plaintes somatiques, une r\u00e9int\u00e9gration active dans les activit\u00e9s de groupe et une hausse substantielle des r\u00e9sultats acad\u00e9miques. L\u00e9a verbalise un sentiment de valeur personnelle profond\u00e9ment restaur\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Amina, 15 ans, et Sarah, 34 ans (Mentorat ax\u00e9 sur la transition adolescente)<\/strong><br \/>Amina grandit au sein d&rsquo;un quartier prioritaire au sein d&rsquo;une famille monoparentale de quatre enfants. Elle fait face \u00e0 un sentiment de d\u00e9sorientation quant \u00e0 ses choix d&rsquo;orientation scolaire et subit la pression n\u00e9gative d&rsquo;un groupe de pairs impliqu\u00e9s dans des incivilit\u00e9s r\u00e9currentes. Jumel\u00e9e \u00e0 Sarah, consultante en ressources humaines issue elle-m\u00eame d&rsquo;un milieu d\u00e9favoris\u00e9, Amina trouve une figure d&rsquo;identification forte. Sarah accompagne Amina dans l&rsquo;exploration de salons d&rsquo;orientation, lui fait d\u00e9couvrir des espaces culturels universitaires et lui apprend \u00e0 structurer ses arguments lors de conflits interpersonnels. Cet \u00e9tayage permet \u00e0 Amina de refuser l&rsquo;entra\u00eenement d\u00e9viant de ses pairs, de canaliser son \u00e9nergie vers un projet d&rsquo;\u00e9tudes sup\u00e9rieures en sciences et d&rsquo;accro\u00eetre son sentiment de ma\u00eetrise personnelle (<em>locus<\/em> de contr\u00f4le interne).<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation des effets<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des impacts et de l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;un jumelage Grande S\u0153ur mobilise une batterie d&rsquo;instruments psychom\u00e9triques et qualitatifs permettant de capturer la complexit\u00e9 du changement psychosocial :<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de cette d\u00e9marche se trouve la mesure de la qualit\u00e9 relationnelle dyadique. Des outils standardis\u00e9s tels que le <em>Youth Mentoring Survey<\/em> (YMS) ou le <em>Match Characteristics Questionnaire<\/em> (MCQ) \u00e9valuent la proximit\u00e9 affective per\u00e7ue, la r\u00e9ciprocit\u00e9, le sentiment de s\u00e9curit\u00e9 et le niveau de satisfaction \u00e9prouv\u00e9 par la jeune fille et la b\u00e9n\u00e9vole. Une alliance de pi\u00e8tre qualit\u00e9 ou pr\u00e9matur\u00e9ment rompue constitue en effet un indicateur pr\u00e9dictif majeur d&rsquo;inefficacit\u00e9, voire de r\u00e9activation d&rsquo;exp\u00e9riences d&rsquo;abandon.<\/p>\n<p>Sur le plan des variables psychologiques individuelles, les chercheurs s&rsquo;appuient sur des \u00e9chelles \u00e9prouv\u00e9es telles que :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;estime de soi de Rosenberg pour mesurer l&rsquo;\u00e9volution du sentiment d&rsquo;auto-\u00e9valuation globale.<\/li>\n<li>Le Questionnaire des forces et des difficult\u00e9s (SDQ &#8211; <em>Strengths and Difficulties Questionnaire<\/em>) de Robert Goodman, qui \u00e9value les sympt\u00f4mes \u00e9motionnels, les probl\u00e8mes de comportement, l&rsquo;hyperactivit\u00e9 et les relations avec les pairs.<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;auto-efficacit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale (GSE) de Schwarzer et Jerusalem pour jauger la perception de comp\u00e9tence face aux stresseurs du quotidien.<\/li>\n<li>Des inventaires d&rsquo;attachement \u00e0 l&rsquo;adolescence, tels que l&rsquo;<em>Inventory of Parent and Peer Attachment<\/em> (IPPA), adapt\u00e9s pour mesurer l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une s\u00e9curit\u00e9 relationnelle envers des adultes hors du cercle parental.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En parall\u00e8le, les \u00e9tudes recourent \u00e0 des indicateurs comportementaux et \u00e9cologiques objectifs : registres d&rsquo;assiduit\u00e9 scolaire, bulletins de notes, donn\u00e9es relatives aux suspensions disciplinaires et questionnaires standardis\u00e9s sur l&rsquo;usage de substances psychoactives (alcool, tabac, drogues illicites).