{"id":21808,"date":"2026-10-26T09:40:30","date_gmt":"2026-10-26T09:40:30","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=hierarchie-comportementale"},"modified":"2026-10-26T09:40:30","modified_gmt":"2026-10-26T09:40:30","slug":"hierarchie-comportementale","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=hierarchie-comportementale","title":{"rendered":"Hi\u00e9rarchie comportementale : Ordre et dynamique de l&rsquo;action"},"content":{"rendered":"<p>Dans l&rsquo;\u00e9tude des conduites humaines et animales, l&rsquo;action n&rsquo;\u00e9merge jamais du n\u00e9ant de mani\u00e8re chaotique ; elle s&rsquo;organise selon des priorit\u00e9s dynamiques, des forces d&rsquo;association et des probabilit\u00e9s d&rsquo;occurrence rigoureusement ordonn\u00e9es. La notion de hi\u00e9rarchie comportementale constitue la cl\u00e9 de vo\u00fbte th\u00e9orique permettant d&rsquo;expliquer comment un organisme vivant arbitre, s\u00e9lectionne et s\u00e9rialise ses r\u00e9actions face \u00e0 une multitude de sollicitations environnementales concurrentes. Comprendre cette architecture interne de nos r\u00e9ponses permet de d\u00e9crypter aussi bien la m\u00e9canique de nos habitudes quotidiennes que les fondements de nos d\u00e9cisions les plus complexes.<\/p>\n<h2>Hi\u00e9rarchie comportementale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La hi\u00e9rarchie comportementale d\u00e9signe l&rsquo;agencement ordonn\u00e9 des r\u00e9ponses motrices, verbales, affectives ou cognitives disponibles au sein du r\u00e9pertoire d&rsquo;un organisme, class\u00e9es en fonction de leur probabilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9mission, de leur force d&rsquo;habitude ou de leur valeur fonctionnelle face \u00e0 un stimulus donn\u00e9. Lorsqu&rsquo;un individu est confront\u00e9 \u00e0 une situation sp\u00e9cifique, les comportements occupant le sommet de cette structure pr\u00e9sentent une probabilit\u00e9 d&rsquo;occurrence significativement plus \u00e9lev\u00e9e que ceux rel\u00e9gu\u00e9s aux \u00e9chelons inf\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Ce concept ne d\u00e9crit pas une entit\u00e9 anatomique fig\u00e9e, mais un processus probabiliste et adaptatif. La hi\u00e9rarchisation r\u00e9sulte d&rsquo;interactions continues entre les pr\u00e9dispositions biologiques de l&rsquo;esp\u00e8ce, l&rsquo;historique d&rsquo;apprentissage propre au sujet et les contingences environnementales imm\u00e9diates. Elle permet \u00e0 l&rsquo;organisme de r\u00e9pondre avec une efficience maximale en mobilisant en premier lieu la r\u00e9ponse la plus rentable sur le plan adaptatif ou \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p>Dans les sciences du comportement contemporaines, ce principe sous-tend des paradigmes majeurs tels que la s\u00e9lection de l&rsquo;action, l&rsquo;analyse fonctionnelle des comportements d\u00e9fis, la mod\u00e9lisation des habitudes n\u00e9vrotiques et l&rsquo;application des principes de renforcement diff\u00e9rentiel. La hi\u00e9rarchie n&rsquo;est donc pas seulement descriptive, elle est \u00e9minemment explicative et pr\u00e9dictive de la dynamique adaptative des organismes vivants.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab hi\u00e9rarchie comportementale \u00bb r\u00e9unit deux concepts aux racines \u00e9tymologiques distinctes mais conceptuellement convergentes. Le terme \u00ab hi\u00e9rarchie \u00bb provient du grec ancien <em>hierarkhia<\/em> (\u1f31\u03b5\u03c1\u03b1\u03c1\u03c7\u03af\u03b1), form\u00e9 par la juxtaposition de <em>hieros<\/em> (\u1f31\u03b5\u03c1\u03cc\u03c2, \u00ab sacr\u00e9 \u00bb) et d&rsquo;<em>arkhein<\/em> (\u1f04\u03c1\u03c7\u03b5\u03b9\u03bd, \u00ab commander \u00bb ou \u00ab \u00eatre \u00e0 la t\u00eate \u00bb). Historiquement restreint \u00e0 l&rsquo;organisation eccl\u00e9siastique des ordres sacr\u00e9s au Moyen \u00c2ge, le mot a progressivement \u00e9t\u00e9 s\u00e9cularis\u00e9 \u00e0 partir du XVIIe si\u00e8cle pour qualifier toute structure pyramidale de subordination ou de classification syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>Le qualificatif \u00ab comportementale \u00bb d\u00e9rive du verbe fran\u00e7ais \u00ab comporter \u00bb, issu du latin classique <em>comportare<\/em> (\u00ab transporter ensemble \u00bb, puis \u00e0 la forme pronominale <em>se comportare<\/em>, signifiant \u00ab se conduire \u00bb ou \u00ab agir d&rsquo;une certaine fa\u00e7on \u00bb). L&rsquo;adjectif s&rsquo;est consolid\u00e9 au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle pour former l&rsquo;\u00e9quivalent direct de la terminologie anglo-saxonne <em>behavioral<\/em>, impuls\u00e9e par l&rsquo;\u00e9mergence du b\u00e9haviorisme m\u00e9thodologique et radical.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression compos\u00e9e \u00ab behavioral hierarchy \u00bb a fait son apparition formelle dans les publications acad\u00e9miques anglophones dans le premier tiers du XXe si\u00e8cle, notamment sous la plume des pionniers du n\u00e9ob\u00e9haviorisme am\u00e9ricain cherchant \u00e0 math\u00e9matiser l&rsquo;ordre d&rsquo;\u00e9mission des r\u00e9ponses apprises. Elle fut ensuite transpos\u00e9e et adopt\u00e9e dans la litt\u00e9rature francophone de psychologie exp\u00e9rimentale et d&rsquo;\u00e9thologie pour qualifier la stratification fonctionnelle du r\u00e9pertoire op\u00e9rant.