{"id":21597,"date":"2026-10-26T00:44:27","date_gmt":"2026-10-26T00:44:27","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=reflexe-de-bar-signe-moteur-frontal"},"modified":"2026-10-26T00:44:27","modified_gmt":"2026-10-26T00:44:27","slug":"reflexe-de-bar-signe-moteur-frontal","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=reflexe-de-bar-signe-moteur-frontal","title":{"rendered":"R\u00e9flexe de Bar : Signe Moteur Frontal Cl\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>En neuropsychologie clinique et en s\u00e9miologie neurologique, l&rsquo;\u00e9valuation des automatismes moteurs \u00e9l\u00e9mentaires constitue une fen\u00eatre privil\u00e9gi\u00e9e sur l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 architecturale et fonctionnelle des structures c\u00e9r\u00e9brales ant\u00e9rieures. Le r\u00e9flexe de Bar, souvent m\u00e9connu en dehors des cercles sp\u00e9cialis\u00e9s de la neurologie clinique, repr\u00e9sente une anomalie motrice singuli\u00e8re traduisant une rupture des m\u00e9canismes d&rsquo;inhibition exerc\u00e9s par le cortex c\u00e9r\u00e9bral. Sa mise en \u00e9vidence apporte des indices diagnostiques inestimables pour localiser une alt\u00e9ration structurelle au sein des lobes frontaux.<\/p>\n<h2>R\u00e9flexe de Bar<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le r\u00e9flexe de Bar d\u00e9signe une r\u00e9ponse motrice pathologique observ\u00e9e chez un individu en d\u00e9cubitus dorsal, caract\u00e9ris\u00e9e par le fait qu&rsquo;un mouvement lat\u00e9ral ou vertical impos\u00e9 ou ex\u00e9cut\u00e9 par une jambe d\u00e9clenche automatiquement et involontairement une trajectoire similaire dans le membre inf\u00e9rieur controlat\u00e9ral. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne moteur aberrant est traditionnellement consid\u00e9r\u00e9 comme un signe clinique hautement \u00e9vocateur d&rsquo;une l\u00e9sion organique, structurelle ou d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, touchant la r\u00e9gion ant\u00e9rieure du cortex frontal.<\/p>\n<p>Sur le plan s\u00e9miologique, cette manifestation s&rsquo;inscrit au sein de la constellation des r\u00e9flexes de lib\u00e9ration frontale, aussi d\u00e9sign\u00e9s comme signes d&rsquo;archa\u00efsme ou de d\u00e9sinhibition motrice sous-corticale. Lorsque le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral frontal subit une agression, qu&rsquo;elle soit de nature isch\u00e9mique, n\u00e9oplasique, traumatique ou neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, la perte du contr\u00f4le inhibiteur descendant permet \u00e0 des synergies motrices primitives, normalement r\u00e9prim\u00e9es au cours du d\u00e9veloppement ontog\u00e9n\u00e9tique, de r\u00e9appara\u00eetre au grand jour.<\/p>\n<p>Contrairement aux r\u00e9flexes myotatiques simples qui empruntent des arcs monosynaptiques spinaux, le r\u00e9flexe de Bar implique une r\u00e9organisation complexe des interactions bilat\u00e9rales entre les aires motrices suppl\u00e9mentaires, le faisceau pyramidal et les relais striato-pallidaux. Il mat\u00e9rialise ainsi une d\u00e9faillance de la lat\u00e9ralisation stricte de la commande motrice, contraignant les effecteurs p\u00e9riph\u00e9riques \u00e0 adopter un comportement de r\u00e9sonance mim\u00e9tique involontaire lors de la mobilisation du membre homologue.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab r\u00e9flexe de Bar \u00bb tire son appellation de la tradition nosologique m\u00e9dicale associant le nom d&rsquo;un clinicien \u00e9ponyme \u00e0 un sch\u00e9ma r\u00e9actionnel st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 particulier. Le substantif \u00ab r\u00e9flexe \u00bb d\u00e9coule directement du latin classique <em>reflexus<\/em>, participe pass\u00e9 du verbe <em>reflectere<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>re-<\/em> (\u00ab en arri\u00e8re \u00bb, \u00ab de nouveau \u00bb) et de <em>flectere<\/em> (\u00ab courber \u00bb, \u00ab plier \u00bb), signifiant litt\u00e9ralement \u00ab faire rebrousser chemin \u00bb ou \u00ab renvoyer \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le lexique m\u00e9dical international, ce vocable a \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9 par les premiers physiologistes pour d\u00e9signer une r\u00e9ponse motrice ou s\u00e9cr\u00e9toire involontaire d\u00e9clench\u00e9e par une excitation sensorielle aff\u00e9rente, selon l&rsquo;analogie d&rsquo;un rayon lumineux refl\u00e9t\u00e9 par une surface sp\u00e9culaire. Le patronyme \u00ab Bar \u00bb renvoie aux observations cliniques de la m\u00e9decine hospitali\u00e8re de la fin du dix-neuvi\u00e8me et du d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, \u00e9poque f\u00e9conde o\u00f9 la s\u00e9miologie motrice fine s&rsquo;est efforc\u00e9e d&rsquo;individualiser chaque perturbation topographique du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature anglo-saxonne, l&rsquo;expression \u00ab <em>bar reflex<\/em> \u00bb est r\u00e9pertori\u00e9e dans les lexiques de neuropsychiatrie pour sp\u00e9cifier ce mim\u00e9tisme moteur contralat\u00e9ral des membres inf\u00e9rieurs chez le sujet