{"id":21989,"date":"2026-10-26T17:06:17","date_gmt":"2026-10-26T17:06:17","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=balayage-biaise-psychologie"},"modified":"2026-10-26T17:06:17","modified_gmt":"2026-10-26T17:06:17","slug":"balayage-biaise-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=balayage-biaise-psychologie","title":{"rendered":"Balayage biais\u00e9 : L&rsquo;art de l&rsquo;auto-persuasion"},"content":{"rendered":"<p>Le <strong>balayage biais\u00e9<\/strong> d\u00e9signe un processus cognitif par lequel un individu explore s\u00e9lectivement sa m\u00e9moire, ses connaissances et son environnement afin d&rsquo;identifier des arguments et des preuves favorables \u00e0 une position donn\u00e9e, tout en inhibant ou en ignorant les \u00e9l\u00e9ments contradictoires. Observ\u00e9 principalement dans les contextes de jeu de r\u00f4le et de plaidoyer contre-attitudinal, ce m\u00e9canisme constitue l&rsquo;un des piliers explicatifs de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Persuasion\">auto-persuasion<\/a> et de la modification durable des attitudes en psychologie sociale et cognitive.<\/p>\n<h2>Le balayage biais\u00e9<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le concept de balayage biais\u00e9 (traduction de l&rsquo;anglais <em>biased scanning<\/em>) renvoie \u00e0 une op\u00e9ration mentale d&rsquo;exploration dirig\u00e9e et s\u00e9lective de l&rsquo;information au sein du r\u00e9pertoire mn\u00e9sique ou de l&rsquo;environnement imm\u00e9diat. D\u00e9velopp\u00e9e originellement pour expliquer comment la d\u00e9fense active d&rsquo;une position modifie l&rsquo;attitude de l&rsquo;\u00e9metteur, cette notion postule que le sujet sollicit\u00e9 pour d\u00e9fendre une th\u00e8se proc\u00e8de \u00e0 une recherche pr\u00e9f\u00e9rentielle d&rsquo;arguments, d&rsquo;exemples et de justifications congruents avec cette orientation.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, la personne n&rsquo;adopte pas une posture d&rsquo;analyste neutre pesant \u00e9quitablement le pour et le contre, mais endosse le r\u00f4le d&rsquo;un avocat interne charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9chafauder le meilleur argumentaire possible. Ce filtrage actif conduit \u00e0 sur\u00e9valuer la pertinence et la probabilit\u00e9 des cons\u00e9quences positives de la position d\u00e9fendue, tout en rel\u00e9guant au second plan les contre-arguments pr\u00e9alablement accept\u00e9s. Il en r\u00e9sulte une transformation interne de l&rsquo;attitude initiale, guid\u00e9e par les propres pens\u00e9es nouvellement g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la situation exp\u00e9rimentale classique du plaidoyer contre-attitudinal, le balayage biais\u00e9 s&rsquo;\u00e9tend aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;examen de multiples dynamiques cognitives quotidiennes, telles que la rationalisation post-d\u00e9cisionnelle, l&rsquo;adh\u00e9sion doctrinale, la pr\u00e9paration aux d\u00e9bats et le traitement s\u00e9lectif des donn\u00e9es sous contrainte motivationnelle ou contextuelle.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression <em>biased scanning<\/em> a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9e dans la litt\u00e9rature anglophone de la psychologie sociale exp\u00e9rimentale au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, principalement sous la plume des chercheurs am\u00e9ricains Irving Janis et Bert King. Sur le plan morphologique et s\u00e9mantique, elle associe l&rsquo;adjectif <em>biased<\/em> (issu de l&rsquo;ancien proven\u00e7al <em>biais<\/em>, pass\u00e9 en moyen fran\u00e7ais sous la m\u00eame orthographe pour d\u00e9signer une trajectoire oblique, une inclinaison ou une d\u00e9viation par rapport \u00e0 la rectitude) et le substantif verbal <em>scanning<\/em> (d\u00e9riv\u00e9 du verbe latin <em>scandere<\/em>, signifiant \u00ab monter \u00bb, \u00ab mesurer les vers po\u00e9tiques \u00bb, puis ayant \u00e9volu\u00e9 en anglais moderne vers le sens d&rsquo;\u00ab examiner m\u00e9thodiquement point par point \u00bb, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;un faisceau radar ou d&rsquo;un balayage optique).<\/p>\n<p>La fusion des deux termes connote ainsi une exploration syst\u00e9matique mais d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment oblique ou asym\u00e9trique du paysage cognitif. Lors de son introduction dans les revues acad\u00e9miques francophones, le terme a \u00e9t\u00e9 rendu par \u00ab balayage biais\u00e9 \u00bb, \u00ab exploration s\u00e9lective dirig\u00e9e \u00bb, ou encore \u00ab balayage cognitif asym\u00e9trique \u00bb. La formule \u00ab balayage biais\u00e9 \u00bb s&rsquo;est impos\u00e9e pour conserver la m\u00e9taphore cybern\u00e9tique et visuelle d&rsquo;un faisceau d&rsquo;attention qui parcourt un espace de stockage en ne s&rsquo;arr\u00eatant que sur les cibles compatibles avec un mandat pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Cette g\u00e9n\u00e9alogie terminologique refl\u00e8te l&rsquo;essor, dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, des m\u00e9taphores informationnelles issues des t\u00e9l\u00e9communications et des premiers ordinateurs, o\u00f9 l&rsquo;esprit humain est con\u00e7u comme un processeur capable de programmer un balayage (<em>scan<\/em>) cibl\u00e9 de sa banque de donn\u00e9es interne en fonction des exigences de la t\u00e2che.