{"id":21878,"date":"2026-10-26T12:31:33","date_gmt":"2026-10-26T12:31:33","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=raisonnement-croyance-desir"},"modified":"2026-10-26T12:31:33","modified_gmt":"2026-10-26T12:31:33","slug":"raisonnement-croyance-desir","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=raisonnement-croyance-desir","title":{"rendered":"Raisonnement croyance-d\u00e9sir : D\u00e9coder l&rsquo;esprit"},"content":{"rendered":"<p>Le raisonnement croyance-d\u00e9sir constitue la cl\u00e9 de vo\u00fbte de la cognition sociale humaine, permettant \u00e0 tout individu d&rsquo;interpr\u00e9ter le flux continu des comportements d&rsquo;autrui non pas comme de simples mouvements physiques, mais comme des actions guid\u00e9es par des repr\u00e9sentations internes. Cette capacit\u00e9 fondamentale \u00e0 attribuer simultan\u00e9ment des \u00e9tats \u00e9pist\u00e9miques (ce que l&rsquo;on croit vrai sur le monde) et des \u00e9tats conatifs (ce que l&rsquo;on souhaite r\u00e9aliser) permet de pr\u00e9dire, d&rsquo;expliquer et d&rsquo;influencer les interactions sociales avec une souplesse remarquable. Sans cette comp\u00e9tence s\u00e9miotique et inf\u00e9rentielle, notre monde intersubjectif s&rsquo;effondrerait au profit d&rsquo;un behaviorisme aveugle aux intentions invisibles qui animent nos semblables.<\/p>\n<h2>Raisonnement croyance-d\u00e9sir<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le raisonnement croyance-d\u00e9sir (en anglais, <em>belief\u2013desire reasoning<\/em>) d\u00e9signe le processus cognitif par lequel un individu explique, interpr\u00e8te et anticipe les actions d&rsquo;autrui ou les siennes propres en articulant conjointement deux cat\u00e9gories fondamentales d&rsquo;\u00e9tats mentaux : les croyances (repr\u00e9sentations informationnelles du monde tenues pour vraies) et les d\u00e9sirs (\u00e9tats motivationnels orient\u00e9s vers un but). Ce cadre inf\u00e9rentiel stipule qu&rsquo;une action rationnelle r\u00e9sulte de la conjonction logique entre ce qu&rsquo;un agent souhaite obtenir et ce qu&rsquo;il croit \u00eatre le moyen efficace d&rsquo;y parvenir dans son environnement.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel, ce paradigme constitue le noyau dur de ce que la philosophie de l&rsquo;esprit nomme la \u00ab psychologie na\u00efve \u00bb (<em>folk psychology<\/em>) et que les sciences cognitives englobent sous le terme de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_de_l%27esprit\">th\u00e9orie de l&rsquo;esprit<\/a>. Contrairement \u00e0 une perception purement associative du comportement, le raisonnement croyance-d\u00e9sir postule l&rsquo;existence d&rsquo;une m\u00e9diation repr\u00e9sentationnelle : un individu n&rsquo;agit pas en fonction de la r\u00e9alit\u00e9 objective en soi, mais bien en vertu de la mani\u00e8re dont cette r\u00e9alit\u00e9 est filtr\u00e9e, encod\u00e9e et parfois d\u00e9form\u00e9e par son propre syst\u00e8me cognitif.<\/p>\n<p>Cette distinction conf\u00e8re au raisonnement croyance-d\u00e9sir sa puissance explicative unique. En reconnaissant qu&rsquo;une personne peut agir en fonction d&rsquo;une croyance fausse ou obsol\u00e8te tout en poursuivant un d\u00e9sir authentique, le sujet observant s&rsquo;\u00e9mancipe de l&rsquo;\u00e9gocentrisme cognitif pour acc\u00e9der \u00e0 une compr\u00e9hension sophistiqu\u00e9e de l&rsquo;intentionnalit\u00e9, de l&rsquo;erreur humaine, de la tromperie et de la n\u00e9gociation sociale.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab raisonnement croyance-d\u00e9sir \u00bb tire ses origines de la convergence entre la philosophie analytique anglo-saxonne du XXe si\u00e8cle et la psychologie du d\u00e9veloppement. Le terme \u00ab croyance \u00bb d\u00e9rive du bas latin <em>credentia<\/em>, issu du verbe <em>credere<\/em> (\u00ab confier \u00bb, \u00ab tenir pour vrai \u00bb), qui a donn\u00e9 en fran\u00e7ais classique l&rsquo;adh\u00e9sion de l&rsquo;esprit \u00e0 une proposition sans n\u00e9cessairement en poss\u00e9der une preuve empirique d\u00e9finitive. Le substantif \u00ab d\u00e9sir \u00bb provient quant \u00e0 lui du latin classique <em>desiderare<\/em>, qui d\u00e9signait initialement le fait de regretter l&rsquo;absence d&rsquo;un astre propice (compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif <em>de-<\/em> et de <em>sidus, sideris<\/em>, l&rsquo;\u00e9toile), avant d&rsquo;\u00e9voluer vers le regret d&rsquo;un manque puis la tension vive vers un objet jug\u00e9 bon ou d\u00e9sirable. Enfin, le mot \u00ab raisonnement \u00bb \u00e9mane du latin <em>rationari<\/em>, signifiant calculer, \u00e9valuer ou ordonner ses pens\u00e9es selon la raison (<em>ratio<\/em>).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique internationale, la formule syntagmatique <em>belief\u2013desire psychology<\/em> a \u00e9t\u00e9 popularis\u00e9e par des philosophes de l&rsquo;esprit tels que <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Daniel_Dennett\">Daniel Dennett<\/a> et Stephen Stich, avant d&rsquo;\u00eatre transpos\u00e9e de mani\u00e8re syst\u00e9matique dans le champ exp\u00e9rimental du d\u00e9veloppement infantile par Henry Wellman au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Sa traduction fran\u00e7aise, \u00ab raisonnement croyance-d\u00e9sir \u00bb, s&rsquo;est impos\u00e9e dans la recherche clinique et cognitive francophone pour d\u00e9signer sp\u00e9cifiquement le calcul d\u00e9ductif et abductif reliant les \u00e9tats \u00e9pist\u00e9miques et volitionnels aux trajectoires comportementales observables.