{"id":21696,"date":"2026-10-26T04:56:06","date_gmt":"2026-10-26T04:56:06","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=choc-de-combat-stress-operationnel"},"modified":"2026-10-26T04:56:06","modified_gmt":"2026-10-26T04:56:06","slug":"choc-de-combat-stress-operationnel","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=choc-de-combat-stress-operationnel","title":{"rendered":"Choc de combat : Les blessures invisibles du feu"},"content":{"rendered":"<p>Face \u00e0 la d\u00e9vastation sensorielle et psychique de la guerre moderne, l&rsquo;esprit humain est souvent pouss\u00e9 au-del\u00e0 de ses limites hom\u00e9ostatiques naturelles. Le <strong>choc de combat<\/strong> repr\u00e9sente cette rupture brutale des facult\u00e9s d&rsquo;adaptation, o\u00f9 l&rsquo;instinct de survie se heurte \u00e0 une d\u00e9sorganisation neurobiologique et cognitive profonde sous le feu ennemi. Loin d&rsquo;\u00eatre une marque de couardise ou de faiblesse morale, cette affection constitue une r\u00e9ponse psychophysiologique universelle \u00e0 une intensit\u00e9 de stress l\u00e9tal d\u00e9passant toute capacit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9gration psychique.<\/p>\n<h2>Choc de combat<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le choc de combat, couramment d\u00e9sign\u00e9 dans la doctrine militaire contemporaine sous le terme de r\u00e9action de stress au combat (en anglais, <em>combat stress reaction<\/em> ou CSR), est un \u00e9tat aigu de d\u00e9compensation psychophysiologique survenant chez le militaire expos\u00e9 aux conditions extr\u00eames du champ de bataille. Il se manifeste par une perturbation transitoire mais s\u00e9v\u00e8re des facult\u00e9s cognitives, \u00e9motionnelles, comportementales et somatiques, alt\u00e9rant directement l&rsquo;aptitude op\u00e9rationnelle de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, ce syndrome ne constitue pas en soi une pathologie psychiatrique install\u00e9e, mais plut\u00f4t une r\u00e9action aigu\u00eb et normale \u00e0 un environnement fondamentalement anormal. L&rsquo;individu submerg\u00e9 par la terreur, l&rsquo;imminence de la mort, l&rsquo;\u00e9puisement physique et la surcharge sensorielle voit ses syst\u00e8mes d&rsquo;adaptation s&rsquo;effondrer de fa\u00e7on spectaculaire. Cet \u00e9tat d&rsquo;inhibition ou d&rsquo;agitation motrice place non seulement le combattant en p\u00e9ril imm\u00e9diat, mais fragilise l&rsquo;ensemble de son unit\u00e9 tactique.<\/p>\n<p>S&rsquo;il est pris en charge rapidement et selon des protocoles th\u00e9rapeutiques appropri\u00e9s de l&rsquo;avant, le choc de combat est largement r\u00e9versible dans la majorit\u00e9 des cas. En revanche, l&rsquo;absence d&rsquo;intervention imm\u00e9diate ou une mauvaise interpr\u00e9tation des sympt\u00f4mes accro\u00eet exponentiellement le risque d&rsquo;\u00e9volution vers un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_de_stress_post-traumatique\">trouble de stress post-traumatique<\/a> (TSPT) chronique, grev\u00e9 d&rsquo;une lourde morbidit\u00e9 psychiatrique et sociale \u00e0 long terme.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression fran\u00e7aise \u00ab choc de combat \u00bb d\u00e9coule de la convergence entre deux champs lexicaux : le vocabulaire de la physique m\u00e9canique et la terminologie tactique. Le mot \u00ab choc \u00bb est issu de l&rsquo;onomatop\u00e9e d&rsquo;origine francique ou moyen-n\u00e9erlandaise <em>schokken<\/em>, \u00e9voquant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un heurt violent, d&rsquo;une secousse soudaine ou d&rsquo;une collision brutale entre deux corps. Transpos\u00e9 dans la m\u00e9decine clinique au cours du XIXe si\u00e8cle, le choc a d&rsquo;abord d\u00e9sign\u00e9 une d\u00e9faillance circulatoire aigu\u00eb cons\u00e9cutive \u00e0 un traumatisme physique, avant d&rsquo;englober les commotions psychiques sous l&rsquo;influence des ali\u00e9nistes.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab combat \u00bb d\u00e9rive quant \u00e0 lui du bas-latin <em>combattere<\/em>, constitu\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>com-<\/em> (ensemble) et du verbe <em>battuere<\/em> (battre, frapper). Dans la litt\u00e9rature militaire anglophone, la notion \u00e9quivalente s&rsquo;est cristallis\u00e9e sous le syntagme <em>battle shock<\/em> ou <em>shell shock<\/em> lors du premier conflit mondial. En fran\u00e7ais, la nosographie militaire a employ\u00e9 successivement les termes de \u00ab commotion c\u00e9r\u00e9brale \u00bb, de \u00ab vent du boulet \u00bb, de \u00ab n\u00e9vrose de guerre \u00bb et d&rsquo;\u00ab obusite \u00bb, avant d&rsquo;adopter des d\u00e9signations plus descriptives et d\u00e9stigmatisantes telles que \u00ab choc de combat \u00bb ou \u00ab r\u00e9action de stress op\u00e9rationnel \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution s\u00e9mantique t\u00e9moigne d&rsquo;un basculement \u00e9pist\u00e9mologique fondamental : on est pass\u00e9 d&rsquo;une interpr\u00e9tation m\u00e9caniste et organiciste (l&rsquo;impact physique des explosions sur le tissu c\u00e9r\u00e9bral) \u00e0 une mod\u00e9lisation dynamique et psychologique int\u00e9grant les dimensions neurochimiques et \u00e9motionnelles de la survie en milieu hostile.