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le terme se prononce phon\u00e9tiquement [ba.la.ja\u0292 bj\u025b.ze] (ou [ba.le.ja\u0292 bje.ze]). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier (au pluriel : <em>balayages biais\u00e9s<\/em>). Dans les textes sp\u00e9cialis\u00e9s de psychologie sociale et de sciences cognitives, on rencontre fr\u00e9quemment les locutions nominales \u00ab hypoth\u00e8se du balayage biais\u00e9 \u00bb (<em>biased scanning hypothesis<\/em>) ou \u00ab m\u00e9canisme de balayage biais\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, la formule s&#8217;emploie principalement comme sujet ou compl\u00e9ment d&rsquo;objet direct de verbes d\u00e9signant des op\u00e9rations cognitives ou exp\u00e9rimentales : \u00ab induire un balayage biais\u00e9 \u00bb, \u00ab enclencher un balayage biais\u00e9 \u00bb, \u00ab \u00eatre m\u00e9di\u00e9 par le balayage biais\u00e9 \u00bb. L&rsquo;expression ne poss\u00e8de pas de forme verbale directe en fran\u00e7ais (on n&#8217;emploie pas de n\u00e9ologisme verbal tel que \u00ab balayer de mani\u00e8re biais\u00e9e \u00bb sans pr\u00e9cision stylistique) ; on utilise plut\u00f4t des p\u00e9riphrases telles que \u00ab proc\u00e9der \u00e0 un balayage biais\u00e9 de l&rsquo;information \u00bb ou \u00ab explorer ses connaissances de fa\u00e7on asym\u00e9trique \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le balayage biais\u00e9 repose sur une pr\u00e9misse fondamentale : la pens\u00e9e humaine n&rsquo;acc\u00e8de pas \u00e0 ses connaissances de fa\u00e7on exhaustive et panoramique \u00e0 chaque instant, mais fonctionne par \u00e9chantillonnage dynamique et orient\u00e9. Lorsqu&rsquo;un individu est plac\u00e9 dans une situation o\u00f9 il doit soutenir un point de vue particulier \u2014 que ce soit par injonction sociale, obligation professionnelle, affiliation collective ou choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 \u2014, son appareil cognitif mobilise des ressources attentionnelles pour r\u00e9pondre aux exigences pragmatiques de la situation imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>Ce processus d&rsquo;exploration interne se d\u00e9ploie selon plusieurs \u00e9tapes cons\u00e9cutives :<\/p>\n<p>Dans un premier temps, l&rsquo;orientation fix\u00e9e sert de filtre d&rsquo;acc\u00e8s mn\u00e9sique. La m\u00e9moire \u00e0 long terme n&rsquo;est pas interrog\u00e9e de mani\u00e8re al\u00e9atoire : les indices de r\u00e9cup\u00e9ration formul\u00e9s par le sujet ciblent sp\u00e9cifiquement les anecdotes, faits, raisonnements logiques et souvenirs d&rsquo;exp\u00e9riences positives coh\u00e9rents avec la th\u00e8se requise. Par exemple, une personne invit\u00e9e \u00e0 vanter les m\u00e9rites d&rsquo;une r\u00e9forme avec laquelle elle \u00e9tait initialement en d\u00e9saccord va convoquer mentalement des cas o\u00f9 des changements similaires ont produit de bons r\u00e9sultats, tout en \u00e9cartant momentan\u00e9ment les souvenirs d&rsquo;\u00e9checs.<\/p>\n<p>Dans un second temps, le processus implique une inhibition active ou passive des cognitions antagonistes. Pour maintenir la fluidit\u00e9 du discours int\u00e9rieur ou de la prestation orale, le syst\u00e8me cognitif att\u00e9nue la saillance des contre-arguments. Ceux-ci ne disparaissent pas n\u00e9cessairement de la m\u00e9moire permanente, mais ils subissent une d\u00e9pr\u00e9ciation contextuelle : ils sont jug\u00e9s secondaires, peu fiables ou temporairement hors sujet. L&rsquo;espace de la m\u00e9moire de travail est ainsi monopolis\u00e9 par les constructions favorables.<\/p>\n<p>Dans un troisi\u00e8me temps survient l&rsquo;effet de r\u00e9ification et de validation cognitive. En articulant, reformulant et improvisant autour de ces arguments s\u00e9lectionn\u00e9s, le sujet g\u00e9n\u00e8re des repr\u00e9sentations mentales vivides et hautement disponibles. La th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives montrera plus tard que les pens\u00e9es auto-g\u00e9n\u00e9r\u00e9es poss\u00e8dent un pouvoir persuasif bien plus profond que les arguments pr\u00e9sent\u00e9s par autrui. Ayant lui-m\u00eame construit et verbalis\u00e9 la cha\u00eene d\u00e9ductive, l&rsquo;individu en vient \u00e0 attribuer une plus grande cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00e0 ces arguments, ce qui d\u00e9bouche sur une r\u00e9vision effective de son attitude g\u00e9n\u00e9rale vis-\u00e0-vis de l&rsquo;objet cibl\u00e9.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;origine formelle du concept remonte aux travaux s\u00e9minaux men\u00e9s \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Yale au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950 par Irving Janis et Bert King. Dans leur exp\u00e9rience princeps de 1954, Janis et King s&rsquo;int\u00e9ressaient aux effets du jeu de r\u00f4le (<em>role-playing<\/em>) sur le changement d&rsquo;opinion. Ils compar\u00e8rent des participants devant improviser oralement un discours persuasif sur un sujet controvers\u00e9 (plaidoyer actif) \u00e0 des participants qui \u00e9coutaient passivement ce m\u00eame discours. Les r\u00e9sultats mirent en lumi\u00e8re que les orateurs actifs changeaient significativement plus d&rsquo;attitude dans le sens du discours prononc\u00e9 que les auditeurs passifs. Pour expliquer cette disparit\u00e9, Janis et King formul\u00e8rent l&rsquo;\u00ab hypoth\u00e8se du balayage biais\u00e9 \u00bb : l&rsquo;acte d&rsquo;improviser contraint le locuteur \u00e0 explorer son esprit pour y d\u00e9nicher des arguments s\u00e9duisants, ce qui modifie temporairement la composition de ses pens\u00e9es accessibles.