{"id":21643,"date":"2026-10-26T02:38:05","date_gmt":"2026-10-26T02:38:05","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=taux-de-base-psychologie"},"modified":"2026-10-26T02:38:05","modified_gmt":"2026-10-26T02:38:05","slug":"taux-de-base-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=taux-de-base-psychologie","title":{"rendered":"Taux de base : Cl\u00e9 du jugement rationnel"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur de la psychologie cognitive, de la m\u00e9trologie clinique et de la prise de d\u00e9cision probabiliste r\u00e9side un param\u00e8tre statistique fondamental : le taux de base. Souvent occult\u00e9 au profit de signaux diagnostiques individualis\u00e9s plus spectaculaires mais trompeurs, ce concept dicte la probabilit\u00e9 r\u00e9elle qu&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement, un trouble ou un comportement survienne au sein d&rsquo;une population de r\u00e9f\u00e9rence. Comprendre et int\u00e9grer le taux de base constitue le premier rempart contre les erreurs d&rsquo;\u00e9valuation diagnostique, les d\u00e9rives judiciaires et les illusions perceptives qui jalonnent la rationalit\u00e9 humaine.<\/p>\n<h2>Taux de base<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En psychologie cognitive, en statistique bay\u00e9sienne et en psychom\u00e9trie, le <strong>taux de base<\/strong> (ou fr\u00e9quence de base) d\u00e9signe la proportion objective ou la probabilit\u00e9 <em>a priori<\/em> d&rsquo;apparition d&rsquo;un trait, d&rsquo;un comportement, d&rsquo;un trouble psychopathologique ou d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement au sein d&rsquo;une population d\u00e9finie, calcul\u00e9e avant l&rsquo;obtention de toute information diagnostique ou circonstancielle suppl\u00e9mentaire. Il quantifie la pr\u00e9valence intrins\u00e8que d&rsquo;un \u00e9tat \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat latent dans le groupe de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue op\u00e9ratoire, le taux de base repr\u00e9sente le point d&rsquo;ancrage fondamental de toute d\u00e9marche d&rsquo;estimation probabiliste. Toute nouvelle information empirique, qu&rsquo;elle \u00e9mane d&rsquo;un test psychom\u00e9trique, d&rsquo;un marqueur biologique ou d&rsquo;un faisceau d&rsquo;indices cliniques, ne doit pas remplacer le taux de base mais uniquement en r\u00e9actualiser la valeur quantitative conform\u00e9ment aux postulats formels de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Inf\u00e9rence_bay\u00e9sienne\">inf\u00e9rence bay\u00e9sienne<\/a>.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un clinicien ou un observateur \u00e9value la probabilit\u00e9 qu&rsquo;un individu appartienne \u00e0 une cat\u00e9gorie diagnostique pr\u00e9cise, ignorer la raret\u00e9 ou la fr\u00e9quence relative de cette affection dans la population g\u00e9n\u00e9rale engendre une distorsion majeure du raisonnement. Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 syst\u00e9matique est formellement document\u00e9e dans la litt\u00e9rature cognitive sous le nom d&rsquo;oubli ou de n\u00e9gligence du taux de base.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression fran\u00e7aise \u00ab taux de base \u00bb est un calque direct du concept anglophone <em>base rate<\/em>, forg\u00e9 et popularis\u00e9 dans la litt\u00e9rature actuarielle, \u00e9pid\u00e9miologique et psychologique au cours du XXe si\u00e8cle. Le substantif \u00ab taux \u00bb proc\u00e8de de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>taux<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 r\u00e9gressif du verbe <em>tasser<\/em> ou <em>taxer<\/em>, issu lui-m\u00eame du latin classique <em>taxare<\/em>, signifiant \u00ab \u00e9valuer avec rigueur \u00bb, \u00ab appr\u00e9cier p\u00e9cuniairement \u00bb ou \u00ab estimer la valeur intrins\u00e8que d&rsquo;une chose \u00bb.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab base \u00bb prend sa source dans le grec ancien <em>basis<\/em> (\u03b2\u03ac\u03c3\u03b9\u03c2), qui d\u00e9signait initialement la \u00ab marche \u00bb, le \u00ab pi\u00e9destal \u00bb ou le \u00ab fondement mat\u00e9riel stable \u00bb sur lequel s&rsquo;\u00e9rige une structure physique, avant de glisser vers le latin <em>basis<\/em> pour d\u00e9signer un point d&rsquo;appui conceptuel ou logique. Le rapprochement des deux mots refl\u00e8te donc avec exactitude sa fonction m\u00e9thodologique : le soubassement initial et n\u00e9cessaire sur lequel doit reposer toute \u00e9valuation statistique subs\u00e9quente.<\/p>\n<p>Dans la tradition statistique francophone et la litt\u00e9rature philosophique de la logique inductive, le concept est \u00e9galement d\u00e9sign\u00e9 sous les appellations synonymes de \u00ab probabilit\u00e9 <em>a priori<\/em> \u00bb (du latin scolastique renvoyant \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;exp\u00e9rience actuelle), de \u00ab fr\u00e9quence relative initiale \u00bb ou plus couramment d&rsquo;\u00ab incidence \u00bb et de \u00ab pr\u00e9valence de base \u00bb en \u00e9pid\u00e9miologie psychiatrique contemporaine.