{"id":21885,"date":"2026-10-26T12:48:30","date_gmt":"2026-10-26T12:48:30","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=phenomene-de-bell"},"modified":"2026-10-26T12:48:30","modified_gmt":"2026-10-26T12:48:30","slug":"phenomene-de-bell","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=phenomene-de-bell","title":{"rendered":"Ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell : R\u00e9flexe et s\u00e9miologie clinique"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour fondamental de la neurophysiologie motrice et de la s\u00e9miologie clinique, le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell constitue une r\u00e9ponse synkin\u00e9tique protectrice automatique fascinante du syst\u00e8me oculaire humain. Fr\u00e9quemment m\u00e9connu du grand public dans la mesure o\u00f9 il s\u2019ex\u00e9cute dans l\u2019obscurit\u00e9 anatomique des paupi\u00e8res closes, ce m\u00e9canisme physiologique mobilise des r\u00e9seaux sous-corticaux complexes coordonnant la motricit\u00e9 palp\u00e9brale et oculogyre. Son observation directe, rendue possible lors de d\u00e9faillances motrices p\u00e9riph\u00e9riques ou d&rsquo;\u00e9preuves sp\u00e9cifiques, offre aux cliniciens et neuropsychologues une fen\u00eatre inestimable sur l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des structures du tronc c\u00e9r\u00e9bral et sur la diff\u00e9renciation rigoureuse des pathologies neuromusculaires.<\/p>\n<h2>Ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell d\u00e9signe le d\u00e9placement r\u00e9flexe, conjugu\u00e9 et involontaire des globes oculaires vers le haut et g\u00e9n\u00e9ralement l\u00e9g\u00e8rement vers l&rsquo;ext\u00e9rieur lors de la tentative de fermeture active ou forc\u00e9e des paupi\u00e8res. Ce mouvement synergique constitue une r\u00e9action synkin\u00e9tique physiologique normale pr\u00e9sente chez une \u00e9crasante majorit\u00e9 d\u2019individus sains, ayant pour fonction protectrice d&rsquo;abriter la corn\u00e9e sous l&rsquo;auvent protecteur de la paupi\u00e8re sup\u00e9rieure afin de la pr\u00e9server des agressions m\u00e9caniques et du dess\u00e8chement.<\/p>\n<p>Dans les conditions d&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 anatomique et fonctionnelle, ce mouvement demeure totalement invisible \u00e0 l&rsquo;observateur ext\u00e9rieur, car l&rsquo;abaissement complet de la paupi\u00e8re sup\u00e9rieure obture imm\u00e9diatement la fente palp\u00e9brale. En revanche, lorsqu&rsquo;une alt\u00e9ration motrice emp\u00eache l&rsquo;occlusion palp\u00e9brale compl\u00e8te \u2014 configuration s\u00e9miologique classique observ\u00e9e au cours d&rsquo;une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paralysie_faciale_a_frigore\">paralysie faciale p\u00e9riph\u00e9rique<\/a> \u2014, la d\u00e9viation ascendante du bulbe oculaire devient patente, exposant la scl\u00e8re blanche inf\u00e9rieure et conf\u00e9rant \u00e0 cette manifestation le statut s\u00e9miologique de \u00ab signe de Bell \u00bb.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neuropsychologique et neurologique \u00e9largi, le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell sert d&rsquo;outil diagnostique diff\u00e9rentiel fondamental pour \u00e9valuer la motilit\u00e9 oculaire verticale. Sa pr\u00e9servation en pr\u00e9sence d&rsquo;une paralysie du regard volontaire vertical permet d&rsquo;affirmer le caract\u00e8re supranucl\u00e9aire de la l\u00e9sion, soulignant son r\u00f4le pivot dans l&rsquo;exploration fonctionnelle du tronc c\u00e9r\u00e9bral et des voies vestibulaires et oculomotrices.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell \u00bb tire son origine \u00e9ponymique directe des travaux novateurs du chirurgien, anatomiste, neurologue et artiste \u00e9cossais Sir Charles Bell (1774\u20131842). En 1823, Bell pr\u00e9senta devant la prestigieuse Royal Society de Londres une communication fondatrice d\u00e9crivant l&rsquo;anatomie fonctionnelle des nerfs cr\u00e2niens, dissociant pour la premi\u00e8re fois avec rigueur le r\u00f4le sensitif du nerf trijumeau (V) et la fonction motrice du nerf facial (VII) dans la motricit\u00e9 de la face.<\/p>\n<p>Sur le plan purement linguistique, le vocable \u00ab ph\u00e9nom\u00e8ne \u00bb est issu du bas latin <em>phaenomenon<\/em>, lui-m\u00eame emprunt\u00e9 au grec ancien <em>phainomenon<\/em> (\u03c6\u03b1\u03b9\u03bd\u03cc\u03bc\u03b5\u03bd\u03bf\u03bd), participe pr\u00e9sent passif substantiv\u00e9 du verbe <em>phainein<\/em> (\u03c6\u03b1\u03af\u03bd\u03b5\u03b9\u03bd), signifiant \u00ab faire briller \u00bb, \u00ab montrer \u00bb ou \u00ab appara\u00eetre \u00bb. Dans le contexte m\u00e9dical et scientifique, le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9signe un fait observable, une manifestation biologique ou un \u00e9v\u00e9nement physiologique reproductible per\u00e7u par les sens ou mis en \u00e9vidence par l&rsquo;exp\u00e9rimentation clinique.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du terme dans la litt\u00e9rature francophone et internationale a rapidement distingu\u00e9 le \u00ab ph\u00e9nom\u00e8ne \u00bb (qui renvoie au m\u00e9canisme physiologique g\u00e9n\u00e9ral et intrins\u00e8que de rotation oculaire) du \u00ab signe \u00bb clinique pathognomonique. Dans la terminologie m\u00e9dicale contemporaine, l&rsquo;appellation anglo-saxonne <em>Bell&rsquo;s phenomenon<\/em> s&rsquo;est universellement impos\u00e9e, bien qu&rsquo;on lui adjoigne parfois le qualificatif technique de \u00ab r\u00e9flexe palp\u00e9bro-oculogyre \u00bb ou \u00ab syncin\u00e9sie palp\u00e9bro-oculaire de Bell \u00bb afin d&rsquo;en expliciter directement la nature bio-m\u00e9canique et neurologique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement sous la transcription internationale \/fe.n\u0254.m\u025bn d\u0259 b\u025bl\/. Le terme \u00ab ph\u00e9nom\u00e8ne \u00bb est un nom commun masculin singulier, accompagn\u00e9 de la pr\u00e9position d&rsquo;attribution \u00ab de \u00bb et du nom propre invariant \u00ab Bell \u00bb (prononc\u00e9 \/b\u025bl\/, avec une consonne finale nette et une voyelle ant\u00e9rieure mi-ouverte non arrondie).