{"id":21724,"date":"2026-10-26T06:10:03","date_gmt":"2026-10-26T06:10:03","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=enuresie-nocturne-origines-traitements"},"modified":"2026-10-26T06:10:03","modified_gmt":"2026-10-26T06:10:03","slug":"enuresie-nocturne-origines-traitements","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=enuresie-nocturne-origines-traitements","title":{"rendered":"\u00c9nur\u00e9sie nocturne : Origines et traitements"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie nocturne repr\u00e9sente l&rsquo;une des probl\u00e9matiques urologiques et d\u00e9veloppementales les plus fr\u00e9quentes de l&rsquo;enfance, suscitant \u00e0 la fois des d\u00e9fis cliniques majeurs et une d\u00e9tresse psychologique significative pour les familles touch\u00e9es. Bien qu&rsquo;elle soit fr\u00e9quemment per\u00e7ue \u00e0 tort comme une simple marque d&rsquo;immaturit\u00e9 comportementale ou de paresse infantile, la recherche contemporaine a d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une condition m\u00e9dicale et psychologique multifactorielle complexe, impliquant des interactions neurobiologiques, hormonales, g\u00e9n\u00e9tiques et \u00e9motionnelles. Cet article encyclop\u00e9dique propose une analyse exhaustive et rigoureuse du ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie, embrassant ses d\u00e9finitions s\u00e9miologiques, son \u00e9volution nosologique, ses mod\u00e8les th\u00e9oriques et les approches th\u00e9rapeutiques valid\u00e9es par les donn\u00e9es empiriques.<\/p>\n<h2>L&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie nocturne<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie nocturne se d\u00e9finit sur le plan clinique comme une \u00e9mission involontaire et inconsciente d&rsquo;urine survenant pendant le sommeil, chez un individu ayant atteint un \u00e2ge chronologique ou d\u00e9veloppemental auquel la propret\u00e9 nocturne est physiologiquement acquise, fix\u00e9 conventionnellement \u00e0 cinq ans r\u00e9volus par les syst\u00e8mes nosologiques internationaux.<\/p>\n<p>Sur le plan diagnostique, le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\">Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux<\/a> (DSM-5-TR) et la Classification internationale des maladies (CIM-11) s&rsquo;accordent pour exiger une fr\u00e9quence minimale de deux \u00e9pisodes par semaine pendant au moins trois mois cons\u00e9cutifs, ou la pr\u00e9sence d&rsquo;une d\u00e9tresse cliniquement significative ou d&rsquo;une alt\u00e9ration du fonctionnement social, scolaire ou personnel. Cette \u00e9limination involontaire ne doit pas \u00eatre la cons\u00e9quence directe des effets physiologiques d&rsquo;une substance (comme un traitement diur\u00e9tique ou un antipsychotique) ni d&rsquo;une affection m\u00e9dicale g\u00e9n\u00e9rale sous-jacente telle que le diab\u00e8te insipide, le spina bifida occulta ou une infection active des voies urinaires.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du simple sympt\u00f4me d&rsquo;incontinence nocturne, l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie constitue une entit\u00e9 clinique multidimensionnelle qui interpelle l&rsquo;interaction entre le d\u00e9veloppement somatique, la maturation des circuits c\u00e9r\u00e9braux r\u00e9gulant l&rsquo;\u00e9veil et l&rsquo;appareil v\u00e9sico-sphinct\u00e9rien, ainsi que l&rsquo;\u00e9quilibre psychodynamique et syst\u00e9mique de l&rsquo;enfant dans son environnement familial.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab \u00e9nur\u00e9sie \u00bb puise ses racines directement dans le grec ancien. Il d\u00e9rive du substantif <em>enour\u00easis<\/em> (\u1f10\u03bd\u03bf\u03cd\u03c1\u03b7\u03c3\u03b9\u03c2), signifiant litt\u00e9ralement \u00ab action d&rsquo;uriner dans \u00bb ou \u00ab miction involontaire \u00bb, lui-m\u00eame compos\u00e9 de la pr\u00e9position <em>en<\/em> (\u1f10\u03bd, \u00ab dans \u00bb ou \u00ab dedans \u00bb) et du verbe <em>ourein<\/em> (\u03bf\u1f50\u03c1\u03b5\u1fd6\u03bd, \u00ab uriner \u00bb), rattach\u00e9 au radical indo-europ\u00e9en <em>*wers-<\/em> (\u00ab humidifier \u00bb, \u00ab couler \u00bb).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale gr\u00e9co-latine, le terme \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 employ\u00e9 pour caract\u00e9riser l&rsquo;incontinence d&rsquo;urine diurne ou nocturne sans distinction initiale stricte. Le concept est r\u00e9apparu dans la langue m\u00e9dicale fran\u00e7aise au cours du XVIIIe si\u00e8cle, avant d&rsquo;\u00eatre consacr\u00e9 au XIXe si\u00e8cle dans la nosographie p\u00e9diatrique pour isoler sp\u00e9cifiquement la miction involontaire pendant le sommeil de l&rsquo;enfant. L&rsquo;expression populaire \u00ab pipi au lit \u00bb traduit dans le registre familier cette m\u00eame manifestation, bien que le terme savant \u00ab \u00e9nur\u00e9sie \u00bb demeure l&rsquo;unique appellation reconnue dans les classifications psychiatriques, p\u00e9diatriques et urologiques contemporaines.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le mot se prononce \/e.ny.\u0281e.zi\/ en alphabet phon\u00e9tique international (API). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom commun f\u00e9minin invariable au singulier, dont la forme plurielle est \u00ab \u00e9nur\u00e9sies \u00bb (\/e.ny.\u0281e.zi\/). L&rsquo;adjectif d\u00e9riv\u00e9 correspondant est \u00ab \u00e9nur\u00e9tique \u00bb (\/e.ny.\u0281e.tik\/), employ\u00e9 aussi bien comme qualificatif (\u00ab un enfant \u00e9nur\u00e9tique \u00bb, \u00ab un r\u00e9veil \u00e9nur\u00e9tique \u00bb) que comme substantif d\u00e9signant la personne qui en est atteinte.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage clinique francophone, la construction syntaxique privil\u00e9gie l&rsquo;association avec des qualificatifs s\u00e9miologiques stricts : on parle d&rsquo;\u00ab \u00e9nur\u00e9sie nocturne monosymptomatique \u00bb lorsque la perte d&rsquo;urine nocturne est isol\u00e9e, ou d&rsquo;\u00ab \u00e9nur\u00e9sie nocturne non monosymptomatique \u00bb en pr\u00e9sence de sympt\u00f4mes mictionnels diurnes associ\u00e9s. L&#8217;emploi de la locution \u00ab faire de l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie \u00bb ou \u00ab souffrir d&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie \u00bb rel\u00e8ve de la pratique m\u00e9dicale et psychopathologique standard.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle approfondie<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension contemporaine de l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie nocturne s&rsquo;est radicalement \u00e9loign\u00e9e de la vision r\u00e9ductrice qui en faisait autrefois une simple manifestation de paresse comportementale, d&rsquo;opposition n\u00e9vrotique ou de dysfonctionnement parental univoque. Elle est d\u00e9sormais appr\u00e9hend\u00e9e comme un d\u00e9calage maturationnel multifactoriel au carrefour de trois composantes physiologiques majeures : la r\u00e9gulation hormonale du volume urinaire nocturne, la dynamique fonctionnelle de la vessie et la r\u00e9gulation neurobiologique des cycles d&rsquo;\u00e9veil.<\/p>\n<p>Le premier axe conceptuel concerne la polyurie nocturne. Chez l&rsquo;individu sain, le rythme circadien normal s&rsquo;accompagne d&rsquo;un pic de s\u00e9cr\u00e9tion nocturne de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hormone_antidiur%C3%A9tique\">hormone antidiur\u00e9tique<\/a> (ou vasopressine), s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par la neurohypophyse. Cette pouss\u00e9e hormonale induit une concentration accrue des urines par les n\u00e9phrons et une diminution substantielle du volume produit pendant la nuit. Chez une proportion significative d&rsquo;enfants atteints d&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie nocturne, cette \u00e9l\u00e9vation circadienne de vasopressine est absente ou \u00e9mouss\u00e9e, conduisant \u00e0 une production d&rsquo;urine nocturne sup\u00e9rieure \u00e0 la capacit\u00e9 v\u00e9sicale th\u00e9orique attendue pour l&rsquo;\u00e2ge.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me axe r\u00e9side dans l&rsquo;hyperactivit\u00e9 v\u00e9sicale nocturne ou la diminution de la capacit\u00e9 v\u00e9sicale fonctionnelle nocturne. M\u00eame lorsque le volume urinaire total reste dans des normes physiologiques acceptables, la vessie peut pr\u00e9senter des contractions involontaires non inhib\u00e9es du muscle d\u00e9trusor pendant le sommeil. Cette instabilit\u00e9 v\u00e9sicale transforme le r\u00e9servoir v\u00e9sical en un syst\u00e8me \u00e0 haute pression, g\u00e9n\u00e9rant un r\u00e9flexe mictionnel spontan\u00e9 \u00e0 des volumes tr\u00e8s inf\u00e9rieurs aux seuils habituels.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me axe, indispensable \u00e0 la constitution du tableau \u00e9nur\u00e9tique, est le d\u00e9faut d&rsquo;arousabilit\u00e9 ou seuil d&rsquo;\u00e9veil anormalement \u00e9lev\u00e9. La pr\u00e9sence d&rsquo;une polyurie nocturne ou de contractions v\u00e9sicales ne suffirait pas \u00e0 elle seule \u00e0 provoquer une miction dans le lit si les aff\u00e9rences sensorielles du syst\u00e8me nerveux autonome parvenaient \u00e0 franchir la barri\u00e8re thalamo-corticale pour r\u00e9veiller le dormeur. Chez l&rsquo;enfant \u00e9nur\u00e9tique, les signaux proprioceptifs \u00e9mis par la tension de la paroi v\u00e9sicale ne parviennent pas \u00e0 d\u00e9clencher la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9veil au sein de la formation r\u00e9ticul\u00e9e activatrice ascendante. L&rsquo;enfant continue ainsi de dormir profond\u00e9ment tandis que le r\u00e9flexe spinal de miction s&rsquo;ex\u00e9cute de fa\u00e7on autonome.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre conceptuel de l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie exclut formellement les \u00e9tats d&rsquo;incontinence vraie r\u00e9sultant d&rsquo;une malformation anatomique urog\u00e9nitale (abouchement ectopique d&rsquo;un uret\u00e8re, valves de l&rsquo;ur\u00e8tre post\u00e9rieur), d&rsquo;une vessie neurog\u00e8ne cong\u00e9nitale ou acquise (my\u00e9lom\u00e9ningoc\u00e8le, l\u00e9sion m\u00e9dullaire), ou d&rsquo;une pathologie endocrinienne d\u00e9compens\u00e9e. D\u00e8s lors qu&rsquo;une cause organique l\u00e9sionnelle est identifi\u00e9e, le diagnostic n&rsquo;est plus celui d&rsquo;une \u00e9nur\u00e9sie au sens nosologique strict, mais rel\u00e8ve d&rsquo;une incontinence urinaire secondaire \u00e0 une \u00e9tiologie organique sp\u00e9cifique.