<\/p>\n<p>Une \u00e9tape charni\u00e8re survint dans les ann\u00e9es 1960 avec l&rsquo;affrontement paradigmatique entre l&rsquo;approche incitative de Yale (d\u00e9fendue par Janis, Carl Hovland et leurs collaborateurs) et la th\u00e9orie de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dissonance_cognitive\">dissonance cognitive<\/a> introduite par Leon Festinger en 1957. Alors que Festinger et Carlsmith (1959) affirmaient que le changement d&rsquo;attitude \u00e9tait motiv\u00e9 par la r\u00e9duction d&rsquo;une tension psychologique aversive \u2014 pr\u00e9disant ainsi qu&rsquo;une r\u00e9compense faible entra\u00eenait un plus grand changement d&rsquo;attitude qu&rsquo;une forte r\u00e9compense \u2014, les th\u00e9oriciens du balayage biais\u00e9 (comme Janis et Gilmore en 1965, ou Elms et Janis en 1965) soutenaient que des incitations positives et bienveillantes favorisaient une meilleure immersion dans le r\u00f4le, stimulant ainsi une exploration cognitive plus riche et un balayage plus fertile.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980, le concept fut r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 et enrichi par la r\u00e9volution cognitive. Anthony Greenwald, pionnier de l&rsquo;approche par les r\u00e9ponses cognitives, s&rsquo;appuya sur le balayage biais\u00e9 pour d\u00e9montrer que la m\u00e9morisation du message persuasif importait moins que la nature des r\u00e9flexions internes g\u00e9n\u00e9r\u00e9es pendant la r\u00e9ception ou l&rsquo;\u00e9mission de la communication. Plus tard, des chercheurs contemporains tels que Dolores Albarrac\u00edn et Robert S. Wyer Jr. (2000) ont r\u00e9actualis\u00e9 la th\u00e9orie en montrant comment les individus utilisent le balayage biais\u00e9 pour rationaliser leurs comportements pass\u00e9s et asseoir la coh\u00e9rence de leurs d\u00e9cisions futures.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le balayage biais\u00e9 s&rsquo;articule autour de plusieurs architectures th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires issues de la psychologie sociale, de la psychologie cognitive et de la psycholinguistique :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re assise th\u00e9orique r\u00e9side dans la th\u00e9orie incitative de la persuasion (<em>incentive theory of persuasion<\/em>) de l&rsquo;\u00e9cole de Yale. Selon ce mod\u00e8le, l&rsquo;adoption d&rsquo;une nouvelle attitude est analogue \u00e0 un apprentissage verbal guid\u00e9 par des renforcements symboliques. Lorsqu&rsquo;un individu est invit\u00e9 \u00e0 jouer un r\u00f4le, il anticipe des gratifications sociales et cognitives associ\u00e9es \u00e0 la bonne tenue de ce r\u00f4le. Ces incitations l&rsquo;encouragent \u00e0 suspendre son jugement critique habituel et \u00e0 investir des efforts mentaux dans la recherche d&rsquo;arguments probants, conf\u00e9rant \u00e0 ce balayage orient\u00e9 une valeur instrumentale positive.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me assise provient des mod\u00e8les de l&rsquo;heuristique de disponibilit\u00e9 et de l&rsquo;accessibilit\u00e9 cognitive, formalis\u00e9s notamment par Daniel Kahneman et Amos Tversky. En incitant le syst\u00e8me cognitif \u00e0 ne rapatrier que des informations compatibles avec une cible assign\u00e9e, le balayage biais\u00e9 modifie le seuil d&rsquo;activation des concepts en m\u00e9moire \u00e0 court terme. Selon la th\u00e9orie de l&rsquo;accessibilit\u00e9, les jugements \u00e9valuatifs imm\u00e9diats ne reposent pas sur l&rsquo;ensemble des connaissances historiques du sujet, mais sur les \u00e9l\u00e9ments cognitivement disponibles \u00e0 l&rsquo;instant pr\u00e9cis du jugement. Le balayage biais\u00e9 biaise directement cet \u00e9chantillon disponible.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me fondation repose sur la th\u00e9orie de la r\u00e9ponse cognitive (Greenwald, 1968) et les mod\u00e8les de persuasion \u00e0 double voie, tels que le mod\u00e8le de vraisemblance d&rsquo;\u00e9laboration (<em>Elaboration Likelihood Model<\/em>, ELM) de Richard Petty et John Cacioppo. Ces mod\u00e8les postulent que lorsque les individus s&rsquo;engagent dans une \u00e9laboration approfondie d&rsquo;un message, la polarit\u00e9 de leurs pens\u00e9es (positives ou n\u00e9gatives) dicte la direction du changement d&rsquo;attitude. Le balayage biais\u00e9 constitue la modalit\u00e9 par excellence de la voie centrale orient\u00e9e : le sujet traite l&rsquo;information de mani\u00e8re rigoureuse, mais avec une directivit\u00e9 motivationnelle unilat\u00e9rale.