{"id":21812,"date":"2026-10-26T09:51:19","date_gmt":"2026-10-26T09:51:19","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=incident-comportemental"},"modified":"2026-10-26T09:51:19","modified_gmt":"2026-10-26T09:51:19","slug":"incident-comportemental","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=incident-comportemental","title":{"rendered":"Incident comportemental : Analyse et gestion"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;incident comportemental constitue une manifestation observable et contextualis\u00e9e d&rsquo;une rupture dans la r\u00e9gulation de la conduite individuelle, susceptible de perturber l&rsquo;\u00e9quilibre d&rsquo;un environnement clinique, \u00e9ducatif ou organisationnel. Loin d&rsquo;\u00eatre un acte isol\u00e9 ou fortuit, il s&rsquo;inscrit au carrefour de dynamiques neurophysiologiques, de processus cognitivo-affectifs et d&rsquo;influences environnementales imm\u00e9diates. D\u00e9crypter l&rsquo;architecture fonctionnelle de cet \u00e9v\u00e9nement s&rsquo;av\u00e8re fondamental pour toute intervention psychologique soucieuse de d\u00e9passer la simple r\u00e9action coercitive au profit d&rsquo;une rem\u00e9diation durable et scientifiquement \u00e9prouv\u00e9e.<\/p>\n<h2>Incident comportemental<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Un <strong>incident comportemental<\/strong> d\u00e9signe un \u00e9pisode circonscrit dans le temps et l&rsquo;espace durant lequel une personne \u00e9met des conduites observables qui d\u00e9vient significativement des normes contextuelles attendues, compromettant l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 physique, psychologique ou sociale de l&rsquo;individu lui-m\u00eame, d&rsquo;autrui ou de l&rsquo;environnement mat\u00e9riel. Il se caract\u00e9rise par une intensit\u00e9, une forme ou une fr\u00e9quence telle qu&rsquo;il n\u00e9cessite une r\u00e9gulation externe ou une intervention sp\u00e9cialis\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans le champ de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychologie_clinique\">psychologie clinique<\/a>, de la psycho\u00e9ducation et des sciences du comportement, l&rsquo;incident comportemental ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une faute morale ou \u00e0 un acte d&rsquo;indiscipline banale. Il est appr\u00e9hend\u00e9 comme une forme d&rsquo;expression fonctionnelle traduisant un d\u00e9ficit momentan\u00e9 d&rsquo;autor\u00e9gulation, une r\u00e9ponse inadapt\u00e9e \u00e0 des stimuli aversifs ou l&rsquo;incapacit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 des renfor\u00e7ateurs par des voies pro-sociales. L&rsquo;analyse de l&rsquo;incident requiert donc d&rsquo;isoler l&rsquo;\u00e9pisode tout en le repla\u00e7ant dans une trajectoire d\u00e9veloppementale et un contexte syst\u00e9mique pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Cet \u00e9v\u00e9nement comporte une dimension ph\u00e9nom\u00e9nologique majeure : il s&rsquo;agit d&rsquo;un point de rupture o\u00f9 l&rsquo;hom\u00e9ostasie transactionnelle entre un sujet et son milieu est temporairement abolie. Que l&rsquo;incident prenne la forme d&rsquo;une agression physique, d&rsquo;une crise de d\u00e9sorganisation \u00e9motionnelle motrice, de destruction d&rsquo;objets, d&rsquo;automutilation ou d&rsquo;un refus actif et prolong\u00e9 de coop\u00e9rer, il mat\u00e9rialise un \u00e9tat de crise comportementale appelant une lecture rigoureuse des variables qui en gouvernent l&rsquo;apparition et la r\u00e9currence.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab incident comportemental \u00bb proc\u00e8de de la conjonction de deux racines \u00e9tymologiques distinctes dont la convergence illustre la nature dynamique du ph\u00e9nom\u00e8ne. Le substantif \u00ab incident \u00bb d\u00e9rive du latin classique <em>incidere<\/em>, form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>in-<\/em> (\u00ab sur \u00bb, \u00ab dans \u00bb) et du verbe <em>cadere<\/em> (\u00ab tomber \u00bb). \u00c0 l&rsquo;origine, le terme qualifiait ce qui survient de mani\u00e8re fortuite, ce qui tombe sur un processus r\u00e9gulier pour le perturber ou en modifier le cours.<\/p>\n<p>Le qualificatif \u00ab comportemental \u00bb, quant \u00e0 lui, est forg\u00e9 sur la racine du verbe fran\u00e7ais \u00ab comporter \u00bb, issu du latin <em>comportare<\/em> (\u00ab porter ensemble \u00bb, \u00ab transporter \u00bb), qui a \u00e9volu\u00e9 vers le pronominal <em>se comporter<\/em> au sens de \u00ab se gouverner \u00bb, \u00ab agir d&rsquo;une certaine fa\u00e7on \u00bb. L&rsquo;anglais <em>behavior<\/em> et son d\u00e9riv\u00e9 <em>behavioral incident<\/em> ont exerc\u00e9 une influence majeure sur la litt\u00e9rature scientifique moderne, en particulier via le paradigme b\u00e9havioriste qui a standardis\u00e9 l&rsquo;usage du vocable pour d\u00e9signer toute unit\u00e9 d&rsquo;action motrice objectivable.<\/p>\n<p>Historiquement, le syntagme est pass\u00e9 d&rsquo;un usage juridique et administratif (o\u00f9 l&rsquo;incident d\u00e9signait un diff\u00e9rend accessoire ou une contestation au cours d&rsquo;une proc\u00e9dure) \u00e0 une conceptualisation m\u00e9dico-psychologique au milieu du XXe si\u00e8cle. L&rsquo;adoption progressive du terme dans les milieux institutionnels et psychiatriques a permis de d\u00e9judiciariser et de d\u00e9pathologiser partiellement les \u00e9carts de conduite, en pr\u00e9f\u00e9rant le constat neutre d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement survenu (\u00ab un incident \u00bb) \u00e0 la stigmatisation de la personne.