{"id":21747,"date":"2026-10-26T07:09:01","date_gmt":"2026-10-26T07:09:01","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=genetique-du-comportement"},"modified":"2026-10-26T07:09:01","modified_gmt":"2026-10-26T07:09:01","slug":"genetique-du-comportement","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=genetique-du-comportement","title":{"rendered":"G\u00e9n\u00e9tique du comportement : L&rsquo;inn\u00e9 et l&rsquo;acquis"},"content":{"rendered":"<p>La g\u00e9n\u00e9tique du comportement constitue un champ d&rsquo;investigation scientifique interdisciplinaire situ\u00e9 au carrefour de la g\u00e9n\u00e9tique quantitative, de la g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire, de la psychologie diff\u00e9rentielle et des neurosciences comportementales. Cette discipline fondamentale s&rsquo;attache \u00e0 \u00e9lucider la part respective et les interactions dynamiques entre les facteurs h\u00e9r\u00e9ditaires et les influences environnementales dans l&rsquo;expression des ph\u00e9notypes psychologiques, des traits de personnalit\u00e9, des aptitudes cognitives et des psychopathologies chez l&rsquo;\u00eatre humain et l&rsquo;animal. En transcendant le clivage classique entre inn\u00e9 et acquis, elle propose aujourd&rsquo;hui un mod\u00e8le \u00e9cosyst\u00e9mique o\u00f9 le g\u00e9nome n&rsquo;agit pas comme un d\u00e9terminisme fig\u00e9, mais comme un substrat biologique r\u00e9actif et plastique modul\u00e9 par l&rsquo;exp\u00e9rience.<\/p>\n<h2>G\u00e9n\u00e9tique du comportement<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La g\u00e9n\u00e9tique du comportement est la sous-discipline scientifique qui \u00e9tudie l&rsquo;influence de la variabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique sur les diff\u00e9rences individuelles observ\u00e9es dans les comportements, les processus cognitifs, les profils \u00e9motionnels et les vuln\u00e9rabilit\u00e9s psychiatriques. Elle recourt \u00e0 des mod\u00e8les math\u00e9matiques rigoureux et \u00e0 des protocoles de biologie mol\u00e9culaire afin d&rsquo;isoler les contributions g\u00e9n\u00e9tiques, l&rsquo;environnement partag\u00e9 et l&rsquo;environnement non partag\u00e9 au sein d&rsquo;une population donn\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel, ce domaine s&rsquo;int\u00e9resse principalement \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 au sens large et au sens strict, analysant comment les polymorphismes nucl\u00e9otidiques et les variations du nombre de copies interagissent avec l&rsquo;histoire de vie de l&rsquo;organisme. Loin de postuler un d\u00e9terminisme biologique absolu, la discipline d\u00e9montre que les facteurs g\u00e9n\u00e9tiques pr\u00e9disposent des propensions probabilistes dont l&rsquo;actualisation d\u00e9pend indissociablement des facteurs biophysiques, relationnels et psychosociaux.<\/p>\n<p>Dans une perspective contemporaine, la g\u00e9n\u00e9tique du comportement englobe tant la g\u00e9n\u00e9tique quantitative classique \u2014 reposant sur l&rsquo;\u00e9tude des jumeaux et des familles adoptives \u2014 que la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/G%C3%A9n%C3%A9tique_mol%C3%A9culaire\">g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire<\/a> et l&rsquo;\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique, explorant la mani\u00e8re dont les exp\u00e9riences modifient la transcription des g\u00e8nes sans alt\u00e9rer la s\u00e9quence d&rsquo;ADN sous-jacente.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab g\u00e9n\u00e9tique du comportement \u00bb est un calque du terme anglophone <em>behavior genetics<\/em> (ou <em>behavioural genetics<\/em>), apparu dans la litt\u00e9rature scientifique anglo-saxonne au milieu du XXe si\u00e8cle, notamment popularis\u00e9 par l&rsquo;ouvrage s\u00e9minal de John L. Fuller et William Robert Thompson publi\u00e9 en 1960. Le substantif \u00ab g\u00e9n\u00e9tique \u00bb d\u00e9rive du grec ancien <em>genetikos<\/em> (\u03b3\u03b5\u03bd\u03b5\u03c4\u03b9\u03ba\u03cc\u03c2), signifiant \u00ab propre \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration, productif \u00bb, lui-m\u00eame issu de <em>genesis<\/em> (\u03b3\u03ad\u03bd\u03b5\u03c3\u03b9\u03c2), renvoyant \u00e0 l&rsquo;origine, \u00e0 la naissance ou \u00e0 la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab comportement \u00bb, quant \u00e0 lui, est form\u00e9 \u00e0 partir de la racine latine <em>comportare<\/em>, signifiant litt\u00e9ralement \u00ab porter ensemble \u00bb ou \u00ab transporter \u00bb, qui a \u00e9volu\u00e9 en moyen fran\u00e7ais pour d\u00e9signer la mani\u00e8re de se conduire, d&rsquo;agir et de r\u00e9agir en relation avec autrui ou avec son milieu. L&rsquo;association de ces deux racines refl\u00e8te le projet scientifique moderne de relier les processus originels de la reproduction cellulaire et de la transmission chromosomique \u00e0 la conduite manifeste de l&rsquo;organisme dans son \u00e9cosyst\u00e8me.