{"id":21636,"date":"2026-10-26T02:22:15","date_gmt":"2026-10-26T02:22:15","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=noyaux-de-la-base-definition-fonction-neuropsychologie"},"modified":"2026-10-26T02:22:15","modified_gmt":"2026-10-26T02:22:15","slug":"noyaux-de-la-base-definition-fonction-neuropsychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=noyaux-de-la-base-definition-fonction-neuropsychologie","title":{"rendered":"Noyaux de la base : Les ma\u00eetres de l&rsquo;action"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur de la substance blanche sous-corticale se d\u00e9ploie une constellation d&rsquo;amas de substance grise dont l&rsquo;architecture fonctionnelle r\u00e9gule nos comportements moteurs, cognitifs et affectifs. Longtemps cantonn\u00e9s au contr\u00f4le exclusif de la motricit\u00e9 automatique, ces relais sous-corticaux orchestrent en r\u00e9alit\u00e9 la s\u00e9lection des actions, l&rsquo;apprentissage proc\u00e9dural et la modulation motivationnelle indispensable \u00e0 l&rsquo;adaptation humaine.<\/p>\n<h2>Noyaux de la base<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Les <strong>noyaux de la base<\/strong> (traditionnellement d\u00e9sign\u00e9s sous le vocable de <em>noyaux gris centraux<\/em> ou <em>ganglions de la base<\/em>) constituent un ensemble interconnect\u00e9 d&rsquo;amas de substance grise sous-corticaux situ\u00e9s dans les profondeurs des h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux et du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Sur le plan neuroanatomique et fonctionnel, ils participent activement \u00e0 une vaste boucle cortico-sous-cortico-corticale qui filtre, s\u00e9lectionne, initie et r\u00e9gule les programmes moteurs ainsi que les fonctions ex\u00e9cutives et motivationnelles.<\/p>\n<p>Dans la perspective neuropsychologique contemporaine, les noyaux de la base ne se limitent plus \u00e0 de simples stations relais pour le syst\u00e8me moteur extrapyramidal. Ils forment un syst\u00e8me int\u00e9grateur d&rsquo;une extr\u00eame sophistication, capable de moduler les signaux issus du n\u00e9ocortex pour inhiber les actions parasites, renforcer les conduites adaptatives orient\u00e9es vers un but et consolider les apprentissages implicites et proc\u00e9duraux. Leur dysfonctionnement engendre un spectre \u00e9tendu de troubles neuropsychiatriques allant des syndromes akin\u00e9to-rigides aux comportements compulsifs.<\/p>\n<p>Ce complexe sous-cortical comprend principalement le striatum (divis\u00e9 chez les primates en noyau caud\u00e9 et putamen), le globus pallidus (segment interne et segment externe), le noyau sous-thalamique et la substance noire (pars compacta et pars reticulata). Ces structures interagissent \u00e9troitement par le biais d&rsquo;un \u00e9quilibre dynamique entre neurotransmission excitatrice glutamatergique, modulation dopaminergique et inhibition GABAergique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab noyaux de la base \u00bb d\u00e9rive directement de la nomenclature anatomique latine <em>nuclei basales<\/em>. Le mot \u00ab noyau \u00bb trouve son origine dans le latin classique <em>nuculeus<\/em>, diminutif de <em>nux<\/em> (noix ou amande), qui d\u00e9signait initialement la partie centrale et dure d&rsquo;un fruit avant d&rsquo;\u00eatre adopt\u00e9 par les anatomistes du XIXe si\u00e8cle pour caract\u00e9riser une agglom\u00e9ration bien d\u00e9limit\u00e9e de corps cellulaires neuronaux au sein du syst\u00e8me nerveux central. Le qualificatif \u00ab basal \u00bb proc\u00e8de du latin tardif <em>basalis<\/em>, lui-m\u00eame issu du grec ancien <em>basis<\/em> (fondement, socle, base), soulignant la situation g\u00e9om\u00e9trique profonde de ces masses nucl\u00e9aires reposant au plancher de l&rsquo;enc\u00e9phale.<\/p>\n<p>Historiquement, la litt\u00e9rature m\u00e9dicale a largement privil\u00e9gi\u00e9 la d\u00e9signation de \u00ab ganglions de la base \u00bb (emprunt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;anglais <em>basal ganglia<\/em>). Le terme \u00ab ganglion \u00bb provient du grec ancien <em>ganglion<\/em>, qui renvoyait \u00e0 une enflure sous la peau ou \u00e0 une tumeur fibreuse, avant que Galien puis les neuroanatomistes de la Renaissance ne l&rsquo;utilisent pour qualifier des n\u0153uds de tissu nerveux. Toutefois, la nomenclature anatomique internationale (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Terminologia_Anatomica\">Terminologia Anatomica<\/a>) a formellement r\u00e9serv\u00e9 l&#8217;emploi de \u00ab ganglion \u00bb aux amas neuronaux du syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique (tels que les ganglions rachidiens ou v\u00e9g\u00e9tatifs), consacrant le terme \u00ab noyaux \u00bb pour d\u00e9signer les entit\u00e9s du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;\u00e9cole neurologique francophone, popularis\u00e9e notamment par les travaux de Charcot, Dejerine et Foix, l&rsquo;appellation \u00ab noyaux gris centraux \u00bb est demeur\u00e9e extr\u00eamement vivace au cours du XXe si\u00e8cle pour souligner leur nature histologique (corps cellulaires non my\u00e9linis\u00e9s conf\u00e9rant une teinte grise macroscopique) et leur position topographique au centre des h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le terme se transcrit en alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/nwa.jo d\u0259 la bas\/ au singulier (\u00ab noyau de la base \u00bb) et \/nwa.jo de la bas\/ au pluriel (\u00ab noyaux de la base \u00bb). La forme concurrente \u00ab noyaux gris centraux \u00bb se transcrit phon\u00e9tiquement \/nwa.jo \u0261\u0281i s\u0251\u0303.t\u0281o\/.