<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La port\u00e9e pratique du mod\u00e8le Grande S\u0153ur transcende le strict cadre du travail caritatif pour s&rsquo;\u00e9riger en instrument structurant des politiques publiques de sant\u00e9 mentale communautaire et d&rsquo;\u00e9ducation prioritaire :<\/p>\n<p>Dans le domaine \u00e9ducatif, le programme agit comme une strat\u00e9gie pr\u00e9ventive de premier ordre contre le d\u00e9crochage scolaire des jeunes filles vuln\u00e9rables. En favorisant une attitude positive envers l&rsquo;institution scolaire et en brisant le sentiment d&rsquo;ali\u00e9nation cognitive, il consolide l&rsquo;engagement acad\u00e9mique et att\u00e9nue l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance, particuli\u00e8rement dans les fili\u00e8res o\u00f9 les filles demeurent sous-repr\u00e9sent\u00e9es (notamment les sciences, technologies, ing\u00e9nierie et math\u00e9matiques &#8211; STIM).<\/p>\n<p>Sur le versant de la pr\u00e9vention clinique et de la sant\u00e9 publique, le mentorat dyadique f\u00e9minin constitue un amortisseur robuste contre l&rsquo;\u00e9mergence de troubles internalis\u00e9s (d\u00e9pression, anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, comportements d&rsquo;automutilation non suicidaires) qui culminent statistiquement chez les adolescentes \u00e0 la pubert\u00e9. La Grande S\u0153ur offre une caisse de r\u00e9sonance permettant de verbaliser les conflits int\u00e9rieurs avant qu&rsquo;ils ne se cristallisent en pathologies psychiatriques franches.<\/p>\n<p>Au sein des organisations de protection de l&rsquo;enfance, le jumelage Grande S\u0153ur est de plus en plus prescrit comme une mesure d&rsquo;accompagnement compl\u00e9mentaire pour les mineures confi\u00e9es \u00e0 des familles d&rsquo;accueil ou plac\u00e9es en institution. Il offre \u00e0 ces jeunes filles une continuit\u00e9 relationnelle p\u00e9renne totalement ind\u00e9pendante des al\u00e9as administratifs, des changements d&rsquo;\u00e9ducateurs r\u00e9f\u00e9rents ou des mutations judiciaires, garantissant ainsi un rep\u00e8re affectif inalt\u00e9r\u00e9 dans le temps.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La l\u00e9gitimit\u00e9 contemporaine du programme Grande S\u0153ur repose sur un corpus impressionnant d&rsquo;\u00e9tudes \u00e9valuatives quasi-exp\u00e9rimentales et d&rsquo;essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s (ECR) :<\/p>\n<p>Le jalon le plus marquant de la recherche quantitative demeure l&rsquo;\u00e9tude historique men\u00e9e par Tierney, Grossman et Resch (1995) pour le compte de <em>Public\/Private Ventures<\/em>. Portant sur un \u00e9chantillon rigoureux de pr\u00e8s de 1 000 jeunes participants assign\u00e9s al\u00e9atoirement soit au programme Big Brothers Big Sisters, soit \u00e0 une liste d&rsquo;attente (groupe contr\u00f4le), cette recherche a mis en lumi\u00e8re des b\u00e9n\u00e9fices substantiels : les jeunes mentor\u00e9s \u00e9taient 46 % moins susceptibles de s&rsquo;initier \u00e0 l&rsquo;usage de drogues illicites, 27 % moins enclins \u00e0 consommer de l&rsquo;alcool, affichaient une diminution de 52 % des journ\u00e9es d&rsquo;absent\u00e9isme scolaire non motiv\u00e9 et manifestaient une agressivit\u00e9 physique r\u00e9duite d&rsquo;un tiers par rapport \u00e0 leurs pairs non accompagn\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le champ sp\u00e9cifique des filles participant au volet <em>Big Sister<\/em>, les travaux de recherche dirig\u00e9s par des chercheuses telles que Jean Rhodes, David DuBois et Ren\u00e9e Spencer ont identifi\u00e9 des nuances d\u00e9veloppementales cruciales. Les filles tirent des b\u00e9n\u00e9fices particuli\u00e8rement prononc\u00e9s dans le domaine de la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle, de la r\u00e9duction des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs subcliniques et de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la valeur de soi sur le plan relationnel, alors que les gar\u00e7ons montrent historiquement des impacts plus imm\u00e9diats sur la baisse des conduites externalis\u00e9es et agressives.