{"id":21632,"date":"2026-10-26T02:13:21","date_gmt":"2026-10-26T02:13:21","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=prosencephale-basal-neurosciences-attention"},"modified":"2026-10-26T02:13:21","modified_gmt":"2026-10-26T02:13:21","slug":"prosencephale-basal-neurosciences-attention","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=prosencephale-basal-neurosciences-attention","title":{"rendered":"Prosenc\u00e9phale basal : Cl\u00e9 de l&rsquo;attention"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour des fonctions perceptives, motrices et cognitives, le <strong>prosenc\u00e9phale basal<\/strong> constitue l&rsquo;un des centres r\u00e9gulateurs les plus d\u00e9terminants du cerveau des vert\u00e9br\u00e9s. Longtemps rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 un r\u00f4le de simple relais sous-cortical en raison de sa topographie complexe et diffuse, ce r\u00e9seau de structures h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes est aujourd&rsquo;hui reconnu comme le chef d&rsquo;orchestre de l&rsquo;\u00e9veil cortical, de la focalisation attentionnelle et de la plasticit\u00e9 synaptique sous-tendant la m\u00e9moire. Les neuropathologies majeures qui d\u00e9gradent la cognition humaine, au premier rang desquelles figure la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_d%27Alzheimer\">maladie d&rsquo;Alzheimer<\/a>, trouvent d&rsquo;ailleurs dans l&rsquo;alt\u00e9ration pr\u00e9coce de ces formations neuronales le point d&rsquo;ancrage de leurs manifestations cliniques les plus d\u00e9vastatrices.<\/p>\n<h2>Prosenc\u00e9phale basal<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>prosenc\u00e9phale basal<\/strong> (souvent d\u00e9sign\u00e9 sous l&rsquo;anglicisme anatomique <em>basal forebrain<\/em>) regroupe un ensemble complexe de structures t\u00e9lenc\u00e9phaliques situ\u00e9es \u00e0 la base de l&rsquo;enc\u00e9phale, \u00e0 proximit\u00e9 de la face ventrale et ant\u00e9rieure des h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux. Il comprend notamment les noyaux septaux m\u00e9dit\u00e9rran\u00e9ens et m\u00e9dians, les branches verticale et horizontale de la bandelette diagonale de Broca, la substance innomin\u00e9e et le <em>noyau basal de Meynert<\/em>. Sur le plan fonctionnel, il abrite la plus importante population de neurones cholinergiques du syst\u00e8me nerveux central projetant largement vers l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale et de l&rsquo;hippocampe.<\/p>\n<p>Sur le plan physiologique et psychologique, le prosenc\u00e9phale basal ne se limite pas \u00e0 un compartiment neurochimique statique : il forme une plateforme dynamique de neuromodulation. En orchestrant la lib\u00e9ration tonique et phasique d&rsquo;ac\u00e9tylcholine, d&rsquo;acide gamma-aminobutyrique (GABA) et de glutamate, il calibre le rapport signal\/bruit au sein des circuits corticaux, modulant ainsi les seuils de perception, la vigilance soutenue et la s\u00e9lection des informations sensorielles pertinentes au d\u00e9triment des distracteurs environnementaux.<\/p>\n<p>En neuropsychiatrie et en neurosciences cognitives, l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle et structurale du prosenc\u00e9phale basal est consid\u00e9r\u00e9e comme un biomarqueur critique de la vitalit\u00e9 cognitive. Sa d\u00e9aff\u00e9rentation progressive ou soudaine induit des syndromes amn\u00e9siques massifs, des troubles s\u00e9v\u00e8res de l&rsquo;attention ex\u00e9cutive et des perturbations profondes des cycles veille-sommeil, confirmant sa position centrale dans l&rsquo;architecture int\u00e9grative de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab prosenc\u00e9phale \u00bb trouve ses racines dans le grec ancien <em>pros\u014d<\/em> (\u03c0\u03c1\u03cc\u03c3\u03c9, signifiant \u00ab en avant \u00bb ou \u00ab vers l&rsquo;avant \u00bb) et <em>enkephalos<\/em> (\u1f10\u03b3\u03ba\u03ad\u03c6\u03b1\u03bb\u03bf\u03c2, compos\u00e9 de <em>en<\/em>, \u00ab dans \u00bb, et <em>kephal\u0113<\/em>, \u00ab t\u00eate \u00bb, d\u00e9signant le cerveau). En embryologie et en neuroanatomie compar\u00e9e, le prosenc\u00e9phale (<em>prosencephalon<\/em> en latin scientifique) correspond \u00e0 la v\u00e9sicule c\u00e9r\u00e9brale primaire la plus ant\u00e9rieure du tube neural, qui se divisera ult\u00e9rieurement en t\u00e9lenc\u00e9phale et en dienc\u00e9phale.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab basal \u00bb d\u00e9rive du bas latin <em>basalis<\/em>, lui-m\u00eame issu du grec <em>basis<\/em> (\u03b2\u03ac\u03c3\u03b9\u03c2, d\u00e9signant le socle, le fondement, la marche ou le pi\u00e9destal). Il situe topographiquement la r\u00e9gion au plancher anatomique des h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux, juste en avant et en dessous du striatum et de l&rsquo;hypothalamus ant\u00e9rieur. L&rsquo;expression concurrente \u00ab t\u00e9lenc\u00e9phale basal \u00bb insiste davantage sur l&rsquo;origine embryologique strictement t\u00e9lenc\u00e9phalique de ces noyaux, bien que la d\u00e9signation \u00ab prosenc\u00e9phale basal \u00bb demeure universellement adopt\u00e9e dans la litt\u00e9rature francophone et internationale.