{"id":21925,"date":"2026-10-26T14:23:17","date_gmt":"2026-10-26T14:23:17","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=rythme-de-berger"},"modified":"2026-10-26T14:23:17","modified_gmt":"2026-10-26T14:23:17","slug":"rythme-de-berger","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=rythme-de-berger","title":{"rendered":"Rythme de Berger : Signature de l&rsquo;esprit au repos"},"content":{"rendered":"<p>V\u00e9ritable pierre angulaire de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie moderne et de la psychophysiologie cognitive, le <strong>rythme de Berger<\/strong> constitue la toute premi\u00e8re manifestation oscillatoire c\u00e9r\u00e9brale d\u00e9couverte chez l&rsquo;\u00eatre humain. Souvent d\u00e9sign\u00e9 sous l&rsquo;appellation d&rsquo;onde ou de rythme alpha, ce signal oscillatoire refl\u00e8te les m\u00e9canismes fondamentaux de synchronisation neuronale thalamo-corticale et module l&rsquo;ensemble des dynamiques attentionnelles et perceptuelles de l&rsquo;esprit conscient.<\/p>\n<h2>Rythme de Berger<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le rythme de Berger, universellement assimil\u00e9 au <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rythme_%CE%B1\">rythme alpha<\/a>, correspond \u00e0 une activit\u00e9 oscillatoire macroscopique du cerveau humain pr\u00e9sentant une fr\u00e9quence comprise entre 8 et 13 Hertz (Hz) et une amplitude typiquement comprise entre 20 et 100 microvolts (\u00b5V). Identifi\u00e9 principalement au niveau des aires corticales post\u00e9rieures occipitales et pari\u00e9tales, ce rythme pr\u00e9domine chez un individu adulte vigile, au repos physique et psychique, maintenu les yeux ferm\u00e9s. Sa propri\u00e9t\u00e9 fondamentale r\u00e9side dans son att\u00e9nuation ou sa disparition quasi-instantan\u00e9e lors de l&rsquo;ouverture des yeux ou de la survenue d&rsquo;un effort attentionnel ou cognitif intense, un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de d\u00e9synchronisation alpha ou d&rsquo;arr\u00eat de Berger.<\/p>\n<p>Sur le plan neurobiologique, le rythme de Berger ne constitue nullement une simple m\u00e9taphore d&rsquo;inactivit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale passive comme les premi\u00e8res th\u00e9ories l&rsquo;ont longtemps postul\u00e9. Il est aujourd&rsquo;hui conceptualis\u00e9 comme un m\u00e9canisme dynamique et hautement coordonn\u00e9 de synchronisation neuronale, r\u00e9gul\u00e9 par les boucles r\u00e9troactives entre le thalamus et le cortex c\u00e9r\u00e9bral. Cette oscillation refl\u00e8te un \u00e9tat de mise en r\u00e9serve fonctionnelle et de filtrage s\u00e9lectif de l&rsquo;information sensorielle, illustrant comment les r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux orchestrent la perm\u00e9abilit\u00e9 des aires r\u00e9ceptrices primaires face \u00e0 l&rsquo;environnement ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie et des neurosciences cognitives, ce rythme sert d&rsquo;indicateur \u00e9lectrophysiologique fondamental pour quantifier les niveaux d&rsquo;\u00e9veil, l&rsquo;inhibition corticale active, la charge mentale et les \u00e9tats de m\u00e9ditation ou de relaxation profonde. Son int\u00e9grit\u00e9, sa fr\u00e9quence de cr\u00eate et sa r\u00e9activit\u00e9 spatio-temporelle offrent une fen\u00eatre sans \u00e9quivalent sur la plasticit\u00e9 fonctionnelle, la sant\u00e9 neurod\u00e9veloppementale et la s\u00e9nescence cognitive normale et pathologique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab rythme de Berger \u00bb (originellement d\u00e9sign\u00e9 en allemand par <em>Berger-Rhythmus<\/em>) d\u00e9rive directement de l&rsquo;anthroponyme de son d\u00e9couvreur, le psychiatre et neurologue allemand <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hans_Berger\">Hans Berger<\/a> (1873-1941). En publiant en 1929 son article fondateur intitul\u00e9 <em>\u00dcber das Elektrenkephalogramm des Menschen<\/em> (\u00ab Sur l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalogramme de l&rsquo;\u00eatre humain \u00bb), Berger a \u00e9tabli pour la premi\u00e8re fois que le cerveau humain g\u00e9n\u00e8re des signaux \u00e9lectriques r\u00e9guliers et mesurables \u00e0 travers la surface du cr\u00e2ne intact.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab rythme \u00bb proc\u00e8de quant \u00e0 lui du grec ancien <em>rhuthmos<\/em> (\u1fe5\u03c5\u03b8\u03bc\u03cc\u03c2), d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>rhein<\/em> (\u1fe5\u03b5\u1fd6\u03bd, signifiant \u00ab couler \u00bb ou \u00ab s&rsquo;\u00e9couler \u00bb), d\u00e9crivant un mouvement r\u00e9gulier, une cadence ou une structure temporelle r\u00e9currente. Dans sa nomenclature originale, Hans Berger avait initialement cat\u00e9goris\u00e9 les oscillations c\u00e9r\u00e9brales en \u00ab ondes de premier ordre \u00bb (<em>Wellen erster Ordnung<\/em>), oscillant entre 8 et 12 cycles par seconde, qu&rsquo;il baptisa ensuite \u00ab ondes alpha \u00bb (\u03b1), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la premi\u00e8re lettre de l&rsquo;alphabet grec, afin de souligner leur primaut\u00e9 chronologique et morphologique dans l&rsquo;enregistrement neurophysiologique.