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, \u00ab noyaux de la base \u00bb est un syntagme nominal masculin pluriel, bien que l&rsquo;on puisse employer le singulier (\u00ab un noyau de la base \u00bb) lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;isoler l&rsquo;un des sous-ensembles sp\u00e9cifiques comme le putamen ou le noyau caud\u00e9. Le syntagme combine le substantif \u00ab noyau \u00bb avec le compl\u00e9ment du nom \u00ab de la base \u00bb. Dans les publications cliniques et les trait\u00e9s de psychiatrie biologique, on rencontre fr\u00e9quemment l&rsquo;usage m\u00e9tonymique au pluriel pour d\u00e9signer le syst\u00e8me fonctionnel global ou les circuits cortico-striataux dans leur ensemble.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension conceptuelle des noyaux de la base repose sur la notion de boucles r\u00e9entrantes ferm\u00e9es et ouvertes reliant le cortex c\u00e9r\u00e9bral, les structures sous-corticales et le thalamus. Contrairement aux neurones corticaux pyramidaux qui projettent directement vers la moelle \u00e9pini\u00e8re pour d\u00e9clencher des contractions musculaires, les neurones des noyaux de la base ne poss\u00e8dent aucun contact synaptique direct avec les motoneurones spinaux. Leur influence s&rsquo;exerce en amont, par un m\u00e9canisme de d\u00e9sinhibition s\u00e9lective r\u00e9gulant l&rsquo;acc\u00e8s au thalamus moteur et pr\u00e9frontal.<\/p>\n<p>Au repos, les structures de sortie des noyaux de la base \u2014 principalement le globus pallidus interne (GPi) et la substance noire r\u00e9ticul\u00e9e (SNr) \u2014 exercent une inhibition tonique et continue par l&rsquo;interm\u00e9diaire du neurotransmetteur GABA sur les noyaux ventro-lat\u00e9ral et ventro-ant\u00e9rieur du thalamus. Cette inhibition permanente agit comme un frein physiologique emp\u00eachant le d\u00e9clenchement intempestif de mouvements ou d&rsquo;id\u00e9es parasites. Pour qu&rsquo;une action ou un sch\u00e9ma cognitif soit ex\u00e9cut\u00e9, ce frein doit \u00eatre s\u00e9lectivement lev\u00e9 par l&rsquo;activation des circuits striataux appropri\u00e9s.<\/p>\n<p>Le traitement de l&rsquo;information au sein de ce r\u00e9seau s&rsquo;articule autour de deux voies canoniques majeures qui op\u00e8rent en synergie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La voie directe (striato-pallidale interne) :<\/strong> Issue des neurones \u00e9pineux moyens (MSN) du striatum exprimant les r\u00e9cepteurs dopaminergiques D1, cette voie projette directement des eff\u00e9rences inhibitrices GABAergiques sur le GPi et la SNr. L&rsquo;activation de la voie directe inhibe le frein pallidal, entra\u00eenant par cons\u00e9quent une d\u00e9sinhibition du thalamus qui peut alors stimuler le cortex c\u00e9r\u00e9bral. Elle agit comme un acc\u00e9l\u00e9rateur s\u00e9lectif facilitant l&rsquo;initiation de l&rsquo;action choisie.<\/li>\n<li><strong>La voie indirecte (striato-pallido-sous-thalamique) :<\/strong> Issue des neurones \u00e9pineux moyens exprimant les r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2, cette voie projette sur le globus pallidus externe (GPe), qui inhibe \u00e0 son tour le noyau sous-thalamique (NST). Le NST, form\u00e9 de neurones glutamatergiques excitateurs, envoie des projections puissantes vers le GPi et la SNr. L&rsquo;activation de la voie indirecte renforce l&rsquo;inhibition tonique du thalamus, freinant ou interrompant ainsi les programmes moteurs et mentaux concurrents.<\/li>\n<li><strong>La voie hyperdirecte :<\/strong> Identifi\u00e9e ult\u00e9rieurement, cette voie relie directement les aires corticales motrices et pr\u00e9frontales au noyau sous-thalamique, contournant l&rsquo;\u00e9tape striatale. Elle permet un arr\u00eat d&rsquo;urgence global et ultrarapide de l&rsquo;activit\u00e9 motrice en cas de changement soudain de l&rsquo;environnement, neutralisant l&rsquo;ensemble des programmes en cours avant que la voie directe ne r\u00e9active l&rsquo;option pertinente.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Au-del\u00e0 du versant moteur, la th\u00e9orie des boucles parall\u00e8les individualise au moins trois grands circuits fonctionnels : la boucle motrice (impliquant le putamen et le cortex moteur primaire), la boucle associative ou cognitive (impliquant le noyau caud\u00e9 et le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral) et la boucle limbique ou motivationnelle (mettant en jeu le striatum ventral, notamment le noyau accumbens, et le cortex orbitofrontal). Ces boucles conservent une s\u00e9gr\u00e9gation topographique remarquable tout en autorisant des convergences int\u00e9gratives qui unifient la pulsion motivationnelle, la s\u00e9lection cognitive et la r\u00e9alisation motrice.