<\/p>\n<p>Les d\u00e9signations de ses composants individuels t\u00e9moignent quant \u00e0 elles de l&rsquo;histoire de la neuroanatomie microscopique : la <em>substantia innominata<\/em> (litt\u00e9ralement \u00ab substance sans nom \u00bb) a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e ainsi par Johann Christian Reil au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle pour marquer la difficult\u00e9 \u00e0 d\u00e9limiter cette matrice cellulaire amorphe, tandis que le <em>nucleus basalis<\/em> a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 en hommage \u00e0 l&rsquo;anatomiste et psychiatre austro-hongrois Theodor Meynert.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, la locution nominale masculine se prononce phon\u00e9tiquement \/p\u0281\u0254.z\u0251\u0303.se.fal ba.zal\/. Le pluriel s&rsquo;\u00e9crit \u00ab prosenc\u00e9phales basaux \u00bb (\/p\u0281\u0254.z\u0251\u0303.se.fal ba.zo\/), bien que l&rsquo;usage pr\u00e9dominant au singulier pr\u00e9vale pour caract\u00e9riser cette entit\u00e9 anatomique consid\u00e9r\u00e9e comme un syst\u00e8me unitaire ou bilat\u00e9ral int\u00e9gr\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, le terme est employ\u00e9 comme substantif compos\u00e9 accompagn\u00e9 d&rsquo;un adjectif relationnel. Dans la litt\u00e9rature neurobiologique, on rencontre des formes p\u00e9riphrastiques \u00e9quivalentes telles que \u00ab syst\u00e8me cholinergique du prosenc\u00e9phale basal \u00bb ou \u00ab cerveaux ant\u00e9rieurs basaux \u00bb. Il convient de veiller \u00e0 ne pas confondre le syntagme avec les \u00ab ganglions de la base \u00bb (noyaux gris centraux), ces derniers d\u00e9signant des structures sous-corticales principalement impliqu\u00e9es dans la programmation motrice et les boucles cortico-stri\u00e9es, alors que le prosenc\u00e9phale basal exerce une influence neuromodulatrice diffuse pr\u00e9f\u00e9rentiellement cognitive.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le prosenc\u00e9phale basal, il est imp\u00e9ratif de rompre avec la conception classique d&rsquo;un noyau anatomique circonscrit et homog\u00e8ne. Le prosenc\u00e9phale basal se d\u00e9finit plut\u00f4t comme un corridor macroscopique et microscopique continu, un ensemble de bandes et de masses nucl\u00e9aires intriqu\u00e9es dans le tissu conjonctivo-vasculaire et les faisceaux de substance blanche ventraux, s&rsquo;\u00e9tendant depuis le p\u00f4le rostral du septum jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9gion sous-lenticulaire adjacente au complexe amygdalien.<\/p>\n<p>L&rsquo;architecture cellulaire de cette zone pr\u00e9sente une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 remarquable qui a longtemps d\u00e9sorient\u00e9 les anatomistes. On y distingue classiquement trois populations majeures de neurones \u00e0 projection : les neurones magnocellulaires cholinergiques (qui synth\u00e9tisent et lib\u00e8rent de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tylcholine\">ac\u00e9tylcholine<\/a>), des neurones GABAergiques de taille moyenne \u00e0 volumineuse (exprimant fr\u00e9quemment la parvalbumine), et des neurones glutamatergiques. Loin d&rsquo;op\u00e9rer de mani\u00e8re isol\u00e9e, ces contingents neuronaux interagissent par un r\u00e9seau dense d&rsquo;interneurones locaux, modulant en temps r\u00e9el les d\u00e9charges ascendantes destin\u00e9es au manteau cortical.<\/p>\n<p>Les projections eff\u00e9rentes du prosenc\u00e9phale basal sont massives, divergentes et topographiquement organis\u00e9es. Alors que les neurones monoaminergiques du tronc c\u00e9r\u00e9bral (comme le locus coeruleus noradr\u00e9nergique ou les noyaux du raph\u00e9 s\u00e9rotoninergiques) projettent de mani\u00e8re tr\u00e8s diffuse et quasi uniforme, les projections du prosenc\u00e9phale basal d\u00e9montrent une sp\u00e9cificit\u00e9 laminaire et r\u00e9gionale beaucoup plus fine. Le noyau basal de Meynert arrose directement la totalit\u00e9 du n\u00e9ocortex (frontal, pari\u00e9tal, temporal, occipital), tandis que les noyaux septaux m\u00e9dit\u00e9rran\u00e9ens et la bandelette de Broca ciblent pr\u00e9f\u00e9rentiellement l&rsquo;hippocampe, le cortex entorhinal et le gyrus cingulaire.<\/p>\n<p>Cette connectivit\u00e9 conf\u00e8re au prosenc\u00e9phale basal un pouvoir de r\u00e9gulation sans \u00e9quivalent sur les rythmes c\u00e9r\u00e9braux et le traitement de l&rsquo;information. Lorsque les neurones cholinergiques s&rsquo;activent, ils provoquent une d\u00e9synchronisation de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalogramme (EEG), caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;att\u00e9nuation des ondes lentes de haut voltage (ondes delta) et l&rsquo;\u00e9mergence de rythmes rapides de bas voltage (ondes th\u00eata et gamma). Ce basculement \u00e9lectrophysiologique place le cortex c\u00e9r\u00e9bral dans un \u00e9tat r\u00e9ceptif optimal, amplifiant le traitement des stimuli sensoriels thalamiques tout en r\u00e9duisant les bruits de fond intrins\u00e8ques.<\/p>\n<p>Enfin, le prosenc\u00e9phale basal sert de passerelle essentielle entre les centres v\u00e9g\u00e9tatifs, \u00e9motionnels et associatifs. Recevant des aff\u00e9rences d\u00e9terminantes de l&rsquo;amygdale, de l&rsquo;hypothalamus lat\u00e9ral, du tegmentum pontique et du cortex pr\u00e9frontal, il \u00e9value en permanence la saillance motivationnelle et la valeur biologique des \u00e9v\u00e9nements environnementaux pour ajuster instantan\u00e9ment l&rsquo;allocation des ressources attentionnelles du cortex tout entier.