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, la locution nominale f\u00e9minine se prononce phon\u00e9tiquement [je.\u0281a\u0281.\u0283i k\u0254\u0303.p\u0254\u0281.t\u0259.m\u0251\u0303.tal]. Le substantif \u00ab hi\u00e9rarchie \u00bb porte une initiale aspir\u00e9e \u00e9tymologique qui n&#8217;emp\u00eache g\u00e9n\u00e9ralement pas l&rsquo;\u00e9lision de l&rsquo;article d\u00e9fini au singulier (\u00ab la hi\u00e9rarchie \u00bb), tandis que le suffixe \u00ab -ale \u00bb de l&rsquo;adjectif marque la relation et l&rsquo;accord en genre et en nombre avec le nom qu&rsquo;il qualifie.<\/p>\n<p>Au pluriel, la formule devient \u00ab des hi\u00e9rarchies comportementales \u00bb [de z\u203fje.\u0281a\u0281.\u0283i k\u0254\u0303.p\u0254\u0281.t\u0259.m\u0251\u0303.tal]. Sur le plan syntaxique, cette unit\u00e9 lexicale s&#8217;emploie principalement comme un syntagme nominal autonome op\u00e9rant en position de sujet (\u00ab La hi\u00e9rarchie comportementale d\u00e9termine le choix imm\u00e9diat \u00bb) ou de compl\u00e9ment d&rsquo;objet (\u00ab Les contingences modifient la hi\u00e9rarchie comportementale \u00bb). Dans le discours acad\u00e9mique, elle fonctionne comme un descripteur technique d\u00e9signant un mod\u00e8le d&rsquo;organisation des r\u00e9ponses motrices et cognitives.<\/p>\n<p>On rencontre \u00e9galement des formulations synonymes ou approchantes selon les contextes disciplinaires, telles que \u00ab hi\u00e9rarchie de r\u00e9ponses \u00bb, \u00ab hi\u00e9rarchie des habitudes \u00bb (en r\u00e9f\u00e9rence explicite aux \u00e9crits hulliens) ou \u00ab ordre s\u00e9riel des conduites \u00bb. Toutefois, \u00ab hi\u00e9rarchie comportementale \u00bb demeure la d\u00e9nomination la plus inclusive et la plus rigoureuse dans les sciences du comportement.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Au c\u0153ur de la hi\u00e9rarchie comportementale r\u00e9side le constat d&rsquo;une comp\u00e9tition permanente entre les diff\u00e9rentes r\u00e9ponses qu&rsquo;un organisme est capable de d\u00e9ployer \u00e0 un moment pr\u00e9cis. Lorsqu&rsquo;un individu est soumis \u00e0 un \u00e9tat motivationnel particulier (la faim, la soif, la menace ou le d\u00e9sir de gratification sociale) et plac\u00e9 devant un ensemble de stimuli d\u00e9clencheurs, plusieurs patrons d&rsquo;action s&rsquo;activent simultan\u00e9ment dans son syst\u00e8me nerveux. Ces r\u00e9actions potentielles ne disposent pas d&rsquo;une force \u00e9quivalente : elles sont mutuellement exclusives et class\u00e9es selon une \u00e9chelle de dominance relative.<\/p>\n<p>Ce classement s&rsquo;op\u00e8re selon plusieurs param\u00e8tres interactifs. Le premier facteur r\u00e9side dans la force de l&rsquo;apprentissage ant\u00e9rieur : les comportements ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une histoire de renforcement substantielle, pr\u00e9visible et r\u00e9cente se hissent naturellement aux premi\u00e8res places de la hi\u00e9rarchie. Le deuxi\u00e8me facteur concerne le co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique et temporel de la r\u00e9ponse : selon le principe du moindre effort, un comportement exigeant une d\u00e9pense calorique minime pour un r\u00e9sultat identique sera g\u00e9n\u00e9ralement privil\u00e9gi\u00e9 par rapport \u00e0 une conduite plus exigeante. Le troisi\u00e8me facteur rel\u00e8ve de la pertinence biologique inn\u00e9e, certaines liaisons entre un stimulus et une action \u00e9tant facilit\u00e9es par l&rsquo;\u00e9volution (pr\u00e9paratisme biologique).<\/p>\n<p>La structure d&rsquo;une hi\u00e9rarchie comportementale n&rsquo;est en rien statique ou immuable ; elle se caract\u00e9rise par une forte plasticit\u00e9 contextuelle. L&rsquo;\u00e9tat physiologique de l&rsquo;organisme, d\u00e9sign\u00e9 dans le champ du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Conditionnement_op%C3%A9rant\">conditionnement op\u00e9rant<\/a> sous le terme d&rsquo;op\u00e9rations motivantes ou \u00e9tablissantes, peut alt\u00e9rer drastiquement la configuration des priorit\u00e9s. Par exemple, une privation s\u00e9v\u00e8re en eau peut propulser une conduite de recherche hydrique tout en haut de la hi\u00e9rarchie, rel\u00e9guant des comportements d&rsquo;exploration ou de repos habituellement dominants au second plan.<\/p>\n<p>En outre, la hi\u00e9rarchie se manifeste de mani\u00e8re spectaculaire lors des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;extinction exp\u00e9rimentale ou de blocage environnemental. Lorsqu&rsquo;un organisme constate que le comportement pr\u00e9dominant (r\u00e9ponse de premier rang) ne produit plus les renfor\u00e7ateurs escompt\u00e9s, ce dernier diminue progressivement en intensit\u00e9 et en fr\u00e9quence. Cette chute permet \u00e0 la r\u00e9ponse situ\u00e9e imm\u00e9diatement au rang inf\u00e9rieur de s&rsquo;exprimer \u00e0 son tour, un ph\u00e9nom\u00e8ne illustrant la cascade adaptative par laquelle l&rsquo;organisme passe en revue son r\u00e9pertoire pour r\u00e9tablir le contr\u00f4le sur son environnement.