{"id":21642,"date":"2026-10-26T02:35:06","date_gmt":"2026-10-26T02:35:06","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=paire-de-bases-genetique-psychologie"},"modified":"2026-10-26T02:35:06","modified_gmt":"2026-10-26T02:35:06","slug":"paire-de-bases-genetique-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=paire-de-bases-genetique-psychologie","title":{"rendered":"Paire de bases : Cl\u00e9 du g\u00e9nome humain"},"content":{"rendered":"<h2>Paire de bases<\/h2>\n<p>Au c\u0153ur de l&rsquo;architecture mol\u00e9culaire du vivant, l&rsquo;agencement structural des acides nucl\u00e9iques conditionne la transmission h\u00e9r\u00e9ditaire, l&rsquo;expression biologique et la variabilit\u00e9 comportementale au sein des esp\u00e8ces. En psychiatrie biologique, en neurog\u00e9n\u00e9tique et en psychologie diff\u00e9rentielle, la compr\u00e9hension fine de cette unit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour \u00e9lucider l&rsquo;\u00e9tiologie multifactorielle des troubles mentaux et des traits de personnalit\u00e9.<\/p>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Une <strong>paire de bases<\/strong> (souvent abr\u00e9g\u00e9e <em>pb<\/em> ou <em>bp<\/em> pour l&rsquo;anglais <em>base pair<\/em>) constitue l&rsquo;unit\u00e9 fondamentale des mol\u00e9cules d&rsquo;acide d\u00e9soxyribonucl\u00e9ique (ADN) et d&rsquo;acide ribonucl\u00e9ique (ARN) bicat\u00e9naire, form\u00e9e par l&rsquo;appariement sp\u00e9cifique de deux bases azot\u00e9es puriques et pyrimidiques reli\u00e9es par des liaisons hydrog\u00e8ne. Dans la conformation classique de la double h\u00e9lice, l&rsquo;ad\u00e9nine s&rsquo;apparie exclusivement avec la thymine (ou l&rsquo;uracile dans l&rsquo;ARN) par deux liaisons hydrog\u00e8ne, tandis que la guanine s&rsquo;associe \u00e0 la cytosine par trois liaisons hydrog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel et m\u00e9trologique, la paire de bases sert d&rsquo;unit\u00e9 de mesure standard pour quantifier la longueur physique des s\u00e9quences g\u00e9nomiques, le taux de mutation mol\u00e9culaire et l&rsquo;ampleur des variations structurales telles que les polymorphismes mononucl\u00e9otidiques. En psychologie et en neurosciences, elle repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9chelon infinit\u00e9simal \u00e0 partir duquel s&rsquo;\u00e9rigent les r\u00e9seaux r\u00e9gulateurs influen\u00e7ant le neurod\u00e9veloppement, la plasticit\u00e9 synaptique et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychologique face aux stress environnementaux.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab paire de bases \u00bb proc\u00e8de de la juxtaposition de deux concepts issus de la morphologie fran\u00e7aise et de la chimie moderne. Le vocable \u00ab paire \u00bb d\u00e9rive du bas-latin <em>paria<\/em>, pluriel neutre substantiv\u00e9 de l&rsquo;adjectif classique <em>par<\/em> (\u00ab \u00e9gal, semblable, assorti \u00bb), illustrant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une association \u00e9quilibr\u00e9e entre deux entit\u00e9s compl\u00e9mentaires. Le terme \u00ab base \u00bb, quant \u00e0 lui, trouve son origine dans le grec ancien <em>basis<\/em> (\u03b2\u03ac\u03c3\u03b9\u03c2, \u00ab marche, point d&rsquo;appui, fondement \u00bb), transpos\u00e9 au XVIIIe si\u00e8cle dans le lexique chimique par le m\u00e9decin et chimiste fran\u00e7ais Guillaume-Fran\u00e7ois Rouelle pour d\u00e9signer la substance qui sert de support fixe \u00e0 la cristallisation d&rsquo;un sel lorsqu&rsquo;elle r\u00e9agit avec un acide.<\/p>\n<p>L&rsquo;acception moderne de \u00ab base azot\u00e9e \u00bb s&rsquo;est consolid\u00e9e \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle \u00e0 la suite des d\u00e9couvertes du biochimiste Albrecht Kossel sur les constituants du noyau cellulaire. L&rsquo;expression anglaise <em>base pair<\/em> a \u00e9merg\u00e9 simultan\u00e9ment \u00e0 la description de la structure h\u00e9lico\u00efdale de l&rsquo;ADN en 1953 par James Watson et Francis Crick, avant d&rsquo;\u00eatre naturalis\u00e9e en fran\u00e7ais sous la forme \u00ab paire de bases \u00bb. Son introduction dans les sciences du comportement s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e plus tardivement, notamment au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980, lorsque la g\u00e9n\u00e9tique quantitative a commenc\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer les outils de la biologie mol\u00e9culaire pour fonder la g\u00e9n\u00e9tique comportementale moderne.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, la locution nominale \u00ab paire de bases \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement \/p\u025b\u0281 d\u0259 baz\/. Sur le plan morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe nominal f\u00e9minin d\u00e9nombrable. Au singulier, elle s&rsquo;\u00e9crit \u00ab une paire de bases \u00bb ; au pluriel, elle conserve la m\u00eame orthographe lexicale (\u00ab des paires de bases \u00bb), le substantif d\u00e9pendant \u00ab bases \u00bb restant invariablement au pluriel en raison de la nature intrins\u00e8quement duelle de la relation d&rsquo;appariement.