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte et la conceptualisation des noyaux de la base s&rsquo;\u00e9talent sur plus de trois si\u00e8cles d&rsquo;investigations anatomopathologiques et physiologiques. C&rsquo;est l&rsquo;anatomiste anglais Thomas Willis qui, au XVIIe si\u00e8cle, identifie pour la premi\u00e8re fois avec pr\u00e9cision le corps stri\u00e9 (<em>corpus striatum<\/em>), sugg\u00e9rant dans son trait\u00e9 <em>Cerebri Anatome<\/em> (1664) que cette volumineuse masse sous-corticale pourrait \u00eatre le si\u00e8ge du sens commun et le point de d\u00e9part de la motricit\u00e9 volontaire.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, les descriptions macroscopiques se pr\u00e9cisent sous la plume de pionniers tels que Karl Friedrich Burdach, qui introduit la distinction morphologique entre le putamen, le globus pallidus et le noyau caud\u00e9. Cependant, la physiologie de ces structures demeure \u00e9nigmatique. C&rsquo;est la m\u00e9thode anatomoclinique, brillamment d\u00e9ploy\u00e9e par James Parkinson en 1817 dans son essai sur la paralysie agitante, puis par George Huntington en 1872 d\u00e9crivant la chor\u00e9e h\u00e9r\u00e9ditaire, qui commence \u00e0 relier des atteintes sous-corticales \u00e0 des d\u00e9sordres majeurs de la posture et du mouvement.<\/p>\n<p>Le tournant conceptuel s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle avec Kinnier Wilson, qui publie en 1912 sa monographie princeps sur la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence h\u00e9patolenticulaire (maladie de Wilson). Wilson forge le concept de \u00ab syst\u00e8me extrapyramidal \u00bb pour distinguer les voies motrices issues des noyaux sous-corticaux de la voie pyramidale classique issue du cortex moteur. Durant l&rsquo;entre-deux-guerres, C\u00e9cile et Oskar Vogt r\u00e9alisent des \u00e9tudes architectoniques fondamentales sur le striatum, mettant en \u00e9vidence la vuln\u00e9rabilit\u00e9 diff\u00e9rentielle de ces noyaux face aux toxines et \u00e0 l&rsquo;anoxie.<\/p>\n<p>La seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle est marqu\u00e9e par la r\u00e9volution neurochimique. En 1960, Oleh Hornykiewicz d\u00e9couvre l&rsquo;effondrement massif des concentrations de dopamine dans le striatum de patients d\u00e9c\u00e9d\u00e9s de la maladie de Parkinson, ouvrant la voie \u00e0 la pharmacoth\u00e9rapie de substitution par la L-DOPA introduite par George Cotzias. Dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, Mahlon DeLong et ses collaborateurs \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Johns Hopkins formulent le mod\u00e8le classique des voies directe et indirecte, transformant radicalement notre lecture des circuits sous-corticaux et permettant \u00e0 Alim-Louis Benabid de mettre au point la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stimulation_c%C3%A9r%C3%A9brale_profonde\">stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde<\/a> \u00e0 haute fr\u00e9quence du noyau sous-thalamique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude contemporaine des noyaux de la base est sous-tendue par des cadres th\u00e9oriques empruntant \u00e0 la neurobiologie computationnelle, aux th\u00e9ories de l&rsquo;apprentissage par renforcement et \u00e0 la cybern\u00e9tique des syst\u00e8mes complexes.<\/p>\n<p>Le paradigme dominant repose sur la th\u00e9orie de la s\u00e9lection de l&rsquo;action (<em>action selection framework<\/em>). Selon cette approche formalis\u00e9e notamment par Peter Redgrave et Kevin Gurney, le syst\u00e8me nerveux central est confront\u00e9 en permanence \u00e0 une pl\u00e9thore de stimuli et d&rsquo;intentions potentiellement conflictuels requ\u00e9rant des effecteurs communs (les muscles squelettiques ou l&rsquo;attention ex\u00e9cutive). Les noyaux de la base agissent conceptuellement comme un dispositif d&rsquo;arbitrage centralis\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 leur architecture en entonnoir \u2014 o\u00f9 des millions d&rsquo;axones corticaux convergent vers un nombre restreint de neurones striataux et pallidaux \u2014, ils calculent la saillance relative de chaque action concurrente pour ne laisser s&rsquo;exprimer que le sch\u00e9ma comportemental optimal tout en \u00e9crasant les alternatives non pertinentes.<\/p>\n<p>Sur le versant computationnel, les noyaux de la base constituent le substrat privil\u00e9gi\u00e9 des algorithmes d&rsquo;apprentissage par renforcement (<em>reinforcement learning<\/em>). Les projections dopaminergiques issues de la substance noire compacte et de l&rsquo;aire tegmentale ventrale encodent math\u00e9matiquement l&rsquo;erreur de pr\u00e9diction de la r\u00e9compense (<em>reward prediction error<\/em> ou RPE), un concept th\u00e9oris\u00e9 par Wolfram Schultz. Lorsqu&rsquo;une issue est plus favorable que pr\u00e9vu, une d\u00e9charge phasique de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dopamine\">dopamine<\/a> renforce, via la plasticit\u00e9 synaptique corticostriatale d\u00e9pendante des r\u00e9cepteurs D1, la probabilit\u00e9 de r\u00e9it\u00e9rer le comportement sous-jacent. Inversement, l&rsquo;absence d&rsquo;une r\u00e9compense attendue entra\u00eene une pause de l&rsquo;activit\u00e9 dopaminergique, facilitant l&rsquo;extinction comportementale via les r\u00e9cepteurs D2.