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, \u00ab raisonnement croyance-d\u00e9sir \u00bb est une locution nominale masculine, prononc\u00e9e phon\u00e9tiquement [\u0281\u025b.z\u0254n.m\u0251\u0303 k\u0281wa.j\u0251\u0303s de.zi\u0281]. L&rsquo;expression associe le substantif noyau \u00ab raisonnement \u00bb \u00e0 un compos\u00e9 appositif juxtapos\u00e9 par un trait d&rsquo;union (\u00ab croyance-d\u00e9sir \u00bb), qui joue un r\u00f4le d\u00e9terminatif en sp\u00e9cifiant les variables conceptuelles sur lesquelles porte l&rsquo;inf\u00e9rence. Au pluriel, la forme canonique prend la marque orthographique suivante : \u00ab raisonnements croyance-d\u00e9sir \u00bb ou, plus rarement, \u00ab raisonnements croyances-d\u00e9sirs \u00bb selon les pr\u00e9f\u00e9rences stylistiques des auteurs, bien que l&rsquo;invariabilit\u00e9 des termes appos\u00e9s en tant qu&rsquo;op\u00e9rateurs cat\u00e9goriels conceptuels soit g\u00e9n\u00e9ralement privil\u00e9gi\u00e9e dans les revues acad\u00e9miques.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, la locution est fr\u00e9quemment utilis\u00e9e en position de compl\u00e9ment d&rsquo;objet (\u00ab ma\u00eetriser le raisonnement croyance-d\u00e9sir \u00bb), de sujet d&rsquo;une proposition cognitive (\u00ab le raisonnement croyance-d\u00e9sir \u00e9merge vers l&rsquo;\u00e2ge de quatre ans \u00bb) ou d&rsquo;attribut qualificatif (\u00ab un mod\u00e8le fond\u00e9 sur le raisonnement croyance-d\u00e9sir \u00bb). Elle s&rsquo;associe r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des syntagmes pr\u00e9positionnels tels que \u00ab au sujet de \u00bb, \u00ab appliqu\u00e9 \u00e0 \u00bb ou \u00ab \u00e0 propos d&rsquo;autrui \u00bb pour d\u00e9signer la cible intentionnelle des inf\u00e9rences.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le fonctionnement du raisonnement croyance-d\u00e9sir repose sur une architecture logique triangulaire reliant l&rsquo;\u00e9tat mental \u00e9pist\u00e9mique, l&rsquo;\u00e9tat mental motivationnel et l&rsquo;action manifeste. L&rsquo;axiome fondamental de ce syst\u00e8me stipule qu&rsquo;une action intentionnelle est engendr\u00e9e lorsque le d\u00e9sir fixe une valeur de but (par exemple, \u00ab vouloir apaiser sa faim \u00bb ou \u00ab vouloir \u00e9viter un danger \u00bb) tandis que la croyance s\u00e9lectionne la trajectoire d&rsquo;action appropri\u00e9e (par exemple, \u00ab croire qu&rsquo;il y a une pomme dans le buffet \u00bb ou \u00ab croire que la porte de sortie est ouverte \u00bb). L&rsquo;individu ne se meut pas m\u00e9caniquement en direction de l&rsquo;objet physique r\u00e9el, mais en direction de la position mentale qu&rsquo;il lui assigne.<\/p>\n<p>Cette articulation implique une asym\u00e9trie fondamentale dans ce que la philosophe Elizabeth Anscombe et le th\u00e9oricien John Searle ont nomm\u00e9 la \u00ab direction d&rsquo;ajustement \u00bb (<em>direction of fit<\/em>). Les croyances poss\u00e8dent une direction d&rsquo;ajustement \u00ab esprit-au-monde \u00bb (<em>mind-to-world<\/em>) : leur vocation constitutive est d&rsquo;\u00eatre vraies, c&rsquo;est-\u00e0-dire de s&rsquo;aligner fid\u00e8lement sur l&rsquo;\u00e9tat effectif des choses. Si le monde contredit la croyance, c&rsquo;est la croyance qui doit \u00eatre r\u00e9vis\u00e9e. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les d\u00e9sirs poss\u00e8dent une direction d&rsquo;ajustement \u00ab monde-\u00e0-l&rsquo;esprit \u00bb (<em>world-to-mind<\/em>) : leur objectif est de modifier le monde afin qu&rsquo;il se conforme au contenu du d\u00e9sir. Si le d\u00e9sir n&rsquo;est pas assouvi, ce n&rsquo;est pas le d\u00e9sir qui est d\u00e9clar\u00e9 erron\u00e9, mais le monde qui doit \u00eatre transform\u00e9 par l&rsquo;action de l&rsquo;agent.<\/p>\n<p>Le raisonnement croyance-d\u00e9sir permet ainsi une double dynamique d\u00e9ductive et abductive :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;inf\u00e9rence prospective (ou pr\u00e9dictive) :<\/strong> Connaissant les croyances d&rsquo;un agent et ses d\u00e9sirs actuels, un observateur peut anticiper l&rsquo;action qu&rsquo;il va entreprendre. Par exemple, si Jean d\u00e9sire boire un caf\u00e9 et croit qu&rsquo;un distributeur se trouve au bout du couloir, on pr\u00e9dit sans h\u00e9siter qu&rsquo;il va marcher vers le couloir, m\u00eame si le distributeur en question a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 une heure plus t\u00f4t.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;inf\u00e9rence r\u00e9trospective (ou explicative) :<\/strong> Observant une action atypique ou surprenante chez autrui, le sujet d\u00e9duit les pr\u00e9misses invisibles qui ont motiv\u00e9 cette d\u00e9marche. Si Marie entre dans une pi\u00e8ce vide et regarde sous le canap\u00e9, l&rsquo;observateur en inf\u00e8re par abduction qu&rsquo;elle d\u00e9sire retrouver un objet et qu&rsquo;elle croit que cet objet s&rsquo;y trouve.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce syst\u00e8me permet d&rsquo;\u00e9tablir une distinction capitale entre l&rsquo;erreur factuelle et l&rsquo;irrationalit\u00e9. Un individu qui agit sur la base d&rsquo;une fausse croyance n&rsquo;est pas irrationnel : il agit de mani\u00e8re rigoureusement logique par rapport au monde subjectif dans lequel il croit \u00e9voluer. Cette prise en compte des coordonn\u00e9es subjectives de l&rsquo;autre repr\u00e9sente l&rsquo;une des r\u00e9alisations les plus complexes de l&rsquo;\u00e9volution cognitive des primates homino\u00efdes.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;interaction entre d\u00e9sirs et croyances ait \u00e9t\u00e9 scrut\u00e9e d\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 par Aristote dans son analyse du syllogisme pratique, puis par David Hume au XVIIIe si\u00e8cle dans son affirmation c\u00e9l\u00e8bre selon laquelle la raison est l&rsquo;esclave des passions, c&rsquo;est dans le dernier quart du XXe si\u00e8cle que le concept s&rsquo;est formalis\u00e9 dans les sciences contemporaines. Le point de bascule survient en 1978 avec l&rsquo;article fondateur de David Premack et Guy Woodruff, \u00ab <em>Does the chimpanzee have a theory of mind?