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab taux de base \u00bb est un groupe nominal masculin singulier dont la transcription phon\u00e9tique standardis\u00e9e en alphabet phon\u00e9tique international (API) est \/to d\u0259 b\u0251z\/ (ou \/to d\u0259 baz\/ selon les variantes r\u00e9gionales francophones). Sa forme plurielle demeure invariable pour le premier composant, \u00ab des taux de base \u00bb (\/de to d\u0259 b\u0251z\/), bien que le substantif de qualification reste traditionnellement au singulier pour souligner la notion de rep\u00e8re cardinal.<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, il s&#8217;emploie principalement comme un compl\u00e9ment de d\u00e9termination ou un syntagme nominal autonome au sein d&rsquo;analyses quantitatives. Dans les \u00e9crits de psychologie exp\u00e9rimentale, il g\u00e9n\u00e8re des d\u00e9riv\u00e9s adjectivaux ou des locutions compos\u00e9es stables, \u00e0 l&rsquo;instar de \u00ab n\u00e9gligence du taux de base \u00bb (traduction de <em>base rate fallacy<\/em> ou <em>base-rate neglect<\/em>) et de \u00ab raisonnement fond\u00e9 sur le taux de base \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;usage acad\u00e9mique impose de pr\u00e9ciser rigoureusement la population parente lors de l&#8217;emploi du terme. Parler d&rsquo;un \u00ab taux de base \u00bb sans d\u00e9finir le groupe d&rsquo;appartenance (population g\u00e9n\u00e9rale asymptomatique, cohorte hospitali\u00e8re ambulatoire, d\u00e9tenus en milieu p\u00e9nitentiaire) constitue un abus s\u00e9mantique susceptible d&rsquo;invalider la rigueur m\u00e9trologique d&rsquo;une communication scientifique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;importance \u00e9pist\u00e9mologique du taux de base, il convient d&rsquo;analyser la m\u00e9canique de l&rsquo;estimation sous incertitude. Dans la vie quotidienne comme en pratique psychologique experte, un observateur se trouve constamment confront\u00e9 \u00e0 des signes probabilistes : un score \u00e0 un inventaire d&rsquo;\u00e9valuation de la personnalit\u00e9, une d\u00e9claration verbale suspecte ou un sympt\u00f4me comportemental atypique. Spontan\u00e9ment, l&rsquo;esprit humain tend \u00e0 \u00e9valuer la probabilit\u00e9 d&rsquo;une hypoth\u00e8se en mesurant \u00e0 quel point les caract\u00e9ristiques observ\u00e9es \u00ab ressemblent \u00bb \u00e0 l&rsquo;image mentale prototypique de cette hypoth\u00e8se.<\/p>\n<p>Or, la r\u00e9alit\u00e9 probabiliste ob\u00e9it \u00e0 une architecture tout autre. La vraisemblance d&rsquo;un diagnostic d\u00e9pend autant de la fr\u00e9quence d&rsquo;apparition du ph\u00e9nom\u00e8ne en amont que de l&rsquo;acuit\u00e9 de l&rsquo;outil d&rsquo;\u00e9valuation mobilis\u00e9. Si une pathologie mentale s\u00e9v\u00e8re ne touche que 0,1 % de la population (taux de base = 0,001), m\u00eame un protocole psychodiagnostique affichant une sensibilit\u00e9 de 95 % et une sp\u00e9cificit\u00e9 de 95 % produira une majorit\u00e9 \u00e9crasante de r\u00e9sultats faussement positifs lors d&rsquo;un d\u00e9pistage \u00e0 grande \u00e9chelle. Cette r\u00e9alit\u00e9 contre-intuitive d\u00e9coule du fait que les 99,9 % d&rsquo;individus sains g\u00e9n\u00e8rent, en raison des 5 % d&rsquo;erreurs inh\u00e9rentes au test, un volume absolu de faux positifs nettement sup\u00e9rieur au volume de vrais positifs issus de l&rsquo;infime minorit\u00e9 malade.<\/p>\n<p>Les fronti\u00e8res conceptuelles du taux de base le distinguent nettement de la sensibilit\u00e9 ou de la sp\u00e9cificit\u00e9 d&rsquo;un instrument psychologique. La sensibilit\u00e9 et la sp\u00e9cificit\u00e9 caract\u00e9risent la fid\u00e9lit\u00e9 interne et le pouvoir discriminant d&rsquo;un outil de mesure dans des conditions abstraites ou sur des groupes pr\u00e9-s\u00e9lectionn\u00e9s. En revanche, le taux de base est une propri\u00e9t\u00e9 \u00e9cologique de l&rsquo;environnement ou de la population \u00e9tudi\u00e9e, ext\u00e9rieure et ind\u00e9pendante de l&rsquo;instrument d&rsquo;\u00e9valuation lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>En outre, la port\u00e9e du concept englobe la variabilit\u00e9 contextuelle. Un taux de base n&rsquo;est jamais une constante universelle et immuable. Le taux de base du trouble d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 varie substantiellement selon que l&rsquo;on \u00e9chantillonne une population d&rsquo;\u00e9tudiants en p\u00e9riode d&rsquo;examens, une cohorte de patients admis dans un service de cardiologie ou la population active globale d&rsquo;une nation. Ainsi, le choix du niveau d&rsquo;agr\u00e9gation statistique pertinent \u2014 souvent appel\u00e9 le \u00ab probl\u00e8me de la classe de r\u00e9f\u00e9rence \u00bb en philosophie des sciences \u2014 d\u00e9termine directement la validit\u00e9 pr\u00e9dictive des mod\u00e8les d&rsquo;inf\u00e9rence.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La trajectoire historique de la conceptualisation du taux de base s&rsquo;enracine initialement dans les travaux math\u00e9matiques du pasteur presbyt\u00e9rien britannique Thomas Bayes au XVIIIe si\u00e8cle. Dans son essai posthume publi\u00e9 en 1763, Bayes pose les jalons du calcul des probabilit\u00e9s inverses. Il d\u00e9montre math\u00e9matiquement comment la connaissance pr\u00e9alable d&rsquo;une fr\u00e9quence (la distribution <em>a priori<\/em>) doit s&rsquo;articuler avec les donn\u00e9es observ\u00e9es ult\u00e9rieurement (la vraisemblance) pour d\u00e9terminer la probabilit\u00e9 finale r\u00e9vis\u00e9e (la distribution <em>a posteriori<\/em>). Cependant, durant pr\u00e8s de deux si\u00e8cles, cette approche demeure cantonn\u00e9e aux cercles restreints des math\u00e9matiques th\u00e9oriques et des sciences de l&rsquo;assurance.