couch\u00e9. Il convient de distinguer avec rigueur cette entit\u00e9 s\u00e9miologique de la notion de \u00ab <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Baroreflex\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">baroreflex<\/a> \u00bb (ou baror\u00e9flexe physiologique), qui provient de la racine grecque <em>b\u00e1ros<\/em> (pesanteur, pression) et r\u00e9gule la pression art\u00e9rielle par le biais des baror\u00e9cepteurs vasculaires, \u00e9vitant ainsi toute \u00e9quivoque entre r\u00e9gulation h\u00e9modynamique et d\u00e9sinhibition motrice frontale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le terme se prononce en fran\u00e7ais sous la transcription internationale \/\u0281e.fl\u025bks d\u0259 ba\u0281\/. Dans les \u00e9changes acad\u00e9miques anglophones, la d\u00e9signation correspondante s&rsquo;articule \/b\u0251\u02d0r \u02c8ri\u02d0.fl\u025bks\/. Le mot est de nature nominale, masculin singulier lorsqu&rsquo;il est employ\u00e9 avec son article d\u00e9fini (\u00ab le r\u00e9flexe de Bar \u00bb), et son pluriel r\u00e9gulier orthographie \u00ab les r\u00e9flexes de Bar \u00bb en pr\u00e9servant l&rsquo;invariabilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9ponyme.<\/p>\n<p>Dans la pratique r\u00e9dactionnelle des observations m\u00e9dicales et des bilans neuropsychologiques, il s&#8217;emploie principalement comme syntagme nominal compl\u00e9ment d&rsquo;objet direct ou sujet dans des structures verbales d&rsquo;investigation : \u00ab mettre en \u00e9vidence un r\u00e9flexe de Bar \u00bb, \u00ab la pr\u00e9sence d&rsquo;un r\u00e9flexe de Bar bilat\u00e9ral \u00bb ou \u00ab la disparition du r\u00e9flexe de Bar apr\u00e8s d\u00e9compression tumorale \u00bb. L&rsquo;expression fait partie de la taxonomie des signes neurologiques dits focaux ou de localisation, et s&rsquo;int\u00e8gre dans le registre formel du langage clinique hospitalier.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la nature exacte du r\u00e9flexe de Bar, il est imp\u00e9ratif d&rsquo;examiner l&rsquo;organisation hi\u00e9rarchique du contr\u00f4le moteur chez l&rsquo;\u00eatre humain. Chez le sujet adulte sain, l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un mouvement unilat\u00e9ral d&rsquo;une jambe \u2014 qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une \u00e9l\u00e9vation dans le plan vertical ou d&rsquo;une abduction dans le plan horizontal \u2014 requiert non seulement l&rsquo;activation cibl\u00e9e des r\u00e9seaux neuronaux du cortex moteur primaire controlat\u00e9ral, mais \u00e9galement l&rsquo;inhibition active et synchrone des circuits homologues situ\u00e9s dans l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral oppos\u00e9. Cette fonction d&rsquo;inhibition interh\u00e9misph\u00e9rique transitant principalement par le corps calleux garantit l&rsquo;ind\u00e9pendance cin\u00e9tique des membres pairs.<\/p>\n<p>La r\u00e9gion ant\u00e9rieure du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lobe_frontal\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">lobe frontal<\/a>, englobant les aires pr\u00e9frontales dorso-lat\u00e9rales, le cortex moteur suppl\u00e9mentaire et les aires pr\u00e9motrices, exerce un contr\u00f4le ex\u00e9cutif supr\u00eame sur la s\u00e9lection des programmes moteurs. Elle agit comme un filtre s\u00e9lectif pr\u00e9venant la diffusion anarchique de l&rsquo;influx nerveux vers les r\u00e9seaux r\u00e9ticulospinaux et spinaux sous-jacents. Dans le r\u00e9flexe de Bar, ce verrou r\u00e9gulateur s&rsquo;effondre. Lorsqu&rsquo;une impulsion cin\u00e9tique est appliqu\u00e9e ou command\u00e9e sur un membre inf\u00e9rieur, l&rsquo;absence de frein frontal autorise une transmission transcalleuse anormale ou un d\u00e9bordement sous-cortical, engendrant une d\u00e9charge synchrone dans les motoneurones de la jambe oppos\u00e9e.<\/p>\n<p>La posture de d\u00e9cubitus dorsal joue un r\u00f4le biom\u00e9canique et neurophysiologique d\u00e9terminant dans l&rsquo;expression de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. En position allong\u00e9e, les aff\u00e9rences proprioceptives li\u00e9es \u00e0 la charge pond\u00e9rale et aux ajustements posturaux antigravitaires sont substantiellement r\u00e9duites par rapport \u00e0 la station debout ou assise. Ce rel\u00e2chement tonique global met \u00e0 nu les circuits moteurs archa\u00efques sous-jacents, rendant visible une synchronie motrice qui serait autrement masqu\u00e9e par le tonus postural indispensable au maintien de l&rsquo;\u00e9quilibre vertical.