<\/em> \u00bb. Les auteurs y interrogent formellement la facult\u00e9 d&rsquo;un primate non humain \u00e0 imputer des \u00e9tats mentaux internes \u00e0 ses cong\u00e9n\u00e8res pour expliquer leurs trajectoires motrices.<\/p>\n<p>Cette interrogation a imm\u00e9diatement stimul\u00e9 la philosophie des sciences cognitives. Dans les ann\u00e9es 1980, Daniel Dennett \u00e9labore la th\u00e9orie de la \u00ab posture intentionnelle \u00bb (<em>intentional stance<\/em>), d\u00e9montrant que pr\u00e9dire le comportement d&rsquo;un syst\u00e8me complexe (\u00eatre humain, animal ou ordinateur jouant aux \u00e9checs) exige de le traiter comme un agent rationnel dot\u00e9 de croyances et de d\u00e9sirs. Parall\u00e8lement, des philosophes comme Jerry Fodor d\u00e9fendent le r\u00e9alisme intentionnel, soutenant que les croyances et les d\u00e9sirs sont de v\u00e9ritables \u00e9tats mentaux computationnels r\u00e9gis par un langage de la pens\u00e9e (le <em>mentalien<\/em>).<\/p>\n<p>Sur le versant empirique, les psychologues autrichiens Heinz Wimmer et Josef Perner con\u00e7oivent en 1983 la t\u00e2che paradigmatique du transfert inattendu (dite t\u00e2che de \u00ab Maxi et le chocolat \u00bb). Cette \u00e9preuve met en sc\u00e8ne un protagoniste dont l&rsquo;objet d&rsquo;int\u00e9r\u00eat est d\u00e9plac\u00e9 en son absence, cr\u00e9ant ainsi une divergence radicale entre la r\u00e9alit\u00e9 objective (l&rsquo;objet est en B) et la croyance du personnage (il croit que l&rsquo;objet est toujours en A). Wimmer et Perner d\u00e9montrent qu&rsquo;il existe un seuil d\u00e9veloppemental net : les enfants de trois ans \u00e9chouent massivement en pr\u00e9disant que Maxi ira chercher son chocolat l\u00e0 o\u00f9 il se trouve r\u00e9ellement, tandis que les enfants de quatre \u00e0 cinq ans r\u00e9ussissent en int\u00e9grant la fausse croyance de Maxi.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, le psychologue am\u00e9ricain Henry Wellman publie son ouvrage monumental, <em>The Child&rsquo;s Theory of Mind<\/em> (1990), dans lequel il formalise une trajectoire ontog\u00e9n\u00e9tique universelle : le passage d&rsquo;une psychologie primitive exclusivement bas\u00e9e sur les d\u00e9sirs (vers l&rsquo;\u00e2ge de deux ans), \u00e0 une psychologie hybride croyance-d\u00e9sir (vers trois ans), avant de culminer dans une psychologie mature int\u00e9grant pleinement les fausses croyances repr\u00e9sentatives entre quatre et cinq ans.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;explication des m\u00e9canismes sous-jacents au raisonnement croyance-d\u00e9sir a suscit\u00e9 un d\u00e9bat th\u00e9orique vigoureux au sein des sciences cognitives, structur\u00e9 principalement autour de trois grands paradigmes : la Th\u00e9orie de la Th\u00e9orie, la Th\u00e9orie de la Simulation et l&rsquo;Approche Modulaire.<\/p>\n<p>La <strong>Th\u00e9orie de la Th\u00e9orie<\/strong> (<em>Theory-Theory<\/em>), port\u00e9e par Alison Gopnik et Henry Wellman, avance que les enfants construisent une v\u00e9ritable th\u00e9orie intuitive et quasi scientifique de l&rsquo;esprit humain. Selon cette perspective, les concepts de \u00ab croyance \u00bb et de \u00ab d\u00e9sir \u00bb sont des postulats th\u00e9oriques abstraits, non observables directement, que l&rsquo;enfant \u00e9labore et r\u00e9vise \u00e0 mesure qu&rsquo;il accumule des donn\u00e9es contre-factuelles. Le passage de la prise en compte exclusive des d\u00e9sirs \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration des croyances s&rsquo;apparente, sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique, \u00e0 un changement de paradigme kuhnien au cours duquel les hypoth\u00e8ses na\u00efves sont restructur\u00e9es face \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec de la simple psychologie conative.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, la <strong>Th\u00e9orie de la Simulation<\/strong> (<em>Simulation Theory<\/em>), d\u00e9fendue par Robert Gordon, Alvin Goldman et Paul Harris, conteste l&rsquo;id\u00e9e que nous devions mobiliser une th\u00e9orie quasi scientifique pour d\u00e9coder autrui. Selon les simulationnistes, nous utilisons notre propre appareil cognitif et \u00e9motionnel comme un simulateur analogique : nous projetons notre imagination dans la situation de l&rsquo;autre (\u00ab Que ressentirais-je ou que croirais-je si j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 sa place ? \u00bb), ex\u00e9cutons des inf\u00e9rences \u00ab hors ligne \u00bb (<em>off-line<\/em>) au sein de notre propre r\u00e9seau d\u00e9cisionnel, puis exportons le r\u00e9sultat sous forme de pr\u00e9diction quant au comportement de l&rsquo;observ\u00e9. Pour en savoir plus sur l&rsquo;arri\u00e8re-plan philosophique de cette controverse, on consultera avec profit l&rsquo;analyse de la <a href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/folkpsych-theory\/\">psychologie na\u00efve (folk psychology)<\/a> dans les r\u00e9pertoires acad\u00e9miques sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;<strong>Approche Modulaire<\/strong>, formul\u00e9e par Alan Leslie et Simon Baron-Cohen, soutient que le raisonnement croyance-d\u00e9sir d\u00e9pend de l&rsquo;activation programm\u00e9e de structures neurocognitives inn\u00e9es et sp\u00e9cialis\u00e9es, notamment le m\u00e9canisme de th\u00e9orie de l&rsquo;esprit (<em>Theory of Mind Mechanism<\/em>, ToMM). Leslie d\u00e9montre que d\u00e8s le jeu de faire-semblant vers l&rsquo;\u00e2ge de 18 mois, le cerveau infantile utilise un