{"id":21854,"date":"2026-10-26T11:29:07","date_gmt":"2026-10-26T11:29:07","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=toxicologie-comportementale"},"modified":"2026-10-26T11:29:07","modified_gmt":"2026-10-26T11:29:07","slug":"toxicologie-comportementale","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=toxicologie-comportementale","title":{"rendered":"Toxicologie comportementale : Cerveau et polluants"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 l&rsquo;intersection de la neurobiologie, de la psychologie exp\u00e9rimentale et des sciences environnementales, l&rsquo;\u00e9tude des alt\u00e9rations psychologiques induites par les contaminants chimiques constitue un enjeu sanitaire majeur. La toxicologie comportementale explore comment l&rsquo;exposition \u00e0 des substances x\u00e9nobiotiques transforme subrepticement les fonctions cognitives, la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle, les processus sensorimoteurs et les dynamiques relationnelles chez l&rsquo;animal et chez l&rsquo;\u00eatre humain. En r\u00e9v\u00e9lant les manifestations fonctionnelles les plus pr\u00e9coces et les plus sensibles de la toxicit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, cette discipline scientifique offre un \u00e9clairage indispensable pour comprendre et pr\u00e9venir les cons\u00e9quences d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de notre environnement chimique moderne.<\/p>\n<h2>Toxicologie comportementale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La toxicologie comportementale est la branche interdisciplinaire de la toxicologie et des neurosciences comportementales qui \u00e9tudie les effets n\u00e9fastes des substances chimiques, physiques ou biologiques sur le comportement, les fonctions cognitives, les r\u00e9ponses \u00e9motionnelles et les capacit\u00e9s sensorimotrices des organismes vivants. Elle postule que les modifications comportementales constituent souvent l&rsquo;indicateur le plus pr\u00e9coce, le plus holistique et le plus sensible d&rsquo;une alt\u00e9ration sous-jacente du syst\u00e8me nerveux central ou p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel, cette discipline ne se limite pas \u00e0 la description d&rsquo;effets toxiques massifs ou l\u00e9thaux, mais s&rsquo;attache prioritairement \u00e0 l&rsquo;analyse des alt\u00e9rations subcliniques, insidieuses et souvent diff\u00e9r\u00e9es r\u00e9sultant d&rsquo;expositions chroniques \u00e0 de faibles doses de x\u00e9nobiotiques. Elle examine l&rsquo;interaction dynamique entre la substance toxique, le substrat neurobiologique et l&rsquo;environnement \u00e9cologique ou social dans lequel s&rsquo;exprime le comportement.<\/p>\n<p>En int\u00e9grant les m\u00e9thodologies rigoureuses de l&rsquo;analyse exp\u00e9rimentale du comportement et de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neuropsychologie\">neuropsychologie<\/a> clinique, la toxicologie comportementale quantifie comment des mol\u00e9cules exog\u00e8nes modifient la prise de d\u00e9cision, l&rsquo;apprentissage, la m\u00e9moire de travail, l&rsquo;impulsivit\u00e9, la coordination motrice ainsi que la r\u00e9activit\u00e9 au stress tout au long du cycle vital.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab toxicologie comportementale \u00bb d\u00e9rive de la juxtaposition de deux racines distinctes mais compl\u00e9mentaires. Le terme \u00ab toxicologie \u00bb provient du grec ancien <em>toxikon<\/em> (\u03c4\u03bf\u03be\u03b9\u03ba\u03cc\u03bd), qui d\u00e9signait initialement le poison dont on enduisait les fl\u00e8ches (li\u00e9 \u00e0 <em>toxon<\/em>, l&rsquo;arc), combin\u00e9 au suffixe <em>-logia<\/em> (-\u03bb\u03bf\u03b3\u03af\u03b1), issu de <em>logos<\/em> (\u03bb\u03cc\u03b3\u03bf\u03c2), signifiant le discours raisonn\u00e9, l&rsquo;\u00e9tude ou la science. Historiquement, la toxicologie s&rsquo;est formalis\u00e9e comme l&rsquo;\u00e9tude des poisons et de leurs m\u00e9canismes pathologiques au sein des organismes vivants.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab comportementale \u00bb provient du substantif \u00ab comportement \u00bb, issu de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>comporter<\/em>, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du latin classique <em>comportare<\/em> (transporter ensemble, supporter, ou au r\u00e9fl\u00e9chi <em>se comportare<\/em>, se conduire ou se maintenir). Dans le champ de la psychologie moderne, le mot s&rsquo;est stabilis\u00e9 pour traduire l&rsquo;anglais <em>behavior<\/em>, popularis\u00e9 par le courant b\u00e9havioriste au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle afin de d\u00e9signer l&rsquo;ensemble des r\u00e9actions observables d&rsquo;un organisme en r\u00e9ponse \u00e0 des stimuli environnementaux.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression compos\u00e9e \u00ab behavioral toxicology \u00bb a \u00e9merg\u00e9 formellement aux \u00c9tats-Unis et en Europe orientale \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, notamment sous l&rsquo;impulsion de pionniers comme Bernard Weiss et Victor Laties. Elle visait \u00e0 baptiser un paradigme nouveau, distinct de la neurotoxicologie purement histopathologique, en consacrant le comportement comme crit\u00e8re fondamental (ou <em>end-point<\/em>) de toxicit\u00e9.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan grammatical, \u00ab toxicologie comportementale \u00bb est un groupe nominal f\u00e9minin singulier. Sa transcription phon\u00e9tique en alphabet phon\u00e9tique international (API) est \/t\u0254k.si.k\u0254.l\u0254.