<\/p>\n<p>L&rsquo;irruption d\u00e9cisive du taux de base dans la psychologie appliqu\u00e9e se produit au milieu des ann\u00e9es 1950 sous l&rsquo;impulsion des psychologues am\u00e9ricains Paul E. Meehl et Albert Rosen. Dans leur article s\u00e9minal de 1955 intitul\u00e9 <em>\u00ab Antecedent probability and the efficiency of psychometric signs, patterns, or cutting scores \u00bb<\/em>, Meehl et Rosen d\u00e9montrent de mani\u00e8re cinglante que la plupart des tests psychom\u00e9triques alors employ\u00e9s en milieu clinique (notamment le MMPI et les tests projectifs) m\u00e8nent \u00e0 des d\u00e9cisions diagnostiques moins performantes que le simple recours au taux de base brut lorsque la pr\u00e9valence d&rsquo;un trouble est particuli\u00e8rement faible. Ils prouvent que l&rsquo;ignorance des probabilit\u00e9s ant\u00e9c\u00e9dentes pousse les cliniciens \u00e0 commettre de lourdes erreurs d&rsquo;aiguillage th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, le concept bascule de l&rsquo;\u00e9valuation m\u00e9thodologique vers la psychologie cognitive exp\u00e9rimentale gr\u00e2ce aux recherches r\u00e9volutionnaires d&rsquo;Amos Tversky et de Daniel Kahneman. Dans une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences devenues classiques, ils d\u00e9montrent que l&rsquo;\u00eatre humain, loin de se comporter comme un statisticien bay\u00e9sien intuitif, commet couramment un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Biais_cognitif\">biais cognitif<\/a> majeur : l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Oubli_de_la_fr\u00e9quence_de_base\">oubli de la fr\u00e9quence de base<\/a>. \u00c0 travers le probl\u00e8me de l&rsquo;avocat et de l&rsquo;ing\u00e9nieur ou le sc\u00e9nario des taxis, ils documentent l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie de l&rsquo;heuristique de repr\u00e9sentativit\u00e9 sur la logique computationnelle formelle.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1980 et 1990, des chercheurs comme Maya Bar-Hillel affinent la taxonomie des conditions provoquant cette n\u00e9gligence, tandis que le psychologue Gerd Gigerenzer et son \u00e9cole contestent l&rsquo;interpr\u00e9tation purement d\u00e9ficitaire de l&rsquo;esprit humain. Gigerenzer soutient que les \u00eatres humains ne sont pas intrins\u00e8quement irrationnels, mais que leur cerveau a \u00e9volu\u00e9 pour traiter des fr\u00e9quences naturelles s\u00e9quentielles plut\u00f4t que des probabilit\u00e9s normalis\u00e9es ou des pourcentages abstraits. D\u00e8s les ann\u00e9es 2000, ces apports ont nourri la psychiatrie bas\u00e9e sur les preuves, l&rsquo;\u00e9valuation du risque de r\u00e9cidive criminologique et la conception des syst\u00e8mes d&rsquo;aide \u00e0 la d\u00e9cision algorithmique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le premier socle th\u00e9orique soutenant la notion de taux de base est le formalisme de la probabilit\u00e9 bay\u00e9sienne, incarn\u00e9 par le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th\u00e9or\u00e8me_de_Bayes\">th\u00e9or\u00e8me de Bayes<\/a>. Dans cette perspective, la probabilit\u00e9 d&rsquo;une hypoth\u00e8se <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"H\">$H$<\/span> sachant l&rsquo;observation d&rsquo;un indice ou d&rsquo;un sympt\u00f4me <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D\">$D$<\/span> s&rsquo;exprime formellement par l&rsquo;\u00e9quation :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"P(H|D) = \frac{P(D|H) \\cdot P(H)}{P(D)}\">$$P(H|D) = \frac{P(D|H) \\cdot P(H)}{P(D)}$$<\/span><\/p>\n<p>Dans cette structure relationnelle, <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P(H)\">$P(H)$<\/span> constitue pr\u00e9cis\u00e9ment le taux de base (la probabilit\u00e9 marginale ou <em>a priori<\/em> de l&rsquo;hypoth\u00e8se). Le facteur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P(D|H)\">$P(D|H)$<\/span> repr\u00e9sente la sensibilit\u00e9 (la probabilit\u00e9 d&rsquo;observer l&rsquo;indice si l&rsquo;hypoth\u00e8se est vraie), tandis que le d\u00e9nominateur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P(D)\">$P(D)$<\/span> int\u00e8gre l&rsquo;ensemble des chemins probables par lesquels l&rsquo;indice peut se manifester, pond\u00e9r\u00e9s par les taux de base respectifs de chaque \u00e9tat possible. Il en ressort math\u00e9matiquement que lorsque <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P(H)\">$P(H)$<\/span> tend vers z\u00e9ro, <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P(H|D)\">$P(H|D)$<\/span> chute drastiquement, quelle que soit la force apparente de la vraisemblance conditionnelle.<\/p>\n<p>Le second ancrage fondamental provient du programme des heuristiques et biais d\u00e9velopp\u00e9 par Daniel Kahneman et Amos Tversky. Ce courant postule que sous la contrainte de ressources cognitives limit\u00e9es et d&rsquo;une complexit\u00e9 environnementale \u00e9lev\u00e9e, les individus s&rsquo;en remettent \u00e0 des raccourcis mentaux frugaux, principalement l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Heuristique_de_jugement\">heuristique de repr\u00e9sentativit\u00e9<\/a>. Face \u00e0 une vignette descriptive, l&rsquo;observateur jauge le degr\u00e9 de conformit\u00e9 typologique entre la cible et le st\u00e9r\u00e9otype de la cat\u00e9gorie, rel\u00e9guant le taux de base statistique au rang d&rsquo;information p\u00e9riph\u00e9rique insignifiante.