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie des boucles cortico-sous-corticales s\u00e9gr\u00e9g\u00e9es et int\u00e9gratives, propos\u00e9e initialement par Alexander, DeLong et Strick (1986), postule que l&rsquo;organisation en r\u00e9seau des noyaux de la base ne traite pas l&rsquo;information de mani\u00e8re monolithique, mais \u00e0 travers des canaux parall\u00e8les d\u00e9di\u00e9s respectivement au traitement squeletto-moteur, oculomoteur, pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral, orbitofrontal lat\u00e9ral et limbique cingulaire ant\u00e9rieur. Cette th\u00e9orisation explique pourquoi une m\u00eame l\u00e9sion ou modulation des noyaux de la base peut alt\u00e9rer concomitamment la motricit\u00e9, le raisonnement fluide et l&rsquo;humeur.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Les noyaux de la base regroupent des entit\u00e9s nucl\u00e9aires diff\u00e9renci\u00e9es par leur morphologie, leur neurochimie, leur connectivit\u00e9 et leur origine embryologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le Striatum dorsal :<\/strong> Compos\u00e9 du <em>noyau caud\u00e9<\/em> (situ\u00e9 m\u00e9dialement le long du ventricule lat\u00e9ral, impliqu\u00e9 dans les fonctions ex\u00e9cutives et le contr\u00f4le oculomoteur) et du <em>putamen<\/em> (situ\u00e9 lat\u00e9ralement, d\u00e9volu \u00e0 la motricit\u00e9 somatique). Il constitue la porte d&rsquo;entr\u00e9e majeure du syst\u00e8me, recevant des projections glutamatergiques massives de l&rsquo;ensemble du n\u00e9ocortex.<\/li>\n<li><strong>Le Striatum ventral (Noyau accumbens et tubercule olfactif) :<\/strong> Interface fonctionnelle entre la motivation et l&rsquo;action. Il re\u00e7oit des aff\u00e9rences de l&rsquo;amygdale, de l&rsquo;hippocampe et du cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian, jouant un r\u00f4le pivot dans le conditionnement op\u00e9rant, l&rsquo;\u00e9valuation du plaisir et le traitement de la valeur motivationnelle.<\/li>\n<li><strong>Le Globus Pallidus (Pallidum) :<\/strong> Subdivis\u00e9 en deux structures distinctes par une lame m\u00e9dullaire :\n<ul>\n<li><em>Globus pallidus externe (GPe) :<\/em> Composante cl\u00e9 de la voie indirecte, agissant comme un r\u00e9gulateur intrins\u00e8que du r\u00e9seau via des neurones GABAergiques projetant vers le noyau sous-thalamique.<\/li>\n<li><em>Globus pallidus interne (GPi) :<\/em> Station de sortie principale des noyaux de la base vers le thalamus moteur, maintenant une inhibition GABAergique tonique permanente au repos.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Le Noyau sous-thalamique (Corps de Luys) :<\/strong> Unique composante purement glutamatergique (excitatrice) du r\u00e9seau intrins\u00e8que. Situ\u00e9 sous le thalamus et au-dessus de la substance noire, il joue un r\u00f4le r\u00e9gulateur critique dans le freinage moteur d&rsquo;urgence et le contr\u00f4le de l&rsquo;impulsivit\u00e9 comportementale.<\/li>\n<li><strong>La Substance Noire (Locus Niger) :<\/strong> Situ\u00e9e dans le m\u00e9senc\u00e9phale, scind\u00e9e en deux territoires :\n<ul>\n<li><em>Pars compacta (SNc) :<\/em> Riche en neurones dopaminergiques m\u00e9lanis\u00e9s projetant vers le striatum dorsal (voie nigrostri\u00e9e), modulant l&rsquo;excitabilit\u00e9 des voies directe et indirecte.<\/li>\n<li><em>Pars reticulata (SNr) :<\/em> Structure de sortie homologue au GPi, projetant principalement sur le colliculus sup\u00e9rieur pour r\u00e9guler les saccades oculaires et sur le thalamus.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le fonctionnement des noyaux de la base, l&rsquo;apprentissage de la conduite automobile offre une illustration concr\u00e8te de la transition entre contr\u00f4le cortical et automatisation sous-corticale. Lors des premi\u00e8res le\u00e7ons de conduite, chaque geste (coordination du d\u00e9brayage, observation des r\u00e9troviseurs, passage de vitesse) requiert une attention soutenue, pilot\u00e9e par le cortex pr\u00e9frontal. Au fil de la r\u00e9p\u00e9tition et des r\u00e9troactions positives, le striatum dorsal consolide ces successions d&rsquo;actes en \u00ab blocs comportementaux \u00bb (<em>action chunking<\/em>). Apr\u00e8s plusieurs mois, la s\u00e9quence devient un automatisme proc\u00e9dural fluide : le conducteur peut changer de vitesse tout en conversant, les noyaux de la base ex\u00e9cutant le programme moteur sans solliciter la conscience ex\u00e9cutive.<\/p>\n<p>Sur le plan pathologique, la <strong>maladie de Parkinson<\/strong> illustre de fa\u00e7on paradigmatique l&rsquo;effondrement de la voie directe par carence dopaminergique. Un patient \u00e2g\u00e9 de 65 ans pr\u00e9sente une akin\u00e9sie s\u00e9v\u00e8re (difficult\u00e9 \u00e0 initier la marche), une micrographie et une rigidit\u00e9 plastique en \u00ab roue dent\u00e9e \u00bb. La d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des neurones de la SNc prive le striatum de sa modulation dopaminergique : la voie directe n&rsquo;est plus stimul\u00e9e, la voie indirecte devient hyperactive, et le GPi exerce une inhibition excessive sur le thalamus. Le sujet est emmur\u00e9 dans son immobilit\u00e9 car le \u00ab commutateur \u00bb sous-cortical refuse de d\u00e9verrouiller les programmes moteurs corticaux.