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du terme dans l&rsquo;espace acad\u00e9mique francophone s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, sous l&rsquo;impulsion de psychologues et de neurobiologistes d\u00e9sireux de d\u00e9passer les lectures strictement psychanalytiques ou purement behavioristes pr\u00e9valant alors en Europe continentale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, l&rsquo;expression \u00ab g\u00e9n\u00e9tique du comportement \u00bb est une locution nominale f\u00e9minine singuli\u00e8re. Elle se prononce phon\u00e9tiquement en fran\u00e7ais standard : \/\u0292e.ne.tik dy k\u0254\u0303.p\u0254\u0281.t\u0259.m\u0251\u0303\/. On rencontre parfois l&rsquo;usage au pluriel \u2014 \u00ab g\u00e9n\u00e9tique des comportements \u00bb \u2014, bien que le singulier conceptuel demeure la norme acad\u00e9mique pr\u00e9dominante.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif correspondant est \u00ab comportementalo-g\u00e9n\u00e9tique \u00bb ou \u00ab g\u00e9n\u00e9tico-comportemental \u00bb (au f\u00e9minin : \u00ab comportementalo-g\u00e9n\u00e9tique \u00bb, \u00ab g\u00e9n\u00e9tico-comportementale \u00bb), qualifiant des approches d&rsquo;investigation ou des corr\u00e9lats empiriques. Les praticiens et chercheurs du domaine sont qualifi\u00e9s de \u00ab g\u00e9n\u00e9ticiens du comportement \u00bb (ou \u00ab comportementalistes g\u00e9n\u00e9ticiens \u00bb).<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, la locution s&#8217;emploie principalement comme compl\u00e9ment de nom (\u00ab les m\u00e9thodes de la g\u00e9n\u00e9tique du comportement \u00bb) ou comme sujet institutionnel (\u00ab la g\u00e9n\u00e9tique du comportement a d\u00e9montr\u00e9 la polyg\u00e9nie des traits cognitifs \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La g\u00e9n\u00e9tique du comportement part du constat empirique fondamental selon lequel les individus diff\u00e8rent sensiblement dans leurs conduites, leurs capacit\u00e9s intellectuelles, leur r\u00e9activit\u00e9 au stress et leur susceptibilit\u00e9 aux psychopathologies. Son objectif premier n&rsquo;est pas d&rsquo;identifier \u00ab le \u00bb g\u00e8ne responsable d&rsquo;un comportement \u2014 une conception obsol\u00e8te propre au mod\u00e8le mend\u00e9lien simple \u2014, mais de comprendre comment des milliers de variants g\u00e9n\u00e9tiques \u00e0 effets infinit\u00e9simaux s&rsquo;additionnent, se combinent et interagissent avec l&rsquo;environnement pour fa\u00e7onner le spectre de la variabilit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Pour conceptualiser cette architecture, la discipline d\u00e9compose la variance ph\u00e9notypique totale observ\u00e9e dans une population en plusieurs composantes de variance distinctes : la variance g\u00e9n\u00e9tique (qui inclut les effets additifs, la dominance g\u00e9n\u00e9tique et l&rsquo;\u00e9pistasie), la variance environnementale partag\u00e9e (les influences communes v\u00e9cues au sein d&rsquo;une m\u00eame fratrie ou d&rsquo;un m\u00eame foyer) et la variance environnementale non partag\u00e9e (les exp\u00e9riences uniques v\u00e9cues par un individu donn\u00e9, ainsi que l&rsquo;erreur de mesure). Cette d\u00e9composition statistique permet d&rsquo;estimer l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/H%C3%A9ritabilit%C3%A9\">h\u00e9ritabilit\u00e9<\/a>, un indice synth\u00e9tique variant entre 0 et 1 (ou 0 % et 100 %).<\/p>\n<p>Une m\u00e9prise fr\u00e9quente consiste \u00e0 concevoir l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 comme une mesure de l&rsquo;ancrage biologique chez un individu donn\u00e9. Or, l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 est strictement une propri\u00e9t\u00e9 de population : elle indique la proportion de la variance ph\u00e9notypique imputable aux diff\u00e9rences g\u00e9n\u00e9tiques au sein d&rsquo;un groupe pr\u00e9cis, \u00e0 un moment donn\u00e9 et dans un environnement d\u00e9termin\u00e9. Si l&rsquo;environnement d&rsquo;une population devient parfaitement homog\u00e8ne, l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 d&rsquo;un trait augmente math\u00e9matiquement, car toutes les diff\u00e9rences restantes deviennent d&rsquo;origine g\u00e9n\u00e9tique ; inversement, si les disparit\u00e9s environnementales s&rsquo;accroissent, la part relative de l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 diminue.<\/p>\n<p>Un autre pan fondamental de la conceptualisation r\u00e9side dans l&rsquo;analyse des corr\u00e9lations g\u00e8ne-environnement (not\u00e9es rGE) et des interactions g\u00e8ne-environnement (not\u00e9es GxE). Les corr\u00e9lations g\u00e8ne-environnement d\u00e9crivent comment le g\u00e9notype d&rsquo;un sujet influence son exposition diff\u00e9rentielle aux milieux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La corr\u00e9lation passive :<\/strong> les parents transmettent \u00e0 la fois leurs g\u00e8nes et cr\u00e9ent un environnement familial corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 ces m\u00eames g\u00e8nes (par exemple, des parents ayant de hautes aptitudes de lecture transmettent des pr\u00e9dispositions g\u00e9n\u00e9tiques et remplissent le foyer de livres).<\/li>\n<li><strong>La corr\u00e9lation \u00e9vocatrice (ou r\u00e9active) :<\/strong> les caract\u00e9ristiques g\u00e9n\u00e9tiquement influenc\u00e9es d&rsquo;un individu suscitent des r\u00e9actions sp\u00e9cifiques de la part de son entourage social (un enfant calme et curieux attire davantage d&rsquo;attentions p\u00e9dagogiques bienveillantes).<\/li>\n<li><strong>La corr\u00e9lation active (ou de s\u00e9lection de niche) :<\/strong> l&rsquo;individu s\u00e9lectionne, modifie et construit activement ses environnements en fonction de ses pr\u00e9dispositions g\u00e9n\u00e9tiques (un adolescent g\u00e9n\u00e9tiquement port\u00e9 sur la prise de risque cherchera des pairs aux comportements transgressifs).