{"id":21963,"date":"2026-10-26T16:03:12","date_gmt":"2026-10-26T16:03:12","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=effet-superieur-a-la-moyenne-2"},"modified":"2026-10-26T16:03:12","modified_gmt":"2026-10-26T16:03:12","slug":"effet-superieur-a-la-moyenne-2","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=effet-superieur-a-la-moyenne-2","title":{"rendered":"Effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne : L&rsquo;illusion de soi"},"content":{"rendered":"<h2>L&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne en psychologie sociale<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u00eatre humain manifeste une tendance quasi universelle \u00e0 \u00e9valuer ses propres aptitudes, vertus morales et caract\u00e9ristiques personnelles de mani\u00e8re nettement plus favorable que celles de ses pairs. Connu en psychologie cognitive et sociale sous le nom d&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne, ce biais cognitif fondamental alt\u00e8re la perception de soi au point de convaincre une majorit\u00e9 statistique d&rsquo;individus qu&rsquo;ils surpassent le niveau m\u00e9dian au sein de multiples domaines du quotidien. Cette distorsion de jugement joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle, l&rsquo;adaptation psychosociale, mais \u00e9galement dans la prise de d\u00e9cision erron\u00e9e et la sous-estimation du risque.<\/p>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne (traduction de l&rsquo;anglais <em>better-than-average effect<\/em> ou BTAE), \u00e9galement d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sup%C3%A9riorit%C3%A9_illusoire\">sup\u00e9riorit\u00e9 illusoire<\/a>, d\u00e9signe un biais cognitif syst\u00e9matique par lequel un individu \u00e9value ses comp\u00e9tences, traits de personnalit\u00e9 et comportements comme \u00e9tant plus favorables et performants que ceux de l&rsquo;individu moyen appartenant \u00e0 son groupe de r\u00e9f\u00e9rence. Sur le plan purement statistique, cette distribution des auto-\u00e9valuations constitue une anomalie math\u00e9matique, puisqu&rsquo;il est impossible qu&rsquo;une \u00e9crasante majorit\u00e9 d&rsquo;individus se situe au-dessus de la m\u00e9diane d&rsquo;une population homog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychologie_sociale\">psychologie sociale<\/a> et de la cognition de soi, ce ph\u00e9nom\u00e8ne est conceptualis\u00e9 comme une distorsion motivationnelle et cognitive au service de l&rsquo;autovalorisation. Il op\u00e8re de mani\u00e8re particuli\u00e8rement flagrante sur des traits subjectifs et socialement d\u00e9sirables tels que l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, l&rsquo;intelligence, la sociabilit\u00e9 ou la prudence au volant, o\u00f9 l&rsquo;absence de rep\u00e8res objectifs mesurables laisse libre cours \u00e0 l&rsquo;autojustification interpr\u00e9tative.<\/p>\n<p>Ce construit ne doit pas \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une simple vanit\u00e9 passag\u00e8re ou \u00e0 une forme d&rsquo;arrogance pathologique. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un m\u00e9canisme psychologique r\u00e9current et partag\u00e9 qui participe au maintien de l&rsquo;\u00e9quilibre psychique individuel tout en introduisant des d\u00e9viations pr\u00e9visibles dans l&rsquo;\u00e9valuation rationnelle de ses propres limites et capacit\u00e9s face \u00e0 l&rsquo;environnement ext\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression anglaise <em>better-than-average effect<\/em> a \u00e9merg\u00e9 dans la litt\u00e9rature scientifique nord-am\u00e9ricaine au cours des ann\u00e9es 1980 pour qualifier une observation exp\u00e9rimentale constante dans les \u00e9tudes de jugement comparatif. Le syntagme combine le comparatif de sup\u00e9riorit\u00e9 <em>better<\/em> (issu du vieil anglais <em>betera<\/em>, renvoyant \u00e0 ce qui poss\u00e8de une qualit\u00e9 plus excellente), la particule comparative <em>than<\/em>, et le substantif <em>average<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>avarie<\/em> (d\u00e9signant initialement la contribution financi\u00e8re \u00e9quitable ou le partage d&rsquo;une perte maritime, avant de glisser vers la moyenne arithm\u00e9tique).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature francophone contemporaine, l&rsquo;expression est fid\u00e8lement traduite par \u00ab effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne \u00bb ou par \u00ab biais de sup\u00e9riorit\u00e9 illusoire \u00bb. Le mot \u00ab sup\u00e9riorit\u00e9 \u00bb d\u00e9rive du latin <em>superior<\/em> (comparatif de <em>superus<\/em>, \u00ab situ\u00e9 au-dessus \u00bb, de la racine indo-europ\u00e9enne <em>*uper<\/em>), tandis qu&rsquo;\u00ab illusoire \u00bb provient du latin <em>illusorius<\/em>, lui-m\u00eame issu du verbe <em>illudere<\/em> (\u00ab se jouer de \u00bb, \u00ab tromper \u00bb). Cette double nomenclature illustre \u00e0 la fois la structure op\u00e9rationnelle du ph\u00e9nom\u00e8ne (se juger meilleur que la moyenne) et son caract\u00e8re intrins\u00e8quement erron\u00e9 au regard des lois statistiques.