{"id":21898,"date":"2026-10-26T13:16:56","date_gmt":"2026-10-26T13:16:56","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=benchmark-etalon-psychometrique"},"modified":"2026-10-26T13:16:56","modified_gmt":"2026-10-26T13:16:56","slug":"benchmark-etalon-psychometrique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=benchmark-etalon-psychometrique","title":{"rendered":"Benchmark : Le rep\u00e8re \u00e9talon de la psychom\u00e9trie"},"content":{"rendered":"<p>Dans le paysage contemporain des sciences comportementales et cognitives, la quantification rigoureuse des processus psychologiques exige des rep\u00e8res empiriques d&rsquo;une pr\u00e9cision exemplaire. Le benchmark, ou point de r\u00e9f\u00e9rence normatif, constitue le socle m\u00e9thodologique indispensable sur lequel repose l&rsquo;interpr\u00e9tation clinique, neuropsychologique et diff\u00e9rentielle des donn\u00e9es individuelles et collectives.<\/p>\n<h2>Benchmark (\u00c9talon de r\u00e9f\u00e9rence psychom\u00e9trique)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En sciences psychologiques et en psychom\u00e9trie, un <strong>benchmark<\/strong> d\u00e9signe une valeur de r\u00e9f\u00e9rence empiriquement \u00e9tablie, un seuil critique ou une norme standardis\u00e9e servant de crit\u00e8re comparatif pour \u00e9valuer les performances cognitives, les caract\u00e9ristiques de la personnalit\u00e9 ou les manifestations comportementales d&rsquo;un individu ou d&rsquo;un groupe cible. Il incarne un point fixe d&rsquo;ancrage m\u00e9thodologique permettant de convertir un score brut d\u00e9nu\u00e9 de sens intrins\u00e8que en une donn\u00e9e interpr\u00e9table et cliniquement exploitable.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9trologique \u00e9largi, ce concept s&rsquo;\u00e9tend aux protocoles d&rsquo;\u00e9valuation normative o\u00f9 des profils psychologiques sont confront\u00e9s \u00e0 des \u00e9chantillons repr\u00e9sentatifs de la population g\u00e9n\u00e9rale ou de cohortes cliniques sp\u00e9cifiques. En psychologie du travail et des organisations, le benchmark d\u00e9signe \u00e9galement une d\u00e9marche comparative syst\u00e9matique visant \u00e0 mesurer les pratiques, les dynamiques de bien-\u00eatre ou les indices de rendement psychosocial par rapport aux meilleures normes observables dans un secteur d&rsquo;activit\u00e9 donn\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, dans le domaine \u00e9mergent de la mod\u00e9lisation cognitive et de l&rsquo;intelligence artificielle appliqu\u00e9e \u00e0 la psychologie, le benchmark repr\u00e9sente un ensemble standardis\u00e9 d&rsquo;\u00e9preuves et de batteries exp\u00e9rimentales con\u00e7u pour tester, calibrer et valider la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e9cologique ainsi que la puissance pr\u00e9dictive des mod\u00e8les th\u00e9oriques de l&rsquo;esprit humain face aux donn\u00e9es empiriques r\u00e9elles.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tymologie du mot <em>benchmark<\/em> plonge ses racines dans le vocabulaire technique de la topographie et de la g\u00e9od\u00e9sie anglo-saxonne du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle. Il d\u00e9coule de la juxtaposition de deux substantifs d&rsquo;origine germanique : <em>bench<\/em> (banc ou assise stable, issu du vieil anglais <em>benc<\/em>) et <em>mark<\/em> (marque, rep\u00e8re, d\u00e9riv\u00e9 du vieil anglais <em>mearc<\/em>). \u00c0 l&rsquo;origine, les g\u00e9om\u00e8tres taillaient une encoche horizontale en forme de banc dans un support de pierre in\u00e9branlable afin d&rsquo;y ins\u00e9rer un fer de nivellement supportant une mire, garantissant ainsi que toutes les mesures d&rsquo;altitude ult\u00e9rieures reposaient sur une assiette fixe et p\u00e9renne.<\/p>\n<p>La m\u00e9taphore a ensuite migr\u00e9 vers le monde de l&rsquo;ing\u00e9nierie et de la production industrielle au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, avant d&rsquo;\u00eatre formalis\u00e9e dans les sciences de gestion par des pionniers de la gestion de la qualit\u00e9. Le terme a ensuite \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychom%C3%A9trie\">psychom\u00e9trie<\/a> et la psychologie cognitive \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 pour d\u00e9signer les bar\u00e8mes de normalisation et les t\u00e2ches standardis\u00e9es de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;Office qu\u00e9b\u00e9cois de la langue fran\u00e7aise ainsi que la Commission d&rsquo;enrichissement de la langue fran\u00e7aise pr\u00e9conisent des \u00e9quivalents pr\u00e9cis selon le contexte d&rsquo;usage : <em>\u00e9talon<\/em>, <em>rep\u00e8re normatif<\/em> ou <em>norme de comparaison<\/em> pour la mesure psychologique quantitative, et <em>parangonnage<\/em> pour la d\u00e9marche organisationnelle comparative. N\u00e9anmoins, l&rsquo;anglicisme <em>benchmark<\/em> demeure extr\u00eamement fr\u00e9quent dans les publications scientifiques internationales et la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e francophone.