\u0292i k\u0254\u0303.p\u0254\u0281.t\u0259.m\u0251\u0303.tal\/. Dans l&rsquo;usage acad\u00e9mique et professionnel, le terme s&#8217;emploie principalement au singulier pour d\u00e9signer la discipline en tant que champ de recherche et de pratique. Le pluriel \u00ab toxicologies comportementales \u00bb est exceptionnel et renverrait \u00e0 diff\u00e9rentes approches doctrinales ou m\u00e9thodologiques au sein du domaine.<\/p>\n<p>On rencontre parfois des variantes terminologiques ou des syntagmes synonymes partiels tels que \u00ab neurotoxicologie comportementale \u00bb, qui insiste explicitement sur la m\u00e9diation nerveuse des alt\u00e9rations observ\u00e9es, ou \u00ab psychotoxicologie \u00bb, terme plus fr\u00e9quemment usit\u00e9 dans la litt\u00e9rature francophone des ann\u00e9es 1970 et 1980 pour d\u00e9signer l&rsquo;impact des substances industrielles ou m\u00e9dicamenteuses sur les fonctions psychiques sup\u00e9rieures. L&rsquo;usage contemporain privil\u00e9gie toutefois \u00ab toxicologie comportementale \u00bb pour son alignement avec les standards internationaux.<\/p>\n<p>Dans les contextes appliqu\u00e9s, les d\u00e9riv\u00e9s adjectivaux qualifient souvent les m\u00e9thodes ou les effets : on parlera ainsi d&rsquo;un \u00ab profil toxicologique comportemental \u00bb, de \u00ab marqueurs comportementaux de toxicit\u00e9 \u00bb ou d&rsquo;une \u00ab \u00e9valuation comportementale en toxicologie environnementale \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La toxicologie comportementale repose sur le postulat central selon lequel le comportement est l&rsquo;expression int\u00e9grative ultime du fonctionnement neurobiologique. Alors que les alt\u00e9rations biochimiques, mol\u00e9culaires ou ultrastructurelles peuvent \u00eatre localis\u00e9es, silencieuses ou compens\u00e9es par la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, le comportement refl\u00e8te la capacit\u00e9 de l&rsquo;organisme tout entier \u00e0 interagir avec son milieu de mani\u00e8re adaptative. Par cons\u00e9quent, une alt\u00e9ration du comportement signale une rupture de l&rsquo;hom\u00e9ostasie fonctionnelle du syst\u00e8me nerveux, m\u00eame en l&rsquo;absence de l\u00e9sions tissulaires macroscopiques visibles \u00e0 l&rsquo;examen anatomopathologique standard.<\/p>\n<p>Le champ d&rsquo;investigation de cette discipline englobe un continuum allant des r\u00e9flexes \u00e9l\u00e9mentaires aux fonctions ex\u00e9cutives les plus complexes. Au niveau sensorimoteur, les substances toxiques peuvent d\u00e9grader la pr\u00e9cision de la coordination motrice, alt\u00e9rer la vitesse de conduction nerveuse, ou perturber l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle et auditive. Au niveau affectif et \u00e9motionnel, l&rsquo;impr\u00e9gnation toxique peut provoquer une anxi\u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9e, une labilit\u00e9 de l&rsquo;humeur, une anomie ou des comportements agressifs inadapt\u00e9s. Au niveau cognitif, les toxiques affectent la m\u00e9moire de travail, l&rsquo;attention soutenue, la flexibilit\u00e9 cognitive, la vitesse de traitement de l&rsquo;information et les processus d&rsquo;apprentissage s\u00e9quentiel.<\/p>\n<p>Un principe fondamental de la toxicologie comportementale est la relation dose-r\u00e9ponse, qui acquiert dans cette discipline une complexit\u00e9 particuli\u00e8re. Contrairement aux effets cytotoxiques directs o\u00f9 la mortalit\u00e9 cellulaire augmente de fa\u00e7on monotone avec la dose, les effets comportementaux pr\u00e9sentent fr\u00e9quemment des profils non monotones, caract\u00e9ris\u00e9s par des r\u00e9ponses biphasiques (horm\u00e8se) ou des dynamiques de sensibilisation comportementale. De tr\u00e8s faibles doses peuvent induire une hyperactivit\u00e9 ou une d\u00e9sinhibition paradoxale, tandis que des doses plus \u00e9lev\u00e9es engendrent une s\u00e9dation, une ataxie ou une stupeur catatonique.<\/p>\n<p>La vuln\u00e9rabilit\u00e9 diff\u00e9rentielle selon les p\u00e9riodes de d\u00e9veloppement constitue un autre pilier conceptuel de la discipline. La toxicologie comportementale du d\u00e9veloppement (ou t\u00e9ratologie comportementale) a d\u00e9montr\u00e9 que le syst\u00e8me nerveux en d\u00e9veloppement est particuli\u00e8rement sensible aux perturbateurs chimiques. Des expositions <em>in utero<\/em> ou p\u00e9rinatales \u00e0 des doses qui ne produisent aucun signe de toxicit\u00e9 manifeste chez la m\u00e8re peuvent entra\u00eener des modifications synaptiques permanentes, se traduisant des ann\u00e9es plus tard par des d\u00e9ficits cognitifs durables ou des troubles des apprentissages chez la prog\u00e9niture.<\/p>\n<p>Enfin, la discipline prend en compte les m\u00e9canismes d&rsquo;adaptation, de compensation et d&rsquo;\u00e9puisement de la r\u00e9serve cognitive. Un individu expos\u00e9 \u00e0 un neurotoxique professionnel peut maintenir des performances apparemment stables dans des t\u00e2ches simples gr\u00e2ce \u00e0 une mobilisation accrue de ressources attentionnelles ou \u00e0 des strat\u00e9gies de compensation cognitives ; toutefois, lorsque la complexit\u00e9 de la t\u00e2che augmente ou que s&rsquo;ajoute un stress environnemental, le syst\u00e8me s&rsquo;effondre, d\u00e9masquant le d\u00e9ficit comportemental latent caus\u00e9 par l&rsquo;intoxication.