<\/p>\n<p>L&rsquo;appellation honorifique \u00ab rythme de Berger \u00bb a \u00e9t\u00e9 formellement consacr\u00e9e au milieu des ann\u00e9es 1930 par des chercheurs internationaux, notamment par le neurophysiologiste britannique Edgar Douglas Adrian et son coll\u00e8gue Brian Matthews, qui ont reproduit et valid\u00e9 de mani\u00e8re \u00e9clatante les d\u00e9couvertes de Berger \u00e0 Cambridge, imposant d\u00e9finitivement le terme dans la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale et psychophysiologique mondiale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan grammatical, \u00ab rythme de Berger \u00bb est un syntagme nominal masculin singulier (prononc\u00e9 phon\u00e9tiquement en fran\u00e7ais standard \/\u0281itm d\u0259 b\u025b\u0281.\u0261\u0153\u0281\/ ou \/\u0281itm d\u0259 b\u025b\u0281.\u0292e\/ selon l&rsquo;alignement phon\u00e9tique sur le patronyme germanique). Le terme ne poss\u00e8de pas d&rsquo;usage adjectival direct, mais est couramment associ\u00e9 \u00e0 des qualificatifs neurophysiologiques (ex. \u00ab rythme de Berger r\u00e9actif \u00bb, \u00ab r\u00e9activit\u00e9 bergerienne \u00bb).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature contemporaine en langue fran\u00e7aise, le terme s&#8217;emploie principalement au singulier lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe le patron oscillatoire sp\u00e9cifique de repos visuel, et peut s&#8217;employer au pluriel (\u00ab les rythmes de Berger \u00bb) pour qualifier l&rsquo;ensemble des fr\u00e9quences alpha individualis\u00e9es au sein d&rsquo;une cohorte ou d&rsquo;une batterie clinique. Il s&rsquo;utilise de mani\u00e8re interchangeable avec \u00ab rythme alpha \u00bb, bien que le qualificatif de Berger soit plus express\u00e9ment r\u00e9serv\u00e9 au rythme de repos occipital dominant bloqu\u00e9 par l&rsquo;ouverture oculaire.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le rythme de Berger dans toute sa complexit\u00e9, il convient de comprendre la nature physique et biologique de l&rsquo;enregistrement \u00e9lectroenc\u00e9phalographique. Les ondes \u00e9lectriques capt\u00e9es par les \u00e9lectrodes pos\u00e9es sur le cuir chevelu ne traduisent pas les potentiels d&rsquo;action unitaires des axones, mais r\u00e9sultent de la sommation spatio-temporelle synchrone d&rsquo;une multitude de potentiels postsynaptiques excitateurs et inhibiteurs (PPSE et PPSI) g\u00e9n\u00e9r\u00e9s au niveau des dendrites apicales des cellules pyramidales orient\u00e9es perpendiculairement \u00e0 la surface corticale. Lorsque des millions de ces neurones oscillent de concert \u00e0 la m\u00eame fr\u00e9quence et selon une phase partag\u00e9e, une onde p\u00e9riodique macroscopique devient mesurable : c&rsquo;est l&rsquo;essence m\u00eame du rythme de Berger.<\/p>\n<p>Le rythme de Berger pr\u00e9sente une topographie tr\u00e8s caract\u00e9ristique : son amplitude maximale est syst\u00e9matiquement localis\u00e9e au-dessus des r\u00e9gions occipitales (\u00e9lectrodes O1 et O2 selon le syst\u00e8me international 10-20), s&rsquo;\u00e9tendant fr\u00e9quemment vers les aires pari\u00e9tales et temporales post\u00e9rieures. Cette topographie refl\u00e8te l&rsquo;\u00e9tat du cortex visuel primaire (aire 17 de Brodmann) et des aires visuelles associatives (aires 18 et 19). Bien que traditionnellement caract\u00e9ris\u00e9 entre 8 et 13 Hz, la plupart des individus adultes sains manifestent une \u00ab fr\u00e9quence individuelle du pic alpha \u00bb (en anglais <em>Individual Alpha Frequency<\/em> ou IAF) solidement ancr\u00e9e autour de 10 \u00e0 10,5 Hz.<\/p>\n<p>La caract\u00e9ristique la plus embl\u00e9matique du rythme de Berger r\u00e9side dans son extraordinaire dynamique d&rsquo;att\u00e9nuation, initialement baptis\u00e9e \u00ab blocage de l&rsquo;alpha \u00bb ou \u00ab effet Berger \u00bb. Lorsqu&rsquo;un sujet assis dans une pi\u00e8ce obscure ou faiblement \u00e9clair\u00e9e ferme les yeux, de majestueux fuseaux d&rsquo;ondes sinuso\u00efdales \u00e0 10 Hz apparaissent en quelques centaines de millisecondes sur les trac\u00e9s occipitaux. D\u00e8s que le sujet rouvre les yeux, ces oscillations de haute amplitude disparaissent instantan\u00e9ment, remplac\u00e9es par un trac\u00e9 de basse amplitude, asynchrone et rapide, domin\u00e9 par le rythme b\u00eata (14-30 Hz). Le m\u00eame blocage s&rsquo;observe si le sujet, tout en maintenant les yeux ferm\u00e9s, s&rsquo;engage dans un calcul mental complexe, forme une image visuelle mentale particuli\u00e8rement d\u00e9taill\u00e9e, ou \u00e9prouve une r\u00e9action de surprise ou de sursaut attentionnel.<\/p>\n<p>Sur le plan des fronti\u00e8res conceptuelles, le rythme de Berger se distingue nettement des autres activit\u00e9s oscillatoires c\u00e9r\u00e9brales de repos. Il ne doit pas \u00eatre confondu avec le rythme mu (ou rythme rolandique), qui oscille \u00e9galement dans la bande des 8-13 Hz mais se localise au-dessus du cortex sensorimoteur (d\u00e9rivations C3, Cz, C4) et s&rsquo;inhibe lors de l&rsquo;ex\u00e9cution ou de l&rsquo;imagination d&rsquo;un mouvement moteur. Il se distingue \u00e9galement du rythme th\u00eata (4-7 Hz), caract\u00e9ristique de la somnolence ou de la charge en m\u00e9moire de travail hippocampique, et du rythme b\u00eata (sup\u00e9rieur \u00e0 13 Hz), marqueur d&rsquo;une activation corticale active et focalis\u00e9e.