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La documentation historique entourant l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie t\u00e9moigne de sa constante reconnaissance \u00e0 travers les \u00e2ges et les civilisations. L&rsquo;une des plus anciennes mentions \u00e9crites remonte au papyrus Ebers (vers 1550 av. J.-C.), document m\u00e9dical de l&rsquo;\u00c9gypte antique qui recommandait divers rem\u00e8des empiriques \u00e0 base de gen\u00e9vrier et de bi\u00e8re douce pour traiter l&rsquo;incapacit\u00e9 des enfants \u00e0 retenir leurs urines. Dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine, Hippocrate, puis plus tard Galien et Celse, d\u00e9crivirent la faiblesse sphinct\u00e9rienne et l&rsquo;humidit\u00e9 corporelle comme des causes pr\u00e9pond\u00e9rantes de ce trouble, proposant des r\u00e9gimes ass\u00e9chants et des caut\u00e9risations l\u00e9g\u00e8res.<\/p>\n<p>Durant le Moyen \u00c2ge et la Renaissance, les approches th\u00e9rapeutiques oscill\u00e8rent entre rem\u00e8des superstitieux, pharmacop\u00e9e folklorique et th\u00e9rapeutiques m\u00e9caniques agressives. En 1544, Thomas Phaer publia <em>The Boke of Chyldren<\/em>, le premier trait\u00e9 de p\u00e9diatrie imprim\u00e9 en anglais, dans lequel un chapitre entier est d\u00e9volu au \u00ab pisseing in the bedde \u00bb, pr\u00e9conisant des poudres de trach\u00e9e de coq et d&rsquo;\u0153ufs br\u00fbl\u00e9s.<\/p>\n<p>Le tournant moderne s&rsquo;amorce au XIXe si\u00e8cle avec l&rsquo;essor de la nosologie m\u00e9dicale rationnelle. Des cliniciens comme Armand Trousseau en France \u00e9tudient les liens entre le sommeil comateux et l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie, soulignant pour la premi\u00e8re fois que ces enfants dorment d&rsquo;un \u00ab sommeil de plomb \u00bb. Trousseau introduisit la belladone pour calmer l&rsquo;irritabilit\u00e9 neuromusculaire de la vessie, pr\u00e9figurant l&rsquo;usage moderne des anticholinergiques.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, avec l&rsquo;av\u00e8nement de la psychanalyse freudienne, l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie fut interpr\u00e9t\u00e9e presque exclusivement comme un sympt\u00f4me n\u00e9vrotique, assimil\u00e9e \u00e0 une d\u00e9charge d&rsquo;agressivit\u00e9 inconsciente refoul\u00e9e, un \u00e9quivalent masturbatoire passif ou une fixation \u00e0 la phase ur\u00e9trale du d\u00e9veloppement psychoaffectif. Cette conception psychanalytique pr\u00e9domina pendant des d\u00e9cennies, chargeant les m\u00e8res d&rsquo;une culpabilit\u00e9 disproportionn\u00e9e.<\/p>\n<p>La rupture paradigmatique intervint en 1938 avec les travaux pionniers du psychologue Orval Hobart Mowrer et de son \u00e9pouse Willie Mae Mowrer. S&rsquo;appuyant sur les principes du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Conditionnement_classique\">conditionnement classique pavlovien<\/a>, ils con\u00e7urent le premier appareil d&rsquo;alarme sonore conditionn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;humidit\u00e9 (\u00ab pipi-stop \u00bb), d\u00e9montrant un taux de succ\u00e8s remarquable sans recours \u00e0 la psychoth\u00e9rapie analytique. Parall\u00e8lement, dans le dernier tiers du XXe si\u00e8cle, la d\u00e9couverte du r\u00f4le central de l&rsquo;arginine-vasopressine par des chercheurs scandinaves (notamment Jens Christian Djurhuus et S\u00f8ren Rittig) a d\u00e9finitivement \u00e9tabli les fondations biom\u00e9dicales et chronobiologiques de l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie monosymptomatique contemporaine.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude contemporaine de l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie s&rsquo;articule autour de quatre grands paradigmes th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires :<\/p>\n<p>Le premier paradigme est g\u00e9n\u00e9tique et neurod\u00e9veloppemental. Les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques familiales et de jumeaux ont formellement mis en \u00e9vidence une tr\u00e8s forte h\u00e9ritabilit\u00e9 du trouble. Si un parent a pr\u00e9sent\u00e9 une \u00e9nur\u00e9sie durant l&rsquo;enfance, le risque pour sa prog\u00e9niture s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 environ 44 % ; ce chiffre grimpe \u00e0 77 % si les deux parents ont \u00e9t\u00e9 concern\u00e9s, contre seulement 15 % chez les enfants sans ant\u00e9c\u00e9dents familiaux. Des liaisons g\u00e9n\u00e9tiques ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es sur les chromosomes 12q, 13q et 22q. Ce substrat g\u00e9n\u00e9tique semble r\u00e9gir la vitesse de maturation du syst\u00e8me nerveux central, en particulier la connectivit\u00e9 synaptique entre le locus coeruleus, le noyau parabrachial, le cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dian et les centres sacr\u00e9s de la miction.