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9flexe partage d&rsquo;\u00e9troites affinit\u00e9s conceptuelles avec les syncin\u00e9sies d&rsquo;imitation, mais s&rsquo;en d\u00e9marque par sa topographie strictement crurale, son caract\u00e8re d\u00e9clench\u00e9 en position de repos couch\u00e9 et sa d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis d&rsquo;une d\u00e9sorganisation pr\u00e9frontale ant\u00e9rieure. Il t\u00e9moigne ainsi d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab lib\u00e9ration \u00bb, tel que th\u00e9oris\u00e9 par la neurologie jacksonienne, o\u00f9 la destruction d&rsquo;un centre nerveux phylog\u00e9n\u00e9tiquement plus r\u00e9cent et hi\u00e9rarchiquement sup\u00e9rieur lib\u00e8re l&rsquo;activit\u00e9 autonome de centres plus anciens et moins diff\u00e9renci\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan cognitivo-moteur, le patient manifestant un r\u00e9flexe de Bar est g\u00e9n\u00e9ralement incapable de r\u00e9primer ce mouvement d&rsquo;\u00e9cho par la seule volont\u00e9 lorsque la consigne explicite lui en est donn\u00e9e. Cette impossibilit\u00e9 d&rsquo;inhibition volontaire souligne l&rsquo;atteinte des fonctions ex\u00e9cutives de haut niveau, d\u00e9montrant que le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9passe la simple excitabilit\u00e9 r\u00e9flexe p\u00e9riph\u00e9rique pour impliquer une alt\u00e9ration globale de la programmation et du contr\u00f4le de l&rsquo;action intentionnelle.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement et \u00e9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la s\u00e9miologie neurologique au cours des dix-neuvi\u00e8me et vingti\u00e8me si\u00e8cles est jalonn\u00e9e de d\u00e9couvertes d&rsquo;anomalies motrices destin\u00e9es \u00e0 circonscrire pr\u00e9cis\u00e9ment les l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales bien avant l&rsquo;av\u00e8nement des techniques d&rsquo;imagerie moderne. D\u00e8s les travaux fondateurs de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Martin_Charcot\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Jean-Martin Charcot<\/a> \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de la Salp\u00eatri\u00e8re, l&rsquo;accent a \u00e9t\u00e9 mis sur la d\u00e9composition m\u00e9thodique des r\u00e9flexes et des perturbations du tonus pour \u00e9tablir des corr\u00e9lations anatomo-cliniques rigoureuses.<\/p>\n<p>Dans la mouvance des d\u00e9couvertes de Joseph Babinski sur les perturbations du faisceau pyramidal et des descriptions de Paul Schilder sur l&rsquo;\u00e9cho-motricit\u00e9, les s\u00e9miologistes europ\u00e9ens ont document\u00e9 divers mouvements miroirs et r\u00e9actions de pers\u00e9v\u00e9ration chez des sujets pr\u00e9sentant des processus expansifs frontaux, tels que des m\u00e9ningiomes du sillon olfactif ou des gliomes sous-frontaux. Les descriptions cliniques associ\u00e9es au patronyme de Bar ont \u00e9merg\u00e9 pour classifier ces transferts moteurs anormaux d&rsquo;un membre inf\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;autre en d\u00e9cubitus.<\/p>\n<p>Au milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle, les travaux monumentaux d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alexandre_Louria\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Alexandre Louria<\/a> sur les syndromes neuropsychologiques frontaux ont fourni une grille de lecture cognitive et fonctionnelle indispensable pour interpr\u00e9ter ces manifestations motrices \u00e9l\u00e9mentaires. Louria a d\u00e9montr\u00e9 que les l\u00e9sions des lobes frontaux n&rsquo;alt\u00e8rent pas simplement la force brute musculaire, mais d\u00e9structurent l&rsquo;organisation cin\u00e9tique de l&rsquo;acte et an\u00e9antissent la s\u00e9lectivit\u00e9 des r\u00e9ponses motrices, favorisant la survenue d&rsquo;automatismes pers\u00e9v\u00e9ratifs et d&rsquo;imitations non d\u00e9sir\u00e9es.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;av\u00e8nement de la tomodensitom\u00e9trie cr\u00e2nienne dans les ann\u00e9es 1970 puis de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) dans les d\u00e9cennies suivantes, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat port\u00e9 aux signes physiques subtils comme le r\u00e9flexe de Bar a parfois \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 au second plan au profit des donn\u00e9es structurelles radiologiques. N\u00e9anmoins, l&rsquo;essor contemporain de la neurologie comportementale et des \u00e9chelles d&rsquo;\u00e9valuation cognitive a r\u00e9habilit\u00e9 l&rsquo;importance diagnostique de ces signes de lib\u00e9ration, car ils offrent au clinicien un moyen d&rsquo;\u00e9valuation au lit du malade imm\u00e9diat, reproductible et sans co\u00fbt mat\u00e9riel.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;assise th\u00e9orique du r\u00e9flexe de Bar repose sur les mod\u00e8les contemporains de connectivit\u00e9 cortico-sous-corticale et sur la dynamique des boucles fronto-stri\u00e9es. Le cortex pr\u00e9frontal, en \u00e9troite relation avec l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire (AMS) et le gyrus cingulaire ant\u00e9rieur, orchestre un r\u00e9seau complexe impliquant les noyaux gris centraux, notamment le noyau caud\u00e9 et le globus pallidus, par l&rsquo;entremise de voies directes et indirectes r\u00e9gulant l&rsquo;excitabilit\u00e9 thalamique.