m\u00e9canisme de d\u00e9couplage repr\u00e9sentationnel isolant la repr\u00e9sentation de second ordre (la simulation mentale) de la repr\u00e9sentation de premier ordre (la r\u00e9alit\u00e9 factuelle), prot\u00e9geant ainsi l&rsquo;enfant de la confusion psychotique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le raisonnement croyance-d\u00e9sir n&rsquo;est pas un bloc monolithique, mais un r\u00e9seau fonctionnel articul\u00e9 autour de plusieurs dimensions s\u00e9miotiques et cognitives interd\u00e9pendantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les \u00e9tats motivationnels ou conatifs (D\u00e9sirs) :<\/strong> Ils repr\u00e9sentent les buts, pr\u00e9f\u00e9rences et volitions de l&rsquo;agent. Ils \u00e9mergent pr\u00e9cocement dans l&rsquo;ontogen\u00e8se (d\u00e8s 18 mois, l&rsquo;enfant con\u00e7oit qu&rsquo;un adulte puisse pr\u00e9f\u00e9rer les brocolis aux biscuits sal\u00e9s, m\u00eame si l&rsquo;enfant pr\u00e9f\u00e8re les biscuits).<\/li>\n<li><strong>Les \u00e9tats informationnels ou \u00e9pist\u00e9miques (Croyances) :<\/strong> Ils codent l&rsquo;\u00e9tat pr\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;environnement physique et social. On distingue :\n<ul>\n<li><em>Les croyances vraies :<\/em> Celles dont le contenu correspond exactement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat du monde.<\/li>\n<li><em>Les fausses croyances :<\/em> Celles dont le contenu est erron\u00e9 par rapport aux donn\u00e9es objectives r\u00e9elles, et qui constituent l&rsquo;\u00e9preuve reine de la distinction sujet\/monde.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;ordre de r\u00e9cursion repr\u00e9sentationnelle :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Raisonnement de premier ordre :<\/em> Imputer une croyance ou un d\u00e9sir direct \u00e0 une personne (\u00ab Paul pense que le train part \u00e0 midi \u00bb).<\/li>\n<li><em>Raisonnement de second ordre :<\/em> Imputer une croyance sur la croyance d&rsquo;une autre personne (\u00ab Marie pense que Paul croit que le train part \u00e0 midi \u00bb). Ce niveau \u00e9merge vers 6-7 ans et soutient l&rsquo;humour complexe, l&rsquo;ironie et les ruses strat\u00e9giques.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>La direction d&rsquo;ajustement (Direction of Fit) :<\/strong> La dichotomie stricte entre l&rsquo;\u00e9tat cognitif guid\u00e9 par la v\u00e9rit\u00e9 factuelle (l&rsquo;esprit s&rsquo;ajuste au monde) et l&rsquo;\u00e9tat conatif guid\u00e9 par la satisfaction du manque (le monde doit s&rsquo;ajuster \u00e0 l&rsquo;esprit).<\/li>\n<li><strong>La m\u00e9diation causale :<\/strong> La capacit\u00e9 \u00e0 comprendre que l&rsquo;action motrice observ\u00e9e n&rsquo;est pas une r\u00e9ponse automatique au stimulus externe, mais l&rsquo;effet direct du calcul interne entre l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9sir et l&rsquo;\u00e9tat de croyance de l&rsquo;agent.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la dynamique op\u00e9ratoire du raisonnement croyance-d\u00e9sir, plusieurs illustrations concr\u00e8tes tir\u00e9es de contextes exp\u00e9rimentaux et quotidiens m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre explicit\u00e9es.<\/p>\n<p>Le premier exemple classique est la <strong>t\u00e2che de fausse croyance de Sally et Anne<\/strong>, standardis\u00e9e par Simon Baron-Cohen, Alan Leslie et Uta Frith en 1985. Sally dispose d&rsquo;un panier et Anne d&rsquo;une bo\u00eete. Sally d\u00e9pose une bille dans son panier et quitte la pi\u00e8ce pour aller se promener. Pendant son absence, Anne retire la bille du panier et la dissimule dans sa bo\u00eete. Lorsque Sally revient, on pose \u00e0 l&rsquo;enfant participant la question critique : \u00ab O\u00f9 Sally va-t-elle chercher sa bille ? \u00bb. L&rsquo;enfant mobilisant un raisonnement croyance-d\u00e9sir mature formule l&rsquo;\u00e9quation suivante :<\/p>\n<ul>\n<li><em>D\u00e9sir de Sally :<\/em> R\u00e9cup\u00e9rer sa bille pour jouer avec.<\/li>\n<li><em>Croyance de Sally :<\/em> La bille est dans son panier (car elle ignore la manipulation survenue pendant son absence).<\/li>\n<li><em>Conclusion comportementale :<\/em> Sally se dirigera vers son panier, l\u00e0 o\u00f9 elle croit faussement que sa bille se trouve.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Un enfant de trois ans, encore ancr\u00e9 dans un r\u00e9alisme \u00e9pist\u00e9mique primaire, r\u00e9pondra syst\u00e9matiquement \u00ab dans la bo\u00eete \u00bb, incapable de d\u00e9connecter la localisation objective de l&rsquo;objet de l&rsquo;\u00e9tat mental fauss\u00e9 de Sally.<\/p>\n<p>Dans la vie quotidienne adulte, le raisonnement croyance-d\u00e9sir intervient continuellement sans formalisme apparent. Consid\u00e9rons une situation d&rsquo;entreprise : un cadre sup\u00e9rieur constate que son collaborateur principal a envoy\u00e9 un courriel de d\u00e9mission \u00e0 un partenaire financier externe. L&rsquo;explication causale imm\u00e9diate n&rsquo;est pas : \u00ab Le partenaire doit recevoir ce courriel \u00bb, mais plut\u00f4t : \u00ab Le collaborateur d\u00e9sire nuire \u00e0 la r\u00e9putation de l&rsquo;entreprise parce qu&rsquo;il croit \u00e0 tort qu&rsquo;il sera licenci\u00e9 \u00e0 la fin du mois \u00bb. Si le cadre d\u00e9couvre que le collaborateur croyait en r\u00e9alit\u00e9 que ce document \u00e9tait une simple proposition pr\u00e9liminaire, son jugement moral et son explication du comportement s&rsquo;inversent instantan\u00e9ment, passant de la malveillance \u00e0 la simple m\u00e9prise proc\u00e9durale.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation du raisonnement croyance-d\u00e9sir a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 un ensemble consid\u00e9rable d&rsquo;instruments m\u00e9thodologiques, distinguant les comp\u00e9tences explicites verbales des comp\u00e9tences implicites pr\u00e9coces.