<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">N\u00e9anmoins, les m\u00e9ta-analyses contemporaines (notamment celles conduites par DuBois et ses collaborateurs en 2002 et r\u00e9actualis\u00e9es en 2011) soulignent avec insistance la mod\u00e9ration de ces effets par des variables de fid\u00e9lit\u00e9 m\u00e9thodologique. L&rsquo;ampleur des tailles d&rsquo;effet (<em>d<\/em> de Cohen) oscille g\u00e9n\u00e9ralement entre modeste et mod\u00e9r\u00e9e (d = 0,15 \u00e0 0,25), mais ces gains s&rsquo;amplifient de mani\u00e8re spectaculaire lorsque les programmes appliquent des crit\u00e8res stricts de s\u00e9lection des b\u00e9n\u00e9voles, une formation initiale substantielle et, par-dessus tout, lorsque la relation mentorale perdure plus de douze mois cons\u00e9cutifs<\/span>.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et diversit\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;implantation du mod\u00e8le Grande S\u0153ur au sein de populations diversifi\u00e9es exige une sensibilit\u00e9 aigu\u00eb aux r\u00e9alit\u00e9s interculturelles, socio-\u00e9conomiques et genr\u00e9es :<\/p>\n<p>La question du jumelage transculturel ou transracial constitue l&rsquo;un des d\u00e9bats les plus approfondis dans la litt\u00e9rature. De nombreux travaux se sont pench\u00e9s sur la pertinence d&rsquo;apparier une Grande S\u0153ur blanche de classe moyenne \u00e0 une Petite S\u0153ur issue d&rsquo;une minorit\u00e9 ethnoculturelle ou d&rsquo;un milieu d\u00e9favoris\u00e9. Si les \u00e9tudes quantitatives d\u00e9montrent que les jumelages interraciaux peuvent s&rsquo;av\u00e9rer tout aussi p\u00e9rennes et b\u00e9n\u00e9fiques que les jumelages homog\u00e8nes sur le plan ethnique, ils requi\u00e8rent toutefois une formation pouss\u00e9e des mentors \u00e0 l&rsquo;humilit\u00e9 culturelle et \u00e0 la conscience des privil\u00e8ges syst\u00e9miques, afin d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;imposition de repr\u00e9sentations normatives ou l&rsquo;adoption d&rsquo;une posture de \u00ab sauveur blanc \u00bb.<\/p>\n<p>Les dimensions de genre ont \u00e9galement fait l&rsquo;objet de relectures critiques. Les adolescentes sont soumises \u00e0 des pressions socioculturelles sp\u00e9cifiques relatives \u00e0 l&rsquo;image corporelle, \u00e0 la sexualisation pr\u00e9coce et aux doubles standards d&rsquo;accomplissement social. Le programme Grande S\u0153ur offre une ar\u00e8ne de d\u00e9construction de ces injonctions \u00e0 travers un mentorat f\u00e9ministe ou \u00e9mancipateur, dans lequel la mentor incarne des parcours de vie pluriels et valide l&rsquo;affirmation de soi de l&rsquo;adolescente face aux st\u00e9r\u00e9otypes patriarcaux.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;adaptation internationale du mod\u00e8le requiert des ajustements culturels notables. Dans les contextes collectivistes ou traditionnels, l&rsquo;introduction d&rsquo;un adulte ext\u00e9rieur \u00e0 la parent\u00e8le \u00e9tendue peut \u00eatre per\u00e7ue avec circonspection ou comme un aveu d&rsquo;\u00e9chec parental. Les programmes doivent imp\u00e9rativement int\u00e9grer la famille \u00e9largie comme partenaire de plein droit du projet plut\u00f4t que comme un simple b\u00e9n\u00e9ficiaire passif, sous peine d&rsquo;engendrer des conflits de loyaut\u00e9 chez la jeune fille.