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie de la rationalit\u00e9 \u00e9cologique de Gerd Gigerenzer offre un contrepoint th\u00e9orique d&rsquo;envergure. Selon cette approche, l&rsquo;architecture cognitive humaine est fa\u00e7onn\u00e9e pour interagir avec des environnements d&rsquo;\u00e9chantillonnage naturel continu. Les probl\u00e8mes de taux de base pr\u00e9sent\u00e9s sous forme de pourcentages repr\u00e9sentent une invention soci\u00e9tale et statistique r\u00e9cente (post\u00e9rieure aux travaux des Lumi\u00e8res). Lorsque les m\u00eames dilemmes diagnostiques sont formul\u00e9s en fr\u00e9quences naturelles (par exemple, \u00ab 1 personne sur 1 000 pr\u00e9sente le trouble ; sur 100 personnes pr\u00e9sentant l&rsquo;indice, tant sont r\u00e9ellement atteintes \u00bb), la n\u00e9gligence du taux de base diminue de mani\u00e8re spectaculaire, r\u00e9tablissant une inf\u00e9rence quasi bay\u00e9sienne sans calcul matriciel complexe.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse du taux de base et de ses manifestations pratiques s&rsquo;articule autour de plusieurs composantes structurelles et variations typologiques fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Taux de base universel (macro-niveau) :<\/strong> Pr\u00e9valence brute d&rsquo;une condition ou d&rsquo;un trait observ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;ensemble de la population globale non s\u00e9lectionn\u00e9e (par exemple, l&rsquo;incidence vie enti\u00e8re du trouble bipolaire estim\u00e9e \u00e0 environ 1 % de l&rsquo;humanit\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Taux de base stratifi\u00e9 ou conditionnel (m\u00e9so-niveau) :<\/strong> Fr\u00e9quence relative restreinte \u00e0 un sous-groupe d\u00e9mographique, g\u00e9n\u00e9tique ou comportemental sp\u00e9cifique partageant des d\u00e9terminants proximaux (par exemple, la fr\u00e9quence du suicide chez les hommes \u00e2g\u00e9s isol\u00e9s pr\u00e9sentant des ant\u00e9c\u00e9dents d\u00e9pressifs).<\/li>\n<li><strong>Taux de base institutionnel ou clinique (micro-niveau) :<\/strong> Pr\u00e9valence observ\u00e9e au sein d&rsquo;une structure sp\u00e9cialis\u00e9e d&rsquo;admission (consultations externes, unit\u00e9s de soins ferm\u00e9es, centres d&rsquo;expertise m\u00e9dicol\u00e9gale). Ce taux est syst\u00e9matiquement plus \u00e9lev\u00e9 que le taux macroscopique en raison d&rsquo;un filtre d&rsquo;auto-s\u00e9lection ou de s\u00e9lection m\u00e9dicale pr\u00e9alable.<\/li>\n<li><strong>Taux de base objectif versus subjectif :<\/strong> Opposition entre la valeur r\u00e9elle, statistiquement et \u00e9pid\u00e9miologiquement v\u00e9rifi\u00e9e d&rsquo;une part, et l&rsquo;estimation psychologique intuitive qu&rsquo;un professionnel ou un profane projette sur la fr\u00e9quence d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;autre part.<\/li>\n<li><strong>Pertinence per\u00e7ue de l&rsquo;information (Facteur Bar-Hillel) :<\/strong> Dimension cognitive d\u00e9terminant si l&rsquo;information sur le taux de base est per\u00e7ue par le sujet comme causalement ou conceptuellement li\u00e9e au cas \u00e9valu\u00e9. Plus le taux de base est per\u00e7u comme abstrait ou fortuit, plus il est \u00e9cart\u00e9 de la mod\u00e9lisation mentale du juge.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mat\u00e9rialiser l&rsquo;impact du taux de base, examinons le cas classique du d\u00e9pistage d&rsquo;une pathologie neuropsychiatrique rare dans une cohorte scolaire. Supposons une atteinte neurod\u00e9veloppementale sp\u00e9cifique dont le taux de base dans l&rsquo;ensemble des \u00e9tablissements d&rsquo;une r\u00e9gion est de 1 pour 1 000 \u00e9l\u00e8ves (soit <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"0,1,%\">$0,1,%$<\/span>, ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P(M) = 0{,}001\">$P(M) = 0{,}001$<\/span>). Des chercheurs introduisent une batterie de tests d&rsquo;\u00e9valuation cognitive automatis\u00e9e tr\u00e8s r\u00e9put\u00e9e, affichant une sensibilit\u00e9 de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"99,%\">$99,%$<\/span> (le test identifie 99 enfants malades sur 100) et une sp\u00e9cificit\u00e9 de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"95,%\">$95,%$<\/span> (le test classe correctement 95 enfants sains sur 100, g\u00e9n\u00e9rant donc <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"5,%\">$5,%$<\/span> de faux positifs).<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on soumet un groupe de 10 000 \u00e9l\u00e8ves pris au hasard \u00e0 ce protocole, la population contiendra en moyenne 10 enfants r\u00e9ellement atteints et 9 990 enfants indemnes. Gr\u00e2ce \u00e0 sa sensibilit\u00e9 de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"99,%\">$99,%$<\/span>, le test identifiera quasiment la totalit\u00e9 des enfants malades (environ 10 vrais positifs). Toutefois, confront\u00e9 aux 9 990 \u00e9l\u00e8ves sains, le taux d&rsquo;erreur de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"5,%\">$5,%$<\/span> g\u00e9n\u00e9rera l&rsquo;\u00e9quivalent de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"9,990 \times 0{,}05 \u0007pprox 500\">$9,990 \times 0{,}05 \u0007pprox 500$<\/span> faux positifs. Au total, la batterie signalera 510 enfants comme suspects. La probabilit\u00e9 qu&rsquo;un \u00e9l\u00e8ve test\u00e9 positif soit v\u00e9ritablement atteint n&rsquo;est que de $10 \/ 510$, soit \u00e0 peine <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"1{,}96,%\">$1{,}96,%$<\/span>. Plus de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"98,%\">$98,%$<\/span> des \u00e9l\u00e8ves d\u00e9clar\u00e9s positifs sont parfaitement sains. Sans l&rsquo;int\u00e9gration du taux de base initial, le personnel \u00e9ducatif conclurait h\u00e2tivement et \u00e0 tort que l&rsquo;enfant \u00e9tiquet\u00e9 a <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"95,%\">$95,%$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"99,%\">$99,%$<\/span> de risques d&rsquo;\u00eatre porteur du trouble.