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me paradigme est le mod\u00e8le de conditionnement comportemental et d&rsquo;apprentissage op\u00e9rant. Selon cette approche, la continence nocturne est une habilet\u00e9 motrice et cognitive complexe acquise au cours de la petite enfance. L&rsquo;enfant sain apprend \u00e0 associer la tension des r\u00e9cepteurs d&rsquo;\u00e9tirement de la paroi d\u00e9trusorienne soit \u00e0 un signal d&rsquo;\u00e9veil imm\u00e9diat, soit \u00e0 une contraction tonique r\u00e9flexe prolong\u00e9e du sphincter stri\u00e9 externe m\u00e9di\u00e9e par le nerf honteux, maintenant l&rsquo;inhibition mictionnelle jusqu&rsquo;au matin. L&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie r\u00e9sulte dans ce cadre d&rsquo;un d\u00e9faut ou d&rsquo;un retard de consolidation de cette boucle de r\u00e9troaction sensorimotrice.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me paradigme est chronobiologique et endocrinien. Il postule une asynchronie temporaire de l&rsquo;axe hypothalamo-neurohypophysaire. La s\u00e9cr\u00e9tion circadienne de l&rsquo;hormone antidiur\u00e9tique suit un rythme r\u00e9gul\u00e9 par le noyau suprachiasmatique. Lorsque cette r\u00e9gulation circadienne accuse un retard maturationnel, les reins continuent de produire durant la nuit une urine abondante et peu concentr\u00e9e, submergeant les capacit\u00e9s de stockage m\u00e9canique de la vessie.<\/p>\n<p>Le quatri\u00e8me paradigme est syst\u00e9mique et psychodynamique contemporain. Si l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie primaire n&rsquo;est plus consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;expression directe d&rsquo;une psychopathologie sous-jacente, l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie secondaire \u2014 apparaissant apr\u00e8s une p\u00e9riode prolong\u00e9e de continence \u2014 constitue un barom\u00e8tre particuli\u00e8rement sensible du stress \u00e9motionnel et de la r\u00e9organisation familiale. Des \u00e9v\u00e9nements d\u00e9stabilisateurs tels que la naissance d&rsquo;un cadet, une s\u00e9paration parentale conflictuelle, le harc\u00e8lement scolaire ou une hospitalisation pr\u00e9coce mobilisent des m\u00e9canismes de r\u00e9gression d\u00e9fensive o\u00f9 la fonction d&rsquo;\u00e9limination redevient le lieu d&rsquo;expression d&rsquo;angoisses non verbalis\u00e9es.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La nosologie internationale \u00e9tablie par l&rsquo;International Children&rsquo;s Continence Society (ICCS) distingue plusieurs sous-types fondamentaux d&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie, cruciaux pour orienter la d\u00e9marche diagnostique et th\u00e9rapeutique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9nur\u00e9sie primaire :<\/strong> Caract\u00e9rise l&rsquo;enfant qui n&rsquo;a jamais acquis de propret\u00e9 nocturne continue pendant une dur\u00e9e minimale de six mois cons\u00e9cutifs. Elle repr\u00e9sente environ 80 % de l&rsquo;ensemble des cas et repose principalement sur des facteurs g\u00e9n\u00e9tiques, hormonaux et neurophysiologiques de maturation.<\/li>\n<li><strong>\u00c9nur\u00e9sie secondaire :<\/strong> Se d\u00e9clare chez un enfant ayant d\u00e9j\u00e0 connu une p\u00e9riode de continence nocturne compl\u00e8te d&rsquo;au moins six mois cons\u00e9cutifs. Ce tableau clinique, qui repr\u00e9sente environ 20 % des situations, est fr\u00e9quemment d\u00e9clench\u00e9 par un \u00e9v\u00e9nement de vie stressant sur le plan psychologique ou par l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une pathologie somatique intercurrente (diab\u00e8te de type 1, infection urinaire, parasitose intestinale, apn\u00e9es obstructives du sommeil).<\/li>\n<li><strong>\u00c9nur\u00e9sie monosymptomatique (MNE) :<\/strong> D\u00e9finit une perte involontaire d&rsquo;urine survenant exclusivement pendant les phases de sommeil, en l&rsquo;absence totale de tout sympt\u00f4me d&rsquo;atteinte du bas appareil urinaire durant la journ\u00e9e (mictions fr\u00e9quentes, imp\u00e9riosit\u00e9s, fuites diurnes, h\u00e9sitations mictionnelles ou man\u0153uvres de retenue).<\/li>\n<li><strong>\u00c9nur\u00e9sie non monosymptomatique (NMNE) :<\/strong> Associe l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie nocturne \u00e0 des sympt\u00f4mes diurnes du bas appareil urinaire, tels qu&rsquo;une pollakiurie (mictions excessivement fr\u00e9quentes), des urgenturies (besoins soudains et irr\u00e9pressibles d&rsquo;uriner), une dysurie ou des \u00e9pisodes d&rsquo;incontinence diurne, traduisant souvent une instabilit\u00e9 ou une hyperactivit\u00e9 v\u00e9sicale globale.<\/li>\n<li><strong>Dimensions de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et de fr\u00e9quence :<\/strong> L&rsquo;affection se gradue selon l&rsquo;intensit\u00e9 des manifestations hebdomadaires, allant de la forme l\u00e9g\u00e8re (un \u00e0 deux \u00e9pisodes par semaine) \u00e0 la forme mod\u00e9r\u00e9e (trois \u00e0 cinq \u00e9pisodes) et \u00e0 la forme s\u00e9v\u00e8re (six \u00e0 sept \u00e9pisodes par semaine, souvent avec plusieurs \u00e9pisodes par nuit).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la diversit\u00e9 des pr\u00e9sentations cliniques, deux situations types permettent de visualiser les m\u00e9canismes sous-jacents :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : \u00c9nur\u00e9sie primaire monosymptomatique \u00e0 composante hormonale.