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab choc de combat \u00bb se transcrit dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International sous la forme <strong>\/\u0283\u0254k d\u0259 k\u0254\u0303.ba\/<\/strong>. Le terme ne pr\u00e9sente aucune liaison entre le mot \u00ab choc \u00bb et la pr\u00e9position \u00ab de \u00bb ; le \u00ab c \u00bb final de \u00ab choc \u00bb se prononce distinctement [k], tandis que le \u00ab t \u00bb final de \u00ab combat \u00bb est rigoureusement muet.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier compos\u00e9 d&rsquo;un nom noyau (\u00ab choc \u00bb), d&rsquo;une pr\u00e9position (\u00ab de \u00bb) et d&rsquo;un nom r\u00e9gime sans d\u00e9terminant (\u00ab combat \u00bb). Au pluriel, il prend la forme de \u00ab chocs de combat \u00bb. Dans la pratique clinique et militaire sp\u00e9cialis\u00e9e, on rencontre fr\u00e9quemment des formulations analogues ou synonymiques comme \u00ab blessure psychique de guerre \u00bb ou l&rsquo;acronyme anglophone standardis\u00e9 de l&rsquo;OTAN, CSR (<em>Combat Stress Reaction<\/em>).<\/p>\n<p>Dans les rapports de sant\u00e9 des arm\u00e9es, le terme est employ\u00e9 comme un diagnostic op\u00e9rationnel provisoire d&rsquo;urgence, distinct des entit\u00e9s nosographiques fix\u00e9es par les classifications internationales telles que la CIM-11 ou le DSM-5.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le choc de combat s&rsquo;articule autour d&rsquo;une d\u00e9faillance temporaire de la fonction d&rsquo;int\u00e9gration du moi sous l&rsquo;impact d&rsquo;un stress toxique aigu. En temps normal, le syst\u00e8me nerveux central traite les informations sensorielles, \u00e9value les menaces via le complexe amygdalien, et module les r\u00e9ponses motrices et \u00e9motionnelles gr\u00e2ce au cortex pr\u00e9frontal. Dans le contexte du combat contemporain \u2014 caract\u00e9ris\u00e9 par des bombardements incessants, la vision de mutilations effroyables, la privation de sommeil et la menace perp\u00e9tuelle d&rsquo;annihilation \u2014, cette boucle de r\u00e9gulation pr\u00e9frontale est totalement submerg\u00e9e par une d\u00e9charge massive de cat\u00e9cholamines et de glucocortico\u00efdes.<\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulte une constellation h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de manifestations cliniques qui se r\u00e9partissent traditionnellement le long de deux p\u00f4les cardinaux : la sid\u00e9ration stuporeuse et l&rsquo;agitation d\u00e9sorganis\u00e9e. Dans la forme stuporeuse, le sujet pr\u00e9sente un faci\u00e8s fig\u00e9, un regard vitreux ou absent (le fameux \u00ab regard des mille yards \u00bb ou <em>thousand-yard stare<\/em>), une abolition du langage spontan\u00e9 (mutisme partiel ou total) et une immobilit\u00e9 motrice absolue le rendant incapable de se mettre \u00e0 l&rsquo;abri ou de riposter. Cette t\u00e9tanie catatonique repr\u00e9sente la forme la plus archa\u00efque de r\u00e9ponse \u00e0 la pr\u00e9dation : la catalepsie de d\u00e9fense.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, la forme agit\u00e9e se caract\u00e9rise par une terreur panique motrice, des d\u00e9ambulations erratiques sous le feu, des cris incontr\u00f4l\u00e9s, des tremblements paroxystiques ou, \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, des comportements agressifs indiscrimin\u00e9s orient\u00e9s vers les pairs ou l&rsquo;encadrement. Le soldat perd la capacit\u00e9 de discriminer l&rsquo;alli\u00e9 de l&rsquo;adversaire et cesse de r\u00e9pondre aux ordres tactiques \u00e9l\u00e9mentaires, rompant la coh\u00e9sion indispensable \u00e0 la survie collective.<\/p>\n<p>Sur le versant visc\u00e9ral et neurov\u00e9g\u00e9tatif, le choc de combat d\u00e9clenche des manifestations sympathiques et parasympathiques orageuses : tachycardie extr\u00eame, hyperventilation, naus\u00e9es incoercibles, incontinence sphinct\u00e9rienne involontaire (\u00e9missions f\u00e9cales ou urinaires sous le feu), sueurs profuses et perte de la coordination motrice fine rendant impossible le maniement d&rsquo;une arme. Ces signes physiques ne traduisent aucune atteinte somatique primaire mais refl\u00e8tent l&rsquo;\u00e9puisement fonctionnel du syst\u00e8me nerveux autonome.<\/p>\n<p>Enfin, la dimension cognitive du choc de combat englobe des ph\u00e9nom\u00e8nes dissociatifs p\u00e9ri-traumatiques intenses : d\u00e9personnalisation, d\u00e9r\u00e9alisation, alt\u00e9ration de la perception du temps (sensation que les \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9roulent au ralenti) et r\u00e9tr\u00e9cissement tubulaire du champ visuel et auditif. Le combattant est prisonnier d&rsquo;une capsule d&rsquo;angoisse o\u00f9 le principe de r\u00e9alit\u00e9 s&rsquo;efface temporairement au profit d&rsquo;une exp\u00e9rience de mort imminente int\u00e9rioris\u00e9e.