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la toxicologie comportementale s&rsquo;enracine dans la convergence progressive de la psychopharmacologie naissante, de l&rsquo;hygi\u00e8ne industrielle et de la toxicologie environnementale au milieu du XXe si\u00e8cle. Si les effets psychiques des poisons \u00e9taient connus empiriquement depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 (comme le saturnisme d\u00e9crit par Hippocrate ou l&rsquo;\u00e9r\u00e9thisme mercuriel observ\u00e9 chez les chapeliers), leur \u00e9tude exp\u00e9rimentale et syst\u00e9matique ne s&rsquo;est structur\u00e9e que bien plus tard.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1950 et 1960, l&rsquo;\u00e9cole sovi\u00e9tique de toxicologie industrielle, sous l&rsquo;influence de la physiologie pavlovienne, a \u00e9t\u00e9 pionni\u00e8re dans l&rsquo;utilisation des r\u00e9flexes conditionn\u00e9s pour d\u00e9tecter les effets de solvants et de gaz \u00e0 des concentrations bien inf\u00e9rieures \u00e0 celles provoquant des l\u00e9sions morphologiques. Les chercheurs sovi\u00e9tiques soutenaient que le syst\u00e8me nerveux r\u00e9agissait par des modifications fonctionnelles subtiles avant toute atteinte structurelle, une approche qui a initialement suscit\u00e9 le scepticisme des r\u00e9gulateurs occidentaux habitu\u00e9s aux seuls crit\u00e8res de pathologie tissulaire.<\/p>\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, le tournant d\u00e9cisif s&rsquo;est produit dans les laboratoires de l&rsquo;Universit\u00e9 de Rochester sous l&rsquo;impulsion de Bernard Weiss et Victor Laties, form\u00e9s \u00e0 la psychologie op\u00e9rante de B. F. Skinner. Ils ont d\u00e9montr\u00e9 que les programmes de renforcement op\u00e9rant pouvaient servir d&rsquo;outils d&rsquo;une sensibilit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9e pour quantifier les effets de faibles doses de drogues et de polluants environnementaux comme le mercure et le monoxyde de carbone. Leurs travaux ont \u00e9tabli que le comportement op\u00e9rant permettait de tracer des courbes dose-effet pr\u00e9cises et reproductibles pour les substances toxiques.<\/p>\n<p>La reconnaissance internationale de la discipline s&rsquo;est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e \u00e0 la suite de catastrophes environnementales majeures. L&rsquo;intoxication de masse par le m\u00e9thylmercure dans la baie de Minamata au Japon durant les ann\u00e9es 1950 et 1960, puis en Irak en 1971, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de mani\u00e8re tragique que des enfants expos\u00e9s <em>in utero<\/em> d\u00e9veloppaient de s\u00e9v\u00e8res handicaps moteurs et cognitifs, parfois en l&rsquo;absence de sympt\u00f4mes majeurs chez les m\u00e8res. Ces \u00e9v\u00e9nements ont conduit \u00e0 la cr\u00e9ation formelle de la Behavioral Teratology Society aux \u00c9tats-Unis en 1975, institutionnalisant l&rsquo;\u00e9tude des malformations comportementales fonctionnelles.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970, les travaux pionniers de Herbert Needleman sur l&rsquo;exposition infantile au <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Plomb\">plomb<\/a> ont d\u00e9finitivement assis la l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9pid\u00e9miologique de la discipline. En mesurant les concentrations de plomb dans les dents de lait d&rsquo;enfants d&rsquo;\u00e2ge scolaire sans sympt\u00f4mes cliniques de saturnisme, Needleman a d\u00e9montr\u00e9 une corr\u00e9lation directe entre des niveaux de plomb m\u00eame minimes et une baisse du quotient intellectuel, des d\u00e9ficits d&rsquo;attention et des troubles du comportement en classe. Malgr\u00e9 une opposition farouche des industriels, ces d\u00e9couvertes ont motiv\u00e9 l&rsquo;interdiction progressive du plomb dans l&rsquo;essence et les peintures \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale.<\/p>\n<p>Au cours des d\u00e9cennies 1990 et 2000, la toxicologie comportementale a int\u00e9gr\u00e9 les avanc\u00e9es de la neuro-imagerie fonctionnelle, de la g\u00e9nomique et de l&rsquo;\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique. L&rsquo;attention s&rsquo;est \u00e9largie des m\u00e9taux lourds et des solvants historiques vers les perturbateurs endocriniens, les pesticides organophosphor\u00e9s, les microplastiques et les particules fines atmosph\u00e9riques, positionnant la discipline au c\u0153ur des d\u00e9bats contemporains sur la sant\u00e9 environnementale et la justice \u00e9cologique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La toxicologie comportementale s&rsquo;appuie sur plusieurs cadres th\u00e9oriques int\u00e9grateurs issus de la psychologie, de la biologie \u00e9volutive et des neurosciences des syst\u00e8mes :<\/p>\n<p>Le premier paradigme fondateur est l&rsquo;<strong>analyse exp\u00e9rimentale du comportement op\u00e9rant<\/strong>. D\u00e9velopp\u00e9e par Skinner, cette approche postule que les comportements sont fa\u00e7onn\u00e9s et maintenus par leurs cons\u00e9quences environnementales (renforcements positifs ou n\u00e9gatifs). En toxicologie, les grilles de renforcement \u00e0 intervalle fixe (FI) ou \u00e0 ratio fixe (FR) permettent d&rsquo;analyser avec une pr\u00e9cision math\u00e9matique la fa\u00e7on dont un toxique d\u00e9sorganise le contr\u00f4le temporel du comportement, alt\u00e8re la motivation ou induit une pers\u00e9v\u00e9ration st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e, fournissant des bases comparatives objectives entre esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me cadre th\u00e9orique repose sur le <strong>mod\u00e8le de la r\u00e9serve cognitive et de l&rsquo;hom\u00e9ostasie neuronale<\/strong>. Ce mod\u00e8le postule que le syst\u00e8me nerveux central poss\u00e8de une redondance fonctionnelle et une neuroplasticit\u00e9 capables d&rsquo;absorber une quantit\u00e9 substantielle de d\u00e9gradation neuronale sans alt\u00e9ration visible de la performance quotidienne. Les anomalies comportementales ne se manifestent que lorsque le dommage toxique d\u00e9passe le seuil de compensation de la r\u00e9serve neuronale, ou lorsque l&rsquo;organisme est soumis \u00e0 une surcharge cognitive ou au vieillissement normal.