<\/strong><br \/>Julien, un gar\u00e7on \u00e2g\u00e9 de 7 ans et demi, n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de mouiller son lit depuis sa petite enfance. Ses parents rapportent qu&rsquo;il est absolument impossible de le r\u00e9veiller la nuit : m\u00eame lorsqu&rsquo;il est tremp\u00e9, il continue de dormir paisiblement. Durant la journ\u00e9e, Julien pr\u00e9sente une miction tout \u00e0 fait normale, sans aucune fuite ni imp\u00e9riosit\u00e9, urinant quatre \u00e0 cinq fois par jour sans difficult\u00e9. Son p\u00e8re a lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 \u00e9nur\u00e9tique jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 9 ans. Le calendrier mictionnel r\u00e9v\u00e8le un volume d&rsquo;urine matinale et une perte nocturne cumul\u00e9e tr\u00e8s sup\u00e9rieurs \u00e0 la capacit\u00e9 v\u00e9sicale attendue pour son \u00e2ge, confirmant le diagnostic d&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie nocturne primaire monosymptomatique li\u00e9e \u00e0 une polyurie nocturne et \u00e0 un seuil d&rsquo;\u00e9veil \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : \u00c9nur\u00e9sie secondaire induite par une d\u00e9tresse psychologique.<\/strong><br \/>L\u00e9a, une fillette de 6 ans, \u00e9tait parfaitement continente jour et nuit depuis l&rsquo;\u00e2ge de 3 ans. De mani\u00e8re brutale, elle recommence \u00e0 mouiller son lit presque toutes les nuits depuis deux mois. L&rsquo;anamn\u00e8se r\u00e9v\u00e8le que cet \u00e9pisode a d\u00e9but\u00e9 deux semaines apr\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e au cours pr\u00e9paratoire, marqu\u00e9e par une anxi\u00e9t\u00e9 de performance intense et un conflit r\u00e9current avec un camarade de classe. L&rsquo;examen somatique, la bandelette urinaire et l&rsquo;\u00e9chographie r\u00e9nale et v\u00e9sicale sont rigoureusement normaux. Aucun trouble mictionnel diurne n&rsquo;est rapport\u00e9. Ce tableau typique d&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie nocturne secondaire monosymptomatique illustre une r\u00e9action de r\u00e9gression face \u00e0 une source aigu\u00eb de d\u00e9tresse environnementale et psychoaffective.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation clinique de l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie nocturne repose sur une m\u00e9thodologie rigoureuse visant \u00e0 \u00e9liminer une \u00e9tiologie organique sous-jacente, \u00e0 classifier pr\u00e9cis\u00e9ment le trouble et \u00e0 quantifier son intensit\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;anamn\u00e8se constitue la pierre angulaire de l&rsquo;investigation. Le praticien doit retracer avec pr\u00e9cision l&rsquo;histoire d\u00e9veloppementale de la propret\u00e9, l&rsquo;existence d&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dents familiaux au premier degr\u00e9, les habitudes de prise liquidienne (notamment en soir\u00e9e) et la pr\u00e9sence \u00e9ventuelle de ronflements nocturnes ou d&rsquo;apn\u00e9es \u00e9vocatrices d&rsquo;une hypertrophie des amygdales. Le recueil des donn\u00e9es s&rsquo;appuie obligatoirement sur un calendrier mictionnel tenu pendant au moins 48 \u00e0 72 heures durant les jours de repos, consignant les heures et volumes de chaque miction diurne, les \u00e9pisodes de fuites et la prise de boissons, compl\u00e9t\u00e9 par un calendrier de l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie sur deux \u00e0 quatre semaines r\u00e9pertoriant les nuits s\u00e8ches et les nuits humides.<\/p>\n<p>L&rsquo;examen physique complet doit inclure l&rsquo;inspection de la r\u00e9gion lombaire et sacr\u00e9e \u00e0 la recherche de stigmates d&rsquo;anomalies de fermeture du tube neural (fossette sacr\u00e9e, touffe de poils, angiome plan, d\u00e9viation du pli interfessier), l&rsquo;\u00e9valuation neurologique des r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux des membres inf\u00e9rieurs et du tonus du sphincter anal, ainsi que l&rsquo;examen des organes g\u00e9nitaux externes et la palpation abdominale pour \u00e9carter un globe v\u00e9sical ou une stase f\u00e9cale majeure.<\/p>\n<p>Sur le plan paraclinique, l&rsquo;analyse d&rsquo;urines par bandelette urinaire est indispensable et syst\u00e9matique. Elle permet d&rsquo;exclure instantan\u00e9ment une glycosurie (d\u00e9pistage du diab\u00e8te sucr\u00e9), une prot\u00e9inurie, une h\u00e9maturie ou une leucocyturie avec nitrites positifs signant une infection urinaire. Dans le cadre d&rsquo;une \u00e9nur\u00e9sie primaire monosymptomatique stricte avec examen clinique normal, aucune imagerie n&rsquo;est n\u00e9cessaire d&#8217;embl\u00e9e. En revanche, face \u00e0 une \u00e9nur\u00e9sie non monosymptomatique ou r\u00e9fractaire, une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89chographie\">\u00e9chographie<\/a> abdomino-pelvienne avec mesure du r\u00e9sidu post-mictionnel, un d\u00e9bitm\u00e8tre urinaire ou un bilan urodynamique complet peuvent \u00eatre requis.