{"id":21652,"date":"2026-10-26T03:03:13","date_gmt":"2026-10-26T03:03:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=bases-d-une-attitude"},"modified":"2026-10-26T03:03:13","modified_gmt":"2026-10-26T03:03:13","slug":"bases-d-une-attitude","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=bases-d-une-attitude","title":{"rendered":"Bases d&rsquo;une attitude : Origines de nos jugements"},"content":{"rendered":"<p>Toute prise de position humaine, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une adh\u00e9sion politique passionn\u00e9e, d&rsquo;une pr\u00e9f\u00e9rence pour une marque ou du rejet visc\u00e9ral d&rsquo;un aliment, s&rsquo;enracine dans des soubassements psychologiques distincts qui orientent l&rsquo;\u00e9valuation du monde environnant. En psychologie sociale et cognitive, la question de savoir sur quoi repose le positionnement \u00e9valuatif d&rsquo;un individu renvoie directement au concept fondamental des <strong>bases d&rsquo;une attitude<\/strong>. Loin d&rsquo;\u00eatre des entit\u00e9s monolithiques ou homog\u00e8nes, les attitudes \u00e9mergent d&rsquo;architectures informationnelles plurielles qui conditionnent non seulement leur intensit\u00e9 et leur stabilit\u00e9, mais \u00e9galement leur r\u00e9sistance face aux tentatives d&rsquo;influence ext\u00e9rieure.<\/p>\n<h2>Bases d&rsquo;une attitude<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Les bases d&rsquo;une attitude d\u00e9signent les sources d&rsquo;information fondamentales, qu&rsquo;elles soient de nature cognitive, affective ou comportementale, qui fa\u00e7onnent la structure interne et d\u00e9terminent la valence \u00e9valuative globale d&rsquo;un individu \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un objet, d&rsquo;une personne, d&rsquo;un groupe ou d&rsquo;une id\u00e9e abstraite. Dans le lexique de la psychologie contemporaine, ces bases correspondent aux pr\u00e9curseurs exp\u00e9rientiels et motivationnels \u00e0 partir desquels s&rsquo;\u00e9labore un jugement \u00e9valuatif durable.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel, une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Attitude_(psychologie)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">attitude<\/a> est d\u00e9finie de fa\u00e7on consensuelle comme une tendance psychologique s&rsquo;exprimant par l&rsquo;\u00e9valuation favorable ou d\u00e9favorable d&rsquo;une entit\u00e9 sp\u00e9cifique. L&rsquo;analyse des bases attitudinales s&rsquo;int\u00e9resse sp\u00e9cifiquement \u00e0 la provenance et au contenu de cette \u00e9valuation : une prise de position d\u00e9coule-t-elle principalement de croyances rationnelles et d&rsquo;analyses utilitaires, d&rsquo;affects \u00e9motionnels imm\u00e9diats ou visc\u00e9raux, ou encore de l&rsquo;inf\u00e9rence tir\u00e9e de comportements pass\u00e9s ? Cette distinction structurelle est primordiale, car des attitudes ayant une valence identique sur une \u00e9chelle quantitative peuvent reposer sur des substrats qualitatifs totalement dissemblables.<\/p>\n<p>En outre, les chercheurs op\u00e8rent une s\u00e9paration minutieuse entre la base structurelle r\u00e9elle d&rsquo;une attitude (la contribution relative effective des pens\u00e9es, sentiments et actes historiques) et la m\u00e9tabase per\u00e7ue (la croyance subjective de l&rsquo;individu quant aux raisons qui motivent son attitude). Cette double dimensionnalit\u00e9 conf\u00e8re au concept des bases attitudinales une profondeur th\u00e9orique majeure, \u00e9clairant tant les processus intra-individuels de traitement de l&rsquo;information que les r\u00e9gulations interpersonnelles de la persuasion.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le mot \u00ab attitude \u00bb trouve son origine dans le bas-latin <em>aptitudo<\/em>, signifiant \u00ab aptitude \u00bb, \u00ab disposition naturelle \u00bb ou \u00ab adaptation \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 lui-m\u00eame du verbe <em>aptare<\/em> (\u00ab adapter \u00bb, \u00ab ajuster \u00bb). Durant la Renaissance italienne, le terme a \u00e9volu\u00e9 sous la forme <em>attitudine<\/em>, d&rsquo;abord employ\u00e9 dans le domaine des beaux-arts pour d\u00e9signer la posture corporelle choisie par un artiste ou prise par un mod\u00e8le pour exprimer une \u00e9motion, un \u00e9tat d&rsquo;esprit ou une intention dramatique.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au cours du XIXe si\u00e8cle que le terme franchit la fronti\u00e8re des sciences de l&rsquo;esprit, notamment sous la plume du sociologue et philosophe britannique Herbert Spencer, qui l&rsquo;utilisa pour d\u00e9crire des \u00e9tats mentaux pr\u00e9paratoires \u00e0 l&rsquo;action. Par la suite, le vocable a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9 scientifiquement en psychologie sociale dans l&rsquo;\u00e9tude pionni\u00e8re de William I. Thomas et Florian Znaniecki en 1918 (<em>The Polish Peasant in Europe and America<\/em>), o\u00f9 l&rsquo;attitude est conceptualis\u00e9e comme l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit individuel orient\u00e9 vers une valeur sociale.