<\/p>\n<p>Les \u00e9preuves classiques reposent sur des protocoles verbaux explicites :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La t\u00e2che de changement de lieu inattendu :<\/strong> Mod\u00e9lis\u00e9e par Wimmer et Perner (Maxi) ou Baron-Cohen et al. (Sally et Anne), elle mesure la capacit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9dire l&rsquo;action d&rsquo;autrui sur la base d&rsquo;une repr\u00e9sentation spatiale erron\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>La t\u00e2che du contenu inattendu (ou bo\u00eete trompeuse \/ <em>Smarties Task<\/em>) :<\/strong> Con\u00e7ue par Perner, Leekam et Wimmer (1987), on pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;enfant une bo\u00eete de bonbons tr\u00e8s connue (ex. des pastilles de chocolat Smarties). L&rsquo;enfant d\u00e9clare qu&rsquo;elle contient des bonbons. On ouvre la bo\u00eete pour r\u00e9v\u00e9ler qu&rsquo;elle contient en r\u00e9alit\u00e9 des crayons. On referme la bo\u00eete et on demande : \u00ab Que dira ton camarade qui attend dehors lorsqu&rsquo;on lui montrera cette bo\u00eete ferm\u00e9e ? \u00bb et \u00ab Que pensais-tu qu&rsquo;elle contenait avant qu&rsquo;on l&rsquo;ouvre ? \u00bb. L&rsquo;\u00e9preuve \u00e9value simultan\u00e9ment l&rsquo;attribution de fausse croyance \u00e0 autrui et la m\u00e9tacognition autobiographique de son propre \u00e9tat \u00e9pist\u00e9mique pass\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Le test des histoires \u00e9tranges de Happ\u00e9 (<em>Strange Stories Test<\/em>) :<\/strong> Destin\u00e9 aux enfants plus \u00e2g\u00e9s et aux adolescents, il \u00e9value le raisonnement croyance-d\u00e9sir dans des contextes sociaux non litt\u00e9raux : mensonges, pieux mensonges, sarcasmes, ironie et double ruse.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Depuis le milieu des ann\u00e9es 2000, l&rsquo;utilisation de l&rsquo;oculom\u00e9trie (<em>eye-tracking<\/em>) a r\u00e9volutionn\u00e9 la mesure du raisonnement croyance-d\u00e9sir implicite. Les protocoles de regard pr\u00e9f\u00e9rentiel et d&rsquo;anticipation visuelle (notamment d\u00e9velopp\u00e9s par Kristine Onishi et Ren\u00e9e Baillargeon en 2005, puis Victoria Southgate en 2007) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de 13 \u00e0 15 mois, le regard des nourrissons s&rsquo;oriente pr\u00e9f\u00e9rentiellement vers l&rsquo;endroit o\u00f9 un agent devrait agir en fonction de sa fausse croyance, bien avant que l&rsquo;enfant ne soit capable d&rsquo;articuler verbalement cette d\u00e9duction vers quatre ans.<\/p>\n<p>Sur le plan neuro-anatomique et fonctionnel, l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) met en lumi\u00e8re un r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral d\u00e9di\u00e9 \u00e0 ce type de traitement, compos\u00e9 principalement de la jonction temporo-pari\u00e9tale droite (rTPJ), du cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dial (mPFC), du pr\u00e9cun\u00e9us et des sillons temporaux sup\u00e9rieurs (STS). L&rsquo;activation conjointe de ces r\u00e9gions traduit la s\u00e9gr\u00e9gation et l&rsquo;int\u00e9gration des flux d&rsquo;information sur les objectifs (d\u00e9sirs) et les perspectives cognitives (croyances).<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation du raisonnement croyance-d\u00e9sir poss\u00e8de des r\u00e9percussions cliniques, \u00e9ducatives, technologiques et soci\u00e9tales majeures.<\/p>\n<p>Dans le domaine psychopathologique, l&rsquo;\u00e9tude de ce raisonnement a profond\u00e9ment \u00e9clair\u00e9 la compr\u00e9hension de l&rsquo;autisme. D\u00e8s 1985, Baron-Cohen, Leslie et Frith ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une majorit\u00e9 d&rsquo;enfants pr\u00e9sentant un diagnostic du spectre de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Autisme\">autisme<\/a> \u00e9prouvent des difficult\u00e9s sp\u00e9cifiques lors des t\u00e2ches de fausse croyance, non par d\u00e9ficit d&rsquo;intelligence g\u00e9n\u00e9rale, mais en raison d&rsquo;une c\u00e9cit\u00e9 mentale s\u00e9lective (<em>mindblindness<\/em>) entravant l&rsquo;acc\u00e8s au mod\u00e8le croyance-d\u00e9sir. De m\u00eame, chez les patients souffrant de schizophr\u00e9nie, les troubles du d\u00e9lire de pers\u00e9cution s&rsquo;accompagnent fr\u00e9quemment d&rsquo;une hyper-intentionnalit\u00e9 : le sujet projette des croyances hostiles et des d\u00e9sirs de nuisance invisibles sur des \u00e9v\u00e9nements totalement anodins.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9ducatif et d\u00e9veloppemental, la ma\u00eetrise du raisonnement croyance-d\u00e9sir marque l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;enfant dans la r\u00e9ciprocit\u00e9 coop\u00e9rative complexe, l&rsquo;apprentissage scolaire guid\u00e9 et la r\u00e9gulation des conflits par les pairs. Les p\u00e9dagogies actuelles s&rsquo;appuient sur cette facult\u00e9 pour d\u00e9velopper la comp\u00e9tence socio-\u00e9motionnelle, la litt\u00e9ratie critique (distinguer ce que l&rsquo;auteur veut transmettre de ce que le lecteur peut supposer) et la pr\u00e9vention du harc\u00e8lement scolaire par le d\u00e9veloppement de l&#8217;empathie cognitive.