<\/p>\n<p>Un second exemple probant concerne l&rsquo;expertise judiciaire et la pr\u00e9diction de la dangerosit\u00e9 criminologique. Un \u00e9valuateur est mandat\u00e9 pour juger du risque qu&rsquo;un d\u00e9tenu commette une r\u00e9cidive violente d&rsquo;homicide au cours de l&rsquo;ann\u00e9e suivant sa lib\u00e9ration conditionnelle. L&rsquo;\u00e9valuateur, impressionn\u00e9 par un profil psychologique froid et un score \u00e9lev\u00e9 \u00e0 une \u00e9chelle clinique de traits psychopathiques, estime intuitivement la probabilit\u00e9 de passage \u00e0 l&rsquo;acte \u00e0 plus de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"70,%\">$70,%$<\/span>. Pourtant, dans cette cat\u00e9gorie p\u00e9nitentiaire, le taux de base de r\u00e9cidive homicide est historiquement infinit\u00e9simal (de l&rsquo;ordre de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"0{,}2,%\">$0{,}2,%$<\/span>). En n\u00e9gligeant cette raret\u00e9 syst\u00e9mique, le clinicien commet une grave erreur d&rsquo;estimation : m\u00eame avec un instrument d&rsquo;\u00e9valuation psychologique affichant un haut niveau de validit\u00e9 de construit, la valeur pr\u00e9dictive positive d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement au taux de base quasi nul reste dramatiquement restreinte.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;appr\u00e9hension et la mesure du taux de base soul\u00e8vent une s\u00e9rie de d\u00e9fis m\u00e9thodologiques majeurs pour les sciences du comportement. En m\u00e9trologie et psychom\u00e9trie, l&rsquo;op\u00e9rationnalisation du taux de base requiert des enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques rigoureuses sur de larges cohortes repr\u00e9sentatives, affranchies des biais de recrutement hospitalier ou volontaire. La m\u00e9thode du double \u00e9chantillonnage ou les \u00e9tudes d&rsquo;\u00e9chantillonnage en population g\u00e9n\u00e9rale constituent les protocoles \u00e9talons pour mesurer le v\u00e9ritable taux de base d&rsquo;un trait psychologique ou d&rsquo;une nosographie du DSM-5 ou de la CIM-11.<\/p>\n<p>Sur le versant de l&rsquo;\u00e9valuation exp\u00e9rimentale de la sensibilit\u00e9 des individus au taux de base, les psychologues cognitifs d\u00e9ploient des paradigmes de d\u00e9cision probabiliste. L&rsquo;un des plus illustres est le protocole de la t\u00e2che de s\u00e9lection ou les sc\u00e9narios de distribution cat\u00e9gorielle (tels que la t\u00e2che \u00ab Jack l&rsquo;ing\u00e9nieur \u00bb). On pr\u00e9sente aux participants un taux de base statistique explicite (ex. : \u00ab Dans cet \u00e9chantillon, 70 personnes sont avocates et 30 sont ing\u00e9nieurs \u00bb), suivi d&rsquo;une description individualis\u00e9e neutre ou st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e r\u00e9dig\u00e9e par un psychologue suppos\u00e9. Le niveau d&rsquo;int\u00e9gration du taux de base est mesur\u00e9 en comparant la r\u00e9ponse chiffr\u00e9e fournie par le sujet aux calculs th\u00e9oriques prescrits par la r\u00e8gle de Bayes.<\/p>\n<p>Les chercheurs utilisent \u00e9galement des indices d&rsquo;\u00e9cart normatif, comme la diff\u00e9rence absolue entre le jugement subjectif et la probabilit\u00e9 bay\u00e9sienne <em>a posteriori<\/em>, ou encore des mod\u00e9lisations fond\u00e9es sur la th\u00e9orie de la d\u00e9tection du signal (TDS). Dans le cadre de la TDS, le taux de base influence directement la localisation du crit\u00e8re de d\u00e9cision (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\beta\">$\beta$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"c\">$c$<\/span>) adopt\u00e9 par l&rsquo;observateur : un taux de base tr\u00e8s faible devrait th\u00e9oriquement contraindre l&rsquo;\u00e9valuateur rationnel \u00e0 adopter un crit\u00e8re de d\u00e9cision extr\u00eamement conservateur avant de conclure \u00e0 la pr\u00e9sence du signal.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les implications du taux de base s&rsquo;\u00e9tendent \u00e0 de multiples dimensions du tissu social, scientifique et clinique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Psychologie clinique et psychiatrie :<\/strong> D\u00e9termination de l&rsquo;utilit\u00e9 clinique r\u00e9elle des tests standardis\u00e9s. Un test psychodiagnostique n&rsquo;a d&rsquo;utilit\u00e9 incr\u00e9mentielle que s&rsquo;il am\u00e9liore l&rsquo;exactitude de la pr\u00e9diction au-del\u00e0 de ce que permettrait la simple attribution syst\u00e9matique de l&rsquo;\u00e9tiquette au taux de base majoritaire (r\u00e8gle de Meehl-Rosen).