<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne est \u00e9galement connu dans la culture populaire et la sociologie am\u00e9ricaine sous le nom d&rsquo;\u00ab effet Lake Wobegon \u00bb (<em>Lake Wobegon effect<\/em>), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la ville imaginaire cr\u00e9\u00e9e par l&rsquo;auteur et animateur Garrison Keillor dans sa s\u00e9rie radiophonique, bourgade fictive o\u00f9 \u00ab toutes les femmes sont fortes, tous les hommes sont beaux et tous les enfants sont au-dessus de la moyenne \u00bb.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan lexical et grammatical, l&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne est un syntagme nominal masculin singulier (au pluriel : <em>les effets sup\u00e9rieurs \u00e0 la moyenne<\/em>). Dans les contextes acad\u00e9miques, il est fr\u00e9quemment abr\u00e9g\u00e9 par l&rsquo;acronyme anglophone BTAE ou employ\u00e9 concurremment avec \u00ab le biais de sup\u00e9riorit\u00e9 illusoire \u00bb.<\/p>\n<p>La prononciation standard en fran\u00e7ais international s&rsquo;articule phon\u00e9tiquement selon l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international : [\u025b.f\u025b sy.pe.\u0281j\u0153\u0281 a la mwa.j\u025bn]. Lorsqu&rsquo;il est utilis\u00e9 dans une phrase, le terme fonctionne comme un sujet ou un compl\u00e9ment d&rsquo;objet direct ou indirect d\u00e9signant un processus d&rsquo;\u00e9valuation comparative unilat\u00e9rale (par exemple : \u00ab L&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne alt\u00e8re le jugement pr\u00e9visionnel des gestionnaires \u00bb).<\/p>\n<p>Dans le discours scientifique, on rencontre des d\u00e9clinaisons adjectivales ou adverbiales indirectes d\u00e9crivant une \u00e9valuation \u00ab sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne \u00bb (ex. \u00ab des jugements auto-\u00e9valuatifs sup\u00e9rieurs \u00e0 la moyenne \u00bb), qui impliquent toujours une asym\u00e9trie entre l&rsquo;estimation de ses comp\u00e9tences propres et celle attribu\u00e9e \u00e0 autrui.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne ne repr\u00e9sente pas une simple surestimation absolue de ses capacit\u00e9s, mais une surestimation strictement comparative. Un individu peut parfaitement reconna\u00eetre qu&rsquo;il n&rsquo;est pas un pianiste virtuose tout en affirmant avec assurance qu&rsquo;il joue du piano nettement mieux que la moyenne des individus novices de sa cat\u00e9gorie. L&rsquo;essence de ce biais r\u00e9side donc dans l&rsquo;\u00e9cart syst\u00e9matique entre l&rsquo;\u00e9valuation du soi (<em>self-evaluation<\/em>) et l&rsquo;\u00e9valuation de la cible g\u00e9n\u00e9rique ou abstraite qu&rsquo;incarne le \u00ab pair moyen \u00bb (<em>average peer<\/em>).<\/p>\n<p>La port\u00e9e de cet effet s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 un spectre exceptionnellement vaste de dimensions psychologiques, morales, intellectuelles et professionnelles. Les individus se jugent plus justes, plus sinc\u00e8res, plus intelligents, plus dou\u00e9s pour les relations humaines, plus respectueux du code de la route, plus comp\u00e9tents dans leur m\u00e9tier et m\u00eame moins sujets aux biais cognitifs que leurs contemporains. Cette derni\u00e8re manifestation, d\u00e9sign\u00e9e sous le nom de \u00ab tache aveugle des pr\u00e9jug\u00e9s \u00bb (<em>bias blind spot<\/em>), illustre l&rsquo;ironie fondamentale du ph\u00e9nom\u00e8ne : les personnes reconnaissent volontiers que l&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne affecte autrui, tout en pr\u00e9tendant en \u00eatre elles-m\u00eames exemptes.<\/p>\n<p>Les fronti\u00e8res conceptuelles de ce biais d\u00e9pendent toutefois de la nature du trait consid\u00e9r\u00e9. Les psychologues distinguent deux dimensions fondamentales influen\u00e7ant sa magnitude : l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 du crit\u00e8re et sa d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale. Lorsque le crit\u00e8re d&rsquo;\u00e9valuation est hautement ambigu et mall\u00e9able (comme \u00eatre un \u00ab bon ami \u00bb ou une personne \u00ab cultiv\u00e9e \u00bb), les individus red\u00e9finissent implicitement les normes d&rsquo;excellence pour les faire co\u00efncider avec leurs forces personnelles. En revanche, lorsque le trait repose sur des crit\u00e8res stricts, objectifs et v\u00e9rifiables (par exemple, la m\u00e9moire brute de chiffres ou la vitesse de frappe au clavier), l&rsquo;effet s&rsquo;att\u00e9nue sans pour autant dispara\u00eetre totalement.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le niveau per\u00e7u de difficult\u00e9 de la t\u00e2che module puissamment la direction de l&rsquo;illusion. L&rsquo;effet de sup\u00e9riorit\u00e9 s&rsquo;observe principalement sur les t\u00e2ches per\u00e7ues comme faciles ou mod\u00e9r\u00e9es (conduire un v\u00e9hicule, communiquer oralement). \u00c0 l&rsquo;inverse, face \u00e0 des \u00e9preuves per\u00e7ues comme notoirement ardues pour le profane (piloter un avion de chasse, r\u00e9soudre des \u00e9quations diff\u00e9rentielles non lin\u00e9aires, jongler avec quatre balles), on observe une inversion du biais : les individus tombent alors dans l&rsquo;effet \u00ab pire que la moyenne \u00bb (<em>worse-than-average effect<\/em>), se croyant inf\u00e9rieurs aux autres simplement parce qu&rsquo;ils focalisent leur attention sur leurs propres difficult\u00e9s sans r\u00e9aliser que la population g\u00e9n\u00e9rale \u00e9prouve des peines similaires.