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique internationale et francophone, le terme s&rsquo;abr\u00e8ge couramment en minuscules sous la forme <em>pb<\/em> (ou <em>bp<\/em> sous l&rsquo;influence de l&rsquo;anglais). Ses multiples d\u00e9cimaux sont universellement employ\u00e9s pour mesurer la taille des g\u00e8nes, des r\u00e9gions promotrices et des chromosomes : la kilobase (1 kb = 1 000 pb), la m\u00e9gabase (1 Mb = 1 000 000 pb) et la gigabase (1 Gb = 1 000 000 000 pb). Sur le plan syntaxique, le terme peut \u00eatre utilis\u00e9 soit comme unit\u00e9 de mesure m\u00e9trique, soit comme entit\u00e9 physico-chimique discr\u00e8te au sein d&rsquo;une s\u00e9quence nucl\u00e9otidique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La paire de bases mat\u00e9rialise le principe de compl\u00e9mentarit\u00e9 st\u00e9rique et \u00e9lectrostatique qui r\u00e9git l&rsquo;organisation spatiale des acides nucl\u00e9iques. L&rsquo;ADN est constitu\u00e9 de deux brins antiparall\u00e8les form\u00e9s d&rsquo;un squelette alternant des groupements phosphate et des mol\u00e9cules de d\u00e9soxyribose. \u00c0 chaque ose est attach\u00e9e une base h\u00e9t\u00e9rocyclique azot\u00e9e. La stabilit\u00e9 thermodynamique de la double h\u00e9lice d\u00e9pend directement de l&rsquo;interaction sp\u00e9cifique entre une purine volumineuse (\u00e0 deux cycles accol\u00e9s) et une pyrimidine plus petite (\u00e0 cycle unique), garantissant un diam\u00e8tre constant d&rsquo;environ 2 nanom\u00e8tres tout au long du polym\u00e8re g\u00e9nomique.<\/p>\n<p>L&rsquo;appariement canonique, dit de Watson-Crick, ob\u00e9it \u00e0 une stricte affinit\u00e9 : l&rsquo;ad\u00e9nine (A) s&rsquo;associe \u00e0 la thymine (T) par deux liaisons hydrog\u00e8ne localis\u00e9es entre leurs groupements donneurs et accepteurs respectifs, tandis que la guanine (G) s&rsquo;associe \u00e0 la cytosine (C) par trois liaisons hydrog\u00e8ne. Cette troisi\u00e8me liaison conf\u00e8re aux r\u00e9gions riches en liaisons G-C une stabilit\u00e9 thermique et une r\u00e9sistance m\u00e9canique nettement sup\u00e9rieures \u00e0 celles enrichies en couples A-T. Outre les liaisons hydrog\u00e8ne coplanaires, l&#8217;empilement hydrophobe des bases adjacentes (<em>base stacking<\/em>) le long de l&rsquo;axe longitudinal fournit une contribution \u00e9nerg\u00e9tique majeure au maintien de la conformation tridimensionnelle de la macromol\u00e9cule.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences et de la psychologie, la paire de bases transcende son statut de simple brique biochimique pour devenir le substrat matriciel du traitement de l&rsquo;information biologique. L&rsquo;encha\u00eenement lin\u00e9aire des paires de bases d\u00e9termine l&rsquo;\u00e9pissage, la transcription en transcrits messagers et, ultimement, la traduction en prot\u00e9ines structurales, enzymes de synth\u00e8se des neurotransmetteurs, r\u00e9cepteurs synaptiques et canaux ioniques. La moindre modification au niveau d&rsquo;une seule paire de bases peut entra\u00eener un changement d&rsquo;acide amin\u00e9 (mutation faux-sens) ou l&rsquo;apparition pr\u00e9matur\u00e9e d&rsquo;un codon d&rsquo;arr\u00eat (mutation non-sens), modifiant de fa\u00e7on substantielle l&rsquo;architecture synaptique et la r\u00e9gulation des circuits c\u00e9r\u00e9braux sous-tendant les fonctions cognitives et \u00e9motionnelles.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la paire de bases n&rsquo;est pas une entit\u00e9 inerte : elle subit des modifications biochimiques dynamiques, au premier rang desquelles figure la m\u00e9thylation de la cytosine au sein des dinucl\u00e9otides CpG. Ces modifications \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques modulent l&rsquo;accessibilit\u00e9 de la chromatine \u00e0 la machinerie transcriptionnelle sans alt\u00e9rer la s\u00e9quence primaire des paires de bases. Ainsi, la paire de bases constitue l&rsquo;interface o\u00f9 convergent les d\u00e9terminants g\u00e9n\u00e9tiques ancestraux et les influences psycho-environnementales, telles que les traumatismes pr\u00e9coces ou l&rsquo;exposition chronique au stress.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la d\u00e9couverte de la paire de bases s&rsquo;enracine dans l&rsquo;isolement initial de la \u00ab nucl\u00e9ine \u00bb par le m\u00e9decin suisse Friedrich Miescher en 1869 dans les noyaux de leucocytes humains. Quelques d\u00e9cennies plus tard, le biochimiste allemand Albrecht Kossel identifie et nomme les cinq bases azot\u00e9es canoniques (ad\u00e9nine, cytosine, guanine, thymine, uracile) entre 1885 et 1901, travaux qui lui valent le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1910. \u00c0 cette \u00e9poque, la vision dominante postulait \u00e0 tort une structure r\u00e9p\u00e9titive et monotone de l&rsquo;ADN (l&rsquo;hypoth\u00e8se du t\u00e9tranucl\u00e9otide de Phoebus Levene), rel\u00e9guant les acides nucl\u00e9iques \u00e0 un r\u00f4le de soutien passif au profit des prot\u00e9ines, jug\u00e9es seules capables de porter la complexit\u00e9 de l&rsquo;esprit et de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<p>Le tournant conceptuel d\u00e9cisif survient \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940 gr\u00e2ce aux travaux quantitatifs du biochimiste austro-hongrois Erwin Chargaff. En analysant la composition chimique de l&rsquo;ADN chez diverses esp\u00e8ces, Chargaff formule en 1950 ses lois fondamentales : la proportion d&rsquo;ad\u00e9nine est toujours \u00e9gale \u00e0 celle de thymine (%A = %T), et la proportion de guanine \u00e9gale celle de cytosine (%G = %C). Cette st\u0153chiom\u00e9trie r\u00e9v\u00e9lait une r\u00e9gularit\u00e9 math\u00e9matique sous-jacente que les mod\u00e8les structuraux de l&rsquo;\u00e9poque ne parvenaient pas \u00e0 rationaliser.