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire du rythme de Berger est intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 la naissance de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroenc%C3%A9phalographie\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a> (EEG). D\u00e8s 1875, le m\u00e9decin britannique Richard Caton avait rapport\u00e9 l&rsquo;existence de courants \u00e9lectriques continus et fluctuants \u00e0 la surface du cerveau expos\u00e9 de lapins et de singes. Cependant, l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un tel signal puisse \u00eatre capt\u00e9 \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9paisseur du cr\u00e2ne, des m\u00e9ninges et du scalp d&rsquo;un \u00eatre humain vivant sans intervention invasive relevait alors de la pure sp\u00e9culation scientifique.<\/p>\n<p>Anim\u00e9 par une qu\u00eate quasi-mystique de d\u00e9montrer l&rsquo;existence d&rsquo;une \u00ab \u00e9nergie psychique \u00bb physique mesurable apr\u00e8s avoir surv\u00e9cu de mani\u00e8re inexplicable \u00e0 un accident \u00e9questre durant sa jeunesse, Hans Berger consacra plusieurs d\u00e9cennies de recherches clandestines dans sa clinique psychiatrique d&rsquo;I\u00e9na. Utilisant des galvanom\u00e8tres \u00e0 corde sensibles d&rsquo;Edelmann et des \u00e9lectrodes en fil de zinc ins\u00e9r\u00e9es sous la peau ou pos\u00e9es sur le cr\u00e2ne de son propre fils Klaus, Berger enregistra pour la premi\u00e8re fois en 1924 les fluctuations rythmiques du cerveau humain. Apr\u00e8s cinq ann\u00e9es d&rsquo;exp\u00e9rimentations m\u00e9ticuleuses pour \u00e9liminer tout artefact musculaire ou cardiaque, il publia son m\u00e9moire s\u00e9minal en 1929.<\/p>\n<p>L&rsquo;accueil initial r\u00e9serv\u00e9 aux d\u00e9couvertes de Berger par la communaut\u00e9 scientifique germanique et internationale fut teint\u00e9 d&rsquo;un scepticisme profond. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1934 que les physiologistes britanniques Edgar Douglas Adrian et Brian Matthews confirm\u00e8rent publiquement ses observations dans un article retentissant paru dans la revue <em>Brain<\/em>. Utilisant des amplificateurs modernes \u00e0 lampes thermioniques, ils r\u00e9pliqu\u00e8rent les trac\u00e9s de Berger et valid\u00e8rent sans \u00e9quivoque la r\u00e9alit\u00e9 biologique du ph\u00e9nom\u00e8ne, proposant d&rsquo;honorer Hans Berger en donnant son nom au rythme alpha.<\/p>\n<p>Au cours des d\u00e9cennies 1940 \u00e0 1970, l&rsquo;av\u00e8nement des filtres analogiques et des analyseurs de spectre de fr\u00e9quence permit d&rsquo;approfondir l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;alpha. Les travaux pionniers de William Grey Walter en Angleterre et de Donald B. Lindsley aux \u00c9tats-Unis \u00e9tablirent la relation entre la formation r\u00e9ticul\u00e9e activatrice ascendante du tronc c\u00e9r\u00e9bral et la d\u00e9synchronisation du rythme de Berger. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1990 et 2000, l&rsquo;essor du traitement num\u00e9rique du signal, de la magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) et de l&rsquo;EEG \u00e0 haute densit\u00e9 (128 \u00e0 256 canaux) permit de d\u00e9chiffrer avec une pr\u00e9cision millim\u00e9trique les g\u00e9n\u00e9rateurs sous-corticaux et intracorticaux de ce rythme mythique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation th\u00e9orique du rythme de Berger a connu une mutation paradigmatique majeure au cours des quatre derni\u00e8res d\u00e9cennies. Deux grands mod\u00e8les th\u00e9oriques se sont succ\u00e9d\u00e9 : l&rsquo;hypoth\u00e8se du ralenti passif (\u00ab idling hypothesis \u00bb) et le mod\u00e8le de l&rsquo;inhibition active par synchronisation (\u00ab gating by inhibition \u00bb).<\/p>\n<p>La th\u00e9orie classique de la mise en sommeil passif, formul\u00e9e notamment par Jasper et Penfield puis soutenue par Pfurtscheller dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, concevait le rythme de Berger comme le simple reflet d&rsquo;un syst\u00e8me visuel non stimul\u00e9, tournant \u00ab au ralenti \u00bb. Selon cette vision, en l&rsquo;absence de signaux aff\u00e9rents issus de la r\u00e9tine (yeux ferm\u00e9s), les neurones du cortex occipital cessent de traiter de l&rsquo;information complexe et retombent spontan\u00e9ment dans un \u00e9tat d&rsquo;oscillation synchrone de veille passive, comparable \u00e0 un moteur automobile au point mort.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1990, des chercheurs comme Wolfgang Klimesch et plus tard Ole Jensen ont r\u00e9volutionn\u00e9 cette conception en formulant la th\u00e9orie du \u00ab filtrage par l&rsquo;inhibition \u00bb (<em>Gating by Inhibition hypothesis<\/em>). Selon ce cadre th\u00e9orique dominant, le rythme de Berger est un m\u00e9canisme neurocomputationnel hautement dynamique et \u00e9nerg\u00e9tiquement exigeant, destin\u00e9 \u00e0 supprimer activement le traitement de l&rsquo;information non pertinente dans les aires corticales non sollicit\u00e9es. L&rsquo;augmentation de la puissance du rythme alpha ne refl\u00e8te pas une absence d&rsquo;activit\u00e9, mais une inhibition fonctionnelle exerc\u00e9e sur un r\u00e9seau neural afin de rediriger les ressources cognitives et attentionnelles vers d&rsquo;autres r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales impliqu\u00e9es dans la t\u00e2che en cours.