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les interactions g\u00e8ne-environnement (GxE), quant \u00e0 elles, mod\u00e9lisent le fait que la sensibilit\u00e9 ou la r\u00e9activit\u00e9 d&rsquo;un organisme face \u00e0 un stresseur environnemental particulier d\u00e9pend de son profil g\u00e9n\u00e9tique. Ainsi, une adversit\u00e9 infantile majeure n&rsquo;aura pas les m\u00eames cons\u00e9quences d\u00e9l\u00e9t\u00e8res selon le terrain g\u00e9n\u00e9tique du sujet, illustrant la plasticit\u00e9 diff\u00e9rentielle et la notion de susceptibilit\u00e9 biologique diff\u00e9rentielle.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>Les racines de la g\u00e9n\u00e9tique du comportement remontent aux travaux pionniers de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Francis_Galton\">Francis Galton<\/a> au XIXe si\u00e8cle. Dans son ouvrage <em>Hereditary Genius<\/em> (1869), Galton fut le premier \u00e0 tenter de quantifier la transmission familiale du talent et des aptitudes intellectuelles au sein des lign\u00e9es \u00e9minentes britanniques, inventant simultan\u00e9ment les concepts d&rsquo;arbres g\u00e9n\u00e9alogiques scientifiques et l&rsquo;\u00e9tude des jumeaux. N\u00e9anmoins, les travaux de Galton \u00e9taient profond\u00e9ment entach\u00e9s de pr\u00e9suppos\u00e9s id\u00e9ologiques et pos\u00e8rent les bases de l&rsquo;eug\u00e9nisme, une d\u00e9rive historique qui pesa lourdement sur la r\u00e9putation \u00e9thique de la discipline au cours des d\u00e9cennies suivantes.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, la synth\u00e8se moderne op\u00e9r\u00e9e par Ronald Fisher en 1918 permit d&rsquo;unifier la g\u00e9n\u00e9tique mend\u00e9lienne des caract\u00e8res discrets et la biom\u00e9trie des caract\u00e8res continus. Fisher d\u00e9montra que les traits quantitatifs normaux, tels que la taille ou l&rsquo;intelligence, pouvaient \u00eatre g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;action combin\u00e9e d&rsquo;un grand nombre de loci g\u00e9n\u00e9tiques individuels ob\u00e9issant strictement aux lois de Mendel, posant ainsi les assises formelles de la g\u00e9n\u00e9tique quantitative.<\/p>\n<p>L&rsquo;institutionnalisation disciplinaire s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ra apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. En 1960 parut le manuel fondamental de Fuller et Thompson, intitul\u00e9 <em>Behavior Genetics<\/em>, qui d\u00e9limita rigoureusement le champ. Dix ans plus tard, en 1970, fut fond\u00e9e la <em>Behavior Genetics Association<\/em> (BGA), assortie de sa revue phare, <em>Behavior Genetics<\/em>, sous l&rsquo;impulsion de figures majeures telles que Theodosius Dobzhansky et Jerry Hirsch.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1970 \u00e0 1990, des \u00e9tudes longitudinales \u00e0 grande \u00e9chelle transform\u00e8rent le paysage de la psychologie diff\u00e9rentielle. Le <em>Minnesota Twin Family Study<\/em>, initi\u00e9 par Thomas Bouchard Jr., marqua un tournant retentissant en \u00e9tudiant des jumeaux monozygotes et dizygotes \u00e9lev\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment d\u00e8s la petite enfance. Ces travaux r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent une congruence frappante dans les profils de personnalit\u00e9 et les quotients intellectuels, r\u00e9habilitant de mani\u00e8re d\u00e9cisive l&rsquo;importance des facteurs g\u00e9n\u00e9tiques face \u00e0 l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie du b\u00e9haviorisme radical de Skinner.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;aube du XXIe si\u00e8cle, le d\u00e9cryptage du g\u00e9nome humain et l&rsquo;\u00e9mergence des micropuces \u00e0 ADN ont inaugur\u00e9 l&rsquo;\u00e8re des \u00e9tudes d&rsquo;association pang\u00e9nomique (GWAS). Ces technologies ont permis de d\u00e9passer les querelles d&rsquo;estimations indirectes de variance pour identifier directement les polymorphismes nucl\u00e9otidiques individuels impliqu\u00e9s dans les traits psychologiques, tout en ouvrant la voie \u00e0 la r\u00e9volution de l&rsquo;\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique comportementale initi\u00e9e par des chercheurs comme Michael Meaney et Moshe Szyf.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La g\u00e9n\u00e9tique du comportement repose sur un ensemble de paradigmes articulant les lois biologiques de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 et les mod\u00e9lisations stochastiques de la psychologie. Le premier fondement th\u00e9orique majeur est le mod\u00e8le polyg\u00e9nique infinit\u00e9simal, formul\u00e9 initialement par Fisher. Selon ce mod\u00e8le, la distribution gaussienne des traits comportementaux continus r\u00e9sulte de l&rsquo;action conjointe d&rsquo;un nombre quasi-infini de g\u00e8nes \u00e0 petits effets additifs, soumise \u00e0 des variations environnementales al\u00e9atoires.