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Dans la nomenclature linguistique fran\u00e7aise, le terme <strong>benchmark<\/strong> est un substantif masculin emprunt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;anglais. Il se prononce phon\u00e9tiquement [b\u025bnt\u0283ma\u0281k] ou [b\u025bnt\u0283m\u0251\u0281k]. Son pluriel orthographique r\u00e9gulier suit la graphie fran\u00e7aise ou anglaise avec l&rsquo;adjonction d&rsquo;un \u00ab s \u00bb final : <em>des benchmarks<\/em>.<\/p>\n<p>Le terme s&rsquo;utilise principalement comme un nom commun d\u00e9nombrable d\u00e9signant soit l&rsquo;objet de r\u00e9f\u00e9rence lui-m\u00eame (\u00ab un benchmark normatif \u00bb), soit la t\u00e2che exp\u00e9rimentale standard (\u00ab une t\u00e2che de benchmark \u00bb). Par d\u00e9rivation nominale, l&rsquo;activit\u00e9 consistant \u00e0 \u00e9tablir ou \u00e0 exploiter ces r\u00e9f\u00e9rences est d\u00e9sign\u00e9e sous le terme de <em>benchmarking<\/em> (souvent francis\u00e9 en <em>parangonnage<\/em>), tandis que l&rsquo;action verbale correspondante prend la forme transitive de <em>benchmarker<\/em>, bien que les chercheurs privil\u00e9gient g\u00e9n\u00e9ralement les locutions \u00ab \u00e9talonner \u00bb, \u00ab calibrer \u00bb ou \u00ab proc\u00e9der \u00e0 une analyse comparative \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La valeur heuristique fondamentale du benchmark en psychologie d\u00e9coule du fait qu&rsquo;un score brut issu d&rsquo;un instrument psychologique ne poss\u00e8de aucune signification univoque en l&rsquo;absence de r\u00e9f\u00e9rentiel. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du nombre d&rsquo;items correctement r\u00e9solus dans un sous-test d&rsquo;efficience intellectuelle, du temps de r\u00e9action mesur\u00e9 en millisecondes lors d&rsquo;une t\u00e2che de flexibilit\u00e9 mentale ou du score cumul\u00e9 \u00e0 un inventaire d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, la valeur absolue reste muette. Elle ne prend de sens diagnostique ou th\u00e9orique que lorsqu&rsquo;elle est positionn\u00e9e par rapport \u00e0 un benchmark.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;\u00e9valuation cognitive et neuropsychologique, le benchmark se mat\u00e9rialise le plus souvent par une table d&rsquo;\u00e9talonnage construite \u00e0 partir d&rsquo;un \u00e9chantillon normatif stratifi\u00e9 selon des variables d\u00e9mographiques d\u00e9terminantes telles que l&rsquo;\u00e2ge chronologique, le niveau de scolarit\u00e9, le genre ou l&rsquo;appartenance socioculturelle. Cette standardisation permet de situer l&rsquo;individu sur une courbe de distribution statistique (courbe de Gauss), exprim\u00e9e en rangs centiles, en notes standards ou en scores d&rsquo;\u00e9cart-type (scores Z, T-scores, quotients intellectuels standardis\u00e9s). Le benchmark constitue ici le seuil par rapport auquel l&rsquo;\u00e9cart \u00e0 la moyenne est quantifi\u00e9, autorisant le clinicien \u00e0 conclure \u00e0 une pr\u00e9servation, une alt\u00e9ration d\u00e9ficitaire ou un haut potentiel.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la normalisation interindividuelle, le benchmark op\u00e8re au sein de la psychologie cognitive comme une t\u00e2che d&rsquo;\u00e9preuve canonique. Lorsqu&rsquo;un nouveau paradigme exp\u00e9rimental est con\u00e7u pour explorer, par exemple, la m\u00e9moire de travail, le contr\u00f4le inhibiteur ou la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit, ses r\u00e9sultats doivent \u00eatre syst\u00e9matiquement confront\u00e9s aux donn\u00e9es obtenues sur des t\u00e2ches consid\u00e9r\u00e9es comme des benchmarks m\u00e9thodologiques (telles que la t\u00e2che de Stroop, l&#8217;empan mn\u00e9sique complexe de Daneman et Carpenter, ou la t\u00e2che de fausse croyance). Sans cette mise en relation avec des \u00e9talons robustes dont les propri\u00e9t\u00e9s psychom\u00e9triques et les soubassements neuronaux sont d\u00e9j\u00e0 largement cartographi\u00e9s, la validit\u00e9 de construit du nouvel outil ne saurait \u00eatre \u00e9tablie avec certitude.<\/p>\n<p>En psychologie du travail, le benchmark d\u00e9passe la seule statistique descriptive pour devenir un processus continu d&rsquo;auto-\u00e9valuation organisationnelle. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une recherche syst\u00e9matique des meilleures pratiques en mati\u00e8re de sant\u00e9 au travail, d&rsquo;engagement des collaborateurs, de climat psychosocial ou d&rsquo;efficacit\u00e9 manag\u00e9riale. L&rsquo;organisation confronte ses indicateurs internes \u00e0 ceux d&rsquo;entit\u00e9s exemplaires, identifiant ainsi les \u00e9carts de performance humaine et concevant des interventions cibl\u00e9es pour optimiser les conditions psychologiques d&rsquo;exercice professionnel.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la notion d&rsquo;\u00e9talon dans les sciences psychologiques est intimement li\u00e9e \u00e0 la naissance de la psychom\u00e9trie diff\u00e9rentielle \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Les premiers balbutiements conceptuels \u00e9mergent avec les travaux de Sir Francis Galton, qui installe en 1884 son laboratoire anthropom\u00e9trique \u00e0 Londres. Galton cherche \u00e0 cartographier la variabilit\u00e9 humaine en cr\u00e9ant des \u00e9preuves syst\u00e9matiques mesurant l&rsquo;acuit\u00e9 sensorielle, la force musculaire et le temps de r\u00e9action, \u00e9tablissant de fait les premi\u00e8res tables de distribution de r\u00e9f\u00e9rence pour l&rsquo;esp\u00e8ce humaine.