<\/p>\n<p>Dans un cerveau int\u00e8gre, l&rsquo;initiation d&rsquo;un mouvement d&rsquo;une jambe s&rsquo;accompagne d&rsquo;une puissante vague d&rsquo;inhibition collat\u00e9rale ciblant le membre controlat\u00e9ral. Cette inhibition s&rsquo;effectue via les axones glutamatergiques transcalleux qui excitent des interneurones gabaergiques locaux dans le cortex moteur contralat\u00e9ral, emp\u00eachant ce dernier d&rsquo;\u00e9mettre des commandes descendantes simultan\u00e9es. La destruction du tissu pr\u00e9frontal ant\u00e9rieur ou l&rsquo;interruption des faisceaux d&rsquo;association cortico-calleux neutralise cette barri\u00e8re inhibitrice, laissant place \u00e0 une hyperexcitabilit\u00e9 du syst\u00e8me moteur h\u00e9t\u00e9rolat\u00e9ral.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la d\u00e9aff\u00e9rentation partielle des voies descendantes cortico-r\u00e9ticulaires engendre une alt\u00e9ration du tonus d&rsquo;inhibition exerc\u00e9 sur la moelle \u00e9pini\u00e8re lombo-sacr\u00e9e. Les g\u00e9n\u00e9rateurs spinaux de sch\u00e9mas moteurs (<em>Central Pattern Generators<\/em>), structures phylog\u00e9n\u00e9tiquement primitives responsables de la locomotion altern\u00e9e et des coordinations r\u00e9ciproques, se trouvent alors lib\u00e9r\u00e9s du contr\u00f4le modulateur descendant. Une impulsion cin\u00e9tique per\u00e7ue par les r\u00e9cepteurs proprioceptifs d&rsquo;une jambe diffuse alors vers les m\u00e9tam\u00e8res oppos\u00e9s de la moelle lombo-sacr\u00e9e, favorisant un comportement en miroir du membre controlat\u00e9ral.<\/p>\n<p>Ainsi, le r\u00e9flexe de Bar ne constitue pas une anomalie motrice isol\u00e9e, mais plut\u00f4t la r\u00e9sultante d&rsquo;une rupture syst\u00e9mique combinant d\u00e9sinhibition transcalleuse, faillite des boucles ex\u00e9cutives cortico-stri\u00e9es et d\u00e9saff\u00e9rentation des circuits locomoteurs spinaux. Ce m\u00e9canisme \u00e9claire pourquoi ce signe s&rsquo;associe si souvent \u00e0 d&rsquo;autres manifestations d&rsquo;hypertonie oppositionnelle ou de grasping des membres inf\u00e9rieurs dans les enc\u00e9phalopathies frontales s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation du r\u00e9flexe de Bar implique d&rsquo;analyser plusieurs param\u00e8tres cin\u00e9matiques et cliniques qui permettent d&rsquo;en pr\u00e9ciser la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et l&rsquo;expression topographique. Ces \u00e9l\u00e9ments se structurent autour de plusieurs axes essentiels :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La direction vectorielle du mouvement :<\/strong> Le r\u00e9flexe peut s&rsquo;exprimer dans le plan sagittal (mouvement vertical d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la jambe) ou dans le plan frontal\/horizontal (mouvement lat\u00e9ral d&rsquo;abduction ou d&rsquo;adduction), le membre controlat\u00e9ral reproduisant fid\u00e8lement l&rsquo;orientation spatiale du stimulus moteur initial.<\/li>\n<li><strong>Le mode de d\u00e9clenchement (actif vs passif) :<\/strong> La r\u00e9ponse mim\u00e9tique anormale peut survenir soit lorsque l&rsquo;examinateur d\u00e9place passivement le membre inf\u00e9rieur du patient, soit lors d&rsquo;une tentative de mobilisation volontaire active effectu\u00e9e par le sujet, le caract\u00e8re involontaire de la r\u00e9plique controlat\u00e9rale demeurant constant dans les deux situations.<\/li>\n<li><strong>La latence de r\u00e9activit\u00e9 :<\/strong> L&rsquo;intervalle temporel s\u00e9parant l&rsquo;initiation du mouvement du membre moteur et la mise en branle du membre r\u00e9cepteur controlat\u00e9ral varie selon l&rsquo;\u00e9tendue de la l\u00e9sion, s&rsquo;\u00e9talant d&rsquo;une duplication quasi instantan\u00e9e \u00e0 une amorce diff\u00e9r\u00e9e de quelques centaines de millisecondes.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;amplitude cin\u00e9tique :<\/strong> L&rsquo;excursion angulaire du membre homologue peut \u00eatre totale, \u00e9galant celle du membre mobilis\u00e9, ou se limiter \u00e0 une \u00e9bauche de contraction visible des groupes musculaires stabilisateurs (quadriceps, tenseur du fascia lata, adducteurs).<\/li>\n<li><strong>La sym\u00e9trie de d\u00e9clenchement :<\/strong> Le ph\u00e9nom\u00e8ne peut \u00eatre strictement unilat\u00e9ral (d\u00e9clench\u00e9 exclusivement par la mobilisation du membre situ\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 ipsilat\u00e9ral ou controlat\u00e9ral au foyer l\u00e9sionnel) ou bilat\u00e9ral dans le cadre d&rsquo;atteintes frontales diffuses, d&rsquo;atrophies bifrontales ou d&rsquo;hydroc\u00e9phalies chroniques.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9sistance \u00e0 la consigne inhibitrice :<\/strong> Dimension diagnostique majeure, elle quantifie l&rsquo;incapacit\u00e9 du patient \u00e0 bloquer le mouvement miroir malgr\u00e9 une instruction verbale ferme et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e lui intimant de maintenir le membre controlat\u00e9ral parfaitement immobile.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser les manifestations du r\u00e9flexe de Bar dans la pratique quotidienne, il est instructif d&rsquo;analyser plusieurs sc\u00e9narios cliniques typiques rencontr\u00e9s dans les services de neurologie et de g\u00e9riatrie :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Le m\u00e9ningiome de la faux du cerveau \u00e0 d\u00e9veloppement bifrontal.