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me pilier repose sur la g\u00e9n\u00e9tique quantitative des populations et la mod\u00e9lisation par \u00e9quations structurelles (SEM). Dans ce cadre, la ressemblance entre apparent\u00e9s s&rsquo;explique par la proportion connue d&rsquo;all\u00e8les partag\u00e9s identiques par descendance : 100 % pour les jumeaux monozygotes, 50 % en moyenne pour les jumeaux dizygotes et les fratries compl\u00e8tes, 25 % pour les demi-fratries et 0 % pour les enfants adopt\u00e9s non apparent\u00e9s. En comparant les matrices de covariance observ\u00e9es aux matrices th\u00e9oriques, les chercheurs estiment les param\u00e8tres A (g\u00e9n\u00e9tique additive), D (dominance non-additive), C (environnement commun partag\u00e9) et E (environnement sp\u00e9cifique ou non partag\u00e9), incarn\u00e9s dans le c\u00e9l\u00e8bre mod\u00e8le univari\u00e9 ACE.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me ancrage th\u00e9orique est la th\u00e9orie bio\u00e9cologique et transactionnelle du d\u00e9veloppement, th\u00e9oris\u00e9e notamment par Urie Bronfenbrenner et Sandra Scarr. Ce paradigme postule que le g\u00e9nome guide l&rsquo;organisme dans sa co-construction active du milieu. Les g\u00e8nes ne se d\u00e9ploient pas dans un vide relationnel ; ils orientent la s\u00e9lection des contextes \u00e9ducatifs, sociaux et professionnels, cr\u00e9ant une dialectique continue o\u00f9 l&rsquo;exp\u00e9rience concr\u00e8te fa\u00e7onne en retour l&rsquo;expression ph\u00e9notypique du patrimoine h\u00e9r\u00e9ditaire.<\/p>\n<p>Enfin, la g\u00e9n\u00e9tique du comportement s&rsquo;adosse \u00e0 la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9volution n\u00e9odarwinienne et \u00e0 la psychologie \u00e9volutionniste. Elle examine comment les pressions s\u00e9lectives ancestrales ont maintenu une diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique consid\u00e9rable au sein des populations humaines (s\u00e9lection \u00e9quilibrante, pl\u00e9iotropie antagoniste ou variations environnementales fluctuantes), expliquant pourquoi des traits comme l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou l&rsquo;introversion continuent d&rsquo;exister au lieu d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s par la s\u00e9lection naturelle.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;investigation en g\u00e9n\u00e9tique du comportement se structure autour de concepts op\u00e9ratoires et de designs m\u00e9thodologiques pr\u00e9cis :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>H\u00e9ritabilit\u00e9 au sens large (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"H^2\">$H^2$<\/span>) :<\/strong> proportion de la variance ph\u00e9notypique totale attribuable \u00e0 l&rsquo;ensemble des facteurs g\u00e9n\u00e9tiques, englobant les effets additifs, la dominance intralocus et les interactions \u00e9pistatiques interloci.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9ritabilit\u00e9 au sens strict (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"h^2\">$h^2$<\/span>) :<\/strong> fraction de la variance ph\u00e9notypique imputable exclusivement \u00e0 la variance g\u00e9n\u00e9tique additive, repr\u00e9sentant la part h\u00e9ritable transmise de mani\u00e8re pr\u00e9visible des g\u00e9niteurs \u00e0 leur descendance.<\/li>\n<li><strong>Environnement partag\u00e9 (C) :<\/strong> ensemble des facteurs environnementaux qui rendent les individus \u00e9lev\u00e9s au sein d&rsquo;une m\u00eame cellule familiale plus similaires les uns aux autres (statut socio-\u00e9conomique des parents, culture familiale, quartier de r\u00e9sidence).<\/li>\n<li><strong>Environnement non partag\u00e9 (E) :<\/strong> \u00e9v\u00e9nements et influences uniques v\u00e9cus de fa\u00e7on diff\u00e9rentielle par chaque membre de la fratrie (traumatismes sp\u00e9cifiques, maladies infantiles, groupe de pairs distinct, perception subjective divergente de l&rsquo;\u00e9ducation parentale), incluant l&rsquo;erreur de mesure statistique.<\/li>\n<li><strong>Score polyg\u00e9nique (Polygenic Risk Score &#8211; PRS) :<\/strong> agr\u00e9gation statistique standardis\u00e9e des effets de millions de variants all\u00e9liques d\u00e9couverts lors des GWAS, permettant d&rsquo;attribuer \u00e0 un individu un indice quantitatif continu pr\u00e9disant son profil ph\u00e9notypique relatif.<\/li>\n<li><strong>\u00c9pig\u00e9n\u00e9tique comportementale :<\/strong> m\u00e9canismes mol\u00e9culaires r\u00e9gulant l&rsquo;accessibilit\u00e9 de la chromatine (m\u00e9thylation de l&rsquo;ADN, modifications post-traductionnelles des histones, microARN) sans alt\u00e9rer la s\u00e9quence nucl\u00e9otidique, permettant \u00e0 l&rsquo;environnement de moduler l&rsquo;expression des g\u00e8nes \u00e0 court et \u00e0 long terme.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;application des paradigmes de la g\u00e9n\u00e9tique du comportement \u00e9claire de multiples facettes du fonctionnement humain :<\/p>\n<p><strong>Le cas embl\u00e9matique des jumeaux Jim (Minnesota Twin Study) :<\/strong> Jim Lewis et Jim Springer, jumeaux monozygotes s\u00e9par\u00e9s \u00e0 la naissance et adopt\u00e9s par deux familles diff\u00e9rentes de l&rsquo;Ohio \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de quatre semaines, se sont retrouv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 39 ans. Les chercheurs ont d\u00e9couvert des similitudes d\u00e9concertantes : tous deux conduisaient le m\u00eame mod\u00e8le de voiture, fumaient la m\u00eame marque de cigarettes, rongeaient leurs ongles jusqu&rsquo;au sang, pr\u00e9sentaient des trac\u00e9s \u00e9lectroenc\u00e9phalographiques quasi-identiques et avaient m\u00eame baptis\u00e9 leur premier fils avec des pr\u00e9noms similaires. Si certaines de ces concordances rel\u00e8vent de la co\u00efncidence probabiliste, leur congruence statistique globale sur les dimensions fondamentales de la personnalit\u00e9 illustre la puissance de la contribution g\u00e9n\u00e9tique sous-jacente.