<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable tournant op\u00e9rationnel survient en 1905 avec la publication par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alfred_Binet\">Alfred Binet<\/a> et Th\u00e9odore Simon de leur premi\u00e8re \u00e9chelle m\u00e9trique de l&rsquo;intelligence. Pour r\u00e9pondre \u00e0 la commande du minist\u00e8re fran\u00e7ais de l&rsquo;Instruction publique concernant le rep\u00e9rage des enfants en difficult\u00e9 scolaire, Binet et Simon introduisent la notion d&rsquo;\u00e2ge mental. Le benchmark est ici incarn\u00e9 par la performance moyenne r\u00e9ussie par les enfants typiques d&rsquo;une tranche d&rsquo;\u00e2ge chronologique donn\u00e9e. Cette avanc\u00e9e spectaculaire d\u00e9montre pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;utilit\u00e9 clinique fondamentale d&rsquo;un \u00e9talonnage empirique rigoureux pour classer et orienter les individus.<\/p>\n<p>Quelques d\u00e9cennies plus tard, William Stern propose le concept de quotient intellectuel pour formaliser ce rapport, mais c&rsquo;est David Wechsler qui, avec la parution de la <em>Wechsler-Bellevue Intelligence Scale<\/em> en 1939, r\u00e9volutionne la logique du benchmark en substituant au concept d&rsquo;\u00e2ge mental celui d&rsquo;\u00e9cart au sein de la classe d&rsquo;\u00e2ge. Wechsler fonde la mesure de l&rsquo;intelligence sur la distribution normale standardis\u00e9e (moyenne de 100 et \u00e9cart-type de 15), consacrant l&rsquo;usage moderne des benchmarks gaussiens o\u00f9 la position d&rsquo;un individu est strictement rapport\u00e9e \u00e0 un groupe de pairs de m\u00eame niveau d\u00e9veloppemental.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980, le concept subit une double expansion. D&rsquo;une part, dans le sillage des th\u00e9ories de la gestion de la qualit\u00e9 totale introduites par des th\u00e9oriciens du management tels que Robert Camp chez Xerox, le parangonnage s&rsquo;enracine en psychologie industrielle pour mod\u00e9liser le comportement organisationnel et la motivation des \u00e9quipes. D&rsquo;autre part, la r\u00e9volution cognitive et la neuropsychologie moderne adoptent massivement des t\u00e2ches de laboratoire hyper-standardis\u00e9es faisant office d&rsquo;\u00e9talons universels pour diss\u00e9quer les m\u00e9canismes de la cognition humaine saine et l\u00e9s\u00e9e.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique du benchmark repose sur un croisement de paradigmes m\u00e9thodologiques et conceptuels issus de la th\u00e9orie de la mesure et des sciences du comportement.<\/p>\n<p>Le premier socle th\u00e9orique rel\u00e8ve de la <strong>th\u00e9orie classique des tests<\/strong> (TCT), formul\u00e9e et formalis\u00e9e par des auteurs comme Charles Spearman, Harold Gulliksen et Lee Cronbach. Selon ce mod\u00e8le, le score observ\u00e9 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X\">$X$<\/span>) d&rsquo;un individu est la somme d&rsquo;un score vrai (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V\">$V$<\/span>) et d&rsquo;une composante d&rsquo;erreur al\u00e9atoire (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"E\">$E$<\/span>). Dans ce cadre, l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un benchmark normatif robuste minimise la variance d&rsquo;erreur li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chantillonnage et offre une estimation stable du score vrai. Les param\u00e8tres de dispersion de l&rsquo;\u00e9chantillon normatif fournissent l&rsquo;assise permettant d&rsquo;\u00e9tablir l&rsquo;erreur type de mesure et les intervalles de confiance indispensables \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation diagnostique.<\/p>\n<p>Le second pilier th\u00e9orique est la <strong>th\u00e9orie de la r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;item<\/strong> (TRI), d\u00e9velopp\u00e9e par Georg Rasch et Frederic Lord. Contrairement \u00e0 la TCT o\u00f9 le benchmark d\u00e9pend directement de l&rsquo;\u00e9chantillon utilis\u00e9, la TRI mod\u00e9lise la probabilit\u00e9 de r\u00e9ussite ou d&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 un item en fonction de deux param\u00e8tres fondamentaux : le niveau du trait latent de l&rsquo;individu ($\theta$) et les propri\u00e9t\u00e9s intrins\u00e8ques de l&rsquo;item (difficult\u00e9, discrimination, pseudo-chance). Dans cette perspective, le benchmark n&rsquo;est plus simplement une moyenne arithm\u00e9tique de groupe, mais une calibration math\u00e9matique de l&rsquo;\u00e9chelle elle-m\u00eame. Les items calibr\u00e9s servent de points d&rsquo;ancrage invariants, permettant une mesure conjointe des personnes et des stimuli sur un m\u00eame continuum dimensionnel.