{"id":22002,"date":"2026-10-26T17:32:58","date_gmt":"2026-10-26T17:32:58","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=maladie-de-bielschowsky"},"modified":"2026-10-26T17:32:58","modified_gmt":"2026-10-26T17:32:58","slug":"maladie-de-bielschowsky","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=maladie-de-bielschowsky","title":{"rendered":"Maladie de Bielschowsky : Neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence Infantile"},"content":{"rendered":"<p>La maladie de Bielschowsky, classiquement identifi\u00e9e comme la forme infantile tardive de la lipofuscinose neuronale \u00e0 c\u00e9ro\u00efde (CLN2), constitue l&rsquo;une des affections neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives h\u00e9r\u00e9ditaires les plus d\u00e9vastatrices de la petite enfance. Caract\u00e9ris\u00e9e par une r\u00e9gression psychomotrice inexorable, des crises d&rsquo;\u00e9pilepsie pharmacor\u00e9sistantes, une perte progressive de la vision et un d\u00e9clin cognitif massif s&rsquo;apparentant \u00e0 une d\u00e9mence infantile pr\u00e9coce, cette pathologie lysosomale rare confronte la neuropsychologie clinique et la neurop\u00e9diatrie \u00e0 des d\u00e9fis \u00e9tiologiques et th\u00e9rapeutiques majeurs. L&rsquo;exploration approfondie de ses m\u00e9canismes physiopathologiques, de son expression symptomatique et des r\u00e9percussions psychologiques globales pour le patient et son entourage s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour une prise en charge pr\u00e9coce et multidisciplinaire.<\/p>\n<h2>Maladie de Bielschowsky<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La maladie de Bielschowsky, \u00e9galement d\u00e9sign\u00e9e sous les termes de maladie de Jansky-Bielschowsky ou de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/C%C3%A9ro%C3%AFde-lipofuscinose_neuronale\">c\u00e9ro\u00efde-lipofuscinose neuronale<\/a> de type 2 (CLN2), est une maladie neurog\u00e9n\u00e9tique autosomique r\u00e9cessive rare appartenant au groupe des pathologies de surcharge lysosomale. Elle se caract\u00e9rise par un d\u00e9ficit enzymatique s\u00e9v\u00e8re en tripeptidyl-peptidase 1 (TPP1), entra\u00eenant l&rsquo;accumulation anormale de lipopigments autofluorescents \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des lysosomes neuronaux et extraneuronaux. Cliniquement, elle se manifeste g\u00e9n\u00e9ralement entre deux et quatre ans chez un enfant au d\u00e9veloppement jusque-l\u00e0 apparemment normal ou l\u00e9g\u00e8rement retard\u00e9 sur le plan langagier, inaugurant un d\u00e9clin cognitif rapide et irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neuropsychologique et psychiatrique, l&rsquo;affection se traduit par une v\u00e9ritable d\u00e9mence p\u00e9diatrique d\u00e9structurant l&rsquo;ensemble des fonctions cognitives sup\u00e9rieures, incluant le langage expressif et r\u00e9ceptif, l&rsquo;attention, la motricit\u00e9 intentionnelle et le traitement visuospatial. L&rsquo;apparition conjointe d&rsquo;une \u00e9pilepsie r\u00e9fractaire et d&rsquo;une perte d&rsquo;autonomie motrice acc\u00e9l\u00e8re la d\u00e9sorganisation comportementale et \u00e9motionnelle. Sans intervention th\u00e9rapeutique sp\u00e9cifique de substitution enzymatique, cette d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence globale \u00e9volue vers un \u00e9tat grabataire, une perte sensorielle compl\u00e8te et une issue fatale pr\u00e9matur\u00e9e durant l&rsquo;enfance tardive ou l&rsquo;adolescence.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le nom de cette affection trouve son origine dans l&rsquo;\u00e9ponymie m\u00e9dicale rendant hommage \u00e0 Max Bielschowsky (1869\u20131940), neuropathologiste allemand renomm\u00e9 pour ses travaux pionniers sur l&rsquo;histologie du syst\u00e8me nerveux central et l&rsquo;invention de techniques de coloration argentique des neurofibrilles. En 1905, Bielschowsky publia une description clinique et anatomo-pathologique d\u00e9taill\u00e9e d&rsquo;une forme d&rsquo;amaurose familiale avec d\u00e9mence d\u00e9butant plus tardivement que la classique maladie de Tay-Sachs, \u00e9tablissant ainsi l&rsquo;existence d&rsquo;une variante infantile tardive distincte. Parall\u00e8lement, le m\u00e9decin et s\u00e9rologue tch\u00e8que Jan Jansk\u00fd d\u00e9crivit un tableau clinique similaire en 1908, conduisant la litt\u00e9rature germanique et internationale \u00e0 associer fr\u00e9quemment les deux patronymes sous le terme de maladie de Jansky-Bielschowsky.<\/p>\n<p>Sur le plan terminologique moderne, l&rsquo;expression descriptive d\u00e9rive du grec ancien : <em>k\u0113ros<\/em> (la cire), <em>lipos<\/em> (la graisse), et du latin <em>fuscus<\/em> (brun ou sombre), amalgam\u00e9s pour former le terme \u00ab c\u00e9ro\u00efde-lipofuscine \u00bb, d\u00e9signant la substance de coloration ambr\u00e9e stock\u00e9e de mani\u00e8re pathologique dans les cellules neurales. L&rsquo;incorporation du qualificatif g\u00e9n\u00e9tique \u00ab CLN2 \u00bb (<em>Ceroid Lipofuscinosis, Neuronal, type 2<\/em>) au cours des ann\u00e9es 1990 et 2000 refl\u00e8te le virage \u00e9pist\u00e9mologique de la nosologie p\u00e9diatrique, passant d&rsquo;une d\u00e9signation par \u00e9ponyme historique \u00e0 une classification fond\u00e9e sur la g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire et la biochimie des prot\u00e9ines lysosomales.