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;extr\u00eame inverse, la <strong>maladie de Huntington<\/strong> fournit l&rsquo;illustration d&rsquo;une d\u00e9sinhibition motrice majeure cons\u00e9cutive \u00e0 la destruction g\u00e9n\u00e9tique s\u00e9lective pr\u00e9coce des neurones \u00e9pineux moyens de la voie indirecte. Une patiente porteuse de la mutation g\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9sente des mouvements chor\u00e9iques involontaires, incessants et incoordonn\u00e9s, ressemblant \u00e0 une danse grotesque. Priv\u00e9 de la modulation inhibitrice de la voie indirecte, le frein pallidal s&rsquo;effondre : le thalamus bombarde le cortex de signaux non sollicit\u00e9s, lib\u00e9rant des fragments d&rsquo;actions musculaires anarchiques que le patient ne peut r\u00e9primer.<\/p>\n<p>Un autre exemple saisissant rel\u00e8ve du registre neuropsychiatrique avec le <strong>trouble obsessionnel-compulsif (TOC)<\/strong>. Chez un sujet souffrant d&rsquo;obsessions de contamination l&rsquo;obligeant \u00e0 des rituels de lavage de mains r\u00e9p\u00e9t\u00e9s pendant plusieurs heures, l&rsquo;imagerie fonctionnelle r\u00e9v\u00e8le une hyperactivation chronique de la boucle cortico-striato-thalamo-corticale orbitofrontale. Le filtre striatal \u00e9choue \u00e0 \u00e9teindre le signal d&rsquo;erreur d&rsquo;anticipation du danger, g\u00e9n\u00e9rant une sensation incoercible de menace non r\u00e9solue qui ne s&rsquo;apaise que temporairement par l&rsquo;ex\u00e9cution compulsive du comportement moteur ritualis\u00e9.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 morphologique et fonctionnelle des noyaux de la base ne peut \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e par une modalit\u00e9 unique, mais requiert une combinaison d&rsquo;outils neuroradiologiques, \u00e9lectrophysiologiques et d&rsquo;\u00e9chelles neuropsychologiques rigoureuses :<\/p>\n<p>En <strong>neuro-imagerie anatomique<\/strong>, l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) \u00e0 haut champ (3 Tesla et 7 Tesla) permet de visualiser avec une r\u00e9solution submillim\u00e9trique les structures profondes. Les s\u00e9quences pond\u00e9r\u00e9es en T2* et l&rsquo;imagerie de susceptibilit\u00e9 magn\u00e9tique (SWI) sont particuli\u00e8rement sensibles au contenu ferrique naturel des noyaux gris (GPi, SN, rouge), permettant d&rsquo;objectiver des d\u00e9p\u00f4ts pathologiques de fer (comme dans les neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescences avec surcharge c\u00e9r\u00e9brale en fer ou NBIA). La volum\u00e9trie automatique par segmentation calcule avec pr\u00e9cision l&rsquo;atrophie du noyau caud\u00e9 dans la maladie de Huntington bien avant l&rsquo;apparition des premiers sympt\u00f4mes moteurs.<\/p>\n<p>En <strong>m\u00e9decine nucl\u00e9aire et imagerie mol\u00e9culaire<\/strong>, la tomographie par \u00e9mission monophotonique (SPECT) au DaTSCAN (\u00e9valuant le transporteur pr\u00e9synaptique de la dopamine DAT) et la tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) au 18F-DOPA permettent de quantifier directement la densit\u00e9 des terminaisons dopaminergiques nigrostri\u00e9es. Ces examens sont cruciaux pour distinguer un tremblement essentiel d&rsquo;un syndrome parkinsonien d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif. La TEP au 18F-FDG permet quant \u00e0 elle de cartographier les anomalies m\u00e9taboliques r\u00e9gionales des circuits sous-corticaux.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;<strong>\u00e9valuation clinique et neuropsychologique<\/strong>, plusieurs instruments standardis\u00e9s mesurent le retentissement des atteintes sous-corticales :<\/p>\n<ul>\n<li><em>\u00c9chelle UPDRS (Unified Parkinson&rsquo;s Disease Rating Scale) :<\/em> Outil de r\u00e9f\u00e9rence international quantifiant les signes moteurs, cognitifs et fonctionnels de la dysfonction nigrostri\u00e9e.<\/li>\n<li><em>\u00c9chelle UHDRS (Unified Huntington&rsquo;s Disease Rating Scale) :<\/em> \u00c9value la progression motrice, cognitive et comportementale de la chor\u00e9e.<\/li>\n<li><em>Tests neuropsychologiques ex\u00e9cutifs :<\/em> La Tour de Londres, le test de Stroop et le test de classement de cartes du Wisconsin (WCST) permettent d&rsquo;isoler les d\u00e9ficits de planification, d&rsquo;inhibition cognitive et de flexibilit\u00e9 mentale imputables \u00e0 une d\u00e9connexion des boucles fronto-stri\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie des noyaux de la base a transform\u00e9 de multiples branches de la pratique m\u00e9dicale, de la neurochirurgie \u00e0 la psychoth\u00e9rapie cognitivo-comportementale.<\/p>\n<p>L&rsquo;application la plus spectaculaire demeure la <strong>stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde (SCP)<\/strong>. Chez les patients parkinsoniennes ou dystoniques r\u00e9fractaires au traitement m\u00e9dicamenteux, des \u00e9lectrodes intrac\u00e9r\u00e9brales sont implant\u00e9es bilat\u00e9ralement avec une pr\u00e9cision st\u00e9r\u00e9otaxique millim\u00e9trique au niveau du noyau sous-thalamique ou du globus pallidus interne. En d\u00e9livrant des impulsions \u00e9lectriques chroniques \u00e0 haute fr\u00e9quence (environ 130 Hz), la SCP module le bruit informationnel pathologique et restaure une perm\u00e9abilit\u00e9 fonctionnelle du r\u00e9seau thalamocortical, suspendant instantan\u00e9ment le tremblement, l&rsquo;hypertonie et l&rsquo;akin\u00e9sie.