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me fondement est la <strong>th\u00e9orie de la t\u00e9ratologie fonctionnelle et comportementale<\/strong>. \u00c9nonc\u00e9e initialement par James Wilson puis adapt\u00e9e au comportement, elle \u00e9nonce que les agents chimiques agissant durant l&rsquo;organogen\u00e8se c\u00e9r\u00e9brale peuvent perturber la prolif\u00e9ration, la migration neuronale, la synaptogen\u00e8se ou la my\u00e9linisation sans induire de difformit\u00e9s anatomiques \u00e9videntes. Les cons\u00e9quences se manifestent sous forme de malformations fonctionnelles durables, englobant des troubles des fonctions ex\u00e9cutives, des alt\u00e9rations du temp\u00e9rament et une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue aux psychopathologies \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte.<\/p>\n<p>Enfin, la discipline int\u00e8gre de plus en plus le concept de la <strong>th\u00e9orie des origines d\u00e9veloppementales de la sant\u00e9 et des maladies (DOHaD)<\/strong>. Selon cette approche, l&rsquo;environnement chimique pr\u00e9coce programme l&rsquo;\u00e9pig\u00e9nome des cellules c\u00e9r\u00e9brales (par m\u00e9thylation de l&rsquo;ADN ou modifications des histones), modifiant durablement l&rsquo;expression de r\u00e9cepteurs aux neurotransmetteurs et la r\u00e9activit\u00e9 de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien face aux stresseurs ult\u00e9rieurs.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des impacts neurotoxiques sur le comportement structure le champ en plusieurs composantes et dimensions d&rsquo;analyse fonctionnelle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dimensions sensorimotrices fondamentales :<\/strong> \u00c9valuation de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des r\u00e9flexes archa\u00efques, de l&rsquo;\u00e9quilibre postural, de la motricit\u00e9 fine, de la vitesse de r\u00e9action, de la force musculaire et des seuils de discrimination sensorielle (visuelle, auditive, olfactive).<\/li>\n<li><strong>Fonctions cognitives et mn\u00e9siques :<\/strong> Analyse de l&rsquo;attention s\u00e9lective et soutenue, des processus d&rsquo;encodage et de r\u00e9cup\u00e9ration en m\u00e9moire spatiale, d\u00e9clarative et de travail, ainsi que des facult\u00e9s d&rsquo;abstraction et de r\u00e9solution de probl\u00e8mes complexes.<\/li>\n<li><strong>Fonctions ex\u00e9cutives et contr\u00f4le inhibiteur :<\/strong> Mesure de la flexibilit\u00e9 mentale, de la tol\u00e9rance \u00e0 la frustration, de la capacit\u00e9 \u00e0 inhiber une r\u00e9ponse motrice pr\u00e9potente et de la propension \u00e0 la prise de risque impulsive.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9gulation \u00e9motionnelle et sociabilit\u00e9 :<\/strong> Observation des conduites d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, des \u00e9tats anh\u00e9doniques ou d\u00e9pressifs, de l&rsquo;agressivit\u00e9 spontan\u00e9e ou r\u00e9active, ainsi que des interactions d&rsquo;affiliation sociale et de soins parentaux.<\/li>\n<li><strong>Typologie selon la cin\u00e9tique d&rsquo;exposition :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Toxicit\u00e9 comportementale aigu\u00eb :<\/em> Effets imm\u00e9diats et souvent r\u00e9versibles survenant lors d&rsquo;une exposition unique ou de br\u00e8ve dur\u00e9e \u00e0 de fortes concentrations (ex. : \u00e9bri\u00e9t\u00e9 aux solvants, stupeur aux narcotiques).<\/li>\n<li><em>Toxicit\u00e9 comportementale chronique :<\/em> Alt\u00e9rations insidieuses, progressives et potentiellement irr\u00e9versibles r\u00e9sultant d&rsquo;une accumulation mol\u00e9culaire ou de microl\u00e9sions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es au fil des mois ou des d\u00e9cennies (ex. : enc\u00e9phalopathie aux solvants, d\u00e9clin cognitif li\u00e9 aux m\u00e9taux).<\/li>\n<li><em>Toxicit\u00e9 comportementale neurod\u00e9veloppementale :<\/em> Cons\u00e9quences diff\u00e9r\u00e9es survenant chez l&rsquo;enfant ou l&rsquo;adulte cons\u00e9cutivement \u00e0 une perturbation subie <em>in utero<\/em> ou au d\u00e9but de la vie postnatale.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Un des exemples les plus embl\u00e9matiques de la toxicologie comportementale concerne le plomb et son impact sur le neurod\u00e9veloppement infantile. Des enfants expos\u00e9s de fa\u00e7on chronique \u00e0 des teneurs mod\u00e9r\u00e9es de plomb via de vieilles peintures d\u00e9grad\u00e9es ou des canalisations d&rsquo;eau v\u00e9tustes ne pr\u00e9sentent aucun sympt\u00f4me clinique d&#8217;empoisonnement aigu (ni coliques de plomb, ni enc\u00e9phalopathie aigu\u00eb). N\u00e9anmoins, les bilans psychom\u00e9triques r\u00e9v\u00e8lent un d\u00e9ficit moyen de 3 \u00e0 5 points de quotient intellectuel, une baisse marqu\u00e9e de l&rsquo;attention focalis\u00e9e, une distractibilit\u00e9 accrue et une impulsivit\u00e9 motrice pathologique. Plusieurs cohortes \u00e9pid\u00e9miologiques longitudinales ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;adolescence et \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, cette exposition infantile non trait\u00e9e corr\u00e8le statistiquement avec des taux accrus de d\u00e9crochage scolaire, de comportements antisociaux et d&rsquo;infractions criminelles violentes.