<\/strong> Un homme de 62 ans est admis en consultation pour un ralentissement psychomoteur progressif, une apathie marqu\u00e9e et des troubles de la marche d&rsquo;installation insidieuse. Lors de l&rsquo;examen neurologique en d\u00e9cubitus dorsal, l&rsquo;examinateur \u00e9l\u00e8ve passivement la jambe droite du patient \u00e0 45 degr\u00e9s pour tester la souplesse articulaire. Aussit\u00f4t, la jambe gauche s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve spontan\u00e9ment et parall\u00e8lement au-dessus du plan d&rsquo;examen, mimant la trajectoire droite sans que le patient ne semble conscient de ce geste ou capable de l&rsquo;interrompre. L&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale r\u00e9v\u00e8le une masse volumineuse extra-axiale comprimant bilat\u00e9ralement les circonvolutions frontales sup\u00e9rieures et le corps calleux ant\u00e9rieur, confirmant la pr\u00e9sence du r\u00e9flexe de Bar comme indicateur d&rsquo;un syndrome sous-frontal compressif s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : L&rsquo;accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral isch\u00e9mique du territoire de l&rsquo;art\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale ant\u00e9rieure.<\/strong> Une patiente de 74 ans pr\u00e9sente subitement une par\u00e9sie crurale gauche pr\u00e9dominante accompagn\u00e9e d&rsquo;une n\u00e9gligence motrice. Alors qu&rsquo;elle est allong\u00e9e, lorsqu&rsquo;on lui demande de glisser son talon droit vers l&rsquo;ext\u00e9rieur du lit (mouvement d&rsquo;abduction lat\u00e9rale), sa jambe gauche par\u00e9tique esquisse un mouvement d&rsquo;\u00e9cartement identique dans le m\u00eame axe, r\u00e9v\u00e9lant un r\u00e9flexe de Bar lat\u00e9ralis\u00e9 unilat\u00e9ral cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;isch\u00e9mie de la face interne du lobe frontal droit et de l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 3 : La d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence lobaire fronto-temporale (DLFT).<\/strong> Chez un patient de 58 ans atteint de la variante comportementale de la d\u00e9mence fronto-temporale, caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9sinhibition verbale, une gloutonnerie et des pers\u00e9v\u00e9rations cognitives, l&rsquo;examen physique r\u00e9v\u00e8le une lib\u00e9ration motrice \u00e9tendue. La flexion de la hanche gauche provoque invariablement une flexion mim\u00e9tique imm\u00e9diate de la hanche droite, coexistant avec un r\u00e9flexe de pr\u00e9hension forc\u00e9e (grasping) palmaire et plantaire et un signe du museau, dressant le tableau complet d&rsquo;une d\u00e9sint\u00e9gration massive du syst\u00e8me d&rsquo;inhibition pr\u00e9frontal.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et protocole d&rsquo;examen<\/h3>\n<p>La recherche du r\u00e9flexe de Bar requiert une m\u00e9thodologie s\u00e9miologique rigoureuse afin d&rsquo;\u00e9viter les art\u00e9facts posturaux ou les compensations motrices volontaires du patient. Le protocole clinique standardis\u00e9 se d\u00e9roule selon les \u00e9tapes suivantes :<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, le patient doit \u00eatre install\u00e9 en position de d\u00e9cubitus dorsal strict sur une table d&rsquo;examen ferme, la t\u00eate reposant confortablement sans coussin volumineux qui fl\u00e9chirait excessivement le cou. Les membres inf\u00e9rieurs doivent \u00eatre enti\u00e8rement d\u00e9nud\u00e9s ou v\u00eatus d&rsquo;un tissu fluide pour permettre une observation sans entrave du galbe musculaire. Le clinicien s&rsquo;assure d&rsquo;obtenir une relaxation compl\u00e8te du sujet, v\u00e9rifiant l&rsquo;absence d&rsquo;hypertonie d&rsquo;opposition imm\u00e9diate ou de crispation anxieuse.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, l&rsquo;examinateur saisit d\u00e9licatement la cheville ou le segment distal d&rsquo;une jambe et effectue un mouvement lent mais continu dans le plan vertical (flexion de la hanche genou en extension), puis dans le plan horizontal (abduction lat\u00e9rale). Durant cette man\u0153uvre, l&rsquo;attention visuelle est port\u00e9e exclusivement sur la jambe oppos\u00e9e, rest\u00e9e libre sur le lit. Toute \u00e9l\u00e9vation spontan\u00e9e, tout d\u00e9collement du talon ou toute d\u00e9viation lat\u00e9rale du membre non manipul\u00e9 est minutieusement not\u00e9e.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, la man\u0153uvre est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e en demandant cette fois au patient d&rsquo;ex\u00e9cuter activement le mouvement sur commande verbale (\u00ab Levez votre jambe gauche et laissez la droite immobile \u00bb). Si la jambe droite se l\u00e8ve simultan\u00e9ment en d\u00e9pit de la consigne n\u00e9gative, le clinicien teste la capacit\u00e9 de contr\u00f4le inhibiteur en avertissant express\u00e9ment le patient du ph\u00e9nom\u00e8ne pour observer s&rsquo;il parvient \u00e0 corriger l&rsquo;anomalie lors d&rsquo;essais successifs.