<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie biologique<\/strong>, la reconnaissance de l&rsquo;implication des boucles limbiques des noyaux de la base a boulevers\u00e9 la conception de l&rsquo;addiction. La transition entre l&rsquo;usage r\u00e9cr\u00e9atif d&rsquo;une substance (pilot\u00e9 par le striatum ventral et le renforcement h\u00e9donique positif) et la d\u00e9pendance compulsive s\u00e9v\u00e8re (pilot\u00e9e par le striatum dorsal et le renforcement n\u00e9gatif proc\u00e9duralis\u00e9) offre une cible pour de nouveaux agents pharmacologiques r\u00e9gulant la transmission glutamatergique et dopaminergique. De m\u00eame, la prise en charge du syndrome de Gilles de la Tourette associe fr\u00e9quemment des antipsychotiques atypiques bloquant les r\u00e9cepteurs dopaminergiques et des th\u00e9rapies comportementales d&rsquo;inversion des habitudes (<em>habit reversal training<\/em>) pour recalibrer le contr\u00f4le inhibiteur striatal.<\/p>\n<p>En <strong>ergonomie et r\u00e9\u00e9ducation motrice<\/strong>, la connaissance des m\u00e9canismes de compensation sous-corticale guide la r\u00e9habilitation des patients victimes d&rsquo;accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux touchant les capsules internes et les noyaux gris. L&rsquo;utilisation d&rsquo;indices sensoriels externes (stimulations auditives rythmiques, bandes visuelles au sol) court-circuite les voies internes automatis\u00e9es d\u00e9faillantes des noyaux de la base en sollicitant directement les r\u00e9seaux pr\u00e9fronto-moteurs lat\u00e9raux pr\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations contemporaines consacr\u00e9es aux noyaux de la base mobilisent les outils de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Optog%C3%A9n%C3%A9tique\">optog\u00e9n\u00e9tique<\/a>, de l&rsquo;imagerie calcique in vivo et de la mod\u00e9lisation math\u00e9matique sur rongeurs et primates non humains.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes empiriques s\u00e9minales, men\u00e9es notamment par le laboratoire de Bernardo Sabatini \u00e0 Harvard et celui de Rui Costa, ont remis en cause le mod\u00e8le binaire classique d&rsquo;une stricte dichotomie s\u00e9quentielle entre voie directe (\u00ab go \u00bb) et voie indirecte (\u00ab no-go \u00bb). Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;imagerie calcique par micro-endoscopie chez des rongeurs en libert\u00e9 de mouvement, ces chercheurs ont d\u00e9montr\u00e9 que les neurones \u00e9pineux moyens de la voie directe et de la voie indirecte s&rsquo;activent de mani\u00e8re concurrente et coordonn\u00e9e d\u00e8s l&rsquo;amorce d&rsquo;une action. Loin de s&rsquo;annuler, la voie directe active le module moteur s\u00e9lectionn\u00e9 tandis que la voie indirecte cis\u00e8le l&rsquo;action en inhibant les patrons moteurs imm\u00e9diatement adjacents, agissant comme un m\u00e9canisme de focalisation spatio-temporelle.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;apprentissage par renforcement, les travaux pionniers de Wolfram Schultz (1997, 1998) continuent d&rsquo;\u00eatre approfondis. En mesurant l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrophysiologique unitaire des neurones dopaminergiques de la substance noire chez le macaque, Schultz a prouv\u00e9 que la r\u00e9ponse dopaminergique ne refl\u00e8te pas la valeur absolue de la r\u00e9compense, mais sa disparit\u00e9 par rapport \u00e0 la pr\u00e9diction computationnelle. Ces observations empiriques ont fond\u00e9 l&rsquo;ensemble des architectures modernes d&rsquo;intelligence artificielle par apprentissage par renforcement profond (Deep Q-Learning).<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, les recherches d&rsquo;Ann Graybiel au Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont d\u00e9cortiqu\u00e9 la microstructure du striatum en mettant en lumi\u00e8re la dualit\u00e9 entre <em>striosomes<\/em> (ou compartiments de patch) et <em>matrice<\/em>. Les striosomes, recevant des signaux pr\u00e9f\u00e9rentiellement du syst\u00e8me limbique et projetant directement sur la substance noire compacte, r\u00e9guleraient l&rsquo;arbitrage motivationnel co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice sous condition de stress, tandis que la matrice prendrait en charge l&rsquo;int\u00e9gration sensorimotrice.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Si la neuroanatomie des noyaux de la base est invariante dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, l&rsquo;expression clinique des pathologies sous-corticales et l&rsquo;utilisation fonctionnelle de ces circuits r\u00e9v\u00e8lent des modulations culturelles manifestes.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression s\u00e9m\u00e9iologique des troubles obsessionnels compulsifs et des tics moteurs illustre cette plasticit\u00e9 contextuelle. Bien que le dysfonctionnement de la boucle cortico-striato-pallido-thalamique soit universel, la coloration th\u00e9matique des rituels et des pens\u00e9es intrusives est fortement fa\u00e7onn\u00e9e par les normes culturelles, les croyances religieuses et les tabous soci\u00e9taux. Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es, les compulsions de propret\u00e9 et de v\u00e9rification technologique pr\u00e9dominent, tandis que dans d&rsquo;autres aires g\u00e9ographiques, les obsessions \u00e0 th\u00e8me religieux (scrupulosit\u00e9, rituels de puret\u00e9 sacr\u00e9e) mobilisent prioritairement les m\u00eames circuits striato-limbiques.