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence formelle du concept de hi\u00e9rarchie comportementale s&rsquo;inscrit dans la transition historique entre le b\u00e9haviorisme na\u00eff fond\u00e9 sur l&rsquo;arc r\u00e9flexe lin\u00e9aire et le n\u00e9ob\u00e9haviorisme computationnel et math\u00e9matis\u00e9 des ann\u00e9es 1930 \u00e0 1950. Initialement, Edward Thorndike avait ouvert la voie avec sa loi de l&rsquo;effet en 1898, sugg\u00e9rant que les r\u00e9ponses suivies de satisfaction s&rsquo;ancraient plus fortement face \u00e0 la situation, cr\u00e9ant ainsi une forme embryonnaire de pr\u00e9s\u00e9ance s\u00e9lective.<\/p>\n<p>Cependant, c&rsquo;est au psychologue am\u00e9ricain Clark L. Hull que l&rsquo;on doit la formalisation th\u00e9orique la plus d\u00e9cisive avec son concept de \u00ab hi\u00e9rarchie de famille d&rsquo;habitudes \u00bb (<em>habit-family hierarchy<\/em>), formul\u00e9 dans les ann\u00e9es 1930 et affin\u00e9 dans son ouvrage majeur de 1943, <em>Principles of Behavior<\/em>. Hull conceptualisait que pour parvenir \u00e0 un but sp\u00e9cifique dans un labyrinthe, un animal disposait d&rsquo;une constellation de cha\u00eenes de mouvements menant au m\u00eame r\u00e9sultat final. Ces chemins alternatifs \u00e9taient structur\u00e9s selon une hi\u00e9rarchie d\u00e9termin\u00e9e par le temps n\u00e9cessaire et l&rsquo;effort engag\u00e9 pour atteindre le renfor\u00e7ateur.<\/p>\n<p>Dans la d\u00e9cennie 1950, l&rsquo;\u00e9thologue <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nikolaas_Tinbergen\">Nikolaas Tinbergen<\/a> a transpos\u00e9 la logique hi\u00e9rarchique au monde animal dans son livre fondateur <em>The Study of Instinct<\/em> (1951). Tinbergen a d\u00e9montr\u00e9 que les comportements instinctifs sont organis\u00e9s selon une architecture neuro-\u00e9thologique pyramidale : les centres motivationnels sup\u00e9rieurs (ex. l&rsquo;instinct de reproduction) contr\u00f4lent et activent s\u00e9quentiellement des sous-centres de niveau inf\u00e9rieur (recherche d&rsquo;un partenaire, parade nuptiale, accouplement, soins aux petits), chaque \u00e9tape lib\u00e9rant le niveau d&rsquo;action suivant.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, le neuropsychologue Karl Lashley a publi\u00e9 en 1951 son essai capital sur l&rsquo;ordre s\u00e9riel dans le comportement (<em>The Problem of Serial Order in Behavior<\/em>). Lashley y a d\u00e9moli la conception selon laquelle le comportement complexe ne serait qu&rsquo;une simple cha\u00eene de r\u00e9flexes o\u00f9 chaque mouvement d\u00e9clenche le suivant. Il a affirm\u00e9 avec force que les actes complexes (comme le langage, le jeu du piano ou la locomotion coordonn\u00e9e) exigent des sch\u00e9mas de commande hi\u00e9rarchiques pr\u00e9alables, pr\u00e9figurant ainsi la r\u00e9volution des sciences cognitives.<\/p>\n<p>Vers la fin des ann\u00e9es 1950, David Premack a profond\u00e9ment renouvel\u00e9 la notion de hi\u00e9rarchie comportementale en proposant une r\u00e9interpr\u00e9tation probabiliste du renforcement. En montrant que n&rsquo;importe quelle r\u00e9ponse de forte probabilit\u00e9 peut servir de renfor\u00e7ateur \u00e0 une r\u00e9ponse de faible probabilit\u00e9, Premack a ancr\u00e9 la hi\u00e9rarchie dans une mesure empirique directe et relative, lib\u00e9rant l&rsquo;analyse du comportement des d\u00e9finitions circulaires traditionnelles du stimulus renfor\u00e7ant.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Les assises conceptuelles de la hi\u00e9rarchie comportementale reposent sur trois piliers th\u00e9oriques majeurs : la formulation quantitative n\u00e9ob\u00e9havioriste, l&rsquo;analyse op\u00e9rante fonctionnelle et les mod\u00e8les d&rsquo;architecture cognitive de s\u00e9lection de l&rsquo;action. Chacun de ces paradigmes propose un cadre math\u00e9matique ou computationnel pour expliquer comment l&rsquo;ordre des r\u00e9ponses est maintenu et modifi\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le mod\u00e8le de Clark Hull, la hi\u00e9rarchie comportementale d\u00e9coule de l&rsquo;\u00e9quation du potentiel de r\u00e9action effectif. Hull postulait que le potentiel d&rsquo;action (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"sEr\">$sEr$<\/span>) d\u00e9pend de la force de l&rsquo;habitude (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"sHr\">$sHr$<\/span>), elle-m\u00eame fonction du nombre d&rsquo;essais renforc\u00e9s, multipli\u00e9e par la pulsion interne (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D\">$D$<\/span>, pour <em>Drive<\/em>), l&rsquo;incitation li\u00e9e au renfor\u00e7ateur (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K\">$K$<\/span>) et diminu\u00e9e des potentiels inhibiteurs cons\u00e9cutifs \u00e0 la fatigue ou \u00e0 l&rsquo;absence de r\u00e9compense. La hi\u00e9rarchie des r\u00e9ponses correspond \u00e0 la gradation math\u00e9matique des valeurs de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"sEr\">$sEr$<\/span> pour un ensemble donn\u00e9 d&rsquo;actes candidats face au m\u00eame complexe de stimuli.