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>Les pr\u00e9mices de la th\u00e9orisation de la sup\u00e9riorit\u00e9 illusoire remontent aux observations pionni\u00e8res de la psychologie sociale des ann\u00e9es 1960 et 1970, p\u00e9riode durant laquelle les chercheurs ont commenc\u00e9 \u00e0 remettre en cause le postulat de l&rsquo;\u00eatre humain comme calculateur d&rsquo;information parfaitement rationnel et impartial. L&rsquo;essor de la th\u00e9orie de la dissonance cognitive et des th\u00e9ories de l&rsquo;attribution a mis en lumi\u00e8re la n\u00e9cessit\u00e9 visc\u00e9rale pour l&rsquo;individu de maintenir une perception positive de sa propre valeur morale et comportementale.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des \u00e9tapes empiriques fondatrices a \u00e9t\u00e9 franchie par Patricia Cross en 1977. Dans une enqu\u00eate men\u00e9e aupr\u00e8s des professeurs de l&rsquo;Universit\u00e9 du Nebraska, Cross a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que 94 % des enseignants universitaires s&rsquo;auto-\u00e9valuaient comme \u00e9tant sup\u00e9rieurs \u00e0 la moyenne de leurs coll\u00e8gues en mati\u00e8re d&rsquo;efficacit\u00e9 p\u00e9dagogique. Cette proportion statistiquement aberrante a d\u00e9montr\u00e9 que le biais n&rsquo;\u00e9pargnait aucunement les populations hautement instruites et intellectuellement entra\u00een\u00e9es.<\/p>\n<p>En 1981, le chercheur su\u00e9dois Ola Svenson a publi\u00e9 une \u00e9tude qui demeure aujourd&rsquo;hui l&rsquo;une des d\u00e9monstrations les plus c\u00e9l\u00e8bres du ph\u00e9nom\u00e8ne. En interrogeant des conducteurs aux \u00c9tats-Unis et en Su\u00e8de, Svenson a d\u00e9couvert que 93 % des conducteurs am\u00e9ricains et 69 % des conducteurs su\u00e9dois estimaient appartenir aux 50 % des conducteurs les plus s\u00fbrs et les plus habiles. Ces r\u00e9sultats ont suscit\u00e9 un int\u00e9r\u00eat ph\u00e9nom\u00e9nal tant chez les psychologues que chez les assureurs et les r\u00e9gulateurs de la s\u00e9curit\u00e9 publique.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1980 et tout au long des ann\u00e9es 1990, des chercheurs comme David Dunning, Jerry Suls, Mark Alicke et Shelley Taylor ont approfondi les m\u00e9canismes sous-jacents. Taylor et Brown (1988) ont introduit la notion d&rsquo;\u00ab illusions positives \u00bb, affirmant que ces biais flatteurs ne constituent pas des dysfonctionnements cognitifs, mais des composantes fondamentales de la sant\u00e9 mentale et de l&rsquo;adaptation humaine. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, les travaux d&rsquo;Alicke ont permis de d\u00e9composer la cible de comparaison, r\u00e9v\u00e9lant que la sup\u00e9riorit\u00e9 s&rsquo;exprime plus intens\u00e9ment lorsqu&rsquo;on se compare \u00e0 un individu moyen abstrait que lorsqu&rsquo;on est confront\u00e9 \u00e0 un individu sp\u00e9cifique en chair et en os.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Plusieurs cadres th\u00e9oriques concurrents et compl\u00e9mentaires s&rsquo;articulent pour expliquer l&rsquo;\u00e9mergence et la persistance de l&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne au sein des syst\u00e8mes cognitifs humains. Le premier cadre repose sur l&rsquo;approche motivationnelle de l&rsquo;autovalorisation (<em>self-enhancement<\/em>). Selon cette perspective, les individus poss\u00e8dent un besoin intrins\u00e8que de pr\u00e9server et de renforcer leur <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Estime_de_soi\">estime de soi<\/a>. En adoptant une vision complaisante de leurs attributs par rapport \u00e0 celle du groupe, ils prot\u00e8gent leur psychisme contre l&rsquo;angoisse existentielle, le sentiment d&rsquo;incomp\u00e9tence et les menaces psychologiques, maximisant ainsi leur affect positif.<\/p>\n<p>Le second cadre s&rsquo;inscrit dans la perspective purement cognitive du traitement de l&rsquo;information. L&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;\u00e9gocentrisme cognitif postule que les individus disposent d&rsquo;un volume d&rsquo;informations incomparablement plus vaste et accessible sur leurs propres actions, intentions, efforts et motivations que sur ceux d&rsquo;autrui. Lors d&rsquo;un jugement comparatif, la m\u00e9moire de travail rappelle prioritairement les succ\u00e8s personnels, les bonnes intentions et les efforts d\u00e9ploy\u00e9s pour surmonter les obstacles, tout en traitant la masse ext\u00e9rieure comme un arri\u00e8re-plan g\u00e9n\u00e9rique et flou. Cette asym\u00e9trie d&rsquo;accessibilit\u00e9 mn\u00e9sique incline m\u00e9caniquement le jugement vers la sur\u00e9valuation relative du soi.