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Raisonnement_motiv%C3%A9\">raisonnement motiv\u00e9<\/a> d\u00e9velopp\u00e9e par Ziva Kunda (1990) fournit un cadre moderne int\u00e9grant le balayage biais\u00e9. Kunda a d\u00e9montr\u00e9 que les individus motiv\u00e9s \u00e0 atteindre une conclusion sp\u00e9cifique n&rsquo;inventent pas des faits de toutes pi\u00e8ces, mais fouillent leur m\u00e9moire pour n&rsquo;en extraire que les r\u00e8gles et th\u00e9ories na\u00efves capables d&rsquo;\u00e9tayer la conclusion d\u00e9sir\u00e9e, illustrant parfaitement la logique op\u00e9ratoire du balayage biais\u00e9.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse structurelle du balayage biais\u00e9 permet d&rsquo;identifier plusieurs composantes intrins\u00e8ques, modalit\u00e9s fonctionnelles et dimensions psychologiques distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La recherche mn\u00e9sique s\u00e9lective (<em>Selective Memory Retrieval<\/em>) :<\/strong> op\u00e9ration par laquelle le sujet active en priorit\u00e9 les souvenirs \u00e9pisodiques et les connaissances s\u00e9mantiques qui abondent dans le sens de la consigne ou du comportement cible.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;inhibition des contre-pens\u00e9es (<em>Counter-thought Suppression<\/em>) :<\/strong> filtrage actif ou rel\u00e9gation en arri\u00e8re-plan des doutes, contradictions et objections naturelles qui pourraient entraver l&rsquo;\u00e9laboration de la th\u00e8se.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;improvisation et la g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;arguments (<em>Improvisational Elaboration<\/em>) :<\/strong> dimension cr\u00e9ative mise en lumi\u00e8re par King et Janis, consistant \u00e0 inventer des m\u00e9taphores, \u00e0 \u00e9tablir de nouvelles liaisons causales et \u00e0 enrichir spontan\u00e9ment le canevas argumentatif de base.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;ajustement de la d\u00e9sirabilit\u00e9 et de la plausibilit\u00e9 :<\/strong> r\u00e9\u00e9valuation quantitative par laquelle les cons\u00e9quences positives d&rsquo;une action ou d&rsquo;une opinion sont jug\u00e9es \u00e0 la fois plus b\u00e9n\u00e9fiques et beaucoup plus probables qu&rsquo;auparavant.<\/li>\n<li><strong>Le balayage biais\u00e9 r\u00e9trospectif vs prospectif :<\/strong> distinction portant sur l&rsquo;orientation temporelle du processus, selon qu&rsquo;il vise \u00e0 justifier une conduite ant\u00e9rieurement accomplie (rationalisation r\u00e9trospective) ou \u00e0 pr\u00e9parer une prise de position \u00e0 venir (anticipation strat\u00e9gique).<\/li>\n<li><strong>La directivit\u00e9 interne (auto-induite) vs externe (socialement induite) :<\/strong> modalit\u00e9 caract\u00e9risant la source du balayage, selon qu&rsquo;il d\u00e9coule d&rsquo;un d\u00e9sir intrins\u00e8que de pr\u00e9server son identit\u00e9 ou d&rsquo;une assignation institutionnelle de r\u00f4le (tribunal fictif, d\u00e9bat impos\u00e9, mandat commercial).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples concrets et \u00e9tudes de cas<\/h3>\n<p>Afin de mieux appr\u00e9hender l&rsquo;impact concret du balayage biais\u00e9, plusieurs illustrations exp\u00e9rimentales et situations de la vie r\u00e9elle m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre d\u00e9taill\u00e9es :<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;exp\u00e9rience classique du club de d\u00e9bat acad\u00e9mique :<\/strong> Consid\u00e9rons un \u00e9tudiant fermement oppos\u00e9 au r\u00e9tablissement du service militaire obligatoire. Dans le cadre d&rsquo;un tournoi universitaire de rh\u00e9torique, le tirage au sort lui impose de d\u00e9fendre ardemment le r\u00e9tablissement de ce m\u00eame service devant un jury. Pour maximiser ses chances de succ\u00e8s et construire une plaidoirie percutante, l&rsquo;\u00e9tudiant enclenche un balayage biais\u00e9 de ses connaissances : il se rem\u00e9more des t\u00e9moignages sur la coh\u00e9sion sociale, lit des articles soulignant les vertus de la mixit\u00e9 r\u00e9publicaine et affine des arguments sur la sant\u00e9 publique et la formation professionnelle des jeunes. Au terme de plusieurs heures de pr\u00e9paration et de prestation sc\u00e9nique, interrog\u00e9 anonymement sur son opinion personnelle, l&rsquo;\u00e9tudiant manifeste un glissement substantiel vers une position beaucoup plus favorable au service militaire, sous l&rsquo;effet des arguments qu&rsquo;il a lui-m\u00eame s\u00e9lectionn\u00e9s et aff\u00fbt\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Le dilemme professionnel de l&rsquo;avocat ou du n\u00e9gociateur :<\/strong> Dans le milieu judiciaire, un avocat p\u00e9naliste commis d&rsquo;office pour d\u00e9fendre une cause difficile ou impopulaire ne peut exercer son minist\u00e8re sans rechercher la moindre circonstance att\u00e9nuante ou la moindre faille proc\u00e9durale. Ce balayage minutieux et unilat\u00e9ral du dossier am\u00e8ne souvent le praticien \u00e0 ressentir une empathie sinc\u00e8re ou une conviction intime quant au bien-fond\u00e9 de certaines revendications de son client, transformant ce qui n&rsquo;\u00e9tait initialement qu&rsquo;un exercice technique en une adh\u00e9sion morale progressive.