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me ancrage th\u00e9orique \u00e9mane de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychologie_cognitive\">psychologie cognitive<\/a> exp\u00e9rimentale et de la m\u00e9taphore computationnelle de l&rsquo;esprit. Dans cette approche, le benchmark est conceptualis\u00e9 comme une architecture de t\u00e2ches de r\u00e9f\u00e9rence valid\u00e9es par la convergence neuro-imagerie\/comportement. Les th\u00e9ories du contr\u00f4le ex\u00e9cutif (Baddeley, Norman et Shallice, Miyake et ses collaborateurs) soutiennent que des composantes distinctes comme l&rsquo;inhibition, la mise \u00e0 jour et la flexibilit\u00e9 mentale peuvent \u00eatre isol\u00e9es si et seulement si l&rsquo;on dispose d&rsquo;\u00e9preuves \u00e9talonn\u00e9es mesurant s\u00e9lectivement chaque processus avec un niveau de bruit m\u00e9thodologique minimal.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>Afin de manipuler ad\u00e9quatement ce concept dans la recherche et la clinique, il est indispensable de dissocier les multiples formes que peut rev\u00eatir un benchmark selon son objet, sa nature et sa finalit\u00e9 m\u00e9trologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Benchmark normatif (norme de groupe) :<\/strong> R\u00e9f\u00e9rentiel statistique \u00e9tabli \u00e0 partir d&rsquo;un \u00e9chantillon repr\u00e9sentatif de la population g\u00e9n\u00e9rale, subdivis\u00e9 selon des crit\u00e8res d\u00e9mographiques (\u00e2ge, sexe, niveau d&rsquo;\u00e9tudes, origine g\u00e9ographique). Il permet de situer un sujet par rapport \u00e0 ses pairs sociod\u00e9mographiques.<\/li>\n<li><strong>Benchmark crit\u00e9ri\u00e9 (seuil d&rsquo;atteinte) :<\/strong> Valeur critique ou score de coupure d\u00e9termin\u00e9 <em>a priori<\/em> ou par des \u00e9tudes de sensibilit\u00e9\/sp\u00e9cificit\u00e9, qui d\u00e9partage la pr\u00e9sence ou l&rsquo;absence d&rsquo;un trouble, la ma\u00eetrise ou la non-ma\u00eetrise d&rsquo;une comp\u00e9tence, ind\u00e9pendamment du rang des autres individus test\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Benchmark ipsatif (auto-r\u00e9f\u00e9rentiel) :<\/strong> Point de rep\u00e8re interne \u00e0 l&rsquo;individu, constitu\u00e9 par son propre niveau de performance ant\u00e9rieur ou par son profil de base pr\u00e9sum\u00e9 avant un traumatisme c\u00e9r\u00e9bral ou une pathologie d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, servant \u00e0 mesurer l&rsquo;\u00e9volution temporelle, le d\u00e9clin ou la r\u00e9cup\u00e9ration fonctionnelle.<\/li>\n<li><strong>Benchmark exp\u00e9rimental (t\u00e2che \u00e9talon) :<\/strong> Protocole de laboratoire ultra-standardis\u00e9, reconnu par la communaut\u00e9 scientifique internationale pour solliciter un m\u00e9canisme neurocognitif pr\u00e9cis avec une excellente reproductibilit\u00e9 des effets principaux (ex. l&rsquo;effet Stroop, l&rsquo;effet Simon, le paradigme de Posner).<\/li>\n<li><strong>Benchmark organisationnel (parangonnage fonctionnel) :<\/strong> Donn\u00e9es comparatives agr\u00e9g\u00e9es d\u00e9crivant le fonctionnement d&rsquo;\u00e9quipes de travail, d&rsquo;entreprises ou d&rsquo;institutions sur des indicateurs de charge mentale, d&rsquo;\u00e9puisement professionnel, de climat de s\u00e9curit\u00e9 ou de satisfaction au travail.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;application d&rsquo;un benchmark peut \u00eatre illustr\u00e9e \u00e0 travers diverses disciplines de la psychologie contemporaine.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : \u00c9valuation neuropsychologique du vieillissement cognitif.<\/strong> Une patiente de 72 ans, ancienne professeure agr\u00e9g\u00e9e, est adress\u00e9e \u00e0 une consultation m\u00e9moire pour suspicion de trouble neurocognitif l\u00e9ger. Lors de l&rsquo;administration du <em>Mini-Mental State Examination<\/em> (MMSE), elle obtient un score brut de 26\/30. Si l&rsquo;on applique le seuil diagnostique historique classique de 24\/30 (un benchmark crit\u00e9ri\u00e9 g\u00e9n\u00e9raliste), la patiente se situerait dans la zone de normalit\u00e9 apparente. Toutefois, le neuropsychologue utilise les benchmarks normatifs \u00e9talonn\u00e9s de Greco, ajust\u00e9s pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge et au haut niveau d&rsquo;\u00e9tudes de la patiente. Selon ce bar\u00e8me sp\u00e9cifique, un score de 26 se trouve \u00e0 plus de 1,5 \u00e9cart-type sous la moyenne de sa cohorte sociod\u00e9mographique, r\u00e9v\u00e9lant un d\u00e9ficit subtil mais bien r\u00e9el de ses performances ex\u00e9cutives et mn\u00e9siques.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Psychopathologie et anxi\u00e9t\u00e9 clinique.<\/strong> Dans le cadre d&rsquo;un protocole de th\u00e9rapie cognitive et comportementale (TCC), un clinicien administre l&rsquo;inventaire d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de Beck (BAI) \u00e0 un patient souffrant de trouble panique. Le score initial de 38 est confront\u00e9 au benchmark crit\u00e9ri\u00e9 de l&rsquo;\u00e9chelle, classant le patient dans la cat\u00e9gorie \u00ab anxi\u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8re \u00bb. Apr\u00e8s un cycle de 16 s\u00e9ances de th\u00e9rapie, le score descend \u00e0 11. Ce score est compar\u00e9 non seulement au benchmark de la population non clinique (indiquant une r\u00e9mission des sympt\u00f4mes), mais \u00e9galement au benchmark de changement clinique significatif (crit\u00e8re de Jacobson et Truax), confirmant scientifiquement que l&rsquo;am\u00e9lioration observ\u00e9e d\u00e9passe l&rsquo;erreur de mesure al\u00e9atoire et traduit une v\u00e9ritable gu\u00e9rison clinique.