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab base \u00bb, quant \u00e0 lui, est emprunt\u00e9 au latin <em>basis<\/em>, lui-m\u00eame issu du grec ancien <em>\u03b2\u03ac\u03c3\u03b9\u03c2<\/em> (<em>b\u00e1sis<\/em>), qui renvoie \u00e0 l&rsquo;action de marcher, au point d&rsquo;appui du pied, puis par extension au socle, au pi\u00e9destal ou au fondement architectural. Appliqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;attitude, le mot \u00ab base \u00bb prend une acception m\u00e9taphorique rigoureuse : il d\u00e9signe l&rsquo;assise cognitive, affective ou exp\u00e9rientielle qui soutient l&rsquo;\u00e9difice \u00e9valuatif de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab bases d&rsquo;une attitude \u00bb se compose du nom commun f\u00e9minin pluriel \u00ab bases \u00bb (prononc\u00e9 \/b\u0251z\/ ou \/baz\/), suivi de la pr\u00e9position \u00e9lid\u00e9e \u00ab d&rsquo; \u00bb, de l&rsquo;article ind\u00e9fini f\u00e9minin singulier \u00ab une \u00bb (\/yn\/) et du substantif f\u00e9minin singulier \u00ab attitude \u00bb (\/a.ti.tyd\/). La cha\u00eene phon\u00e9tique s&rsquo;articule ainsi en fran\u00e7ais standard : \/b\u0251z dyn a.ti.tyd\/.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique francophone, on rencontre \u00e9galement des variantes telles que \u00ab les bases de l&rsquo;attitude \u00bb, \u00ab les fondements attitudinaux \u00bb ou \u00ab l&rsquo;ancrage attitudinal \u00bb. Sur le plan syntaxique, le substantif s&#8217;emploie principalement au pluriel lorsqu&rsquo;il fait r\u00e9f\u00e9rence aux diff\u00e9rents piliers sous-tendant un jugement (\u00ab les bases cognitives et affectives \u00bb), mais peut s&#8217;employer au singulier pour d\u00e9signer la pr\u00e9dominance exclusive d&rsquo;un canal informationnel (\u00ab une attitude \u00e0 base affective \u00bb ou \u00ab \u00e0 base cognitive \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre les bases d&rsquo;une attitude exige d&rsquo;explorer la fa\u00e7on dont l&rsquo;esprit humain traite, organise et synth\u00e9tise les donn\u00e9es provenant de son environnement interne et externe. Lorsqu&rsquo;un individu est confront\u00e9 \u00e0 un objet attitudinal, le syst\u00e8me cognitif n&rsquo;enregistre pas seulement une tonalit\u00e9 globale de plaisir ou de d\u00e9plaisir ; il mobilise des r\u00e9seaux de m\u00e9moire s\u00e9mantique, des associations conditionn\u00e9es, des souvenirs autobiographiques et des r\u00e9actions somatiques. La r\u00e9sultante de cette dynamique constitue l&rsquo;attitude globale, mais sa structure sous-jacente demeure tributaire des sources dominantes qui l&rsquo;ont forg\u00e9e.<\/p>\n<p>Une attitude \u00e0 pr\u00e9dominance cognitive trouve sa substance dans les croyances, les attributs logiques, les co\u00fbts et les b\u00e9n\u00e9fices per\u00e7us associ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;objet. Par exemple, l&rsquo;\u00e9valuation positive d&rsquo;une automobile s\u00e9curitaire repose en grande partie sur des crit\u00e8res de consommation de carburant, de fiabilit\u00e9 m\u00e9canique et de donn\u00e9es statistiques de collision. Dans cette configuration, le sujet pond\u00e8re les arguments et fonde son jugement sur des propositions v\u00e9rifiables ou jug\u00e9es vraies. Le traitement de l&rsquo;information y est traditionnellement caract\u00e9ris\u00e9 par une d\u00e9lib\u00e9ration analytique, m\u00eame si des heuristiques cognitives rapides peuvent \u00e9galement intervenir.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, une attitude \u00e0 pr\u00e9dominance affective est directement issue d&rsquo;\u00e9motions, d&rsquo;\u00e9tats d&rsquo;humeur, de r\u00e9ponses visc\u00e9rales ou de m\u00e9canismes de conditionnement classique. Aimer une \u0153uvre d&rsquo;art abstraite, \u00e9prouver de la sympathie pour un animal de compagnie ou ressentir une r\u00e9pulsion spontan\u00e9e envers une substance visqueuse ne r\u00e9sulte pas d&rsquo;une analyse comptable de leurs caract\u00e9ristiques objectives. L&rsquo;\u00e9valuation est ici synchrone avec l&rsquo;activation de r\u00e9seaux \u00e9motionnels, o\u00f9 l&rsquo;effet ressenti pr\u00e9c\u00e8de, submerge ou rend superflue toute argumentation discursive.<\/p>\n<p>Enfin, la base comportementale s&rsquo;appuie sur l&rsquo;observation de ses propres conduites pass\u00e9es ou sur des intentions explicites d\u00e9j\u00e0 manifest\u00e9es. Selon la th\u00e9orie de l&rsquo;auto-perception, lorsqu&rsquo;un individu ne dispose pas d&rsquo;indices internes clairs ou forts quant \u00e0 ses sentiments, il d\u00e9duit son attitude en observant ses actions ant\u00e9rieures et le contexte dans lequel elles sont survenues. De plus, le conditionnement op\u00e9rant et les habitudes motrices cr\u00e9ent des sch\u00e9mas comportementaux qui, r\u00e9troactivement, conf\u00e8rent une structure stable \u00e0 l&rsquo;attitude.<\/p>\n<p>Ces trois bases n&rsquo;op\u00e8rent pas en vases clos ; elles coexistent, s&rsquo;influencent mutuellement et peuvent s&rsquo;aligner harmonieusement ou, au contraire, entrer en tension. La question de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 ou de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des bases d\u00e9termine en grande partie l&rsquo;ambivalence attitudinale, un ph\u00e9nom\u00e8ne dans lequel une personne entretient simultan\u00e9ment des croyances positives et des sentiments n\u00e9gatifs \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;une m\u00eame cible.