<\/p>\n<p>En informatique et en intelligence artificielle, l&rsquo;architecture croyance-d\u00e9sir a inspir\u00e9 directement le mod\u00e8le formel agentique connu sous le nom d&rsquo;<strong>architecture BDI<\/strong> (<em>Belief-Desire-Intention<\/em>), th\u00e9oris\u00e9e par Michael Bratman (1987) et impl\u00e9ment\u00e9e en robotique autonome par Rao et Georgeff. Les robots sociaux et les agents conversationnels doivent impl\u00e9menter des modules d&rsquo;inf\u00e9rence croyance-d\u00e9sir pour collaborer efficacement et en toute s\u00e9curit\u00e9 avec des utilisateurs humains, en adaptant leur langage non pas au monde absolu des serveurs de donn\u00e9es, mais \u00e0 ce que l&rsquo;utilisateur humain croit \u00eatre le fonctionnement du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Enfin, dans le champ judiciaire et criminologique, la doctrine p\u00e9nale de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment moral de l&rsquo;infraction (<em>mens rea<\/em>) est une application directe du raisonnement croyance-d\u00e9sir : le tribunal ne sanctionne pas seulement un acte mat\u00e9riel (l&rsquo;<em>actus reus<\/em>), mais recherche activement quel \u00e9tait le d\u00e9sir de l&rsquo;accus\u00e9 (l&rsquo;intention d\u00e9lictueuse) et quelles \u00e9taient ses croyances au moment pr\u00e9cis de l&rsquo;action pour qualifier l&rsquo;infraction de pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e, d&rsquo;involontaire ou de l\u00e9gitime d\u00e9fense.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La solidit\u00e9 exp\u00e9rimentale du d\u00e9veloppement du raisonnement croyance-d\u00e9sir repose sur une vaste litt\u00e9rature accumul\u00e9e sur plusieurs d\u00e9cennies. L&rsquo;\u00e9tude empirique la plus influente demeure la m\u00e9ta-analyse conduite par Henry Wellman, David Cross et Julanne Watson en 2001, regroupant 178 \u00e9tudes distinctes repr\u00e9sentant plus de 4 000 enfants \u00e9valu\u00e9s sur des t\u00e2ches de fausse croyance. Leurs conclusions statistiques sont sans appel : la transition entre l&rsquo;\u00e9chec syst\u00e9matique (vers trois ans) et la r\u00e9ussite robuste (vers quatre ans et demi) suit une courbe de d\u00e9veloppement sigmo\u00efde identique, quelle que soit la m\u00e9thodologie pr\u00e9cise utilis\u00e9e (forme des objets, implication de poup\u00e9es ou d&rsquo;acteurs r\u00e9els, tonalit\u00e9 interrogative).<\/p>\n<p>Par ailleurs, les travaux men\u00e9s par Rebecca Saxe et Nancy Kanwisher (2003) ont apport\u00e9 des preuves neurophysiologiques frappantes en d\u00e9montrant l&rsquo;existence d&rsquo;une sous-r\u00e9gion sp\u00e9cialis\u00e9e au sein de la jonction temporo-pari\u00e9tale droite (rTPJ). Cette r\u00e9gion s&rsquo;active sp\u00e9cifiquement lors de la lecture d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9s requ\u00e9rant un raisonnement sur les croyances et les d\u00e9sirs des personnages, mais reste inactive lors de la lecture d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9s d\u00e9crivant des repr\u00e9sentations mat\u00e9rielles non mentales \u00e9quivalentes (telles qu&rsquo;une photographie ancienne ou un plan d\u00e9sactualis\u00e9 montrant des objets \u00e0 de mauvais endroits).<\/p>\n<p>Un autre pan de la recherche contemporaine, inaugur\u00e9 par Jill de Villiers et Peter de Villiers (2000), a explor\u00e9 le lien fondamental entre le d\u00e9veloppement linguistique et le raisonnement croyance-d\u00e9sir. Leurs donn\u00e9es longitudinales d\u00e9montrent que l&rsquo;acc\u00e8s au raisonnement sur les fausses croyances est m\u00e9di\u00e9 par l&rsquo;acquisition de structures syntaxiques sp\u00e9cifiques : les <strong>propositions subordonn\u00e9es compl\u00e9tives ench\u00e2ss\u00e9es sous des verbes d&rsquo;attitude propositionnelle<\/strong> (telles que : \u00ab Il pense <em>que<\/em> la bo\u00eete est pleine \u00bb). La syntaxe offre \u00e0 l&rsquo;enfant le conteneur computationnel indispensable pour d\u00e9clarer qu&rsquo;une proposition globale est vraie m\u00eame si la proposition subordonn\u00e9e ench\u00e2ss\u00e9e est mat\u00e9riellement fausse.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>La question de l&rsquo;universalit\u00e9 du raisonnement croyance-d\u00e9sir a fait l&rsquo;objet d&rsquo;enqu\u00eates anthropologiques et transculturelles rigoureuses afin de d\u00e9terminer s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un produit sp\u00e9cifique des cultures occidentales individualistes ou d&rsquo;une propri\u00e9t\u00e9 universelle de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes comparatives d&rsquo;envergure, men\u00e9es notamment par Tara Callaghan et ses collaborateurs (2005) aupr\u00e8s d&rsquo;enfants issus de contextes traditionnels au Canada, en Inde, au P\u00e9rou, en Tha\u00eflande et aux \u00eeles Samoa, ont confirm\u00e9 que le saut qualitatif dans l&rsquo;attribution de fausse croyance se r\u00e9alise universellement aux alentours du quatri\u00e8me au cinqui\u00e8me anniversaire. Ces r\u00e9sultats indiquent que l&rsquo;architecture fondamentale du mod\u00e8le croyance-d\u00e9sir n&rsquo;est pas tributaire de la scolarisation formelle ni des technologies modernes, mais s&rsquo;inscrit dans un calendrier de maturation biologique et de socialisation interpersonnelle partag\u00e9 par l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, des variations fines dans la trajectoire d\u00e9veloppementale ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es. Les travaux comparatifs de David Liu, Henry Wellman, Michael Tardif et Mark Sabbagh (2008) entre enfants occidentaux (\u00c9tats-Unis, Australie) et enfants de culture collectiviste (Chine continentale, Hong Kong) montrent une modulation dans l&rsquo;ordre d&rsquo;\u00e9mergence des composantes. Si les enfants occidentaux ma\u00eetrisent la compr\u00e9hension des diff\u00e9rences d&rsquo;opinions et de croyances avant de comprendre que l&rsquo;acc\u00e8s visuel conditionne le savoir, les enfants chinois ma\u00eetrisent la chronologie inverse : ils saisissent la relation entre connaissance et exp\u00e9rience perceptive bien avant d&rsquo;accepter qu&rsquo;un individu puisse soutenir une croyance divergente du consensus \u00e9tabli.