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La prise en charge pratique de l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie s&rsquo;articule autour d&rsquo;interventions th\u00e9rapeutiques gradu\u00e9es, combinant \u00e9ducation th\u00e9rapeutique, th\u00e9rapies comportementales et traitements pharmacologiques ciblant les m\u00e9canismes sp\u00e9cifiques identifi\u00e9s.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9tape repose sur l&rsquo;uroth\u00e9rapie standard et les conseils hygi\u00e9no-di\u00e9t\u00e9tiques. Il convient d&rsquo;expliquer \u00e0 l&rsquo;enfant et \u00e0 ses parents le fonctionnement physiologique de la vessie \u00e0 l&rsquo;aide de sch\u00e9mas simples, d&rsquo;interdire formellement toute mesure punitive ou culpabilisante, et de r\u00e9organiser les apports hydriques : 80 % des liquides doivent \u00eatre absorb\u00e9s entre le r\u00e9veil et 17 heures, tandis que les boissons sucr\u00e9es, gazeuses, caf\u00e9in\u00e9es ou fortement lact\u00e9es doivent \u00eatre \u00e9vit\u00e9es en fin de soir\u00e9e. Un passage syst\u00e9matique aux toilettes avant le coucher doit \u00eatre ritualis\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;alarme sonore nocturne constitue le traitement de r\u00e9f\u00e9rence de premi\u00e8re intention pour l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie primaire monosymptomatique li\u00e9e \u00e0 un d\u00e9faut d&rsquo;\u00e9veil. L&rsquo;appareil, muni d&rsquo;un capteur fix\u00e9 dans le sous-v\u00eatement, \u00e9met un signal acoustique puissant d\u00e8s la premi\u00e8re goutte d&rsquo;urine \u00e9mise. Par conditionnement op\u00e9rant, l&rsquo;enfant apprend progressivement \u00e0 contracter son sphincter stri\u00e9 pour interrompre le jet, puis \u00e0 se r\u00e9veiller avant la miction d\u00e8s que sa vessie est pleine. Ce traitement exige une forte adh\u00e9sion parentale sur une dur\u00e9e moyenne de deux \u00e0 quatre mois, offrant un taux de gu\u00e9rison durable de 65 \u00e0 80 % avec un tr\u00e8s faible taux de rechute.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9dicamenteux, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Desmopressine\">desmopressine<\/a> (analogue synth\u00e9tique de la vasopressine administr\u00e9 sous forme de lyophilisat oral \u00e0 dissolution sublinguale) constitue l&rsquo;alternative de choix, en particulier chez les enfants pr\u00e9sentant une polyurie nocturne document\u00e9e ou dans les situations n\u00e9cessitant une efficacit\u00e9 rapide (s\u00e9jours en colonie, nuit\u00e9es chez des camarades). Elle r\u00e9duit la diur\u00e8se nocturne en augmentant la r\u00e9absorption d&rsquo;eau libre au niveau r\u00e9nal. Son emploi impose une restriction stricte de la prise liquidienne une heure avant et huit heures apr\u00e8s la prise pour pr\u00e9venir tout risque d&rsquo;intoxication par l&rsquo;eau et d&rsquo;hyponatr\u00e9mie s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans les formes non monosymptomatiques avec hyperactivit\u00e9 v\u00e9sicale, des anticholinergiques (comme l&rsquo;oxybutynine) peuvent \u00eatre prescrits en seconde intention, parfois en combinaison avec la desmopressine. Enfin, dans les cas d&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie secondaire li\u00e9e \u00e0 des conflits psychiques majeurs ou des traumatismes r\u00e9cents, une psychoth\u00e9rapie de soutien, des th\u00e9rapies cognitivo-comportementales ou des consultations familiales syst\u00e9miques s&rsquo;av\u00e8rent indispensables.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations \u00e9pid\u00e9miologiques contemporaines indiquent qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 5 ans, environ 15 \u00e0 20 % des enfants pr\u00e9sentent une \u00e9nur\u00e9sie nocturne. Une r\u00e9mission spontan\u00e9e survient \u00e0 un rythme moyen de 15 % par an, ramenant la pr\u00e9valence \u00e0 environ 5 \u00e0 7 % \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 10 ans, et entre 1 et 2 % \u00e0 l&rsquo;adolescence et \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. Les gar\u00e7ons sont deux fois plus touch\u00e9s que les filles par les formes primaires monosymptomatiques, bien que cet \u00e9cart s&rsquo;att\u00e9nue progressivement \u00e0 l&rsquo;approche de la pubert\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes en neuro-imagerie fonctionnelle et en polysomnographie ont profond\u00e9ment renouvel\u00e9 la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes sous-jacents. Les travaux de Yeung et al. ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie ne survient pas au cours d&rsquo;une phase sp\u00e9cifique de sommeil (autrefois faussement attribu\u00e9e au sommeil profond \u00e0 ondes lentes ou au sommeil paradoxal), mais peut se manifester \u00e0 n&rsquo;importe quel stade du cycle nycth\u00e9m\u00e9ral, g\u00e9n\u00e9ralement lors d&rsquo;une transition entre deux stades de sommeil o\u00f9 le cortex \u00e9choue \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer une micro-r\u00e9action d&rsquo;\u00e9veil protectrice.