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9tude des bases attitudinales s&rsquo;articule autour des grandes mutations de la psychologie sociale empirique au cours du XXe si\u00e8cle. D\u00e8s les ann\u00e9es 1930, Gordon W. Allport qualifiait l&rsquo;attitude de concept le plus distinctif et le plus indispensable de la psychologie sociale am\u00e9ricaine contemporaine, insistant sur sa capacit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9parer l&rsquo;organisme \u00e0 des r\u00e9ponses sp\u00e9cifiques, sans toutefois d\u00e9tailler formellement la partition entre affect, cognition et conation.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans les ann\u00e9es 1960 que le c\u00e9l\u00e8bre <em>mod\u00e8le tripartite<\/em> des attitudes a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 avec rigueur par des auteurs comme Milton J. Rosenberg et Carl I. Hovland (1960). Ce mod\u00e8le, aussi connu sous l&rsquo;acronyme ABC (<em>Affect, Behavior, Cognition<\/em>), postulait que toute attitude compl\u00e8te int\u00e8gre n\u00e9cessairement ces trois composantes interconnect\u00e9es. Selon cette premi\u00e8re vague fonctionnaliste, l&rsquo;attitude repr\u00e9sentait une variable interm\u00e9diaire unifi\u00e9e reliant des stimuli environnementaux multidimensionnels \u00e0 des r\u00e9ponses verbales ou motrices sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>Toutefois, les d\u00e9cennies 1970 et 1980 ont mis en lumi\u00e8re les failles empiriques de l&rsquo;exigence tripartite absolue. De nombreuses recherches ont d\u00e9montr\u00e9 que la corr\u00e9lation entre les pens\u00e9es, les \u00e9motions et les actes n&rsquo;\u00e9tait ni syst\u00e9matique ni parfaite. Des chercheurs influents comme Mark P. Zanna et John K. Rempel ont alors propos\u00e9 en 1988 une reconceptualisation majeure : l&rsquo;attitude n&rsquo;est plus envisag\u00e9e comme un agglom\u00e9rat indissociable des trois composantes, mais comme une \u00e9valuation g\u00e9n\u00e9rale pouvant \u00eatre fond\u00e9e sur l&rsquo;une, l&rsquo;autre ou une combinaison quelconque de ces trois sources d&rsquo;information. Cette formulation a lib\u00e9r\u00e9 le champ de la recherche en permettant d&rsquo;\u00e9tudier des attitudes purement cognitives, purement affectives, ou mixtes.<\/p>\n<p>Au tournant des ann\u00e9es 1990 et 2000, les travaux de Kari Edwards (1990), puis de Leandre R. Fabrigar et Richard E. Petty (1999), ont port\u00e9 l&rsquo;analyse \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur de pr\u00e9cision en d\u00e9montrant l&rsquo;existence du ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00ab appariement \u00bb (<em>matching effect<\/em>) : un message persuasif est beaucoup plus efficace lorsqu&rsquo;il cible la base pr\u00e9dominante de l&rsquo;attitude (un argument cognitif pour une attitude cognitive, un appel affectif pour une attitude affective). Enfin, l&rsquo;av\u00e8nement des neurosciences cognitives et sociales depuis les ann\u00e9es 2010 permet aujourd&rsquo;hui d&rsquo;observer les corr\u00e9lats c\u00e9r\u00e9braux distincts mobilis\u00e9s selon la base attitudinale activ\u00e9e (notamment l&rsquo;amygdale pour les bases affectives et le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral pour les bases cognitives).<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le cadre th\u00e9orique des bases attitudinales s&rsquo;adosse \u00e0 plusieurs courants majeurs de la psychologie sociale et de la psychologie cognitive. En premier lieu figure le mod\u00e8le multicomposant de Zanna et Rempel (1988). Selon cette approche, l&rsquo;\u00e9valuation stock\u00e9e en m\u00e9moire \u00e0 long terme est accessible via diff\u00e9rents indices de r\u00e9cup\u00e9ration. Si les indices activent principalement des r\u00e9seaux s\u00e9mantiques form\u00e9s de propositions factuelles, l&rsquo;attitude exprime une pr\u00e9pond\u00e9rance cognitive. Si les indices convoquent un \u00e9tat \u00e9motionnel incarn\u00e9, la base est affective.<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dissonance_cognitive\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">dissonance cognitive<\/a> de Leon Festinger (1957) et la th\u00e9orie de l&rsquo;auto-perception de Daryl Bem (1972) fournissent l&rsquo;explication th\u00e9orique de la base comportementale. Festinger a montr\u00e9 que la prise de conscience d&rsquo;une contradiction entre un comportement accompli et une attitude pr\u00e9existante engendre un malaise psychologique incitant l&rsquo;individu \u00e0 modifier son attitude pour la rendre conforme \u00e0 son acte. Bem, pour sa part, a soutenu que les individus agissent fr\u00e9quemment comme des observateurs externes de leur propre conduite : \u00ab Si je mange souvent cette nourriture sans y \u00eatre contraint, c&rsquo;est sans doute que je l&rsquo;appr\u00e9cie \u00bb. Le comportement devient ainsi le socle direct de l&rsquo;attitude.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, les th\u00e9ories du double processus, telles que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mod%C3%A8le_de_probabilit%C3%A9_d%27%C3%A9laboration\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">mod\u00e8le de probabilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9laboration<\/a> (<em>Elaboration Likelihood Model<\/em> ou ELM) de Richard E. Petty et John T. Cacioppo (1986), ainsi que le mod\u00e8le heuristique-syst\u00e9matique de Shelly Chaiken, \u00e9clairent la formation diff\u00e9rentielle de ces bases. La voie centrale (ou syst\u00e9matique), caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9lib\u00e9ration approfondie et un examen critique des arguments, engendre pr\u00e9f\u00e9rentiellement des bases cognitives robustes. La voie p\u00e9riph\u00e9rique (ou heuristique), qui s&rsquo;appuie sur des indices superficiels, le conditionnement \u00e9valuatif ou des r\u00e9ponses affectives automatiques, privil\u00e9gie l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;attitudes \u00e0 bases affectives.