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Psychologie des organisations et risques psychosociaux.<\/strong> La direction des ressources humaines d&rsquo;un grand groupe hospitalier constate une vague de d\u00e9missions parmi le personnel soignant. Elle d\u00e9ploie le questionnaire de Maslach sur l&rsquo;\u00e9puisement professionnel (MBI) aupr\u00e8s de 1 200 infirmiers et aides-soignants. L&rsquo;obtention d&rsquo;un score moyen de 34 sur la sous-\u00e9chelle d&rsquo;\u00e9puisement \u00e9motionnel prend tout son sens lorsqu&rsquo;elle est mise en regard du benchmark national du secteur hospitalier (qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve en moyenne \u00e0 27). Cet \u00e9cart statistiquement significatif alerte l&rsquo;organisation sur la d\u00e9gradation alarmante de son climat interne et d\u00e9clenche un audit ergonomique et organisationnel imm\u00e9diat.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et instrumentation<\/h3>\n<p>La construction et la validation d&rsquo;un benchmark en psychom\u00e9trie requi\u00e8rent une m\u00e9thodologie d&rsquo;une haute rigueur scientifique, encadr\u00e9e par les standards internationaux de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Association_am%C3%A9ricaine_de_psychologie\">American Psychological Association<\/a> (APA) et de la Commission internationale des tests (ITC).<\/p>\n<p>La premi\u00e8re phase implique la d\u00e9finition rigoureuse de la population cible et la constitution d&rsquo;un \u00e9chantillon normatif par \u00e9chantillonnage probabiliste al\u00e9atoire ou par la m\u00e9thode des quotas. Cet \u00e9chantillon doit \u00eatre suffisamment volumineux (souvent plusieurs centaines \u00e0 plusieurs milliers de sujets) pour garantir une repr\u00e9sentativit\u00e9 ad\u00e9quate de chaque strate d\u00e9mographique. La variance associ\u00e9e aux variables confusionnelles potentielles (comme l&rsquo;effet de fatigue, le niveau d&rsquo;acculturation linguistique ou les disparit\u00e9s sensori-motrices) doit \u00eatre m\u00e9ticuleusement contr\u00f4l\u00e9e lors de la passation.<\/p>\n<p>La seconde phase consiste en la transformation math\u00e9matique des distributions de donn\u00e9es. Les scores bruts sont normalis\u00e9s, lin\u00e9aris\u00e9s ou calibr\u00e9s par mod\u00e9lisation statistique. Les m\u00e9triques de benchmark les plus usit\u00e9es incluent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les centiles :<\/strong> Indiquent le pourcentage d&rsquo;individus de l&rsquo;\u00e9chantillon normatif ayant obtenu un score inf\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 celui du sujet \u00e9valu\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Les scores Z :<\/strong> Transforment le score brut en unit\u00e9s d&rsquo;\u00e9cart-type par rapport \u00e0 la moyenne du groupe (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\mu = 0, \\sigma = 1\">$\\mu = 0, \\sigma = 1$<\/span>).<\/li>\n<li><strong>Les notes standardis\u00e9es :<\/strong> Utilis\u00e9es notamment dans les \u00e9chelles de Wechsler, fixant arbitrairement une moyenne et un \u00e9cart-type stables (moyenne de 10 et \u00e9cart-type de 3 pour les sous-tests ; moyenne de 100 et \u00e9cart-type de 15 pour les quotients globaux).<\/li>\n<li><strong>Les scores T :<\/strong> Fr\u00e9quents dans les inventaires de personnalit\u00e9 comme le MMPI, fix\u00e9s \u00e0 une moyenne de 50 et un \u00e9cart-type de 10.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des seuils de benchmark crit\u00e9ri\u00e9s requiert quant \u00e0 elle l&rsquo;utilisation de courbes ROC (<em>Receiver Operating Characteristic<\/em>). Ces analyses permettent de calculer la sensibilit\u00e9 (capacit\u00e9 du seuil \u00e0 rep\u00e9rer les vrais positifs) et la sp\u00e9cificit\u00e9 (capacit\u00e9 \u00e0 exclure les vrais n\u00e9gatifs), identifiant ainsi le point de coupure optimal qui minimise le taux de faux diagnostics et optimise l&rsquo;indice de Youden.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et pratiques<\/h3>\n<p>Dans l&rsquo;arsenal du psychologue praticien, le benchmark s&rsquo;\u00e9rige en instrument d\u00e9cisionnel primordial dans une vaste multiplicit\u00e9 de domaines d&rsquo;exercice :<\/p>\n<p>En <strong>neuropsychologie clinique<\/strong>, les benchmarks constituent l&rsquo;unique garde-fou s\u00e9parant un d\u00e9clin cognitif b\u00e9nin li\u00e9 \u00e0 la s\u00e9nescence physiologique d&rsquo;un processus neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif pathologique d\u00e9butant, comme la maladie d&rsquo;Alzheimer, la d\u00e9mence fronto-temporale ou la maladie \u00e0 corps de Lewy. Ils permettent d&rsquo;analyser la dissociation des fonctions cognitives en identifiant quels modules sous-jacents demeurent intacts et lesquels sont alt\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie et psychopathologie<\/strong>, les \u00e9chelles munies de benchmarks valid\u00e9s (telles que l&rsquo;\u00e9chelle de d\u00e9pression de Hamilton, le GAD-7 pour l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou le PANSS pour la schizophr\u00e9nie) fournissent aux \u00e9quipes soignantes des indices objectifs de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 symptomatique et permettent de monitorer quantitativement la r\u00e9ponse aux psychoth\u00e9rapies et aux traitements pharmacologiques.