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le syntagme se prononce phon\u00e9tiquement [bjel.\u0283\u0254v.ski] ou [bjel.\u0283\u0254f.ski]. Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un substantif f\u00e9minin invariable dans son constituant \u00e9ponymique : \u00ab la maladie de Bielschowsky \u00bb (au pluriel, \u00ab les maladies de Bielschowsky \u00bb, bien que l&rsquo;usage pr\u00e9conise le singulier pour d\u00e9signer l&rsquo;entit\u00e9 morbide singuli\u00e8re). L&rsquo;accord des d\u00e9terminants et des adjectifs p\u00e9riph\u00e9riques suit le genre f\u00e9minin du mot t\u00eate (\u00ab une maladie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative s\u00e9v\u00e8re \u00bb).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique contemporaine, l&rsquo;usage oscille entre l&rsquo;\u00e9ponyme historique et les acronymes biom\u00e9dicaux normalis\u00e9s. On rencontre ainsi fr\u00e9quemment des formules appos\u00e9es comme \u00ab la forme Bielschowsky \u00bb, \u00ab le variant de Jansky-Bielschowsky \u00bb, ou plus formellement \u00ab la lipofuscinose neuronale \u00e0 c\u00e9ro\u00efde de type 2 (CLN2 infantile tardive) \u00bb. Dans les contextes francophones m\u00e9dico-psychologiques, l&rsquo;utilisation de l&rsquo;\u00e9ponyme demeure utile pour d\u00e9signer le tableau ph\u00e9notypique classique associant l&rsquo;\u00e2ge de survenue infantile tardif et la cin\u00e9tique clinique de r\u00e9gression cognitive rapide.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La maladie de Bielschowsky s&rsquo;articule autour d&rsquo;une cascade physiopathologique conduisant \u00e0 la mort pr\u00e9matur\u00e9e des cellules neuronales du cortex c\u00e9r\u00e9bral, du cervelet et de la r\u00e9tine. Au c\u0153ur de cette dynamique se trouve une mutation bi-all\u00e9lique du g\u00e8ne <em>TPP1<\/em> situ\u00e9 sur le chromosome 11 (locus 11p15.4), responsable d&rsquo;un effondrement ou d&rsquo;une abolition totale de l&rsquo;activit\u00e9 enzymatique de la tripeptidyl-peptidase 1. Cette enzyme est une exopeptidase lysosomale dont la fonction normale consiste \u00e0 cliver s\u00e9quentiellement des tripeptides \u00e0 partir de l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 N-terminale des prot\u00e9ines destin\u00e9es \u00e0 la d\u00e9gradation. En son absence, les r\u00e9sidus peptidiques et lipidiques s&rsquo;agglom\u00e8rent en masses intracytoplasmiques r\u00e9sistantes, visualis\u00e9es au microscope \u00e9lectronique sous l&rsquo;aspect caract\u00e9ristique de corps curvilignes (\u00ab curvilinear bodies \u00bb).<\/p>\n<p>L&rsquo;accumulation pathologique de ces agr\u00e9gats de lipopigments ne constitue pas un simple encombrement spatial inerte. Elle d\u00e9clenche un stress oxydatif majeur, une dysfonction mitochondriale secondaire, une alt\u00e9ration de l&rsquo;autophagie cellulaire et une r\u00e9action neuro-inflammatoire chronique domin\u00e9e par l&rsquo;activation microgliale et astrocytaire. Ces perturbations biochimiques induisent une apoptose neuronale s\u00e9lective et massive. Le cortex c\u00e9r\u00e9bral subit une atrophie progressive fulgurante, particuli\u00e8rement marqu\u00e9e dans les r\u00e9gions pr\u00e9frontales, temporales et pari\u00e9tales, tandis que le cervelet perd pr\u00e9cocement ses cellules de Purkinje, expliquant l&rsquo;effondrement moteur et l&rsquo;ataxie pr\u00e9coce qui caract\u00e9risent la maladie.<\/p>\n<p>Du point de vue du d\u00e9veloppement cognitif et psychologique, l&rsquo;affection brise une trajectoire d&rsquo;acquisition normale ou subnormale. Entre deux et trois ans, l&rsquo;enfant pr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ralement une acquisition des premiers jalons moteurs et linguistiques, bien qu&rsquo;une analyse r\u00e9trospective r\u00e9v\u00e8le fr\u00e9quemment un retard d&rsquo;apparition des premiers mots ou des phrases \u00e9l\u00e9mentaires. L&rsquo;irruption de la maladie se manifeste typiquement par des crises convulsives f\u00e9briles ou af\u00e9briles qui marquent une rupture franche. D\u00e8s lors, le d\u00e9veloppement ne stagne pas : il r\u00e9gresse activement. Les processus de m\u00e9moire de travail, la fluence verbale, la compr\u00e9hension conceptuelle et l&rsquo;organisation spatiale s&rsquo;effritent \u00e0 une vitesse d\u00e9concertante, confrontant les observateurs \u00e0 l&rsquo;installation d&rsquo;une v\u00e9ritable d\u00e9mence chez un sujet d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire.<\/p>\n<p>Sur le plan affectif et comportemental, cette d\u00e9gradation c\u00e9r\u00e9brale globale se traduit par des perturbations \u00e9motionnelles majeures. Les enfants traversent souvent des phases d&rsquo;irritabilit\u00e9 inexplicable, d&rsquo;agitation motrice anarchique, de labilit\u00e9 \u00e9motionnelle intense et de troubles massifs du sommeil. Ces manifestations comportementales refl\u00e8tent \u00e0 la fois la d\u00e9sinhibition frontale cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;atrophie corticale et la d\u00e9tresse psychologique primaire v\u00e9cue par l&rsquo;enfant face \u00e0 la perte brutale de ses rep\u00e8res sensoriels, linguistiques et praxiques, avant que l&rsquo;alt\u00e9ration de l&rsquo;\u00e9tat de conscience et le d\u00e9clin cognitif avanc\u00e9 ne diminuent la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle visible.