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation des d\u00e9sordres psychiques induits par le combat est aussi ancienne que l&rsquo;histoire militaire, mais leur formalisation m\u00e9dicale n&rsquo;a d\u00e9but\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Lors de la guerre de S\u00e9cession am\u00e9ricaine (1861-1865), le m\u00e9decin Jacob Mendes Da Costa a d\u00e9crit chez les conscrits le syndrome du \u00ab c\u0153ur irritable \u00bb ou \u00ab syndrome de Da Costa \u00bb, caract\u00e9ris\u00e9 par des palpitations, un essoufflement et une anxi\u00e9t\u00e9 majeure, souvent interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 tort comme une anomalie cardiaque fonctionnelle. Simultan\u00e9ment, les arm\u00e9es europ\u00e9ennes ont longtemps qualifi\u00e9 ces effondrements de nostalgie, de l\u00e2chet\u00e9 ou de d\u00e9faillance du caract\u00e8re moral.<\/p>\n<p>La Premi\u00e8re Guerre mondiale (1914-1918) a constitu\u00e9 le tournant clinique d\u00e9cisif face \u00e0 l&rsquo;ampleur in\u00e9dite de la violence industrielle et des tirs d&rsquo;artillerie lourde. En 1915, le pathologiste britannique Charles Myers a introduit dans la revue <em>The Lancet<\/em> le concept de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Obusite\">shell shock<\/a> (\u00ab obusite \u00bb), postulant initialement que les micro-l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales caus\u00e9es par l&rsquo;onde de choc des obus \u00e9taient responsables des paralysies fonctionnelles, des tremblements et des mutismes observ\u00e9s chez les poilus et les soldats alli\u00e9s. Cependant, la constatation rapide que des soldats n&rsquo;ayant jamais \u00e9t\u00e9 directement expos\u00e9s au souffle des explosions d\u00e9veloppaient des tableaux identiques a forc\u00e9 l&rsquo;abandon de l&rsquo;\u00e9tiologie purement m\u00e9canique au profit d&rsquo;une reconnaissance de l&rsquo;\u00e9tiologie psychog\u00e8ne.<\/p>\n<p>C&rsquo;est durant ce conflit que le psychiatre fran\u00e7ais Thomas W. Salmon, missionn\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine, et les m\u00e9decins militaires fran\u00e7ais ont formalis\u00e9 les principes directeurs de la psychiatrie de l&rsquo;avant. La doctrine r\u00e9sum\u00e9e sous l&rsquo;acronyme PIE (Proximit\u00e9, Imm\u00e9diatet\u00e9, Expiation ou Attente) est n\u00e9e dans les tranch\u00e9es : soigner le soldat pr\u00e8s du front, le plus vite possible, avec la certitude affirm\u00e9e de son retour au combat, \u00e9vitant ainsi la chronicisation asilaire.<\/p>\n<p>Pendant la Seconde Guerre mondiale, l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine a remplac\u00e9 le terme stigmatisant de \u00ab n\u00e9vrose de guerre \u00bb par celui d&rsquo;\u00ab \u00e9puisement au combat \u00bb (<em>combat exhaustion<\/em> ou <em>combat fatigue<\/em>). Les psychiatres Roy Grinker et John Spiegel ont mis en lumi\u00e8re le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant de l&rsquo;\u00e9puisement physique prolong\u00e9, du deuil des camarades et de l&rsquo;attrition morale dans l&rsquo;\u00e9mergence des effondrements psychiques, normalisant le ph\u00e9nom\u00e8ne par la maxime devenue c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab Tout homme a son point de rupture \u00bb.<\/p>\n<p>Les guerres de Cor\u00e9e, du Vietnam, puis les interventions au Moyen-Orient ont affin\u00e9 cette compr\u00e9hension. La doctrine isra\u00e9lienne, d\u00e9velopp\u00e9e notamment par Shabtai Noy et Zahava Solomon \u00e0 la suite des guerres de Kippour (1973) et du Liban (1982), a permis de syst\u00e9matiser la prise en charge imm\u00e9diate via le protocole \u00ab Yahalom \u00bb, inspir\u00e9 des pr\u00e9ceptes historiques mais enrichi par les neurosciences contemporaines.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse du choc de combat repose sur plusieurs paradigmes th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires, combinant neurobiologie du stress, th\u00e9ories psychanalytiques du trauma et mod\u00e8les cognitivo-comportementaux.<\/p>\n<p>Sur le plan neurobiologique, le choc de combat s&rsquo;explique par une hyperactivation de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HHS) coupl\u00e9e \u00e0 une d\u00e9r\u00e9gulation de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amygdale_(cerveau)\">amygdale c\u00e9r\u00e9brale<\/a>. En situation de menace mortelle, l&rsquo;amygdale d\u00e9clenche un embrasement neurov\u00e9g\u00e9tatif r\u00e9flexe. Les structures corticales sup\u00e9rieures, en particulier le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian et le cortex cingulaire ant\u00e9rieur, \u00e9chouent \u00e0 exercer leur r\u00e9troaction inhibitrice descendante en raison de la saturation cat\u00e9cholaminergique. Cette d\u00e9connexion fonctionnelle inhibe l&rsquo;hippocampe, perturbant l&rsquo;encodage spatio-temporel des souvenirs et favorisant les manifestations dissociatives et l&rsquo;amn\u00e9sie lacunaire caract\u00e9ristiques de l&rsquo;\u00e9tat de choc.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue psychanalytique et psychodynamique, le choc de combat correspond \u00e0 une v\u00e9ritable \u00ab effraction du pare-excitant \u00bb, concept forg\u00e9 par Sigmund Freud dans <em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em> (1920). Le pare-excitant est cette barri\u00e8re psychique protectrice cens\u00e9e filtrer les stimulations ext\u00e9rieures excessives. La confrontation brutale au r\u00e9el de la mort troue cette membrane d\u00e9fensive, inondant l&rsquo;appareil psychique d&rsquo;un quantum d&rsquo;angoisse impossible \u00e0 lier ou \u00e0 symboliser. Le soldat est alors r\u00e9duit \u00e0 une d\u00e9tresse originaire (<em>Hilflosigkeit<\/em>), marqu\u00e9e par la perte de son sentiment d&rsquo;invuln\u00e9rabilit\u00e9 narcissique.