<\/p>\n<p>Au niveau de ses d\u00e9clinaisons et formes d&rsquo;usage, le terme s&#8217;emploie principalement au singulier dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale francophone : \u00ab un ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell \u00bb, \u00ab le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell physiologique \u00bb. Lorsqu&rsquo;il est utilis\u00e9 au pluriel pour d\u00e9crire des observations comparatives bilat\u00e9rales ou des s\u00e9ries d&rsquo;\u00e9chantillons, la marque du pluriel n&rsquo;affecte que le substantif initial : \u00ab les ph\u00e9nom\u00e8nes de Bell \u00bb. On rel\u00e8ve \u00e9galement des variantes morphosyntaxiques et terminologiques fonctionnelles, notamment \u00ab signe de Bell \u00bb, \u00ab r\u00e9flexe de Bell \u00bb ou encore \u00ab syncin\u00e9sie de Bell \u00bb, chacune d\u00e9limitant une nuance pragmatique distincte selon que l&rsquo;on traite du sympt\u00f4me, de l&rsquo;arc r\u00e9flexe ou de l&rsquo;interaction musculaire motrice.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9daction clinique et les rapports d&rsquo;expertise neurologique, l&rsquo;expression s&rsquo;associe \u00e0 des qualificatifs d&rsquo;\u00e9tat sp\u00e9cifiques : on parlera d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell \u00ab conserv\u00e9 \u00bb, \u00ab aboli \u00bb, \u00ab invers\u00e9 \u00bb (quand l&rsquo;\u0153il se dirige paradoxalement vers le bas), ou encore \u00ab exag\u00e9r\u00e9 \u00bb. L&rsquo;adjectivation relative \u00e0 l&rsquo;auteur s&rsquo;exprime parfois sous la forme de l&rsquo;adjectif \u00ab bellien \u00bb ou \u00ab bellique \u00bb (par exemple, la \u00ab paralysie bellienne \u00bb), bien que l&rsquo;usage de la locution pr\u00e9positionnelle demeure le standard acad\u00e9mique pr\u00e9dominant.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender en profondeur le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell, il est n\u00e9cessaire de d\u00e9construire le postulat intuitif selon lequel la fermeture des yeux ne serait qu&rsquo;un simple acte passif d&rsquo;abaissement des voiles cutan\u00e9s p\u00e9riorbitaires. En r\u00e9alit\u00e9, le syst\u00e8me nerveux central d\u00e9ploie une strat\u00e9gie motrice hautement coordonn\u00e9e qui synchronise la contraction du muscle orbiculaire de l&rsquo;\u0153il (innerv\u00e9 par le nerf facial, VII) avec l&rsquo;activation s\u00e9lective des motoneurones du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nerf_oculomoteur\">nerf oculomoteur<\/a> commun (nerf cr\u00e2nien III) commandant le muscle droit sup\u00e9rieur et le muscle petit oblique. Cette interaction produit une rotation imm\u00e9diate, conjugu\u00e9e et pr\u00e9visible des deux globes oculaires vers le haut.<\/p>\n<p>Cette synergie motrice transcende la motricit\u00e9 r\u00e9flexe primaire : elle s&rsquo;inscrit au sein d&rsquo;un m\u00e9canisme de pr\u00e9servation biologique vital h\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9volution phylog\u00e9n\u00e9tique. La corn\u00e9e, tissu avasculaire hautement innerv\u00e9 et extr\u00eamement vuln\u00e9rable aux microtraumatismes, aux corps \u00e9trangers et \u00e0 l&rsquo;\u00e9vaporation du film lacrymal, se trouve ainsi mise hors de port\u00e9e des agressions externes lors de l&rsquo;occlusion des paupi\u00e8res, en particulier au cours du sommeil ou des clignements r\u00e9flexes de d\u00e9fense face \u00e0 une menace imminente. En \u00e9levant la corn\u00e9e sous le rebord sup\u00e9rieur de l&rsquo;orbite osseuse et sous la portion la plus \u00e9paisse de la paupi\u00e8re sup\u00e9rieure, l&rsquo;organisme r\u00e9duit consid\u00e9rablement le risque d&rsquo;abrasion corn\u00e9enne, d&rsquo;ulc\u00e9ration neurotrophique et de k\u00e9ratite d&rsquo;exposition.<\/p>\n<p>Il importe de clarifier que le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell n&rsquo;est pas un r\u00e9flexe d\u00e9pendant de la luminosit\u00e9 ou d&rsquo;une stimulation sensorielle visuelle, mais une commande synkin\u00e9tique li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;intention motrice de fermeture palp\u00e9brale. Des enregistrements \u00e9lectromyographiques et oculographiques sophistiqu\u00e9s ont d\u00e9montr\u00e9 que le mouvement oculaire ascendant s&rsquo;amorce quelques millisecondes avant ou pendant la contraction du muscle orbiculaire. M\u00eame en l&rsquo;absence totale de contact tactile sur la corn\u00e9e, la simple volition de clore les yeux ou le r\u00e9flexe d&rsquo;occlusion induit par la menace active cette \u00e9l\u00e9vation conjugu\u00e9e.<\/p>\n<p>Les limites du concept doivent \u00eatre rigoureusement trac\u00e9es : le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell n&rsquo;est pas identique \u00e0 l&rsquo;oculogyrie induite par les r\u00e9flexes vestibulo-oculaires, bien que ces voies partagent des connexions interm\u00e9diaires dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral. De surcro\u00eet, le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell ne garantit pas une amplitude constante chez tous les sujets sains : des \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques rigoureuses r\u00e9v\u00e8lent qu&rsquo;environ 10 \u00e0 15 % des individus neurologiquement indemnes pr\u00e9sentent une d\u00e9viation minime, voire un mouvement lat\u00e9ralis\u00e9 ou immobile, sans que cela ne rel\u00e8ve d&rsquo;une anomalie neuropathologique structurelle. L&rsquo;interpr\u00e9tation clinique exige par cons\u00e9quent une contextualisation attentive de la cin\u00e9matique oculaire globale.