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la maladie de Bielschowsky s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;effort s\u00e9culaire de d\u00e9membrement des idioties amaurotiques familiales, un ensemble syndromique initialement unifi\u00e9 au XIXe si\u00e8cle apr\u00e8s les descriptions fondatrices de Warren Tay et de Bernard Sachs relatives \u00e0 la gangliosidose \u00e0 GM2. Au tournant du XXe si\u00e8cle, plusieurs neuropathologistes europ\u00e9ens observ\u00e8rent que tous les enfants atteints d&rsquo;un tableau d&rsquo;amaurose et de d\u00e9ch\u00e9ance cognitive ne pr\u00e9sentaient pas la tache rouge cerise maculaire caract\u00e9ristique de la maladie de Tay-Sachs, ni le m\u00eame \u00e2ge de d\u00e9but.<\/p>\n<p>En 1905, Max Bielschowsky d\u00e9crivit avec une rigueur microscopique sans pr\u00e9c\u00e9dent trois fr\u00e8res et s\u0153urs dont les sympt\u00f4mes avaient d\u00e9but\u00e9 vers l&rsquo;\u00e2ge de trois \u00e0 quatre ans, caract\u00e9ris\u00e9s par une atrophie c\u00e9r\u00e9belleuse pro\u00e9minente et une prolif\u00e9ration de d\u00e9p\u00f4ts pigmentaires autofluorescents sans alt\u00e9ration gangliosidique primitive. Peu de temps apr\u00e8s, en 1908, Jan Jansk\u00fd documenta ind\u00e9pendamment une s\u00e9rie similaire en Boh\u00eame, fixant le cadre clinique de la forme infantile tardive. Ces contributions permirent d&rsquo;isoler cette variante de la forme infantile pr\u00e9coce de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_de_Haltia-Santavuori\">Haltia-Santavuori<\/a> (CLN1) et de la forme juv\u00e9nile de Spielmeyer-Vogt-Sj\u00f6gren (CLN3).<\/p>\n<p>Pendant plusieurs d\u00e9cennies, la classification demeura morphologique et ultrastructurale. Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, l&rsquo;av\u00e8nement de la microscopie \u00e9lectronique par Svennerholm, Zeman et Donahue permit de mettre en \u00e9vidence la composition sp\u00e9cifique des inclusions cellulaires (corps curvilignes dans la maladie de Bielschowsky, corps en empreintes digitales dans la forme juv\u00e9nile), conduisant Zeman \u00e0 forger le terme unifi\u00e9 de \u00ab lipofuscinoses neuronales \u00e0 c\u00e9ro\u00efde \u00bb (NCL) pour affranchir ces maladies du groupe des gangliosidoses.<\/p>\n<p>Le tournant mol\u00e9culaire s&rsquo;op\u00e9ra en 1997 lorsque l&rsquo;\u00e9quipe de David Sleat et Peter Lobel d\u00e9couvrit le g\u00e8ne causal <em>CLN2<\/em> (rebaptis\u00e9 ult\u00e9rieurement <em>TPP1<\/em>) et identifia la carence en tripeptidyl-peptidase 1. Cette d\u00e9couverte fondamentale a ouvert la voie \u00e0 l&rsquo;\u00e8re contemporaine des th\u00e9rapeutiques cibl\u00e9es, marqu\u00e9e en 2017 par l&rsquo;approbation internationale de la <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Cerliponase_alfa\">cerliponase alfa<\/a>, une th\u00e9rapie enzymatique substitutive administr\u00e9e directement par voie intrac\u00e9r\u00e9broventriculaire, modifiant radicalement l&rsquo;histoire naturelle autrefois universellement l\u00e9tale de la maladie.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>Le mod\u00e8le th\u00e9orique sous-jacent \u00e0 la maladie de Bielschowsky repose sur la biologie cellulaire du lysosome en tant que carrefour r\u00e9gulateur de l&rsquo;hom\u00e9ostasie prot\u00e9ique et \u00e9nerg\u00e9tique. Dans le paradigme neurobiologique standard, le lysosome n&rsquo;est pas un simple compartiment de recyclage des d\u00e9chets cellulaires, mais une plateforme de signalisation int\u00e9grant les voies m\u00e9taboliques majeures, notamment le complexe mTORC1, la biogen\u00e8se mitochondriale et le contr\u00f4le de l&rsquo;autophagie. La carence en TPP1 interrompt brutalement cette cha\u00eene trophique neuronale.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neuropsychopathologique, la maladie offre une illustration saisissante de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 s\u00e9lective des circuits neuronaux. Contrairement aux pathologies pan-corticales uniformes, la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence dans la forme CLN2 frappe pr\u00e9cocement le syst\u00e8me c\u00e9r\u00e9bello-thalamo-cortical et les couches corticales profondes. Cette topographie l\u00e9sionnelle explique l&rsquo;apparition conjointe de signes c\u00e9r\u00e9belleux (ataxie, dysm\u00e9trie) et de ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9pileptiques myocloniques hautement r\u00e9fractaires, caract\u00e9ristiques de circuits inhibiteurs gabaergiques pr\u00e9cocement d\u00e9faillants.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la th\u00e9orie du d\u00e9veloppement neuropsychologique de Vygotski et les mod\u00e8les piag\u00e9tiens fournissent un cadre d&rsquo;analyse conceptuelle pertinent pour comprendre la r\u00e9gression observ\u00e9e. Alors que l&rsquo;enfant se situe au stade pr\u00e9op\u00e9ratoire, caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;\u00e9mergence rapide de la pens\u00e9e symbolique, du langage narratif et de la socialisation par le jeu, la perte des connexions synaptiques d\u00e9truit les sch\u00e8mes cognitifs r\u00e9cemment acquis. On n&rsquo;assiste pas seulement \u00e0 une interruption de la plasticit\u00e9 d\u00e9veloppementale, mais \u00e0 un d\u00e9mant\u00e8lement r\u00e9trograde des fonctions ex\u00e9cutives et symboliques, inversant de mani\u00e8re brutale les \u00e9tapes de l&rsquo;ontogen\u00e8se cognitive.