<\/p>\n<p>Enfin, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_de_l%27action_raisonn%C3%A9e\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">th\u00e9orie de l&rsquo;action raisonn\u00e9e<\/a> formul\u00e9e par Martin Fishbein et Icek Ajzen insiste sur le versant cognitif des attitudes, mod\u00e9lisant ces derni\u00e8res comme la somme des croyances saillantes multipli\u00e9es par l&rsquo;\u00e9valuation subjective de leurs cons\u00e9quences attendues (mod\u00e8le de l&rsquo;esp\u00e9rance-valeur). Cette mod\u00e9lisation offre une formalisation math\u00e9matique rigoureuse de la base cognitive, compl\u00e9t\u00e9e ult\u00e9rieurement par l&rsquo;inclusion des normes subjectives et du contr\u00f4le comportemental per\u00e7u dans la th\u00e9orie du comportement planifi\u00e9.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse des bases d&rsquo;une attitude s&rsquo;articule autour de trois composantes majeures, de deux r\u00e9gimes d&rsquo;acc\u00e8s m\u00e9tacognitif et de dimensions structurales sp\u00e9cifiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La composante cognitive (croyances et savoirs) :<\/strong> Ensemble des connaissances factuelles, des attributs per\u00e7us, des probabilit\u00e9s subjectives et des inf\u00e9rences logiques que le sujet associe \u00e0 l&rsquo;objet. Elle fonctionne sur un mode propositionnel \u00e9valuant le vrai et le faux, l&rsquo;utile et le n\u00e9faste.<\/li>\n<li><strong>La composante affective (\u00e9motions et sentiments) :<\/strong> Regroupe les humeurs, les sensations physiques, les \u00e9motions primaires (peur, joie, d\u00e9go\u00fbt) et les sentiments complexes ressentis lors de l&rsquo;exposition r\u00e9elle ou mentale \u00e0 l&rsquo;objet. Elle op\u00e8re via des associations automatiques et des valences h\u00e9doniques.<\/li>\n<li><strong>La composante comportementale ou conative (actes et habitudes) :<\/strong> Repose sur l&rsquo;historique des actions accomplies par l&rsquo;individu vis-\u00e0-vis de l&rsquo;objet, ainsi que sur les routines motrices, les engagements publics pass\u00e9s et les intentions d\u00e9clar\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Les bases r\u00e9elles (ou structurelles) :<\/strong> Repr\u00e9sentent la contribution statistique objectivement mesurable des cognitions et des affects \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation globale de l&rsquo;objet, calcul\u00e9e au moyen de r\u00e9gressions multiples ou de mod\u00e8les d&rsquo;\u00e9quations structurelles.<\/li>\n<li><strong>Les bases subjectives (ou m\u00e9tabases) :<\/strong> Correspondent \u00e0 l&rsquo;intuition introspective du sujet concernant ce qui guide son attitude. Une personne peut penser que son attitude est purement rationnelle (m\u00e9ta-cognition) alors que ses choix r\u00e9els sont pilot\u00e9s par des r\u00e9actions affectives implicites (base r\u00e9elle affective).<\/li>\n<li><strong>La dimension d&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 vs ambivalence :<\/strong> Une attitude peut reposer sur des bases concordantes (croyances positives et \u00e9motions positives) ou conflictuelles (croyances positives associ\u00e9es \u00e0 des r\u00e9actions affectives de d\u00e9go\u00fbt), ce qui affecte directement sa maniabilit\u00e9 et sa durabilit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;impact concret des bases attitudinales, consid\u00e9rons le domaine de la consommation alimentaire, particuli\u00e8rement propice \u00e0 l&rsquo;illustration des tensions structurelles. Prenons le cas d&rsquo;une personne vis-\u00e0-vis du caf\u00e9 noir sans sucre : sur le plan cognitif, elle peut entretenir une attitude positive solide fond\u00e9e sur la connaissance de ses vertus stimulantes pour la concentration et de ses antioxydants b\u00e9n\u00e9fiques pour la sant\u00e9 ; cependant, sur le plan affectif primaire, l&rsquo;amertume prononc\u00e9e peut d\u00e9clencher une r\u00e9pulsion h\u00e9donique imm\u00e9diate. Si la base affective l&#8217;emporte lors de la confrontation au stimulus, l&rsquo;individu refusera la boisson, illustrant la primaut\u00e9 de l&rsquo;affect dans les arbitrages comportementaux spontan\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le domaine politique et civique, l&rsquo;attitude des citoyens envers un projet d&rsquo;\u00e9nergie renouvelable, comme l&rsquo;implantation d&rsquo;un parc \u00e9olien, offre un autre exemple frappant. Un riverain peut manifester une attitude globale cognitivement favorable \u00e0 la transition \u00e9cologique, valorisant les b\u00e9n\u00e9fices climatiques et l&rsquo;ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique nationale. N\u00e9anmoins, l&rsquo;annonce de l&rsquo;installation d&rsquo;\u00e9oliennes \u00e0 proximit\u00e9 directe de son domicile peut susciter une anxi\u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9valuation immobili\u00e8re et \u00e0 la d\u00e9gradation visuelle de son cadre de vie quotidien (r\u00e9action affective d&rsquo;attachement au paysage). Cette divergence entre une base cognitive universaliste et une base affective locale engendre le ph\u00e9nom\u00e8ne sociologique bien connu du syndrome Nimby (\u00ab <em>Not In My Back Yard<\/em> \u00bb).