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;interaction entre le g\u00e8ne du transporteur de la s\u00e9rotonine et le stress (Caspi et al., 2003) :<\/strong> L&rsquo;une des \u00e9tudes les plus c\u00e9l\u00e8bres en g\u00e9n\u00e9tique du comportement clinique a port\u00e9 sur le g\u00e8ne <em>SLC6A4<\/em> (codant pour le transporteur de la s\u00e9rotonine, r\u00e9gion 5-HTTLPR). Les chercheurs ont montr\u00e9 que les individus porteurs d&rsquo;un ou deux all\u00e8les courts pr\u00e9sentaient un risque significativement plus \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9velopper un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur \u00e0 la suite d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements de vie traumatiques par rapport aux porteurs de deux all\u00e8les longs. En l&rsquo;absence de stresseurs environnementaux majeurs, les all\u00e8les courts n&rsquo;induisaient aucune pr\u00e9disposition d\u00e9pressive, d\u00e9montrant magistralement l&rsquo;existence d&rsquo;une interaction g\u00e8ne-environnement concr\u00e8te.<\/p>\n<p><strong>Le paradoxe de l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 de l&rsquo;intelligence avec l&rsquo;\u00e2ge (effet Wilson) :<\/strong> Contrairement \u00e0 l&rsquo;intuition commune voulant que l&rsquo;influence de l&rsquo;environnement s&rsquo;accumule et s&rsquo;accroisse au fil de la vie adulte, l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 des fonctions cognitives g\u00e9n\u00e9rales (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"g\">$g$<\/span>) passe d&rsquo;environ 20 \u00e0 30 % dans la petite enfance \u00e0 plus de 70-80 % chez l&rsquo;adulte mature. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s&rsquo;explique par la s\u00e9lection de niche (corr\u00e9lation active) : \u00e0 mesure que les individus grandissent et s&rsquo;\u00e9mancipent du carcan parental, ils choisissent et mod\u00e8lent leur environnement d&rsquo;apprentissage en harmonie avec leurs facilit\u00e9s et leurs penchants g\u00e9n\u00e9tiques.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des contributions g\u00e9n\u00e9tiques et environnementales repose sur une batterie de dispositifs m\u00e9thodologiques quantitatifs sophistiqu\u00e9s :<\/p>\n<p><strong>Le devis classique des jumeaux (Classical Twin Design) :<\/strong> Ce protocole compare les corr\u00e9lations intraclasses entre jumeaux monozygotes (MZ), qui partagent 100 % de leur bagage g\u00e9n\u00e9tique, et jumeaux dizygotes (DZ), qui en partagent en moyenne 50 %. Selon les \u00e9quations de Falconer :<\/p>\n<pre style=\"display:none;\">Mod\u00e8le de Falconer<\/pre>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"h^2 = 2 \times (r_{MZ} - r_{DZ})\">$$h^2 = 2 \times (r_{MZ} &#8211; r_{DZ})$$<\/span><\/p>\n<p>Cette formule classique permet d&rsquo;estimer rapidement l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9, avant d&rsquo;\u00eatre affin\u00e9e par la mod\u00e9lisation en pistes causales (structural equation modeling) \u00e0 l&rsquo;aide de progiciels sp\u00e9cialis\u00e9s comme OpenMx.<\/p>\n<p><strong>Les \u00e9tudes d&rsquo;adoption :<\/strong> Elles comparent les similitudes entre enfants adopt\u00e9s et leurs parents biologiques (partage de g\u00e8nes, environnement disjoint) et entre ces m\u00eames enfants et leurs parents adoptifs (partage d&rsquo;environnement, g\u00e9nome disjoint). Ce design permet de contr\u00f4ler rigoureusement les biais inh\u00e9rents \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des environnements chez les jumeaux.<\/p>\n<p><strong>Les \u00e9tudes d&rsquo;association pang\u00e9nomique (GWAS) :<\/strong> Ces analyses scannent des centaines de milliers de polymorphismes mononucl\u00e9otidiques (SNP) diss\u00e9min\u00e9s sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;ADN chez des cohortes massives de plusieurs centaines de milliers d&rsquo;individus. Elles permettent d&rsquo;identifier les variants significativement associ\u00e9s \u00e0 un trait ph\u00e9notypique selon un seuil de significativit\u00e9 strict ($p < 5 \times 10^{-8}$), \u00e9vitant les faux positifs li\u00e9s aux tests multiples.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;estimation par SNP-h\u00e9ritabilit\u00e9 (GCTA-GREML) :<\/strong> Cette technique utilise les variations g\u00e9n\u00e9tiques mesur\u00e9es directement par g\u00e9notypage pour \u00e9valuer la parent\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique distale entre individus non apparent\u00e9s dans la population g\u00e9n\u00e9rale, estimant ainsi directement la part de variance ph\u00e9notypique captur\u00e9e par les SNP courants du g\u00e9nome.