<\/p>\n<p>De multiples revues syst\u00e9matiques de la Cochrane Collaboration ont rigoureusement confirm\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 de l&rsquo;alarme sonore sur le placebo et sur les traitements m\u00e9dicamenteux en mati\u00e8re de maintien des b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 long terme, la desmopressine d\u00e9montrant une excellente efficacit\u00e9 suspensive imm\u00e9diate mais un taux de r\u00e9cidive plus \u00e9lev\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat du traitement si aucun relais comportemental n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La perception et la gestion de l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie varient consid\u00e9rablement selon les contextes socioculturels et les repr\u00e9sentations traditionnelles du d\u00e9veloppement infantile. Dans certaines cultures collectivistes ou au sein de milieux ruraux traditionnels, le seuil de tol\u00e9rance pour le mouillage du lit est plus \u00e9lev\u00e9, et la propret\u00e9 nocturne n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9e comme une urgence d\u00e9veloppementale avant l&rsquo;\u00e2ge de 7 ou 8 ans, r\u00e9duisant ainsi la pression exerc\u00e9e sur l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les soci\u00e9t\u00e9s industrialis\u00e9es occidentales contemporaines, la valorisation pr\u00e9coce de l&rsquo;autonomie, les imp\u00e9ratifs d&rsquo;hygi\u00e8ne domestique et la participation \u00e0 des activit\u00e9s collectives nocturnes (classes de d\u00e9couverte, camps de vacances, soir\u00e9es pyjama) intensifient la stigmatisation sociale li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie. Dans de nombreuses r\u00e9gions du globe, des croyances erron\u00e9es persistent, attribuant le trouble \u00e0 une possession spirituelle, \u00e0 un mauvais \u0153il, ou \u00e0 une volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de provocation de la part de l&rsquo;enfant, ce qui favorise des pratiques punitives d\u00e9l\u00e9t\u00e8res pouvant aller de la flagellation \u00e0 l&rsquo;humiliation publique, avec des cons\u00e9quences psychologiques d\u00e9vastatrices sur l&rsquo;estime de soi.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Le champ de l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie continue de faire l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats nosologiques, \u00e9thiques et th\u00e9rapeutiques. L&rsquo;une des controverses majeures concerne l&rsquo;\u00e2ge seuil retenu pour poser le diagnostic. Alors que le DSM-5 maintient le cut-off rigide de 5 ans, de nombreux p\u00e9diatres et urologues sugg\u00e8rent qu&rsquo;\u00e0 5 ans, la maturation du syst\u00e8me nerveux autonome et de l&rsquo;axe de la vasopressine est encore en pleine \u00e9volution chez une part importante d&rsquo;enfants normaux, et qu&rsquo;une m\u00e9dicalisation trop pr\u00e9coce risque d&rsquo;induire une anxi\u00e9t\u00e9 familiale superflue.<\/p>\n<p>Une autre controverse clinique r\u00e9side dans l&rsquo;utilisation prolong\u00e9e des th\u00e9rapeutiques m\u00e9dicamenteuses. L&rsquo;administration continue de desmopressine est parfois critiqu\u00e9e pour son action purement palliative qui ne gu\u00e9rit pas le m\u00e9canisme neurod\u00e9veloppemental central, maintenant l&rsquo;enfant dans une d\u00e9pendance pharmacologique. De surcro\u00eet, le recours pass\u00e9 \u00e0 des antid\u00e9presseurs tricycliques tels que l&rsquo;imipramine, bien qu&rsquo;efficaces sur l&rsquo;arousal et le tonus v\u00e9sical, a \u00e9t\u00e9 drastiquement restreint en raison de leur marge th\u00e9rapeutique \u00e9troite et du risque l\u00e9tal d&rsquo;arythmie cardiaque en cas de surdosage accidentel.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9bat persiste quant \u00e0 la fronti\u00e8re souvent t\u00e9nue entre troubles \u00e9motionnels primitifs et secondaires. Si la litt\u00e9rature scientifique s&rsquo;accorde pour affirmer que la vaste majorit\u00e9 des troubles anxieux ou d\u00e9pressifs observ\u00e9s chez les enfants \u00e9nur\u00e9tiques sont la cons\u00e9quence de la honte et de l&rsquo;exclusion sociale engendr\u00e9es par le trouble plut\u00f4t que sa cause originelle, certains cliniciens continuent de privil\u00e9gier des th\u00e9rapies psychologiques isol\u00e9es au d\u00e9triment des approches urologiques et comportementales valid\u00e9es, retardant une prise en charge adapt\u00e9e.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter toute confusion s\u00e9miologique, il convient d&rsquo;\u00e9tablir des fronti\u00e8res pr\u00e9cises entre l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie et plusieurs concepts adjacents du champ m\u00e9dico-psychologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Incontinence urinaire diurne :<\/strong> D\u00e9signe la perte involontaire d&rsquo;urine survenant pendant les heures d&rsquo;\u00e9veil, qui rel\u00e8ve de m\u00e9canismes physiopathologiques distincts (immaturit\u00e9 v\u00e9sicale, syndrome du rire mictionnel, miction fractionn\u00e9e) et n\u00e9cessite des explorations urodynamiques sp\u00e9cifiques.<\/li>\n<li><strong>Encopr\u00e9sie :<\/strong> D\u00e9finit l&rsquo;\u00e9mission f\u00e9cale involontaire ou d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e dans des lieux inappropri\u00e9s chez l&rsquo;enfant de plus de 4 ans. Bien que l&rsquo;encopr\u00e9sie et l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie puissent coexister au sein d&rsquo;un syndrome d&rsquo;\u00e9limination dysfonctionnelle complexe, leurs dynamiques psychopathologiques et physiologiques sont distinctes.