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit d&rsquo;une renomm\u00e9e mondiale et d&rsquo;une image publique \u00e9logieuse, le mod\u00e8le Grande S\u0153ur n&rsquo;est pas exempt de critiques conceptuelles et m\u00e9thodologiques rigoureuses :<\/p>\n<p>La principale controverse clinique concerne le risque inh\u00e9rent aux ruptures pr\u00e9matur\u00e9es de jumelage. Des recherches rigoureuses (notamment men\u00e9es par Grossman et Rhodes) ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une relation mentorale qui se d\u00e9sagr\u00e8ge avant six mois d&rsquo;existence produit des effets iatrog\u00e8nes d\u00e9l\u00e9t\u00e8res : les jeunes filles confront\u00e9es \u00e0 cet abandon pr\u00e9matur\u00e9 affichent une chute de leur estime de soi, une augmentation des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs et une m\u00e9fiance accrue envers le corps adulte, venant r\u00e9activer d&rsquo;anciens traumatismes de rejet relationnel. Le b\u00e9n\u00e9volat mal encadr\u00e9 ou instable pr\u00e9sente donc un danger psychologique direct.<\/p>\n<p>Une seconde critique, d&rsquo;ordre sociologique et structurel, met en cause le risque d&rsquo;individualisation des probl\u00e8mes sociaux. En focalisant l&rsquo;effort d&rsquo;\u00e9mancipation sur la relation dyadique et la r\u00e9silience individuelle, certains th\u00e9oriciens critiques font valoir que ces programmes risquent de masquer les causes profondes de la pauvret\u00e9, du racisme syst\u00e9mique, des in\u00e9galit\u00e9s scolaires et de l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire pesant sur les services publics. La bienveillance d&rsquo;une Grande S\u0153ur b\u00e9n\u00e9vole ne saurait exon\u00e9rer les institutions \u00e9tatiques de leur devoir de justice distributive et de financement de structures p\u00e9rennes pour l&rsquo;enfance.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan organisationnel, les programmes sont confront\u00e9s \u00e0 des d\u00e9fis chroniques de recrutement et de r\u00e9tention des b\u00e9n\u00e9voles f\u00e9minines issues des m\u00eames milieux socio-\u00e9conomiques que les jeunes participantes, cr\u00e9ant parfois un d\u00e9s\u00e9quilibre structurel de classes entre l&rsquo;offre b\u00e9n\u00e9vole et les besoins des familles inscrites sur de longues listes d&rsquo;attente.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions fondamentales<\/h3>\n<p>Pour dissiper toute ambigu\u00eft\u00e9 conceptuelle, il importe de distinguer le programme Grande S\u0153ur d&rsquo;autres formes courantes d&rsquo;interventions aupr\u00e8s de la jeunesse :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Tutorat scolaire :<\/strong> Contrairement \u00e0 la Grande S\u0153ur, le tuteur concentre son intervention de mani\u00e8re exclusive sur l&rsquo;acquisition de savoirs acad\u00e9miques, les devoirs et les performances scolaires, dans un cadre didactique structur\u00e9 o\u00f9 le lien affectif n&rsquo;est qu&rsquo;accessoire.<\/li>\n<li><strong>Psychoth\u00e9rapie infanto-juv\u00e9nile :<\/strong> Pratique clinique men\u00e9e par un professionnel habilit\u00e9 (psychologue, p\u00e9dopsychiatre) visant \u00e0 diagnostiquer et traiter des troubles mentaux ou des perturbations \u00e9motionnelles aigu\u00ebs par des protocoles th\u00e9rapeutiques d\u00e9limit\u00e9s, sans partage d&rsquo;activit\u00e9s du quotidien.<\/li>\n<li><strong>Travail social de rue \/ \u00c9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e :<\/strong> Intervention men\u00e9e par des professionnels r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s ayant un mandat institutionnel, souvent collectif, ax\u00e9 sur la m\u00e9diation, la protection sociale imm\u00e9diate et le d\u00e9samor\u00e7age des conduites d\u00e9linquantes en milieu ouvert.<\/li>\n<li><strong>Marrainage r\u00e9publicain ou civil :<\/strong> Institution formelle ou symbolique, souvent la\u00efque, officialisant le soutien moral d&rsquo;un citoyen envers un enfant lors d&rsquo;une c\u00e9r\u00e9monie civique, mais n&rsquo;impliquant pas n\u00e9cessairement un programme structur\u00e9 d&rsquo;activit\u00e9s dyadiques hebdomadaires supervis\u00e9es cliniquement.