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, certaines soci\u00e9t\u00e9s oc\u00e9aniennes, comme les soci\u00e9t\u00e9s parlant les langues m\u00e9lan\u00e9siennes, manifestent une r\u00e9ticence discursive marqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ce que les anthropologues nomment \u00ab l&rsquo;opacit\u00e9 de l&rsquo;esprit d&rsquo;autrui \u00bb. Dans ces cultures, sp\u00e9culer verbalement sur les \u00e9tats int\u00e9rieurs invisibles (d\u00e9sirs et croyances) d&rsquo;un tiers est jug\u00e9 moralement inconvenant ou p\u00e9rilleux, ce qui conduit les enfants \u00e0 exprimer leurs comp\u00e9tences inf\u00e9rentielles par des canaux pr\u00e9dictifs comportementaux plut\u00f4t que par des r\u00e9cits introspectifs verbalis\u00e9s.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa domination acad\u00e9mique, le mod\u00e8le du raisonnement croyance-d\u00e9sir essuie d&rsquo;importantes critiques au sein des sciences cognitives contemporaines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La critique \u00e9nactiviste et incarn\u00e9e :<\/strong> Port\u00e9e par des philosophes comme Dan Hutto et Shaun Gallagher, cette \u00e9cole r\u00e9cuse l&rsquo;hypoth\u00e8se intellectualiste selon laquelle l&rsquo;interaction humaine ordinaire consisterait \u00e0 d\u00e9coder mentalement et de mani\u00e8re computationnelle les \u00e9tats invisibles d&rsquo;autrui. Selon leur <em>Narrative Practice Hypothesis<\/em>, la grande majorit\u00e9 de nos interactions quotidiennes repose sur un engagement direct corporel, pragmatique et \u00e9motionnel avec l&rsquo;autre (interactions incarn\u00e9es), le recours au raisonnement croyance-d\u00e9sir n&rsquo;\u00e9tant qu&rsquo;une modalit\u00e9 tardive, rare et r\u00e9serv\u00e9e aux situations de rupture ou de crise sociale inattendue.<\/li>\n<li><strong>La controverse sur les comp\u00e9tences pr\u00e9coces du nourrisson :<\/strong> Les exp\u00e9riences d&rsquo;oculom\u00e9trie sugg\u00e9rant l&rsquo;existence d&rsquo;une th\u00e9orie de l&rsquo;esprit chez les b\u00e9b\u00e9s d\u00e8s le premier an font face \u00e0 une crise de r\u00e9plication importante. Des chercheurs comme Hannes Rakoczy soutiennent que ces r\u00e9actions implicites pourraient refl\u00e9ter de simples m\u00e9canismes de bas niveau (orientations attentionnelles guid\u00e9es par des nouveaut\u00e9s perceptives et spatiales) plut\u00f4t qu&rsquo;un v\u00e9ritable raisonnement m\u00e9ta-repr\u00e9sentationnel sur les croyances.<\/li>\n<li><strong>La critique \u00e9liminativiste :<\/strong> En philosophie radicale des neurosciences, Paul et Patricia Churchland soutiennent que la psychologie croyance-d\u00e9sir est une th\u00e9orie fausse vou\u00e9e \u00e0 \u00eatre purement et simplement \u00e9limin\u00e9e par l&rsquo;essor des neurosciences computationnelles int\u00e9gr\u00e9es, au m\u00eame titre que la th\u00e9orie du phlogistique a disparu avec la chimie moderne de l&rsquo;oxyg\u00e8ne. Les repr\u00e9sentations c\u00e9r\u00e9brales r\u00e9elles correspondraient \u00e0 des matrices vectorielles distribu\u00e9es dans des r\u00e9seaux neuronaux denses, incompatibles avec la d\u00e9coupe conceptuelle classique entre un \u00ab d\u00e9sir \u00bb et une \u00ab croyance \u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin de pr\u00e9venir tout amalgame th\u00e9orique, il convient de distinguer avec rigueur le raisonnement croyance-d\u00e9sir de plusieurs concepts limitrophes de la psychologie contemporaine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Th\u00e9orie de l&rsquo;esprit (Theory of Mind) :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant l&rsquo;ensemble des capacit\u00e9s \u00e0 imputer des \u00e9tats mentaux (sensations, \u00e9motions, intentions, connaissances, croyances, d\u00e9sirs). Le raisonnement croyance-d\u00e9sir en constitue le mod\u00e8le computationnel le plus sophistiqu\u00e9 et le plus articul\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Mentalisation :<\/strong> Concept psycho-dynamique et clinique issu des travaux de Peter Fonagy, d\u00e9signant la disposition affective et r\u00e9flexive \u00e0 percevoir le comportement de soi et de l&rsquo;autre comme anim\u00e9 par des \u00e9tats mentaux intentionnels, int\u00e9grant particuli\u00e8rement la sph\u00e8re des \u00e9motions et des relations d&rsquo;attachement, au-del\u00e0 de la logique logico-d\u00e9ductive des croyances.<\/li>\n<li><strong>Psychologie na\u00efve (Folk Psychology) :<\/strong> Cadre conceptuel spontan\u00e9 et pr\u00e9-th\u00e9orique par lequel les \u00eatres humains ordinaires interpr\u00e8tent le comportement quotidien. Le raisonnement croyance-d\u00e9sir formalise l&rsquo;appareil d\u00e9ductif central de cette psychologie spontan\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Empathie cognitive :<\/strong> Facult\u00e9 de comprendre la perspective intellectuelle ou le point de vue d&rsquo;autrui sans n\u00e9cessairement ressentir son \u00e9tat \u00e9motionnel (contrairement \u00e0 l&#8217;empathie affective). L&#8217;empathie cognitive s&rsquo;appuie directement sur le raisonnement croyance-d\u00e9sir.<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9tacognition\">M\u00e9tacognition<\/a> :<\/strong> Connaissance et r\u00e9gulation de ses propres processus cognitifs (\u00ab savoir ce que l&rsquo;on sait ou ignore \u00bb). Bien qu&rsquo;\u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;attribution de croyance \u00e0 autrui, la m\u00e9tacognition s&rsquo;applique de mani\u00e8re autor\u00e9f\u00e9rentielle \u00e0 son propre syst\u00e8me de traitement de l&rsquo;information.