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire du ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell est intimement li\u00e9e \u00e0 la gen\u00e8se de la neurologie clinique moderne au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle. Avant les publications d\u00e9cisives de Sir Charles Bell, la compr\u00e9hension des nerfs du visage \u00e9tait domin\u00e9e par les conceptions gal\u00e9niques et anatomiques h\u00e9rit\u00e9es de Thomas Willis, qui confondaient les fonctions sensorielles et motrices des branches craniofaciales. En examinant des soldats bless\u00e9s sur les champs de bataille de Waterloo et des patients souffrant de d\u00e9formations faciales cons\u00e9cutives \u00e0 des traumatismes ou des chirurgies de la glande parotide, Bell comprit que le septi\u00e8me nerf cr\u00e2nien \u00e9tait le moteur exclusif de l&rsquo;expression faciale et du sphincter palp\u00e9bral.<\/p>\n<p>Dans son m\u00e9moire canonique de 1823, intitul\u00e9 <em>\u00ab On the Nerves; Giving an Account of Some Experiments on Their Functions, Which Lead to a New Arrangement of the System \u00bb<\/em>, Bell d\u00e9crivit avec pr\u00e9cision le cas d&rsquo;un patient pr\u00e9sentant une perte de la motricit\u00e9 unilat\u00e9rale de la face. Lorsque ce patient tentait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de cligner ou de fermer l&rsquo;\u0153il affect\u00e9, la paupi\u00e8re demeurait immobile et b\u00e9ante, laissant voir distinctement le globe oculaire qui pivotait vers le haut et l&rsquo;ext\u00e9rieur, masquant la pupille sous le repli palp\u00e9bral sup\u00e9rieur immobile. Bell d\u00e9montra alors que cette rotation n&rsquo;\u00e9tait pas une anomalie motrice induite par la maladie, mais la r\u00e9v\u00e9lation au grand jour d&rsquo;un mouvement physiologique pr\u00e9existant, auparavant dissimul\u00e9 par la fermeture normale de la paupi\u00e8re.<\/p>\n<p>Au tournant du XXe si\u00e8cle, de grands ma\u00eetres de la neurologie europ\u00e9enne, tels que Jean-Martin Charcot, Joseph Babinski et William Richard Gowers, int\u00e9gr\u00e8rent cette observation dans leur arsenal s\u00e9miologique fondamental. Babinski mit en exergue l&rsquo;importance de ce signe pour diff\u00e9rencier les paralysies faciales d&rsquo;origine centrale (supranucl\u00e9aires), o\u00f9 la motricit\u00e9 de l&rsquo;orbiculaire sup\u00e9rieur est largement \u00e9pargn\u00e9e par la double innervation cortico-bulbaire, des paralysies p\u00e9riph\u00e9riques (infranuancl\u00e9aires) compl\u00e8tes o\u00f9 le signe de Bell \u00e9clate avec une clart\u00e9 ind\u00e9niable.<\/p>\n<p>Durant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement des m\u00e9thodes \u00e9lectrophysiologiques, de l&rsquo;\u00e9lectro-oculographie et plus r\u00e9cemment de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle a permis de diss\u00e9quer les substrats synaptiques de cette synergie. Des chercheurs comme Cogan et Bickford ont raffin\u00e9 la s\u00e9miologie en explorant les variations du ph\u00e9nom\u00e8ne chez les sujets comateux, anesth\u00e9si\u00e9s ou atteints de pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives comme la paralysie supranucl\u00e9aire progressive, conf\u00e9rant \u00e0 ce r\u00e9flexe centenaire une valeur inalt\u00e9r\u00e9e au sein des neurosciences contemporaines.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurophysiologiques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension neurophysiologique contemporaine du ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell repose sur l&rsquo;existence d&rsquo;une boucle synkin\u00e9tique d&rsquo;int\u00e9gration sous-corticale et tronco-enc\u00e9phalique d&rsquo;une remarquable sophistication. Contrairement aux mouvements saccadiques volontaires command\u00e9s directement par les champs oculaires frontaux (FEF) et le cortex pari\u00e9tal, le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell met en jeu des circuits reliant le noyau moteur du nerf facial (situ\u00e9 dans la protub\u00e9rance ou pont) aux noyaux oculomoteurs m\u00e9senc\u00e9phaliques.<\/p>\n<p>L&rsquo;arc r\u00e9flexe int\u00e8gre principalement :<\/p>\n<ul>\n<li>Les projections motrices cortico-bulbaires descendantes destin\u00e9es \u00e0 la motricit\u00e9 palp\u00e9brale volontaire ;<\/li>\n<li>Le complexe nucl\u00e9aire du nerf facial (VII) dans la calotte pontique dorsolat\u00e9rale ;<\/li>\n<li>Le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Faisceau_longitudinal_m%C3%A9dial\">faisceau longitudinal m\u00e9dial<\/a> (FLM) et la formation r\u00e9ticul\u00e9e param\u00e9diane pontique (FRPP), servant de voies d&rsquo;association internucl\u00e9aire rapides ;<\/li>\n<li>Le complexe oculomoteur m\u00e9senc\u00e9phalique (III), et plus sp\u00e9cifiquement les sous-noyaux commandant les motoneurones du muscle droit sup\u00e9rieur et du muscle petit oblique, responsables de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation et de l&rsquo;extorsion du globe ;<\/li>\n<li>Le noyau interstitiel rostral du faisceau longitudinal m\u00e9dial (riFLM) et le noyau interstitiel de Cajal, qui constituent les g\u00e9n\u00e9rateurs pr\u00e9-moteurs essentiels des mouvements verticaux et torsionnels des yeux.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrophysiologique, l&rsquo;initiation de la commande de fermeture palp\u00e9brale engendre une d\u00e9charge synchrone dans les unit\u00e9s motrices du nerf facial innerve l&rsquo;orbiculaire et, via des connexions collat\u00e9rales tronco-enc\u00e9phaliques directes ou polysynaptiques, l\u00e8ve l&rsquo;inhibition tonique qui p\u00e8se sur les motoneurones verticaux m\u00e9senc\u00e9phaliques. Simultan\u00e9ment, une inhibition r\u00e9ciproque active est adress\u00e9e au sous-noyau du muscle droit inf\u00e9rieur et au noyau du nerf trochl\u00e9aire (IV, commandant le grand oblique), emp\u00eachant ainsi tout abaissement antagoniste accidentel.