<\/p>\n<p>Sur le plan transculturel, la perception et la tol\u00e9rance des troubles du mouvement diff\u00e8rent consid\u00e9rablement. La bradykin\u00e9sie parkinsonienne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e dans certaines cultures traditionnelles comme un ralentissement physiologique honorable inh\u00e9rent \u00e0 la sagesse de la vieillesse, retardant le recours aux soins et l&rsquo;inclusion dans les essais th\u00e9rapeutiques internationaux, alors qu&rsquo;elle est v\u00e9cue comme une invalidit\u00e9 intol\u00e9rable dans les soci\u00e9t\u00e9s valorisant la productivit\u00e9 et la vitesse op\u00e9ratoire.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;acquisition d&rsquo;aptitudes motrices hautement ritualis\u00e9es (calligraphie orientale, danses polyrythmiques traditionnelles) mod\u00e9lise diff\u00e9remment la connectivit\u00e9 fonctionnelle corticostriatale au cours du d\u00e9veloppement. Les \u00e9tudes de neuro-imagerie interculturelle sugg\u00e8rent que l&rsquo;intensit\u00e9 des entra\u00eenements moteurs pr\u00e9coces sp\u00e9cifiques modifie la plasticit\u00e9 synaptique des r\u00e9seaux striataux, illustrant la mani\u00e8re dont la culture s&rsquo;incarne dans les microstructures sous-corticales de l&rsquo;enc\u00e9phale.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Bien que le mod\u00e8le canonique des voies directe et indirecte ait repr\u00e9sent\u00e9 une avanc\u00e9e conceptuelle majeure, il fait l&rsquo;objet de vives critiques et de r\u00e9visions conceptuelles au sein de la communaut\u00e9 neuroscientifique contemporaine.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re limite concerne la simplification excessive de l&rsquo;architecture anatomique. Le mod\u00e8le originel d&rsquo;Alexander et DeLong envisageait des voies lin\u00e9aires strictement ind\u00e9pendantes sans interconnexions crois\u00e9es. Or, les d\u00e9couvertes ultrastructurales ont d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;existence de collat\u00e9rales axonniques massives reliant la voie directe et la voie indirecte, ainsi que de puissantes projections r\u00e9ciproques entre le globus pallidus externe et le striatum (les neurones pallidostriataux \u00ab arkypallidaux \u00bb). R\u00e9duire la dynamique des noyaux de la base \u00e0 un simple \u00e9quilibre binaire acc\u00e9l\u00e9rateur\/frein ne rend pas compte de la complexit\u00e9 des oscillations neuronales pathologiques, notamment les synchronisations anormales dans la bande b\u00eata (13-30 Hz) observ\u00e9es dans le parkinsonisme.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me d\u00e9bat vigoureux porte sur l&rsquo;extension des fonctions des noyaux de la base \u00e0 la sph\u00e8re linguistique et \u00e0 la cognition sociale. Alors que certains neuroscientifiques soutiennent que le striatum est indispensable au traitement de la grammaire proc\u00e9durale et \u00e0 la syntaxe, d&rsquo;autres postulent que son r\u00f4le est purement modulateur et ex\u00e9cutif (attentionnel, gestion du temps d&rsquo;acc\u00e8s lexical) sans computation linguistique propre.<\/p>\n<p>Enfin, la terminologie elle-m\u00eame demeure source de confusions p\u00e9dagogiques et nosologiques. L&rsquo;exclusion ou l&rsquo;inclusion de structures comme le thalamus moteur, la substance noire ou le noyau sous-thalamique dans la d\u00e9finition formelle des noyaux de la base continue de diviser anatomistes stricts (qui s&rsquo;en tiennent aux d\u00e9riv\u00e9s t\u00e9lenc\u00e9phaliques) et neurophysiologistes (qui privil\u00e9gient une d\u00e9finition fonctionnelle int\u00e9grant le dienc\u00e9phale et le m\u00e9senc\u00e9phale).<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Il importe de clarifier les limites conceptuelles s\u00e9parant les noyaux de la base d&rsquo;autres structures et syst\u00e8mes corticaux et sous-corticaux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Cervelet :<\/strong> Alors que les noyaux de la base et le cervelet participent tous deux \u00e0 la modulation du mouvement sans projeter directement vers la moelle \u00e9pini\u00e8re, leurs fonctions diff\u00e8rent fondamentalement. Les noyaux de la base interviennent dans la <em>s\u00e9lection<\/em> et l&rsquo;<em>initiation<\/em> de l&rsquo;action selon sa valeur de renforcement, tandis que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cervelet\">cervelet<\/a> prend en charge la <em>coordination sensorimotrice fine<\/em> en temps r\u00e9el et la correction imm\u00e9diate des erreurs d&rsquo;ex\u00e9cution motrice via les cellules de Purkinje.<\/li>\n<li><strong>Syst\u00e8me extrapyramidal :<\/strong> Concept clinique classique englobant l&rsquo;ensemble des voies motrices descendantes n&#8217;empruntant pas les pyramides bulbaires. Les noyaux de la base constituent le c\u0153ur anatomique du syst\u00e8me extrapyramidal, mais ce dernier comprend \u00e9galement des structures du tronc c\u00e9r\u00e9bral telles que les noyaux vestibulaires, la formation r\u00e9ticul\u00e9e et les collicules.<\/li>\n<li><strong>Cortex moteur primaire (M1) :<\/strong> M1 est la structure d&rsquo;ex\u00e9cution motrice par excellence, abritant les corps cellulaires des grands neurones pyramidaux dont les axones forment le faisceau corticospinal. Les noyaux de la base agissent en amont de M1 pour autoriser ou bloquer la d\u00e9charge de ces neurones d&rsquo;ex\u00e9cution.