<\/li>\n<li><strong>Justice et expertise criminologique :<\/strong> \u00c9valuation du risque de r\u00e9cidive sexuelle ou violente via des outils actuariels (comme la VRAG ou la STATIC-99). L&rsquo;abandon de l&rsquo;intuition non standardis\u00e9e au profit de l&rsquo;ancrage dans les taux de base actuariels constitue l&rsquo;avanc\u00e9e majeure des pratiques m\u00e9dicol\u00e9gales modernes.<\/li>\n<li><strong>Neuropsychologie et g\u00e9rontologie :<\/strong> Interpr\u00e9tation des scores d\u00e9ficitaires lors du vieillissement. L&rsquo;observation d&rsquo;un score inf\u00e9rieur au seuil pathologique sur une \u00e9preuve mn\u00e9sique isol\u00e9e doit imp\u00e9rativement \u00eatre pond\u00e9r\u00e9e par le taux de base de tels scores faibles chez les sujets sains de m\u00eame \u00e2ge et niveau socioculturel, afin d&rsquo;\u00e9viter les surdiagnostics d\u00e9vastateurs de d\u00e9mence d\u00e9butante.<\/li>\n<li><strong>Ressources humaines et s\u00e9lection de personnel :<\/strong> Recrutement de profils dits \u00e0 \u00ab haut potentiel \u00bb. La pr\u00e9valence r\u00e9elle de ces profils au sein de la population candidate dicte la rentabilit\u00e9 math\u00e9matique et la valeur pr\u00e9dictive des centres d&rsquo;\u00e9valuation (<em>assessment centers<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Sant\u00e9 publique et communication du risque :<\/strong> R\u00e9daction de messages pr\u00e9ventifs compr\u00e9hensibles par les usagers. L&rsquo;expression des risques d&rsquo;effets secondaires sous forme de taux de base clairs et contextualis\u00e9s r\u00e9duit l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 collective et neutralise la panique cognitive induite par la simple mention d&rsquo;un danger rare.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Depuis les d\u00e9cennies fondatrices de la psychologie du jugement, les travaux empiriques consacr\u00e9s au taux de base ont confirm\u00e9 de mani\u00e8re unanime la fragilit\u00e9 des intuitions humaines non assist\u00e9es. L&rsquo;\u00e9tude fondatrice de Kahneman et Tversky (1973) sur la repr\u00e9sentativit\u00e9 a d\u00e9montr\u00e9 que lorsque les participants disposaient \u00e0 la fois d&rsquo;un taux de base et d&rsquo;une description textuelle d\u00e9nu\u00e9e de toute valeur diagnostique r\u00e9elle, ils basaient leurs pr\u00e9dictions enti\u00e8rement sur la coh\u00e9rence de l&rsquo;esquisse psychologique avec le st\u00e9r\u00e9otype vis\u00e9, ignorant superbement les proportions num\u00e9riques fournies.<\/p>\n<p>Par la suite, Bar-Hillel (1980) a mis en \u00e9vidence le ph\u00e9nom\u00e8ne de pertinence cognitive : le taux de base n&rsquo;est pris en compte par les sujets que lorsqu&rsquo;ils per\u00e7oivent un lien de causalit\u00e9 directe entre la fr\u00e9quence statistique et l&rsquo;individu \u00e9valu\u00e9. Lorsque le taux de base appara\u00eet comme une statistique incidente ou p\u00e9riph\u00e9rique, il est totalement oblit\u00e9r\u00e9. Ces conclusions ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9pliqu\u00e9es aupr\u00e8s de publics hautement dipl\u00f4m\u00e9s : des m\u00e9decins chevronn\u00e9s issus d&rsquo;h\u00f4pitaux universitaires renomm\u00e9s se trompent dans plus de 80 % des cas lorsqu&rsquo;on leur demande de calculer la probabilit\u00e9 r\u00e9elle qu&rsquo;une patiente asymptomatique pr\u00e9sentant une mammographie anormale ait un cancer du sein, confondant la sensibilit\u00e9 du test (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P(\text{Test}+|\text{Cancer})\">$P(\text{Test}+|\text{Cancer})$<\/span>) avec la valeur pr\u00e9dictive positive (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P(\text{Cancer}|\text{Test}+)\">$P(\text{Cancer}|\text{Test}+)$<\/span>).<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences d\u00e9cisionnelles contemporaines, des travaux d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9s notamment par De Neys et Goel ont investigu\u00e9 les soubassements neurobiologiques du conflit entre taux de base et heuristique st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e. Leurs donn\u00e9es r\u00e9v\u00e8lent que la confrontation \u00e0 des probl\u00e8mes o\u00f9 le taux de base contredit un st\u00e9r\u00e9otype engendre une activation robuste du cortex cingulaire ant\u00e9rieur (zone cl\u00e9 de la d\u00e9tection de conflits cognitifs). Les individus parvenant \u00e0 r\u00e9soudre la t\u00e2che selon les lois bay\u00e9siennes pr\u00e9sentent en outre une modulation accrue du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral droit, d\u00e9montrant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un recrutement cognitif co\u00fbteux pour inhiber la saillance intuitive et appliquer la r\u00e8gle probabiliste.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La quasi-totalit\u00e9 des investigations initiales sur la sensibilit\u00e9 au taux de base ayant \u00e9t\u00e9 men\u00e9e au sein d&rsquo;\u00e9chantillons occidentaux, \u00e9duqu\u00e9s, industrialis\u00e9s, riches et d\u00e9mocratiques (dits \u00e9chantillons WEIRD), l&rsquo;universalit\u00e9 de ces m\u00e9canismes a fait l&rsquo;objet d&rsquo;examens critiques ult\u00e9rieurs. Des recherches en psychologie transculturelle comparant des participants nord-am\u00e9ricains et est-asiatiques (notamment en Chine et en Cor\u00e9e du Sud) sugg\u00e8rent que les styles de pens\u00e9e holistiques versus analytiques influencent mod\u00e9r\u00e9ment le traitement des fr\u00e9quences contextuelles.