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab incident comportemental \u00bb se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/\u025b\u0303.si.d\u0251\u0303 k\u0254\u0303.p\u0254\u0281.t\u0259.m\u0251\u0303.tal\/. La liaison sonore entre la consonne nasale et les voyelles environnantes n\u00e9cessite une articulation soign\u00e9e dans le registre acad\u00e9mique francophone.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe nominal masculin singulier, compos\u00e9 d&rsquo;un nom noyau (\u00ab incident \u00bb) et d&rsquo;un adjectif relationnel postpos\u00e9 (\u00ab comportemental \u00bb). Au pluriel, il devient \u00ab des incidents comportementaux \u00bb (\/\u025b\u0303.si.d\u0251\u0303 k\u0254\u0303.p\u0254\u0281.t\u0259.m\u0251\u0303.to\/). Sur le plan syntaxique, le syntagme fonctionne fr\u00e9quemment comme sujet d&rsquo;actions traduisant une \u00e9mergence soudaine (\u00ab l&rsquo;incident comportemental a \u00e9clat\u00e9 \u00bb) ou comme compl\u00e9ment d&rsquo;objet d&rsquo;actes d&rsquo;\u00e9valuation (\u00ab analyser un incident comportemental \u00bb, \u00ab documenter des incidents comportementaux r\u00e9currents \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;incident comportemental se d\u00e9finit au sens strict comme une s\u00e9quence d&rsquo;interactions observables marqu\u00e9e par une d\u00e9synchronisation aigu\u00eb entre les attentes \u00e9cologiques du milieu et la r\u00e9activit\u00e9 d&rsquo;un organisme. Pour appr\u00e9hender ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans toute sa complexit\u00e9, il convient d&rsquo;en d\u00e9limiter le p\u00e9rim\u00e8tre op\u00e9rationnel : un incident n&rsquo;est ni un trait de personnalit\u00e9 stable, ni une humeur diffuse, ni un diagnostic psychiatrique en soi, mais bien une unit\u00e9 discr\u00e8te d&rsquo;action-r\u00e9action inscrite dans un espace-temps d\u00e9termin\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;architecture d&rsquo;un incident comportemental ob\u00e9it g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 une cin\u00e9tique pr\u00e9visible, souvent mod\u00e9lis\u00e9e selon une courbe d&rsquo;activation ou de crise. Cette cin\u00e9tique comprend habituellement cinq phases distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La phase de d\u00e9clenchement (ou phase prodromique) :<\/strong> un stimulus interne (douleur somatique, intrusion cognitive, rappel d&rsquo;un traumatisme) ou externe (consigne per\u00e7ue comme mena\u00e7ante, frustration, surcharge sensorielle) vient alt\u00e9rer l&rsquo;\u00e9tat de base de l&rsquo;individu.<\/li>\n<li><strong>La phase d&rsquo;escalade :<\/strong> les m\u00e9canismes usuels de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle \u00e9chouent ; l&rsquo;activation neurov\u00e9g\u00e9tative s&rsquo;intensifie, se traduisant par de l&rsquo;agitation psychomotrice, des modifications posturales, une \u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;intensit\u00e9 vocale ou une rigidit\u00e9 cognitive accrue.<\/li>\n<li><strong>La phase de crise aigu\u00eb (l&rsquo;acm\u00e9 de l&rsquo;incident) :<\/strong> le comportement dysfonctionnel s&rsquo;exprime dans son intensit\u00e9 maximale (agression physique, bris d&rsquo;objets, cris incoh\u00e9rents, panique d\u00e9sorganis\u00e9e). \u00c0 ce stade, les fonctions ex\u00e9cutives sup\u00e9rieures sont temporairement submerg\u00e9es par l&rsquo;activation sous-corticale li\u00e9e \u00e0 la survie (fuite, attaque, sid\u00e9ration).<\/li>\n<li><strong>La phase de d\u00e9sescalade (ou de r\u00e9cup\u00e9ration) :<\/strong> l&rsquo;\u00e9nergie motrice s&rsquo;\u00e9puise et l&rsquo;organisme amorce un retour vers l&rsquo;hom\u00e9ostasie, bien que le syst\u00e8me nerveux demeure hyperr\u00e9actif \u00e0 toute nouvelle sollicitation maladroite.<\/li>\n<li><strong>La phase de d\u00e9pression post-crise :<\/strong> marqu\u00e9e par l&rsquo;\u00e9puisement, la confusion, parfois des sentiments vifs de honte, de culpabilit\u00e9 ou un repli d\u00e9fensif complet.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Un aspect fondamental de l&rsquo;incident comportemental r\u00e9side dans sa dimension s\u00e9miotique et fonctionnelle. Selon les postulats de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Analyse_appliqu%C3%A9e_du_comportement\">analyse appliqu\u00e9e du comportement<\/a>, aucun comportement ne se produit dans un vide relationnel ou op\u00e9rant. L&rsquo;incident n&rsquo;est pas le fruit du hasard ou d&rsquo;une m\u00e9chancet\u00e9 intrins\u00e8que ; il remplit une fonction adaptative pour le sujet, m\u00eame si cette fonction s&rsquo;av\u00e8re hautement inefficace ou d\u00e9l\u00e9t\u00e8re \u00e0 moyen terme. Ces fonctions cardinales regroupent l&rsquo;\u00e9chappement ou l&rsquo;\u00e9vitement d&rsquo;une situation aversive, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 une attention sociale, l&rsquo;obtention d&rsquo;un objet ou d&rsquo;une activit\u00e9 tangible, ou encore la r\u00e9gulation d&rsquo;un inconfort int\u00e9roceptif ou sensoriel.