<\/p>\n<p><strong>La rationalisation d&rsquo;un achat impulsif co\u00fbteux :<\/strong> Un consommateur fait l&rsquo;acquisition impr\u00e9vue d&rsquo;un v\u00e9hicule \u00e9lectrique haut de gamme exc\u00e9dant largement son budget initial. Confront\u00e9 au regard critique de son entourage ou \u00e0 sa propre culpabilit\u00e9 financi\u00e8re, il entreprend un balayage biais\u00e9 de sa m\u00e9moire et de son fil d&rsquo;actualit\u00e9 : il calcule mentalement les \u00e9conomies de carburant \u00e0 long terme, magnifie son geste \u00e9cologique, valorise le prestige technologique et minimise l&rsquo;impact du cr\u00e9dit souscrit. Par ce travail s\u00e9lectif, il parvient \u00e0 s&rsquo;auto-persuader de la parfaite rationalit\u00e9 de son acte.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation empirique du balayage biais\u00e9 en laboratoire et sur le terrain s&rsquo;appuie sur une combinaison d&rsquo;instruments quantitatifs et qualitatifs permettant de tracer le cours de la pens\u00e9e et ses retomb\u00e9es attitudinales :<\/p>\n<p>Le protocole de listage de pens\u00e9es (<em>Thought-Listing Technique<\/em>), perfectionn\u00e9 par Greenwald, Brock et Ostrom, constitue la m\u00e9thode de r\u00e9f\u00e9rence. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s la t\u00e2che de jeu de r\u00f4le ou de plaidoyer, les participants disposent d&rsquo;un temps limit\u00e9 (g\u00e9n\u00e9ralement 2 \u00e0 3 minutes) pour consigner par \u00e9crit l&rsquo;ensemble des id\u00e9es qui ont travers\u00e9 leur esprit. Des juges ind\u00e9pendants, travaillant en aveugle, codent ensuite ces unit\u00e9s de pens\u00e9e selon leur polarit\u00e9 (favorables, d\u00e9favorables ou neutres vis-\u00e0-vis de la position requise). Un ratio \u00e9lev\u00e9 de pens\u00e9es favorables t\u00e9moigne de l&rsquo;effectivit\u00e9 du balayage biais\u00e9.<\/p>\n<p>La chronom\u00e9trie mentale et les temps de r\u00e9action constituent un autre vecteur de mesure privil\u00e9gi\u00e9. \u00c0 l&rsquo;aide de t\u00e2ches informatis\u00e9es inspir\u00e9es des paradigmes de d\u00e9cision lexicale ou de cat\u00e9gorisation s\u00e9mantique, les chercheurs mesurent la vitesse \u00e0 laquelle les participants reconnaissent ou valident des adjectifs congruents avec la position d\u00e9fendue par rapport \u00e0 des adjectifs oppos\u00e9s. Une latence de r\u00e9ponse significativement r\u00e9duite pour les concepts favorables confirme que le balayage a pr\u00e9-activ\u00e9 les r\u00e9seaux s\u00e9mantiques correspondants.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;\u00e9valuation des attitudes pr\u00e9 et post-manipulation par le biais d&rsquo;\u00e9chelles de Likert multi-items ou de diff\u00e9renciateurs s\u00e9mantiques d&rsquo;Osgood permet de quantifier l&rsquo;amplitude du changement d&rsquo;opinion r\u00e9sultant de cette gymnastique mentale. L&rsquo;utilisation de protocoles d&rsquo;expression \u00e0 voix haute (<em>think-aloud protocols<\/em>) et d&rsquo;analyses du champ lexical par traitement automatique du langage naturel (TALN) permet \u00e9galement d&rsquo;observer en temps r\u00e9el la progression de la s\u00e9lection argumentative au cours de la t\u00e2che.<\/p>\n<h3>10. Applications pratiques et port\u00e9e concr\u00e8te<\/h3>\n<p>L&rsquo;op\u00e9rationnalisation du balayage biais\u00e9 d\u00e9ploie des applications majeures dans de nombreux secteurs professionnels et soci\u00e9taux :<\/p>\n<p><strong>En psychoth\u00e9rapie et th\u00e9rapies cognitives et comportementales (TCC) :<\/strong> Les th\u00e9rapeutes utilisent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le balayage biais\u00e9 \u00e0 travers des techniques de restructuration cognitive, de jeu de r\u00f4le et d&rsquo;affirmation de soi. Lorsqu&rsquo;un patient souffrant de d\u00e9pression ou d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale est submerg\u00e9 par des croyances automatiques d&rsquo;incomp\u00e9tence (\u00ab Je rate tout ce que j&rsquo;entreprends \u00bb), le praticien lui demande d&rsquo;adopter le r\u00f4le de son propre avocat ou de recenser cinq situations concr\u00e8tes o\u00f9 il a surmont\u00e9 une \u00e9preuve. Cette t\u00e2che induit un balayage biais\u00e9 th\u00e9rapeutique, for\u00e7ant l&rsquo;extraction de souvenirs de r\u00e9ussite qui neutralisent les sch\u00e9mas d\u00e9pressog\u00e8nes.<\/p>\n<p><strong>Dans les interventions de sant\u00e9 publique et de pr\u00e9vention :<\/strong> Les campagnes les plus efficaces abandonnent souvent les messages moralisateurs unilat\u00e9raux pour privil\u00e9gier l&rsquo;auto-persuasion. En invitant des adolescents \u00e0 concevoir eux-m\u00eames une sayn\u00e8te ou une affiche expliquant \u00e0 leurs pairs pourquoi il est crucial de refuser le tabagisme ou l&rsquo;alcool au volant, les \u00e9ducateurs activent chez ces jeunes un balayage biais\u00e9 d&rsquo;arguments pr\u00e9ventifs, produisant un ancrage comportemental plus robuste que la simple \u00e9coute d&rsquo;un cours magistral.<\/p>\n<p><strong>Dans le management, la n\u00e9gociation et le leadership :<\/strong> La technique de l&rsquo;inversion des r\u00f4les (<em>role reversal<\/em>) est fr\u00e9quemment d\u00e9ploy\u00e9e dans la m\u00e9diation de conflits d&rsquo;entreprise. Demander \u00e0 deux chefs de d\u00e9partement en d\u00e9saccord d&rsquo;exposer publiquement les arguments et les contraintes de leur adversaire oblige chaque partie \u00e0 ex\u00e9cuter un balayage biais\u00e9 du point de vue oppos\u00e9. Ce processus d\u00e9samorce les st\u00e9r\u00e9otypes mutuels et facilite l&rsquo;\u00e9mergence de solutions de compromis int\u00e9gratives.