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>Les apports de la g\u00e9n\u00e9tique du comportement transcendent le cadre fondamental de la recherche universitaire et s&rsquo;\u00e9tendent \u00e0 de multiples domaines appliqu\u00e9s :<\/p>\n<p><strong>En psychiatrie de pr\u00e9cision et pharmacog\u00e9n\u00e9tique :<\/strong> La compr\u00e9hension des architectures g\u00e9n\u00e9tiques sous-tendant la schizophr\u00e9nie, les troubles bipolaires ou le trouble du spectre de l&rsquo;autisme permet de d\u00e9construire les nosologies traditionnelles au profit de dimensions \u00e9tiologiques plus homog\u00e8nes. En clinique, la pharmacog\u00e9n\u00e9tique s&rsquo;appuie sur ces connaissances pour adapter les posologies d&rsquo;antid\u00e9presseurs ou d&rsquo;antipsychotiques selon le profil enzymatique du cytochrome P450 du patient, limitant la toxicit\u00e9 et optimisant l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p><strong>En \u00e9ducation et p\u00e9dagogie diff\u00e9rentielle :<\/strong> La d\u00e9monstration de l&rsquo;origine g\u00e9n\u00e9tique d&rsquo;une part substantielle des troubles neurod\u00e9veloppementaux des apprentissages \u2014 comme la dyslexie ou le TDAH \u2014 d\u00e9culpabilise durablement les parents et les \u00e9quipes \u00e9ducatives. Elle favorise le d\u00e9ploiement d&rsquo;interventions pr\u00e9coces et personnalis\u00e9es, adapt\u00e9es au rythme et aux styles cognitifs singuliers des apprenants, plut\u00f4t que d&rsquo;imposer un mod\u00e8le p\u00e9dagogique universel et rigide.<\/p>\n<p><strong>En pr\u00e9vention et sant\u00e9 publique :<\/strong> La stratification des populations \u00e0 haut risque \u00e0 l&rsquo;aide des scores de risque polyg\u00e9nique (PRS) ouvre la voie \u00e0 des politiques de pr\u00e9vention cibl\u00e9e. Par exemple, rep\u00e9rer des adolescents pr\u00e9sentant une vuln\u00e9rabilit\u00e9 polyg\u00e9nique \u00e9lev\u00e9e \u00e0 l&rsquo;addiction permet de concevoir des programmes d&rsquo;accompagnement psychosocial ciblant sp\u00e9cifiquement la gestion de l&rsquo;impulsivit\u00e9 et la r\u00e9sistance \u00e0 la pression des pairs avant l&rsquo;\u00e9mergence des comportements d&rsquo;usage de substances psychoactives.<\/p>\n<p><strong>En psychologie l\u00e9gale et criminologie :<\/strong> L&rsquo;analyse g\u00e9n\u00e9tique commence \u00e0 \u00eatre mobilis\u00e9e lors d&rsquo;expertises m\u00e9dico-l\u00e9gales pour documenter des pr\u00e9dispositions \u00e0 l&rsquo;impulsivit\u00e9 motrice ou \u00e0 la dysr\u00e9gulation \u00e9motionnelle dans des contextes traumatiques. Toutefois, la justice r\u00e9cuse fermement l&rsquo;assimilation d&rsquo;une vuln\u00e9rabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 une irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale totale, r\u00e9affirmant l&rsquo;autonomie et le libre arbitre de l&rsquo;acteur moral.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Des d\u00e9cennies de recherches empiriques et de m\u00e9ta-analyses ont abouti \u00e0 ce que Robert Plomin a formalis\u00e9 sous le nom des \u00ab trois lois fondamentales de la g\u00e9n\u00e9tique du comportement \u00bb (plus tard compl\u00e9t\u00e9es par d&rsquo;autres axiomes) :<\/p>\n<p>1. <strong>Tous les traits psychologiques humains sont substantiellement h\u00e9ritables :<\/strong> Aucune dimension psychologique p\u00e9renne mesur\u00e9e avec fid\u00e9lit\u00e9 (cognition, Big Five de la personnalit\u00e9, orientation politique, bien-\u00eatre subjectif) n&rsquo;affiche une h\u00e9ritabilit\u00e9 nulle. En moyenne, l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 des traits psychologiques gravite autour de 40 \u00e0 50 %.<\/p>\n<p>2. <strong>L&rsquo;effet d&rsquo;\u00eatre \u00e9lev\u00e9 au sein de la m\u00eame famille est nettement inf\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;effet des g\u00e8nes :<\/strong> L&rsquo;environnement partag\u00e9 (C) n&rsquo;explique souvent qu&rsquo;une part r\u00e9siduelle (inf\u00e9rieure \u00e0 10 %) de la variance des traits de personnalit\u00e9 et des comp\u00e9tences cognitives \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. Deux enfants adopt\u00e9s \u00e9lev\u00e9s dans le m\u00eame foyer ne se ressemblent gu\u00e8re plus sur le plan de la personnalit\u00e9 que deux inconnus tir\u00e9s au sort dans la rue.<\/p>\n<p>3. <strong>Une proportion substantielle de la variance des traits comportementaux complexes n&rsquo;est pas expliqu\u00e9e par les g\u00e8nes ou par l&rsquo;environnement familial :<\/strong> L&rsquo;environnement non partag\u00e9 (E) constitue la principale composante environnementale expliquant les trajectoires individuelles dissemblables au sein d&rsquo;une m\u00eame maisonn\u00e9e.<\/p>\n<p>Une m\u00e9ta-analyse majeure publi\u00e9e par Polderman et ses collaborateurs en 2015 dans la revue <em>Nature Genetics<\/em>, synth\u00e9tisant 2 748 publications parues sur une dur\u00e9e de 50 ans et englobant plus de 14,5 millions de paires de jumeaux \u00e0 travers le globe pour 17 804 traits diff\u00e9rents, a confirm\u00e9 que la quasi-totalit\u00e9 des traits humains manifestent une h\u00e9ritabilit\u00e9 significative, corroborant une architecture g\u00e9n\u00e9tique globalement additive compatible avec le mod\u00e8le infinit\u00e9simal de Fisher.