<\/li>\n<li><strong>Nycturie :<\/strong> Correspond au besoin de se r\u00e9veiller une ou plusieurs fois la nuit pour aller uriner de fa\u00e7on volontaire et consciente. Contrairement \u00e0 l&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie, la nycturie implique une activation efficace des circuits de l&rsquo;\u00e9veil face \u00e0 la r\u00e9pl\u00e9tion v\u00e9sicale.<\/li>\n<li><strong>Vessie neurog\u00e8ne :<\/strong> Alt\u00e9ration organique motrice ou sensitive de la fonction v\u00e9sicale r\u00e9sultant d&rsquo;une l\u00e9sion prouv\u00e9e du syst\u00e8me nerveux central ou p\u00e9riph\u00e9rique, excluant formellement le diagnostic d&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie idiopathique.<\/li>\n<li><strong>Pollakiurie :<\/strong> Augmentation anormale de la fr\u00e9quence des mictions diurnes en petites quantit\u00e9s sans augmentation du volume urinaire total journalier, fr\u00e9quente dans les cystites ou les \u00e9tats de stress chez l&rsquo;enfant.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie nocturne est une condition clinique fr\u00e9quente caract\u00e9ris\u00e9e par des mictions involontaires et inconscientes au cours du sommeil apr\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de 5 ans, touchant initialement 15 \u00e0 20 % des enfants avec un d\u00e9clin annuel spontan\u00e9 de 15 %.<\/p>\n<p>Sa physiopathologie repose sur une triade fondamentale combinant un d\u00e9faut de production nocturne de vasopressine (polyurie nocturne), une capacit\u00e9 v\u00e9sicale nocturne r\u00e9duite ou instable, et une anomalie du seuil d&rsquo;\u00e9veil emp\u00eachant le r\u00e9veil cortical en r\u00e9ponse aux stimuli v\u00e9sicaux.<\/p>\n<p>On distingue formellement les formes primaires (absence d&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dent de propret\u00e9) des formes secondaires (r\u00e9cidive apr\u00e8s au moins six mois de continence), ainsi que les pr\u00e9sentations monosymptomatiques des tableaux non monosymptomatiques avec signes diurnes.<\/p>\n<p>Le bilan initial repose avant tout sur une anamn\u00e8se minutieuse, un examen somatique scrupuleux, un calendrier mictionnel rigoureux et une bandelette urinaire, \u00e9vitant les examens invasifs inutiles dans les formes simples.<\/p>\n<p>Les deux piliers th\u00e9rapeutiques fond\u00e9s sur des preuves empiriques solides demeurent l&rsquo;alarme sonore conditionn\u00e9e (efficace \u00e0 long terme avec un faible taux de rechute) et la desmopressine orale (tr\u00e8s efficace pour contr\u00f4ler la diur\u00e8se nocturne mais \u00e0 vis\u00e9e suspensive), soutenues par une d\u00e9dramatisation bienveillante et des r\u00e8gles hygi\u00e9no-di\u00e9t\u00e9tiques adapt\u00e9es.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2022). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed., text rev.; DSM-5-TR). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787<\/a><\/li>\n<li>Austin, P. F., Bauer, S. B., Bower, W., Chase, J., Franco, I., Hoebeke, P., Rittig, S., Vande Walle, J., von Gontard, A., Wright, A., Yang, S. S., &#038; Nev\u00e9us, T. (2014). The standardization of terminology of lower urinary tract function in children and adolescents: Update report from the Standardization Committee of the International Children&rsquo;s Continence Society. <em>The Journal of Urology<\/em>, 191(6), 1863\u20131865. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.juro.2014.01.110\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.juro.2014.01.110<\/a><\/li>\n<li>Nev\u00e9us, T., Fonseca, E., Franco, I., Morrow, M., Rittig, S., Vande Walle, J., &#038; von Gontard, A. (2020). Management and treatment of nocturnal enuresis-an updated standardization document: Collaborative consensus from the International Children&rsquo;s Continence Society. <em>Journal of Pediatric Urology<\/em>, 16(1), 10\u201319. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jpurol.2019.12.020\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jpurol.2019.12.020<\/a><\/li>\n<li>Rittig, S., Schaumburg, H. L., Siggaard, C., Schmidt, F., &#038; Djurhuus, J. C. (2008). The pathophysiology of nocturnal enuresis. <em>Scandinavian Journal of Urology and Nephrology<\/em>, 42(sup219), 5\u201310. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/03008880802283997\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/03008880802283997<\/a><\/li>\n<li>von Gontard, A., Baeyens, D., Van Hoecke, E., Kuhn, S., &#038; Hayashi, Y. (2011). Psychological and psychiatric issues in urinary and fecal incontinence. <em>The Journal of Urology<\/em>, 185(4), 1432\u20131437. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.juro.2010.11.051\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.juro.2010.11.051<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9nur\u00e9sie nocturne est une \u00e9mission involontaire d&rsquo;urine pendant le sommeil chez l&rsquo;enfant de plus de 5 ans. 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