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte et la compr\u00e9hension fonctionnelle du prosenc\u00e9phale basal s&rsquo;\u00e9tendent sur plus d&rsquo;un si\u00e8cle et demi d&rsquo;investigations morphologiques et neurochimiques. D\u00e8s la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, l&rsquo;anatomiste viennois Theodor Meynert (1833-1892) isole au microscope une population de cellules nerveuses anormalement volumineuses au sein de la substance innomin\u00e9e, qui prendra ult\u00e9rieurement le nom de <em>nucleus basalis de Meynert<\/em>. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, Paul Broca d\u00e9crit minutieusement les structures sous-calleuses et les faisceaux ventraux du lobe limbique, identifiant les branches de ce qui deviendra la bandelette diagonale portant son patronyme.<\/p>\n<p>Durant plusieurs d\u00e9cennies, ces structures sont pourtant consid\u00e9r\u00e9es comme de modestes relais olfactifs ou v\u00e9g\u00e9tatifs sans r\u00f4le cognitif d&rsquo;envergure. Le tournant paradigmatique s&rsquo;op\u00e8re dans les ann\u00e9es 1970 avec l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;histochimie enzymatique et des m\u00e9thodes de tra\u00e7age r\u00e9trograde et ant\u00e9rograde. Des chercheurs pionniers, parmi lesquels Peter Davies, David Bowen et Michael Sofroniew, d\u00e9couvrent une diminution drastique de l&rsquo;activit\u00e9 de la choline ac\u00e9tyltransf\u00e9rase (ChAT) \u2014 l&rsquo;enzyme de synth\u00e8se de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine \u2014 dans le cortex c\u00e9r\u00e9bral de patients d\u00e9c\u00e9d\u00e9s de la maladie d&rsquo;Alzheimer.<\/p>\n<p>En 1982, l&rsquo;\u00e9quipe de Donald L. Price et Joseph T. Coyle publie une d\u00e9couverte fondatrice : cette d\u00e9pl\u00e9tion cholinergique corticale d\u00e9coule directement de la mort neuronale massive et s\u00e9lective survenant pr\u00e9cis\u00e9ment au sein du noyau basal de Meynert dans le prosenc\u00e9phale basal. Cette avanc\u00e9e th\u00e9orique majeure donne naissance \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se cholinergique du vieillissement et des d\u00e9mences, qui va dominer la recherche pharmacologique et translationnelle durant les trois d\u00e9cennies suivantes.<\/p>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 1980, le neuroanatomiste Marsel Mesulam et ses collaborateurs publient une nomenclature syst\u00e9matique qui fait toujours autorit\u00e9 aujourd&rsquo;hui, classant les neurones cholinergiques du prosenc\u00e9phale basal en quatre groupes interconnect\u00e9s, d\u00e9sign\u00e9s de Ch1 \u00e0 Ch4. Depuis les ann\u00e9es 2000, l&rsquo;utilisation conjointe de l&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique, de la pharmacog\u00e9n\u00e9tique (DREADDs) et de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) \u00e0 ultra-haut champ a permis de d\u00e9passer la vision purement cholinergique pour mettre en lumi\u00e8re la contribution indispensable des neurones non cholinergiques dans les dynamiques millim\u00e9triques de l&rsquo;attention et du conditionnement associatif.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le fonctionnement du prosenc\u00e9phale basal repose sur plusieurs cadres th\u00e9oriques neurobiologiques qui mod\u00e9lisent la mani\u00e8re dont les signaux sous-corticaux orchestrent les processus mentaux sup\u00e9rieurs. Le premier et le plus influent est la th\u00e9orie du gain sensoriel et du rapport signal\/bruit formul\u00e9e par Michael Hasselmo et Martin Sarter. Selon ce mod\u00e8le, l&rsquo;ac\u00e9tylcholine lib\u00e9r\u00e9e par le prosenc\u00e9phale basal agit comme un filtre d&rsquo;optimisation computationnelle : elle active les r\u00e9cepteurs nicotiniques pr\u00e9synaptiques sur les aff\u00e9rences thalamocorticales (facilitant l&rsquo;entr\u00e9e des donn\u00e9es sensorielles r\u00e9elles) tout en activant des r\u00e9cepteurs muscariniques pr\u00e9synaptiques sur les synapses cortico-corticales intrins\u00e8ques (inhibant les boucles r\u00e9currentes internes et les hallucinations ou interf\u00e9rences mn\u00e9siques).<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me corpus th\u00e9orique concerne la th\u00e9orie de la pr\u00e9diction de l&rsquo;incertitude d\u00e9velopp\u00e9e par Peter Dayan et Angela Yu. Dans ce cadre computationnel probabiliste, le prosenc\u00e9phale basal cholinergique signale l&rsquo;\u00ab incertitude attendue \u00bb (<em>expected uncertainty<\/em>). Lorsque l&rsquo;environnement devient instable mais que cette variabilit\u00e9 est anticip\u00e9e, une bouff\u00e9e d&rsquo;ac\u00e9tylcholine r\u00e9initialise la machinerie d&rsquo;apprentissage cortical, diminuant le poids des repr\u00e9sentations pr\u00e9alables pour favoriser l&rsquo;\u00e9chantillonnage imm\u00e9diat de nouveaux indices environnementaux.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me cadre th\u00e9orique lie le prosenc\u00e9phale basal \u00e0 la th\u00e9orie de la r\u00e9activation mn\u00e9sique et de la consolidation synaptique en deux \u00e9tapes (Buzs\u00e1ki, Diekelmann &#038; Born). Le rythme th\u00eata hippocampique (4-8 Hz), coordonn\u00e9 par les projections du septum m\u00e9dian et de la bandelette de Broca, alterne avec les oscillations lentes du sommeil non-REM (sommeil profond). L&rsquo;inactivation cholinergique relative durant le sommeil \u00e0 ondes lentes permet aux traces mn\u00e9siques labiles emmagasin\u00e9es dans l&rsquo;hippocampe d&rsquo;\u00eatre transf\u00e9r\u00e9es et consolid\u00e9es durablement vers le n\u00e9ocortex via les complexes ondes lentes-fuseaux de sommeil.