{"id":21581,"date":"2026-10-26T00:06:24","date_gmt":"2026-10-26T00:06:24","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=maladie-de-ballet"},"modified":"2026-10-26T00:06:24","modified_gmt":"2026-10-26T00:06:24","slug":"maladie-de-ballet","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=maladie-de-ballet","title":{"rendered":"Maladie de Ballet : L&rsquo;\u00e9nigme neuro-oculaire"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 la crois\u00e9e pionni\u00e8re de la neurologie clinique du XIXe si\u00e8cle et de l&rsquo;endocrinologie naissante, la <strong>maladie de Ballet<\/strong> d\u00e9signe une entit\u00e9 s\u00e9miologique historique caract\u00e9ris\u00e9e par une paralysie progressive de la motricit\u00e9 oculaire extrins\u00e8que survenant dans un contexte de d\u00e9r\u00e8glement thyr\u00e9otoxique, tout en \u00e9pargnant remarquablement la motilit\u00e9 pupillaire intrins\u00e8que. Isol\u00e9e et document\u00e9e par l&rsquo;\u00e9minent clinicien et ali\u00e9niste fran\u00e7ais <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gilbert_Ballet\">Gilbert Ballet<\/a>, cette affection illustre magistralement la complexit\u00e9 des interactions entre d\u00e9sordres m\u00e9taboliques syst\u00e9miques et alt\u00e9rations du syst\u00e8me nerveux central et p\u00e9riph\u00e9rique. Plonger dans l&rsquo;\u00e9tude de la maladie de Ballet offre ainsi un \u00e9clairage pr\u00e9cieux non seulement sur la morphologie des atteintes oculomotrices, mais aussi sur l&rsquo;\u00e9volution conceptuelle du diagnostic diff\u00e9rentiel entre atteintes organiques neuro-musculaires et troubles fonctionnels.<\/p>\n<h2>Maladie de Ballet<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Au sens strict de la nosologie m\u00e9dicale et de la lexicographie neuropsychiatrique, la maladie de Ballet est un trouble neuro-ophtalmologique caract\u00e9ris\u00e9 par une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ophtalmopl%C3%A9gie\">ophtalmopl\u00e9gie<\/a> externe bilat\u00e9rale ou unilat\u00e9rale, marqu\u00e9e par la perte des mouvements volontaires du globe oculaire et de la paupi\u00e8re, survenant classiquement en association avec des affections hyperthyro\u00efdiennes telles que le goitre exophtalmique, tout en conservant intactes les r\u00e9ponses pupillaires v\u00e9g\u00e9tatives autonomes et le r\u00e9flexe photomoteur.<\/p>\n<p>Sur le plan s\u00e9miologique, cette affection correspond \u00e0 l&rsquo;expression clinique syndromique de ce qui a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit dans les \u00e9crits classiques sous le nom de signe de Ballet ou d&rsquo;ophtalmopl\u00e9gie externe des basedowiens. Elle traduit l&rsquo;atteinte s\u00e9lective des muscles oculomoteurs extrins\u00e8ques innerv\u00e9s par les nerfs cr\u00e2niens oculomoteur (III), trochl\u00e9aire (IV) et abducens (VI), avec une pr\u00e9servation notable de l&rsquo;innervation irienne parasympathique et sympathique. Le malade se trouve ainsi incapable d&rsquo;orienter le regard de mani\u00e8re conjugu\u00e9e ou disjointe, alors m\u00eame que ses pupilles s&rsquo;adaptent ad\u00e9quatement aux variations lumineuses et \u00e0 la convergence proximale r\u00e9siduelle.<\/p>\n<p>Dans une acception historique et psychologique \u00e9largie, la maladie de Ballet renvoie \u00e9galement aux investigations fondamentales men\u00e9es par Gilbert Ballet sur les interf\u00e9rences r\u00e9ciproques entre les d\u00e9sordres neuro-endocriniens thyro\u00efdiens et les d\u00e9compensations psychopathologiques, notamment l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 paroxystique, l&rsquo;agitation d\u00e9lirante et les \u00e9tats confusionnels induits par l&rsquo;hyperthyro\u00efdie aigu\u00eb. Elle incarne le lien anatomoclinique indissociable entre une dysfonction visc\u00e9rale p\u00e9riph\u00e9rique et une d\u00e9sorganisation conjointe de la sph\u00e8re motrice et psychique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;appellation \u00ab maladie de Ballet \u00bb est un \u00e9ponyme m\u00e9dical directement forg\u00e9 \u00e0 partir du nom de famille du m\u00e9decin neurologue et psychiatre fran\u00e7ais Louis Gilbert Sim\u00e9on Ballet (1853\u20131916). Le patronyme \u00ab Ballet \u00bb tire ses origines linguistiques de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais et des parlers r\u00e9gionaux occitans du Limousin, o\u00f9 il d\u00e9signait fr\u00e9quemment par d\u00e9rivation diminutive un lieu abrit\u00e9, un auvent ou une terrasse couverte adoss\u00e9e \u00e0 une habitation rurale, avant d&rsquo;\u00e9voluer en un nom de lign\u00e9e solidement implant\u00e9 en Nouvelle-Aquitaine.