<\/li>\n<li><strong>Mentorat informel :<\/strong> Relation naturelle et spontan\u00e9e se d\u00e9veloppant au cours de la vie entre un jeune et un adulte de son entourage (professeur, entra\u00eeneur sportif, voisine), par opposition au mentorat formel du programme Grande S\u0153ur qui impose s\u00e9lection, formation et suivi institutionnel rigoureux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 synth\u00e9tique<\/h3>\n<p>Le programme Grande S\u0153ur repr\u00e9sente un arch\u00e9type d&rsquo;intervention psychosociale pr\u00e9ventive dont la valeur heuristique et pratique s&rsquo;est consolid\u00e9e sur plus d&rsquo;un si\u00e8cle d&rsquo;histoire. En structurant une dyade affective et d\u00e9veloppementale entre une femme adulte b\u00e9n\u00e9vole et une jeune fille confront\u00e9e \u00e0 des adversit\u00e9s contextuelles, le programme active des leviers puissants document\u00e9s par la th\u00e9orie de l&rsquo;attachement, l&rsquo;apprentissage social et l&rsquo;\u00e9cologie du d\u00e9veloppement humain. Les donn\u00e9es empiriques confirment que, sous r\u00e9serve d&rsquo;une dur\u00e9e d&rsquo;engagement minimale d&rsquo;une ann\u00e9e et d&rsquo;un \u00e9tayage clinique professionnel solide, ce dispositif favorise l&rsquo;estime de soi, pr\u00e9vient le d\u00e9sengagement scolaire et prot\u00e8ge contre les comportements \u00e0 risque, tout en fournissant \u00e0 l&rsquo;adolescente un ancrage identificatoire \u00e9mancipateur.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bowlby, J. (1988). <em>A secure base: Parent-child attachment and healthy human development<\/em>. Basic Books.<\/li>\n<li>Bronfenbrenner, U. (1979). <em>The ecology of human development: Experiments by nature and design<\/em>. Harvard University Press.<\/li>\n<li>DuBois, D. L., Portillo, N., Rhodes, J. E., Silverthorn, N., &#038; Valentine, J. C. (2011). How effective are mentoring programs for youth? A systematic assessment of the evidence. <em>Psychological Science in the Public Interest<\/em>, 12(2), 57\u201391. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/1529100611414833\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/1529100611414833<\/a><\/li>\n<li>Grossman, J. B., &#038; Rhodes, J. E. (2002). The test of time: Predictors and effects of duration in youth mentoring relationships. <em>American Journal of Community Psychology<\/em>, 30(2), 199\u2013219. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1023\/A:1014680827552\">https:\/\/doi.org\/10.1023\/A:1014680827552<\/a><\/li>\n<li>Rhodes, J. E. (2005). <em>Stand by me: The risks and rewards of mentoring today&rsquo;s youth<\/em>. Harvard University Press.<\/li>\n<li>Spencer, R. (2006). Understanding the mentoring process between adolescents and adults. <em>Youth &#038; Society<\/em>, 37(3), 287\u2013315. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0044118X05277618\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/0044118X05277618<\/a><\/li>\n<li>Tierney, J. P., Grossman, J. B., &#038; Resch, N. L. (1995). <em>Making a difference: An impact study of Big Brothers\/Big Sisters<\/em>. Public\/Private Ventures.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse th\u00e9orique et clinique du programme Grande S\u0153ur : fondements d&rsquo;attachement, impacts empiriques et m\u00e9canismes de mentorat dyadique aupr\u00e8s de la jeunesse.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[36963,327,127],"tags":[36966,36958,36965,36964,331,36967],"class_list":["post-22007","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-intervention-psychosociale","category-psychologie-communautaire","category-psychologie-du-developpement","tag-attachement-secondaire","tag-big-brothers-big-sisters","tag-mentorat-jeunesse","tag-programme-grande-soeur","tag-psychologie-communautaire","tag-resilience-psychosociale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22007","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22007\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22007"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22007"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22007"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}