<\/p>\n<p>En 1953, s&rsquo;appuyant sur les clich\u00e9s de diffraction des rayons X obtenus par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rosalind_Franklin\">Rosalind Franklin<\/a> et Raymond Gosling, James Watson et Francis Crick proposent le mod\u00e8le en double h\u00e9lice de l&rsquo;ADN dans la revue <em>Nature<\/em>. La cl\u00e9 de vo\u00fbte de leur mod\u00e8le repose sur la configuration spatiale des paires de bases compl\u00e9mentaires orient\u00e9es vers l&rsquo;int\u00e9rieur de la double h\u00e9lice, r\u00e9solvant d&rsquo;un coup le myst\u00e8re du stockage de l&rsquo;information biologique et le m\u00e9canisme de sa r\u00e9plication semi-conservative.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970, l&rsquo;av\u00e8nement des m\u00e9thodes de s\u00e9quen\u00e7age d\u00e9velopp\u00e9es par Frederick Sanger et Allan Maxam a permis de lire directement l&rsquo;ordre des paires de bases le long de segments chromosomiques. L&rsquo;ach\u00e8vement du Projet G\u00e9nome Humain au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 a cartographi\u00e9 plus de trois milliards de paires de bases du g\u00e9nome humain, ouvrant la voie \u00e0 la g\u00e9n\u00e9tique psychiatrique contemporaine. D\u00e8s lors, la recherche s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e de la cartographie globale vers l&rsquo;identification pr\u00e9cise des variations mononucl\u00e9otidiques associ\u00e9es \u00e0 la schizophr\u00e9nie, aux troubles bipolaires, \u00e0 l&rsquo;autisme et aux variations de la cognition g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de la paire de bases s&rsquo;inscrit au carrefour de plusieurs cadres th\u00e9oriques majeurs en sciences de la vie et en psychologie scientifique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le dogme central de la biologie mol\u00e9culaire :<\/strong> Formul\u00e9 initialement par Francis Crick en 1958, ce cadre conceptuel postule que l&rsquo;information biologique contenue dans la s\u00e9quence lin\u00e9aire des paires de bases de l&rsquo;ADN est transcrite en ARN, puis traduite en s\u00e9quences polypeptidiques d&rsquo;acides amin\u00e9s. Dans une perspective neuropsychologique, cette th\u00e9orie fournit le m\u00e9canisme biologique causal par lequel des variations de s\u00e9quences nucl\u00e9otidiques orientent la synth\u00e8se prot\u00e9ique c\u00e9r\u00e9brale et modulent l&rsquo;architecture synaptique.<\/li>\n<li><strong>La th\u00e9orie synth\u00e9tique de l&rsquo;\u00e9volution et la g\u00e9n\u00e9tique des populations :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9e par Theodosius Dobzhansky, Ernst Mayr et George Gaylord Simpson, cette th\u00e9orie int\u00e8gre la g\u00e9n\u00e9tique mend\u00e9lienne et la s\u00e9lection naturelle darwinienne. La paire de bases y est conceptualis\u00e9e comme le lieu \u00e9l\u00e9mentaire de la mutation g\u00e9nique. Les substitutions, d\u00e9l\u00e9tions ou insertions d&rsquo;une seule paire de bases g\u00e9n\u00e8rent la diversit\u00e9 allolique sur laquelle s&rsquo;exercent la d\u00e9rive g\u00e9n\u00e9tique, les contraintes s\u00e9lectives et la s\u00e9lection sexuelle, influen\u00e7ant les traits comportementaux adaptatifs.<\/li>\n<li><strong>Le mod\u00e8le polyg\u00e9nique des traits complexes :<\/strong> Introduit par Ronald Fisher en 1918, ce cadre math\u00e9matique explique la transmission continue des caract\u00e8res quantitatifs, tels que l&rsquo;intelligence, le n\u00e9vrosisme ou l&rsquo;extraversion. Appliqu\u00e9 \u00e0 la g\u00e9nomique moderne, il soutient que les variations psychologiques ne d\u00e9coulent pas de mutations majeures isol\u00e9es au sein d&rsquo;un seul g\u00e8ne, mais de l&rsquo;addition et de l&rsquo;interaction d&rsquo;un nombre colossal de paires de bases polymorphiques r\u00e9parties sur l&rsquo;ensemble du g\u00e9nome, chacune exer\u00e7ant un effet infinit\u00e9simal sur le ph\u00e9notype.<\/li>\n<li><strong>La th\u00e9orie neuro-\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique du d\u00e9veloppement :<\/strong> Cette approche th\u00e9orique s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la mani\u00e8re dont l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue modifie durablement la r\u00e9gulation de l&rsquo;ADN sans en alt\u00e9rer la suite ordonn\u00e9e des paires de bases. L&rsquo;adjonction de groupements m\u00e9thyle sur le carbone 5 de la cytosine au sein d&rsquo;une paire de bases CpG constitue le m\u00e9canisme biochimique par lequel les stress environnementaux pr\u00e9coces peuvent reprogrammer la r\u00e9activit\u00e9 de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien et alt\u00e9rer la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle \u00e0 long terme.