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le de l&rsquo;effort attentionnel propos\u00e9 par Martin Sarter conceptualise le prosenc\u00e9phale basal comme un m\u00e9diateur cl\u00e9 entre la motivation et la performance cognitive. Confront\u00e9 \u00e0 une t\u00e2che exigeante ou d\u00e9grad\u00e9e par le bruit, le cortex pr\u00e9frontal envoie des commandes descendantes glutamatergiques au prosenc\u00e9phale basal, d\u00e9clenchant une lib\u00e9ration phasique amplifi\u00e9e d&rsquo;ac\u00e9tylcholine qui restaure et soutient la vigilance ex\u00e9cutive requise pour surmonter la difficult\u00e9 cognitive.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 spatiale et fonctionnelle du prosenc\u00e9phale basal, les neuroanatomistes s&rsquo;appuient sur la nomenclature standardis\u00e9e introduite par Mesulam, compl\u00e9t\u00e9e par la d\u00e9limitation des sous-types neuronaux non cholinergiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Groupe Ch1 (Noyau septal m\u00e9dial) :<\/strong> Situ\u00e9 dans la r\u00e9gion la plus ant\u00e9rieure et m\u00e9diale, ce noyau projette massivement vers l&rsquo;hippocampe (champs CA1, CA3 et gyrus dent\u00e9) via le fornix. Il joue un r\u00f4le pacificateur fondamental dans la gen\u00e8se du rythme th\u00eata hippocampique, indispensable \u00e0 l&rsquo;encodage de la m\u00e9moire spatiale et d\u00e9clarative.<\/li>\n<li><strong>Groupe Ch2 (Branche verticale de la bandelette diagonale de Broca) :<\/strong> \u00c9troitement associ\u00e9 au noyau septal, ce contingent innerve \u00e9galement les structures limbiques temporales m\u00e9dianes, le cortex r\u00e9trospl\u00e9nial et le complexe hippocampique, modulant l&rsquo;apprentissage contextuel et la navigation spatiale.<\/li>\n<li><strong>Groupe Ch3 (Branche horizontale de la bandelette diagonale de Broca) :<\/strong> Situ\u00e9 plus ventralement, ce noyau dirige principalement ses axones vers le bulbe olfactif et les cortex pyriformes, r\u00e9gulant la discrimination sensorielle olfactive et la m\u00e9moire des odeurs.<\/li>\n<li><strong>Groupe Ch4 (Noyau basal de Meynert et substance innomin\u00e9e) :<\/strong> Le plus volumineux et le plus complexe des composants du prosenc\u00e9phale basal, subdivis\u00e9 en secteurs ant\u00e9ro-m\u00e9dial, ant\u00e9ro-lat\u00e9ral, interm\u00e9diaire et post\u00e9rieur. Il projette sur l&rsquo;ensemble du manteau n\u00e9ocortical et sur le complexe amygdalien, orchestrant l&rsquo;attention s\u00e9lective, la vigilance soutenue et la plasticit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale.<\/li>\n<li><strong>La population GABAergique \u00e0 projection :<\/strong> Constitu\u00e9e en grande partie de neurones volumineux exprimant la parvalbumine, cette composante projette de mani\u00e8re sym\u00e9trique et cibl\u00e9e vers les interneurones inhibiteurs corticaux. Par un m\u00e9canisme de d\u00e9sinhibition corticale ultrarapide, ces cellules permettent d&rsquo;amplifier l&rsquo;activit\u00e9 de r\u00e9seaux neuronaux sp\u00e9cifiques en quelques dizaines de millisecondes.<\/li>\n<li><strong>La population glutamatergique :<\/strong> Exprimant les transporteurs v\u00e9siculaires VGLUT2, ces neurones projettent directement vers les couches profondes du cortex et l&rsquo;habenula, intervenant de mani\u00e8re d\u00e9cisive dans la d\u00e9tection des signaux de punition, le renforcement n\u00e9gatif et l&rsquo;\u00e9veil comportemental rapide.<\/li>\n<li><strong>Le tubercule olfactif et la zone transitionnelle sous-pallidale :<\/strong> Zones marginales assurant l&rsquo;interface avec les boucles motivationnelles m\u00e9solimbiques dopaminergiques issues de l&rsquo;aire tegmentale ventrale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Un exemple paradigmatique de dysfonctionnement du prosenc\u00e9phale basal est observ\u00e9 dans la pathologie clinique cons\u00e9cutive \u00e0 la rupture d&rsquo;un an\u00e9vrisme de l&rsquo;art\u00e8re communicante ant\u00e9rieure (ACoA). Les patients survivant \u00e0 cette h\u00e9morragie sous-arachno\u00efdienne d\u00e9veloppent fr\u00e9quemment ce que les neuropsychologues qualifient de \u00ab syndrome de l&rsquo;art\u00e8re communicante ant\u00e9rieure \u00bb. Les perforateurs vasculaires issus de cette art\u00e8re irriguent directement la r\u00e9gion septale et le noyau basal de Meynert. La l\u00e9sion isch\u00e9mique focale de ces territoires engendre une amn\u00e9sie ant\u00e9rograde globale associ\u00e9e \u00e0 des confabulations massives et spontan\u00e9es, sans que le patient n&rsquo;ait conscience de son d\u00e9ficit (anosognosie). Ces manifestations prouvent le r\u00f4le irrempla\u00e7able du prosenc\u00e9phale basal dans le contr\u00f4le de la v\u00e9racit\u00e9 et de la coh\u00e9rence des souvenirs rappel\u00e9s.<\/p>\n<p>Un autre cas clinique r\u00e9v\u00e9lateur concerne l&rsquo;amn\u00e9sie transitoire observ\u00e9e lors de traumatismes cr\u00e2niens avec d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration brutale. Les forces de cisaillement au niveau de la base du cr\u00e2ne provoquent fr\u00e9quemment une commotion des fibres d\u00e9licates issues du prosenc\u00e9phale basal avant leur entr\u00e9e dans les capsules interne et externe. Le tableau qui en d\u00e9coule associe une d\u00e9sorientation temporo-spatiale aigu\u00eb, une incapacit\u00e9 d&rsquo;attention focalis\u00e9e et un \u00e9miettement du flux de pens\u00e9e, sympt\u00f4mes qui s&rsquo;amendent au fur et \u00e0 mesure de la r\u00e9cup\u00e9ration m\u00e9tabolique de ces voies.