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse clinique et ph\u00e9notypique de la maladie de Bielschowsky met en jeu plusieurs dimensions s\u00e9miologiques, g\u00e9n\u00e9tiques et neuropsychologiques intriqu\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><strong>Dimension neuro-enzymatique et g\u00e9n\u00e9tique :<\/strong> La s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 ph\u00e9notypique est directement li\u00e9e au type de mutation sur le g\u00e8ne <em>TPP1<\/em>. Les mutations non-sens ou les anomalies d&rsquo;\u00e9pissage nulles conduisent \u00e0 une activit\u00e9 enzymatique ind\u00e9tectable (&lt; 1 %), provoquant la forme classique pr\u00e9coce et foudroyante. Certaines mutations faux-sens rares conservent une activit\u00e9 r\u00e9siduelle minime, d\u00e9bouchant sur des formes atypiques ou \u00e0 d\u00e9but tardif prolong\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;adolescence<\/span>.<\/li>\n<li><strong>Dimension neuropsychiatrique et cognitive :<\/strong> Elle se caract\u00e9rise par un d\u00e9clin progressif d\u00e9butant par des troubles phasiques (perte de la fluidit\u00e9 lexicale, agrammatisme r\u00e9gressif, aphasie r\u00e9ceptive), suivi d&rsquo;un effondrement des fonctions gnosiques et praxiques, aboutissant \u00e0 une d\u00e9t\u00e9rioration intellectuelle globale et terminale.<\/li>\n<li><strong>Dimension \u00e9pileptog\u00e8ne :<\/strong> L&rsquo;\u00e9pilepsie constitue une composante centrale et invalidante. Elle associe des crises tonico-cloniques g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, des absences atypiques, des crises atoniques provoquant des chutes traumatiques fr\u00e9quentes, et surtout des myoclonies d&rsquo;action ou de repos particuli\u00e8rement r\u00e9sistantes aux anti\u00e9pileptiques conventionnels.<\/li>\n<li><strong>Dimension sensorielle et visuelle :<\/strong> La r\u00e9tinopathie pigmentaire avec perte progressive des photor\u00e9cepteurs et l&rsquo;atrophie optique conduisent in\u00e9vitablement \u00e0 une c\u00e9cit\u00e9 compl\u00e8te (amaurose), survenant g\u00e9n\u00e9ralement entre quatre et six ans, aggravant la d\u00e9sorientation spatiale et l&rsquo;isolement cognitif de l&rsquo;enfant.<\/li>\n<li><strong>Dimension motrice et posturale :<\/strong> Le syndrome c\u00e9r\u00e9bello-pyramidal se traduit par une ataxie transe-axiale et locomotrice pr\u00e9coce, une hypertonie spastique, des contractures musculaires douloureuses et une perte progressive de la marche autonome, contraignant l&rsquo;enfant au fauteuil roulant puis \u00e0 un d\u00e9cubitus total.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la dynamique clinique et neuropsychologique de l&rsquo;affection, consid\u00e9rons le tableau repr\u00e9sentatif d&rsquo;une jeune patiente, Emma, \u00e2g\u00e9e de 3 ans et 2 mois. Jusqu&rsquo;alors, son d\u00e9veloppement a suscit\u00e9 peu d&rsquo;inqui\u00e9tudes en dehors d&rsquo;un vocabulaire expressif plus restreint que celui de ses pairs du m\u00eame \u00e2ge, attribu\u00e9 par son entourage \u00e0 une simple variabilit\u00e9 d\u00e9veloppementale b\u00e9nigne. Soudainement, Emma pr\u00e9sente une premi\u00e8re crise motrice g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de survenue nocturne, d&rsquo;allure tonico-clonique. Six semaines plus tard, des myoclonies discr\u00e8tes apparaissent aux membres sup\u00e9rieurs, provoquant des l\u00e2chages d&rsquo;objets intempestifs initialement confondus avec de la maladresse motrice.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, les \u00e9valuations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es mettent en \u00e9vidence une \u00e9rosion acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des comp\u00e9tences : les phrases de trois mots formul\u00e9es \u00e0 3 ans laissent place \u00e0 des vocalisations monosyllabiques fragment\u00e9es \u00e0 3 ans et demi. Au jardin d&rsquo;enfants, l&rsquo;\u00e9quipe p\u00e9dagogique note une incapacit\u00e9 progressive \u00e0 suivre les consignes simples, une instabilit\u00e9 attentionnelle majeure et des crises de panique d\u00e9clench\u00e9es par les modifications de l&rsquo;environnement physique, annonciatrices de la baisse d&rsquo;acuit\u00e9 visuelle. \u00c0 l&rsquo;\u00e2ge de 4 ans, Emma ne marche plus sans soutien bilat\u00e9ral en raison d&rsquo;une ataxie c\u00e9r\u00e9belleuse prononc\u00e9e et pr\u00e9sente des sursauts myocloniques massifs induits par la stimulation sonore (hyper-r\u00e9flexie auditive ou \u00ab photomyoclonies \u00bb).