<\/p>\n<p>Sur le plan des neurosciences syst\u00e9miques, l&rsquo;origine oscillatoire du rythme de Berger repose sur le fonctionnement des boucles corticothalamiques. Les neurones glutamatergiques des noyaux de relais du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Thalamus\">thalamus<\/a> (notamment le corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral pour la vision) et les interneurones GABAergiques du noyau r\u00e9ticulaire thalamique g\u00e9n\u00e8rent des d\u00e9charges en salves (<em>bursts<\/em>) spontan\u00e9es \u00e0 environ 10 Hz. Ces salves rythmiques sont projet\u00e9es vers les couches IV et VI du cortex visuel, entra\u00eenant les assembl\u00e9es de neurones pyramidaux dans une r\u00e9sonance collective qui r\u00e9gule l&rsquo;entr\u00e9e des signaux sensoriels dans le flux de traitement conscient.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le rythme de Berger ne constitue pas une entit\u00e9 monolithique uniforme, mais se d\u00e9cline en plusieurs dimensions spectrales, spatiales et fonctionnelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fr\u00e9quence de cr\u00eate individuelle (IAF) :<\/strong> Point d&rsquo;ancrage spectral o\u00f9 la densit\u00e9 de puissance est maximale au sein de la bande 8-13 Hz. Elle sert de marqueur biologique stable de la vitesse de traitement cognitif et de la performance en m\u00e9moire de travail chez chaque individu.<\/li>\n<li><strong>Sous-bande alpha inf\u00e9rieure (8-10 Hz) :<\/strong> Typiquement associ\u00e9e aux processus d&rsquo;attention globale, d&rsquo;\u00e9veil asp\u00e9cifique et de modulation de la vigilance tonique diffuse.<\/li>\n<li><strong>Sous-bande alpha sup\u00e9rieure (10-12\/13 Hz) :<\/strong> Fortement corr\u00e9l\u00e9e au traitement cognitif sp\u00e9cifique, \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s au lexique s\u00e9mantique, \u00e0 la m\u00e9moire \u00e9pisodique et \u00e0 la s\u00e9lectivit\u00e9 attentionnelle spatiale et perceptive.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9activit\u00e9 et dynamique temporelle (D\u00e9synchronisation li\u00e9e \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement &#8211; ERD) :<\/strong> Baisse transitoire de la puissance du rythme de Berger cons\u00e9cutive \u00e0 une stimulation externe ou \u00e0 une op\u00e9ration mentale interne, traduisant le recrutement actif des populations neuronales sous-jacentes.<\/li>\n<li><strong>Synchronisation li\u00e9e \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement (ERS) :<\/strong> Augmentation transitoire de l&rsquo;amplitude alpha, observ\u00e9e dans les aires dont l&rsquo;inhibition temporaire est requise pour \u00e9viter l&rsquo;interf\u00e9rence sensorielle pendant une t\u00e2che cognitive complexe.<\/li>\n<li><strong>Distribution spatiale et asym\u00e9trie h\u00e9misph\u00e9rique :<\/strong> Si le rythme de Berger classique pr\u00e9sente une amplitude maximale occipito-pari\u00e9tale, des variations d&rsquo;asym\u00e9trie frontale ou temporo-pari\u00e9tale refl\u00e8tent les tendances affectives (approche versus \u00e9vitement) et les styles d&rsquo;autor\u00e9gulation \u00e9motionnelle.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation du rythme de Berger et de ses variations fournit des illustrations cliniques et cognitives particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrices du fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral sain et pathologique.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;\u00e9valuation ophtalmologique et la simulation de c\u00e9cit\u00e9 corticale.<\/strong> Un individu adulte se pr\u00e9sente en consultation neurologique affirmant avoir perdu brutalement et totalement la vue \u00e0 la suite d&rsquo;un traumatisme psychologique, sans l\u00e9sion oculaire apparente. Lors de l&rsquo;enregistrement EEG, le neurologue observe un rythme de Berger robuste et r\u00e9gulier \u00e0 10 Hz en d\u00e9rivations occipitales lorsque les yeux du patient sont maintenus clos. Lorsque le clinicien demande au patient d&rsquo;ouvrir les yeux, le rythme de Berger dispara\u00eet instantan\u00e9ment, c\u00e9dant la place \u00e0 un trac\u00e9 b\u00eata r\u00e9actif. Cette r\u00e9activit\u00e9 \u00e9lectrophysiologique normale d\u00e9montre que les voies optiques sous-corticales et le cortex visuel primaire traitent parfaitement l&rsquo;information lumineuse entrante, orientant formellement le diagnostic vers un trouble neurologique fonctionnel (conversion hyst\u00e9rique) ou une simulation, et \u00e9liminant une destruction organique du cortex visuel primaire.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : La m\u00e9ditation de pleine conscience et le maintien de la stabilit\u00e9 attentionnelle.