<\/p>\n<p>Cette organisation neuro-anatomique \u00e9claire de mani\u00e8re \u00e9clatante pourquoi le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell constitue une \u00e9preuve de dissociation supranucl\u00e9aire cardinale. Dans des syndromes neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs complexes affectant le regard vertical, tels que la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paralysie_supranucl%C3%A9aire_progressive\">paralysie supranucl\u00e9aire progressive<\/a> (maladie de Steele-Richardson-Olszewski), les projections corticales descendantes vers les centres du regard vertical sont s\u00e9v\u00e8rement alt\u00e9r\u00e9es, rendant impossible toute \u00e9l\u00e9vation volontaire du regard. Pourtant, lorsque l&rsquo;examinateur ordonne la fermeture forc\u00e9e des paupi\u00e8res, les yeux du patient basculent puissamment vers le haut : le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell est conserv\u00e9, apportant la preuve irr\u00e9futable que les noyaux moteurs m\u00e9senc\u00e9phaliques et leurs effecteurs p\u00e9riph\u00e9riques sont indemnes, et que le d\u00e9ficit r\u00e9side exclusivement en amont, au niveau pr\u00e9moteur ou supranucl\u00e9aire.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse s\u00e9miologique fine du ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell r\u00e9v\u00e8le une diversit\u00e9 cin\u00e9matique et dimensionnelle que l&rsquo;on peut synth\u00e9tiser selon plusieurs axes fondamentaux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La composante vectorielle directionnelle :<\/strong> Dans la forme typique, le globe oculaire effectue une translation angulaire orient\u00e9e vers le haut et l&rsquo;ext\u00e9rieur (supro-abduction). Cette d\u00e9viation combine l&rsquo;action pr\u00e9dominante du muscle droit sup\u00e9rieur avec une composante mineure de torsion et d&rsquo;abduction exerc\u00e9e par le petit oblique.<\/li>\n<li><strong>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell invers\u00e9 (paradoxal) :<\/strong> D\u00e9viation atypique et inhabituelle au cours de laquelle le globe oculaire plonge vers le bas lors de la fermeture palp\u00e9brale. Cette variante peut se rencontrer de fa\u00e7on exceptionnelle chez des individus normaux, mais s&rsquo;observe plus r\u00e9guli\u00e8rement dans des contextes de dystrophie myotonique de Steinert, de myasth\u00e9nie grave, ou lors d&rsquo;atteintes structurales \u00e9tendues du m\u00e9senc\u00e9phale dorsal.<\/li>\n<li><strong>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell unilat\u00e9ral ou asym\u00e9trique :<\/strong> Bien que la commande synkin\u00e9tique centrale soit bilat\u00e9rale et conjugu\u00e9e, des asym\u00e9tries d&rsquo;amplitude peuvent appara\u00eetre en cas de par\u00e9sie unilat\u00e9rale des muscles droits sup\u00e9rieurs, d&rsquo;ophtalmopl\u00e9gie internucl\u00e9aire asym\u00e9trique, ou de traumatismes orbitaires provoquant un emprisonnement m\u00e9canique des muscles oculomoteurs (comme une fracture du plancher de l&rsquo;orbite).<\/li>\n<li><strong>La dimension chronobiologique et de vigilance :<\/strong> Le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell varie d&rsquo;intensit\u00e9 selon l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil. Au cours des stades initiaux du sommeil \u00e0 ondes lentes, les yeux conservent souvent une position sur\u00e9lev\u00e9e et divergente. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans le sommeil paradoxal (REM) ou au cours de comas profonds avec destruction de la calotte m\u00e9senc\u00e9phalique, le r\u00e9flexe s&rsquo;estompe ou dispara\u00eet au profit d&rsquo;une atonie motrice compl\u00e8te.<\/li>\n<li><strong>Le signe de Bell s\u00e9miologique :<\/strong> Il convient de dissocier formellement la r\u00e9ponse physiologique interne (pr\u00e9sente chez tout un chacun) de son ext\u00e9riorisation clinique. Le \u00ab signe \u00bb de Bell repr\u00e9sente pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;\u00e9chappement visuel du ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;occlusion, r\u00e9sultant d&rsquo;une inocclusion palp\u00e9brale (lagophtalmie) cons\u00e9cutive \u00e0 une l\u00e9sion du nerf facial.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la port\u00e9e de ce concept dans la d\u00e9marche clinique, examinons deux situations embl\u00e9matiques couramment rencontr\u00e9es en pratique hospitali\u00e8re et ambulatoire.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Paralysie faciale p\u00e9riph\u00e9rique idiopathique (\u00ab \u00e0 frigore \u00bb).<\/strong><br \/>\nUne patiente de 42 ans consulte en urgence pour une asym\u00e9trie faciale brutale apparue au r\u00e9veil, caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;effacement des rides du front gauche, l&rsquo;affaissement de la commissure labiale homolat\u00e9rale et une impossibilit\u00e9 totale de boire sans laisser fuir les liquides. L&rsquo;examen du neurologue s&rsquo;attache \u00e0 distinguer une atteinte centrale d&rsquo;une origine p\u00e9riph\u00e9rique. L&rsquo;examinateur demande \u00e0 la patiente de fermer vigoureusement les yeux. Du c\u00f4t\u00e9 droit (sain), la paupi\u00e8re se referme parfaitement. Du c\u00f4t\u00e9 gauche, la paupi\u00e8re sup\u00e9rieure s&rsquo;abaisse \u00e0 peine sur quelques millim\u00e8tres, laissant la fente palp\u00e9brale grande ouverte (lagophtalmie) : on observe alors de mani\u00e8re flagrante le globe oculaire gauche glisser promptement vers le haut, masquant l&rsquo;iris et n&rsquo;exposant que la scl\u00e9rotique blanche nacr\u00e9e. La pr\u00e9sence de ce signe de Bell confirme sans ambigu\u00eft\u00e9 une atteinte p\u00e9riph\u00e9rique du VII touchant le rameau temporal sup\u00e9rieur destin\u00e9 au muscle orbiculaire, rassurant imm\u00e9diatement le clinicien quant \u00e0 l&rsquo;absence d&rsquo;accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral cortical sylvien superficiel.