<\/p>\n<p>Enfin, le r\u00e9sultat est consign\u00e9 de mani\u00e8re semi-quantitative sur une \u00e9chelle d&rsquo;intensit\u00e9 : absence de r\u00e9ponse (0), simple contraction musculaire palpable sans d\u00e9placement cin\u00e9tique articulaire (+), mouvement miroir incomplet (++) ou reproduction cin\u00e9matique parfaite et incoercible du membre controlat\u00e9ral (+++). Ce bilan s\u00e9miologique est coupl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;inventaire standardis\u00e9 des autres signes d&rsquo;archa\u00efsme frontal, consolidant la valeur localisatrice de l&rsquo;observation.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration du r\u00e9flexe de Bar s&rsquo;av\u00e8re particuli\u00e8rement utile dans divers contextes m\u00e9dicaux o\u00f9 le clinicien doit trancher rapidement sur l&rsquo;\u00e9tiologie organique de d\u00e9sordres comportementaux ou posturaux. En pratique neurologique d&rsquo;urgence, la pr\u00e9sence de ce r\u00e9flexe chez un patient pr\u00e9sentant un \u00e9tat confusionnel aigu oriente imm\u00e9diatement les investigations d&rsquo;imagerie vers les r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales ant\u00e9rieures, \u00e9liminant l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une enc\u00e9phalopathie purement toxico-m\u00e9tabolique non focalis\u00e9e.<\/p>\n<p>En g\u00e9riatrie et en neuropsychiatrie, la d\u00e9tection pr\u00e9coce du r\u00e9flexe de Bar participe au diagnostic diff\u00e9rentiel complexe entre la d\u00e9pression majeure du sujet \u00e2g\u00e9 (pseudod\u00e9mence d\u00e9pressive) et les syndromes neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs primitifs affectant les lobes frontaux, tels que la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9mence_fronto-temporale\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">d\u00e9mence fronto-temporale<\/a> ou la paralysie supranucl\u00e9aire progressive (PSP). Alors qu&rsquo;un patient souffrant d&rsquo;un ralentissement d\u00e9pressif conserve son architecture d&rsquo;inhibition motrice \u00e9l\u00e9mentaire, le patient c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9 d\u00e9masque ces r\u00e9flexes de lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la m\u00e9decine physique et de r\u00e9adaptation, la pr\u00e9sence d&rsquo;un r\u00e9flexe de Bar alt\u00e8re substantiellement les sch\u00e9mas de r\u00e9apprentissage de la marche apr\u00e8s un traumatisme cr\u00e2nien grave ou un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral. L&rsquo;interf\u00e9rence motrice continue du membre pathologique sur le membre sain lors des phases d&rsquo;oscillation et d&rsquo;appui g\u00e9n\u00e8re des syncin\u00e9sies parasites pr\u00e9disposant au fauchage de la jambe, au croisement involontaire des pieds et aux chutes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, n\u00e9cessitant des strat\u00e9gies de r\u00e9\u00e9ducation neuromotrice ax\u00e9es sur le renforcement du biofeedback et le fractionnement du mouvement.<\/p>\n<h3>11. Recherche scientifique et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations en neuro-imagerie fonctionnelle et en neurophysiologie contemporaine ont apport\u00e9 un \u00e9clairage renouvel\u00e9 sur les anomalies motrices de transfert controlat\u00e9ral. Des \u00e9tudes fond\u00e9es sur l&rsquo;imagerie par tenseur de diffusion (DTI) ont permis de quantifier les alt\u00e9rations de la microstructure de la substance blanche au niveau du genu et du corps calleux ant\u00e9rieur chez des patients pr\u00e9sentant des syncin\u00e9sies d&rsquo;imitation et des r\u00e9flexes frontaux des membres inf\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Les travaux conduits par des \u00e9quipes sp\u00e9cialis\u00e9es dans l&rsquo;analyse du mouvement ont mis en \u00e9vidence que la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (SMT) bilat\u00e9rale permet de mesurer le temps de conduction callosale et la p\u00e9riode de silence corticale interh\u00e9misph\u00e9rique. Chez les sujets porteurs de r\u00e9flexes archa\u00efques frontaux, la p\u00e9riode de silence interh\u00e9misph\u00e9rique est consid\u00e9rablement raccourcie ou absente, confirmant empiriquement l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un effondrement du contr\u00f4le gabaergique intercortical.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les corr\u00e9lations clinicopathologiques \u00e9tablies dans les cohortes longitudinales de patients suivis pour des tauopathies et des synucl\u00e9inopathies r\u00e9v\u00e8lent une corr\u00e9lation statistique positive entre le nombre de r\u00e9flexes de lib\u00e9ration frontale (incluant le r\u00e9flexe de Bar, le grasping et le r\u00e9flexe palmomentonnier de Marinesco-Radovici) et la charge l\u00e9sionnelle histologique dans les aires motrices pr\u00e9motrices et suppl\u00e9mentaires. Ces donn\u00e9es renforcent la validit\u00e9 \u00e9cologique du r\u00e9flexe comme biomarqueur clinique indirect de neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence lobaire ant\u00e9rieure.