<\/strong> Un m\u00e9ditant exp\u00e9riment\u00e9 pratique la m\u00e9ditation de type pr\u00e9sence ouverte (<em>open monitoring<\/em>). L&rsquo;enregistrement EEG \u00e0 haute densit\u00e9 montre une augmentation spectaculaire de l&rsquo;amplitude du rythme de Berger sur les r\u00e9gions pari\u00e9to-occipitales, m\u00eame lorsque les yeux sont mi-clos. Contrairement aux sujets non entra\u00een\u00e9s chez qui une stimulation auditive inattendue entra\u00eene une d\u00e9synchronisation alpha imm\u00e9diate et durable (sursaut attentionnel), le m\u00e9ditant expert manifeste une br\u00e8ve d\u00e9synchronisation suivie d&rsquo;un retour quasi-instantan\u00e9 du rythme alpha de repos. Cette flexibilit\u00e9 illustre la capacit\u00e9 du r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral \u00e0 inhiber le vagabondage mental (<em>mind-wandering<\/em>) tout en pr\u00e9servant une disponibilit\u00e9 cognitive optimale.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Le d\u00e9clin de la fr\u00e9quence alpha dans le vieillissement pathologique.<\/strong> Une femme de 74 ans consulte pour des plaintes mn\u00e9siques progressives. L&rsquo;analyse spectrale quantitative de son EEG de repos r\u00e9v\u00e8le un rythme de Berger post\u00e9rieur dont la fr\u00e9quence de cr\u00eate s&rsquo;est effondr\u00e9e \u00e0 7,8 Hz, franchissant le seuil pathologique de la bande th\u00eata, avec une d\u00e9synchronisation incompl\u00e8te lors de l&rsquo;ouverture des yeux. Ce ralentissement du rythme de Berger est un signe \u00e9lectrophysiologique classique de perte de connectivit\u00e9 synaptique thalamo-corticale, fr\u00e9quemment pr\u00e9curseur d&rsquo;un trouble neurocognitif majeur d&rsquo;origine sous-jacente d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative (maladie d&rsquo;Alzheimer d\u00e9butante).<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La d\u00e9tection et la quantification du rythme de Berger reposent sur des protocoles \u00e9lectroenc\u00e9phalographiques standardis\u00e9s r\u00e9gis par les directives des soci\u00e9t\u00e9s savantes de neurophysiologie clinique (telles que l&rsquo;IFCN ou la Soci\u00e9t\u00e9 Fran\u00e7aise de Neurophysiologie Clinique). L&rsquo;enregistrement fait appel au syst\u00e8me international 10-20 ou \u00e0 ses extensions \u00e0 haute r\u00e9solution (syst\u00e8me 10-10 ou 10-5), en pla\u00e7ant des \u00e9lectrodes au niveau des sites occipitaux (O1, O2, Oz) et pari\u00e9taux (P3, P4, Pz).<\/p>\n<p>Le protocole canonique d&rsquo;\u00e9valuation de la r\u00e9activit\u00e9 de Berger comprend une \u00e9preuve altern\u00e9e d&rsquo;ouverture et de fermeture des yeux (le protocole \u00ab Yeux Ferm\u00e9s \/ Yeux Ouverts \u00bb), g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9alis\u00e9e par blocs de 20 \u00e0 60 secondes. L&rsquo;amplitude du signal, exprim\u00e9e en microvolts cr\u00eate-\u00e0-cr\u00eate, ainsi que la morphologie sinuso\u00efdale des fuseaux sont inspect\u00e9es visuellement par le neurophysiologiste.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse moderne s&rsquo;appuie massivement sur l&rsquo;EEG quantitatif (EEGq) et le traitement du signal num\u00e9rique. La transform\u00e9e de Fourier rapide (FFT) permet de d\u00e9composer le signal temporel en spectres de puissance fr\u00e9quentiels, calculant la densit\u00e9 de puissance spectrale (exprim\u00e9e en \u00b5V\u00b2\/Hz) sur la plage 8-13 Hz. Des m\u00e9thodes d&rsquo;analyse temps-fr\u00e9quence avanc\u00e9es, bas\u00e9es sur la transform\u00e9e en ondelettes de Morlet ou la d\u00e9composition en modes empiriques, permettent de capturer la dynamique non stationnaire des bouff\u00e9es alpha lors de l&rsquo;interaction avec des stimuli perceptifs.<\/p>\n<p>Enfin, la coh\u00e9rence spatiale et la synchronisation de phase (telle que l&rsquo;indice de verrouillage de phase ou <em>Phase-Locking Value<\/em>) sont calcul\u00e9es pour cartographier la connectivit\u00e9 fonctionnelle \u00e0 longue distance synchronis\u00e9e par le rythme alpha entre les r\u00e9gions occipito-pari\u00e9tales et les r\u00e9seaux fronto-ex\u00e9cutifs.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>Les applications du rythme de Berger s&rsquo;\u00e9tendent bien au-del\u00e0 du laboratoire de neurophysiologie fondamentale et touchent de nombreux pans de la pratique m\u00e9dicale, psychologique et technologique.<\/p>\n<p>En neurologie clinique et en psychiatrie, l&rsquo;\u00e9valuation du rythme de Berger fait partie int\u00e9grante du diagnostic diff\u00e9rentiel de l&rsquo;\u00e9pilepsie, des enc\u00e9phalopathies m\u00e9taboliques ou toxiques et des comas. Un syndrome particulier, d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de \u00ab coma alpha \u00bb, se caract\u00e9rise par la pr\u00e9sence paradoxale d&rsquo;un rythme dans la fr\u00e9quence alpha chez un patient totalement inconscient et ar\u00e9actif ; contrairement au v\u00e9ritable rythme de Berger, ce rythme de coma pr\u00e9sente une distribution spatiale pr\u00e9dominant souvent dans les r\u00e9gions frontales et ne manifeste aucune r\u00e9activit\u00e9 \u00e0 la stimulation sensorielle, portant un pronostic neurologique tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9.