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Suspicion de paralysie supranucl\u00e9aire progressive face \u00e0 une atteinte nucl\u00e9aire.<\/strong><br \/>\nUn homme de 68 ans est adress\u00e9 en consultation de neuropsychologie et de neurologie comportementale pour des chutes inexpliqu\u00e9es vers l&rsquo;arri\u00e8re, une rigidit\u00e9 axiale et un ralentissement cognitif progressif. \u00c0 l&rsquo;examen de l&rsquo;oculomotricit\u00e9, le clinicien demande au patient de suivre un faisceau lumineux vers le haut : le regard demeure clou\u00e9 au plan m\u00e9dian horizontal, sugg\u00e9rant une paralysie compl\u00e8te de la verticalit\u00e9 du regard. L&rsquo;examinateur demande ensuite au patient de tenter de fermer fort les yeux tout en maintenant d\u00e9licatement les paupi\u00e8res entrouvertes avec ses doigts. Instantan\u00e9ment, les globes oculaires montent harmonieusement vers le haut dans une amplitude parfaite. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell enti\u00e8rement pr\u00e9serv\u00e9 prouve formellement que l&rsquo;arc r\u00e9flexe nucl\u00e9aire et infranuancl\u00e9aire (IIIe paire cr\u00e2nienne, muscles oculomoteurs) est intact. Le diagnostic s&rsquo;oriente avec certitude vers une l\u00e9sion supranucl\u00e9aire caract\u00e9ristique de la maladie de Steele-Richardson-Olszewski, \u00e9cartant une ophtalmopl\u00e9gie externe progressive ou une neuropathie cr\u00e2nienne multiple p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et examen clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation s\u00e9miologique du ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell ne r\u00e9clame aucun \u00e9quipement lourd en premi\u00e8re ligne, mais exige une gestuelle rigoureuse de la part du praticien afin de ne pas induire d&rsquo;artefacts d&rsquo;interpr\u00e9tation. L&rsquo;examen standard se d\u00e9roule chez un patient assis, dans une pi\u00e8ce correctement \u00e9clair\u00e9e.<\/p>\n<p>En pr\u00e9sence d&rsquo;une fonction motrice palp\u00e9brale normale, la m\u00e9thode pr\u00e9conis\u00e9e est la \u00ab fermeture palp\u00e9brale contrari\u00e9e \u00bb :<\/p>\n<ul>\n<li>Le m\u00e9decin place ses pouces sur les paupi\u00e8res sup\u00e9rieures du patient ou imm\u00e9diatement sous les sourcils pour r\u00e9tracter mod\u00e9r\u00e9ment la peau ;<\/li>\n<li>Il enjoint au sujet d&rsquo;essayer de fermer les yeux \u00ab le plus fort possible \u00bb, comme pour lutter contre une poussi\u00e8re intrusive ;<\/li>\n<li>L&rsquo;examinateur oppose une r\u00e9sistance douce mais ferme \u00e0 l&rsquo;abaissement palp\u00e9bral, ce qui permet de maintenir la fente oculaire ouverte et de visualiser directement l&rsquo;amplitude et la direction de la rotation oculaire ascendante.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En contexte de recherche clinique ou de bilan neuro-ophtalmologique avanc\u00e9, des outils instrumentaux permettent une quantification objective d&rsquo;une extr\u00eame pr\u00e9cision :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9lectro-oculographie (EOG) :<\/strong> Par l&rsquo;apposition d&rsquo;\u00e9lectrodes cutan\u00e9es p\u00e9ri-oculaires mesurant les variations du dip\u00f4le corn\u00e9o-r\u00e9tinien lors de la fermeture des paupi\u00e8res, m\u00eame compl\u00e8te, fournissant un trac\u00e9 chronologique pr\u00e9cis de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation oculaire.<\/li>\n<li><strong>La vid\u00e9o-oculographie infrarouge (VOG) :<\/strong> Dispositif sous forme de lunettes coupl\u00e9es \u00e0 des cam\u00e9ras infrarouges haute vitesse capables de traquer le centre pupillaire et les torsions de l&rsquo;iris lors d&rsquo;occlusions rapides ou de clignements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>La scleral search coil technique (anneau scl\u00e9ral de recherche) :<\/strong> Bien que plus invasive et r\u00e9serv\u00e9e aux mod\u00e8les de neurophysiologie fondamentale, cette m\u00e9thode demeure le standard absolu (gold standard) pour mesurer simultan\u00e9ment les trois dimensions de la rotation oculaire (horizontale, verticale et torsionnelle).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique<\/h3>\n<p>Les applications cliniques de l&rsquo;observation du ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell s&rsquo;\u00e9tendent bien au-del\u00e0 de la neurologie g\u00e9n\u00e9rale, touchant des disciplines aussi vari\u00e9es que l&rsquo;ophtalmologie, la chirurgie plastique reconstructive, l&rsquo;anesth\u00e9siologie, la r\u00e9animation et la neuropsychologie.<\/p>\n<p>En <strong>ophtalmologie et en chirurgie oculoplastique<\/strong>, la vigueur du ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell est un param\u00e8tre pronostique d\u00e9terminant avant d&rsquo;envisager la chirurgie r\u00e9paratrice du pt\u00f4sis (abaissement pathologique de la paupi\u00e8re) ou la r\u00e9section du muscle releveur de la paupi\u00e8re sup\u00e9rieure. Si un patient pr\u00e9sente un pt\u00f4sis associ\u00e9 \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell absent ou d\u00e9ficient, la correction chirurgicale risque d&rsquo;exposer la corn\u00e9e \u00e0 une lagophtalmie post-op\u00e9ratoire permanente dramatique, conduisant \u00e0 des k\u00e9ratites infectieuses s\u00e9v\u00e8res ou \u00e0 des perforations corn\u00e9ennes. Un ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell robuste est ainsi la condition <em>sine qua non<\/em> assurant la s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;une plastie palp\u00e9brale.