<\/p>\n<p>En <strong>psychologie scolaire et de l&rsquo;\u00e9ducation<\/strong>, le benchmark sert \u00e0 identifier de fa\u00e7on pr\u00e9coce les troubles sp\u00e9cifiques des apprentissages (dyslexie, dyscalculie, dyspraxie) ainsi que les profils intellectuellement pr\u00e9coces ou \u00e0 haut potentiel cognitif. L&rsquo;analyse des divergences entre les capacit\u00e9s d&rsquo;abstraction verbale et les vitesses de traitement sensorimoteur par rapport aux benchmarks scolaires oriente la mise en place d&rsquo;am\u00e9nagements p\u00e9dagogiques individualis\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans la <strong>psychologie l\u00e9gale et forensique<\/strong>, l&rsquo;utilisation de benchmarks d&rsquo;effort et de validit\u00e9 des sympt\u00f4mes (comme le Test of Memory Malingering &#8211; TOMM) est d\u00e9sormais requise lors des expertises m\u00e9dicol\u00e9gales pour discriminer entre une r\u00e9elle invalidit\u00e9 cognitive cons\u00e9cutive \u00e0 un traumatisme cr\u00e2nien et une simulation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e motiv\u00e9e par des compensations financi\u00e8res ou juridiques.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine en sciences psychologiques consacre une attention soutenue \u00e0 la stabilit\u00e9, \u00e0 la reproductibilit\u00e9 et \u00e0 la d\u00e9rive temporelle des benchmarks empiriques.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des manifestations empiriques les plus retentissantes de l&rsquo;\u00e9volution des benchmarks est l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Effet_Flynn\">effet Flynn<\/a>, document\u00e9 de mani\u00e8re approfondie par James R. Flynn \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980. Flynn a d\u00e9montr\u00e9 que les scores moyens aux tests d&rsquo;intelligence augmentaient de mani\u00e8re continue au cours du XXe si\u00e8cle dans les pays industrialis\u00e9s, \u00e0 un rythme moyen de 3 points de QI par d\u00e9cennie. Cette d\u00e9couverte a mis en lumi\u00e8re une r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9thodologique cruciale : un benchmark psychom\u00e9trique n&rsquo;est jamais fig\u00e9 dans le marbre. Si un clinicien \u00e9value un patient contemporain \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un test \u00e9talonn\u00e9 trente ans auparavant, le score obtenu sera artificiellement surestim\u00e9 en raison de l&rsquo;obsolescence du benchmark de r\u00e9f\u00e9rence, imposant un r\u00e9-\u00e9talonnage p\u00e9riodique continu de l&rsquo;instrumentation psychom\u00e9trique.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes empiriques men\u00e9es par des cohortes \u00e9pid\u00e9miologiques internationales ont \u00e9galement mis en exergue l&rsquo;impact des biais de scolarisation sur les benchmarks neuropsychologiques. Les recherches de Manly et al. ont notamment d\u00e9montr\u00e9 que le simple nombre d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudes formelles constitue un indicateur trompeur lorsqu&rsquo;il est employ\u00e9 pour s\u00e9lectionner un benchmark normatif dans des populations h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. La qualit\u00e9 r\u00e9elle de la scolarisation et le niveau de litt\u00e9ratie fonctionnelle modifient drastiquement la validit\u00e9 des scores de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences computationnelles et de la mod\u00e9lisation cognitive, les travaux r\u00e9cents de Schrimpf et al. ont \u00e9tabli des benchmarks psychophysiques et neuronaux de grande envergure (comme la plateforme <em>Brain-Score<\/em>). Ces protocoles confrontent syst\u00e9matiquement les r\u00e9ponses de r\u00e9seaux de neurones artificiels profonds aux donn\u00e9es comportementales et \u00e9lectrophysiologiques recueillies chez des primates et des humains face aux m\u00eames stimuli visuels et linguistiques, confirmant que le benchmarking est devenu un pilier de l&rsquo;int\u00e9gration entre sciences de l&rsquo;esprit et intelligence artificielle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>La transposition d&rsquo;un benchmark d&rsquo;un contexte culturel ou linguistique \u00e0 un autre repr\u00e9sente l&rsquo;un des d\u00e9fis les plus redoutables de la discipline psychologique contemporaine. L&rsquo;hypoth\u00e8se na\u00efve selon laquelle un instrument cognitif ou comportemental mesurerait le m\u00eame trait avec la m\u00eame validit\u00e9 \u00e0 travers toutes les populations humaines constitue un \u00e9cueil m\u00e9thodologique majeur, d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de biais d&rsquo;\u00e9quivalence transculturelle.