<\/p>\n<p>Dans la th\u00e9orie du comportement op\u00e9rant et de l&rsquo;\u00e9conomie comportementale, la hi\u00e9rarchie s&rsquo;explique \u00e0 travers la loi de correspondance (<em>Matching Law<\/em>) formalis\u00e9e par Richard Herrnstein en 1961. Cette th\u00e9orie soutient que la r\u00e9partition relative des r\u00e9ponses \u00e9mises par un organisme entre diff\u00e9rentes options comportementales est directement proportionnelle au taux relatif de renforcement obtenu pour chacune d&rsquo;elles. La hi\u00e9rarchie est donc le reflet continu de la valeur subjective allou\u00e9e aux diff\u00e9rents d\u00e9bouch\u00e9s environnementaux, int\u00e9grant le d\u00e9lai d&rsquo;obtention de la r\u00e9compense et son ampleur.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue cognitif et neuroscientifique moderne, la hi\u00e9rarchie de r\u00e9ponse est mod\u00e9lis\u00e9e par le cadre de la s\u00e9lection d&rsquo;action et du syst\u00e8me d&rsquo;activation contentionnelle d\u00e9velopp\u00e9 par Donald Norman et Tim Shallice (1986). Selon ce mod\u00e8le, les sch\u00e9mas moteurs et comportementaux entrent dans un r\u00e9seau de comp\u00e9tition \u00e0 inhibition r\u00e9ciproque au sein des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ganglions_de_la_base\">ganglions de la base<\/a> et du cortex pr\u00e9frontal. Le sch\u00e9ma b\u00e9n\u00e9ficiant de la plus forte activation basale franchit le seuil d&rsquo;inhibition et supprime momentan\u00e9ment l&rsquo;expression des sch\u00e9mas concurrents, mat\u00e9rialisant ainsi la t\u00eate de la hi\u00e9rarchie motrice.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture d&rsquo;une hi\u00e9rarchie comportementale peut \u00eatre d\u00e9compos\u00e9e en plusieurs sous-syst\u00e8mes distincts selon la nature des r\u00e9ponses examin\u00e9es et les crit\u00e8res de classification retenus :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La hi\u00e9rarchie de probabilit\u00e9 diff\u00e9rentielle (hi\u00e9rarchie de Premack) :<\/strong> Organisation des comportements d&rsquo;un individu fond\u00e9e sur le temps qu&rsquo;il passe librement \u00e0 s&rsquo;engager dans chaque activit\u00e9 en l&rsquo;absence de contraintes (mesure de la ligne de base). Les activit\u00e9s pr\u00e9f\u00e9rentielles situ\u00e9es au sommet peuvent servir de leviers motivationnels pour augmenter l&rsquo;\u00e9mission des conduites de bas niveau.<\/li>\n<li><strong>La hi\u00e9rarchie de force d&rsquo;habitude (Hull) :<\/strong> Organisation reposant sur l&rsquo;histoire cumulative d&rsquo;apprentissage. En situation d&rsquo;urgence ou sous l&rsquo;effet d&rsquo;un stress aigu, ce sont les habitudes les plus anciennement et fermement consolid\u00e9es qui tendent \u00e0 ressurgir m\u00e9caniquement, m\u00eame si elles sont temporairement inadapt\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>La hi\u00e9rarchie motrice et cin\u00e9matique (Lashley) :<\/strong> Structuration s\u00e9rielle et descendante o\u00f9 des intentions motrices globales de haut niveau (ex. jouer un morceau de piano) se d\u00e9composent en sous-programmes coordonn\u00e9s (accords, mouvements des doigts), emp\u00eachant l&rsquo;organisme de devoir calculer consciemment chaque micro-geste.<\/li>\n<li><strong>La hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou de d\u00e9tresse subjective :<\/strong> \u00c9chelle clinique employ\u00e9e en psychoth\u00e9rapie o\u00f9 les stimuli anxiog\u00e8nes et les comportements d&rsquo;\u00e9vitement associ\u00e9s sont r\u00e9pertori\u00e9s du moins mena\u00e7ant au plus terrorisant, fournissant une progression m\u00e9thodique pour la th\u00e9rapie par exposition.<\/li>\n<li><strong>La hi\u00e9rarchie fonctionnelle op\u00e9rante :<\/strong> Ensemble de topographies comportementales diff\u00e9rentes qui poursuivent une fonction adaptative identique (par exemple, obtenir de l&rsquo;attention en pleurant, en criant ou en demandant poliment). Ces r\u00e9ponses sont ordonn\u00e9es selon leur efficacit\u00e9 relative \u00e0 produire le renforcement dans l&rsquo;environnement imm\u00e9diat.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer concr\u00e8tement la hi\u00e9rarchie comportementale, consid\u00e9rons le cas d&rsquo;un \u00e9l\u00e8ve confront\u00e9 au retour \u00e0 domicile apr\u00e8s une journ\u00e9e scolaire. En situation de choix libre, son r\u00e9pertoire comportemental face au stimulus \u00ab fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi \u00bb s&rsquo;ordonne g\u00e9n\u00e9ralement de mani\u00e8re distincte : jouer \u00e0 des jeux vid\u00e9o (rang 1, tr\u00e8s haute probabilit\u00e9), regarder des vid\u00e9os sur son smartphone (rang 2, probabilit\u00e9 moyenne-haute), discuter avec des amis (rang 3, probabilit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e) et faire ses devoirs de math\u00e9matiques (rang 4, tr\u00e8s faible probabilit\u00e9). L&rsquo;application du principe de hi\u00e9rarchie comportementale consistera \u00e0 conditionner l&rsquo;acc\u00e8s au comportement de rang 1 \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution pr\u00e9alable du comportement de rang 4, modifiant ainsi durablement l&rsquo;allocation temporelle de l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n<p>Un autre exemple saisissant s&rsquo;observe dans les situations d&rsquo;urgence ou de survie. Face \u00e0 un pr\u00e9dateur ou \u00e0 une menace corporelle soudaine, un animal d\u00e9ploie une cascade comportementale rigoureusement hi\u00e9rarchis\u00e9e : d&rsquo;abord l&rsquo;immobilit\u00e9 tonique de vigilance (<em>freeze<\/em>), puis la fuite \u00e9perdue si la menace approche (<em>flight<\/em>), suivie du combat d\u00e9fensif en cas d&rsquo;impasse (<em>fight<\/em>), et enfin la thanatose ou feinte de mort si toute action motrice devient vaine. Cette s\u00e9quence pr\u00e9programm\u00e9e refl\u00e8te l&rsquo;organisation phylog\u00e9n\u00e9tique optimale pour pr\u00e9server la vie avec une d\u00e9pense minimale de risque.