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab maladie \u00bb provient du latin vulgaire <em>male habitus<\/em>, signifiant litt\u00e9ralement \u00ab qui se trouve en mauvais \u00e9tat \u00bb, ayant ensuite donn\u00e9 l&rsquo;adjectif <em>malabitus<\/em> puis le substantif de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais traduisant l&rsquo;alt\u00e9ration de la sant\u00e9 de l&rsquo;organisme. Dans la litt\u00e9rature internationale, cette condition clinique a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e sous diverses traductions savantes, notamment en anglais (\u00ab <em>Ballet&rsquo;s disease<\/em> \u00bb ou \u00ab <em>Ballet&rsquo;s sign<\/em> \u00bb), en allemand (\u00ab <em>Ballet-Krankheit<\/em> \u00bb ou \u00ab <em>Ballet-Ph\u00e4nomen<\/em> \u00bb) et en espagnol (\u00ab <em>enfermedad de Ballet<\/em> \u00bb).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale francophone de la fin du XIXe si\u00e8cle, l&rsquo;entit\u00e9 est entr\u00e9e dans le vocabulaire acad\u00e9mique \u00e0 la suite de la parution d&rsquo;observations d\u00e9taill\u00e9es d\u00e9crivant \u00ab l&rsquo;ophtalmopl\u00e9gie externe combin\u00e9e \u00e0 la maladie de Basedow \u00bb. La cons\u00e9cration de l&rsquo;\u00e9ponyme a permis aux auteurs de l&rsquo;\u00e9poque d&rsquo;isoler ce profil moteur tr\u00e8s sp\u00e9cifique des autres paralysies oculaires nucl\u00e9aires et supranucl\u00e9aires alors d\u00e9crites dans les \u00e9coles de la Salp\u00eatri\u00e8re et de Bic\u00eatre.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression \u00ab maladie de Ballet \u00bb se prononce selon l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international [ma.la.di d\u0259 ba.l\u025b]. La consonne terminale \u00ab t \u00bb du nom propre est muette, et la voyelle finale se prononce comme un \u00ab \u00e8 \u00bb ouvert, identique \u00e0 la prononciation habituelle de l&rsquo;art chor\u00e9graphique homographe, ce qui engendre parfois des confusions profanes bien que leur \u00e9tymologie et leur champ s\u00e9mantique soient radicalement dissoci\u00e9s.<\/p>\n<p>Du point de vue morphosyntaxique, le terme constitue un syntagme nominal f\u00e9minin singulier compos\u00e9 d&rsquo;un nom commun f\u00e9minin (\u00ab maladie \u00bb), de la pr\u00e9position d&rsquo;attribution g\u00e9nitive (\u00ab de \u00bb) et d&rsquo;un nom propre invariable (\u00ab Ballet \u00bb). Au pluriel, la forme r\u00e9guli\u00e8re s&rsquo;\u00e9crit \u00ab maladies de Ballet \u00bb, bien que l&rsquo;usage clinique restreigne g\u00e9n\u00e9ralement son occurrence au singulier.<\/p>\n<p>On rencontre dans le registre m\u00e9dical plusieurs variantes et collocations terminologiques \u00e9quivalentes ou proches, telles que le \u00ab signe de Ballet \u00bb, le \u00ab syndrome de Ballet \u00bb, ou encore \u00ab l&rsquo;ophtalmopl\u00e9gie externe de Ballet \u00bb. Dans les r\u00e9pertoires taxonomiques actuels, l&rsquo;affection est volontiers rattach\u00e9e aux rubriques de l&rsquo;ophtalmopathie associ\u00e9e aux dysthyro\u00efdies et des myopathies extra-oculaires.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre la maladie de Ballet exige d&rsquo;appr\u00e9hender le fonctionnement intriqu\u00e9 de la musculature oculaire et la distinction fondamentale \u00e9tablie en neurologie entre musculature extrins\u00e8que et musculature intrins\u00e8que. Les globes oculaires sont mobilis\u00e9s dans les trois axes de l&rsquo;espace par six muscles stri\u00e9s dits extrins\u00e8ques (les droits sup\u00e9rieur, inf\u00e9rieur, m\u00e9dial et lat\u00e9ral, ainsi que les obliques sup\u00e9rieur et inf\u00e9rieur), auxquels s&rsquo;ajoute le releveur de la paupi\u00e8re sup\u00e9rieure. \u00c0 l&rsquo;inverse, la musculature intrins\u00e8que intra-oculaire, compos\u00e9e du sphincter pupillaire et du muscle ciliaire, r\u00e9gule le diam\u00e8tre de la pupille et l&rsquo;accommodation du cristallin sous la gouverne du syst\u00e8me neurov\u00e9g\u00e9tatif.