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un test d\u00e9velopp\u00e9 et \u00e9talonn\u00e9 dans un contexte occidental, \u00e9duqu\u00e9, industrialis\u00e9, riche et d\u00e9mocratique (les populations dites WEIRD, pour <em>Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic<\/em>) est export\u00e9 vers des pays du Sud global ou appliqu\u00e9 \u00e0 des minorit\u00e9s ethniques au sein d&rsquo;une m\u00eame nation, l&rsquo;application aveugle des benchmarks originaux g\u00e9n\u00e8re de lourdes erreurs de classification diagnostique. Des stimuli graphiques, des idiomes verbaux ou m\u00eame des logiques de raisonnement matriciel apparemment d\u00e9nu\u00e9es de charge culturelle sont en r\u00e9alit\u00e9 impr\u00e9gn\u00e9s d&rsquo;habitus socioculturels implicites.<\/p>\n<p>Pour pallier ces biais d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, la psychologie interculturelle a formalis\u00e9 des exigences m\u00e9thodologiques rigoureuses : l&rsquo;\u00e9tablissement de l&rsquo;\u00e9quivalence de construit (le trait psychologique a-t-il la m\u00eame signification dans les deux cultures ?), l&rsquo;\u00e9quivalence m\u00e9trique (l&rsquo;\u00e9chelle de mesure poss\u00e8de-t-elle les m\u00eames propri\u00e9t\u00e9s ?) et l&rsquo;\u00e9quivalence scalaire (les m\u00eames scores bruts renvoient-ils au m\u00eame niveau du trait sous-jacent ?). Sans un \u00e9talonnage localis\u00e9, standardis\u00e9 au plus pr\u00e8s des sp\u00e9cificit\u00e9s linguistiques, des modes de socialisation et du rapport culturel \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation, le benchmark cesse d&rsquo;\u00eatre un outil d&rsquo;objectivation pour devenir un instrument involontaire de discrimination psychom\u00e9trique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de sa n\u00e9cessit\u00e9 op\u00e9ratoire incontestable, le concept de benchmark en psychologie fait l&rsquo;objet de vives controverses th\u00e9oriques, \u00e9pist\u00e9mologiques et \u00e9thiques.<\/p>\n<p>La critique la plus radicale provient du courant de la <strong>psychologie critique<\/strong> et des approches ph\u00e9nom\u00e9nologiques. Selon ces perspectives, l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie du benchmark statistique consacre une id\u00e9ologie de la normalisation et de la m\u00e9dicalisation de la d\u00e9viance. En r\u00e9duisant la complexit\u00e9 de l&rsquo;existence subjective \u00e0 un positionnement m\u00e9trique sur une courbe de Gauss, la psychom\u00e9trie risquerait de pathologiser la simple variabilit\u00e9 humaine. Des chercheurs d\u00e9noncent l&rsquo;illusion d&rsquo;objectivit\u00e9 du chiffre, soulignant que les fronti\u00e8res entre le \u00ab normal \u00bb et le \u00ab pathologique \u00bb d\u00e9finies par des seuils de benchmark rel\u00e8vent souvent de conventions arbitraires ou de n\u00e9gociations normatives historiquement situ\u00e9es.<\/p>\n<p>Un second ordre de limitation concerne l&rsquo;<strong>illusion \u00e9cologique<\/strong> des benchmarks exp\u00e9rimentaux. En isolant des fonctions cognitives microscopiques au sein de t\u00e2ches de laboratoire hyper-contr\u00f4l\u00e9es (par exemple, identifier des cibles visuelles en pressant une touche de clavier en quelques millisecondes), les \u00e9talons cr\u00e9\u00e9s peuvent s&rsquo;av\u00e9rer d\u00e9connect\u00e9s de l&rsquo;efficience cognitive en milieu de vie r\u00e9elle. Une corr\u00e9lation t\u00e9nue est fr\u00e9quemment constat\u00e9e entre l&rsquo;\u00e9chec \u00e0 un benchmark neuropsychologique standard et les capacit\u00e9s r\u00e9elles d&rsquo;autonomie quotidienne de patients dans leur environnement domestique complexe et soutenu par des \u00e9tayages contextuels.<\/p>\n<p>Enfin, le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab Goodhartisation \u00bb (formul\u00e9 par la loi de Goodhart : \u00ab Lorsqu&rsquo;une mesure devient une cible, elle cesse d&rsquo;\u00eatre une bonne mesure \u00bb) pose un risque aigu en psychologie organisationnelle et \u00e9ducative. D\u00e8s lors qu&rsquo;un benchmark devient un indicateur de performance soumis \u00e0 des enjeux de financement ou d&rsquo;\u00e9valuation de carri\u00e8re (par exemple, le taux de r\u00e9ussite \u00e0 des tests acad\u00e9miques standardis\u00e9s ou des indices d&rsquo;engagement au travail), les acteurs orientent leurs comportements pour satisfaire superficiellement aux crit\u00e8res de l&rsquo;\u00e9talon (le syndrome du \u00ab <em>teaching to the test<\/em> \u00bb), d\u00e9truisant ainsi la validit\u00e9 informative initiale de l&rsquo;instrument.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour pr\u00e9venir les confusions s\u00e9mantiques r\u00e9currentes dans les \u00e9crits acad\u00e9miques et cliniques, il convient de discriminer le benchmark de plusieurs concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Benchmark vs Norme :<\/strong> Si les deux termes sont souvent employ\u00e9s comme synonymes en psychom\u00e9trie, la <em>norme<\/em> renvoie plus sp\u00e9cifiquement \u00e0 la distribution descriptive des scores d&rsquo;une population de r\u00e9f\u00e9rence, tandis que le <em>benchmark<\/em> d\u00e9signe le point ou le niveau fonctionnel extrait de cette norme servant de seuil de d\u00e9cision ou d&rsquo;objectif comparatif explicite.