<\/p>\n<p>Dans le domaine clinique, prenons l&rsquo;exemple d&rsquo;un patient souffrant d&rsquo;un trouble obsessionnel-compulsif (TOC) li\u00e9 \u00e0 la contamination. Confront\u00e9 au fait de toucher une poign\u00e9e de porte publique, sa hi\u00e9rarchie comportementale imm\u00e9diate est domin\u00e9e par un rituel de lavage des mains fr\u00e9n\u00e9tique durant dix minutes (rang 1). Si l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un point d&rsquo;eau lui est rigoureusement bloqu\u00e9, la hi\u00e9rarchie s&rsquo;effondre s\u00e9quentiellement : le patient tente d&rsquo;utiliser une lingette d\u00e9sinfectante (rang 2), puis frotte sa main contre un v\u00eatement consid\u00e9r\u00e9 comme moins souill\u00e9 (rang 3), avant de s&rsquo;effondrer dans une agitation motrice st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e ou une attaque de panique (rang 4).<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse d&rsquo;une hi\u00e9rarchie comportementale n\u00e9cessite des m\u00e9thodologies quantitatives objectives issues de l&rsquo;\u00e9thologie et de l&rsquo;analyse appliqu\u00e9e du comportement. L&rsquo;approche la plus classique repose sur l&rsquo;enregistrement continu en milieu naturel ou contr\u00f4l\u00e9 lors de sessions d&rsquo;observation du temps libre (<em>free-operant baseline<\/em>). L&rsquo;exp\u00e9rimentateur quantifie la dur\u00e9e cumul\u00e9e et la fr\u00e9quence d&rsquo;apparition de chaque comportement distinct, \u00e9tablissant un profil probabiliste non biais\u00e9 de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;\u00e9valuation des pr\u00e9f\u00e9rences chez les personnes pr\u00e9sentant des troubles neurod\u00e9veloppementaux, des protocoles standardis\u00e9s tels que le MSWO (<em>Multiple Stimulus Without Replacement<\/em>) mis au point par DeLeon et Iwata en 1996 permettent de cartographier la hi\u00e9rarchie des stimuli pr\u00e9f\u00e9rentiels et des comportements de choix correspondants. Plusieurs items sont pr\u00e9sent\u00e9s simultan\u00e9ment ; d\u00e8s qu&rsquo;un objet est s\u00e9lectionn\u00e9 par le sujet, il est retir\u00e9 de la table lors du tour suivant jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9puisement des choix, g\u00e9n\u00e9rant ainsi un classement hi\u00e9rarchique quantitatif et stable.<\/p>\n<p>Dans le champ des th\u00e9rapies comportementales, l&rsquo;\u00e9chelle des unit\u00e9s subjectives de d\u00e9tresse (SUDS, pour <em>Subjective Units of Distress Scale<\/em>), con\u00e7ue par Joseph Wolpe, permet d&rsquo;\u00e9tablir une hi\u00e9rarchie verbale et \u00e9motionnelle gradu\u00e9e de 0 \u00e0 100. Cette mesure est compl\u00e9t\u00e9e par des indicateurs psychophysiologiques objectifs, tels que la conductance cutan\u00e9e, la variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque et l&rsquo;\u00e9lectromyographie faciale, qui objectivent le rang exact de chaque stimulus et de chaque r\u00e9ponse au sein de la hi\u00e9rarchie de r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle du sujet.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension des hi\u00e9rarchies comportementales trouve un terrain d&rsquo;application f\u00e9cond en <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapie_cognitivo-comportementale\">th\u00e9rapie comportementale et cognitive<\/a> (TCC), singuli\u00e8rement \u00e0 travers la technique de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9sensibilisation_syst%C3%A9matique\">d\u00e9sensibilisation syst\u00e9matique<\/a>. En confrontant de mani\u00e8re s\u00e9quentielle le patient aux \u00e9chelons les plus bas de sa hi\u00e9rarchie d&rsquo;\u00e9vitement tout en inhibant sa r\u00e9ponse de panique par la relaxation ou l&rsquo;acceptation, le th\u00e9rapeute d\u00e9samorce progressivement les associations phobiques, permettant au patient de gravir l&rsquo;\u00e9chelle sans rupture brutale d&rsquo;adh\u00e9sion.