<\/p>\n<p>Dans la perspective cognitivo-comportementale et transactionnelle du stress (d\u00e9riv\u00e9e des travaux de Richard Lazarus et Susan Folkman), le choc de combat survient lorsque l&rsquo;\u00e9valuation primaire de la menace (jug\u00e9e absolue, in\u00e9vitable et mortelle) d\u00e9passe radicalement l&rsquo;\u00e9valuation secondaire des ressources personnelles et collectives pour y faire face. Le sujet fait l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;un sentiment d&rsquo;impuissance acquise (<em>learned helplessness<\/em>), th\u00e9oris\u00e9e par Martin Seligman, o\u00f9 toute tentative d&rsquo;action instrumentale para\u00eet vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec, ce qui provoque l&rsquo;inhibition comportementale totale.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le de la blessure morale (<em>moral injury<\/em>), introduit plus r\u00e9cemment par Jonathan Shay et Brett Litz, postule que le choc de combat est souvent exacerb\u00e9 par une transgression profonde des valeurs \u00e9thiques fondamentales du sujet, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;ordres per\u00e7us comme ill\u00e9gitimes, de bavures involontaires ou de la trahison d&rsquo;un chef en situation critique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La symptomatologie du choc de combat se structure en plusieurs dimensions cliniques et sous-types s\u00e9miologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dimension cognitive :<\/strong> Ralentissement id\u00e9atoire s\u00e9v\u00e8re, incapacit\u00e9 totale \u00e0 prendre des d\u00e9cisions tactiques simples, confusion mentale, d\u00e9sorientation temporo-spatiale, pers\u00e9v\u00e9rations verbales et alt\u00e9rations amn\u00e9siques imm\u00e9diates.<\/li>\n<li><strong>Dimension affective et \u00e9motionnelle :<\/strong> Angoisse panique indicible, labilit\u00e9 \u00e9motionnelle avec acc\u00e8s de larmes inconsolables, apathie affective compl\u00e8te (\u00e9moussement), culpabilit\u00e9 imm\u00e9diate li\u00e9e \u00e0 la survie ou sentiment de terreur visc\u00e9rale d\u00e9connect\u00e9 de l&rsquo;environnement.<\/li>\n<li><strong>Dimension comportementale et motrice :<\/strong> Deux pr\u00e9sentations oppos\u00e9es pr\u00e9dominent : le p\u00f4le inhib\u00e9 (stupeur, catalepsie, mutisme, posture f\u0153tale dans la tranch\u00e9e) et le p\u00f4le agit\u00e9 (fuite d\u00e9sordonn\u00e9e, cris ininterrompus, gestes impulsifs dangereux, tremblements convulsifs non \u00e9pileptiques).<\/li>\n<li><strong>Dimension somatique et autonome :<\/strong> Dysautonomie aigu\u00eb incluant tachycardie paroxystique, polypn\u00e9e ou hyperventilation t\u00e9tanisante, vertiges, vomissements, diarrh\u00e9e motrice incontr\u00f4lable et c\u00e9phal\u00e9es en casque cons\u00e9cutives \u00e0 la tension musculaire extr\u00eame.<\/li>\n<li><strong>Dimension dissociative :<\/strong> Impression d&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 du monde ext\u00e9rieur (d\u00e9r\u00e9alisation), sentiment d&rsquo;\u00eatre d\u00e9tach\u00e9 de sa propre enveloppe corporelle (d\u00e9personnalisation) et distorsions temporelles profondes.<\/li>\n<li><strong>Sous-type hyperr\u00e9actif :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9 par un \u00e9tat de sursaut permanent, une hyperesth\u00e9sie sensorielle douloureuse (le moindre claquement de porte ou tir lointain provoque un r\u00e9flexe d&rsquo;\u00e9vitement violent) et une agitation psychomotrice erratique.<\/li>\n<li><strong>Sous-type apathique ou d\u00e9pressif aigu :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;abandon passif, le regard vide, le refus de s&rsquo;alimenter ou de boire, et l&rsquo;indiff\u00e9rence absolue face aux obus qui tombent \u00e0 proximit\u00e9, n\u00e9cessitant une \u00e9vacuation passive.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 clinique du choc de combat, consid\u00e9rons le cas embl\u00e9matique du sergent \u00c9douard, sous-officier d&rsquo;infanterie aguerri d\u00e9ploy\u00e9 en milieu urbain dense. Lors d&rsquo;une patrouille \u00e0 pied, le v\u00e9hicule de t\u00eate est pulv\u00e9ris\u00e9 par un engin explosif improvis\u00e9 (EEI), tuant sur le coup deux de ses plus proches camarades sous une pluie de d\u00e9bris et de cris. Alors que le reste du groupe engage le feu contre les tireurs embusqu\u00e9s, le sergent \u00c9douard s&rsquo;effondre contre un mur de b\u00e9ton, incapable d&rsquo;actionner la s\u00e9curit\u00e9 de son fusil d&rsquo;assaut. Ses yeux sont fixes, sa respiration est saccad\u00e9e et superficielle, et il ne r\u00e9pond plus \u00e0 son nom ni aux ordres radio. Bien que physiquement indemne de toute plaie ou commotion par blast, il est en \u00e9tat de stupeur dissociative aigu\u00eb : il s&rsquo;agit d&rsquo;un choc de combat typique de nature inhibitrice.