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me cadre th\u00e9orique d\u00e9terminant d\u00e9coule du mod\u00e8le de red\u00e9finition s\u00e9mantique individualis\u00e9e mis en avant par David Dunning. Chaque personne tend \u00e0 attribuer au libell\u00e9 d&rsquo;une comp\u00e9tence une d\u00e9finition qui correspond fid\u00e8lement \u00e0 son propre profil d&rsquo;aptitudes. Par exemple, une personne prudente mais lente au volant d\u00e9finira le \u00ab bon conducteur \u00bb par la prudence et le respect m\u00e9ticuleux des distances, tandis qu&rsquo;un individu adroit et rapide d\u00e9finira le \u00ab bon conducteur \u00bb par les r\u00e9flexes vifs et le contr\u00f4le du v\u00e9hicule \u00e0 grande vitesse. D\u00e8s lors que chacun \u00e9value la r\u00e9alit\u00e9 selon ses propres bar\u00e8mes sur-mesure, presque tout le monde peut sinc\u00e8rement et logiquement se consid\u00e9rer sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie de la comparaison sociale introduite initialement par Leon Festinger rappelle que l&rsquo;auto-\u00e9valuation s&rsquo;op\u00e8re rarement dans l&rsquo;absolu : les individus recourent \u00e0 des comparaisons descendantes (se comparer \u00e0 des cibles per\u00e7ues comme moins performantes) pour solidifier leur statut per\u00e7u, transformant le pair moyen en une figure statistique d\u00e9grad\u00e9e servant de faire-valoir psychologique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne n&rsquo;est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne monolithique ; il se d\u00e9ploie \u00e0 travers plusieurs dimensions interconnect\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La contr\u00f4labilit\u00e9 per\u00e7ue du trait :<\/strong> Le biais atteint son intensit\u00e9 maximale sur les caract\u00e9ristiques que l&rsquo;individu estime contr\u00f4lables par sa volont\u00e9 (ex. la moralit\u00e9, la politesse, l&rsquo;assiduit\u00e9) comparativement aux traits purement g\u00e9n\u00e9tiques ou biologiques immuables (ex. la taille corporelle, l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle).<\/li>\n<li><strong>La d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale du domaine :<\/strong> Plus un trait conf\u00e8re de la valeur au sein d&rsquo;une collectivit\u00e9 (g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, int\u00e9grit\u00e9, empathie), plus la propension \u00e0 se classer au sommet de la distribution est prononc\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;observabilit\u00e9 et la v\u00e9rifiabilit\u00e9 objective :<\/strong> Les comp\u00e9tences difficiles \u00e0 mesurer par des crit\u00e8res standardis\u00e9s (la cr\u00e9ativit\u00e9, l&rsquo;intelligence \u00e9motionnelle) engendrent un effet de sup\u00e9riorit\u00e9 beaucoup plus lourd que les aptitudes quantifiables (la vitesse de sprint, le calcul mental chronom\u00e9tr\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Le type de cible comparative (abstraite vs concr\u00e8te) :<\/strong> L&rsquo;illusion de sup\u00e9riorit\u00e9 est remarquablement forte lorsqu&rsquo;on compare le soi \u00e0 un \u00ab pair moyen \u00bb hypoth\u00e9tique et flou, mais elle chute significativement lorsque la comparaison porte sur une personne r\u00e9elle, individualis\u00e9e et assise dans la m\u00eame pi\u00e8ce.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;asym\u00e9trie de valence (vertus vs d\u00e9fauts) :<\/strong> Le ph\u00e9nom\u00e8ne s&rsquo;exprime sous deux versants : la sur\u00e9valuation de la possession de traits d\u00e9sirables (effet \u00ab meilleur que la moyenne \u00bb au sens strict) et la sous-\u00e9valuation de la possession de traits ind\u00e9sirables (se croire moins manipulateur, moins paresseux ou moins \u00e9go\u00efste que les autres).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples concrets et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la m\u00e9canique de ce biais, examinons le domaine de la s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re. Un conducteur impliqu\u00e9 dans un accrochage mineur aura tendance \u00e0 attribuer l&rsquo;incident \u00e0 une flaque d&rsquo;huile impr\u00e9visible, \u00e0 l&rsquo;\u00e9clairage d\u00e9ficient ou au freinage brusque du v\u00e9hicule qui le pr\u00e9c\u00e9dait. Lorsqu&rsquo;il \u00e9value son niveau global, il se focalise sur les milliers de kilom\u00e8tres parcourus sans dommage et sur sa vigilance constante. En revanche, s&rsquo;il observe un autre usager h\u00e9siter \u00e0 un carrefour ou commettre un \u00e9cart, il inf\u00e9rera imm\u00e9diatement que cet individu est un conducteur incomp\u00e9tent et imprudent. La sommation de ces perceptions asym\u00e9triques le conduit \u00e0 maintenir in\u00e9branlablement la conviction qu&rsquo;il conduit bien mieux que la majorit\u00e9 des automobilistes.<\/p>\n<p>Dans le secteur manag\u00e9rial et financier, un directeur d&rsquo;investissement estimera souvent que ses r\u00e9ussites boursi\u00e8res sont le fruit d&rsquo;une analyse macro\u00e9conomique rigoureuse et d&rsquo;un flair sup\u00e9rieur, tandis que les contre-performances de son portefeuille rel\u00e8vent d&rsquo;al\u00e9as exceptionnels de march\u00e9. Lorsqu&rsquo;il \u00e9value la cohorte de ses concurrents, il applique des crit\u00e8res froids, percevant leurs succ\u00e8s comme fortuits et leurs erreurs comme structurelles. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre cognitif m\u00e8ne fr\u00e9quemment \u00e0 une prise de risque disproportionn\u00e9e, motiv\u00e9e par la croyance illusoire qu&rsquo;il saura liquider ses positions avant l&rsquo;effondrement collectif du march\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le contexte \u00e9ducatif, consid\u00e9rons un \u00e9tudiant recevant une note moyenne lors d&rsquo;un examen complexe. Si on lui demande d&rsquo;estimer sa ma\u00eetrise conceptuelle par rapport \u00e0 celle de ses pairs, il est fr\u00e9quent qu&rsquo;il se d\u00e9clare sup\u00e9rieur \u00e0 60 ou 70 % des inscrits, justifiant sa mauvaise performance par des questions d&rsquo;examen ambigu\u00ebs ou un manque d&rsquo;entra\u00eenement ponctuel, tout en postulant que les autres \u00e9tudiants ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de chance ou ont atteint leur plafond intellectuel.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychom\u00e9trique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation empirique de l&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne repose sur plusieurs protocoles m\u00e9thodologiques standardis\u00e9s en psychologie exp\u00e9rimentale :<\/p>\n<p>Le paradigme le plus classique est le paradigme d&rsquo;\u00e9valuation comparative directe. Les participants re\u00e7oivent une liste de traits (moraux, cognitifs ou sociaux) et doivent situer leur niveau sur une \u00e9chelle de Likert comparative gradu\u00e9e de 1 (\u00ab nettement inf\u00e9rieur \u00e0 la moyenne des \u00e9tudiants de mon \u00e2ge \u00bb) \u00e0 7 (\u00ab nettement sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne \u00bb), le point 4 repr\u00e9sentant le niveau m\u00e9dian exact. Si la population ne manifestait aucun biais, la moyenne arithm\u00e9tique globale de l&rsquo;\u00e9chantillon convergerait vers 4. Dans la pratique, les moyennes obtenues oscillent quasi syst\u00e9matiquement entre 5 et 6 sur la plupart des descripteurs valoris\u00e9s.<\/p>\n<p>Le second protocole correspond au paradigme d&rsquo;\u00e9valuation indirecte. Les chercheurs demandent d&rsquo;abord aux sujets d&rsquo;\u00e9valuer leurs propres caract\u00e9ristiques sur une \u00e9chelle absolue (de 1 \u00e0 100), puis, dans un temps distinct ou aupr\u00e8s d&rsquo;un sous-groupe appari\u00e9, d&rsquo;\u00e9valuer le \u00ab pair moyen \u00bb sur les m\u00eames crit\u00e8res. Le diff\u00e9rentiel obtenu en soustrayant le score de la cible du score de soi (Score Soi \u2212 Score Autrui) sert d&rsquo;indice quantitatif de la sup\u00e9riorit\u00e9 illusoire. Ce mod\u00e8le permet de neutraliser certains biais d&rsquo;ancrage li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle comparative directe.<\/p>\n<p>Enfin, le paradigme de distribution centile exige du r\u00e9pondant qu&rsquo;il indique le pourcentage exact de la population de r\u00e9f\u00e9rence qui performe moins bien que lui sur une aptitude donn\u00e9e (de 0 % \u00e0 100 %). L&rsquo;accumulation des pourcentages d\u00e9clar\u00e9s permet d&rsquo;analyser math\u00e9matiquement la d\u00e9formation de la courbe de Gauss per\u00e7ue par les participants.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension de l&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne rev\u00eat des r\u00e9percussions consid\u00e9rables dans le champ organisationnel et manag\u00e9rial. Au sein des entreprises, la quasi-totalit\u00e9 des salari\u00e9s et des dirigeants s&rsquo;estimant plus comp\u00e9tente et plus m\u00e9ritante que la moyenne de leurs coll\u00e8gues, les processus d&rsquo;\u00e9valuation des performances et d&rsquo;attribution des primes annuelles g\u00e9n\u00e8rent in\u00e9vitablement des frustrations profondes, du ressentiment et un sentiment d&rsquo;injustice distributive. D\u00e9construire cette illusion par des grilles d&rsquo;\u00e9valuation objectives et transparentes est un imp\u00e9ratif pour la gestion des ressources humaines.<\/p>\n<p>En sant\u00e9 publique et s\u00e9curit\u00e9 au travail, l&rsquo;effet de sup\u00e9riorit\u00e9 constitue un obstacle majeur aux campagnes de pr\u00e9vention. Si un travailleur du b\u00e2timent ou un automobiliste est persuad\u00e9 d&rsquo;\u00eatre infiniment plus habile et prudent que la moyenne, il jugera que les consignes de s\u00e9curit\u00e9, le port du harnais ou les limitations de vitesse s&rsquo;adressent aux \u00ab autres \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire aux individus maladroits et imprudents. Cette conviction alimente un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;optimisme comparatif d\u00e9l\u00e9t\u00e8re qui augmente la probabilit\u00e9 d&rsquo;accidents.