<\/p>\n<p>En <strong>anesth\u00e9siologie et m\u00e9decine de r\u00e9animation<\/strong>, le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell sert d&rsquo;indicateur qualitatif de la profondeur de la s\u00e9dation ou du coma. Dans les phases superficielles d&rsquo;anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale, le r\u00e9flexe persiste. \u00c0 mesure que les substances s\u00e9datives d\u00e9priment la substance r\u00e9ticul\u00e9e du tronc c\u00e9r\u00e9bral et les noyaux de l&rsquo;\u00e9tage m\u00e9senc\u00e9phalique, le r\u00e9flexe s&rsquo;\u00e9teint progressivement. Sa disparition soudaine chez un patient c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9 en r\u00e9animation peut traduire une souffrance axiale du tronc c\u00e9r\u00e9bral par engagement transtentoriel descendant.<\/p>\n<p>En <strong>neuropsychologie clinique et g\u00e9riatrie<\/strong>, l&rsquo;exploration de ce r\u00e9flexe participe \u00e0 la cartographie fonctionnelle des r\u00e9seaux moteurs corticaux et sous-corticaux lors du bilan de pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives complexes. La dissociation entre le regard volontaire (d\u00e9pendant des connexions fronto-striatales) et le regard r\u00e9flexe de Bell (d\u00e9pendant de l&rsquo;int\u00e9gration sous-corticale) permet d&rsquo;orienter le diagnostic syndromique face \u00e0 des troubles praxiques du regard (apraxie oculomotrice) ou des d\u00e9mences fronto-sous-corticales.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La recherche clinique consacr\u00e9e au ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell a connu des avanc\u00e9es majeures gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation m\u00e9thodique de vastes cohortes de volontaires sains et de patients c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9s. L&rsquo;un des travaux s\u00e9minaux men\u00e9 par Francis et collaborateurs a \u00e9tabli, sur un \u00e9chantillon significatif de sujets indemnes de pathologies neurologiques, que le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell n&rsquo;est pas uniforme \u00e0 100 % : environ 88 % des participants pr\u00e9sentaient une \u00e9l\u00e9vation bilat\u00e9rale sym\u00e9trique, 7 % une composante ascensionnelle purement verticale sans extorsion, tandis qu&rsquo;environ 5 % exhibaient des mouvements lat\u00e9raux divergents ou une immobilit\u00e9 relative. Ces d\u00e9couvertes empiriques ont incit\u00e9 la communaut\u00e9 m\u00e9dicale \u00e0 ne jamais consid\u00e9rer l&rsquo;absence isol\u00e9e d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation comme une preuve formelle d&rsquo;organicit\u00e9 sans corroboration s\u00e9miologique additionnelle.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres \u00e9tudes marquantes conduites en neuro-imagerie fonctionnelle et en enregistrement unitaire par micro-\u00e9lectrodes ont permis de caract\u00e9riser la chronom\u00e9trie du r\u00e9flexe. Les travaux de Collewijn et de ses associ\u00e9s ont mis en \u00e9vidence la synergie cin\u00e9tique quasi parfaite entre la d\u00e9charge du muscle orbiculaire et la bouff\u00e9e d&rsquo;activation du muscle droit sup\u00e9rieur, d\u00e9montrant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un programme moteur centralis\u00e9 c\u00e2bl\u00e9 au sein de la formation r\u00e9ticul\u00e9e m\u00e9senc\u00e9phalique, et non d&rsquo;une r\u00e9ponse proprioceptive r\u00e9troactive issue des fuseaux neuromusculaires palp\u00e9braux.<\/p>\n<p>Dans le domaine des accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux, les recherches de Bogousslavsky et de ses collaborateurs ont document\u00e9 l&rsquo;impact s\u00e9lectif des infarctus param\u00e9dians du m\u00e9senc\u00e9phale sur le r\u00e9flexe de Bell. Leurs observations ont d\u00e9montr\u00e9 que des microl\u00e9sions circonscrites au noyau interstitiel rostral du FLM abolissent les saccades verticales volontaires tout en maintenant le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell intact, confirmant sur le plan anatomo-pathologique la s\u00e9gr\u00e9gation des aff\u00e9rences supranucl\u00e9aires et des circuits synkin\u00e9tiques basaux.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation et l&rsquo;exp\u00e9rience du ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell s&rsquo;entrecroisent avec des dimensions historiques, culturelles et psychologiques non n\u00e9gligeables. Dans l&rsquo;imaginaire collectif et l&rsquo;iconographie religieuse occidentale classique, l&rsquo;exposition de la scl\u00e9rotique blanche lors de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation extr\u00eame des yeux est traditionnellement associ\u00e9e aux \u00e9tats d&rsquo;extase mystique, de transe, d&rsquo;agonie ou de possession d\u00e9moniaque. Les repr\u00e9sentations picturales de la Renaissance et de l&rsquo;\u00e2ge baroque (notamment chez Rapha\u00ebl ou Le Caravage) d\u00e9peignent fr\u00e9quemment des personnages en \u00e9tat d&rsquo;abandon spirituel les yeux r\u00e9vuls\u00e9s vers le ciel, traduisant involontairement une forme esth\u00e9tis\u00e9e de syncin\u00e9sie d&rsquo;occlusion ou de catalepsie oculaire.