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transcutan\u00e9es<\/h3>\n<p>Bien que le r\u00e9flexe de Bar soit fond\u00e9 sur des substrats anatomiques et neurobiologiques universels ind\u00e9pendants des appartenances g\u00e9ographiques ou ethniques des individus, son int\u00e9gration dans l&rsquo;examen de routine varie de mani\u00e8re significative selon les cultures et traditions m\u00e9dicales r\u00e9gionales. Dans l&rsquo;\u00e9cole s\u00e9miologique francophone et continentale europ\u00e9enne, h\u00e9riti\u00e8re de la clinique fine de la Salp\u00eatri\u00e8re, l&rsquo;inspection minutieuse des postures et des r\u00e9flexes primitifs au lit du patient a toujours b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une place d&rsquo;honneur dans la formation m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans certaines pratiques cliniques influenc\u00e9es principalement par les mod\u00e8les d&rsquo;exploration instrumentale automatis\u00e9e, ces tests moteurs qualitatifs ont parfois \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9s au profit d&rsquo;\u00e9valuations purement psychom\u00e9triques standardis\u00e9es. N\u00e9anmoins, dans les pays o\u00f9 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;imagerie de haute technologie demeure limit\u00e9 en raison de contraintes \u00e9conomiques, la ma\u00eetrise de ces signes cliniques focaux conserve un r\u00f4le crucial dans le triage et l&rsquo;orientation des malades.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;interpr\u00e9tation neuropsychologique, la consigne verbale donn\u00e9e pour contraindre le r\u00e9flexe doit \u00eatre formul\u00e9e avec une clart\u00e9 absolue, en prenant scrupuleusement en compte la langue maternelle du patient et d&rsquo;\u00e9ventuelles barri\u00e8res linguistiques ou socioculturelles. Une incompr\u00e9hension de la demande n\u00e9gative (\u00ab ne bougez pas l&rsquo;autre jambe \u00bb) pourrait conduire un examinateur imprudent \u00e0 porter un diagnostic erron\u00e9 de r\u00e9flexe de Bar chez un sujet dont le comportement r\u00e9sulterait simplement d&rsquo;une mauvaise interpr\u00e9tation des attentes de l&rsquo;\u00e9valuateur.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa valeur de localisation th\u00e9orique, le r\u00e9flexe de Bar fait l&rsquo;objet de plusieurs r\u00e9serves et discussions au sein de la communaut\u00e9 neurologique. La principale critique r\u00e9side dans sa sp\u00e9cificit\u00e9 variable : si sa pr\u00e9sence t\u00e9moigne indiscutablement d&rsquo;une perturbation des r\u00e9seaux moteurs descendants, elle ne permet pas toujours de distinguer une l\u00e9sion focale unique (telle qu&rsquo;une tumeur ou un infarctus localis\u00e9) d&rsquo;un dysfonctionnement m\u00e9tabolique diffus ou d&rsquo;une atrophie c\u00e9r\u00e9brale globale li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge tr\u00e8s avanc\u00e9.<\/p>\n<p>Une seconde controverse concerne le manque de standardisation absolue de la vitesse et de la force d&rsquo;induction lors de l&rsquo;examen manuel. La force d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation appliqu\u00e9e par le m\u00e9decin, l&rsquo;angle exact impos\u00e9 au membre ou la rapidit\u00e9 du geste peuvent modifier le seuil de d\u00e9clenchement du r\u00e9flexe, entra\u00eenant des variations inter-examinateurs notables qui rendent difficile la reproductibilit\u00e9 statistique dans les essais cliniques multicentriques.<\/p>\n<p>Enfin, il subsiste un risque permanent de confusion terminologique dans la litt\u00e9rature scientifique anglophone et internationale avec le terme \u00ab <em>baroreflex<\/em> \u00bb d\u00e9signant le baror\u00e9flexe cardiovasculaire, ou encore avec le classique \u00ab <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Signe_de_Barr%C3%A9\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">signe de Barr\u00e9<\/a> \u00bb (d\u00e9crit par Jean Alexandre Barr\u00e9 pour \u00e9valuer les d\u00e9ficits pyramidaux en d\u00e9cubitus ventral). Cette polys\u00e9mie historique n\u00e9cessite une vigilance lexicale constante de la part des praticiens pour \u00e9viter toute mauvaise interpr\u00e9tation des dossiers m\u00e9dicaux.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>Pour assurer une parfaite clart\u00e9 nosologique, il est indispensable de diff\u00e9rencier le r\u00e9flexe de Bar d&rsquo;un ensemble de manifestations motrices voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syncin\u00e9sie d&rsquo;imitation :<\/strong> Tendance involontaire d&rsquo;un membre \u00e0 reproduire sym\u00e9triquement les gestes complexes ou phasiques du membre controlat\u00e9ral (par exemple lors de mouvements fins des doigts). Bien qu&rsquo;apparent\u00e9e, elle concerne \u00e9lectivement les extr\u00e9mit\u00e9s sup\u00e9rieures et s&rsquo;observe \u00e9galement au cours du d\u00e9veloppement neurologique normal chez l&rsquo;enfant avant l&rsquo;\u00e2ge de 8 \u00e0 10 ans.<\/li>\n<li><strong>Signe de Barr\u00e9 :<\/strong> \u00c9preuve motrice \u00e9valuant le syst\u00e8me pyramidal o\u00f9 le patient, plac\u00e9 en d\u00e9cubitus ventral, plie les genoux \u00e0 angle droit ; une chute progressive du membre trahit une faiblesse motrice par\u00e9tique, sans aucune relation avec un r\u00e9flexe de duplication controlat\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>Grasping reflex (r\u00e9flexe de pr\u00e9hension) :<\/strong> R\u00e9action motrice archa\u00efque frontale consistant en une fermeture tonique involontaire des doigts ou des orteils lors de la stimulation cutan\u00e9e tactile de la paume ou de la plante du pied.