<\/p>\n<p>Un autre cas repr\u00e9sentatif, celui d&rsquo;un variant plus rare \u00e0 d\u00e9but retard\u00e9, peut \u00eatre observ\u00e9 chez un jeune gar\u00e7on de 6 ans pr\u00e9sentant des difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage de la lecture, une impulsivit\u00e9 motrice et des anomalies subtiles de la coordination dynamique g\u00e9n\u00e9rale. L&rsquo;apparition tardive de crises d&rsquo;absence et d&rsquo;une dystonie unilat\u00e9rale \u00e9gare initialement le diagnostic vers un trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec hyperactivit\u00e9 (TDAH) associ\u00e9 \u00e0 une \u00e9pilepsie idiopathique, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;examen du fond d&rsquo;\u0153il et le bilan enzymatique ne redressent le diagnostic vers une mutation atypique de <em>TPP1<\/em>. Ces exemples soulignent l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des seuils de bascule clinique, tout en rappelant la constance de la rupture dans les apprentissages scolaires et relationnels.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et diagnostic neuropsychologique<\/h3>\n<p>Le diagnostic de la maladie de Bielschowsky a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de standardisations m\u00e9thodologiques rigoureuses visant \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;errance diagnostique, historiquement \u00e9valu\u00e9e \u00e0 plus de deux ans apr\u00e8s l&rsquo;apparition des premiers signes cliniques. Le parcours d&rsquo;investigation combine biochimie enzymatique, analyse g\u00e9n\u00e9tique, explorations neurophysiologiques et protocoles d&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique p\u00e9diatrique sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation quantitative du d\u00e9clin s&rsquo;effectue principalement au moyen de l&rsquo;\u00e9chelle clinique de Hambourg (<em>Hamburg CLN2 Clinical Rating Scale<\/em>), qui quantifie sur une \u00e9chelle de 0 \u00e0 3 points quatre domaines majeurs : la motricit\u00e9, le langage, la vision et le contr\u00f4le des crises convulsives. Le score combin\u00e9 moteur et langagier (allant de 6 \u00e0 0) repr\u00e9sente le marqueur \u00e9talon utilis\u00e9 tant dans le suivi pronostique que dans l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique. En psychologie du d\u00e9veloppement, les instruments classiques de mesure du quotient de d\u00e9veloppement (tels que l&rsquo;\u00e9chelle de d\u00e9veloppement de Griffiths, le <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Bayley_Scales_of_Infant_and_Toddler_Development\">Bayley Scales of Infant and Toddler Development<\/a> ou les \u00e9chelles de Wechsler adapt\u00e9es aux tout-petits) mettent en relief un profil de d\u00e9clin global non homog\u00e8ne, o\u00f9 les items n\u00e9cessitant une praxie fine et une int\u00e9gration visuo-motrice chutent pr\u00e9cocement par rapport aux comp\u00e9tences socio-affectives r\u00e9siduelles.<\/p>\n<p>Sur le plan paraclinique neurologique, le test le plus discriminant et rapide consiste en la mesure de l&rsquo;activit\u00e9 enzymatique de la TPP1 dans les leucocytes sanguins ou les taches de sang s\u00e9ch\u00e9 (DBS, <em>Dried Blood Spot<\/em>), coupl\u00e9e au s\u00e9quen\u00e7age g\u00e9n\u00e9tique direct du g\u00e8ne <em>TPP1<\/em>. L&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroenc%C3%A9phalographie\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a> (EEG) apporte un signe d&rsquo;alerte hautement suggestif : la pr\u00e9sence d&rsquo;une r\u00e9ponse photo-paroxystique anormale \u00e0 une stimulation lumineuse intermittente \u00e0 basse fr\u00e9quence (1 \u00e0 2 Hz), caract\u00e9ris\u00e9e par des pointes-ondes occipitales g\u00e9antes synchrones \u00e0 chaque \u00e9clair lumineux. L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale confirme la d\u00e9perdition parenchymateuse par une atrophie c\u00e9r\u00e9belleuse bilat\u00e9rale pr\u00e9coce et marqu\u00e9e, suivie d&rsquo;une atrophie c\u00e9r\u00e9brale cortico-sous-corticale diffuse et d&rsquo;un hypersignal de la substance blanche p\u00e9riventriculaire en s\u00e9quence T2\/FLAIR.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La prise en charge de la maladie de Bielschowsky a connu une r\u00e9volution conceptuelle avec la mise en \u0153uvre des th\u00e9rapies intrac\u00e9r\u00e9brales directes. L&rsquo;administration intraventriculaire bimensuelle de cerliponase alfa par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;un r\u00e9servoir d&rsquo;Ommaya sous-cutan\u00e9 permet de restaurer artificiellement l&rsquo;activit\u00e9 prot\u00e9olytique dans le syst\u00e8me nerveux central. Sur le plan neuropsychologique, l&rsquo;instauration pr\u00e9coce de ce traitement a d\u00e9montr\u00e9 une capacit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 stabiliser ou \u00e0 freiner consid\u00e9rablement le d\u00e9clin des fonctions motrices et langagi\u00e8res, transformant radicalement le pronostic fonctionnel des enfants trait\u00e9s d\u00e8s la phase pr\u00e9symptomatique ou paucisymptomatique.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&rsquo;intervention pharmacologique innovante, la prise en charge clinique quotidienne exige un travail psychoth\u00e9rapeutique et orthophonique adapt\u00e9. L&rsquo;orthophonie et l&rsquo;ergoth\u00e9rapie interviennent non pas dans un objectif illusoire de rem\u00e9diation cognitive classique, mais dans une strat\u00e9gie de compensation environnementale et de pr\u00e9servation du lien communicatif. L&rsquo;introduction pr\u00e9coce d&rsquo;outils de communication alternative et am\u00e9lior\u00e9e (CAA) \u2014 pictogrammes contrast\u00e9s, synth\u00e9tiseurs vocaux adapt\u00e9s, stimulation tactile \u2014 permet de prolonger les \u00e9changes interpersonnels avant la perte sensorielle et motrice terminale.