<\/p>\n<p>Dans certaines traditions m\u00e9dicales non occidentales, telles que la m\u00e9decine traditionnelle chinoise ou les m\u00e9decines ayurv\u00e9diques, la visibilit\u00e9 anormale de la scl\u00e8re blanche lors de la fermeture oculaire au cours du sommeil ou du repos a longtemps \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e comme un signe d&rsquo;\u00e9puisement profond de l&rsquo;\u00e9nergie vitale (Qi) ou comme un dysfonctionnement majeur du foie, organe auquel ces traditions rattachent symboliquement la fonction oculaire et la motricit\u00e9 tendineuse. Bien que ces cadres d&rsquo;interpr\u00e9tation reposent sur des paradigmes \u00e9pist\u00e9mologiques distincts, ils convergent sur l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;invisibilit\u00e9 normale du bulbe oculaire est synonyme d&rsquo;\u00e9quilibre et de sant\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique moderne, l&rsquo;apparition du signe de Bell chez un patient souffrant d&rsquo;une paralysie faciale idiopathique brutale engendre un impact \u00e9motionnel et anxieux consid\u00e9rable. La vision dans le miroir d&rsquo;un \u0153il qui \u00ab roule vers le haut \u00bb sans pouvoir se fermer alt\u00e8re drastiquement le sch\u00e9ma corporel et suscite la terreur d&rsquo;une d\u00e9figuration p\u00e9renne ou d&rsquo;un dommage c\u00e9r\u00e9bral irr\u00e9versible. L&rsquo;accompagnement neuropsychologique et relationnel n\u00e9cessite d&rsquo;expliquer avec p\u00e9dagogie que ce mouvement spectaculaire n&rsquo;est pas le fruit d&rsquo;une aggravation, mais le t\u00e9moin rassurant d&rsquo;un m\u00e9canisme r\u00e9flexe sain qui prot\u00e8ge la vision du patient durant sa phase de convalescence motrice.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa valeur canonique en s\u00e9miologie m\u00e9dicale, l&rsquo;usage du ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell fait l&rsquo;objet de r\u00e9serves m\u00e9thodologiques et de controverses th\u00e9oriques p\u00e9rennes dans la litt\u00e9rature neuro-ophtalmologique contemporaine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le manque de standardisation de l&rsquo;\u00e9preuve manuelle :<\/strong> L&rsquo;\u00e9valuation manuelle par r\u00e9traction des paupi\u00e8res soul\u00e8ve des objections biom\u00e9caniques. En s&rsquo;opposant physiquement \u00e0 la fermeture palp\u00e9brale, l&rsquo;examinateur applique une pression m\u00e9canique sur le rebord orbitaire et le globe, ce qui peut d\u00e9clencher un r\u00e9flexe trig\u00e9mino-oculaire nociceptif parasite ou induire des mouvements oculaires de r\u00e9ajustement volontaires, faussant la puret\u00e9 de la r\u00e9ponse observ\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>La variabilit\u00e9 interindividuelle physiologique :<\/strong> Comme mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, la pr\u00e9valence du ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;\u00e9tant pas absolue (variant de 85 \u00e0 90 % selon les crit\u00e8res d&rsquo;amplitude retenus), conclure \u00e0 une anomalie organique du tronc c\u00e9r\u00e9bral sur la seule abolition du ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell constitue une faute s\u00e9miologique majeure. Il ne saurait \u00eatre employ\u00e9 comme test diagnostique unique en l&rsquo;absence d&rsquo;autres marqueurs de souffrance neurologique.<\/li>\n<li><strong>La controverse de l&rsquo;inversion du ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell :<\/strong> Le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell invers\u00e9 demeure une source de d\u00e9bats physiopathologiques intenses. Alors que certains auteurs y voient une alt\u00e9ration pr\u00e9coce des projections pr\u00e9tectales ou une dysfonction myog\u00e8ne (dans les myopathies mitochondriales), d&rsquo;autres sp\u00e9cialistes soutiennent qu&rsquo;il pourrait s&rsquo;agir d&rsquo;une variante banale sans valeur nosologique chez une proportion t\u00e9nue de la population.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;art\u00e9fact de l&rsquo;oculogyrie volontaire :<\/strong> Chez les patients pr\u00e9sentant un niveau de coop\u00e9ration excessif ou anxieux, la demande de fermer les yeux tout en \u00e9tant retenus peut susciter un effort de fixation visuelle vers le bas ou le centre, neutralisant artificiellement la rotation ascendante physiologique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>Pour pr\u00e9venir toute confusion conceptuelle au sein des dossiers cliniques, il convient de diff\u00e9rencier rigoureusement le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell d&rsquo;entit\u00e9s anatomiques, physiologiques et s\u00e9miologiques voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le signe de Bell :<\/strong> Alors que le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell est la r\u00e9ponse motrice physiologique normale, le <em>signe de Bell<\/em> est l&rsquo;ext\u00e9riorisation pathologique de ce r\u00e9flexe caus\u00e9e par une par\u00e9sie ou paralysie du muscle orbiculaire de l&rsquo;\u0153il (typiquement dans la paralysie de Bell ou neuropathie faciale p\u00e9riph\u00e9rique).<\/li>\n<li><strong>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de Negro :<\/strong> Syncin\u00e9sie pathologique observ\u00e9e dans la paralysie faciale p\u00e9riph\u00e9rique o\u00f9, lors de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation volontaire maximale du regard, l&rsquo;\u0153il du c\u00f4t\u00e9 paralys\u00e9 s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve plus haut et effectue une d\u00e9viation lat\u00e9rale plus prononc\u00e9e que l&rsquo;\u0153il sain, en raison d&rsquo;une hyperactivation compensatory conjointe.<\/li>\n<li><strong>Le r\u00e9flexe oculo-vestibulaire (ou man\u0153uvre des yeux de poup\u00e9e) :<\/strong> Mouvement conjugu\u00e9 compensatoire des yeux en sens inverse de la rotation impos\u00e9e de la t\u00eate. Ce r\u00e9flexe d\u00e9pend de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des labyrinthes vestibulaires et du huiti\u00e8me nerf cr\u00e2nien (VIII), tandis que le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell est d\u00e9clench\u00e9 par la commande palp\u00e9brale (nerf VII et connexions internucl\u00e9aires).