<\/p>\n<p>Dans la vie quotidienne, le r\u00f4le du prosenc\u00e9phale basal s&rsquo;illustre lors de t\u00e2ches de vigilance prolong\u00e9e, comme la conduite automobile nocturne sur autoroute d\u00e9serte. Lorsque la monotonie sensorielle menace d&rsquo;engendrer un assoupissement ou une distraction, l&rsquo;apparition subite d&rsquo;un obstacle visuel ou d&rsquo;un son impr\u00e9vu d\u00e9clenche, par l&rsquo;entremise du tronc c\u00e9r\u00e9bral et du cortex pr\u00e9frontal, une d\u00e9charge phasique massive du prosenc\u00e9phale basal. Cette lib\u00e9ration explosive d&rsquo;ac\u00e9tylcholine restaure instantan\u00e9ment la r\u00e9activit\u00e9 visuelle, \u00e9largit le champ de vision fonctionnel et permet une man\u0153uvre d&rsquo;\u00e9vitement en un temps record.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration du prosenc\u00e9phale basal chez l&rsquo;\u00eatre humain vivant a longtemps repr\u00e9sent\u00e9 un d\u00e9fi technique majeur en raison de sa petite taille, de ses limites anatomiques impr\u00e9cises et de sa position sous-corticale profonde. Aujourd&rsquo;hui, les avanc\u00e9es de la neuro-imagerie permettent une quantification volum\u00e9trique et m\u00e9tabolique de plus en plus fine.<\/p>\n<p>En <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique\">imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique<\/a> (IRM) structurelle 3 Tesla et 7 Tesla, les chercheurs utilisent la volum\u00e9trie bas\u00e9e sur les voxels (VBM) coupl\u00e9e \u00e0 des atlas probabilistes st\u00e9r\u00e9otaxiques cytoarchitectoniques (tels que ceux d\u00e9riv\u00e9s des travaux post-mortem de Teipel ou Zaborszky). Ces protocoles permettent d&rsquo;extraire le volume de mati\u00e8re grise des sous-r\u00e9gions Ch1-Ch3 et Ch4. La r\u00e9duction volum\u00e9trique du prosenc\u00e9phale basal s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e \u00eatre un marqueur pr\u00e9coce d&rsquo;une sensibilit\u00e9 exceptionnelle, surpassant parfois l&rsquo;atrophie hippocampique pour pr\u00e9dire la transition du trouble cognitif l\u00e9ger (MCI) vers la d\u00e9mence av\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>En imagerie fonctionnelle et mol\u00e9culaire, la tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) utilise des radiotraceurs sp\u00e9cifiques ciblant le syst\u00e8me cholinergique. On recourt notamment au [11C]donepezil ou au [11C]PMP pour mesurer l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase corticale, ainsi qu&rsquo;au [18F]FEOBV (fluoro\u00e9thoxybenzov\u00e9samicol), traceur de haute affinit\u00e9 pour le transporteur v\u00e9siculaire de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine (VAChT). Ce dernier permet de cartographier avec une pr\u00e9cision absolue la densit\u00e9 des terminaisons pr\u00e9-synaptiques d\u00e9riv\u00e9es directement du prosenc\u00e9phale basal.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, les dysfonctions de ce r\u00e9seau s&rsquo;\u00e9valuent par des paradigmes exp\u00e9rimentaux scrutant l&rsquo;attention s\u00e9lective et continue, tels que la t\u00e2che de performance continue (CPT), la t\u00e2che de signalisation de Posner (\u00e9valuant le d\u00e9sengagement et le r\u00e9engagement attentionnels) ou la t\u00e2che de conflit attentionnel (Attention Network Test, ANT). Ces \u00e9preuves mettent en \u00e9vidence un ralentissement du traitement de l&rsquo;information et une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue aux interf\u00e9rences lorsque le prosenc\u00e9phale basal est alt\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat clinique et translationnel du prosenc\u00e9phale basal se refl\u00e8te avant tout dans la th\u00e9rapeutique m\u00e9dicale des pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives. La d\u00e9couverte de l&rsquo;effondrement des aff\u00e9rences cholinergiques a conduit \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de la premi\u00e8re classe de m\u00e9dicaments approuv\u00e9s pour la maladie d&rsquo;Alzheimer : les inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase (donepezil, rivastigmine, galantamine). Bien que purement symptomatiques et d\u00e9pourvus d&rsquo;effet neuroprotecteur sur la mortalit\u00e9 neuronale sous-jacente, ces compos\u00e9s compensent le d\u00e9ficit d&rsquo;innervation en prolongeant la demi-vie de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine dans la fente synaptique, stabilisant temporairement les performances attentionnelles et les capacit\u00e9s de vie quotidienne des patients.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neurochirurgie fonctionnelle, le noyau basal de Meynert fait l&rsquo;objet d&rsquo;essais cliniques novateurs fond\u00e9s sur la stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde (SCP). L&rsquo;implantation bilat\u00e9rale d&rsquo;\u00e9lectrodes de stimulation \u00e0 basse fr\u00e9quence (20-50 Hz) dans le compartiment Ch4 vise \u00e0 restaurer artificiellement l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrique des neurones r\u00e9siduels et \u00e0 promouvoir la lib\u00e9ration neurochimique corticale, avec pour objectif de ralentir le d\u00e9clin cognitif dans la maladie d&rsquo;Alzheimer et la d\u00e9mence \u00e0 corps de Lewy.