<\/li>\n<li><strong>Paratonie (Gegenhalten) :<\/strong> Forme d&rsquo;hypertonie caract\u00e9ris\u00e9e par une r\u00e9sistance motrice involontaire dont l&rsquo;intensit\u00e9 cro\u00eet proportionnellement \u00e0 la vitesse et \u00e0 la force de la mobilisation passive impos\u00e9e par le praticien, fr\u00e9quente dans les syndromes frontaux mais d\u00e9pourvue de vecteur mim\u00e9tique controlat\u00e9ral.<\/li>\n<li><strong>Mouvements miroirs cong\u00e9nitaux :<\/strong> Pathologie g\u00e9n\u00e9tique rare li\u00e9e \u00e0 des anomalies de d\u00e9cussation du faisceau pyramidal (mutations <em>DCC<\/em> ou <em>RAD51<\/em>) pr\u00e9sente d\u00e8s la petite enfance sans aucune l\u00e9sion acquise du lobe frontal.<\/li>\n<li><strong>Baror\u00e9flexe cardiovasculaire :<\/strong> Boucle hom\u00e9ostasique autonome m\u00e9di\u00e9e par le nerf vague et le syst\u00e8me sympathique pour r\u00e9guler la pression art\u00e9rielle et la fr\u00e9quence cardiaque en r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;\u00e9tirement des parois des sinus carotidiens et de l&rsquo;aorte.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>En r\u00e9capitulation, le r\u00e9flexe de Bar constitue une anomalie motrice s\u00e9miologique de haute valeur d&rsquo;orientation dont l&rsquo;importance dans l&rsquo;examen neuropsychologique et somatique m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre soulign\u00e9e :<\/p>\n<p>Il se caract\u00e9rise par la survenue involontaire et automatique d&rsquo;un mouvement d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation ou de translation lat\u00e9rale d&rsquo;un membre inf\u00e9rieur en r\u00e9ponse au d\u00e9placement similaire de l&rsquo;autre jambe chez un individu en position allong\u00e9e de d\u00e9cubitus dorsal.<\/p>\n<p>Sur le plan anatomique et physiopathologique, il traduit un d\u00e9faut critique de l&rsquo;inhibition corticale descendante et transcalleuse, imputable \u00e0 une alt\u00e9ration structurelle ou fonctionnelle de la r\u00e9gion ant\u00e9rieure du cortex frontal (aires pr\u00e9frontales, aire motrice suppl\u00e9mentaire) et de ses connexions avec les noyaux gris centraux et la moelle spinale.<\/p>\n<p>Sa d\u00e9couverte au lit du malade renforce consid\u00e9rablement la suspicion d&rsquo;une pathologie organique sous-jacente \u2014 qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un m\u00e9ningiome bifrontal, d&rsquo;une isch\u00e9mie art\u00e9rielle ant\u00e9rieure ou d&rsquo;un processus neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif fronto-lobaire \u2014 et fournit un argument pr\u00e9cieux pour guider l&rsquo;exploration neuroradiologique et personnaliser les programmes de r\u00e9\u00e9ducation motrice.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychological Association. (2015). <em>APA dictionary of psychology<\/em> (2e \u00e9d.). American Psychological Association. <a href=\"https:\/\/dictionary.apa.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/dictionary.apa.org\/<\/a><\/li>\n<li>Dorland, W. A. N. (2019). <em>Dorland&rsquo;s illustrated medical dictionary<\/em> (33e \u00e9d.). Elsevier. <a href=\"https:\/\/www.elsevier.com\/books\/dorlands-illustrated-medical-dictionary\/dorland\/978-1-4557-0985-4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.elsevier.com\/books\/dorlands-illustrated-medical-dictionary\/dorland\/978-1-4557-0985-4<\/a><\/li>\n<li>Luria, A. R. (1980). <em>Higher cortical functions in man<\/em> (2e \u00e9d.). Basic Books. <a href=\"https:\/\/link.springer.com\/book\/10.1007\/978-1-4615-8579-4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/link.springer.com\/book\/10.1007\/978-1-4615-8579-4<\/a><\/li>\n<li>Stuss, D. T., &#038; Knight, R. T. (\u00c9ds.). (2013). <em>Principles of frontal lobe function<\/em> (2e \u00e9d.). Oxford University Press. <a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/book\/26359\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/academic.oup.com\/book\/26359<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le r\u00e9flexe de Bar est une anomalie motrice pathologique observ\u00e9e en d\u00e9cubitus dorsal, o\u00f9 la mobilisation d&rsquo;une jambe entra\u00eene un mouvement miroir du membre controlat\u00e9ral, t\u00e9moignant d&rsquo;une atteinte de la r\u00e9gion ant\u00e9rieure du lobe frontal.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,31353],"tags":[36196,36194,35022,36193,30801,36195],"class_list":["post-21597","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-semiologie-neurologique","tag-inhibition-motrice","tag-lobe-frontal","tag-mouvements-miroirs","tag-reflexe-de-bar","tag-semiologie-neurologique","tag-signes-de-liberation-frontale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21597","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21597\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21597"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21597"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21597"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}