<\/p>\n<p>Dans le domaine m\u00e9dical et th\u00e9rapeutique, ce biais poss\u00e8de une double facette. D&rsquo;une part, comme l&rsquo;ont document\u00e9 Taylor et ses coll\u00e8gues, un niveau mod\u00e9r\u00e9 d&rsquo;illusion positive favorise la r\u00e9silience psychologique, prot\u00e8ge contre les \u00e9pisodes d\u00e9pressifs et renforce le sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9 face \u00e0 des pathologies chroniques graves. D&rsquo;autre part, s&rsquo;il est hypertrophi\u00e9, il peut entra\u00eener un refus d&rsquo;observance des traitements th\u00e9rapeutiques, le patient estimant que sa constitution physique et ses d\u00e9fenses naturelles sont sup\u00e9rieures \u00e0 celles d&rsquo;un individu ordinaire.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;assise empirique de la sup\u00e9riorit\u00e9 illusoire s&rsquo;appuie sur des milliers d&rsquo;\u00e9tudes reproductibles men\u00e9es \u00e0 travers le monde. L&rsquo;une des lignes de recherche les plus influentes est celle associant ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Effet_Dunning-Kruger\">effet Dunning-Kruger<\/a> (1999). Justin Kruger et David Dunning ont d\u00e9montr\u00e9 que les personnes les moins qualifi\u00e9es dans un domaine cognitif particulier (logique, grammaire, raisonnement inductif) sont pr\u00e9cis\u00e9ment celles qui manifestent la surestimation relative la plus disproportionn\u00e9e. D\u00e9pourvues de la m\u00e9tacognition n\u00e9cessaire pour reconna\u00eetre leur propre incomp\u00e9tence, elles s&rsquo;\u00e9valuent tr\u00e8s largement au-dessus de la moyenne.<\/p>\n<p>Dans une m\u00e9ta-analyse de r\u00e9f\u00e9rence, Alicke et Govorun (2005) ont examin\u00e9 les facteurs mod\u00e9rateurs du BTAE. Leurs analyses ont mis en \u00e9vidence que l&rsquo;effet est maximis\u00e9 lorsque les descripteurs utilis\u00e9s sont vagues et traitent de qualit\u00e9s morales (la bienveillance, l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9), plut\u00f4t que de comp\u00e9tences intellectuelles ou physiques. Les chercheurs ont \u00e9galement confirm\u00e9 que l&rsquo;effet persiste m\u00eame lorsque les participants sont inform\u00e9s de l&rsquo;existence du biais et incit\u00e9s financi\u00e8rement \u00e0 fournir l&rsquo;auto-\u00e9valuation la plus pr\u00e9cise possible.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes en neurosciences cognitives ont cherch\u00e9 \u00e0 identifier les corr\u00e9lats neuronaux de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Des travaux en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf), notamment conduits par Beer et Hughes (2010), ont montr\u00e9 que le maintien d&rsquo;une auto-\u00e9valuation sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne implique des modulations au sein du cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dial (MPFC) et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur. Une activit\u00e9 diff\u00e9renci\u00e9e dans ces r\u00e9gions semble r\u00e9guler l&rsquo;int\u00e9gration ou l&rsquo;occultation des r\u00e9troactions n\u00e9gatives provenant de l&rsquo;environnement, confirmant une base neurobiologique aux efforts d&rsquo;autovalorisation.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;universalit\u00e9 de l&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne a fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats au sein de la psychologie interculturelle. La grande majorit\u00e9 des premi\u00e8res donn\u00e9es empiriques ayant \u00e9t\u00e9 collect\u00e9es au sein de soci\u00e9t\u00e9s dites WEIRD (<em>Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic<\/em>), les chercheurs ont interrog\u00e9 l&rsquo;influence des valeurs individualistes sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>Les travaux conduits par Shinobu Kitayama et Hazel Markus ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que dans les cultures d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est (notamment au Japon et en Cor\u00e9e), caract\u00e9ris\u00e9es par des normes collectivistes et une valorisation de l&rsquo;interd\u00e9pendance sociale, l&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne classique est nettement moins visible, voire parfois remplac\u00e9 par un biais d&rsquo;autocritique ou de modestie. Dans ces contextes socioculturels, se proclamer meilleur que les membres de son groupe transgresse l&rsquo;harmonie sociale et les devoirs envers le collectif.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, des recherches plus nuanc\u00e9es (Sedikides, Gaertner et Toguchi, 2003) ont affin\u00e9 ce constat. L&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne ne dispara\u00eetrait pas en Asie orientale, mais changerait simplement de vecteur : tandis que les Occidentaux se jugent sup\u00e9rieurs sur des traits d&rsquo;agentivit\u00e9, de pouvoir personnel, de leadership et d&rsquo;ind\u00e9pendance, les individus des cultures collectivistes manifestent leur sup\u00e9riorit\u00e9 illusoire sur des dimensions d&rsquo;interd\u00e9pendance, se jugeant plus loyaux, plus d\u00e9vou\u00e9s, plus coop\u00e9ratifs et plus respectueux des normes communautaires que le citoyen moyen. Le besoin d&rsquo;autovalorisation appara\u00eet donc transculturel, mais s&rsquo;exprime par le biais des attributs les plus pris\u00e9s par le syst\u00e8me social d&rsquo;appartenance.