<\/p>\n<p>Un autre cas paradigmatique est celui de l&rsquo;\u00ab enc\u00e9phalopathie toxique induite par les solvants \u00bb, \u00e9galement connue sous le nom de syndrome psycho-organique des peintres industriels. Des travailleurs expos\u00e9s de longue date \u00e0 des m\u00e9langes de tolu\u00e8ne, de xyl\u00e8ne et de trichloro\u00e9thyl\u00e8ne ont commenc\u00e9 \u00e0 manifester des sympt\u00f4mes comportementaux initialement catalogu\u00e9s \u00e0 tort comme de la neurasth\u00e9nie ou des troubles de conversion : fatigue chronique disproportionn\u00e9e, instabilit\u00e9 \u00e9motionnelle, irritabilit\u00e9 majeure, troubles mn\u00e9siques et apathie progressive. Les investigations toxicologiques et comportementales standardis\u00e9es ont fini par objectiver une atrophie corticale diffuse et des ralentissements psychomoteurs permanents, contraignant de nombreux \u00c9tats \u00e0 reconna\u00eetre cette pathologie comme une maladie professionnelle invalidante.<\/p>\n<p>Dans le domaine des pesticides, les compos\u00e9s organophosphor\u00e9s fournissent un exemple frappant d&rsquo;alt\u00e9ration neurocomportementale \u00e0 faible dose. Initialement con\u00e7us pour inhiber l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase chez les insectes ravageurs, ces produits affectent \u00e9galement le tissu nerveux humain. Chez les agriculteurs manipulant ces produits de fa\u00e7on r\u00e9currente sans protection respiratoire ad\u00e9quate, les tests r\u00e9v\u00e8lent des d\u00e9ficits persistants de la m\u00e9moire de travail visuospatiale, un allongement significatif des temps de r\u00e9action motrice et une pr\u00e9valence anormalement \u00e9lev\u00e9e de syndromes d\u00e9pressifs majeurs et d&rsquo;id\u00e9ations suicidaires, m\u00eame chez les exploitants n&rsquo;ayant jamais fait d&rsquo;\u00e9pisode d&rsquo;intoxication aigu\u00eb requ\u00e9rant une hospitalisation.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et m\u00e9thodes d&rsquo;investigation<\/h3>\n<p>La mesure en toxicologie comportementale n\u00e9cessite une approche multi-niveaux articulant des protocoles de laboratoire standardis\u00e9s sur des mod\u00e8les animaux et des batteries de tests cliniques chez l&rsquo;\u00eatre humain :<\/p>\n<p>Dans le domaine pr\u00e9clinique animalier, plusieurs batteries de tests comportementaux sont standardis\u00e9es par les instances internationales comme l&rsquo;Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques (OCDE). La <strong>Functional Observational Battery (FOB)<\/strong> ou test d&rsquo;Irwin constitue l&rsquo;\u00e9valuation de criblage de premi\u00e8re ligne. Elle quantifie syst\u00e9matiquement l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;alerte, la d\u00e9marche, le tonus musculaire, la r\u00e9activit\u00e9 tactile et auditive, ainsi que les fonctions autonomes (salivation, mydriase).<\/p>\n<p>Pour explorer les fonctions cognitives sup\u00e9rieures chez les rongeurs, la discipline emploie des dispositifs automatis\u00e9s sophistiqu\u00e9s : le <strong>labyrinthe aquatique de Morris<\/strong> et le labyrinthe en croix sur\u00e9lev\u00e9 \u00e9valuent respectivement la m\u00e9moire spatiale hippocampo-d\u00e9pendante et le niveau d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. Les <strong>chambres de conditionnement op\u00e9rant<\/strong> informatis\u00e9es (bo\u00eetes de Skinner) permettent d&rsquo;analyser l&rsquo;attention soutenue via la t\u00e2che des temps de r\u00e9action s\u00e9riels \u00e0 5 choix (5-CSRTT), ou la flexibilit\u00e9 comportementale par des protocoles d&rsquo;inversion d&rsquo;apprentissage, \u00e9liminant tout biais d&rsquo;observation humaine.<\/p>\n<p>Chez l&rsquo;\u00eatre humain, l&rsquo;\u00e9valuation repose sur des batteries neuropsychologiques informatis\u00e9es et des tests psychom\u00e9triques valid\u00e9s. La batterie <strong>NES (Neurobehavioral Evaluation System)<\/strong>, d\u00e9velopp\u00e9e sp\u00e9cifiquement pour la sant\u00e9 au travail et la toxicologie environnementale, administre des \u00e9preuves standardis\u00e9es de m\u00e9moire de chiffres, d&rsquo;habilet\u00e9 manuelle (<em>Purdue Pegboard<\/em>), de vitesse de r\u00e9action simple et de substitution de symboles. Ces outils sont compl\u00e9t\u00e9s par des questionnaires standardis\u00e9s sur les sympt\u00f4mes subjectifs (comme le questionnaire Q16 sur les solvants) et des mesures \u00e9lectrophysiologiques, notamment les potentiels \u00e9voqu\u00e9s cognitifs (P300) qui enregistrent le ralentissement du traitement c\u00e9r\u00e9bral de l&rsquo;information avec une pr\u00e9cision millim\u00e9trique.<\/p>\n<h3>10. Applications pratiques et port\u00e9e soci\u00e9tale<\/h3>\n<p>La toxicologie comportementale exerce une influence directe sur plusieurs sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine et fa\u00e7onne de nombreuses politiques publiques :<\/p>\n<p>En <strong>sant\u00e9 publique et r\u00e9glementation environnementale<\/strong>, les donn\u00e9es comportementales constituent fr\u00e9quemment la base de fixation des valeurs toxicologiques de r\u00e9f\u00e9rence (VTR), des doses journali\u00e8res admissibles (DJA) et des limites maximales de r\u00e9sidus dans l&rsquo;air, l&rsquo;eau et les aliments. Les agences d&rsquo;\u00e9valuation telles que l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.anses.fr\">Agence nationale de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire de l&rsquo;alimentation, de l&rsquo;environnement et du travail<\/a> (ANSES) ou l&rsquo;Agence