<\/p>\n<p>En psychiatrie et en rem\u00e9diation cognitive, la compr\u00e9hension du prosenc\u00e9phale basal \u00e9claire les m\u00e9canismes d&rsquo;action de plusieurs psychotropes. Par exemple, les agonistes et modulateurs allost\u00e9riques positifs des r\u00e9cepteurs nicotiniques alpha-7 et alpha-4-b\u00eata-2 sont \u00e9tudi\u00e9s pour traiter les d\u00e9ficits cognitifs majeurs de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizophr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a>, une maladie o\u00f9 les circuits ascendants du prosenc\u00e9phale basal pr\u00e9sentent des alt\u00e9rations de connectivit\u00e9 avec le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral.<\/p>\n<p>Enfin, dans le secteur de l&rsquo;ergonomie cognitive et de l&rsquo;ing\u00e9nierie humaine, les mod\u00e8les computationnels simulant l&rsquo;action du prosenc\u00e9phale basal permettent d&rsquo;optimiser les interfaces homme-machine (dans l&rsquo;aviation militaire, le contr\u00f4le a\u00e9rien ou la conduite assist\u00e9e) afin de r\u00e9guler la charge mentale des op\u00e9rateurs et de pr\u00e9venir les ruptures catastrophiques de vigilance lors de situations critiques.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies ont profond\u00e9ment renouvel\u00e9 l&rsquo;\u00e9tat des connaissances relatives au prosenc\u00e9phale basal gr\u00e2ce aux technologies de dissection cellulaire chez les mod\u00e8les rongeurs et primates. Les travaux conduits par le laboratoire de Martin Sarter ont apport\u00e9 la preuve \u00e9lectrochimique directe que la lib\u00e9ration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine dans le cortex pr\u00e9frontal n&rsquo;est pas simplement un ph\u00e9nom\u00e8ne de fond lent et diffus, mais comporte des transitoires phasiques milliseconde par milliseconde (appel\u00e9s \u00ab transitoires cholinergiques \u00bb), d\u00e9clench\u00e9s sp\u00e9cifiquement lorsqu&rsquo;un stimulus n\u00e9cessite un effort d&rsquo;attention guid\u00e9 par un but (<em>cue detection<\/em>).<\/p>\n<p>L&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Optog%C3%A9n%C3%A9tique\">optog\u00e9n\u00e9tique<\/a> a permis de r\u00e9soudre des \u00e9nigmes tenaces concernant l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 cellulaire du prosenc\u00e9phale basal. Des \u00e9tudes s\u00e9minales, comme celles de Hangya et Kepecs (Nature, 2015), ont d\u00e9montr\u00e9 que les neurones cholinergiques du prosenc\u00e9phale basal d\u00e9chargent de mani\u00e8re synchrone et ultra-rapide en r\u00e9ponse \u00e0 la fois \u00e0 des renforcements positifs (r\u00e9compenses) et n\u00e9gatifs (chocs l\u00e9gers ou bouff\u00e9es d&rsquo;air), se comportant comme un signal d&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;incertitude et de surprise biologique plut\u00f4t que comme un simple vecteur de valence \u00e9motionnelle h\u00e9donique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les recherches de Dan et ses coll\u00e8gues ont mis en lumi\u00e8re le r\u00f4le capital de la fraction GABAergique parvalbumine-positive du prosenc\u00e9phale basal. La photo-stimulation s\u00e9lective de ces neurones induit une entr\u00e9e quasi instantan\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil ou le sommeil paradoxal (REM), prouvant que la coordination fine des \u00e9tats de vigilance d\u00e9pend d&rsquo;une interaction \u00e9troite entre sous-populations cholinergiques et non cholinergiques.<\/p>\n<p>En neurosciences translationnelles humaines, les cohortes multicentriques d&rsquo;imagerie (telles que l&rsquo;ADNI &#8211; Alzheimer&rsquo;s Disease Neuroimaging Initiative) ont valid\u00e9 le mod\u00e8le selon lequel la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du noyau basal de Meynert pr\u00e9c\u00e8de chronologiquement et spatialement l&rsquo;atrophie corticale et la propagation des agr\u00e9gats de prot\u00e9ine tau hyperphosphoryl\u00e9e, confirmant que le prosenc\u00e9phale basal constitue un \u00e9picentre vuln\u00e9rable d\u00e8s les phases pr\u00e9cliniques des prot\u00e9inopathies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que la structure anatomique et la neurobiologie du prosenc\u00e9phale basal soient biologiquement universelles au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, l&rsquo;expression clinique, l&rsquo;\u00e9valuation et la prise en charge des dysfonctions qui lui sont li\u00e9es sont profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9es par des variables culturelles et socio-environnementales.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique des fonctions sous-tendues par le prosenc\u00e9phale basal (attention soutenue, flexibilit\u00e9 cognitive, m\u00e9moire \u00e9pisodique) repose sur des batteries de tests \u00e9talonn\u00e9es qui comportent des biais culturels et linguistiques non n\u00e9gligeables. Par exemple, les \u00e9preuves de rappel diff\u00e9r\u00e9 ou de d\u00e9tection de signaux visuo-spatiaux peuvent \u00eatre influenc\u00e9es par le niveau de scolarisation, le degr\u00e9 de familiarit\u00e9 avec les interfaces informatis\u00e9es et les habitudes de lecture. Dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire, l&rsquo;absence d&rsquo;outils norm\u00e9s adapt\u00e9s \u00e0 des populations non occidentales retarde consid\u00e9rablement la d\u00e9tection des syndromes d\u00e9mentiels d\u00e9butants li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;involution du prosenc\u00e9phale basal.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le concept m\u00eame de vieillissement cognitif et la tol\u00e9rance soci\u00e9tale envers les sympt\u00f4mes attentionnels ou mn\u00e9siques varient selon les cultures. Dans certaines soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles collectivistes, la baisse de vigilance et les confabulations sont per\u00e7ues comme des attributs spirituels ou des \u00e9tapes normales de la s\u00e9nescence, ce qui limite les consultations m\u00e9dicales pr\u00e9coces et l&rsquo;acc\u00e8s aux examens d&rsquo;imagerie avanc\u00e9e ou aux th\u00e9rapies pro-cholinergiques.