<\/p>\n<p>En psychologie clinique et en sant\u00e9 mentale, le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neurofeedback\">neurofeedback<\/a> bas\u00e9 sur l&rsquo;entra\u00eenement du rythme alpha constitue une modalit\u00e9 th\u00e9rapeutique non invasive de plus en plus \u00e9tudi\u00e9e. Utilis\u00e9 dans la prise en charge des troubles anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, du stress post-traumatique (SSPT) et de l&rsquo;insomnie chronique, le neurofeedback alpha apprend aux patients \u00e0 moduler volontairement la puissance de leur rythme de Berger au moyen d&rsquo;un signal sonore ou visuel de r\u00e9troaction en temps r\u00e9el, favorisant la r\u00e9gulation du syst\u00e8me nerveux autonome et l&rsquo;abaissement de l&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 du syst\u00e8me limbique.<\/p>\n<p>Dans le domaine des interfaces cerveau-ordinateur (en anglais <em>Brain-Computer Interfaces<\/em> ou BCI) et de l&rsquo;ergonomie cognitive, le blocage du rythme de Berger est exploit\u00e9 pour d\u00e9velopper des syst\u00e8mes d&rsquo;alerte contre la somnolence au volant ou dans le pilotage a\u00e9ronautique. Une chute brutale de la fr\u00e9quence alpha ou un remplacement progressif par des ondes th\u00eata permet de d\u00e9tecter la d\u00e9gradation de la vigilance avant m\u00eame l&rsquo;apparition de micro-sommeils physiques critiques.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine a fait faire un bond de g\u00e9ant \u00e0 la compr\u00e9hension du r\u00f4le computationnel du rythme de Berger. Les travaux s\u00e9minaux de Wolfgang Klimesch \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Salzbourg ont d\u00e9montr\u00e9 une corr\u00e9lation positive statistiquement robuste entre la fr\u00e9quence de cr\u00eate individuelle du rythme alpha (IAF) et l&rsquo;efficience cognitive g\u00e9n\u00e9rale : les individus dont le pic alpha se situe \u00e0 11 ou 12 Hz traitent les informations complexes significativement plus vite et obtiennent de meilleurs scores en m\u00e9moire de travail que ceux dont le pic stagne \u00e0 8,5 ou 9 Hz.<\/p>\n<p>Dans une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tudes novatrices en magn\u00e9toenc\u00e9phalographie et en stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS), Ole Jensen et Floris de Lange ont \u00e9tabli que le rythme alpha fonctionne comme un m\u00e9canisme d&rsquo;\u00e9chantillonnage temporel discret de la perception visuelle. Lorsque deux stimuli visuels tr\u00e8s brefs sont pr\u00e9sent\u00e9s cons\u00e9cutivement \u00e0 un intervalle inf\u00e9rieur \u00e0 la dur\u00e9e d&rsquo;un cycle alpha individuel (environ 100 millisecondes), le cortex occipital les fusionne en un seul \u00e9v\u00e9nement perceptif subjectif, tandis qu&rsquo;ils sont per\u00e7us distinctement s&rsquo;ils tombent dans deux cycles oscillatoires successifs. Ces r\u00e9sultats sugg\u00e8rent que notre perception visuelle n&rsquo;est pas continue mais fragment\u00e9e en paquets discrets cadenc\u00e9s par le rythme de Berger.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les travaux sur l&rsquo;inhibition attentionnelle spatiale (men\u00e9s notamment par Foxe et Snyder) ont mis en \u00e9vidence que lorsqu&rsquo;un participant doit orienter son attention visuelle vers l&rsquo;h\u00e9michamp droit, le rythme alpha augmente massivement d&rsquo;amplitude sur l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit (pour inhiber le traitement visuel de l&rsquo;h\u00e9michamp gauche non pertinent), tandis qu&rsquo;il diminue sur l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re gauche. Cette d\u00e9couverte a d\u00e9finitivement prouv\u00e9 que le rythme de Berger sert d&rsquo;interrupteur inhibiteur actif pilot\u00e9 par les r\u00e9gions fronto-pari\u00e9tales de contr\u00f4le ex\u00e9cutif.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Si la neurophysiologie fondamentale du rythme de Berger repose sur une architecture c\u00e9r\u00e9brale universelle propre \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, son expression \u00e9lectrophysiologique et son interpr\u00e9tation clinique sont influenc\u00e9es par divers param\u00e8tres d\u00e9mographiques et environnementaux.<\/p>\n<p>Au niveau ontog\u00e9n\u00e9tique, le rythme de Berger subit une maturation consid\u00e9rable au cours de l&rsquo;enfance. Chez le nourrisson, le rythme de repos post\u00e9rieur pr\u00e9sente une fr\u00e9quence tr\u00e8s lente, oscillant entre 3 et 4 Hz \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de quelques mois, pour n&rsquo;atteindre 6 \u00e0 7 Hz que vers l&rsquo;\u00e2ge de 2 ans, et se stabiliser dans la bande adulte (8-10 Hz) vers l&rsquo;\u00e2ge de 7 \u00e0 10 ans. Cette cin\u00e9tique d\u00e9veloppementale refl\u00e8te la my\u00e9linisation progressive des axones des radiations optiques et la synaptogen\u00e8se thalamo-corticale. \u00c0 l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 de la vie, le vieillissement physiologique s&rsquo;accompagne d&rsquo;un ralentissement graduel et mod\u00e9r\u00e9 de la fr\u00e9quence de cr\u00eate alpha, qui peut glisser vers 8 \u00e0 8,5 Hz sans qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une pathologie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative av\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Des variations interindividuelles substantielles sont \u00e9galement modul\u00e9es par l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;acculturation et les pratiques corporelles et contemplatives r\u00e9guli\u00e8res. Les cohortes pratiquant traditionnellement des techniques de m\u00e9ditation transcendantale, de yoga nidra ou de zazen pr\u00e9sentent des amplitudes alpha basales significativement plus \u00e9lev\u00e9es et une r\u00e9sistance remarquable aux stimuli distracteurs environnementaux par rapport aux populations urbaines occidentales soumises \u00e0 une surstimulation sensorielle continue.