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la d\u00e9couverte de l&rsquo;\u00ab h\u00e9ritabilit\u00e9 manquante \u00bb (<em>missing heritability<\/em>) a stimul\u00e9 la recherche moderne : la somme des variants individuels d\u00e9tect\u00e9s par les GWAS initiaux peinait \u00e0 reconstituer l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 estim\u00e9e par les \u00e9tudes de jumeaux. Ce gouffre se comble progressivement gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;augmentation de la puissance statistique des \u00e9chantillons, \u00e0 l&rsquo;analyse des variants rares et \u00e0 la prise en compte fine des interactions \u00e9pistatiques et de l&rsquo;environnement \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;universalit\u00e9 et la sp\u00e9cificit\u00e9 des estimations de la g\u00e9n\u00e9tique du comportement doivent imp\u00e9rativement \u00eatre \u00e9valu\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re des r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles. Une limitation majeure de la litt\u00e9rature contemporaine r\u00e9side dans le biais WEIRD (<em>Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic<\/em>) : plus de 80 % des cohortes de g\u00e9notypage utilis\u00e9es dans les GWAS proviennent d&rsquo;individus d&rsquo;ascendance europ\u00e9enne caucasienne.<\/p>\n<p>Cette homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 d&rsquo;\u00e9chantillonnage pose un probl\u00e8me \u00e9pist\u00e9mologique et \u00e9thique criant. Les scores polyg\u00e9niques d\u00e9riv\u00e9s d&rsquo;une population d&rsquo;origine europ\u00e9enne perdent une grande part de leur validit\u00e9 pr\u00e9dictive lorsqu&rsquo;ils sont appliqu\u00e9s \u00e0 des populations d&rsquo;ascendance africaine, asiatique ou am\u00e9rindienne, en raison des diff\u00e9rences de fr\u00e9quence all\u00e9liques, de d\u00e9rive g\u00e9n\u00e9tique ancestrale et de d\u00e9s\u00e9quilibre de liaison diff\u00e9rentiel entre les groupes humains.<\/p>\n<p>Sur le plan sociologique, les contextes culturels modulent directement l&rsquo;expression de l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9. Dans les soci\u00e9t\u00e9s totalitaires ou au sein de contextes hautement restrictifs o\u00f9 les opportunit\u00e9s de scolarisation sont rigoureusement uniformis\u00e9es ou limit\u00e9es, les variances environnementales peuvent masquer l&rsquo;expression du potentiel g\u00e9n\u00e9tique individuel. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans les d\u00e9mocraties pluralistes favorisant l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances, la mobilit\u00e9 sociale et l&rsquo;individualisation des parcours, les personnes jouissent d&rsquo;une plus grande libert\u00e9 pour construire une niche environnementale conforme \u00e0 leurs pr\u00e9dispositions g\u00e9n\u00e9tiques, ce qui a pour corollaire paradoxal de maximiser l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 mesur\u00e9e des comp\u00e9tences professionnelles et intellectuelles.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La g\u00e9n\u00e9tique du comportement suscite des d\u00e9bats scientifiques et philosophiques intenses depuis son av\u00e8nement. Parmi les critiques m\u00e9thodologiques les plus robustes figure la contestation de l&rsquo;\u00ab hypoth\u00e8se de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des environnements \u00bb (<em>Equal Environments Assumption<\/em> &#8211; EEA) dans les \u00e9tudes de jumeaux. Les d\u00e9tracteurs soulignent que les jumeaux monozygotes sont souvent trait\u00e9s de fa\u00e7on plus similaire par leurs parents, leurs pairs et leurs enseignants que les jumeaux dizygotes, ce qui pourrait artificiellement gonfler la ressemblance ph\u00e9notypique et surestimer l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique calcul\u00e9e.<\/p>\n<p>Une controverse intellectuelle r\u00e9currente concerne le spectre du d\u00e9terminisme biologique et de la naturalisation des in\u00e9galit\u00e9s sociales. Des penseurs critiques, tels que Stephen Jay Gould (dans <em>The Mismeasure of Man<\/em>) et Richard Lewontin, ont alert\u00e9 contre la tentation de mobiliser l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 pour justifier le statu quo socio-\u00e9conomique ou pour imputer fallacieusement les \u00e9carts de performance scolaire entre groupes ethniques \u00e0 des causes g\u00e9n\u00e9tiques endog\u00e8nes, ignorant les disparit\u00e9s historiques et mat\u00e9rielles massives accumul\u00e9es.<\/p>\n<p>Sur le plan biologique, certains neurobiologistes reprochent aux mod\u00e8les additifs d&rsquo;ignorer la dynamique intrins\u00e8quement non-lin\u00e9aire du d\u00e9veloppement embryonnaire et neural. La notion de syst\u00e8me d\u00e9veloppemental complexe souligne que les g\u00e8nes ne constituent pas un plan d&rsquo;architecte ex\u00e9cut\u00e9 passivement, mais des \u00e9l\u00e9ments interactifs au sein de boucles de r\u00e9troaction m\u00e9taboliques, rendant l&rsquo;attribution statistique de \u00ab pourcentages \u00bb g\u00e9n\u00e9tiques ind\u00e9pendants scientifiquement r\u00e9ductrice si elle est interpr\u00e9t\u00e9e hors contexte.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender correctement la g\u00e9n\u00e9tique du comportement, il convient de la distinguer de concepts adjacents avec lesquels elle est fr\u00e9quemment confondue :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9pig\u00e9n\u00e9tique :<\/strong> \u00e9tude des modifications transmissibles de l&rsquo;expression des g\u00e8nes sans alt\u00e9ration de la s\u00e9quence d&rsquo;ADN, alors que la g\u00e9n\u00e9tique du comportement \u00e9tudie l&rsquo;influence globale du g\u00e9nome et de ses polymorphismes structurels en interaction avec le milieu.