<\/p>\n<p>Les individus issus de traditions culturelles holistiques tendent \u00e0 pr\u00eater une attention accrue \u00e0 l&rsquo;ensemble du contexte situationnel et aux interrelations syst\u00e9miques, ce qui peut dans certains sc\u00e9narios sp\u00e9cifiques favoriser une meilleure int\u00e9gration intuitive du taux de base environnemental que chez les sujets guid\u00e9s par une approche analytique centr\u00e9e exclusivement sur l&rsquo;objet individuel et ses propri\u00e9t\u00e9s cat\u00e9gorielles intrins\u00e8ques. Toutefois, d\u00e8s lors que les probl\u00e8mes sont formul\u00e9s dans un cadre logico-math\u00e9matique formel abstrait, les distorsions li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;heuristique de repr\u00e9sentativit\u00e9 se manifestent \u00e0 des degr\u00e9s remarquablement comparables par-del\u00e0 les fronti\u00e8res linguistiques et culturelles.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;acc\u00e8s m\u00eame \u00e0 des taux de base standardis\u00e9s constitue une in\u00e9galit\u00e9 structurelle entre pays d\u00e9velopp\u00e9s et pays \u00e9mergents. Dans de nombreuses zones du Sud global, les registres \u00e9pid\u00e9miologiques psychiatriques exhaustifs font d\u00e9faut. Les praticiens locaux se voient contraints d&rsquo;importer des outils d&rsquo;\u00e9valuation valid\u00e9s en Occident, calibr\u00e9s sur des taux de base d&rsquo;inadaptation ou de pathologies radicalement discordants avec la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9cologique locale, exposant ces syst\u00e8mes de soins \u00e0 des erreurs diagnostiques massives par inadvertance culturelle et m\u00e9trologique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude du taux de base n&rsquo;est pas exempte de vives controverses \u00e9pist\u00e9mologiques. La critique la plus virulente est venue de Gerd Gigerenzer et de l&rsquo;\u00e9cole de pens\u00e9e de la rationalit\u00e9 limit\u00e9e et \u00e9cologique. Ces auteurs accusent le paradigme de Kahneman et Tversky de cr\u00e9er des \u00ab pi\u00e8ges de laboratoire \u00bb artificiels. En pr\u00e9sentant aux sujets des probabilit\u00e9s formul\u00e9es sous forme de chiffres \u00e0 virgule ou de pourcentages abstraits d\u00e9connect\u00e9s des m\u00e9canismes d&rsquo;\u00e9chantillonnage naturel, les exp\u00e9rimentateurs cr\u00e9eraient un art\u00e9fact cognitif. Gigerenzer a d\u00e9montr\u00e9 que si les \u00e9nonc\u00e9s sont convertis en fr\u00e9quences absolues, le pr\u00e9tendu \u00ab biais d&rsquo;oubli de la fr\u00e9quence de base \u00bb s&rsquo;estompe en grande partie, ce qui invalide l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une incomp\u00e9tence probabiliste fondamentale de l&rsquo;intellect humain.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat th\u00e9orique profond r\u00e9side dans l&rsquo;\u00e9pineux \u00ab probl\u00e8me de la classe de r\u00e9f\u00e9rence \u00bb. Pour appliquer rigoureusement le taux de base bay\u00e9sien \u00e0 un individu singulier, il faut d\u00e9terminer \u00e0 quelle population il appartient par priorit\u00e9. Prenons un suspect jug\u00e9 pour un d\u00e9lit : doit-on consid\u00e9rer le taux de base de criminalit\u00e9 des hommes de 25 ans, celui des r\u00e9sidents de son quartier, celui des individus partageant ses ant\u00e9c\u00e9dents familiaux ou celui de sa profession ? Comme chaque individu appartient simultan\u00e9ment \u00e0 une infinit\u00e9 de sous-ensembles embo\u00eet\u00e9s, le choix arbitraire de la classe de r\u00e9f\u00e9rence dicte la valeur du taux de base utilis\u00e9, exposant l&rsquo;\u00e9valuation statistique actuarielle \u00e0 des jugements subjectifs pr\u00e9-statistiques.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan \u00e9thique et d\u00e9ontologique, l&rsquo;utilisation aveugle du taux de base soul\u00e8ve des objections majeures en justice pr\u00e9dictive et en analyse d&#8217;embauche. Utiliser des algorithmes actuarialement calibr\u00e9s sur le taux de base d&rsquo;un groupe d\u00e9mographique conduit m\u00e9caniquement \u00e0 p\u00e9naliser des individus vertueux appartenant \u00e0 des cohortes statistiquement d\u00e9favoris\u00e9es. Cette pratique institutionnalise une discrimination statistique l\u00e9gale o\u00f9 la singularit\u00e9 d&rsquo;un parcours humain est subordonn\u00e9e aux fr\u00e9quences r\u00e9trospectives du collectif.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Une rigueur scientifique exige d&rsquo;articuler et de d\u00e9marquer pr\u00e9cis\u00e9ment le taux de base d&rsquo;autres concepts statistiques et psychom\u00e9triques voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Pr\u00e9valence :<\/strong> La pr\u00e9valence est le terme \u00e9pid\u00e9miologique d\u00e9crivant le nombre total de cas d&rsquo;un trouble au sein d&rsquo;une population \u00e0 un instant <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"T\">$T$<\/span>. Alors que la pr\u00e9valence est une observation descriptive empirique de sant\u00e9 publique, le taux de base est la formulation probabiliste op\u00e9ratoire de cette r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e comme distribution <em>a priori<\/em> dans un mod\u00e8le de d\u00e9cision.