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation fonctionnelle et structurale des paires de bases s&rsquo;organise selon plusieurs dimensions distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Paires de bases canoniques (Watson-Crick) :<\/strong> Form\u00e9es par l&rsquo;ad\u00e9nine appari\u00e9e \u00e0 la thymine (A-T dans l&rsquo;ADN) ou \u00e0 l&rsquo;uracile (A-U dans l&rsquo;ARN) par deux liaisons hydrog\u00e8ne, et par la guanine appari\u00e9e \u00e0 la cytosine (G-C) par trois liaisons hydrog\u00e8ne. Elles constituent l&rsquo;immense majorit\u00e9 des associations au sein de la double h\u00e9lice standard (forme B de l&rsquo;ADN).<\/li>\n<li><strong>Paires de bases non canoniques (Wobble ou oscillantes) :<\/strong> Appariements atypiques observ\u00e9s principalement dans les structures secondaires de l&rsquo;ARN et lors de l&rsquo;interaction codon-anticodon dans le ribosome, comme l&rsquo;appariement guanine-uracile (G-U) ou l&rsquo;intervention de nucl\u00e9osides modifi\u00e9s comme l&rsquo;inosine. Ces paires conf\u00e8rent aux ARN messagers et de transfert une plasticit\u00e9 conformationnelle indispensable \u00e0 la r\u00e9gulation de la traduction locale dans les dendrites neuronales.<\/li>\n<li><strong>Paires modifi\u00e9es \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiquement :<\/strong> Cytosines m\u00e9thyl\u00e9es (5-m\u00e9thylcytosine) appari\u00e9es \u00e0 des guanines normales, particuli\u00e8rement concentr\u00e9es au niveau des \u00eelots CpG situ\u00e9s dans les promoteurs de g\u00e8nes du syst\u00e8me nerveux central, inhibant directement l&rsquo;attachement des facteurs de transcription r\u00e9gulant l&rsquo;activit\u00e9 neuronale.<\/li>\n<li><strong>Variations mononucl\u00e9otidiques (SNP) :<\/strong> Remplacement d&rsquo;une paire de bases par une autre \u00e0 une position pr\u00e9cise du g\u00e9nome (par exemple, substitution d&rsquo;une paire A-T par une paire G-C), pr\u00e9sent dans au moins 1 % de la population g\u00e9n\u00e9rale, constituant la source la plus r\u00e9pandue de variabilit\u00e9 interindividuelle dans les \u00e9tudes g\u00e9nome entier.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9s\u00e9quilibres et m\u00e9sappariements (<em>mismatches<\/em>) :<\/strong> Erreurs d&rsquo;incorporation lors de la r\u00e9plication de l&rsquo;ADN o\u00f9 deux bases non compl\u00e9mentaires se trouvent face \u00e0 face (par exemple A-C ou G-T), normalement corrig\u00e9es par le syst\u00e8me enzymatique de r\u00e9paration des m\u00e9sappariements (MMR), dont la d\u00e9faillance conduit \u00e0 une instabilit\u00e9 microsatellitaire pr\u00e9judiciable au maintien de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 cellulaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;impact de la substitution d&rsquo;une seule paire de bases sur les fonctions neurologiques et psychologiques est bien document\u00e9 par la recherche biom\u00e9dicale. Le cas embl\u00e9matique de la chor\u00e9e de Huntington illustre une alt\u00e9ration de la longueur d&rsquo;un triplet de paires de bases : une expansion anormale de la r\u00e9p\u00e9tition trinucl\u00e9otidique cytosine-ad\u00e9nine-guanine (CAG) dans le g\u00e8ne de la huntingtine entra\u00eene la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des neurones striataux, se manifestant par des sympt\u00f4mes moteurs s\u00e9v\u00e8res, un d\u00e9clin cognitif progressif et des perturbations psychiatriques majeures telles que la d\u00e9pression et l&rsquo;apathie.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences comportementales, le polymorphisme fonctionnel <em>Val66Met<\/em> (rs6265) du g\u00e8ne codant pour le facteur neurotrophique issu du cerveau (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Facteur_neurotrophique_d%C3%A9riv%C3%A9_du_cerveau\">BDNF<\/a>) fournit une d\u00e9monstration remarquable de l&rsquo;effet d&rsquo;une paire de bases. Le remplacement d&rsquo;une seule paire guanine-cytosine par une paire ad\u00e9nine-thymine \u00e0 la position nucl\u00e9otidique 196 entra\u00eene la substitution d&rsquo;une valine par une m\u00e9thionine au codon 66 de la prot\u00e9ine. Cette variation mononucl\u00e9otidique alt\u00e8re le transport intracellulaire et la s\u00e9cr\u00e9tion d\u00e9pendante de l&rsquo;activit\u00e9 du BDNF dans l&rsquo;hippocampe, ce qui se traduit chez les porteurs de l&rsquo;all\u00e8le Met par des performances diminu\u00e9es dans les t\u00e2ches de m\u00e9moire \u00e9pisodique, une r\u00e9duction du volume hippocampique observable en IRM anatomique et une susceptibilit\u00e9 accrue aux troubles d\u00e9pressifs majeurs apr\u00e8s exposition \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements de vie stressants.