<\/p>\n<p>Un autre exemple illustratif est celui du caporal-chef Maxime, servant d&rsquo;artillerie soumis \u00e0 des tirs de contre-batterie ininterrompus durant quarante-huit heures sans sommeil dans un avant-poste isol\u00e9. Progressivement, Maxime manifeste des tremblements incoercibles des mains qui lui interdisent tout pointage d&rsquo;artillerie. Soudain, lors d&rsquo;un nouvel impact rapproch\u00e9, il se met \u00e0 hurler de mani\u00e8re ininterrompue, arrache son casque de protection balistique et tente de s&rsquo;enfuir en terrain d\u00e9couvert en plein bombardement, convaincu que son bunker est pi\u00e9g\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9rieur. Ses camarades doivent le ma\u00eetriser physiquement au sol pour l&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;aller vers une mort certaine. Ce tableau correspond \u00e0 la forme motrice agit\u00e9e et panique du choc de combat.<\/p>\n<p>Dans un contexte maritime ou a\u00e9rien, le choc de combat peut prendre une allure diff\u00e9rente : celle du pilote de chasse ou de l&rsquo;op\u00e9rateur radar qui, apr\u00e8s avoir fr\u00f4l\u00e9 la collision avec un missile sol-air ou assist\u00e9 \u00e0 la destruction d&rsquo;un a\u00e9ronef alli\u00e9, entre dans une phase d&rsquo;inhibition psychomotrice subtile, omettant d&rsquo;accomplir les proc\u00e9dures de contr\u00f4le vitales tout en restant apparemment calme. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au retour de mission, lors du d\u00e9briefing, que l&rsquo;amn\u00e9sie de l&rsquo;\u00e9pisode et l&rsquo;effondrement anxieux r\u00e9v\u00e8lent l&rsquo;ampleur de la d\u00e9compensation traumatique subie aux commandes.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation du choc de combat sur le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;op\u00e9rations ne s&rsquo;effectue pas selon les m\u00e9thodes de laboratoire de la psychiatrie civile s\u00e9dentaire, mais par un triage clinique de l&rsquo;avant rapide et pragmatique. Le diagnostic repose exclusivement sur l&rsquo;observation s\u00e9miologique directe et l&rsquo;anamn\u00e8se imm\u00e9diate recueillie aupr\u00e8s du soldat et de ses pairs.<\/p>\n<p>Le premier imp\u00e9ratif diagnostique consiste \u00e0 \u00e9liminer formellement une affection organique engageant le pronostic vital ou neurologique : un traumatisme cr\u00e2nien ferm\u00e9 cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;effet de souffle (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Blast_(m%C3%A9decine)\">blast injury<\/a>), une intoxication au monoxyde de carbone ou aux gaz de combustion, une h\u00e9morragie occulte, une hypoglyc\u00e9mie s\u00e9v\u00e8re ou une d\u00e9shydratation aigu\u00eb avec coup de chaleur op\u00e9rationnel. L&rsquo;utilisation d&rsquo;\u00e9chelles de coma simplifi\u00e9es (comme le score de Glasgow) et l&rsquo;examen des pupilles permettent de s&rsquo;assurer de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 neurologique structurelle.<\/p>\n<p>Une fois l&rsquo;organicit\u00e9 \u00e9cart\u00e9e, les services de sant\u00e9 des arm\u00e9es recourent \u00e0 des outils d&rsquo;\u00e9valuation rapide standardis\u00e9s. Parmi ceux-ci, la grille BICEPS\/PIPS et les check-lists d&rsquo;\u00e9valuation du stress op\u00e9rationnel permettent de cat\u00e9goriser la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du choc en trois degr\u00e9s : l\u00e9ger (sympt\u00f4mes mod\u00e9r\u00e9s, le soldat reste orient\u00e9 et peut \u00eatre maintenu sous surveillance au sein de son escouade), mod\u00e9r\u00e9 (perturbation fonctionnelle \u00e9vidente n\u00e9cessitant une mise en retrait temporaire au poste de secours r\u00e9gimentaire), et s\u00e9v\u00e8re (d\u00e9sorganisation psychique totale, stupeur ou fureur mena\u00e7ant la s\u00e9curit\u00e9 imm\u00e9diate de la troupe, imposant une prise en charge m\u00e9dicale sp\u00e9cialis\u00e9e de l&rsquo;avant).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychologique explore particuli\u00e8rement le niveau de contact avec la r\u00e9alit\u00e9, la pr\u00e9sence d&rsquo;id\u00e9ations suicidaires ou homicidi\u00e8res transitoires, l&rsquo;intensit\u00e9 de la d\u00e9tresse somatique et la capacit\u00e9 r\u00e9siduelle du sujet \u00e0 ex\u00e9cuter des consignes verbales univoques.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du choc de combat r\u00e9git l&rsquo;organisation de l&rsquo;ensemble de la cha\u00eene m\u00e9dicale militaire et des dispositifs de soutien psychologique d&rsquo;urgence. Sur le plan th\u00e9rapeutique op\u00e9rationnel, la doctrine internationale s&rsquo;articule autour des principes universels du mod\u00e8le <strong>PIES<\/strong> (ou <strong>BICEPS<\/strong> dans la terminologie anglo-saxonne) :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Proximit\u00e9 (Proximity) :<\/strong> Le traitement doit \u00eatre administr\u00e9 le plus pr\u00e8s possible de la ligne de front et de l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;origine du militaire. \u00c9vacuer le soldat vers un h\u00f4pital de l&rsquo;arri\u00e8re conforte le sentiment d&rsquo;invalidit\u00e9 d\u00e9finitive et coupe le lien de camaraderie.<\/li>\n<li><strong>Imm\u00e9diatet\u00e9 (Immediacy) :<\/strong> L&rsquo;intervention doit d\u00e9buter dans les minutes ou les quelques heures suivant l&rsquo;apparition des sympt\u00f4mes, avant que les m\u00e9canismes de dissociation et d&rsquo;inhibition ne se cristallisent en sympt\u00f4mes n\u00e9vrotiques chroniques.