<\/li>\n<li><strong>Incidence :<\/strong> L&rsquo;incidence mesure le flux d&rsquo;apparition de nouveaux cas au cours d&rsquo;une fen\u00eatre temporelle donn\u00e9e. Le taux de base peut emprunter la valeur de l&rsquo;incidence si la question d\u00e9cisionnelle concerne la survenue future d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement (ex. : r\u00e9cidive), ou celle de la pr\u00e9valence s&rsquo;il s&rsquo;agit de la pr\u00e9sence actuelle d&rsquo;un \u00e9tat latent (ex. : schizophr\u00e9nie).<\/li>\n<li><strong>Valeur pr\u00e9dictive positive (VPP) :<\/strong> La probabilit\u00e9 qu&rsquo;un individu test\u00e9 positif soit v\u00e9ritablement porteur du trait recherch\u00e9. Alors que la sensibilit\u00e9 d&rsquo;un test est stable, la VPP d\u00e9pend visc\u00e9ralement du taux de base : plus le taux de base est bas, plus la VPP s&rsquo;effondre, ind\u00e9pendamment des qualit\u00e9s intrins\u00e8ques du test.<\/li>\n<li><strong>N\u00e9gligence du taux de base (ou biais de fr\u00e9quence de base) :<\/strong> Biais cognitif consistant \u00e0 juger la probabilit\u00e9 d&rsquo;un cas particulier en se fondant exclusivement sur des informations diagnostiques ou narratives sp\u00e9cifiques, en omettant d&rsquo;int\u00e9grer le taux de base statistique sous-jacent.<\/li>\n<li><strong>Sensibilit\u00e9 et sp\u00e9cificit\u00e9 :<\/strong> Indices m\u00e9trologiques intrins\u00e8ques d&rsquo;un outil mesurant respectivement sa capacit\u00e9 \u00e0 rep\u00e9rer les cas vrais et \u00e0 rejeter les cas faux. Ils ne varient pas avec le taux de base de la population test\u00e9e, contrairement \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 diagnostique globale de la proc\u00e9dure.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le taux de base constitue le socle indispensable sur lequel doit reposer toute architecture rationnelle d&rsquo;estimation sous incertitude. Dans le champ de la psychologie, il rappelle que l&rsquo;\u00e9valuation clinique ne peut s&rsquo;affranchir des lois math\u00e9matiques qui gouvernent la distribution des ph\u00e9nom\u00e8nes au sein de l&rsquo;environnement r\u00e9el.<\/p>\n<p>La tendance humaine naturelle \u00e0 succomber \u00e0 l&rsquo;heuristique de repr\u00e9sentativit\u00e9 pousse les professionnels comme les profanes \u00e0 focaliser leur attention sur la vivacit\u00e9 du sympt\u00f4me individuel au d\u00e9triment de sa raret\u00e9 statistique globale. Cette asym\u00e9trie de traitement cognitif engendre des surdiagnostics chroniques, des d\u00e9cisions judiciaires disproportionn\u00e9es et une \u00e9valuation biais\u00e9e du risque.<\/p>\n<p>Pour contrecarrer ces distorsions d\u00e9vastatrices, la formation m\u00e9thodologique des psychologues, l&#8217;emploi de repr\u00e9sentations en fr\u00e9quences naturelles et l&rsquo;utilisation syst\u00e9matique de matrices de d\u00e9cision bay\u00e9siennes constituent des imp\u00e9ratifs professionnels. Aucun score psychom\u00e9trique, aussi sophistiqu\u00e9 soit-il, ne poss\u00e8de de sens en vase clos : sa valeur diagnostique n&rsquo;existe que par et \u00e0 travers le prisme du taux de base de la population examin\u00e9e.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bar-Hillel, M. (1980). The base-rate fallacy in probability judgments. <em>Acta Psychologica<\/em>, 44(3), 211\u2013233. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(80)90046-3\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(80)90046-3<\/a><\/li>\n<li>Gigerenzer, G., &amp; Hoffrage, U. (1995). How to improve Bayesian reasoning without instruction: Frequency formats. <em>Psychological Review<\/em>, 102(4), 684\u2013704. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.102.4.684\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.102.4.684<\/a><\/li>\n<li>Kahneman, D., &amp; Tversky, A. (1973). On the psychology of prediction. <em>Psychological Review<\/em>, 80(4), 237\u2013251. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0034747\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0034747<\/a><\/li>\n<li>Meehl, P. E., &amp; Rosen, A. (1955). Antecedent probability and the efficiency of psychometric signs, patterns, or cutting scores. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 52(3), 194\u2013216. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0048070\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0048070<\/a><\/li>\n<li>Tversky, A., &amp; Kahneman, D. (1974). Judgment under uncertainty: Heuristics and biases. <em>Science<\/em>, 185(4157), 1124\u20131131. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.185.4157.1124\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.185.4157.1124<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez ce qu&rsquo;est le taux de base en psychologie cognitive et m\u00e9trologie clinique : d\u00e9finition, mod\u00e9lisation bay\u00e9sienne, oubli de la fr\u00e9quence et enjeux pratiques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1679,647,2],"tags":[1857,4407,2113,31740,16,36309],"class_list":["post-21643","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-epistemologie","category-psychologie-cognitive","category-psychometrie","tag-biais-cognitif","tag-heuristique-de-representativite","tag-inference-bayesienne","tag-jugement-clinique","tag-psychometrie","tag-taux-de-base"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21643","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21643\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21643"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21643"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21643"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}