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les limites conceptuelles de l&rsquo;incident comportemental d\u00e9pendent intimement du seuil de tol\u00e9rance de l&rsquo;environnement social. Un m\u00eame agissement (par exemple, crier et jeter un objet \u00e0 terre) pourra \u00eatre consign\u00e9 comme un incident majeur s&rsquo;il survient dans un cadre scolaire hautement normatif ou dans une unit\u00e9 de soins intensifs, alors qu&rsquo;il sera qualifi\u00e9 de simple contrari\u00e9t\u00e9 dans un milieu plus permissif ou au domicile familial. Cette variabilit\u00e9 souligne le caract\u00e8re transactionnel et \u00e9cologique du concept : l&rsquo;incident na\u00eet de la friction entre un comportement individuel et les exigences r\u00e9gulatrices d&rsquo;un environnement.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension de l&rsquo;incident comportemental a connu une mutation radicale au cours des deux derniers si\u00e8cles, passant d&rsquo;un statut d&rsquo;anomalie morale ou d&rsquo;ali\u00e9nation incurable \u00e0 celui de ph\u00e9nom\u00e8ne transitoire et fonctionnel justifiable d&rsquo;une analyse scientifique.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;\u00e9gide de la psychiatrie ali\u00e9niste incarn\u00e9e par des figures telles que Philippe Pinel ou Jean-\u00c9tienne Esquirol, les acc\u00e8s d&rsquo;agitation motrice ou d&rsquo;agressivit\u00e9 \u00e9taient per\u00e7us comme des \u00ab fureurs \u00bb ou des paroxysmes de folie maniaque. Les r\u00e9ponses institutionnelles se r\u00e9sumaient pour l&rsquo;essentiel \u00e0 des mesures de contention physique, d&rsquo;isolement cellulaire ou \u00e0 des th\u00e9rapies hydroth\u00e9rapiques punitives. L&rsquo;incident n&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9coup\u00e9 comme un objet d&rsquo;\u00e9tude autonome mais confondu avec la nature incurable de l&rsquo;ali\u00e9n\u00e9.<\/p>\n<p>Le tournant du XXe si\u00e8cle a vu l&rsquo;\u00e9mergence du paradigme b\u00e9havioriste initi\u00e9 par John B. Watson et magistralement formalis\u00e9 par B. F. Skinner dans les ann\u00e9es 1930 \u00e0 1950. Gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9couverte des principes du conditionnement r\u00e9pondant et op\u00e9rant, le comportement anormal a cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre une manifestation mystique pour devenir une r\u00e9ponse mesurable, fa\u00e7onn\u00e9e par les contingences de l&rsquo;environnement. Dans les ann\u00e9es 1960, le d\u00e9veloppement de l&rsquo;analyse appliqu\u00e9e du comportement par Montrose Wolf, Donald Baer et Todd Risley a offert les premiers outils scientifiques permettant d&rsquo;op\u00e9rationnaliser et de documenter objectivement les \u00ab incidents \u00bb comportementaux au moyen de grilles d&rsquo;enregistrement fiables.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1980 et 1990, sous l&rsquo;impulsion de chercheurs comme Edward Carr et Robert O&rsquo;Neill, la notion d&rsquo;\u00e9valuation fonctionnelle du comportement (<em>Functional Behavior Assessment<\/em>) a r\u00e9volutionn\u00e9 la prise en charge des incidents chez les personnes pr\u00e9sentant des troubles du neurod\u00e9veloppement ou des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Comportement_d%C3%A9fiant\">comportements d\u00e9fiants<\/a>. L&rsquo;incident a alors cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre abord\u00e9 par la seule suppression aversive ; la communaut\u00e9 scientifique a reconnu qu&rsquo;un incident constitue un message fonctionnel n\u00e9cessitant l&rsquo;enseignement d&rsquo;un comportement alternatif \u00e9quivalent.<\/p>\n<p>Au XXIe si\u00e8cle, l&rsquo;essor des neurosciences affectives et cognitives (illustr\u00e9 par les travaux d&rsquo;Antonio Damasio, Joseph LeDoux et Bruce Perry) a apport\u00e9 un \u00e9clairage biologique pr\u00e9cieux. L&rsquo;incident comportemental est d\u00e9sormais fr\u00e9quemment appr\u00e9hend\u00e9 sous le prisme de la neurobiologie interpersonnelle et de la th\u00e9orie polyvagale de Stephen Porges : il est envisag\u00e9 comme un d\u00e9crochage du syst\u00e8me d&rsquo;engagement social r\u00e9sultant d&rsquo;une neuroception de danger ou de menace vitale, d\u00e9pla\u00e7ant d\u00e9finitivement l&rsquo;accent th\u00e9rapeutique du contr\u00f4le vers la r\u00e9gulation physiologique et le sentiment de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse contemporaine de l&rsquo;incident comportemental s&rsquo;appuie sur une convergence de mod\u00e8les th\u00e9oriques issus de la psychologie scientifique et des neurosciences comportementales.<\/p>\n<p>En premier lieu, le mod\u00e8le op\u00e9rant de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Conditionnement_op%C3%A9rant\">analyse du comportement<\/a> fournit la matrice descriptive fondamentale via le paradigme ABC : Ant\u00e9c\u00e9dent (stimulus d\u00e9clencheur ou contexte facilitateur), Comportement (la topographie exacte de l&rsquo;incident), et Cons\u00e9quence (le renforcement positif ou n\u00e9gatif qui maintient ou amplifie le comportement). Ce mod\u00e8le stipule que la fr\u00e9quence d&rsquo;apparition future d&rsquo;un incident comportemental est d\u00e9termin\u00e9e par la contingence des cons\u00e9quences environnementales qui ont imm\u00e9diatement suivi les \u00e9pisodes pass\u00e9s.<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, la th\u00e9orie sociocognitive d&rsquo;Albert Bandura met en lumi\u00e8re le d\u00e9terminisme r\u00e9ciproque unissant la personne, ses conduites et son milieu. Dans cette perspective, l&rsquo;incident comportemental \u00e9mane de distorsions dans le traitement de l&rsquo;information sociale (par exemple, un biais d&rsquo;attribution d&rsquo;hostilit\u00e9 conceptualis\u00e9 par Kenneth Dodge), o\u00f9 l&rsquo;individu interpr\u00e8te un stimulus anodin comme une provocation intentionnelle, d\u00e9clenchant une riposte comportementale violente motiv\u00e9e par des repr\u00e9sentations d&rsquo;auto-efficacit\u00e9 d\u00e9fensive.