<\/p>\n<p>Les modes de vie et les facteurs environnementaux propres \u00e0 diff\u00e9rentes r\u00e9gions du globe (r\u00e9gime alimentaire, pollution atmosph\u00e9rique aux particules fines, niveau de stress chronique, taux de pr\u00e9valence du diab\u00e8te et de l&rsquo;hypertension art\u00e9rielle) modulent \u00e9galement la r\u00e9serve cognitive et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 neuro-inflammatoire du prosenc\u00e9phale basal. Ces disparit\u00e9s g\u00e9ographiques et sociales soulignent l&rsquo;importance d&rsquo;une approche transculturelle rigoureuse dans les programmes de pr\u00e9vention des troubles neurocognitifs majeurs.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la recherche sur le prosenc\u00e9phale basal est jalonn\u00e9e de controverses scientifiques vigoureuses, dont la plus embl\u00e9matique concerne les limites de l&rsquo;\u00ab hypoth\u00e8se cholinergique \u00bb. \u00c0 la fin du XXe si\u00e8cle, une vision r\u00e9ductionniste assimilait la d\u00e9mence d&rsquo;Alzheimer \u00e0 une simple perte de neurones cholinergiques, \u00e0 l&rsquo;instar de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence dopaminergique dans la maladie de Parkinson. Or, les essais cliniques massifs ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que si les inhibiteurs de la cholinest\u00e9rase am\u00e9liorent modestement les scores attentionnels, ils n&rsquo;enrayent aucunement la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence globale du cerveau. Cette d\u00e9sillusion a conduit la communaut\u00e9 scientifique \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer le r\u00f4le de ces cellules, qui ne sont pas l&rsquo;unique moteur de la pathologie mais une composante d&rsquo;un r\u00e9seau complexe interconnect\u00e9.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat r\u00e9current porte sur la d\u00e9limitation anatomique de la substance innomin\u00e9e. Qualifi\u00e9e par certains auteurs de \u00ab poubelle anatomique \u00bb, cette r\u00e9gion suscite des d\u00e9saccords quant \u00e0 ses fronti\u00e8res exactes avec le pallidum ventral, l&rsquo;aire pr\u00e9optique de l&rsquo;hypothalamus et l&rsquo;amygdale \u00e9tendue. Certains neuroscientifiques contestent la pertinence de regrouper sous un concept unitaire (\u00ab basal forebrain \u00bb) des entit\u00e9s aussi dissemblables que le septum m\u00e9dian et le noyau basal de Meynert, argumentant que leurs profils d&rsquo;expression g\u00e9n\u00e9tique, leurs signatures de r\u00e9cepteurs et leurs connectomes sont trop distincts pour \u00eatre fusionn\u00e9s fonctionnellement.<\/p>\n<p>Enfin, le r\u00f4le respectif des neurones cholinergiques par rapport aux neurones non cholinergiques au sein du prosenc\u00e9phale basal fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats \u00e9lectrophysiologiques. Alors que les dogmes classiques attribuaient l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du contr\u00f4le de l&rsquo;\u00e9veil cortical \u00e0 l&rsquo;ac\u00e9tylcholine, les donn\u00e9es r\u00e9centes chez l&rsquo;animal d\u00e9montrent que l&rsquo;ablation s\u00e9lective des neurones cholinergiques alt\u00e8re peu les niveaux globaux de vigilance EEG, tandis que la destruction des cellules GABAergiques parvalbumine-positives d\u00e9sorganise compl\u00e8tement les oscillations gamma et induit un coma ou un \u00e9tat de l\u00e9thargie s\u00e9v\u00e8re, for\u00e7ant un r\u00e9\u00e9quilibrage th\u00e9orique majeur.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin de pr\u00e9venir toute ambigu\u00eft\u00e9 terminologique fr\u00e9quente dans la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale, il importe de distinguer le prosenc\u00e9phale basal d&rsquo;autres concepts neurologiques apparent\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ganglions de la base (Noyaux gris centraux) :<\/strong> Ensemble regroupant le noyau caud\u00e9, le putamen, le globus pallidus et la substance noire. Alors que les ganglions de la base sont principalement organis\u00e9s en boucles cortico-stri\u00e9es pour r\u00e9guler l&rsquo;initiation motrice et l&rsquo;apprentissage par renforcement proc\u00e9dural, le prosenc\u00e9phale basal est un syst\u00e8me modulateur ascendant direct modulant l&rsquo;attention et les \u00e9tats corticaux.<\/li>\n<li><strong>Syst\u00e8me r\u00e9ticul\u00e9 activateur ascendant (SRAA) :<\/strong> R\u00e9seau situ\u00e9 dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral (comprenant le noyau p\u00e9donculopontin et le locus coeruleus) responsable de l&rsquo;\u00e9veil primaire. Le prosenc\u00e9phale basal agit comme un relais interm\u00e9diaire crucial et un amplificateur cortical entre le tronc c\u00e9r\u00e9bral et le n\u00e9ocortex.<\/li>\n<li><strong>Locus coeruleus :<\/strong> Noyau noradr\u00e9nergique du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Bien qu&rsquo;il collabore \u00e9troitement avec le prosenc\u00e9phale basal pour r\u00e9guler l&rsquo;attention et la vigilance, le locus coeruleus module pr\u00e9f\u00e9rentiellement l&rsquo;alerte phasique et la r\u00e9ponse au stress via la noradr\u00e9naline, tandis que le prosenc\u00e9phale basal affine la discrimination sensorielle et la focalisation par l&rsquo;ac\u00e9tylcholine.