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et preuves scientifiques<\/h3>\n<p>Depuis les travaux initiaux de Janis et King (1954, 1956), un vaste corpus de recherches exp\u00e9rimentales a valid\u00e9 et raffin\u00e9 le mod\u00e8le du balayage biais\u00e9 :<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude fondatrice de King et Janis (1956) a d\u00e9montr\u00e9 le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant de l&rsquo;improvisation dans ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Les auteurs ont compar\u00e9 trois groupes devant d\u00e9livrer un message contre-attitudinal : un groupe qui lisait simplement un texte r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 haute voix, un groupe qui lisait le texte en sachant qu&rsquo;il allait \u00eatre film\u00e9, et un groupe qui devait improviser son allocution \u00e0 partir de br\u00e8ves notes th\u00e9matiques. C&rsquo;est le groupe improvisateur qui a manifest\u00e9 le plus fort changement d&rsquo;attitude. Cette observation a constitu\u00e9 la preuve directe que l&rsquo;effort autonome de g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;id\u00e9es \u2014 au c\u0153ur du balayage biais\u00e9 \u2014 est le moteur pr\u00e9dominant de la transformation cognitive.<\/p>\n<p>Dans un prolongement fondamental, Elms et Janis (1965) ont explor\u00e9 l&rsquo;interaction entre les incitations mon\u00e9taires et le jeu de r\u00f4le. Contrairement aux r\u00e9sultats de Festinger et Carlsmith, ils ont montr\u00e9 que lorsque les participants sont plac\u00e9s dans des conditions favorables, per\u00e7ues comme l\u00e9gitimes et bien intentionn\u00e9es (parrain\u00e9es par une institution scientifique respectable), une r\u00e9mun\u00e9ration positive augmente l&rsquo;effort d&rsquo;improvisation et la qualit\u00e9 des arguments trouv\u00e9s, renfor\u00e7ant proportionnellement le changement d&rsquo;attitude. Ces donn\u00e9es ont confirm\u00e9 que la motivation positive alimente l&rsquo;intensit\u00e9 du balayage exploratoire.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, les travaux de Dolores Albarrac\u00edn et Robert S. Wyer Jr. (2000, 2002) sur l&rsquo;impact des comportements pass\u00e9s ont d\u00e9montr\u00e9 comment le balayage biais\u00e9 structure l&rsquo;interpr\u00e9tation r\u00e9trospective de nos actions. Leurs exp\u00e9riences indiquent que lorsqu&rsquo;on informe artificiellement des sujets qu&rsquo;ils ont manifest\u00e9 un comportement sp\u00e9cifique (par exemple, avoir apport\u00e9 leur soutien \u00e0 une politique universitaire lors d&rsquo;un test pr\u00e9liminaire), ceux-ci proc\u00e8dent imm\u00e9diatement \u00e0 un balayage s\u00e9lectif de leurs croyances pour justifier cette conduite apparente, r\u00e9ajustant ainsi l&rsquo;ensemble de leur syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9valuation ult\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>La manifestation et l&rsquo;amplitude du balayage biais\u00e9 pr\u00e9sentent des variations significatives selon les cadres culturels, notamment entre les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 orientation individualiste et celles \u00e0 orientation collectiviste :<\/p>\n<p>Dans les cultures individualistes occidentales (Am\u00e9rique du Nord, Europe occidentale), o\u00f9 la coh\u00e9rence interne du soi, l&rsquo;authenticit\u00e9 personnelle et l&rsquo;autonomie cognitive sont fortement valoris\u00e9es, le fait de s&rsquo;auto-persuader via la g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;arguments sert souvent \u00e0 consolider un sentiment d&rsquo;agentivit\u00e9 personnelle. L&rsquo;individu s&rsquo;approprie le produit de son balayage mn\u00e9sique comme le reflet direct de son identit\u00e9 authentique, aboutissant \u00e0 un changement d&rsquo;attitude int\u00e9rioris\u00e9 et durable.<\/p>\n<p>Dans les cultures collectivistes (notamment en Asie de l&rsquo;Est), les travaux inspir\u00e9s de Hazel Markus et Shinobu Kitayama sur le soi interd\u00e9pendant sugg\u00e8rent des dynamiques nuanc\u00e9es. L&rsquo;adoption d&rsquo;un r\u00f4le social impos\u00e9 y est per\u00e7ue comme une exigence naturelle d&rsquo;harmonie relationnelle et de conformit\u00e9 contextuelle, et non n\u00e9cessairement comme un d\u00e9fi \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du soi individuel. Par cons\u00e9quent, les participants issus de ces cultures peuvent exceller dans le balayage biais\u00e9 pour satisfaire l&rsquo;attente sociale imm\u00e9diate, sans que cela n&rsquo;entra\u00eene obligatoirement une restructuration profonde de leurs convictions priv\u00e9es fondamentales, \u00e0 moins que la t\u00e2che n&rsquo;engage directement des normes d&rsquo;interd\u00e9pendance communautaire.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les canaux d&rsquo;argumentation privil\u00e9gi\u00e9s varient selon les contextes linguistiques et discursifs : tandis que les locuteurs de certaines langues valorisent un balayage ax\u00e9 sur la logique d\u00e9ductive lin\u00e9aire et les donn\u00e9es factuelles, d&rsquo;autres contextes culturels favorisent la recherche d&rsquo;analogies holistiques, de m\u00e9taphores morales ou de r\u00e9cits paraboliques, illustrant la plasticit\u00e9 transculturelle des strat\u00e9gies de recherche d&rsquo;information.