<\/li>\n<li><strong>Syst\u00e8me limbique :<\/strong> Bien que traditionnellement dissoci\u00e9 des noyaux de la base, le syst\u00e8me limbique s&rsquo;entrecroise intimement avec eux au niveau du striatum ventral (noyau accumbens). Le syst\u00e8me limbique g\u00e9n\u00e8re l&rsquo;affect et la signification \u00e9motionnelle primaire, tandis que les circuits striataux traduisent ces pouss\u00e9es affectives en plans d&rsquo;actions concrets orient\u00e9s vers l&rsquo;obtention d&rsquo;une r\u00e9compense ou l&rsquo;\u00e9vitement d&rsquo;une punition.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Les noyaux de la base constituent un r\u00e9seau sous-cortical int\u00e9grateur hautement sp\u00e9cialis\u00e9 dont la mission d\u00e9passe largement le simple contr\u00f4le du mouvement somatique. R\u00e9partis entre le t\u00e9lenc\u00e9phale, le dienc\u00e9phale et le m\u00e9senc\u00e9phale, ils filtrent les flux informationnels n\u00e9ocorticaux pour orchestrer la motricit\u00e9, la prise de d\u00e9cision et la r\u00e9gulation affective.<\/p>\n<p>Leur m\u00e9canisme de fonctionnement cardinal repose sur la d\u00e9sinhibition s\u00e9lective : au repos, ils maintiennent un frein inhibiteur GABAergique puissant sur le thalamus, lequel est rel\u00e2ch\u00e9 de fa\u00e7on diff\u00e9rentielle par la voie directe pour amorcer une conduite, ou renforc\u00e9 par la voie indirecte et la voie hyperdirecte pour inhiber les sch\u00e9mas concurrents ou r\u00e9agir \u00e0 des impr\u00e9vus critiques.<\/p>\n<p>Leur dysfonctionnement est \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;un large \u00e9ventail de pathologies neurologiques et psychiatriques invalidantes, caract\u00e9ris\u00e9es par des exc\u00e8s de mouvements (chor\u00e9e de Huntington, tics de Gilles de la Tourette) ou des d\u00e9ficits d&rsquo;initiation motrice et motivationnelle (maladie de Parkinson, apathie sous-corticale). Les avanc\u00e9es th\u00e9rapeutiques contemporaines, au premier rang desquelles la stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde et la mod\u00e9lisation computationnelle du renforcement par la dopamine, confirment le r\u00f4le d\u00e9terminant de ces structures au carrefour de la biologie neuronale et de l&rsquo;action humaine.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Alexander, G. E., DeLong, M. R., &amp; Strick, P. L. (1986). Parallel organization of functionally segregated circuits linking basal ganglia and cortex. <em>Annual Review of Neuroscience<\/em>, 9(1), 357-381. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.ne.09.030186.002041\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.ne.09.030186.002041<\/a><\/li>\n<li>Benabid, A. L., Pollak, P., Louveau, A., Henry, S., &amp; de Rougemont, J. (1987). Combined (thalamotomy and stimulation) stereotactic surgery of the VIM thalamic nucleus for bilateral Parkinson disease. <em>Applied Neurophysiology<\/em>, 50(1-6), 344-346. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1159\/000100736\">https:\/\/doi.org\/10.1159\/000100736<\/a><\/li>\n<li>DeLong, M. R. (1990). Primate models of movement disorders of basal ganglia origin. <em>Trends in Neurosciences<\/em>, 13(7), 281-285. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(90)90110-v\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(90)90110-v<\/a><\/li>\n<li>Graybiel, A. M. (2008). Habits, rituals, and the evaluative brain. <em>Annual Review of Neuroscience<\/em>, 31, 359-387. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.29.051605.112851\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.29.051605.112851<\/a><\/li>\n<li>Redgrave, P., Prescott, T. J., &amp; Gurney, K. (1999). The basal ganglia: a vertebrate solution to the selection problem?. <em>Neuroscience<\/em>, 89(4), 1009-1023. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/s0306-4522(98)00319-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/s0306-4522(98)00319-4<\/a><\/li>\n<li>Schultz, W. (1998). Predictive reward signal of dopamine neurons. <em>Journal of Neurophysiology<\/em>, 80(1), 1-27. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1152\/jn.1998.80.1.1\">https:\/\/doi.org\/10.1152\/jn.1998.80.1.1<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les noyaux de la base forment un complexe sous-cortical indispensable au contr\u00f4le du mouvement, aux apprentissages proc\u00e9duraux et \u00e0 la r\u00e9gulation motivationnelle.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[33418,46,459],"tags":[1377,1152,6450,36295,36290,7356,33034],"class_list":["post-21636","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-anatomie-cerebrale","category-neuropsychologie","category-neurosciences","tag-dopamine","tag-maladie-de-parkinson","tag-neuroanatomie","tag-noyaux-de-la-base","tag-noyaux-gris-centraux","tag-striatum","tag-systeme-moteur"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21636","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21636\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21636"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21636"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21636"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}