<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me exemple clinique concerne les phobies sp\u00e9cifiques, telles que l&rsquo;arachnophobie. L&rsquo;attitude n\u00e9gative extr\u00eame envers les araign\u00e9es repose quasi exclusivement sur une base affective panique et visc\u00e9rale. Le sujet reconna\u00eet volontiers sur le plan cognitif qu&rsquo;une petite araign\u00e9e domestique locale est rigoureusement inoffensive et d\u00e9pourvue de venin l\u00e9tal. Pourtant, cette prise de conscience rationnelle \u00e9choue \u00e0 temp\u00e9rer l&rsquo;\u00e9vitement comportemental imm\u00e9diat, d\u00e9montrant qu&rsquo;une argumentation purement cognitive est inefficace pour modifier une attitude dont le socle structural est profond\u00e9ment et exclusivement affectif.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation des bases attitudinales exige des m\u00e9thodologies psychom\u00e9triques sophistiqu\u00e9es, capables de dissocier les contributions respectives des croyances, des \u00e9motions et des comportements. Traditionnellement, les chercheurs s&rsquo;appuient sur des techniques d&rsquo;auto-\u00e9valuation par questionnaires structur\u00e9s employant des \u00e9chelles de Likert et des diff\u00e9rentiels s\u00e9mantiques standardis\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour mesurer la composante cognitive, les participants doivent qualifier l&rsquo;objet \u00e0 l&rsquo;aide de paires d&rsquo;adjectifs s\u00e9mantiques \u00e0 forte teneur analytique et utilitaire (par exemple : <em>inutile\/utile<\/em>, <em>nuisible\/b\u00e9n\u00e9fique<\/em>, <em>imparfait\/parfait<\/em>, <em>co\u00fbteux\/avantageux<\/em>). Pour \u00e9valuer la composante affective, les \u00e9chelles mobilisent des adjectifs \u00e0 forte r\u00e9sonance h\u00e9donique et \u00e9motionnelle (par exemple : <em>d\u00e9sagr\u00e9able\/agr\u00e9able<\/em>, <em>angoissant\/rassurant<\/em>, <em>repoussant\/attirant<\/em>, <em>triste\/joyeux<\/em>). En administrant parall\u00e8lement une mesure de l&rsquo;attitude globale (ex. : <em>d\u00e9favorable\/favorable<\/em>), les psychologues r\u00e9alisent des analyses de r\u00e9gression multiple hi\u00e9rarchique pour d\u00e9terminer quel pr\u00e9dicteur (le score cognitif ou le score affectif) explique la plus grande part de variance de l&rsquo;\u00e9valuation g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces mesures explicites, la psychologie contemporaine utilise des paradigmes implicites pour sonder les bases automatiques en contournant les biais de d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale. Le test d&rsquo;association implicite (TAI ou <em>Implicit Association Test<\/em>), d\u00e9velopp\u00e9 par Anthony Greenwald et ses collaborateurs, permet de mesurer la force des associations automatiques entre des concepts cibles et des attributs cognitifs ou affectifs. De surcro\u00eet, les mesures physiologiques (r\u00e9ponse \u00e9lectrodermale, \u00e9lectromyographie faciale pour d\u00e9tecter les micro-expressions du muscle zygomatique ou du muscle corrugateur) offrent des indicateurs directs de l&rsquo;intensit\u00e9 et de la valence de la base affective, ind\u00e9pendamment de toute verbalisation consciente.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension des bases d&rsquo;une attitude constitue un levier strat\u00e9gique majeur dans une multiplicit\u00e9 de domaines appliqu\u00e9s, au premier rang desquels figurent la communication persuasive et les campagnes de sant\u00e9 publique. Les recherches sur le matching persuasif ont mis en \u00e9vidence qu&rsquo;un message pr\u00e9ventif destin\u00e9 \u00e0 modifier un comportement \u00e0 risque doit imp\u00e9rativement s&rsquo;aligner sur la base de l&rsquo;attitude cibl\u00e9e. Par exemple, pour inciter \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat du tabac ou au port de la ceinture de s\u00e9curit\u00e9, les campagnes ax\u00e9es sur la peur et le choc visuel (stimuli affectifs) s&rsquo;av\u00e8rent infiniment plus persuasives pour \u00e9branler des attitudes enracin\u00e9es dans le plaisir imm\u00e9diat ou l&rsquo;habitude sensorielle que la simple pr\u00e9sentation de chiffres statistiques froids sur la mortalit\u00e9 (arguments cognitifs).<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;univers du marketing, de la publicit\u00e9 et de la gestion de marque, la segmentation des consommateurs selon la base attitudinale pr\u00e9pond\u00e9rante r\u00e9git le choix de l&rsquo;axe cr\u00e9atif. Les produits \u00e0 haute implication utilitaire (comme les assurances-vie, les logiciels professionnels ou les pr\u00eats immobiliers) appellent un discours ax\u00e9 sur les arguments techniques, la fiabilit\u00e9 et les preuves d&rsquo;efficacit\u00e9. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les produits statutaires, de luxe ou r\u00e9cr\u00e9atifs (parfums, confiseries, v\u00e9hicules de sport) capitalisent sur le conditionnement \u00e9valuatif, la s\u00e9duction sensorielle et le storytelling \u00e9motionnel afin de consolider une base affective imperm\u00e9able aux comparatifs de prix rationnels.