<\/p>\n<p>Un autre exemple pr\u00e9gnant r\u00e9side dans l&rsquo;\u00e9tude des transporteurs de monoamines, tel que le g\u00e8ne codant pour le transporteur de la s\u00e9rotonine (<em>SLC6A4<\/em>). Outre la r\u00e9gion polymorphique li\u00e9e au promoteur (5-HTTLPR), la pr\u00e9sence d&rsquo;une substitution mononucl\u00e9otidique A\/G (rs25531) au sein m\u00eame de la s\u00e9quence r\u00e9p\u00e9t\u00e9e module la force de liaison du facteur de transcription AP-2. Cette infime variation d&rsquo;une unique paire de bases r\u00e9gule le niveau d&rsquo;expression de la prot\u00e9ine de transport, influen\u00e7ant directement la r\u00e9activit\u00e9 de l&rsquo;amygdale face \u00e0 des stimuli visuels mena\u00e7ants et pr\u00e9disposant les individus \u00e0 des scores plus \u00e9lev\u00e9s sur les \u00e9chelles d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9-trait.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation et la quantification des paires de bases rel\u00e8vent de la bio-informatique et des biotechnologies mol\u00e9culaires, qui mettent en \u0153uvre un arsenal m\u00e9thodologique de haute pr\u00e9cision :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>S\u00e9quen\u00e7age de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration (NGS) :<\/strong> Technologie \u00e0 haut d\u00e9bit permettant de s\u00e9quencer simultan\u00e9ment des millions de fragments d&rsquo;acides nucl\u00e9iques. Le s\u00e9quen\u00e7age du g\u00e9nome entier (<em>Whole Genome Sequencing<\/em>, WGS) analyse l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des 3,2 milliards de paires de bases de l&rsquo;ADN humain, tandis que le s\u00e9quen\u00e7age de l&rsquo;exome entier (<em>Whole Exome Sequencing<\/em>, WES) cible sp\u00e9cifiquement les quelque 30 millions de paires de bases constituant les exons codants pour identifier les mutations pathog\u00e8nes rares associ\u00e9es aux troubles neurod\u00e9veloppementaux.<\/li>\n<li><strong>Puces \u00e0 ADN pour le g\u00e9notypage de SNP :<\/strong> Dispositifs miniaturis\u00e9s hybridant l&rsquo;ADN g\u00e9nomique fragment\u00e9 sur des centaines de milliers de sondes d&rsquo;oligonucl\u00e9otides sp\u00e9cifiques. Ces puces mesurent simultan\u00e9ment entre 500 000 et plusieurs millions de paires de bases variables r\u00e9parties dans le g\u00e9nome pour un co\u00fbt mod\u00e9r\u00e9, constituant l&rsquo;outil pivot des \u00e9tudes d&rsquo;association \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du g\u00e9nome.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9action en cha\u00eene par polym\u00e9rase (PCR) quantitative et num\u00e9rique en gouttelettes (ddPCR) :<\/strong> M\u00e9thodes d&rsquo;amplification enzymatique enzymatique cibl\u00e9e exploitant des amorces compl\u00e9mentaires de quelques dizaines de paires de bases pour quantifier avec pr\u00e9cision le nombre de copies d&rsquo;un fragment de s\u00e9quence ou d\u00e9tecter la pr\u00e9sence d&rsquo;un all\u00e8le mut\u00e9 sp\u00e9cifique dans un \u00e9chantillon tissulaire c\u00e9r\u00e9bral ou sanguin.<\/li>\n<li><strong>S\u00e9quen\u00e7age au bisulfite (<em>Bisulfite Sequencing<\/em>) :<\/strong> Traitement chimique convertissant s\u00e9lectivement les cytosines non m\u00e9thyl\u00e9es en uraciles, tout en laissant intactes les 5-m\u00e9thylcytosines. Le s\u00e9quen\u00e7age ult\u00e9rieur permet de quantifier le taux de m\u00e9thylation \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique au niveau d&rsquo;une paire de bases CpG unique, autorisant l&rsquo;\u00e9tude fine des corr\u00e9lats neuro-\u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques de l&rsquo;adversit\u00e9 psychosociale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La quantification des paires de bases et de leurs polymorphismes trouve des applications substantielles dans les sciences m\u00e9dicales, la pharmacog\u00e9nomique et la pratique psychologique int\u00e9grative. En psychiatrie de pr\u00e9cision, la pharmacog\u00e9nomique analyse les variations au niveau de paires de bases situ\u00e9es dans les g\u00e8nes codant pour les cytochromes h\u00e9patiques (tels que <em>CYP2D6<\/em> et <em>CYP2C19<\/em>). L&rsquo;identification de mutations ponctuelles renseigne les cliniciens sur le profil m\u00e9tabolique du patient (m\u00e9taboliseur lent, interm\u00e9diaire ou ultra-rapide), permettant d&rsquo;ajuster individuellement la posologie des antid\u00e9presseurs ou des antipsychotiques afin de minimiser les effets ind\u00e9sirables iatrog\u00e8nes et d&rsquo;optimiser l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Dans le domaine du conseil g\u00e9n\u00e9tique et de la p\u00e9dopsychiatrie, le rep\u00e9rage de variations du nombre de copies (CNV) \u2014 correspondant \u00e0 des d\u00e9l\u00e9tions ou duplications de segments s&rsquo;\u00e9tendant sur des dizaines de milliers \u00e0 des millions de paires de bases \u2014 constitue une \u00e9tape diagnostique centrale face \u00e0 des tableaux d&rsquo;autisme complexe ou de d\u00e9ficience intellectuelle. Par exemple, la microd\u00e9l\u00e9tion de 3 millions de paires de bases sur le chromosome 22 (syndrome de d\u00e9l\u00e9tion 22q11.2) multiplie par vingt \u00e0 trente le risque de d\u00e9velopper un trouble schizophr\u00e9nique \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, fournissant un mod\u00e8le pr\u00e9cieux pour l&rsquo;intervention pr\u00e9coce.