<\/p>\n<p>En analyse appliqu\u00e9e du comportement (ABA), la ma\u00eetrise de ces hi\u00e9rarchies est indispensable \u00e0 la r\u00e9duction des comportements d&rsquo;auto-mutilation ou d&rsquo;agressivit\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 la communication fonctionnelle (FCT), les praticiens identifient la fonction du comportement perturbateur (sommet de la hi\u00e9rarchie) et enseignent une r\u00e9ponse alternative beaucoup plus efficace (comme pointer un pictogramme). En garantissant que le nouveau geste engendre un renforcement plus imm\u00e9diat et avec un moindre co\u00fbt d&rsquo;effort que le geste agressif, on parvient \u00e0 r\u00e9ordonner durablement la hi\u00e9rarchie comportementale de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Dans le monde du travail et de la gestion organisationnelle, ce concept sous-tend la compr\u00e9hension de la productivit\u00e9 et de la lutte contre la procrastination. Les collaborateurs ont tendance \u00e0 prioriser les t\u00e2ches administratives simples et \u00e0 gratification imm\u00e9diate (r\u00e9pondre \u00e0 des courriels anodins, ranger son bureau) au d\u00e9triment des dossiers strat\u00e9giques demandant une forte charge cognitive. R\u00e9am\u00e9nager l&rsquo;environnement de travail pour modifier cette hi\u00e9rarchie parcellise le travail complexe en sous-objectifs stimulants et valoris\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, en intelligence artificielle et en robotique autonome, les architectures fond\u00e9es sur le comportement s&rsquo;inspirent directement de ce principe. L&rsquo;architecture de subsomption d\u00e9velopp\u00e9e par Rodney Brooks dans les ann\u00e9es 1980 organise le comportement des robots sous forme de couches hi\u00e9rarchiques asynchrones : les couches inf\u00e9rieures g\u00e8rent les imp\u00e9ratifs critiques de survie imm\u00e9diate (\u00e9viter les obstacles physiques) et peuvent subsumer ou d\u00e9sactiver momentan\u00e9ment les couches sup\u00e9rieures consacr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;exploration ou \u00e0 la collecte de donn\u00e9es.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations empiriques sur la hi\u00e9rarchie comportementale ont largement valid\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se de la r\u00e9gulation probabiliste formul\u00e9e initialement par David Premack en 1959. Dans ses exp\u00e9riences canoniques men\u00e9es avec des enfants d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire, Premack a d&rsquo;abord mesur\u00e9 le temps pass\u00e9 spontan\u00e9ment \u00e0 faire tourner un flipper versus manipuler un distributeur de bonbons. Apr\u00e8s avoir d\u00e9termin\u00e9 la hi\u00e9rarchie individuelle de chaque enfant, il a d\u00e9montr\u00e9 que contraindre l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 de premier rang par l&rsquo;ex\u00e9cution de l&rsquo;activit\u00e9 de second rang augmentait consid\u00e9rablement la fr\u00e9quence de cette derni\u00e8re, attestant de la validit\u00e9 de la hi\u00e9rarchie comme principe de renforcement relatif.<\/p>\n<p>Les neurosciences cognitives ont enrichi ces d\u00e9couvertes en d\u00e9voilant les substrats c\u00e9r\u00e9braux de la comp\u00e9tition hi\u00e9rarchique. Les travaux d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et d&rsquo;\u00e9lectrophysiologie chez le primate ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le striatum ventral et dorsal, en lien \u00e9troit avec le cortex orbitofrontal, encode en continu la \u00ab valeur attendue de l&rsquo;action \u00bb. Lorsque plusieurs actions s&rsquo;offrent \u00e0 l&rsquo;organisme, les neurones striataux projettent des signaux d&rsquo;inhibition s\u00e9lective via la substance noire et le globus pallidus interne, supprimant les sch\u00e9mas comportementaux non prioritaires pour laisser \u00e9merger le comportement dominant.<\/p>\n<p>Un autre pan de la recherche contemporaine porte sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab r\u00e9surgence comportementale \u00bb (<em>behavioral resurgence<\/em>). Des travaux exp\u00e9rimentaux men\u00e9s par Lattal et ses collaborateurs ont \u00e9tabli que lorsqu&rsquo;un comportement r\u00e9cemment renforc\u00e9 pour en remplacer un autre est soudainement mis sous extinction, l&rsquo;ancien comportement probl\u00e9matique r\u00e9appara\u00eet spontan\u00e9ment. Cette r\u00e9surgence prouve que les comportements supplant\u00e9s ne sont jamais effac\u00e9s de la m\u00e9moire \u00e0 long terme, mais simplement r\u00e9trograd\u00e9s dans la hi\u00e9rarchie de r\u00e9ponse, pr\u00eats \u00e0 se r\u00e9activer si les contingences environnementales se d\u00e9t\u00e9riorent.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que les m\u00e9canismes neurobiologiques de s\u00e9lection de l&rsquo;action soient universels au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, la composition sp\u00e9cifique des hi\u00e9rarchies comportementales est profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9e par les normes culturelles, les pratiques de socialisation et les matrices de valeurs propres \u00e0 chaque soci\u00e9t\u00e9. Ce qui constitue une r\u00e9ponse dominante de premier rang face \u00e0 un conflit interpersonnel dans une culture individualiste peut \u00eatre s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9 et rel\u00e9gu\u00e9 au bas de la hi\u00e9rarchie dans une culture collectiviste.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s valorisant la communication directe et l&rsquo;affirmation de soi, la hi\u00e9rarchie des r\u00e9ponses face \u00e0 un d\u00e9saccord professionnel privil\u00e9gie l&rsquo;argumentation verbale explicite, la confrontation constructive et la n\u00e9gociation bilat\u00e9rale. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans les cultures r\u00e9gies par des principes d&rsquo;harmonie collective et de pr\u00e9servation de la \u00ab face \u00bb (comme dans certaines traditions d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est), la hi\u00e9rarchie comportementale spontan\u00e9e met au premier plan l&rsquo;\u00e9vitement du conflit ouvert, le recours \u00e0 la communication non-verbale implicite ou la recherche de m\u00e9diateurs indirects.<\/p>\n<p>Ces divergences imposent une vigilance m\u00e9thodologique extr\u00eame lors de l&rsquo;application de programmes d&rsquo;\u00e9valuation ou de modification du comportement \u00e0 travers diff\u00e9rents groupes ethnoculturels. Un comportement class\u00e9 par un clinicien occidental comme un \u00ab d\u00e9ficit de r\u00e9ponse \u00bb ou une \u00ab r\u00e9ponse subordonn\u00e9e \u00bb peut s&rsquo;av\u00e9rer \u00eatre une strat\u00e9gie d&rsquo;adaptation parfaitement optimis\u00e9e et attendue au sein de la communaut\u00e9 d&rsquo;origine du patient, soulignant l&rsquo;importance d&rsquo;analyser la hi\u00e9rarchie \u00e0 la lumi\u00e8re de son contexte \u00e9cologique propre.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa valeur explicative ind\u00e9niable, le concept de hi\u00e9rarchie comportementale a soulev\u00e9 plusieurs d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques et th\u00e9oriques au fil des d\u00e9cennies. L&rsquo;une des critiques fondamentales, formul\u00e9e initialement \u00e0 l&rsquo;encontre du mod\u00e8le de Premack, concerne le risque de circularit\u00e9 logique : affirmer qu&rsquo;un comportement est en haut de la hi\u00e9rarchie parce qu&rsquo;il se produit fr\u00e9quemment, puis justifier sa fr\u00e9quence \u00e9lev\u00e9e par sa position dominante dans la hi\u00e9rarchie peut confiner \u00e0 la tautologie si les variables ind\u00e9pendantes d&rsquo;activation ne sont pas rigoureusement isol\u00e9es.<\/p>\n<p>Une autre controverse majeure oppose la vision lin\u00e9aire de la hi\u00e9rarchie aux th\u00e9ories des syst\u00e8mes dynamiques non-lin\u00e9aires et de la cognition incarn\u00e9e (<em>embodied cognition<\/em>). Des auteurs comme Esther Thelen ont soulign\u00e9 que le comportement moteur n&rsquo;ob\u00e9it pas toujours \u00e0 une hi\u00e9rarchie pr\u00e9programm\u00e9e ou pyramidale stock\u00e9e dans le syst\u00e8me nerveux central. Selon cette perspective, les patrons de coordination motrice \u00e9mergent spontan\u00e9ment de l&rsquo;auto-organisation entre les propri\u00e9t\u00e9s physiques du corps, la biom\u00e9canique musculaire et les contraintes physiques imm\u00e9diates de l&rsquo;environnement, sans n\u00e9cessiter d&rsquo;ordonnancement pr\u00e9alable.<\/p>\n<p>De plus, l&rsquo;\u00e9cole de la psychologie cognitive a souvent reproch\u00e9 aux approches strictement comportementales de sous-estimer le r\u00f4le des repr\u00e9sentations symboliques, des m\u00e9tar\u00e8gles et des processus de contr\u00f4le ex\u00e9cutif descendant (<em>top-down executive control<\/em>). Un \u00eatre humain n&rsquo;est pas uniquement soumis aux forces passives de ses habitudes pass\u00e9es ; il est capable de renverser instantan\u00e9ment sa hi\u00e9rarchie de r\u00e9ponses automatiques au nom d&rsquo;une r\u00e8gle verbale abstraite ou d&rsquo;un id\u00e9al moral, un ph\u00e9nom\u00e8ne que la stricte sommation des renforcements historiques peine parfois \u00e0 mod\u00e9liser sans une complexification excessive de ses postulats.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin de dissiper toute ambigu\u00eft\u00e9 conceptuelle, il importe de distinguer la hi\u00e9rarchie comportementale de plusieurs notions connexes utilis\u00e9es en psychologie et en sociologie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Hi\u00e9rarchie des besoins (mod\u00e8le de Maslow) :<\/strong> La c\u00e9l\u00e8bre pyramide d&rsquo;Abraham Maslow cat\u00e9gorise les motivations humaines universelles (physiologiques, s\u00e9curit\u00e9, appartenance, estime, accomplissement), tandis que la hi\u00e9rarchie comportementale d\u00e9crit l&rsquo;ordre fonctionnel et concret d&rsquo;\u00e9mission des actions motrices ou op\u00e9rantes face \u00e0 un contexte pr\u00e9cis.<\/li>\n<li><strong>Cha\u00eene comportementale (<em>Behavioral Chaining<\/em>) :<\/strong> La cha\u00eene comportementale d\u00e9signe une s\u00e9quence temporelle et lin\u00e9aire d&rsquo;actes successifs o\u00f9 chaque r\u00e9ponse produit le stimulus discriminant d\u00e9clenchant la suivante pour former une comp\u00e9tence globale (ex. se brosser les dents). La hi\u00e9rarchie comportementale, quant \u00e0 elle, r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une comp\u00e9tition entre r\u00e9ponses alternatives s&rsquo;excluant mutuellement face \u00e0 une situation donn\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9pertoire comportemental :<\/strong> Le r\u00e9pertoire constitue l&rsquo;ensemble exhaustif de tous les comportements qu&rsquo;un individu est capable d&rsquo;\u00e9mettre potentiellement, alors que la hi\u00e9rarchie repr\u00e9sente l&rsquo;ordonnancement pr\u00e9f\u00e9rentiel et probabiliste de ce r\u00e9pertoire \u00e0 un instant <em>t<\/em>.