<\/p>\n<p>Dans le champ de la psychologie clinique et des th\u00e9rapies comportementales et cognitives (TCC), l&rsquo;identification de la base dominante d&rsquo;une croyance dysfonctionnelle dicte le choix de l&rsquo;intervention th\u00e9rapeutique. Une phobie ou un traumatisme, ancr\u00e9s dans une m\u00e9moire affective subcorticale conditionn\u00e9e, r\u00e9pondent favorablement \u00e0 des techniques d&rsquo;exposition in vivo, de d\u00e9sensibilisation syst\u00e9matique ou d&rsquo;int\u00e9gration neuro-\u00e9motionnelle par les mouvements oculaires (EMDR), qui ciblent directement l&rsquo;affect et la r\u00e9action somatique. En revanche, des sch\u00e9mas de pens\u00e9e dysfonctionnels li\u00e9s au perfectionnisme ou \u00e0 l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e requi\u00e8rent des protocoles de restructuration cognitive visant \u00e0 d\u00e9construire les distorsions propositionnelles du patient.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Le corpus empirique validant la distinction entre les bases des attitudes s&rsquo;est consid\u00e9rablement enrichi au fil des d\u00e9cennies. L&rsquo;une des \u00e9tudes fondatrices demeure celle de Kari Edwards publi\u00e9e en 1990 dans le <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>. Dans cette exp\u00e9rience, Edwards a cr\u00e9\u00e9 en laboratoire de toutes pi\u00e8ces des attitudes fictives envers une nouvelle saveur de boisson, soit par conditionnement sensoriel positif ou n\u00e9gatif (base affective), soit par l&rsquo;apprentissage de fiches descriptives d\u00e9taillant ses valeurs nutritives (base cognitive). Les r\u00e9sultats ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les tentatives de persuasion ult\u00e9rieures \u00e9taient asym\u00e9triquement modul\u00e9es : une attitude cr\u00e9\u00e9e affectivement \u00e9tait nettement plus vuln\u00e9rable \u00e0 un contre-message affectif qu&rsquo;\u00e0 un contre-message rationnel, confirmant empiriquement la pertinence du concept d&rsquo;ad\u00e9quation structurale.<\/p>\n<p>Dans le prolongement de ces travaux, Leandre R. Fabrigar et Richard E. Petty (1999) ont affin\u00e9 ce paradigme en examinant des attitudes r\u00e9elles et pr\u00e9existantes. Leurs donn\u00e9es ont montr\u00e9 que les individus dont l&rsquo;attitude envers un objet (par exemple, un animal ou une maladie) est corr\u00e9l\u00e9e de mani\u00e8re pr\u00e9dominante avec leurs \u00e9motions se laissent significativement plus convaincre par des r\u00e9cits \u00e9motionnels poignants. R\u00e9ciproquement, les sujets dont l&rsquo;attitude est arrim\u00e9e \u00e0 des cognitions changent davantage de position face \u00e0 des arguments logiques et chiffr\u00e9s. Ces conclusions ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9pliqu\u00e9es sur des \u00e9chantillons diversifi\u00e9s et dans de nombreux contextes d\u00e9cisionnels.<\/p>\n<p>Sur le plan des neurosciences sociales, les \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9es par William A. Cunningham et ses coll\u00e8gues au cours des ann\u00e9es 2000 et 2010 ont apport\u00e9 des clarifications physiologiques notables. Leurs recherches montrent que l&rsquo;\u00e9valuation affective automatique et imm\u00e9diate est corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une activation pr\u00e9coce de l&rsquo;amygdale et de l&rsquo;insula, tandis que l&rsquo;\u00e9valuation cognitive r\u00e9gul\u00e9e et d\u00e9lib\u00e9rative implique un recrutement substantiel du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur. Cette dissociation neuroanatomique conf\u00e8re aux bases attitudinales un substrat biologique tangible, r\u00e9futant l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il ne s&rsquo;agirait que d&rsquo;artefacts linguistiques d&rsquo;auto-\u00e9valuation.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>La pr\u00e9valence, la valorisation et l&rsquo;articulation des bases attitudinales ne sont pas uniformes \u00e0 travers les soci\u00e9t\u00e9s humaines ; elles subissent l&rsquo;influence d\u00e9terminante des normes culturelles et des repr\u00e9sentations partag\u00e9es du soi. Les travaux en psychologie interculturelle, notamment ceux inspir\u00e9s par la distinction entre cultures individualistes et collectivistes formul\u00e9e par Hazel Rose Markus et Shinobu Kitayama, ont mis en lumi\u00e8re des variations substantielles dans le fa\u00e7onnement des attitudes.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es (souvent qualifi\u00e9es de WEIRD : <em>Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic<\/em>), caract\u00e9ris\u00e9es par une conception ind\u00e9pendante du soi, la rationalit\u00e9 instrumentale, la logique d\u00e9ductive et la coh\u00e9rence interne entre croyances et actes sont hautement valoris\u00e9es. Les individus y sont encourag\u00e9s \u00e0 verbaliser des raisons logiques pour justifier leurs pr\u00e9f\u00e9rences, favorisant le d\u00e9veloppement et la l\u00e9gitimation des bases cognitives explicites. De plus, la tol\u00e9rance \u00e0 l&rsquo;ambivalence y est g\u00e9n\u00e9ralement faible, le besoin de consistance cognitive poussant le sujet \u00e0 harmoniser de force ses \u00e9motions avec ses pens\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans de nombreuses cultures d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est impr\u00e9gn\u00e9es de philosophies dialectiques, confuc\u00e9ennes ou bouddhistes, la vision du soi est profond\u00e9ment interd\u00e9pendante et relationnelle. L&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;un objet ou d&rsquo;une situation y int\u00e8gre plus ais\u00e9ment la contradiction, la contextualit\u00e9 et l&rsquo;harmonie interpersonnelle. Les bases comportementales et normatives y occupent souvent une place pr\u00e9pond\u00e9rante : l&rsquo;attitude se conforme aux devoirs sociaux, aux rituels collectifs et aux attentes d&rsquo;autrui sans n\u00e9cessiter d&rsquo;ancrage exclusif dans des cognitions individualistes ou des \u00e9tats \u00e9motionnels idiosyncrasiques. D\u00e8s lors, les mod\u00e8les de persuasion con\u00e7us en Occident, focalis\u00e9s sur la concordance stricte entre l&rsquo;affect personnel et la cognition individuelle, doivent \u00eatre r\u00e9ajust\u00e9s pour int\u00e9grer les matrices axiologiques propres \u00e0 chaque aire culturelle.