<\/p>\n<p>Sur le plan ethnique et g\u00e9n\u00e9tique, les \u00e9tudes d&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 sur de vastes cohortes de jumeaux monozygotes et dizygotes ont confirm\u00e9 que la puissance spectrale et la fr\u00e9quence de pic du rythme de Berger sont tr\u00e8s fortement d\u00e9termin\u00e9es par des facteurs g\u00e9n\u00e9tiques (avec une h\u00e9ritabilit\u00e9 estim\u00e9e entre 70 et 85 %), les variations g\u00e9ographiques mineures \u00e9tant davantage corr\u00e9l\u00e9es aux facteurs nutritionnels et au stress environnemental chronique qu&rsquo;\u00e0 des disparit\u00e9s raciales sous-jacentes.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle de recherches ininterrompues, plusieurs controverses th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques majeures persistent quant \u00e0 la signification exacte du rythme de Berger.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re controverse concerne l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne alpha. Un segment substantiel de la population g\u00e9n\u00e9rale adulte saine (estim\u00e9 entre 5 et 10 %) ne pr\u00e9sente aucun rythme de Berger identifiable \u00e0 l&rsquo;EEG de surface lors de la fermeture oculaire, sans que cela n&rsquo;induise le moindre d\u00e9ficit perceptif ou intellectuel mesurable. Ce trac\u00e9 dit \u00ab d\u00e9synchronis\u00e9 constitutionnel \u00bb ou \u00ab alpha-n\u00e9gatif \u00bb soul\u00e8ve la question fondamentale de savoir si le rythme de Berger est un pr\u00e9requis indispensable au fonctionnement cognitif optimal ou s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne macroscopique r\u00e9sultant de la g\u00e9om\u00e9trie particuli\u00e8re des sillons corticaux de chaque individu.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me d\u00e9bat r\u00e9current oppose les partisans d&rsquo;une synchronisation alpha purement locale aux partisans d&rsquo;une communication \u00e0 longue port\u00e9e. Alors que l&rsquo;\u00e9cole classique consid\u00e8re le rythme alpha post\u00e9rieur comme un signal purement localis\u00e9 r\u00e9gulant le cortex occipital, des \u00e9tudes de connectivit\u00e9 fonctionnelle sugg\u00e8rent qu&rsquo;il participe \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration globale de l&rsquo;information entre les lobes pari\u00e9taux, temporaux et pr\u00e9frontaux via un couplage de phase-amplitude avec les rythmes gamma (30-80 Hz).<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan de l&rsquo;application en neurofeedback et en psychoth\u00e9rapie, de nombreuses voix critiques au sein de la communaut\u00e9 neuropsychologique d\u00e9noncent la commercialisation abusive d&rsquo;appareils grand public promettant d&rsquo;augmenter le rythme alpha pour atteindre un \u00ab \u00e9veil spirituel \u00bb ou une \u00ab super-concentration \u00bb. Les protocoles sans rigueur scientifique et l&rsquo;absence d&rsquo;effets standardis\u00e9s document\u00e9s dans les m\u00e9ta-analyses ind\u00e9pendantes appellent \u00e0 une grande prudence m\u00e9thodologique face aux all\u00e9gations sensationnalistes.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin de pr\u00e9venir toute ambigu\u00eft\u00e9 nosologique, il importe de distinguer avec pr\u00e9cision le rythme de Berger d&rsquo;autres manifestations \u00e9lectrophysiologiques connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Rythme alpha :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9signant toute oscillation c\u00e9r\u00e9brale comprise dans la bande de 8 \u00e0 13 Hz. Le rythme de Berger constitue le prototype historique du rythme alpha, sp\u00e9cifiquement occipital et r\u00e9actif \u00e0 la vision.<\/li>\n<li><strong>Rythme mu (ou rythme en arceau) :<\/strong> Oscillation de 8 \u00e0 12 Hz prenant naissance dans le cortex sensorimoteur central (\u00e9lectrodes C3, Cz, C4). Contrairement au rythme de Berger bloqu\u00e9 par la lumi\u00e8re et les yeux ouverts, le rythme mu est bloqu\u00e9 par le mouvement physique ou l&rsquo;imagerie motrice.<\/li>\n<li><strong>Rythme th\u00eata :<\/strong> Oscillation plus lente comprise entre 4 et 7 Hz, pr\u00e9dominant dans les r\u00e9gions fronto-m\u00e9dianes ou temporales lors de l&rsquo;endormissement l\u00e9ger, de la m\u00e9morisation hippocampique ou de l&rsquo;effort cognitif intense.<\/li>\n<li><strong>Rythme b\u00eata :<\/strong> Activit\u00e9 rapide de faible amplitude comprise entre 14 et 30 Hz, caract\u00e9ristique de l&rsquo;\u00e9veil actif, de l&rsquo;alerte cognitive et du cortex moteur au repos post-mouvement.