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, les th\u00e9ories neurobiologiques du stress et du trauma \u00e9clairent l&rsquo;effondrement de la r\u00e9gulation corticale lors de l&rsquo;incident. Lorsque l&rsquo;amygdale c\u00e9r\u00e9brale d\u00e9tecte une menace per\u00e7ue, l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien et le syst\u00e8me nerveux sympathique sont massivement mobilis\u00e9s. Cette r\u00e9ponse hormonale et autonomique d\u00e9sactive temporairement les circuits inhibiteurs du cortex pr\u00e9frontal dorso-lat\u00e9ral et ventrom\u00e9dian. L&rsquo;individu se trouve alors dans l&rsquo;incapacit\u00e9 cognitive d&rsquo;acc\u00e9der au raisonnement abstrait, \u00e0 la planification ou \u00e0 l&rsquo;inhibition motrice, basculant dans des r\u00e9ponses archa\u00efques de d\u00e9fense qui constituent la mati\u00e8re brute de l&rsquo;incident comportemental.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>Pour \u00eatre diss\u00e9qu\u00e9 et compris de mani\u00e8re clinique et scientifique, l&rsquo;incident comportemental doit \u00eatre d\u00e9compos\u00e9 selon ses dimensions constitutives et classifi\u00e9 selon sa ph\u00e9nom\u00e9nologie sp\u00e9cifique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dimensions d&rsquo;\u00e9valuation quantitative :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>La fr\u00e9quence :<\/em> le nombre de fois o\u00f9 l&rsquo;incident se r\u00e9p\u00e8te sur un intervalle temporel donn\u00e9 (par exemple, nombre de crises par jour ou par semaine).<\/li>\n<li><em>L&rsquo;intensit\u00e9 :<\/em> l&rsquo;ampleur de la force physique d\u00e9ploy\u00e9e, le niveau sonore ou le degr\u00e9 de destruction mat\u00e9rielle et de blessure physique caus\u00e9.<\/li>\n<li><em>La dur\u00e9e :<\/em> le temps \u00e9coul\u00e9 entre le premier signe d&rsquo;escalade motrice et le r\u00e9tablissement complet du calme comportemental.<\/li>\n<li><em>La latence :<\/em> le d\u00e9lai qui s\u00e9pare la survenue du stimulus d\u00e9clencheur de l&rsquo;apparition de la premi\u00e8re r\u00e9action comportementale probl\u00e9matique.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Typologie selon la directionnalit\u00e9 de l&rsquo;acte :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Incidents h\u00e9t\u00e9ro-agressifs :<\/em> comportements dirig\u00e9s vers autrui, englobant les coups, morsures, projections de projectiles, menaces verbales explicites ou pr\u00e9dation relationnelle.<\/li>\n<li><em>Incidents auto-agressifs :<\/em> comportements par lesquels le sujet porte atteinte \u00e0 sa propre int\u00e9grit\u00e9 somatique (se cogner la t\u00eate contre les murs, morsures corporelles, scarifications, arrachage de cheveux ou de peau).<\/li>\n<li><em>Incidents destructeurs mat\u00e9riels :<\/em> d\u00e9gradations cibl\u00e9es ou diffuses de l&rsquo;environnement physique (fracas de vitres, renversement de mobilier, d\u00e9chirure de documents de travail).<\/li>\n<li><em>Incidents d&rsquo;opposition ou d&rsquo;\u00e9vitement majeur :<\/em> comportements de fugue soudaine mettant l&rsquo;individu en p\u00e9ril, refus catatoniforme ou inertie motrice active face \u00e0 une consigne vitale.<\/li>\n<li><em>Incidents de d\u00e9sorganisation \u00e9motionnelle :<\/em> crises de larmes irr\u00e9pressibles avec perte du contr\u00f4le postural, hurlements continus sans cible intentionnelle, d\u00e9ambulations st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es fr\u00e9n\u00e9tiques.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Composantes structurelles de l&rsquo;incident :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Les facteurs pr\u00e9disposants (vuln\u00e9rabilit\u00e9s de fond) :<\/em> manque de sommeil, privation nutritionnelle, douleur organique chronique, trouble psychiatrique sous-jacent.<\/li>\n<li><em>Les facteurs d\u00e9clencheurs (ant\u00e9c\u00e9dents proximaux) :<\/em> modification inattendue d&rsquo;un emploi du temps, refus oppos\u00e9 \u00e0 une demande, promiscuit\u00e9 spatiale excessive, stimulation sensorielle saturante.<\/li>\n<li><em>Les r\u00e9actions de maintien :<\/em> comportements de l&rsquo;entourage qui, involontairement, renforcent la conduite (c\u00e9dant \u00e0 l&rsquo;exigence du sujet pour faire cesser la crise, fournissant ainsi un renforcement direct).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation pratique de l&rsquo;incident comportemental permet d&rsquo;illustrer la divergence fonctionnelle sous-jacente \u00e0 des topographies parfois similaires.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique en milieu scolaire ordinaire :<\/strong> Lucas, un \u00e9l\u00e8ve de 9 ans pr\u00e9sentant un trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec hyperactivit\u00e9 (TDAH), est confront\u00e9 \u00e0 une t\u00e2che complexe d&rsquo;\u00e9criture g\u00e9om\u00e9trique. Face \u00e0 l&rsquo;effort m\u00e9tacognitif exig\u00e9 et \u00e0 la crainte de l&rsquo;\u00e9chec, son niveau d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve. Lorsque l&rsquo;enseignant lui intime l&rsquo;ordre de terminer son travail dans un d\u00e9lai contraint, Lucas renverse violemment sa table, d\u00e9chire son cahier et quitte la classe en claquant la porte. L&rsquo;analyse de cet incident comportemental r\u00e9v\u00e8le une fonction d&rsquo;\u00e9vitement ou d&rsquo;\u00e9chappement : en produisant une rupture radicale, Lucas se soustrait imm\u00e9diatement \u00e0 la t\u00e2che v\u00e9cue comme aversive, bien que les cons\u00e9quences \u00e9ducatives ult\u00e9rieures lui soient d\u00e9favorables.