<\/li>\n<li><strong>Attente positive (Expectancy) :<\/strong> Le soignant, le commandement et les pairs doivent communiquer avec une confiance in\u00e9branlable le message selon lequel l&rsquo;\u00e9tat du soldat n&rsquo;est qu&rsquo;une r\u00e9action transitoire d&rsquo;\u00e9puisement, et qu&rsquo;il r\u00e9int\u00e9grera son poste d&rsquo;ici 24 \u00e0 72 heures.<\/li>\n<li><strong>Simplicit\u00e9 (Simplicity) :<\/strong> Le traitement d&rsquo;urgence ne consiste pas en une psychoth\u00e9rapie analytique approfondie, mais en des mesures r\u00e9paratrices \u00e9l\u00e9mentaires : mise \u00e0 l&rsquo;abri relative, repos, sommeil physiologique (parfois induit par des s\u00e9datifs l\u00e9gers \u00e0 courte dur\u00e9e d&rsquo;action), hydratation, nourriture chaude, hygi\u00e8ne corporelle et d\u00e9charge verbale structur\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans les arm\u00e9es modernes, cette doctrine s&rsquo;est enrichie de modules de premiers secours psychologiques dispens\u00e9s directement aux combattants, tels que le protocole isra\u00e9lien <em>SIX Cs<\/em> ou les techniques fran\u00e7aises de d\u00e9choquage psychologique d&rsquo;urgence. Ces m\u00e9thodes apprennent aux soldats \u00e0 intervenir imm\u00e9diatement aupr\u00e8s d&rsquo;un camarade sid\u00e9r\u00e9 par des injonctions synchronis\u00e9es, un contact physique ferme et une sollicitation cognitive active (poser des questions factuelles n\u00e9cessitant un calcul ou une d\u00e9cision simple), inversant la bascule dissociative vers l&rsquo;action constructive.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du th\u00e9\u00e2tre militaire, les enseignements du choc de combat sont aujourd&rsquo;hui appliqu\u00e9s \u00e0 la gestion des catastrophes civiles majeures, des attentats terroristes de masse et des accidents industriels \u00e0 travers les Cellules d&rsquo;Urgence M\u00e9dico-Psychologique (CUMP) et les \u00e9quipes de psychiatrie de catastrophe.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche \u00e9pid\u00e9miologique et clinique contemporaine a apport\u00e9 des donn\u00e9es quantitatives d\u00e9terminantes sur l&rsquo;incidence et le devenir du choc de combat. Les \u00e9tudes pionni\u00e8res de Zahava Solomon et de ses collaborateurs lors des conflits isra\u00e9lo-arabes ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les pertes psychiatriques sous forme de choc de combat pouvaient repr\u00e9senter entre 10 % et 30 % de l&rsquo;ensemble des pertes sanitaires lors de combats de haute intensit\u00e9 avec des tirs d&rsquo;artillerie massifs.<\/p>\n<p>Les travaux longitudinaux de Richard J. McNally et de Simon Wessely ont rigoureusement analys\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 des protocoles de l&rsquo;avant. Leurs donn\u00e9es confirment que lorsque les principes de proximit\u00e9 et d&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 (PIES) sont appliqu\u00e9s avec rigueur, environ 60 % \u00e0 75 % des combattants victimes d&rsquo;un choc de combat r\u00e9cup\u00e8rent un niveau de fonctionnement suffisant pour reprendre leur mission op\u00e9rationnelle dans un d\u00e9lai de 72 heures. En revanche, lorsque les sujets sont pr\u00e9matur\u00e9ment \u00e9vacu\u00e9s vers des h\u00f4pitaux g\u00e9n\u00e9raux de l&rsquo;int\u00e9rieur, le taux de r\u00e9int\u00e9gration chute en de\u00e7\u00e0 de 20 %, et le risque de diagnostic ult\u00e9rieur de TSPT invalidant est multipli\u00e9 par trois.<\/p>\n<p>Sur le plan neuro-imagerie et biologique, les recherches conduites par des sp\u00e9cialistes du trauma tels que Rachel Yehuda ont mis en \u00e9vidence que les individus pr\u00e9sentant un choc de combat s\u00e9v\u00e8re affichent une r\u00e9ponse cortisolique anormale et une alt\u00e9ration durable de la sensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs aux glucocortico\u00efdes, corr\u00e9l\u00e9es \u00e0 une susceptibilit\u00e9 accrue aux \u00e9tats d\u00e9pressifs majeurs ult\u00e9rieurs. De plus, les \u00e9tudes par IRM fonctionnelle montrent une hypoactivit\u00e9 pr\u00e9frontale associ\u00e9e \u00e0 une hyperconnectivit\u00e9 de l&rsquo;axe limbique persistant plusieurs semaines apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9pisode chez les sujets ne parvenant pas \u00e0 surmonter la crise aigu\u00eb.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression clinique et l&rsquo;acceptation sociale du choc de combat sont profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9es par les repr\u00e9sentations culturelles de la guerre, de la masculinit\u00e9 et de la bravoure au sein de chaque soci\u00e9t\u00e9. Durant la guerre de 1914-1918, les cultures militaires occidentales, p\u00e9tries d&rsquo;id\u00e9aux patriotiques victoriens ou r\u00e9publicains intransigeants, consid\u00e9raient majoritairement les manifestations du choc de combat comme une infamie morale ou une tentative de simulation visant \u00e0 fuir le devoir. En cons\u00e9quence, plusieurs centaines de soldats britanniques, fran\u00e7ais et italiens atteints d&rsquo;\u00e9tats stuporeux ou de fuites paniques ont \u00e9t\u00e9 traduits en conseil de guerre et fusill\u00e9s \u00ab pour l&rsquo;exemple \u00bb.