<\/p>\n<p>En psychologie diff\u00e9rentielle et en \u00e9ducation, le calcul des scores polyg\u00e9niques (<em>Polygenic Risk Scores<\/em>, PRS), calcul\u00e9s par la sommation pond\u00e9r\u00e9e de millions de paires de bases polymorphiques, permet d&rsquo;estimer la propension g\u00e9n\u00e9tique individuelle \u00e0 la r\u00e9ussite scolaire, \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 ou \u00e0 la vuln\u00e9rabilit\u00e9 anxieuse. Bien que ces scores ne poss\u00e8dent pas de valeur d\u00e9terministe au niveau individuel, ils enrichissent la mod\u00e9lisation \u00e9tiologique des interactions g\u00e8ne-environnement dans les cohortes longitudinales de psychologie du d\u00e9veloppement.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;essor des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89tude_d%27association_sur_g%C3%A9nome_entier\">\u00e9tudes d&rsquo;association sur g\u00e9nome entier<\/a> (GWAS) au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies a profond\u00e9ment boulevers\u00e9 notre compr\u00e9hension de l&rsquo;architecture g\u00e9n\u00e9tique des traits psychologiques et des troubles mentaux. Des consortiums internationaux, tels que le <em>Psychiatric Genomics Consortium<\/em> (PGC), ont analys\u00e9 des millions de paires de bases r\u00e9parties sur l&rsquo;ensemble du g\u00e9nome chez des cohortes d\u00e9passant d\u00e9sormais le million d&rsquo;individus. Dans une \u00e9tude matricielle coordonn\u00e9e par Schizophrenia Working Group of the PGC (2014, 2022), les chercheurs ont identifi\u00e9 pr\u00e8s de 300 locus g\u00e9nomiques robustement associ\u00e9s \u00e0 la schizophr\u00e9nie, chaque locus \u00e9tant balis\u00e9 par des paires de bases polymorphiques sp\u00e9cifiques affectant l&rsquo;expression de g\u00e8nes impliqu\u00e9s dans la neurotransmission glutamatergique et l&rsquo;immunit\u00e9 synaptique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les travaux de recherche en g\u00e9n\u00e9tique de l&rsquo;intelligence et des capacit\u00e9s cognitives men\u00e9s sous la direction de Robert Plomin et Danielle Posthuma ont d\u00e9montr\u00e9 le caract\u00e8re massivement polyfactoriel des aptitudes mentales g\u00e9n\u00e9rales (le facteur <em>g<\/em>). Ces investigations empiriques r\u00e9v\u00e8lent que des milliers de paires de bases ind\u00e9pendantes rendent compte d&rsquo;une part substantielle de l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 ph\u00e9notypique, r\u00e9futant d\u00e9finitivement l&rsquo;hypoth\u00e8se simpliste de \u00ab g\u00e8nes de l&rsquo;intelligence \u00bb majeurs et d\u00e9montrant que les diff\u00e9rences interindividuelles \u00e9mergent d&rsquo;une infinit\u00e9 d&rsquo;effets all\u00e9liques minimes diss\u00e9min\u00e9s dans le code g\u00e9nomique.<\/p>\n<p>Les recherches empiriques en \u00e9pig\u00e9nomique comportementale, inaugur\u00e9es par Michael Meaney et Moshe Szyf au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, ont mis en \u00e9vidence la plasticit\u00e9 biochimique de la paire de bases sous l&rsquo;influence du milieu relationnel pr\u00e9coce. En \u00e9tudiant des mod\u00e8les rongeurs, ces chercheurs ont montr\u00e9 que la qualit\u00e9 des soins maternels induit des modifications durables du statut de m\u00e9thylation de paires de bases CpG situ\u00e9es dans le promoteur du g\u00e8ne du r\u00e9cepteur aux glucocortico\u00efdes (<em>NR3C1<\/em>) dans l&rsquo;hippocampe. Ces alt\u00e9rations \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques modifient la transcription g\u00e9nique et fixent la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle de l&rsquo;animal adulte face au stress, un m\u00e9canisme biologique valid\u00e9 ult\u00e9rieurement chez l&rsquo;\u00eatre humain lors d&rsquo;\u00e9tudes post-mortem sur le cerveau de personnes ayant subi des maltraitances infantiles s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La distribution des fr\u00e9quences all\u00e9liques au niveau d&rsquo;une paire de bases sp\u00e9cifique fluctue naturellement d&rsquo;une population humaine \u00e0 l&rsquo;autre en raison de l&rsquo;histoire migratoire, de l&rsquo;isolement g\u00e9ographique et de la d\u00e9rive g\u00e9n\u00e9tique ancestrale, sans pour autant tracer de fronti\u00e8res taxonomiques \u00e9tanches au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. La g\u00e9nomique contemporaine fait face \u00e0 un biais d&rsquo;\u00e9chantillonnage substantiel : la grande majorit\u00e9 des banques de donn\u00e9es de paires de bases et des \u00e9tudes GWAS ont \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9es \u00e0 partir de cohortes d&rsquo;ascendance exclusivement europ\u00e9enne (cohortes nord-am\u00e9ricaines et europ\u00e9ennes repr\u00e9sentant plus de 80 % des donn\u00e9es disponibles).<\/p>\n<p>Ce d\u00e9s\u00e9quilibre cr\u00e9e une asym\u00e9trie \u00e9pist\u00e9mologique et \u00e9thique majeure : les scores de pr\u00e9disposition polyg\u00e9nique construits sur la base de ces paires de bases ne peuvent \u00eatre directement transpos\u00e9s ou g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s \u00e0 des populations d&rsquo;ascendance africaine, asiatique ou am\u00e9rindienne. En effet, l&rsquo;architecture du d\u00e9s\u00e9quilibre de liaison \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire la tendance qu&rsquo;ont certaines paires de bases contigu\u00ebs \u00e0 \u00eatre transmises conjointement \u2014 varie selon les groupes g\u00e9ographiques en fonction de l&rsquo;anciennet\u00e9 d\u00e9mographique locale. Par exemple, les g\u00e9nomes issus de populations d&rsquo;Afrique subsaharienne pr\u00e9sentent une diversit\u00e9 nucl\u00e9otidique beaucoup plus vaste et des blocs de d\u00e9s\u00e9quilibre de liaison plus courts, rendant inop\u00e9rants les marqueurs de paires de bases d\u00e9duits des panels caucasiens.