<\/p>\n<p><strong>Cas institutionnel en secteur m\u00e9dico-social :<\/strong> Sarah, une jeune femme de 22 ans atteinte d&rsquo;un trouble du spectre de l&rsquo;autisme non verbal et h\u00e9berg\u00e9e en foyer d&rsquo;accueil m\u00e9dicalis\u00e9, se met subitement \u00e0 frapper violemment sa tempe contre les vitres de la salle commune, provoquant un \u00e9tat d&rsquo;alerte g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 parmi le personnel soignant. L&rsquo;examen minutieux de l&rsquo;incident permet de d\u00e9couvrir que Sarah souffrait en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une pulpite dentaire aigu\u00eb non d\u00e9tect\u00e9e. L&rsquo;automutilation constituait ici un incident comportemental \u00e0 fonction sensorielle et auto-r\u00e9gulatrice : le choc violent provoquait la lib\u00e9ration temporaire d&rsquo;endorphines venant masquer la douleur dentaire intol\u00e9rable, coupl\u00e9 \u00e0 une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de communiquer son inconfort \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe encadrante.<\/p>\n<p><strong>Cas en milieu professionnel :<\/strong> Dans une entreprise d&rsquo;ing\u00e9nierie, un cadre interm\u00e9diaire subissant une charge de travail \u00e9crasante depuis six mois fait l&rsquo;objet d&rsquo;un recadrage public lors d&rsquo;une r\u00e9union de direction. L&#8217;employ\u00e9 hurle des propos injurieux, d\u00e9truit son ordinateur portable en le projetant contre le mur et menace physiquement son sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique avant de quitter les lieux en \u00e9tat de choc. Cet incident comportemental organisationnel illustre l&rsquo;effondrement complet des ressources d&rsquo;inhibition chez un individu \u00e9puis\u00e9 sur le plan neurobiologique (syndrome d&rsquo;\u00e9puisement professionnel), chez qui l&rsquo;affront narcissique d\u00e9clenche une r\u00e9action agressive archa\u00efque de sauvegarde de soi.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;objectivation d&rsquo;un incident comportemental ob\u00e9it \u00e0 des normes m\u00e9thodologiques strictes visant \u00e0 \u00e9liminer la subjectivit\u00e9 et les biais mn\u00e9siques des intervenants.<\/p>\n<p>Le principal \u00e9cueil r\u00e9side dans le compte rendu narratif non standardis\u00e9, souvent teint\u00e9 de jugements de valeur moraux (\u00ab le r\u00e9sident a \u00e9t\u00e9 m\u00e9chant \u00bb, \u00ab l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve a fait un caprice insupportable \u00bb). L&rsquo;\u00e9valuation scientifique exige l&#8217;emploi d&rsquo;outils structur\u00e9s, dont le plus r\u00e9pandu est la grille d&rsquo;enregistrement ABC (Ant\u00e9c\u00e9dents &#8211; Comportements &#8211; Cons\u00e9quences). Cette grille force l&rsquo;observateur \u00e0 d\u00e9crire les faits de mani\u00e8re strictement comportementale et v\u00e9rifiable : l&rsquo;heure exacte, l&rsquo;environnement physique imm\u00e9diat, les personnes pr\u00e9sentes, l&rsquo;action pr\u00e9cise ex\u00e9cut\u00e9e sans inf\u00e9rence psychologique h\u00e2tive, la dur\u00e9e chronom\u00e9tr\u00e9e et la r\u00e9ponse environnementale subs\u00e9quente.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, des \u00e9chelles standardis\u00e9es permettent de qualifier la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 globale des \u00e9pisodes. L&rsquo;<em>Aberrant Behavior Checklist<\/em> (ABC) ou l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;agression manifeste (<em>Overt Aggression Scale<\/em>, OAS) de Yudofsky et collaborateurs sont largement utilis\u00e9es en recherche clinique et en psychiatrie. L&rsquo;OAS permet de coter objectivement les incidents selon quatre domaines distincts : agression verbale, agression physique contre les biens, agression physique contre soi-m\u00eame et agression physique contre d&rsquo;autres personnes, chaque item \u00e9tant gradu\u00e9 en fonction de son niveau de gravit\u00e9 objective.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation fonctionnelle moderne mobilise \u00e9galement des entrevues semi-structur\u00e9es, telles que la <em>Functional Analysis Screening Tool<\/em> (FAST) ou la <em>Questions About Behavioral Function<\/em> (QABF), qui aident les psychologues \u00e0 d\u00e9terminer si l&rsquo;incident est sous-tendu par des renforcements sociaux positifs, des renforcements n\u00e9gatifs, une r\u00e9gulation automatique ou une douleur somatique.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation rigoureuse de l&rsquo;incident comportemental conditionne l&rsquo;efficacit\u00e9 des protocoles d&rsquo;intervention dans de multiples secteurs d&rsquo;activit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la p\u00e9dopsychiatrie et de l&rsquo;\u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e, la tra\u00e7abilit\u00e9 des incidents permet d&rsquo;instaurer des plans d&rsquo;intervention comportementale individualis\u00e9s (PICI). Plut\u00f4t que de r\u00e9agir au cas par cas par des sanctions punitives (qui ne font souvent qu&rsquo;aggraver la d\u00e9tresse de l&rsquo;enfant), les praticiens utilisent les donn\u00e9es collect\u00e9es pour r\u00e9am\u00e9nager l&rsquo;environnement en amont : am\u00e9nagement de pauses sensorielles, clarification visuelle des transitions temporelles et apprentissage guid\u00e9 de comp\u00e9tences de communication fonctionnelle de remplacement (<em>Functional Communication Training<\/em>).