<\/p>\n<p>Le soutien psychologique apport\u00e9 aux parents et aux fratries constitue un axe fondamental de la pratique. L&rsquo;annonce d&rsquo;une pathologie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative l\u00e9tale plonge la dynamique familiale dans un traumatisme psychique profond, souvent qualifi\u00e9 de deuil blanc ou de perte ambigu\u00eb : les parents accompagnent la disparition cognitive progressive d&rsquo;un enfant pourtant physiquement pr\u00e9sent. Les \u00e9quipes de soins palliatifs p\u00e9diatriques et les psychologues sp\u00e9cialis\u00e9s jouent un r\u00f4le de premier plan pour soutenir la parentalit\u00e9, pr\u00e9venir l&rsquo;\u00e9puisement des aidants, r\u00e9guler l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 li\u00e9e aux crises \u00e9pileptiques impr\u00e9visibles et faciliter les transitions complexes vers les soins de confort.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche sur la forme CLN2 a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des donn\u00e9es empiriques cruciales au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, servant de prototype pour l&rsquo;\u00e9tude des maladies rares du syst\u00e8me nerveux central. Les \u00e9tudes cliniques multicentriques men\u00e9es par Angela Schulz et ses collaborateurs (notamment les essais pivots publi\u00e9s dans le <em>New England Journal of Medicine<\/em> en 2018) ont suivi des cohortes d&rsquo;enfants trait\u00e9s par cerliponase alfa en comparaison avec des cohortes d&rsquo;histoire naturelle rigoureusement document\u00e9es. Les r\u00e9sultats ont d\u00e9montr\u00e9 que le taux de d\u00e9clin des scores moteurs et linguistiques \u00e9tait ralenti d&rsquo;au moins 80 % chez les patients trait\u00e9s par rapport aux contr\u00f4les historiques non trait\u00e9s.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les donn\u00e9es scientifiques contemporaines r\u00e9v\u00e8lent une limite biologique majeure de la th\u00e9rapie enzymatique par perfusion c\u00e9r\u00e9broventriculaire : la cerliponase alfa ne franchit pas efficacement la barri\u00e8re h\u00e9mato-r\u00e9tinienne. En cons\u00e9quence, les enfants dont la motricit\u00e9 et les fonctions cognitives globales sont stabilis\u00e9es continuent de subir une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence progressive de la r\u00e9tine, aboutissant \u00e0 une c\u00e9cit\u00e9 in\u00e9luctable. Cette discordance neuro-sensorielle a stimul\u00e9 de nouvelles recherches translationnelles ax\u00e9es sur la th\u00e9rapie g\u00e9nique intra-oculaire m\u00e9di\u00e9e par des vecteurs ad\u00e9no-associ\u00e9s (AAV), ainsi que sur des protocoles d&rsquo;administration combin\u00e9e d&rsquo;enzymes recombinantes dans le vitr\u00e9 pour sauvegarder les facult\u00e9s visuelles.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres investigations s&rsquo;int\u00e9ressent aux biomarqueurs pr\u00e9coces de la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence. Les travaux sur les cha\u00eenes l\u00e9g\u00e8res des neurofilaments (NfL) s\u00e9riques et intrath\u00e9caux ont d\u00e9montr\u00e9 que les concentrations de NfL sont massivement \u00e9lev\u00e9es d\u00e8s les stades pr\u00e9symptomatiques de la maladie, refl\u00e9tant l&rsquo;intensit\u00e9 des l\u00e9sions axonales en cours. La quantification des neurofilaments \u00e9merge d\u00e9sormais comme un outil pronostique majeur permettant de monitorer la r\u00e9ponse biologique aux th\u00e9rapies cibl\u00e9es avant m\u00eame que les variations ne soient d\u00e9celables sur les \u00e9chelles neuropsychologiques standardis\u00e9es.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et soci\u00e9tales<\/h3>\n<p>L&rsquo;impact de la maladie de Bielschowsky s&rsquo;articule \u00e9troitement avec les contextes socioculturels et l&rsquo;organisation des syst\u00e8mes de sant\u00e9 publique. Dans les pays disposant de plateformes diagnostiques avanc\u00e9es et de programmes d&rsquo;acc\u00e8s pr\u00e9coce aux mol\u00e9cules innovantes, le pronostic et la trajectoire des enfants atteints diff\u00e8rent substantiellement de ceux observ\u00e9s dans les pays \u00e0 ressources limit\u00e9es. L&rsquo;iniquit\u00e9 mondiale d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 des th\u00e9rapies biologiques extr\u00eamement co\u00fbteuses soul\u00e8ve des d\u00e9bats \u00e9thiques et m\u00e9dico-\u00e9conomiques intenses quant \u00e0 la prise en charge des maladies orphelines.<\/p>\n<p>L&rsquo;acceptation du d\u00e9pistage n\u00e9onatal constitue un autre enjeu culturel et \u00e9thique capital. Dans plusieurs juridictions et pays d&rsquo;Europe et d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, l&rsquo;int\u00e9gration du d\u00e9pistage de la d\u00e9ficience en TPP1 au sein du panel de d\u00e9pistage n\u00e9onatal syst\u00e9matique fait l&rsquo;objet de projets pilotes et de plaidoyers associatifs soutenus. D\u00e9tecter l&rsquo;anomalie g\u00e9n\u00e9tique avant l&rsquo;installation des l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales irr\u00e9versibles transforme l&rsquo;avenir de l&rsquo;enfant, mais confronte les familles et les g\u00e9n\u00e9ticiens aux dilemmes psychologiques inh\u00e9rents \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;une pathologie l\u00e9tale latente chez un nouveau-n\u00e9 asymptomatique.