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le raisonnement croyance-d\u00e9sir repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9pine dorsale de l&rsquo;intelligence intersubjective. Ses caract\u00e9ristiques fondamentales s&rsquo;articulent autour des \u00e9l\u00e9ments suivants :<\/p>\n<ul>\n<li>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un calcul inf\u00e9rentiel associant une force motivationnelle (le d\u00e9sir, orient\u00e9 vers la transformation du monde) et une repr\u00e9sentation informationnelle (la croyance, orient\u00e9e vers la v\u00e9rit\u00e9 sur le monde) pour expliquer et pr\u00e9dire le comportement humain.<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e9preuve cardinale de sa ma\u00eetrise r\u00e9side dans la r\u00e9solution des t\u00e2ches de fausse croyance, marquant le franchissement d&rsquo;un cap cognitif majeur entre trois et cinq ans chez l&rsquo;enfant.<\/li>\n<li>Son \u00e9mergence universelle \u00e0 travers les cultures t\u00e9moigne d&rsquo;un ancrage phylog\u00e9n\u00e9tique robuste au sein d&rsquo;un r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral d\u00e9di\u00e9 (notamment la jonction temporo-pari\u00e9tale droite et le cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dian).<\/li>\n<li>Il trouve des applications cruciales dans l&rsquo;\u00e9valuation des troubles du neurod\u00e9veloppement (troubles du spectre de l&rsquo;autisme), la psychiatrie l\u00e9gale, la p\u00e9dagogie contemporaine et la conception d&rsquo;architectures d&rsquo;intelligence artificielle coop\u00e9rative (mod\u00e8les BDI).<\/li>\n<li>Bien que d\u00e9fi\u00e9 par les approches \u00e9nactivistes et incarn\u00e9es de la cognition sociale, il demeure le formalisme conceptuel de r\u00e9f\u00e9rence pour conceptualiser la mani\u00e8re dont les esprits humains s&rsquo;appr\u00e9hendent mutuellement.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Baron-Cohen, S., Leslie, A. M., &#038; Frith, U. (1985). Does the autistic child have a \u00ab\u00a0theory of mind\u00a0\u00bb? <em>Cognition<\/em>, 21(1), 37\u201346. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0277(85)90022-8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0277(85)90022-8<\/a><\/li>\n<li>Callaghan, T., Rochat, P., Lillard, A., Kastelis, N., Charlton, H., Vernet, J., Odden, H., &#038; Cleavenger, M. (2005). Synchrony in the onset of mental-state reasoning: Evidence from five cultures. <em>Psychological Science<\/em>, 16(5), 378\u2013384. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.0956-7976.2005.01544.x\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.0956-7976.2005.01544.x<\/a><\/li>\n<li>Dennett, D. C. (1987). <em>The Intentional Stance<\/em>. The MIT Press. <a href=\"https:\/\/mitpress.mit.edu\/9780262540537\/the-intentional-stance\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/mitpress.mit.edu\/9780262540537\/the-intentional-stance\/<\/a><\/li>\n<li>Gopnik, A., &#038; Wellman, H. M. (1992). Why the child&rsquo;s theory of mind really is a theory. <em>Mind &#038; Language<\/em>, 7(1\u20102), 145\u2013171. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1468-0017.1992.tb00202.x\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1468-0017.1992.tb00202.x<\/a><\/li>\n<li>Onishi, K. H., &#038; Baillargeon, R. (2005). Do 15-month-old infants understand false beliefs? <em>Science<\/em>, 308(5719), 255\u2013258. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1107621\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1107621<\/a><\/li>\n<li>Saxe, R., &#038; Kanwisher, N. (2003). People thinking about thinking people: The role of the temporo-parietal junction in \u00ab\u00a0theory of mind\u00a0\u00bb. <em>NeuroImage<\/em>, 19(4), 1835\u20131842. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1053-8119(03)00230-1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1053-8119(03)00230-1<\/a><\/li>\n<li>Wellman, H. M. (1990). <em>The Child&rsquo;s Theory of Mind<\/em>. The MIT Press. <a href=\"https:\/\/mitpress.mit.edu\/9780262730990\/the-childs-theory-of-mind\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/mitpress.mit.edu\/9780262730990\/the-childs-theory-of-mind\/<\/a><\/li>\n<li>Wellman, H. M., Cross, D., &#038; Watson, J. (2001). Meta-analysis of theory-of-mind development: The truth about false belief. <em>Child Development<\/em>, 72(3), 655\u2013684. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/1467-8624.00304\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/1467-8624.00304<\/a><\/li>\n<li>Wimmer, H., &#038; Perner, J. (1983). Beliefs about beliefs: Representation and constraining function of wrong beliefs in young children&rsquo;s understanding of deception. <em>Cognition<\/em>, 13(1), 103\u2013128. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0277(83)90004-5\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0277(83)90004-5<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le raisonnement croyance-d\u00e9sir est le processus cognitif qui permet d&rsquo;expliquer et d&rsquo;anticiper le comportement d&rsquo;autrui en combinant ses croyances et ses d\u00e9sirs.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[647,127,1486],"tags":[1222,3248,5853,1979,36692,1385],"class_list":["post-21878","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-cognitive","category-psychologie-du-developpement","category-sciences-cognitives","tag-cognition-sociale","tag-developpement-de-lenfant","tag-fausse-croyance","tag-psychologie-naive","tag-raisonnement-croyance-desir","tag-theorie-de-lesprit"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21878","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21878\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21878"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21878"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21878"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}