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de sa fertilit\u00e9 th\u00e9orique, la mod\u00e9lisation des bases attitudinales a fait l&rsquo;objet de vives controverses au sein de la communaut\u00e9 scientifique. L&rsquo;une des principales critiques \u00e9pist\u00e9mologiques concerne l&rsquo;\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 discutable entre l&rsquo;affect et la cognition. De nombreux neuroscientifiques et th\u00e9oriciens cognitivistes, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;Antonio Damasio dans son ouvrage <em>L&rsquo;Erreur de Descartes<\/em>, soutiennent que la raison et l&rsquo;\u00e9motion sont inextricablement intriqu\u00e9es : toute cognition pertinente est marqu\u00e9e d&rsquo;un \u00ab marqueur somatique \u00bb \u00e9motionnel, et toute \u00e9motion complexe suppose une appr\u00e9ciation cognitive (<em>appraisal<\/em>) pr\u00e9alable de la situation. Dans cette perspective continuiste, scinder artificiellement les bases d&rsquo;une attitude en entit\u00e9s distinctes rel\u00e8verait d&rsquo;un r\u00e9ductionnisme d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat r\u00e9current porte sur la validit\u00e9 introspective des auto-\u00e9valuations de ces bases. Les individus sont souvent incapables de discerner avec pr\u00e9cision ce qui d\u00e9termine leur jugement v\u00e9ritable, comme l&rsquo;ont soulign\u00e9 Richard Nisbett et Timothy Wilson dans leurs travaux classiques d\u00e9montrant que les sujets fournissent des rationalisations a posteriori plut\u00f4t que des comptes rendus exacts de leurs processus mentaux. D\u00e8s lors, une personne interrog\u00e9e sur la base de son attitude risque de d\u00e9clarer une base cognitive valoris\u00e9e socialement, occultant le fait que son adh\u00e9sion repose sur un conditionnement affectif non conscient.<\/p>\n<p>Enfin, la robustesse empirique du mod\u00e8le d&rsquo;appariement persuasif fait l&rsquo;objet de r\u00e9serves contextuelles. Plusieurs m\u00e9ta-analyses soulignent que l&rsquo;ad\u00e9quation entre le message et la base de l&rsquo;attitude ne produit pas syst\u00e9matiquement une persuasion sup\u00e9rieure. Dans certains cas sp\u00e9cifiques, un message ciblant la base oppos\u00e9e (par exemple, un argument cognitif solide adress\u00e9 \u00e0 une attitude affective) peut cr\u00e9er un effet de rupture b\u00e9n\u00e9fique en contraignant l&rsquo;individu \u00e0 traiter une information in\u00e9dite qu&rsquo;il ne dispose d&rsquo;aucun sch\u00e9ma pour r\u00e9futer facilement, remettant en cause l&rsquo;universalit\u00e9 de la r\u00e8gle d&rsquo;appariement.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour dissiper toute confusion conceptuelle, il convient de distinguer les bases de l&rsquo;attitude d&rsquo;autres notions voisines de la psychologie sociale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Composantes de l&rsquo;attitude :<\/strong> Alors que les bases d\u00e9signent les sources originelles et la gen\u00e8se informationnelle du jugement (d&rsquo;o\u00f9 vient l&rsquo;attitude), les composantes renvoient aux modes d&rsquo;expression et de manifestation observables de cette attitude (comment elle s&rsquo;ext\u00e9riorise \u00e0 travers des paroles, des r\u00e9actions physiologiques ou des actes).<\/li>\n<li><strong>Force de l&rsquo;attitude :<\/strong> Propri\u00e9t\u00e9 distincte de sa base, la force renvoie \u00e0 la durabilit\u00e9 dans le temps, \u00e0 la r\u00e9sistance au changement et \u00e0 la capacit\u00e9 de l&rsquo;attitude \u00e0 pr\u00e9dire fid\u00e8lement le comportement effectif. Une attitude \u00e0 base purement affective peut \u00eatre tout aussi forte, voire plus in\u00e9branlable, qu&rsquo;une attitude \u00e0 base cognitive rigoureusement articul\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Croyance :<\/strong> La croyance correspond \u00e0 l&rsquo;attribution cognitive d&rsquo;un trait ou d&rsquo;une caract\u00e9ristique probabiliste \u00e0 un objet (ex. : \u00ab Ce v\u00e9hicule consomme peu d&rsquo;essence \u00bb). Elle constitue une unit\u00e9 constitutive de la base cognitive, mais ne devient attitude que lorsqu&rsquo;elle est assortie d&rsquo;une valence \u00e9valuative globale favorable ou d\u00e9favorable.<\/li>\n<li><strong>Valeur :<\/strong> Principe abstrait, stable et transcendant (ex. : la libert\u00e9, la justice, la bienveillance) qui sert de guide normatif g\u00e9n\u00e9ral dans l&rsquo;existence d&rsquo;une personne. Les valeurs irriguent et orientent la formation des bases cognitives et affectives, mais se situent \u00e0 un niveau de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 bien sup\u00e9rieur aux attitudes, qui s&rsquo;adressent toujours \u00e0 des objets d\u00e9termin\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Ambivalence attitudinale :<\/strong> \u00c9tat psychologique caract\u00e9ris\u00e9 par la coexistence d&rsquo;\u00e9valuations oppos\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;une m\u00eame cible. L&rsquo;ambivalence est le corollaire fr\u00e9quent d&rsquo;une divergence structurelle marqu\u00e9e entre les diff\u00e9rentes bases (ex. : base affective positive et base cognitive n\u00e9gative).