europ\u00e9enne des produits chimiques (ECHA) s&rsquo;appuient de plus en plus sur les alt\u00e9rations comportementales pr\u00e9coces, reconnues comme des points d&rsquo;inflexion toxicologiques critiques justifiant le durcissement des normes de s\u00e9curit\u00e9 pour la population g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>En <strong>m\u00e9decine du travail et ergonomie industrielle<\/strong>, la discipline intervient pour d\u00e9pister pr\u00e9cocement les travailleurs expos\u00e9s \u00e0 des solvants industriels, des vapeurs de m\u00e9taux, des anesth\u00e9siques gazeux ou des nanomat\u00e9riaux. L&rsquo;identification de microralentissements psychomoteurs ou de baisses d&rsquo;attention permet de retirer un op\u00e9rateur d&rsquo;un poste \u00e0 risque bien avant l&rsquo;installation d&rsquo;une enc\u00e9phalopathie irr\u00e9versible, pr\u00e9venant \u00e9galement les accidents de travail graves li\u00e9s \u00e0 des erreurs de vigilance.<\/p>\n<p>Dans le champ de la <strong>psychiatrie et de la p\u00e9dopsychiatrie<\/strong>, la toxicologie comportementale offre un cadre \u00e9tiologique compl\u00e9mentaire pour \u00e9lucider l&rsquo;augmentation de la pr\u00e9valence de certains troubles du neurod\u00e9veloppement, tels que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_d%C3%A9ficit_de_l%27attention_avec_ou_sans_hyperactivit%C3%A9\">trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9<\/a> (TDAH) et les troubles du spectre de l&rsquo;autisme (TSA). La compr\u00e9hension des interactions g\u00e8ne-environnement permet aux cliniciens de consid\u00e9rer l&rsquo;impr\u00e9gnation par les m\u00e9taux lourds ou les phtalates comme un facteur de risque environnemental modulable.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques probantes<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique en toxicologie comportementale s&rsquo;est consid\u00e9rablement enrichie au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, apportant des preuves empiriques rigoureuses sur divers polluants modernes :<\/p>\n<p>Concernant le <strong>m\u00e9thylmercure<\/strong>, les \u00e9tudes de cohortes prospectives men\u00e9es aux \u00eeles F\u00e9ro\u00e9 par Philippe Grandjean et ses collaborateurs ont suivi des enfants expos\u00e9s <em>in utero<\/em> en raison de la consommation maternelle de viande de globic\u00e9phale. Les r\u00e9sultats ont d\u00e9montr\u00e9 que des concentrations maternelles de mercure consid\u00e9r\u00e9es jusqu&rsquo;alors comme \u00ab acceptables \u00bb \u00e9taient associ\u00e9es, chez les enfants test\u00e9s \u00e0 7 et 14 ans, \u00e0 des d\u00e9ficits neuropsychologiques durables de l&rsquo;attention focalis\u00e9e, du langage et de la m\u00e9moire verbale. Ces donn\u00e9es ont constitu\u00e9 la base scientifique fondamentale de la Convention de Minamata sur le mercure parrain\u00e9e par l&rsquo;ONU.<\/p>\n<p>Sur le front des <strong>perturbateurs endocriniens<\/strong>, les recherches sur le bisph\u00e9nol A (BPA) et les phtalates ont mis en \u00e9vidence des alt\u00e9rations complexes du comportement de dimorphisme sexuel et de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. Des travaux chez le rongeur et des donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques longitudinales chez l&rsquo;humain ont \u00e9tabli qu&rsquo;une exposition pr\u00e9natale aux phtalates perturbe le d\u00e9veloppement des r\u00e9seaux neuronaux sous-tendant le comportement de jeu sp\u00e9cifique au genre, tout en majorant les comportements externalis\u00e9s et les scores d&rsquo;impulsivit\u00e9 chez les jeunes gar\u00e7ons, documentant l&rsquo;impact direct des hormones thyro\u00efdiennes et st\u00e9ro\u00efdiennes sur la diff\u00e9renciation c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, les recherches pionni\u00e8res de Lilian Calder\u00f3n-Garcidue\u00f1as sur la <strong>pollution atmosph\u00e9rique particulaire<\/strong> dans les m\u00e9gapoles ont r\u00e9volutionn\u00e9 le domaine. En examinant des cerveaux d&rsquo;enfants et de jeunes chiens expos\u00e9s aux particules fines (PM2.5) et ultrafines \u00e0 Mexico, son \u00e9quipe a document\u00e9 la translocation de ces particules via le bulbe olfactif directement dans le cortex frontal et l&rsquo;hippocampe, provoquant une neuro-inflammation chronique. Les sujets expos\u00e9s pr\u00e9sentaient des d\u00e9ficits significatifs de la m\u00e9moire de travail et une accumulation anormale de prot\u00e9ines amylo\u00efdes et hyperphosphoryl\u00e9es, sugg\u00e9rant que la pollution atmosph\u00e9rique quotidienne constitue un d\u00e9clencheur environnemental pr\u00e9coce de troubles neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs et cognitifs.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des impacts comportementaux des toxiques ne peut s&rsquo;abstraire des param\u00e8tres socioculturels et \u00e9conomiques dans lesquels vivent les populations \u00e9tudi\u00e9es. L&rsquo;exposition aux polluants industriels et chimiques est profond\u00e9ment intriqu\u00e9e avec les in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques, un ph\u00e9nom\u00e8ne th\u00e9oris\u00e9 sous le concept de <strong>justice environnementale<\/strong>.<\/p>\n<p>Dans les pays \u00e0 faible ou moyen revenu, ainsi que dans les quartiers d\u00e9favoris\u00e9s des nations industrialis\u00e9es, les populations sont disproportionnellement expos\u00e9es \u00e0 une multitude de sources de neurotoxiques simultan\u00e9es (sites d&rsquo;incin\u00e9ration, d\u00e9charges de d\u00e9chets \u00e9lectroniques, peintures au plomb v\u00e9tustes, absence d&rsquo;eau filtr\u00e9e). Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 chimique se superpose presque syst\u00e9matiquement \u00e0 des stresseurs psychosociaux majeurs : ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire, sous-nutrition, stress familial chronique et acc\u00e8s restreint \u00e0 des stimulations \u00e9ducatives. La toxicologie comportementale a d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;existence de synergies d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, o\u00f9 le stress social potentialise la toxicit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale des polluants chimiques, aggravant mutuellement leurs impacts sur le d\u00e9veloppement intellectuel de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9thodologique, l&rsquo;administration de batteries de tests neuropsychologiques pose d&rsquo;importants d\u00e9fis de comparabilit\u00e9 transculturelle. Les instruments psychom\u00e9triques standardis\u00e9s dans les universit\u00e9s occidentales reposent fr\u00e9quemment sur des concepts linguistiques, des sch\u00e9mas graphiques ou des r\u00e8gles de contextualisation implicites qui manquent de validit\u00e9 transculturelle dans des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles ou non occidentalis\u00e9es. Un score anormalement bas \u00e0 une \u00e9preuve de substitution ou de m\u00e9moire visuelle peut ainsi r\u00e9sulter d&rsquo;une non-familiarit\u00e9 culturelle avec le support plut\u00f4t que d&rsquo;un dommage neurotoxique authentique, exigeant l&rsquo;adaptation m\u00e9ticuleuse et la standardisation locale des outils d&rsquo;\u00e9valuation.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites \u00e9pist\u00e9mologiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa maturation scientifique, la toxicologie comportementale se heurte \u00e0 d&rsquo;importantes controverses m\u00e9thodologiques et \u00e0 des limites inh\u00e9rentes \u00e0 son objet d&rsquo;\u00e9tude :<\/p>\n<p>La principale difficult\u00e9 r\u00e9side dans la <strong>faible sp\u00e9cificit\u00e9 \u00e9tiologique du comportement<\/strong>. Un m\u00eame sympt\u00f4me comportemental (par exemple une baisse de la vigilance, des difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage ou une irritabilit\u00e9 accrue) peut r\u00e9sulter d&rsquo;une multiplicit\u00e9 de facteurs non toxiques : privation de sommeil, pr\u00e9carit\u00e9 socio-\u00e9conomique, traumatismes affectifs, polymorphisme g\u00e9n\u00e9tique ou comorbidit\u00e9s psychiatriques. Isoler la part attribuable avec certitude \u00e0 l&rsquo;exposition chimique au sein d&rsquo;un mod\u00e8le statistique complexe demeure l&rsquo;un des d\u00e9fis les plus ardus de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie neurocomportementale.<\/p>\n<p>Une controverse persistante oppose les toxicologues m\u00e9canistes traditionnels et les toxicologues comportementaux quant au statut de la \u00ab pertinence biologique \u00bb de l&rsquo;effet. Les premiers soutiennent parfois qu&rsquo;une variation statistique de quelques millisecondes \u00e0 un temps de r\u00e9action ou une fluctuation mineure de l&rsquo;exploration dans un labyrinthe chez l&rsquo;animal ne constitue pas une \u00ab l\u00e9sion pathologique \u00bb av\u00e9r\u00e9e et ne devrait pas justifier des restrictions chimiques co\u00fbteuses. Les toxicologues comportementaux r\u00e9pliquent qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;une population enti\u00e8re, un d\u00e9calage minime de la moyenne du quotient intellectuel entra\u00eene un doublement du nombre d&rsquo;individus en situation de d\u00e9ficience intellectuelle l\u00e9g\u00e8re et une baisse drastique du nombre d&rsquo;individus \u00e0 haut potentiel, illustrant une pertinence soci\u00e9tale et \u00e9conomique colossale.<\/p>\n<p>Enfin, le <strong>probl\u00e8me de l&rsquo;effet cocktail<\/strong> et des m\u00e9langes complexes de substances constitue la fronti\u00e8re critique actuelle de la discipline. Dans les conditions r\u00e9elles d&rsquo;exposition, les organismes ne sont jamais en contact avec une mol\u00e9cule isol\u00e9e, mais avec des centaines de polluants \u00e0 faibles doses. Les mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux classiques peinent \u00e0 reproduire et anticiper les interactions pharmacocin\u00e9tiques et pharmacodynamiques (synergie, potentialisation ou antagonisme) de ces m\u00e9langes sur les circuits comportementaux, limitant la puissance pr\u00e9dictive des tests standardis\u00e9s men\u00e9s substance par substance.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour clarifier la nomenclature au sein des sciences biom\u00e9dicales et psychologiques, il convient de distinguer la toxicologie comportementale de plusieurs notions limitrophes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Neurotoxicologie :<\/strong> Discipline parapluie qui \u00e9tudie tous les effets ind\u00e9sirables exerc\u00e9s sur le syst\u00e8me nerveux central et p\u00e9riph\u00e9rique. Contrairement \u00e0 la toxicologie comportementale qui s&rsquo;int\u00e9resse aux manifestations fonctionnelles globales, la neurotoxicologie int\u00e8gre \u00e9galement la morphopathologie ultrastructurelle, l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie cellulaire et la neurochimie biochimique, que ces alt\u00e9rations se traduisent ou non par un comportement modifiable.