<\/p>\n<p>Sur le plan transculturel, la r\u00e9ception sociale des donn\u00e9es mol\u00e9culaires relatives aux paires de bases soul\u00e8ve des questions anthropologiques cruciales quant au fatalisme g\u00e9n\u00e9tique. Dans certaines cultures valorisant l&rsquo;interd\u00e9pendance collective et la plasticit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre humain par l&rsquo;effort et l&rsquo;\u00e9ducation, l&rsquo;attribution d&rsquo;un trouble psychiatrique \u00e0 des alt\u00e9rations de s\u00e9quences g\u00e9nomiques peut att\u00e9nuer la culpabilit\u00e9 parentale tout en g\u00e9n\u00e9rant un pessimisme th\u00e9rapeutique quant aux interventions psychologiques. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans les contextes individualistes occidentaux, le risque existe de r\u00e9duire la d\u00e9tresse psychologique \u00e0 une simple anomalie au sein d&rsquo;une poign\u00e9e de paires de bases, \u00e9ludant les d\u00e9terminants sociaux, politiques et relationnels de la souffrance mentale.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;application de la notion de paire de bases \u00e0 l&rsquo;explication des processus mentaux suscite de vifs d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques centr\u00e9s sur le r\u00e9ductionnisme g\u00e9n\u00e9tique. Les critiques formul\u00e9es par les philosophes des sciences et les psychologues cliniciens soulignent l&rsquo;erreur de cat\u00e9gorie consistant \u00e0 \u00e9tablir une relation causale lin\u00e9aire directe entre la permutation d&rsquo;une paire de bases mol\u00e9culaire et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un comportement complexe, tel que l&rsquo;orientation affective, la propension au risque ou l&rsquo;adh\u00e9sion id\u00e9ologique. Entre l&rsquo;appariement d&rsquo;un nucl\u00e9otide et un comportement conscient s&rsquo;interposent de multiples couches d&rsquo;interactions non lin\u00e9aires : r\u00e9seaux de transcription, \u00e9pig\u00e9nome, connectivit\u00e9 neurale, r\u00e9troaction endocrine et dynamique intersubjective.<\/p>\n<p>Une controverse majeure concerne le probl\u00e8me de \u00ab l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 manquante \u00bb (<em>missing heritability<\/em>). Pendant de nombreuses ann\u00e9es, les associations statistiques d\u00e9cel\u00e9es entre des paires de bases pr\u00e9cises et des troubles psychiatriques comme le trouble bipolaire n&rsquo;expliquaient qu&rsquo;une infime fraction de l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 estim\u00e9e par les \u00e9tudes classiques sur les jumeaux. Ce foss\u00e9 m\u00e9thodologique a suscit\u00e9 d&rsquo;intenses controverses entre les partisans du mod\u00e8le des variants communs rares \u00e0 faible effet et ceux d\u00e9fendant le r\u00f4le de variants structuraux complexes ou d&rsquo;\u00e9pistase (interactions d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur entre multiples paires de bases).<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le d\u00e9terminisme strict attribu\u00e9 \u00e0 la paire de bases est remis en cause par la nature stochastique des processus mol\u00e9culaires cellulaires. M\u00eame chez des jumeaux monozygotes partageant rigoureusement la m\u00eame suite de 3,2 milliards de paires de bases, le taux de concordance clinique pour la schizophr\u00e9nie n&rsquo;est que de 40 \u00e0 50 %. Cette divergence irr\u00e9ductible atteste que la s\u00e9quence des paires de bases n&rsquo;agit pas comme un plan fig\u00e9 dictant inexorablement la destin\u00e9e psychique, mais plut\u00f4t comme un espace de contraintes et de potentialit\u00e9s modul\u00e9 en permanence par les contingences biographiques et l&rsquo;environnement cellulaire.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout flou s\u00e9mantique dans l&rsquo;analyse de la litt\u00e9rature en psychobiologie, il convient de distinguer la paire de bases de notions voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Nucl\u00e9otide :<\/strong> Unit\u00e9 monom\u00e9rique compl\u00e8te constitu\u00e9e d&rsquo;une base azot\u00e9e li\u00e9e \u00e0 un glucide pentose (d\u00e9soxyribose ou ribose) et \u00e0 un \u00e0 trois groupements phosphate. La paire de bases fait r\u00e9f\u00e9rence exclusivement \u00e0 l&rsquo;interaction conjointe de deux bases azot\u00e9es situ\u00e9es en vis-\u00e0-vis, tandis que le nucl\u00e9otide englobe l&rsquo;armature mol\u00e9culaire compl\u00e8te.<\/li>\n<li><strong>Codon :<\/strong> Triplet cons\u00e9cutif de trois nucl\u00e9otides (donc correspondant \u00e0 trois paires de bases dans l&rsquo;ADN bicat\u00e9naire) qui code pour un acide amin\u00e9 sp\u00e9cifique ou un signal de terminaison lors de la synth\u00e8se des prot\u00e9ines.