<\/p>\n<p>Dans les \u00e9tablissements sanitaires et m\u00e9dico-sociaux, la ma\u00eetrise des concepts li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;incident comportemental est le pivot des formations \u00e0 la gestion de crise et \u00e0 la d\u00e9sescalade verbale. Les techniques de d\u00e9sescalade consistent \u00e0 identifier la phase prodromique de l&rsquo;incident afin d&rsquo;abaisser le ton de la voix, d&rsquo;adapter la distance prox\u00e9mique, d&rsquo;adopter une posture non mena\u00e7ante et de valider l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel de la personne avant que le seuil critique d&rsquo;agression ne soit franchi. Cette approche r\u00e9duit de mani\u00e8re spectaculaire le recours aux contentions chimiques et physiques, participant ainsi \u00e0 l&rsquo;humanisation des soins.<\/p>\n<p>Dans le contexte des organisations du travail et des ressources humaines, l&rsquo;analyse des incidents comportementaux permet d&rsquo;identifier des dysfonctionnements syst\u00e9miques plus vastes. L&rsquo;\u00e9mergence r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d&rsquo;incidents violents ou d&rsquo;altercations verbales entre collaborateurs ou \u00e0 l&rsquo;encontre de clients n&rsquo;est que rarement imputable \u00e0 la seule d\u00e9faillance individuelle ; elle signale r\u00e9guli\u00e8rement des d\u00e9faillances manag\u00e9riales, une p\u00e9nibilit\u00e9 ergonomique extr\u00eame, ou une absence de protocoles clairs de r\u00e9gulation des conflits au sein de l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations empiriques contemporaines consacr\u00e9es aux incidents comportementaux s&rsquo;attachent \u00e0 identifier les pr\u00e9dicteurs \u00e9cologiques, neurobiologiques et relationnels de ces \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Les recherches men\u00e9es par des auteurs comme Edward Carr ont d\u00e9montr\u00e9 de mani\u00e8re irr\u00e9futable que plus de 80 % des incidents comportementaux s\u00e9v\u00e8res manifest\u00e9s par des personnes atteintes de handicaps cognitifs ou d\u00e9veloppementaux ont une fonction directe de communication. Ces travaux ont prouv\u00e9 exp\u00e9rimentalement que l&rsquo;apprentissage syst\u00e9matique d&rsquo;une modalit\u00e9 de communication alternative \u00e9quivalente (via pictogrammes, gestes ou synth\u00e8se vocale) entra\u00eene une diminution de 70 \u00e0 90 % de la fr\u00e9quence des incidents graves d&rsquo;agression ou d&rsquo;automutilation.<\/p>\n<p>Sur le plan neuro-imagerie et endocrinien, les \u00e9tudes dirig\u00e9es par des neuroscientifiques sp\u00e9cialistes de l&rsquo;agressivit\u00e9 ont document\u00e9 que les individus pr\u00e9sentant des incidents comportementaux explosifs r\u00e9currents affichent fr\u00e9quemment une r\u00e9activit\u00e9 accrue de l&rsquo;amygdale coupl\u00e9e \u00e0 une connectivit\u00e9 fonctionnelle r\u00e9duite entre le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian et les structures limbiques. De surcro\u00eet, les dosages hormonaux r\u00e9alis\u00e9s au cours de phases d&rsquo;escalade objectivent une pouss\u00e9e aigu\u00eb de cat\u00e9cholamines (adr\u00e9naline et noradr\u00e9naline) et une d\u00e9r\u00e9gulation de l&rsquo;axe du cortisol, confirmant que l&rsquo;individu en cours d&rsquo;incident se trouve dans un \u00e9tat physiologique de survie neurov\u00e9g\u00e9tative excluant temporairement toute rationalit\u00e9 op\u00e9ratoire.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres travaux longitudinaux en milieu hospitalier psychiatrique ont explor\u00e9 l&rsquo;impact du climat relationnel du service sur le taux d&rsquo;incidents. Les recherches internationales sur le mod\u00e8le <em>Safewards<\/em>, d\u00e9velopp\u00e9 par Len Bowers au Royaume-Uni, ont d\u00e9montr\u00e9 empiriquement que l&rsquo;am\u00e9lioration des relations soignants-soign\u00e9s, la transparence des r\u00e8gles de vie et la mise en place d&rsquo;espaces d&rsquo;apaisement sensoriel permettent de faire chuter le taux d&rsquo;incidents violents de plus de 15 % et le recours aux isolements de plus de 25 %, prouvant que l&rsquo;incident est un produit syst\u00e9mique plut\u00f4t qu&rsquo;une fatalit\u00e9 clinique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La d\u00e9finition et l&rsquo;appr\u00e9ciation d&rsquo;un incident comportemental sont tributaires des grilles de lecture culturelles \u00e0 travers lesquelles les actes humains sont interpr\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans les cultures occidentales individualistes, o\u00f9 l&rsquo;accent est mis sur l&rsquo;autonomie, l&rsquo;initiative et la verbalisation assertive de ses d\u00e9sirs, un comportement de confrontation verbale mod\u00e9r\u00e9e ou d&rsquo;affirmation forte de ses droits peut \u00eatre per\u00e7u comme l\u00e9gitime. En revanche, dans de nombreuses cultures collectivistes (notamment en Asie de l&rsquo;Est ou dans certaines soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles d&rsquo;Afrique subsaharienne), o\u00f9 l&rsquo;harmonie du groupe, la retenue \u00e9motionnelle et le respect absolu de la hi\u00e9rarchie sont des valeurs cardinales, la moindre contestation ouverte ou le refus public d&rsquo;obtemp\u00e9rer sera imm\u00e9diatement class\u00e9 comme un incident comportemental grave et intol\u00e9rable.