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa long\u00e9vit\u00e9 et sa robustesse empirique, l&rsquo;hypoth\u00e8se du balayage biais\u00e9 a suscit\u00e9 d&rsquo;importants d\u00e9bats th\u00e9oriques et fait face \u00e0 des limitations manifestes :<\/p>\n<p>Le principal point de friction historique demeure la querelle avec la th\u00e9orie de la dissonance cognitive. Festinger, Carlsmith et leurs successeurs ont reproch\u00e9 au mod\u00e8le du balayage biais\u00e9 d&rsquo;ignorer la composante motivationnelle aversive n\u00e9e de l&rsquo;incoh\u00e9rence entre les actes et les croyances. Ils ont soutenu que le changement d&rsquo;opinion n&rsquo;est pas le fruit d&rsquo;un simple apprentissage d&rsquo;arguments nouveaux, mais une tentative d&rsquo;att\u00e9nuer le malaise psychologique \u00e9prouv\u00e9 lors d&rsquo;un comportement contraire \u00e0 l&rsquo;attitude libre (situation de choix per\u00e7u). De multiples \u00e9tudes ont montr\u00e9 que dans des conditions de libre choix sous faible justification externe, la dissonance explique mieux les r\u00e9sultats que le balayage incitatif pur.<\/p>\n<p>Une autre controverse provient de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_de_la_perception_de_soi\">th\u00e9orie de la perception de soi<\/a> formul\u00e9e par Daryl Bem (1967, 1972). Selon Bem, les individus n&rsquo;ont nul besoin de se livrer \u00e0 un balayage mn\u00e9sique complexe ou d&rsquo;examiner minutieusement des arguments pour changer d&rsquo;attitude : ils se bornent \u00e0 observer leur propre comportement d&rsquo;un point de vue ext\u00e9rieur et en d\u00e9duisent logiquement leur attitude (\u00ab J&rsquo;ai prononc\u00e9 ce discours avec enthousiasme, donc c&rsquo;est sans doute ce que je pense \u00bb). La perspective de Bem remet en cause le caract\u00e8re m\u00e9diateur n\u00e9cessaire du travail cognitif profond postul\u00e9 par Janis.<\/p>\n<p>Sur le plan des limites op\u00e9rationnelles, le balayage biais\u00e9 ne fonctionne pas de fa\u00e7on universelle : il requiert un niveau minimal d&rsquo;aptitude cognitive, de motivation intrins\u00e8que et de capital de connaissances pr\u00e9alables. Si l&rsquo;individu poss\u00e8de un stock mn\u00e9sique trop indigent sur le sujet ou s&rsquo;il fait face \u00e0 des contre-arguments \u00e9crasants et imm\u00e9diatement accessibles, le balayage avorte ou se heurte \u00e0 un effet boomerang, renfor\u00e7ant l&rsquo;attitude initiale au lieu de la modifier.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions notionnelles<\/h3>\n<p>Il importe de ne pas confondre le balayage biais\u00e9 avec plusieurs concepts voisins de la psychologie contemporaine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Biais_de_confirmation\">Biais de confirmation<\/a> :<\/strong> Tendance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 privil\u00e9gier, interpr\u00e9ter et m\u00e9moriser les informations qui confortent des croyances pr\u00e9existantes. Le balayage biais\u00e9 s&rsquo;en distingue par son caract\u00e8re contextuel et orient\u00e9 : il peut s&rsquo;exercer au service d&rsquo;une posture temporairement adopt\u00e9e \u00e0 laquelle l&rsquo;individu ne croyait pas au d\u00e9part (comme lors d&rsquo;un jeu de r\u00f4le assign\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Auto-persuasion (<em>Self-Persuasion<\/em>) :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne global par lequel un sujet change d&rsquo;attitude sous l&rsquo;effet de ses propres r\u00e9flexions. Le balayage biais\u00e9 constitue le m\u00e9canisme cognitif sp\u00e9cifique d&rsquo;exploration mn\u00e9sique qui alimente ce processus g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;auto-persuasion.<\/li>\n<li><strong>Dissonance cognitive :<\/strong> \u00c9tat motivationnel d&rsquo;inconfort provoqu\u00e9 par la contradiction entre plusieurs cognitions ou entre un acte et une cognition. Alors que la dissonance est un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil aversif qui pousse \u00e0 une rationalisation r\u00e9paratrice, le balayage biais\u00e9 est une d\u00e9marche d&rsquo;investigation cognitive dirig\u00e9e, qui peut op\u00e9rer m\u00eame sans malaise ni sentiment de culpabilit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Perception de soi :<\/strong> Inf\u00e9rence rapide d&rsquo;une attitude \u00e0 partir de l&rsquo;observation superficielle de son propre comportement. La perception de soi implique un processus attributionnel direct et peu co\u00fbteux en calcul mental, \u00e0 l&rsquo;inverse du balayage biais\u00e9 qui mobilise un travail intensif d&rsquo;extraction et d&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;arguments.<\/li>\n<li><strong>Raisonnement motiv\u00e9 :<\/strong> Cadre englobant d\u00e9crivant la propension de l&rsquo;esprit \u00e0 orienter l&rsquo;ensemble de ses d\u00e9marches d\u00e9ductives pour parvenir \u00e0 des conclusions conformes \u00e0 des d\u00e9sirs affectifs ou des besoins identitaires. Le balayage biais\u00e9 constitue l&rsquo;une des strat\u00e9gies de mise en \u0153uvre de ce raisonnement.