<\/li>\n<li><strong>Arr\u00eat de Berger (ou d\u00e9synchronisation alpha) :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne physiologique transitoire de disparition ou d&rsquo;att\u00e9nuation marqu\u00e9e du rythme de Berger sous l&rsquo;effet de l&rsquo;ouverture des yeux ou de la focalisation attentionnelle.<\/li>\n<li><strong>Coma alpha :<\/strong> Entit\u00e9 pathologique caract\u00e9ris\u00e9e par un trac\u00e9 continu d&rsquo;allure alpha, diffus et non r\u00e9actif, survenant chez des patients comateux suite \u00e0 une anoxie c\u00e9r\u00e9brale s\u00e9v\u00e8re ou une intoxication m\u00e9dicamenteuse massive.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le rythme de Berger repr\u00e9sente une \u00e9tape fondamentale dans l&rsquo;histoire de la physiologie c\u00e9r\u00e9brale et de l&rsquo;exploration psychologique des processus mentaux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9couverte historique :<\/strong> Identifi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois chez l&rsquo;humain en 1924 par le psychiatre allemand Hans Berger et publi\u00e9 en 1929, marquant l&rsquo;acte de naissance officiel de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie.<\/li>\n<li><strong>Param\u00e8tres spectraux :<\/strong> Oscillation sinuso\u00efdale de 8 \u00e0 13 Hz (avec une fr\u00e9quence moyenne typique autour de 10 Hz) et une amplitude de 20 \u00e0 100 \u00b5V, maximale sur les aires occipito-pari\u00e9tales.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9activit\u00e9 canonique :<\/strong> Appara\u00eet de mani\u00e8re spectaculaire lors de la veille d\u00e9tendue les yeux ferm\u00e9s ; s&rsquo;interrompt instantan\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;ouverture des yeux ou lors d&rsquo;un calcul mental (blocage ou arr\u00eat de Berger).<\/li>\n<li><strong>M\u00e9canisme neurobiologique moderne :<\/strong> Loin d&rsquo;\u00eatre un \u00e9tat de repos passif, il incarne un m\u00e9canisme d&rsquo;inhibition neuronale active et de filtrage attentionnel orchestr\u00e9 par les r\u00e9seaux thalamo-corticaux pour optimiser le traitement conscient.<\/li>\n<li><strong>Applications cliniques et cognitives :<\/strong> Utilis\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9valuation des \u00e9tats d&rsquo;\u00e9veil et des comas, le diagnostic diff\u00e9rentiel neuropsychologique, le neurofeedback clinique, l&rsquo;ergonomie cognitive et les interfaces cerveau-machine contemporaines.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Adrian, E. D., &amp; Matthews, B. H. (1934). The Berger rhythm: potential changes from the occipital lobes in man. <em>Brain<\/em>, 57(4), 355-385. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/57.4.355\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/57.4.355<\/a><\/li>\n<li>Berger, H. (1929). \u00dcber das Elektrenkephalogramm des Menschen. <em>Archiv f\u00fcr Psychiatrie und Nervenkrankheiten<\/em>, 87(1), 527-570. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01797193\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01797193<\/a><\/li>\n<li>Jensen, O., &amp; Mazaheri, A. (2010). Shaping functional architecture by oscillatory alpha activity: gating by inhibition. <em>Frontiers in Human Neuroscience<\/em>, 4, 186. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fnhum.2010.00186\">https:\/\/doi.org\/10.3389\/fnhum.2010.00186<\/a><\/li>\n<li>Klimesch, W. (1999). EEG alpha and theta oscillations reflect cognitive and memory performance: a review and analysis. <em>Brain Research Reviews<\/em>, 29(2-3), 169-195. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0165-0173(98)00056-3\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0165-0173(98)00056-3<\/a><\/li>\n<li>Klimesch, W., Sauseng, P., &amp; Hanslmayr, S. (2007). EEG alpha oscillations: the inhibition-timing hypothesis. <em>Brain Research Reviews<\/em>, 53(1), 63-88. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brainresrev.2006.06.003\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brainresrev.2006.06.003<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le rythme de Berger, couramment d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de rythme alpha, est une onde c\u00e9r\u00e9brale oscillant entre 8 et 13 Hz pr\u00e9dominant au repos les yeux ferm\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[36798,459,2411],"tags":[6797,24164,7044,2415,5043,33021,33042],"class_list":["post-21925","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurophysiologie-cognitive","category-neurosciences","category-psychophysiologie","tag-electroencephalographie","tag-hans-berger","tag-inhibition-corticale","tag-neurofeedback","tag-ondes-cerebrales","tag-rythme-alpha","tag-rythme-de-berger"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21925","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21925\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21925"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21925"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21925"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}