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les modes d&rsquo;expression de la souffrance psychique varient selon les contextes culturels. Les syndromes li\u00e9s \u00e0 la culture (<em>culture-bound syndromes<\/em>) illustrent ce ph\u00e9nom\u00e8ne avec acuit\u00e9 : l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;<em>Amok<\/em> observ\u00e9 historiquement en Asie du Sud-Est, caract\u00e9ris\u00e9 par une flamb\u00e9e soudaine d&rsquo;agitation motrice violente et indistincte, ou l&rsquo;<em>Ataque de nervios<\/em> document\u00e9 dans les populations hispaniques et carib\u00e9ennes, qui associe cris, tremblements incontr\u00f4lables et gestes agressifs, constituent des manifestations comportementales sp\u00e9cifiques qui seraient qualifi\u00e9es d&rsquo;incidents psychiatriques atypiques dans un cadre clinique standard.<\/p>\n<p>Ces variations imposent aux praticiens une vigilance m\u00e9thodologique constante pour \u00e9viter l&rsquo;erreur transculturelle qui consisterait \u00e0 pathologiser ou \u00e0 consid\u00e9rer comme \u00ab incident probl\u00e9matique \u00bb des comportements d&rsquo;expression corporelle, de deuil bruyant ou de d\u00e9sapprobation qui sont socialement codifi\u00e9s et accept\u00e9s au sein de la communaut\u00e9 d&rsquo;origine de la personne.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le recours \u00e0 la notion d&rsquo;incident comportemental ne va pas sans soulever des controverses \u00e9pist\u00e9mologiques et \u00e9thiques significatives au sein de la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des principales critiques formul\u00e9es \u00e0 l&rsquo;encontre de ce concept r\u00e9side dans son potentiel de d\u00e9contextualisation et de culpabilisation individuelle. En isolant l&rsquo;acte sous l&rsquo;\u00e9tiquette d&rsquo;\u00ab incident \u00bb, le risque est grand d&rsquo;imputer la responsabilit\u00e9 exclusive du dysfonctionnement \u00e0 l&rsquo;individu qui l&rsquo;\u00e9met, en occultant les violences structurelles, institutionnelles ou relationnelles qui ont engendr\u00e9 la crise. Dans certains \u00e9tablissements d&rsquo;h\u00e9bergement ou de d\u00e9tention, consigner des \u00ab incidents comportementaux \u00bb \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition sert parfois de justification manag\u00e9riale \u00e0 des mesures r\u00e9pressives, d\u00e9douanant l&rsquo;institution de ses propres d\u00e9faillances (surpopulation, manque de personnel qualifi\u00e9, maltraitance institutionnelle passive).<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat r\u00e9current oppose l&rsquo;approche purement comportementale \u00e0 l&rsquo;approche psychodynamique et ph\u00e9nom\u00e9nologique. Les tenants de la psychanalyse et de la ph\u00e9nom\u00e9nologie reprochent fr\u00e9quemment \u00e0 l&rsquo;analyse op\u00e9rante des incidents de se cantonner \u00e0 la surface des conduites et d&rsquo;\u00e9radiquer le \u00ab sympt\u00f4me \u00bb sans en interroger le sens inconscient, l&rsquo;angoisse de morcellement ou la qu\u00eate identitaire profonde. \u00c0 l&rsquo;inverse, les comportementalistes r\u00e9pliquent que l&rsquo;interpr\u00e9tation herm\u00e9neutique sp\u00e9culative sans mesure empirique laisse les \u00e9quipes de terrain d\u00e9munies face au danger r\u00e9el que repr\u00e9sentent les crises aigu\u00ebs au quotidien.<\/p>\n<p>Enfin, la question de la subjectivit\u00e9 de l&rsquo;enregistrement demeure une limite m\u00e9thodologique persistante. Les \u00e9tudes de fid\u00e9lit\u00e9 inter-juges montrent fr\u00e9quemment que deux professionnels observant la m\u00eame sc\u00e8ne ne consignent pas le m\u00eame niveau de gravit\u00e9 : l&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;un incident comportemental d\u00e9pend fortement du niveau de fatigue, du sentiment de comp\u00e9tence personnelle, des pr\u00e9jug\u00e9s implicites et du seuil individuel de tol\u00e9rance au stress de l&rsquo;observateur qui r\u00e9dige le rapport d&rsquo;incident.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour garantir la rigueur conceptuelle de l&rsquo;analyse, il importe de distinguer l&rsquo;incident comportemental d&rsquo;autres notions voisines qui partagent des zones de chevauchement s\u00e9mantique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Comportement d\u00e9fiant (ou comportement-probl\u00e8me) :<\/strong> il s&rsquo;agit d&rsquo;une cat\u00e9gorie g\u00e9n\u00e9rique plus large qui englobe l&rsquo;ensemble des conduites inadapt\u00e9es d&rsquo;un individu sur le long terme. L&rsquo;incident comportemental repr\u00e9sente une occurrence ponctuelle, aigu\u00eb et d\u00e9limit\u00e9e d&rsquo;un comportement d\u00e9fiant.<\/li>\n<li><strong>Crise de col\u00e8re (tantrum) :<\/strong> souvent r\u00e9serv\u00e9e au d\u00e9veloppement pr\u00e9scolaire ou de la petite enfance, la crise de col\u00e8re correspond \u00e0 une d\u00e9charge \u00e9motionnelle banale face \u00e0 une frustration d\u00e9veloppementale. L&rsquo;incident comportemental suppose une intensit\u00e9 ou des cons\u00e9quences physiques et sociales qui outrepassent les variations normales du d\u00e9veloppement typique.