<\/p>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience subjective de la maladie varie \u00e9galement selon les repr\u00e9sentations culturelles de la d\u00e9mence et du handicap p\u00e9diatrique. Dans certains contextes culturels, la survenue soudaine de convulsions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et le retrait interactif de l&rsquo;enfant peuvent \u00eatre mal compris, entra\u00eenant stigmatisation sociale, isolement de la cellule familiale ou recours exclusif \u00e0 des explications magico-religieuses avant toute consultation hospitali\u00e8re. La cr\u00e9ation d&rsquo;associations internationales de familles de patients CLN2 a largement contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9mythifier la maladie, \u00e0 structurer la pair-aidance et \u00e0 porter la voix des parents aupr\u00e8s des instances r\u00e9glementaires et scientifiques.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 les avanc\u00e9es diagnostiques, la maladie de Bielschowsky soul\u00e8ve d&rsquo;importantes controverses m\u00e9thodologiques et cliniques. L&rsquo;un des d\u00e9bats les plus vifs concerne la fen\u00eatre temporelle d&rsquo;intervention. Dans la mesure o\u00f9 les th\u00e9rapies de substitution enzymatique stabilisent les acquis sans restaurer le tissu neuronal d\u00e9j\u00e0 d\u00e9truit, l&rsquo;administration d&rsquo;un traitement lourd, invasif et on\u00e9reux chez un enfant diagnostiqu\u00e9 tardivement \u2014 d\u00e9j\u00e0 non communicant, aveugle et grabataire \u2014 pose des questions \u00e9thiques fondamentales quant \u00e0 la proportionnalit\u00e9 des soins et au risque d&rsquo;acharnement th\u00e9rapeutique prolongeant un \u00e9tat de souffrance palliative.<\/p>\n<p>Une autre limite r\u00e9side dans la classification ph\u00e9notypique traditionnelle. La dichotomie rigide entre formes infantiles tardives classiques, formes juv\u00e9niles et formes atypiques adultes est aujourd&rsquo;hui remise en cause par la g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire. Il existe un continuum biologique complexe d\u00e9termin\u00e9 par plus de 130 mutations distinctes identifi\u00e9es sur le locus <em>TPP1<\/em>, influenc\u00e9 par des modificateurs g\u00e9n\u00e9tiques et \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques encore m\u00e9connus. Classifier un patient sous l&rsquo;\u00e9tiquette historique de Bielschowsky peut masquer des singularit\u00e9s \u00e9volutives propres \u00e0 chaque mutation.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan des instruments de mesure, l&rsquo;\u00e9chelle clinique de Hambourg, bien qu&rsquo;universellement employ\u00e9e dans les essais cliniques r\u00e9glementaires, est critiqu\u00e9e par de nombreux neuropsychologues pour son manque de sensibilit\u00e9 aux modifications fines du fonctionnement cognitif sup\u00e9rieur. Ax\u00e9e sur des paliers moteurs et de langage fonctionnel brut, elle ne capte ni les fluctuations psycho-\u00e9motionnelles subtiles, ni la d\u00e9gradation \u00e9lective de la m\u00e9moire sociale, ni les b\u00e9n\u00e9fices \u00e9ventuels d&rsquo;am\u00e9nagements de confort neuropsychologique sur la qualit\u00e9 de vie ressentie par l&rsquo;enfant et sa famille.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Le diagnostic diff\u00e9rentiel de la maladie de Bielschowsky exige une distinction rigoureuse d&rsquo;avec plusieurs pathologies m\u00e9taboliques et neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives partageant des signes cliniques initiaux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Maladie de Tay-Sachs (Gangliosidose \u00e0 GM2) :<\/strong> D\u00e9bute plus pr\u00e9cocement (vers 3 \u00e0 6 mois), se caract\u00e9rise par une r\u00e9action de sursaut acoustique sans myoclonies photiques comparables, pr\u00e9sente la classique tache rouge cerise au fond d&rsquo;\u0153il et r\u00e9sulte d&rsquo;un d\u00e9ficit en b\u00eata-hexosaminidase A.<\/li>\n<li><strong>Maladie de Santavuori-Haltia (CLN1) :<\/strong> Forme infantile pr\u00e9coce de c\u00e9ro\u00efde-lipofuscinose li\u00e9e au d\u00e9ficit en palmitoyl-prot\u00e9ine thioest\u00e9rase 1 (PPT1), caract\u00e9ris\u00e9e par un d\u00e9but avant l&rsquo;\u00e2ge de 2 ans, une microc\u00e9phalie acquise rapide et un trac\u00e9 EEG pr\u00e9cocement plat ou d\u00e9structur\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Maladie de Spielmeyer-Vogt-Sj\u00f6gren (CLN3) :<\/strong> Forme juv\u00e9nile dont le sympt\u00f4me d&rsquo;appel inaugural est une baisse d&rsquo;acuit\u00e9 visuelle isol\u00e9e entre 4 et 8 ans, le d\u00e9clin cognitif, l&rsquo;\u00e9pilepsie et les troubles comportementaux ne s&rsquo;installant que plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s la c\u00e9cit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Rett :<\/strong> Partage la notion de r\u00e9gression des acquis moteurs et manuels chez les filles apr\u00e8s une phase de d\u00e9veloppement normal, mais s&rsquo;accompagne de st\u00e9r\u00e9otypies manuelles caract\u00e9ristiques (torsion, lavage des mains) et d&rsquo;une mutation du g\u00e8ne <em>MECP2<\/em>, sans surcharge lysosomale \u00e0 corps curvilignes.