<\/li>\n<li><strong>Benchmark vs Crit\u00e8re :<\/strong> Un <em>crit\u00e8re<\/em> est une variable ind\u00e9pendante, une condition ou un r\u00e9sultat attendu (souvent externe au test, tel que la r\u00e9ussite acad\u00e9mique future ou le diagnostic psychiatrique pos\u00e9 par consensus m\u00e9dical). Le <em>benchmark<\/em> est la valeur quantitative pr\u00e9cise sur l&rsquo;\u00e9chelle de mesure qui permet de pr\u00e9dire ou de satisfaire ce crit\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Benchmark vs Ligne de base (Baseline) :<\/strong> La <em>ligne de base<\/em> repr\u00e9sente le niveau initial de performance d&rsquo;un sujet mesur\u00e9 avant l&rsquo;introduction d&rsquo;un traitement, d&rsquo;une intervention ou d&rsquo;un stimulus exp\u00e9rimental. Le <em>benchmark<\/em> est le standard pr\u00e9existant auquel cette ligne de base peut \u00eatre confront\u00e9e pour en \u00e9valuer la normalit\u00e9 ou la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 initiale.<\/li>\n<li><strong>Benchmark vs \u00c9talonnage :<\/strong> L&rsquo;<em>\u00e9talonnage<\/em> d\u00e9signe l&rsquo;ensemble du processus m\u00e9thodologique et statistique permettant de constituer l&rsquo;\u00e9chantillon et de calculer les tables de correspondance des scores. Le <em>benchmark<\/em> est le produit final, le rep\u00e8re stable r\u00e9sultant de cette d\u00e9marche technique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le benchmark constitue un pilier m\u00e9thodologique irrempla\u00e7able dans l&rsquo;ensemble des sciences psychologiques, assurant la transition entre la donn\u00e9e empirique brute et la d\u00e9cision clinique, p\u00e9dagogique ou organisationnelle \u00e9clair\u00e9e.<\/p>\n<p>Son articulation repose sur une dialectique constante entre la rigueur m\u00e9trologique de la mod\u00e9lisation math\u00e9matique (th\u00e9orie classique des tests, th\u00e9orie de la r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;item) et la prudence herm\u00e9neutique impos\u00e9e par la variabilit\u00e9 de l&rsquo;humain. Loin d&rsquo;\u00eatre une valeur immuable et universelle, un benchmark psychologique est indissociable de sa repr\u00e9sentativit\u00e9 temporelle, g\u00e9ographique, socioculturelle et m\u00e9thodologique.<\/p>\n<p>La ma\u00eetrise de ses fondements permet au chercheur comme au praticien de s&rsquo;affranchir tant de l&rsquo;arbitraire subjectif que de l&rsquo;aveuglement positiviste, pla\u00e7ant l&rsquo;acte \u00e9valuatif sous l&rsquo;\u00e9gide de la scientificit\u00e9, de l&rsquo;\u00e9thique et de la pertinence contextuelle.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Educational Research Association, American Psychological Association, &amp; National Council on Measurement in Education. (2014). <em>Standards for educational and psychological testing<\/em>. American Educational Research Association. <a href=\"https:\/\/www.apa.org\/science\/programs\/testing\/standards\">https:\/\/www.apa.org\/science\/programs\/testing\/standards<\/a><\/li>\n<li>Binet, A., &amp; Simon, T. (1905). M\u00e9thodes nouvelles pour le diagnostic du niveau intellectuel des anormaux. <em>L&rsquo;Ann\u00e9e Psychologique<\/em>, 11(1), 191-244. <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/psy_0003-5033_1904_num_11_1_3675\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/psy_0003-5033_1904_num_11_1_3675<\/a><\/li>\n<li>Flynn, J. R. (1987). Massive IQ gains in 14 nations: What IQ tests really measure. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 101(2), 171-191. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.101.2.171\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.101.2.171<\/a><\/li>\n<li>Wechsler, D. (1939). <em>The measurement of adult intelligence<\/em>. Williams &amp; Wilkins. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/measurementofadu00wech\">https:\/\/archive.org\/details\/measurementofadu00wech<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la d\u00e9finition exhaustive, l&rsquo;histoire et les applications psychom\u00e9triques du concept de benchmark dans les sciences cognitives et cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[5,1881,2],"tags":[36728,32506,12441,36729,16,36730],"class_list":["post-21898","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-evaluation-psychologique","category-methodologie-de-la-recherche","category-psychometrie","tag-benchmark","tag-etalonnage","tag-evaluation-neuropsychologique","tag-normes-psychologiques","tag-psychometrie","tag-theorie-des-tests"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21898","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21898\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21898"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21898"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21898"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}