<\/li>\n<li><strong>Polymorphisme mononucl\u00e9otidique (SNP) :<\/strong> Variation ponctuelle affectant une paire de bases sp\u00e9cifique au sein de la s\u00e9quence g\u00e9nomique entre diff\u00e9rents individus d&rsquo;une m\u00eame esp\u00e8ce, utilis\u00e9 comme marqueur dans les cartographies g\u00e9n\u00e9tiques.<\/li>\n<li><strong>G\u00e8ne :<\/strong> Unit\u00e9 fonctionnelle d&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 regroupant une s\u00e9quence continue ou discontinue de centaines \u00e0 plusieurs millions de paires de bases codant pour un produit biologique fonctionnel (ARN ou prot\u00e9ine).<\/li>\n<li><strong>All\u00e8le :<\/strong> Version alternative d&rsquo;une s\u00e9quence de paires de bases occupant un locus chromosomique pr\u00e9cis au sein de la population.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La paire de bases repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment constructif de base de l&rsquo;information g\u00e9n\u00e9tique, caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;appariement chimiquement strict entre l&rsquo;ad\u00e9nine et la thymine (ou uracile) et entre la guanine et la cytosine par le biais de liaisons hydrog\u00e8ne. Elle constitue le syst\u00e8me m\u00e9trique fondamental de la biologie mol\u00e9culaire et de la g\u00e9nomique contemporaine.<\/p>\n<p>Dans le champ de la psychologie, des neurosciences et de la psychiatrie, l&rsquo;ordre pr\u00e9cis des paires de bases r\u00e9git la biosynth\u00e8se des constituants prot\u00e9iques qui modulent le fonctionnement des synapses et l&rsquo;organisation fonctionnelle des circuits c\u00e9r\u00e9braux. Les polymorphismes affectant des paires de bases discr\u00e8tes s&rsquo;additionnent par millions pour former l&rsquo;arri\u00e8re-plan polyg\u00e9nique r\u00e9gulant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux psychopathologies et la distribution des traits cognitifs et \u00e9motionnels.<\/p>\n<p>Enfin, la paire de bases n&rsquo;op\u00e8re jamais de mani\u00e8re isol\u00e9e ni purement d\u00e9terministe. Les modifications \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques dynamiques \u2014 particuli\u00e8rement la m\u00e9thylation des cytosines au sein des couples CpG \u2014 permettent \u00e0 l&rsquo;environnement psychosocial et aux exp\u00e9riences de vie de recalibrer durablement l&rsquo;expression g\u00e9nique c\u00e9r\u00e9brale, soulignant la plasticit\u00e9 fondamentale du vivant au sein duquel la biologie mol\u00e9culaire dialogue continuellement avec l&rsquo;environnement.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Chargaff, E. (1950). Chemical specifications of nucleic acids by spectrophotometric index. <em>Experientia<\/em>, 6(6), 201\u2013209. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF02173653\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF02173653<\/a><\/li>\n<li>Plomin, R., DeFries, J. C., Knopik, V. S., &amp; Neiderhiser, J. M. (2016). <em>Top 10 replicated findings from behavioral genetics<\/em>. Perspectives on Psychological Science, 11(1), 3\u201323. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/1745691615617763\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/1745691615617763<\/a><\/li>\n<li>Schizophrenia Working Group of the Psychiatric Genomics Consortium. (2014). Biological insights from 108 schizophrenia-associated genetic loci. <em>Nature<\/em>, 511(7510), 421\u2013427. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature13595\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature13595<\/a><\/li>\n<li>Watson, J. D., &amp; Crick, F. H. (1953). Molecular structure of nucleic acids: A structure for deoxyribose nucleic acid. <em>Nature<\/em>, 171(4356), 737\u2013738. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/171737a0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/171737a0<\/a><\/li>\n<li>Weaver, I. C., Cervoni, N., Champagne, F. A., D&rsquo;Alessio, A. C., Sharma, S., Seckl, J. R., Dymov, S., Szyf, M., &amp; Meaney, M. J. (2004). Epigenetic programming by maternal behavior. <em>Nature Neuroscience<\/em>, 7(8), 847\u2013854. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nn1276\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nn1276<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la d\u00e9finition, l&rsquo;histoire et le r\u00f4le crucial de la paire de bases en g\u00e9n\u00e9tique du comportement, neurosciences et psychiatrie mol\u00e9culaire.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3332,459,6890],"tags":[36308,6245,7584,34396,36307,32922],"class_list":["post-21642","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-genetique-comportementale","category-neurosciences","category-psychiatrie-biologique","tag-adn","tag-epigenetique","tag-genetique-comportementale","tag-neurogenetique","tag-paire-de-bases","tag-polymorphisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21642","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21642\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21642"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21642"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21642"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}