<\/p>\n<p>Dans les cultures collectives ou traditionnelles contemporaines, la d\u00e9tresse psychique de guerre s&rsquo;exprime tr\u00e8s fr\u00e9quemment par des canaux somatis\u00e9s socialement plus acceptables. Un soldat issu d&rsquo;une culture valorisant la retenue \u00e9motionnelle n&rsquo;avouera pas une terreur panique mais d\u00e9veloppera une paralysie fonctionnelle d&rsquo;un membre (conversion hyst\u00e9rique), des vomissements incoercibles ou des c\u00e9phal\u00e9es fulgurantes, reportant le conflit sur le corps biologique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;institution militaire elle-m\u00eame poss\u00e8de sa propre culture corporative. La persistance d&rsquo;une stigmatisation interne \u2014 la peur d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab faible \u00bb par son groupe de pairs \u2014 demeure le frein principal \u00e0 l&rsquo;expression pr\u00e9coce des sympt\u00f4mes. Les campagnes modernes de d\u00e9stigmatisation men\u00e9es dans les forces arm\u00e9es visent \u00e0 red\u00e9finir le choc de combat non comme une tare psychologique individuelle, mais comme une blessure de guerre invisible, analogue \u00e0 une fracture ou \u00e0 une br\u00fblure cutan\u00e9e, contract\u00e9e au service de la collectivit\u00e9.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Bien que le mod\u00e8le du choc de combat et les principes PIES fassent l&rsquo;objet d&rsquo;un consensus doctrine g\u00e9n\u00e9ral, ils ne sont pas exempts de vives critiques conceptuelles et m\u00e9thodologiques au sein de la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re controverse concerne l&rsquo;injonction au retour au combat (le principe d&rsquo;\u00ab expectancy \u00bb). Plusieurs psychiatres et \u00e9thiciens ont d\u00e9nonc\u00e9 cette approche comme \u00e9tant une instrumentalisation de la m\u00e9decine au profit exclusif de la machinerie guerri\u00e8re. Renvoyer un soldat traumatis\u00e9 au feu apr\u00e8s seulement quarante-huit heures de repos et de r\u00e9assurance sommaire augmente-t-il son risque de s\u00e9quelles psychiatriques catastrophiques \u00e0 long terme ? Certains chercheurs avancent que ce retour pr\u00e9coce n&rsquo;a pour objectif que de maintenir les effectifs combattants sur la br\u00e8che, au d\u00e9triment de la sant\u00e9 mentale durable de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Une seconde controverse porte sur le diagnostic diff\u00e9rentiel avec le traumatisme cr\u00e2nien l\u00e9ger par blast (<em>mild Traumatic Brain Injury<\/em> ou mTBI). Avec la g\u00e9n\u00e9ralisation des EEI lors des guerres en Irak et en Afghanistan, les sp\u00e9cialistes ont constat\u00e9 un chevauchement clinique quasi total entre les sympt\u00f4mes du choc de combat psychique et les micro-l\u00e9sions axonales diffuses provoqu\u00e9es par l&rsquo;onde de choc barom\u00e9trique. L&rsquo;attribution h\u00e2tive d&rsquo;un effondrement \u00e0 une simple cause psychologique peut conduire \u00e0 n\u00e9gliger une enc\u00e9phalopathie traumatique sous-jacente n\u00e9cessitant une prise en charge neurologique sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Enfin, la validit\u00e9 empirique des d\u00e9briefings psychologiques pr\u00e9coces syst\u00e9matiques en phase de choc a \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement remise en question. Les m\u00e9ta-analyses contemporaines d\u00e9montrent que forcer un sujet en \u00e9tat de choc aigu \u00e0 verbaliser et revivre les d\u00e9tails sensoriels de la sc\u00e8ne traumatique trop rapidement peut induire une retraumatisation iatrog\u00e8ne et aggraver le pronostic, conduisant \u00e0 l&rsquo;abandon des d\u00e9briefings intrusifs au profit d&rsquo;interventions de stabilisation et d&rsquo;\u00e9coute bienveillante non directive.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosographiques<\/h3>\n<p>Il est indispensable de distinguer le choc de combat d&rsquo;autres concepts psychiatriques et militaires souvent confondus :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Choc de combat vs Trouble de stress post-traumatique (TSPT) :<\/strong> Le choc de combat est une r\u00e9action aigu\u00eb, p\u00e9rim\u00e9trique et imm\u00e9diate, survenant au moment m\u00eame de l&rsquo;exposition au danger ou dans les heures qui suivent. Le TSPT est un trouble psychiatrique chronique structur\u00e9, dont le diagnostic ne peut \u00eatre pos\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s une persistance des sympt\u00f4mes de reviviscence, d&rsquo;\u00e9vitement et d&rsquo;hyperactivation neurov\u00e9g\u00e9tative durant plus d&rsquo;un mois cons\u00e9cutif.<\/li>\n<li><strong>Choc de combat vs Fatigue de combat (Combat Exhaustion) :<\/strong> La fatigue ou l&rsquo;\u00e9puisement de combat r\u00e9sulte de l&rsquo;usure cumulative induite par des semaines de privation de sommeil, d&rsquo;efforts physiques intenses, de froid et de tension nerveuse chronique. Elle forme souvent le terreau sur lequel \u00e9clate le choc de combat, mais ne pr\u00e9sente pas n\u00e9cessairement l&rsquo;effondrement aigu ou les manifestations dissociatives du choc sous le feu.