<\/li>\n<li><strong>Complexe amygdalien :<\/strong> Structure adjacente au compartiment Ch4 caudal du prosenc\u00e9phale basal. Si l&rsquo;amygdale traite la valeur \u00e9motionnelle et la peur, le prosenc\u00e9phale basal convertit cette saillance \u00e9motionnelle en commande d&rsquo;\u00e9veil attentionnel g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 sur le cortex.<\/li>\n<li><strong>Pallidum ventral :<\/strong> Composant moteur et motivationnel faisant partie du striatum\/pallidum limbique, souvent travers\u00e9 par les neurones du noyau basal de Meynert mais d\u00e9volu au traitement des r\u00e9compenses plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;innervation cholinergique diffuse du cortex.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le prosenc\u00e9phale basal repr\u00e9sente une interface neurobiologique de premier ordre, orchestrant l&rsquo;\u00e9veil, l&rsquo;attention et la m\u00e9moire par son vaste r\u00e9seau de projections ascendantes. Les points essentiels \u00e0 retenir sont les suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Anatomie int\u00e9gr\u00e9e :<\/strong> Il r\u00e9unit le noyau septal m\u00e9dial, les bandes diagonales de Broca (Ch1-Ch3), la substance innomin\u00e9e et le noyau basal de Meynert (Ch4) \u00e0 la base des h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux.<\/li>\n<li><strong>Neurochimie plurielle :<\/strong> Bien qu&rsquo;il repr\u00e9sente le principal foyer cholinergique du t\u00e9lenc\u00e9phale, il abrite des populations massives de neurones GABAergiques et glutamatergiques indispensables \u00e0 la synchronisation rapide des r\u00e9seaux corticaux.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9gulation cognitive :<\/strong> Il optimise le rapport signal\/bruit dans le cortex sensoriel, calibre l&rsquo;attention s\u00e9lective face aux distracteurs et impulse le rythme th\u00eata hippocampique n\u00e9cessaire \u00e0 la plasticit\u00e9 mn\u00e9sique.<\/li>\n<li><strong>Implication pathologique majeure :<\/strong> Sa d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence pr\u00e9coce constitue le primum movens de l&rsquo;effondrement cholinergique dans la maladie d&rsquo;Alzheimer et la d\u00e9mence \u00e0 corps de Lewy, guidant les approches pharmacologiques actuelles et les protocoles de stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Davies, P., &amp; Maloney, A. J. (1976). Selective loss of central cholinergic neurons in Alzheimer&rsquo;s disease. <em>The Lancet<\/em>, 308(8000), 1403. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(76)91936-X\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(76)91936-X<\/a><\/li>\n<li>Hangya, B., Ranade, S. P., Lorenc, M., &amp; Kepecs, A. (2015). Central cholinergic neurons are rapidly recruited by reinforcement feedback. <em>Cell<\/em>, 162(5), 1155\u20131168. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cell.2015.07.057\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cell.2015.07.057<\/a><\/li>\n<li>Hasselmo, M. E., &amp; Sarter, M. (2011). Modes and models of forebrain cholinergic neuromodulation of cognition. <em>Neuropsychopharmacology<\/em>, 36(1), 52\u201373. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/npp.2010.104\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/npp.2010.104<\/a><\/li>\n<li>Mesulam, M. M., Mufson, E. J., Levey, A. I., &amp; Wainer, B. H. (1983). Central cholinergic pathways in the rat: An overview based on an alternative nomenclature (Ch1\u2013Ch6). <em>Neuroscience<\/em>, 10(4), 1185\u20131201. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0306-4522(83)90108-2\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0306-4522(83)90108-2<\/a><\/li>\n<li>Sarter, M., Lustig, C., &amp; Taylor, S. F. (2012). Cholinergic mediation of top-down attentional capture by cues and context: Cognitive and neural mechanisms. <em>Brain Research Reviews<\/em>, 69(1), 17\u201337. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brainresrev.2011.08.003\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brainresrev.2011.08.003<\/a><\/li>\n<li>Whitehouse, P. J., Price, D. L., Struble, R. G., Clark, A. W., Coyle, J. T., &amp; DeLong, M. R. (1982). Alzheimer&rsquo;s disease and senile dementia: Loss of neurons in the basal forebrain. <em>Science<\/em>, 215(4537), 1237\u20131239. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.7058341\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.7058341<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le prosenc\u00e9phale basal regroupe les structures t\u00e9lenc\u00e9phaliques ventrales essentielles \u00e0 la neuromodulation cholinergique, r\u00e9gulant l&rsquo;attention, l&rsquo;\u00e9veil cortical et la m\u00e9moire.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[6756,459,647],"tags":[6360,1182,2350,6986,36289,36288],"class_list":["post-21632","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuroanatomie","category-neurosciences","category-psychologie-cognitive","tag-acetylcholine","tag-attention","tag-maladie-dalzheimer","tag-neuromodulation","tag-noyau-basal-de-meynert","tag-prosencephale-basal"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21632","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21632\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21632"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21632"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21632"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}