<\/li>\n<li><strong>Psychologie \u00e9volutionniste :<\/strong> discipline qui s&rsquo;attache \u00e0 identifier les adaptations psychologiques universelles s\u00e9lectionn\u00e9es au cours de l&rsquo;histoire phylog\u00e9n\u00e9tique de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, tandis que la g\u00e9n\u00e9tique du comportement s&rsquo;int\u00e9resse avant tout \u00e0 la variabilit\u00e9 interindividuelle contemporaine et \u00e0 ce qui rend chaque individu unique au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/li>\n<li><strong>Neurobiologie :<\/strong> science qui explore les m\u00e9canismes anatomiques, cellulaires et physiologiques du syst\u00e8me nerveux, servant de relais fonctionnel par lequel les variations g\u00e9n\u00e9tiques modifient concr\u00e8tement les conduites comportementales.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9terminisme g\u00e9n\u00e9tique :<\/strong> posture id\u00e9ologique r\u00e9ductionniste affirmant que les comportements sont in\u00e9luctablement programm\u00e9s par les g\u00e8nes, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la g\u00e9n\u00e9tique du comportement moderne qui adopte un mod\u00e8le probabiliste et interactif.<\/li>\n<li><strong>G\u00e9nomique quantitative :<\/strong> branche des math\u00e9matiques appliqu\u00e9es et de la biom\u00e9trie qui fournit les algorithmes et \u00e9quations formelles mobilis\u00e9s par la g\u00e9n\u00e9tique du comportement pour diss\u00e9quer les variances ph\u00e9notypiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La g\u00e9n\u00e9tique du comportement constitue une branche incontournable des sciences psychologiques contemporaines, d\u00e9montrant avec rigueur l&rsquo;intrication indissociable des facteurs biologiques et sociologiques :<\/p>\n<ul>\n<li>Tous les traits psychologiques et comportementaux mesurables manifestent une h\u00e9ritabilit\u00e9 substantielle, g\u00e9n\u00e9ralement comprise entre 30 et 60 %.<\/li>\n<li>L&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 est une statistique populationnelle relative et dynamique, et non un d\u00e9terminisme biologique fix\u00e9 et individuel.<\/li>\n<li>Les influences environnementales agissent majoritairement par le biais de l&rsquo;environnement non partag\u00e9 (exp\u00e9riences de vie idiosyncrasiques) plut\u00f4t que par l&rsquo;environnement partag\u00e9 au sein du foyer.<\/li>\n<li>Les corr\u00e9lations et interactions g\u00e8ne-environnement d\u00e9montrent que le g\u00e9nome guide activement la construction et la s\u00e9lection des contextes environnementaux v\u00e9cus par l&rsquo;individu.<\/li>\n<li>La r\u00e9volution des GWAS et des scores polyg\u00e9niques fait progresser la psychiatrie personnalis\u00e9e, tout en n\u00e9cessitant une vigilance \u00e9thique stricte face aux d\u00e9rives d\u00e9terministes et discriminatoires.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Bouchard, T. J., Lykken, D. T., McGue, M., Segal, N. L., &#038; Tellegen, A. (1990). Sources of human psychological differences: The Minnesota Study of Twins Reared Apart. <em>Science<\/em>, 250(4978), 223\u2013228. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.2218526\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.2218526<\/a><\/p>\n<p>Caspi, A., Sugden, K., Moffitt, T. E., Taylor, A., Craig, I. W., Harrington, H., McClay, J., Mill, J., Martin, J., Braithwaite, A., &#038; Poulton, R. (2003). Influence of life stress on depression: Moderation by a polymorphism in the 5-HTT gene. <em>Science<\/em>, 301(5631), 386\u2013389. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1083968\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1083968<\/a><\/p>\n<p>Plomin, R., DeFries, J. C., Knopik, V. S., &#038; Neiderhiser, J. M. (2016). <em>Behavioral Genetics<\/em> (7th ed.). Worth Publishers.<\/p>\n<p>Polderman, T. J. C., Benyamin, B., de Leeuw, C. A., Sullivan, P. F., van Bochoven, A., Visscher, P. M., &#038; Posthuma, D. (2015). Meta-analysis of the heritability of human traits based on fifty years of twin studies. <em>Nature Genetics<\/em>, 47(7), 702\u2013709. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/ng.3285\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/ng.3285<\/a><\/p>\n<p>Scarr, S., &#038; McCartney, K. (1983). How people make their own environments: A theory of genotype $<br \/>\nightarrow$ environment effects. <em>Child Development<\/em>, 54(2), 424\u2013435. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/1129703\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/1129703<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La g\u00e9n\u00e9tique du comportement \u00e9tudie l&rsquo;influence conjointe des facteurs g\u00e9n\u00e9tiques et environnementaux sur les conduites, la cognition et les troubles psychologiques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[36505,459,6367],"tags":[36507,6245,25021,27463,36506,27464],"class_list":["post-21747","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-genetique-quantitative","category-neurosciences","category-psychologie-biologique","tag-environnement-partage","tag-epigenetique","tag-genetique-du-comportement","tag-heritabilite","tag-jumeaux","tag-score-polygenique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21747","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21747\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21747"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21747"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21747"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}