<\/li>\n<li><strong>Psychopharmacologie :<\/strong> Champ d&rsquo;investigation consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des effets des substances chimiques (m\u00e9dicaments psychotropes, stup\u00e9fiants) sur l&rsquo;humeur, la pens\u00e9e et le comportement, principalement dans une vis\u00e9e th\u00e9rapeutique de r\u00e9tablissement fonctionnel ou d&rsquo;att\u00e9nuation de troubles psychiques, alors que la toxicologie comportementale se focalise sur les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, non d\u00e9sir\u00e9s et \u00e9cotoxiques de mol\u00e9cules chimiques exog\u00e8nes.<\/li>\n<li><strong>T\u00e9ratologie comportementale :<\/strong> Sous-domaine sp\u00e9cifique \u00e9tudiant les anomalies psychomotrices et cognitives cons\u00e9cutives \u00e0 une exposition x\u00e9nobiotique intervenue strictement au cours de la gestation ou de l&#8217;embryogen\u00e8se. La toxicologie comportementale englobe ce domaine, mais applique \u00e9galement ses paradigmes aux expositions professionnelles et chroniques subies \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte ou durant la s\u00e9nescence.<\/li>\n<li><strong>Neuroergonomie :<\/strong> \u00c9tude du fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral en relation avec les environnements de travail et l&rsquo;utilisation des technologies. Si elle partage des outils de mesure avec la toxicologie industrielle comportementale, son objectif premier est l&rsquo;optimisation des interfaces de travail plut\u00f4t que l&rsquo;\u00e9valuation toxicologique des polluants chimiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La toxicologie comportementale est la science qui met en relation l&rsquo;exposition aux substances toxiques avec les dysfonctionnements du syst\u00e8me nerveux exprim\u00e9s \u00e0 travers le prisme du comportement observable et des fonctions cognitives. Elle repose sur l&rsquo;axiome fondamental que le comportement est l&rsquo;indicateur le plus sensible et le plus pr\u00e9coce d&rsquo;une toxicit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, capable de r\u00e9v\u00e9ler des d\u00e9r\u00e8glements l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;anatomopathologie traditionnelle ne d\u00e9c\u00e8le aucune alt\u00e9ration macroscopique.<\/p>\n<p>Structur\u00e9e au cours de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle gr\u00e2ce aux apports conjoints de la psychologie op\u00e9rante, de l&rsquo;hygi\u00e8ne industrielle et de la t\u00e9ratologie fonctionnelle, la discipline a jou\u00e9 un r\u00f4le moteur dans la r\u00e9glementation de toxiques universels comme le plomb, le mercure, les solvants aromatiques et les organophosphor\u00e9s. Ses outils d&rsquo;investigation vont des labyrinthes et cages op\u00e9rantes pr\u00e9cliniques aux batteries de tests neuropsychologiques informatis\u00e9es pour l&rsquo;\u00e9valuation humaine.<\/p>\n<p>Dans le monde contemporain, la toxicologie comportementale fait face au d\u00e9fi crucial d&rsquo;analyser les effets chroniques des perturbateurs endocriniens, des nanoparticules et des pollutions atmosph\u00e9riques \u00e0 faibles doses au sein de m\u00e9langes complexes, tout en tenant compte des facteurs d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 sociale et de vuln\u00e9rabilit\u00e9 d\u00e9veloppementale pour pr\u00e9server la sant\u00e9 cognitive et mentale des g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Grandjean, P., &amp; Landrigan, P. J. (2014). Neurobehavioural effects of developmental toxicity. <em>The Lancet Neurology<\/em>, 13(3), 330\u2013338. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(13)70278-3\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(13)70278-3<\/a><\/li>\n<li>Needleman, H. L., Gunnoe, C., Leviton, A., Reed, R., Peresie, H., Maher, C., &amp; Barrett, P. (1979). Deficits in psychologic and classroom performance of children with elevated dentine lead levels. <em>New England Journal of Medicine<\/em>, 300(13), 689\u2013695. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJM197903293001301\">https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJM197903293001301<\/a><\/li>\n<li>Tilson, H. A. (1990). Behavioral toxicology: An overview. <em>Environmental Health Perspectives<\/em>, 86, 265\u2013270. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1289\/ehp.9086265\">https:\/\/doi.org\/10.1289\/ehp.9086265<\/a><\/li>\n<li>Weiss, B., &amp; Laties, V. G. (Eds.). (1975). <em>Behavioral Toxicology<\/em>. Plenum Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-1-4684-2856-8\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-1-4684-2856-8<\/a><\/li>\n<li>World Health Organization. (1986). <em>Principles and methods for the assessment of neurotoxicity associated with exposure to chemicals<\/em> (Environmental Health Criteria No. 60). <a href=\"https:\/\/www.who.int\">https:\/\/www.who.int<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La toxicologie comportementale analyse comment les substances chimiques et les polluants d\u00e9gradent nos fonctions cognitives, \u00e9motionnelles et sensorimotrices.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,980,36646],"tags":[1366,8739,7227,36656,15862,36648],"class_list":["post-21854","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-psychologie-environnementale","category-toxicologie","tag-cognition","tag-neurodeveloppement","tag-neurotoxicologie","tag-polluants","tag-sante-environnementale","tag-toxicologie-comportementale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21854","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21854\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21854"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21854"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21854"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}