<\/li>\n<li><strong>\u00c9pilepsies myocloniques progressives (syndrome d&rsquo;Unverricht-Lundborg, maladie de Lafora) :<\/strong> Surviennent plus tardivement durant l&rsquo;enfance moyenne ou l&rsquo;adolescence, marqu\u00e9es par une ataxie et des myoclonies s\u00e9v\u00e8res, mais avec un d\u00e9clin cognitif initialement moins foudroyant que dans la forme CLN2.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La maladie de Bielschowsky (c\u00e9ro\u00efde-lipofuscinose neuronale de type 2, CLN2) constitue une pathologie lysosomale neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative d&rsquo;une exceptionnelle gravit\u00e9 p\u00e9diatrique, caus\u00e9e par des mutations du g\u00e8ne <em>TPP1<\/em> conduisant \u00e0 l&rsquo;accumulation cytotoxique de lipopigments dans le n\u00e9ocortex, le cervelet et la r\u00e9tine. Le tableau clinique standard d\u00e9bute typiquement entre 2 et 4 ans chez un enfant pr\u00e9sentant souvent un retard ant\u00e9rieur discret du langage, d\u00e9clench\u00e9 par l&rsquo;irruption brutale de crises convulsives pharmacor\u00e9sistantes, d&rsquo;une ataxie locomotrice et d&rsquo;un d\u00e9mant\u00e8lement cognitif g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 aboutissant \u00e0 une d\u00e9mence infantile.<\/p>\n<p>Le diagnostic repose imp\u00e9rativement sur la triade combinant le dosage de l&rsquo;activit\u00e9 enzymatique de la tripeptidyl-peptidase 1, le s\u00e9quen\u00e7age g\u00e9n\u00e9tique et les anomalies neurophysiologiques sp\u00e9cifiques \u00e0 la stimulation lumineuse intermittente lente sur l&rsquo;EEG. Si la maladie conduisait historiquement et de fa\u00e7on constante \u00e0 un \u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif et \u00e0 un d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9coce au d\u00e9but de la deuxi\u00e8me d\u00e9cennie de vie, l&rsquo;introduction de l&rsquo;enzymoth\u00e9rapie intrac\u00e9r\u00e9broventriculaire (cerliponase alfa) permet d\u00e9sormais de ralentir consid\u00e9rablement le d\u00e9clin neuro-moteur. Une telle avanc\u00e9e souligne l&rsquo;importance imp\u00e9rieuse d&rsquo;un rep\u00e9rage diagnostique pr\u00e9coce et d&rsquo;un accompagnement psychologique et neuropsychologique continu pour l&rsquo;enfant et sa cellule familiale.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bielschowsky, M. (1905). \u00dcber sp\u00e4t-infantile famili\u00e4re amaurotische Idiotie mit Kleinhirnsymptomen. <em>Deutsche Zeitschrift f\u00fcr Nervenheilkunde<\/em>, 29(4-6), 337-346.<\/li>\n<li>Lobel, P., Sleat, D. E., Sohar, I., &amp; Donnelly, R. J. (1997). Association of mutations in a lysosomal protein with classical late-infantile neuronal ceroid lipofuscinosis. <em>Science<\/em>, 277(5333), 1802-1805. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.277.5333.1802\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.277.5333.1802<\/a><\/li>\n<li>Mole, S. E., &amp; Cotman, S. L. (2015). Genetics of the neuronal ceroid lipofuscinoses (Batten disease). <em>Biochimica et Biophysica Acta (BBA) &#8211; Molecular Basis of Disease<\/em>, 1852(10), 2237-2241. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.bbadis.2015.05.011\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.bbadis.2015.05.011<\/a><\/li>\n<li>Schulz, A., Ajayi, T., Specchio, N., de Los Reyes, E., Gissen, P., Ballon, D., &#8230; &amp; Kohlsch\u00fctter, A. (2018). Study of intraventricular cerliponase alfa for CLN2 disease. <em>New England Journal of Medicine<\/em>, 378(20), 1898-1907. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMoa1712649\">https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMoa1712649<\/a><\/li>\n<li>Williams, R. E., Adams, H. R., Blohm, M., Cohen-Pfeffer, J. L., de Los Reyes, E., Denecke, J., &#8230; &amp; Schulz, A. (2017). Management strategies for CLN2 disease. <em>Pediatric Neurology<\/em>, 69, 102-112. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.pediatrneurol.2017.01.034\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.pediatrneurol.2017.01.034<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La maladie de Bielschowsky (CLN2 infantile tardive) est une affection neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative g\u00e9n\u00e9tique rare caract\u00e9ris\u00e9e par une r\u00e9gression psychomotrice, une \u00e9pilepsie r\u00e9fractaire et un d\u00e9clin cognitif s\u00e9v\u00e8re d\u00e8s la petite enfance.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[32770,1045,13093],"tags":[36952,36948,36947,36949,36946,36951,36950],"class_list":["post-22002","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-maladies-rares","category-neurologie","category-neuropsychologie-pediatrique","tag-cerliponase-alfa","tag-ceroide-lipofuscinose-neuronale","tag-cln2","tag-demence-infantile","tag-maladie-de-bielschowsky","tag-neurodegenerescence-pediatrique","tag-tpp1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22002","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22002\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22002"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22002"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22002"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}