<\/li>\n<li><strong>Le signe de Marcus Gunn (syncin\u00e9sie pt\u00f4sis-m\u00e2choire) :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;innervation aberrante cong\u00e9nitale o\u00f9 l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la paupi\u00e8re sup\u00e9rieure ptotique se produit lors des mouvements de diduction ou d&rsquo;ouverture de la mandibule (connexion pathologique entre le nerf trijumeau V3 et le nerf oculomoteur III), sans rapport avec l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation r\u00e9flexe du bulbe oculaire de Bell.<\/li>\n<li><strong>Le r\u00e9flexe corn\u00e9en :<\/strong> Boucle purement sensorimotrice protectrice d\u00e9clench\u00e9e par la stimulation tactile m\u00e9canique de la corn\u00e9e (voie aff\u00e9rente : nerf trijumeau V1 ; centre : protub\u00e9rance ; voie eff\u00e9rente : nerf facial VII), provoquant une occlusion palp\u00e9brale imm\u00e9diate bilat\u00e9rale. Le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell n&rsquo;exige pas de contact corn\u00e9en physique pour se d\u00e9ployer.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell demeure l&rsquo;un des piliers les plus \u00e9l\u00e9gants et informatifs de l&rsquo;examen neurologique et de la pratique neuro-ophtalmologique. La ma\u00eetrise de ses m\u00e9canismes fondamentaux offre au praticien un levier diagnostique de premier ordre. Les \u00e9l\u00e9ments structurants de ce construct se r\u00e9capitulent comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une synkin\u00e9sie physiologique protectrice consistant en une \u00e9l\u00e9vation conjugu\u00e9e et involontaire des globes oculaires lors de la fermeture volontaire ou r\u00e9flexe des paupi\u00e8res.<\/li>\n<li>Sa finalit\u00e9 biologique premi\u00e8re est l&rsquo;occultation et la protection de la corn\u00e9e sous l&rsquo;auvent orbitaire sup\u00e9rieur afin de pr\u00e9venir les traumatismes et l&rsquo;ass\u00e8chement du film lacrymal.<\/li>\n<li>Le \u00ab signe de Bell \u00bb qualifie la visibilit\u00e9 anormale de ce r\u00e9flexe physiologique lorsque le patient pr\u00e9sente une lagophtalmie cons\u00e9cutive \u00e0 une paralysie faciale p\u00e9riph\u00e9rique compl\u00e8te.<\/li>\n<li>Sur le plan neuro-anatomique, il sollicite un r\u00e9seau tronco-enc\u00e9phalique coordonn\u00e9 unissant le noyau facial pontique (VII) aux sous-noyaux oculomoteurs m\u00e9senc\u00e9phaliques (III) via le faisceau longitudinal m\u00e9dial et les centres pr\u00e9moteurs verticaux (riFLM).<\/li>\n<li>Sa pr\u00e9servation chez un patient incapable d&rsquo;ex\u00e9cuter des mouvements oculaires verticaux volontaires constitue la preuve formelle du caract\u00e8re supranucl\u00e9aire de l&rsquo;atteinte, distinguant formellement une paralysie supranucl\u00e9aire progressive d&rsquo;une atteinte nucl\u00e9aire ou myog\u00e8ne.<\/li>\n<li>Son int\u00e9grit\u00e9 doit \u00eatre syst\u00e9matiquement valid\u00e9e avant tout acte de chirurgie palp\u00e9brale sous peine d&rsquo;exposer la corn\u00e9e \u00e0 des k\u00e9ratites neurotrophiques d&rsquo;exposition s\u00e9v\u00e8res.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bell, C. (1823). On the nerves; giving an account of some experiments on their functions, which lead to a new arrangement of the system. <em>Philosophical Transactions of the Royal Society of London<\/em>, 113, 166\u2013186. <a href=\"https:\/\/royalsocietypublishing.org\/doi\/10.1098\/rstl.1823.0016\">https:\/\/royalsocietypublishing.org\/doi\/10.1098\/rstl.1823.0016<\/a><\/li>\n<li>Collewijn, H., van der Steen, J., &amp; Steinman, R. M. (1985). Human eye movements associated with blinks and prolonged eyelid closure. <em>Journal of Neurophysiology<\/em>, 54(1), 11\u201327. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/4031985\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/4031985\/<\/a><\/li>\n<li>Francis, I. C., Loughhead, J. A., &amp; Minasian, O. (1984). Bell&rsquo;s phenomenon: A study of 100 normal subjects. <em>Australian Journal of Ophthalmology<\/em>, 12(1), 15\u201321. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/6732640\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/6732640\/<\/a><\/li>\n<li>Leigh, R. J., &amp; Zee, D. S. (2015). <em>The Neurology of Eye Movements<\/em> (5e \u00e9d.). Oxford University Press. <a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/book\/27982\">https:\/\/academic.oup.com\/book\/27982<\/a><\/li>\n<li>Smith, J. L., &amp; Cogan, D. G. (1959). Internuclear ophthalmoplegia: A review of fifty-eight cases. <em>A.M.A. Archives of Ophthalmology<\/em>, 61(5), 687\u2013694. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/13649033\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/13649033\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de Bell est une synkin\u00e9sie physiologique r\u00e9flexe provoquant l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation protectrice des globes oculaires lors de la fermeture des paupi\u00e8res.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1449,7005,46],"tags":[36710,36711,36709,36707,30801,36708],"class_list":["post-21885","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie-clinique","category-neurophysiologie","category-neuropsychologie","tag-motilite-oculaire","tag-nerf-oculomoteur","tag-paralysie-faciale","tag-phenomene-de-bell","tag-semiologie-neurologique","tag-signe-de-bell"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21885","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21885\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21885"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21885"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21885"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}