<\/li>\n<li><strong>Choc de combat vs L\u00e2chet\u00e9 face \u00e0 l&rsquo;ennemi :<\/strong> La l\u00e2chet\u00e9 implique un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, moral et conscient de fuir ses devoirs pour pr\u00e9server sa vie. Le choc de combat rel\u00e8ve d&rsquo;une sid\u00e9ration psychomotrice et biologique totalement involontaire, marqu\u00e9e par la perte de contr\u00f4le des fonctions ex\u00e9cutives c\u00e9r\u00e9brales.<\/li>\n<li><strong>Choc de combat vs Blast psychique :<\/strong> Le blast physique implique une transmission m\u00e9canique d&rsquo;\u00e9nergie cin\u00e9tique et acoustique aux organes creux et au cerveau via une onde de pression atmosph\u00e9rique. Le choc de combat peut survenir sans la moindre explosion mat\u00e9rielle, par la simple vision de l&rsquo;horreur ou l&rsquo;imminence du p\u00e9ril.<\/li>\n<li><strong>Choc de combat vs Blessure morale (Moral Injury) :<\/strong> La blessure morale est une souffrance \u00e9thique et existentielle profonde cons\u00e9cutive \u00e0 la transgression de rep\u00e8res moraux int\u00e9rioris\u00e9s, conduisant \u00e0 une honte chronique d\u00e9vastatrice, tandis que le choc de combat est domin\u00e9 par la terreur vitale et la d\u00e9sorganisation adaptative imm\u00e9diate.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En conclusion, le choc de combat s&rsquo;impose comme une r\u00e9alit\u00e9 clinique incontournable des th\u00e9\u00e2tres d&rsquo;affrontement arm\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une r\u00e9action psychophysiologique aigu\u00eb normale face aux violences extr\u00eames et anormales de la guerre, traduisant le d\u00e9bordement des capacit\u00e9s d&rsquo;adaptation du syst\u00e8me nerveux central.<\/li>\n<li>Sa s\u00e9miologie oscille entre deux p\u00f4les dominants : l&rsquo;inhibition catatonique stuporeuse (sid\u00e9ration) et l&rsquo;agitation d\u00e9sorganis\u00e9e panique, accompagn\u00e9es de manifestations dissociatives et neurov\u00e9g\u00e9tatives s\u00e9v\u00e8res.<\/li>\n<li>Historiquement appr\u00e9hend\u00e9 sous les termes de \u00ab mal du pays \u00bb, d&rsquo;\u00ab obusite \u00bb ou de \u00ab n\u00e9vrose de guerre \u00bb, le concept a \u00e9volu\u00e9 d&rsquo;une explication organique m\u00e9canique vers une mod\u00e9lisation neurobiologique et psychologique syst\u00e9matis\u00e9e.<\/li>\n<li>La prise en charge pr\u00e9coce repose sur les principes doctrinaux PIES (Proximit\u00e9, Imm\u00e9diatet\u00e9, Attente de r\u00e9cup\u00e9ration, Simplicit\u00e9), permettant \u00e0 une majorit\u00e9 de militaires de recouvrer leurs capacit\u00e9s et r\u00e9duisant le risque de chronicisation vers un TSPT.<\/li>\n<li>La pr\u00e9vention moderne combine la formation aux premiers secours psychologiques tactiques entre pairs, le renforcement de la coh\u00e9sion de groupe et la d\u00e9stigmatisation institutionnelle de la blessure psychique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Crocq, L. (1999). <em>Les Traumatismes psychiques de guerre<\/em>. Odile Jacob.<\/li>\n<li>Grinker, R. R., &amp; Spiegel, J. P. (1945). <em>Men Under Stress<\/em>. Blakiston. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/menunderstress0000grin\">https:\/\/archive.org\/details\/menunderstress0000grin<\/a><\/li>\n<li>Myers, C. S. (1915). A contribution to the study of shell shock. <em>The Lancet<\/em>, 185(4772), 316-320. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(00)52916-X\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(00)52916-X<\/a><\/li>\n<li>Shay, J. (1994). <em>Achilles in Vietnam: Combat Trauma and the Undoing of Character<\/em>. Scribner.<\/li>\n<li>Solomon, Z. (1993). <em>Combat Stress Reaction: The Enduring Toll of War<\/em>. Springer US. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-1-4757-9760-2\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-1-4757-9760-2<\/a><\/li>\n<li>Wessely, S. (2005). Twentieth-century theories on combat motivation and breakdown. <em>Journal of the Royal Army Medical Corps<\/em>, 151(4), 211-219. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/jramc-151-04-02\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/jramc-151-04-02<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le choc de combat d\u00e9signe la r\u00e9action psychophysiologique aigu\u00eb de d\u00e9compensation v\u00e9cue par un combattant expos\u00e9 \u00e0 la violence extr\u00eame du champ de bataille.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3,353,36410],"tags":[36415,36411,36414,36413,23587,29880,36412],"class_list":["post-21696","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-clinique","category-psychologie-militaire","category-psychopathologie-du-trauma","tag-blessure-psychique","tag-choc-de-combat","tag-dissociation-peri-traumatique","tag-obusite","tag-psychiatrie-militaire","tag-stress-operationnel","tag-traumatisme-de-guerre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21696","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21696\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21696"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21696"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21696"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}