<\/li>\n<li><strong>Passage \u00e0 l&rsquo;acte (acting out) :<\/strong> concept d&rsquo;origine psychanalytique d\u00e9signant une conduite impulsive par laquelle un sujet traduit en action motrice une motion pulsionnelle ou un conflit intrapsychique refoul\u00e9, en court-circuitant la pens\u00e9e et le langage. L&rsquo;incident comportemental est une qualification purement descriptive, agnostique quant aux processus m\u00e9tapsychologiques sous-jacents.<\/li>\n<li><strong>Agitation psychomotrice :<\/strong> \u00e9tat d&rsquo;activit\u00e9 motrice excessive, st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e et d\u00e9sordonn\u00e9e, souvent li\u00e9 \u00e0 une pathologie somatique (d\u00e9lirium), toxique ou psychiatrique (manie). Si l&rsquo;agitation peut d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en incident comportemental, elle peut \u00e9galement se d\u00e9rouler sans aucun acte h\u00e9t\u00e9ro- ou auto-agressif sp\u00e9cifique.<\/li>\n<li><strong>Faute disciplinaire :<\/strong> terme relevant du droit, de la morale ou du r\u00e8glement interne d&rsquo;un \u00e9tablissement. Contrairement \u00e0 la faute disciplinaire qui sous-entend une intentionnalit\u00e9, un libre arbitre et une culpabilit\u00e9 m\u00e9ritant sanction, l&rsquo;incident comportemental est appr\u00e9hend\u00e9 sous un angle biopsychosocial et fonctionnel n\u00e9cessitant soutien et r\u00e9gulation.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;incident comportemental s&rsquo;impose comme un concept cardinal pour qui cherche \u00e0 appr\u00e9hender les ruptures de r\u00e9gulation de la conduite humaine \u00e0 travers une m\u00e9thodologie rigoureuse, humaine et scientifique. Les \u00e9l\u00e9ments cardinaux de sa compr\u00e9hension se r\u00e9sument ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une unit\u00e9 spatio-temporelle discr\u00e8te d&rsquo;actions observables rompant l&rsquo;\u00e9quilibre normatif d&rsquo;un environnement donn\u00e9.<\/li>\n<li>Il suit une dynamique d&rsquo;activation par phases successives (d\u00e9clenchement, escalade, crise aigu\u00eb, d\u00e9sescalade, d\u00e9pression post-crise) n\u00e9cessitant des interventions adapt\u00e9es \u00e0 chaque palier.<\/li>\n<li>Il poss\u00e8de une fonction adaptative (\u00e9vitement, obtention tangible, qu\u00eate d&rsquo;attention sociale ou auto-stimulation) qui en constitue la cl\u00e9 de vo\u00fbte compr\u00e9hensive.<\/li>\n<li>Son apparition traduit un effondrement momentan\u00e9 des capacit\u00e9s de r\u00e9gulation sous le coup d&rsquo;une menace interne ou externe, impliquant une d\u00e9sactivation des circuits pr\u00e9frontaux au profit de r\u00e9ponses neurov\u00e9g\u00e9tatives de survie.<\/li>\n<li>Son \u00e9valuation rigoureuse repose sur des outils standardis\u00e9s et l&rsquo;observation syst\u00e9matique de la triade Ant\u00e9c\u00e9dent &#8211; Comportement &#8211; Cons\u00e9quence (ABC).<\/li>\n<li>Sa prise en charge \u00e9thique et p\u00e9renne exige de d\u00e9laisser les mesures purement punitives pour privil\u00e9gier l&rsquo;am\u00e9nagement \u00e9cologique de l&rsquo;environnement, l&rsquo;enseignement de comp\u00e9tences fonctionnelles alternatives et les techniques de d\u00e9sescalade bienveillante.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bandura, A. (1977). <em>Social learning theory<\/em>. Prentice-Hall.<\/li>\n<li>Bowers, L. (2014). Safewards: A new model of conflict and containment on psychiatric wards. <em>Journal of Psychiatric and Mental Health Nursing<\/em>, 21(6), 499-508. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/jpm.12129\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/jpm.12129<\/a><\/li>\n<li>Carr, E. G., &amp; Durand, V. M. (1985). Reducing behavior problems through functional communication training. <em>Journal of Applied Behavior Analysis<\/em>, 18(2), 111-126. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1901\/jaba.1985.18-111\">https:\/\/doi.org\/10.1901\/jaba.1985.18-111<\/a><\/li>\n<li>Dodge, K. A. (2006). Translational science in action: Hostile attributional style and the development of aggressive behavior problems. <em>Development and Psychopathology<\/em>, 18(3), 791-814. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/s0954579406060391\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/s0954579406060391<\/a><\/li>\n<li>O&rsquo;Neill, R. E., Albin, R. W., Storey, K., Horner, R. H., &amp; Sprague, J. R. (2015). <em>Functional assessment and program development for problem behavior: A practical handbook<\/em> (3e \u00e9d.). Cengage Learning.<\/li>\n<li>Porges, S. W. (2011). <em>The polyvagal theory: Neurophysiological foundations of emotions, attachment, communication, and self-regulation<\/em>. W. W. Norton &amp; Company.<\/li>\n<li>Skinner, B. F. (1953). <em>Science and human behavior<\/em>. Macmillan.<\/li>\n<li>Yudofsky, S. C., Silver, J. M., Jackson, W., Endicott, J., &amp; Williams, D. (1986). The Overt Aggression Scale for the objective rating of verbal and physical aggressions. <em>The American Journal of Psychiatry<\/em>, 143(1), 35-39. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.143.1.35\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.143.1.35<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;incident comportemental d\u00e9signe un \u00e9pisode aigu de rupture de conduite chez un individu. 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