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration des bases d&rsquo;une attitude constitue un chapitre incontournable de la psychologie scientifique, offrant une grille de lecture fine de la fabrique des jugements humains :<\/p>\n<ul>\n<li>Les bases d&rsquo;une attitude d\u00e9signent les sources d&rsquo;information dominantes (cognitives, affectives ou comportementales) qui pr\u00e9sident \u00e0 la formation et \u00e0 la structuration d&rsquo;une \u00e9valuation.<\/li>\n<li>Le mod\u00e8le multicomposant de Zanna et Rempel a \u00e9mancip\u00e9 la th\u00e9orie classique en montrant qu&rsquo;une attitude peut reposer prioritairement sur l&rsquo;un de ces trois piliers sans exiger leur alignement sym\u00e9trique syst\u00e9matique.<\/li>\n<li>La base cognitive proc\u00e8de de l&rsquo;\u00e9valuation logique des attributs, des co\u00fbts et des b\u00e9n\u00e9fices, tandis que la base affective d\u00e9rive des \u00e9motions imm\u00e9diates, de l&rsquo;humeur et du conditionnement sensoriel, et la base comportementale de l&rsquo;inf\u00e9rence des actes pass\u00e9s.<\/li>\n<li>L&rsquo;effet d&rsquo;appariement persuasif (<em>matching effect<\/em>) d\u00e9montre qu&rsquo;une communication d&rsquo;influence gagne en efficacit\u00e9 lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;accorde avec la nature de la base attitudinale du r\u00e9cepteur.<\/li>\n<li>Les outils modernes de mesure combinent \u00e9chelles s\u00e9mantiques diff\u00e9rentielles, chronom\u00e9trie mentale implicite et imagerie c\u00e9r\u00e9brale pour cartographier ces fondements \u00e9valuatifs.<\/li>\n<li>La prise en compte des variations culturelles et des limites introspectives demeure indispensable pour appr\u00e9hender la complexit\u00e9 et la plasticit\u00e9 des attitudes au sein du monde social contemporain.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Allport, G. W. (1935). Attitudes. Dans C. Murchison (Dir.), <em>A Handbook of Social Psychology<\/em> (p. 798-844). Clark University Press.<\/li>\n<li>Bem, D. J. (1972). Self-perception theory. Dans L. Berkowitz (Dir.), <em>Advances in Experimental Social Psychology<\/em> (Vol. 6, p. 1-62). Academic Press.<\/li>\n<li>Cunningham, W. A., Johnson, M. K., Raye, C. L., Chris Gatenby, J., Gore, J. C., &#038; Banaji, M. R. (2004). Separable neural components in the processing of diversity and evaluative valence. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 87(6), 886-897.<\/li>\n<li>Damasio, A. R. (1994). <em>Descartes&rsquo; error: Emotion, reason, and the human brain<\/em>. G.P. Putnam&rsquo;s Sons.<\/li>\n<li>Edwards, K. (1990). The interplay of affect and cognition in attitude formation and change. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 59(2), 202-216.<\/li>\n<li>Fabrigar, L. R., &#038; Petty, R. E. (1999). The role of the affective and cognitive bases of attitudes in susceptibility to affectively and cognitively based persuasion. <em>Personality and Social Psychology Bulletin<\/em>, 25(3), 363-381.<\/li>\n<li>Festinger, L. (1957). <em>A theory of cognitive dissonance<\/em>. Stanford University Press.<\/li>\n<li>Fishbein, M., &#038; Ajzen, I. (1975). <em>Belief, attitude, intention, and behavior: An introduction to theory and research<\/em>. Addison-Wesley.<\/li>\n<li>Markus, H. R., &#038; Kitayama, S. (1991). Culture and the self: Implications for cognition, emotion, and motivation. <em>Psychological Review<\/em>, 98(2), 224-253.<\/li>\n<li>Petty, R. E., &#038; Cacioppo, J. T. (1986). The Elaboration Likelihood Model of persuasion. <em>Advances in Experimental Social Psychology<\/em>, 19, 123-205.<\/li>\n<li>Rosenberg, M. J., &#038; Hovland, C. I. (1960). Cognitive, affective, and behavioral components of attitudes. Dans C. I. Hovland &#038; M. J. Rosenberg (Dir.), <em>Attitude organization and change: An analysis of consistency among attitude components<\/em> (p. 1-14). Yale University Press.<\/li>\n<li>Zanna, M. P., &#038; Rempel, J. K. (1988). Attitudes: A new look at an old concept. Dans D. Bar-Tal &#038; A. W. Kruglanski (Dir.), <em>The social psychology of knowledge<\/em> (p. 315-334). Cambridge University Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les bases d&rsquo;une attitude en psychologie sociale : origines cognitives, affectives et comportementales, mod\u00e8les th\u00e9oriques et impact sur la persuasion.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[154,1486],"tags":[36320,36321,1677,1922,220,36322],"class_list":["post-21652","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-sociale","category-sciences-cognitives","tag-bases-des-attitudes","tag-cognition-et-affect","tag-modele-tripartite","tag-persuasion","tag-psychologie-sociale","tag-theorie-des-attitudes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21652","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21652\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21652"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21652"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21652"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}