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne soit largement admis, sa signification m\u00e9thodologique et sa nature psychologique r\u00e9elle ont suscit\u00e9 d&rsquo;intenses controverses au sein de la communaut\u00e9 psychom\u00e9trique.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique majeure, formul\u00e9e notamment par Klar et Giladi (1997), concerne l&rsquo;\u00ab effet de focalisation sur l&rsquo;objet \u00bb (<em>everybody-is-better-than-average effect<\/em>). Selon ces auteurs, la comparaison avec le pair moyen n&rsquo;implique pas obligatoirement une complaisance envers le soi. Lorsqu&rsquo;un individu doit comparer n&rsquo;importe quelle cible humaine unique et concr\u00e8te (qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de lui-m\u00eame ou d&rsquo;une personne inconnue choisie au hasard) \u00e0 un groupe agr\u00e9g\u00e9 abstrait, il a tendance \u00e0 \u00e9valuer la cible unique comme sup\u00e9rieure au groupe. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne sugg\u00e8re qu&rsquo;une fraction du biais r\u00e9sulterait d&rsquo;une distorsion de traitement de l&rsquo;information entre entit\u00e9s singuli\u00e8res et groupes statistiques g\u00e9n\u00e9riques, plut\u00f4t que d&rsquo;une pulsion d&rsquo;autovalorisation narcissique.<\/p>\n<p>Une seconde controverse d\u00e9coule des analyses critiques de Don Moore (2007) sur la distribution des t\u00e2ches. Moore souligne que qualifier l&rsquo;effet de biais syst\u00e9matique de sup\u00e9riorit\u00e9 est un abus de langage, car sur des t\u00e2ches notoirement complexes, les individus sous-estiment massivement leur rang r\u00e9el au profit d&rsquo;un effet \u00ab pire que la moyenne \u00bb. Ce constat milite pour une interpr\u00e9tation bas\u00e9e sur l&rsquo;incapacit\u00e9 cognitive \u00e0 estimer convenablement la performance d&rsquo;autrui lorsque la difficult\u00e9 de la t\u00e2che varie, plut\u00f4t que sur un pur besoin de pr\u00e9servation de l&rsquo;ego.<\/p>\n<p>Enfin, des statisticiens et psychologues m\u00e9thodologues font remarquer que le constat selon lequel \u00ab plus de 50 % des individus se situent au-dessus de la moyenne \u00bb n&rsquo;est pas math\u00e9matiquement impossible dans les distributions asym\u00e9triques (non gaussiennes). Si quelques conducteurs sont extraordinairement dangereux et accumulent un nombre astronomique d&rsquo;infractions, la moyenne math\u00e9matique est tir\u00e9e vers le bas, permettant l\u00e9gitimement \u00e0 une majorit\u00e9 d&rsquo;individus d&rsquo;avoir un bilan sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne arithm\u00e9tique. Cependant, cet argument math\u00e9matique s&rsquo;effondre lorsque les protocoles utilisent la m\u00e9diane plut\u00f4t que la moyenne comme point de rep\u00e8re comparatif.<\/p>\n<h3>14. Notions connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour cerner rigoureusement l&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne, il convient de le dissocier d&rsquo;autres concepts psychologiques voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Biais_d%27autocomplaisance\">biais d&rsquo;autocomplaisance<\/a> (<em>self-serving bias<\/em>) :<\/strong> Ce biais renvoie \u00e0 la tendance attributionnelle consistant \u00e0 s&rsquo;imputer personnellement ses r\u00e9ussites tout en rejetant la faute de ses \u00e9checs sur des facteurs ext\u00e9rieurs. L&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne est une comparaison sociale de rang, alors que le biais d&rsquo;autocomplaisance est une attribution causale de causalit\u00e9 \u00e9v\u00e9nementielle.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;effet Dunning-Kruger :<\/strong> Cette th\u00e9orie d\u00e9crit un d\u00e9ficit sp\u00e9cifique de m\u00e9tacognition chez les personnes incomp\u00e9tentes dans un domaine, les emp\u00eachant d&rsquo;\u00e9valuer leur propre faiblesse. L&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne est un ph\u00e9nom\u00e8ne plus g\u00e9n\u00e9ral qui touche l&rsquo;ensemble des strates de performance, y compris des individus comp\u00e9tents s&rsquo;\u00e9valuant sup\u00e9rieurs \u00e0 la m\u00e9diane globale.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;optimisme comparatif (ou irr\u00e9aliste) :<\/strong> D\u00e9crit par Neil Weinstein, l&rsquo;optimisme comparatif concerne la probabilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements futurs personnels (croire que l&rsquo;on a moins de chances que les autres de contracter un cancer ou de divorcer). L&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne porte principalement sur des traits, comp\u00e9tences et aptitudes pr\u00e9sents.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;illusion de contr\u00f4le :<\/strong> Conceptualis\u00e9e par Ellen Langer, elle d\u00e9signe la tendance d&rsquo;une personne \u00e0 croire qu&rsquo;elle ma\u00eetrise ou influence des \u00e9v\u00e9nements al\u00e9atoires. Bien qu&rsquo;elle coexiste souvent avec la sup\u00e9riorit\u00e9 illusoire dans la prise de risque, elle cible la dynamique causale du hasard plut\u00f4t que la comparaison avec autrui.