<\/li>\n<li><strong>Hi\u00e9rarchie de dominance sociale (\u00e9thologie) :<\/strong> Cette notion renvoie au rang statutaire d&rsquo;un individu au sein d&rsquo;un groupe d&rsquo;animaux consp\u00e9cifiques (m\u00e2le alpha, subordination), alors que la hi\u00e9rarchie comportementale concerne une organisation intrasubjective des conduites d&rsquo;un m\u00eame individu.<\/li>\n<li><strong>Habitude (<em>Habit<\/em>) :<\/strong> Une habitude est une association stimulus-r\u00e9ponse sp\u00e9cifique devenue hautement automatis\u00e9e ; elle constitue g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment occupant la t\u00eate d&rsquo;une hi\u00e9rarchie comportementale face \u00e0 un contexte r\u00e9current.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La hi\u00e9rarchie comportementale repr\u00e9sente l&rsquo;organisation ordonn\u00e9e, fonctionnelle et adaptative des r\u00e9ponses disponibles pour un organisme face \u00e0 un environnement donn\u00e9. Elle traduit le fait fondamental que nos r\u00e9actions ne sont pas \u00e9quiprobables, mais gouvern\u00e9es par une logique de pr\u00e9s\u00e9ance concurrentielle.<\/p>\n<p>Cette structure s&rsquo;appuie sur une riche g\u00e9n\u00e9alogie scientifique unissant le concept d&rsquo;habit-family hierarchy de Clark Hull, l&rsquo;analyse probabiliste du renforcement de David Premack, les mod\u00e8les \u00e9thologiques de Nikolaas Tinbergen et les th\u00e9ories contemporaines de la s\u00e9lection d&rsquo;action dans les circuits fronto-striataux.<\/p>\n<p>La plasticit\u00e9 est l&rsquo;un de ses traits distinctifs majeurs : si la force de l&rsquo;apprentissage conf\u00e8re une certaine stabilit\u00e9 aux habitudes dominantes, les variations physiologiques, le co\u00fbt de l&rsquo;action et les modifications des contingences de renforcement peuvent r\u00e9organiser rapidement la position relative de chaque conduite.<\/p>\n<p>Sur le plan op\u00e9rationnel, la ma\u00eetrise de cette hi\u00e9rarchie est au c\u0153ur des interventions th\u00e9rapeutiques d&rsquo;exposition, des programmes de modification du comportement en \u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e, de la compr\u00e9hension de la prise de d\u00e9cision quotidienne et de l&rsquo;ing\u00e9nierie des architectures robotiques intelligentes.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>DeLeon, I. G., &#038; Iwata, B. A. (1996). Evaluation of a multiple-stimulus presentation format for assessing reinforcer preferences. <em>Journal of Applied Behavior Analysis<\/em>, 29(3), 283\u2013299. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1901\/jaba.1996.29-283\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1901\/jaba.1996.29-283<\/a><\/li>\n<li>Hull, C. L. (1943). <em>Principles of Behavior: An Introduction to Behavior Theory<\/em>. Appleton-Century-Crofts. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/principlesofbeha0000hull\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/archive.org\/details\/principlesofbeha0000hull<\/a><\/li>\n<li>Lashley, K. S. (1951). The problem of serial order in behavior. Dans L. A. Jeffress (\u00c9d.), <em>Cerebral Mechanisms in Behavior<\/em> (pp. 112\u2013136). John Wiley &#038; Sons. <a href=\"https:\/\/psycnet.apa.org\/record\/1952-03938-004\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/psycnet.apa.org\/record\/1952-03938-004<\/a><\/li>\n<li>Norman, D. A., &#038; Shallice, T. (1986). Attention to action: Willed and automatic control of behavior. Dans R. J. Davidson, G. E. Schwartz, &#038; D. Shapiro (\u00c9ds.), <em>Consciousness and Self-Regulation<\/em> (pp. 1\u201318). Springer. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-1-4757-0629-1_1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-1-4757-0629-1_1<\/a><\/li>\n<li>Premack, D. (1959). Toward empirical behavior laws: I. Positive reinforcement. <em>Psychological Review<\/em>, 66(4), 219\u2013233. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0040891\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0040891<\/a><\/li>\n<li>Tinbergen, N. (1951). <em>The Study of Instinct<\/em>. Oxford University Press. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/studyofinstinct0000tinb\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/archive.org\/details\/studyofinstinct0000tinb<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La hi\u00e9rarchie comportementale d\u00e9signe l&rsquo;organisation ordonn\u00e9e des r\u00e9ponses d&rsquo;un organisme selon leur probabilit\u00e9 et leur force d&rsquo;habitude. Analyse compl\u00e8te du concept, de Hull et Premack aux applications cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3538,1486],"tags":[26693,7120,36590,7231,93,36591],"class_list":["post-21808","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-comportementale","category-sciences-cognitives","tag-analyse-du-comportement","tag-clark-hull","tag-hierarchie-comportementale","tag-principe-de-premack","tag-psychologie-cognitive","tag-selection-de-laction"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21808","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21808\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21808"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21808"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21808"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}