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>En somme, le balayage biais\u00e9 constitue une notion fondamentale pour quiconque souhaite appr\u00e9hender la plasticit\u00e9 des opinions et la dynamique de la persuasion humaine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Origine :<\/strong> \u00c9labor\u00e9 par Irving Janis et Bert King au sein du programme de recherche sur la communication de Yale en 1954 pour \u00e9clairer la sup\u00e9riorit\u00e9 persuasive du jeu de r\u00f4le actif sur l&rsquo;\u00e9coute passive.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9canisme :<\/strong> Recherche orient\u00e9e en m\u00e9moire et focalisation attentionnelle sur les \u00e9l\u00e9ments congruents avec un r\u00f4le assign\u00e9, assorties d&rsquo;une mise en sommeil s\u00e9lective des objections antagonistes.<\/li>\n<li><strong>Pouvoir persuasif :<\/strong> L&rsquo;effort d&rsquo;improvisation et la g\u00e9n\u00e9ration autonome d&rsquo;arguments rendent ces nouvelles cognitions hautement cr\u00e9dibles, vivides et m\u00e9morables, entra\u00eenant une auto-persuasion profonde.<\/li>\n<li><strong>Compl\u00e9mentarit\u00e9 th\u00e9orique :<\/strong> Bien qu&rsquo;historiquement oppos\u00e9 \u00e0 la th\u00e9orie de la dissonance cognitive et \u00e0 la perception de soi, le balayage biais\u00e9 est aujourd&rsquo;hui reconnu comme un m\u00e9canisme central dans les mod\u00e8les modernes du traitement d\u00e9lib\u00e9ratif de l&rsquo;information (voie centrale de l&rsquo;ELM et raisonnement motiv\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Champs d&rsquo;impact :<\/strong> Outil pr\u00e9cieux tant en th\u00e9rapie cognitive (affirmation de soi, th\u00e9rapie des sch\u00e9mas) qu&rsquo;en p\u00e9dagogie participative, en m\u00e9diation des diff\u00e9rends et dans la conception de campagnes pr\u00e9ventives de sant\u00e9 publique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Albarrac\u00edn, D., &#038; Wyer, R. S. (2000). The cognitive impact of past behavior: Influences on beliefs, attitudes, and future behavioral decisions. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 79(1), 5\u201322. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.79.1.5\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.79.1.5<\/a><\/li>\n<li>Elms, A. C., &#038; Janis, I. L. (1965). Counter-norm attitudes induced by consonant versus dissonant conditions of role-playing. <em>Journal of Experimental Research in Personality<\/em>, 1(1), 50\u201360.<\/li>\n<li>Greenwald, A. G. (1968). Cognitive learning, cognitive response to persuasion, and attitude change. In A. G. Greenwald, T. C. Brock, &#038; T. M. Ostrom (Eds.), <em>Psychological foundations of attitudes<\/em> (pp. 147\u2013170). Academic Press.<\/li>\n<li>Janis, I. L., &#038; Gilmore, J. B. (1965). The influence of incentive conditions on the success of role playing in modifying attitudes. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 1(1), 17\u201327. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0021644\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0021644<\/a><\/li>\n<li>Janis, I. L., &#038; King, B. T. (1954). The influence of role playing on opinion change. <em>The Journal of Abnormal and Social Psychology<\/em>, 49(2), 211\u2013218. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0056957\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0056957<\/a><\/li>\n<li>King, B. T., &#038; Janis, I. L. (1956). Comparison of the effectiveness of improvised versus non-improvised role-playing in producing opinion changes. <em>Human Relations<\/em>, 9(2), 177\u2013186. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/001872675600900203\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/001872675600900203<\/a><\/li>\n<li>Kunda, Z. (1990). The case for motivated reasoning. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 108(3), 480\u2013498. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.108.3.480\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.108.3.480<\/a><\/li>\n<li>Petty, R. E., &#038; Cacioppo, J. T. (1986). The Elaboration Likelihood Model of persuasion. <em>Advances in Experimental Social Psychology<\/em>, 19, 123\u2013205. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(08)60214-2\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(08)60214-2<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le balayage biais\u00e9 d\u00e9signe le processus cognitif par lequel un individu explore s\u00e9lectivement sa m\u00e9moire pour trouver des arguments favorables \u00e0 un r\u00f4le ou une position assign\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[647,154],"tags":[36921,36920,5308,438,3735,25682,36922],"class_list":["post-21989","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-cognitive","category-psychologie-sociale","tag-auto-persuasion","tag-balayage-biaise","tag-changement-dattitude","tag-dissonance-cognitive","tag-irving-janis","tag-jeu-de-role","tag-reponses-cognitives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21989","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21989\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21989"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21989"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21989"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}