<\/li>\n<li><strong>Le narcissisme :<\/strong> Contrairement \u00e0 la sup\u00e9riorit\u00e9 illusoire qui repr\u00e9sente une d\u00e9viation normative partag\u00e9e par la population g\u00e9n\u00e9rale, le narcissisme (qu&rsquo;il soit clinique ou subclinique) rel\u00e8ve d&rsquo;une structure de personnalit\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9e par un besoin insatiable d&rsquo;admiration, un sentiment d\u00e9mesur\u00e9 de grandeur et un manque criant d&#8217;empathie.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne constitue l&rsquo;un des ph\u00e9nom\u00e8nes les plus robustes et abondamment document\u00e9s de la psychologie sociale moderne. Ses points cardinaux se r\u00e9sument comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li>Il d\u00e9signe l&rsquo;inclination quasi syst\u00e9matique des individus \u00e0 s&rsquo;\u00e9valuer plus positivement que le \u00ab pair moyen \u00bb sur une multitude de crit\u00e8res physiques, intellectuels, moraux et professionnels.<\/li>\n<li>Ce biais r\u00e9sulte de l&rsquo;interaction \u00e9troite entre des motivations de protection de l&rsquo;estime de soi et des asym\u00e9tries de traitement cognitif de l&rsquo;information (\u00e9gocentrisme cognitif et red\u00e9finition s\u00e9mantique des crit\u00e8res).<\/li>\n<li>Son amplitude est maximale pour les traits subjectifs, socialement d\u00e9sirables et contr\u00f4lables, ainsi que lors de t\u00e2ches per\u00e7ues comme ais\u00e9es, mais s&rsquo;inverse lors d&rsquo;\u00e9preuves d&rsquo;une difficult\u00e9 extr\u00eame.<\/li>\n<li>Bien qu&rsquo;il contribue au bien-\u00eatre psychologique et \u00e0 l&rsquo;assurance individuelle, il engendre des distorsions pr\u00e9judiciables dans la gestion du risque, les n\u00e9gociations interindividuelles et la prise de d\u00e9cision organisationnelle.<\/li>\n<li>Sa manifestation transculturelle est universelle, bien que les cibles de comparaison valoris\u00e9es diff\u00e8rent significativement entre les cultures individualistes et collectivistes.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Alicke, M. D., &amp; Govorun, O. (2005). The better-than-average effect. In M. D. Alicke, D. A. Dunning, &amp; J. I. Krueger (Eds.), <em>The Self in Social Judgment<\/em> (pp. 85\u2013106). Psychology Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203018842\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203018842<\/a><\/li>\n<li>Cross, K. P. (1977). Not can, but will college teaching be improved? <em>New Directions for Higher Education<\/em>, 1977(17), 1\u201315. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/he.36919771703\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/he.36919771703<\/a><\/li>\n<li>Dunning, D., Meyerowitz, J. A., &amp; Holzberg, A. D. (1989). Ambiguity and self-evaluation: The role of idiosyncratic trait definitions in self-serving assessments of ability. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 57(6), 1082\u20131090. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.57.6.1082\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.57.6.1082<\/a><\/li>\n<li>Kruger, J., &amp; Dunning, D. (1999). Unskilled and unaware of it: How difficulties in recognizing one&rsquo;s own incompetence lead to inflated self-assessments. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 77(6), 1121\u20131134. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.77.6.1121\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.77.6.1121<\/a><\/li>\n<li>Svenson, O. (1981). Are we all less risky and more skillful than our fellow drivers? <em>Acta Psychologica<\/em>, 47(2), 143\u2013148. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(81)90005-6\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(81)90005-6<\/a><\/li>\n<li>Taylor, S. E., &amp; Brown, J. D. (1988). Illusion and well-being: A social psychological perspective on mental health. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 103(2), 193\u2013210. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.103.2.193\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.103.2.193<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez l&rsquo;effet sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne (sup\u00e9riorit\u00e9 illusoire) en psychologie : m\u00e9canismes cognitifs, fondements th\u00e9oriques, \u00e9tudes empiriques et impacts.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3013,647,154],"tags":[36874,1857,36873,8197,881,220,30929],"class_list":["post-21963","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-biais-cognitifs","category-psychologie-cognitive","category-psychologie-sociale","tag-autovalorisation","tag-biais-cognitif","tag-effet-lake-wobegon","tag-effet-superieur-a-la-moyenne","tag-estime-de-soi","tag-psychologie-sociale","tag-superiorite-illusoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21963","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21963\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21963"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21963"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21963"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}