<\/p>\n<p>Dans la maladie de Ballet, l&rsquo;atteinte fonctionnelle frappe s\u00e9lectivement la motricit\u00e9 somatique volontaire sans endommager l&rsquo;innervation autonome. Les patients subissent une par\u00e9sie ou une pl\u00e9gie compl\u00e8te des mouvements oculaires, rendant les globes immobiles au centre de l&rsquo;orbite ou d\u00e9vi\u00e9s de fa\u00e7on asym\u00e9trique selon les muscles les plus pr\u00e9cocement r\u00e9tract\u00e9s. Malgr\u00e9 cette perte motrice dramatique qui prive le sujet de toute capacit\u00e9 de fixation lat\u00e9rale ou verticale, les pupilles demeurent parfaitement r\u00e9actives : elles se contractent sous l&rsquo;effet d&rsquo;une source lumineuse directe ou consensuelle et conservent leurs r\u00e9flexes d&rsquo;adaptation. Cette discordance constitue la signature s\u00e9miologique de l&rsquo;affection.<\/p>\n<p>Le champ conceptuel de la maladie s&rsquo;\u00e9tend par ailleurs au retentissement psychique et cognitif que provoque un tel d\u00e9ficit moteur lorsqu&rsquo;il est immerg\u00e9 dans une crise thyr\u00e9otoxique majeure. L&rsquo;impossibilit\u00e9 de balayer l&rsquo;espace visuel par le regard engendre une sensation intol\u00e9rable de d\u00e9sorientation spatiale, accentuant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychologique d&rsquo;un patient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9dispos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;hyperr\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle, \u00e0 l&rsquo;insomnie et \u00e0 l&rsquo;\u00e9r\u00e9thisme psychomoteur caract\u00e9ristiques de la thyr\u00e9otoxicose. L&rsquo;immobilit\u00e9 des yeux, associ\u00e9e \u00e0 la r\u00e9traction palp\u00e9brale et \u00e0 l&rsquo;exophtalmie, conf\u00e8re au visage une expression d&rsquo;effroi fig\u00e9 que les ali\u00e9nistes du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle d\u00e9crivaient comme l&rsquo;un des stigmates somatopsychiques les plus spectaculaires.<\/p>\n<p>La d\u00e9limitation diagnostique de la maladie de Ballet implique d&rsquo;exclure les paralysies purement neuropathiques d&rsquo;origine nucl\u00e9aire, comme celles observ\u00e9es dans les enc\u00e9phalopathies vasculaires du tronc c\u00e9r\u00e9bral ou les affections d\u00e9my\u00e9linisantes. Chez Ballet, la description insistait sur la participation tissulaire orbitaire locale et sur l&rsquo;infiltration myopathique inflammatoire p\u00e9riph\u00e9rique, ce qui pr\u00e9figurait la compr\u00e9hension moderne des myosites auto-immunes de l&rsquo;orbite.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La gen\u00e8se de la maladie de Ballet s&rsquo;inscrit au c\u0153ur de l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la neurologie hospitali\u00e8re parisienne \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Gilbert Ballet fait ses premi\u00e8res armes aupr\u00e8s du professeur <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Martin_Charcot\">Jean-Martin Charcot<\/a> \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital de la Salp\u00eatri\u00e8re, dont il devient le premier chef de clinique en 1882 lors de la cr\u00e9ation de la chaire des maladies du syst\u00e8me nerveux. C&rsquo;est dans ce creuset d&rsquo;observation m\u00e9ticuleuse que Ballet d\u00e9veloppe un int\u00e9r\u00eat aigu pour les manifestations motrices aberrantes et les manifestations oculaires des pathologies g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n<p>En 1888, au cours de travaux sur la s\u00e9miologie motrice du goitre exophtalmique, Ballet isole pour la premi\u00e8re fois de fa\u00e7on syst\u00e9matique l&rsquo;atteinte paralytique des muscles de l&rsquo;orbite chez des malades souffrant de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_de_Basedow\">maladie de Basedow<\/a>. Jusqu&rsquo;alors, la saillie des globes oculaires et les troubles palp\u00e9braux avaient \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s par des cliniciens comme Karl Adolph von Basedow, Robert James Graves ou Albrecht von Graefe, mais la paralysie bilat\u00e9rale s\u00e9lective de la motilit\u00e9 volontaire \u00e9tait fr\u00e9quemment n\u00e9glig\u00e9e ou assimil\u00e9e \u00e0 une banale s\u00e9quelle m\u00e9canique de la protrusion oculaire. Ballet d\u00e9montre qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une alt\u00e9ration paralytique propre, m\u00e9ritant une place \u00e0 part dans la taxonomie des paralysies bulbo-m\u00e9dullaires et neuro-musculaires.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, apr\u00e8s avoir fond\u00e9 le service de psychiatrie de l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu en 1904 et avant de succ\u00e9der \u00e0 Alix Joffroy en 1909 \u00e0 la chaire des maladies mentales de l&rsquo;h\u00f4pital Sainte-Anne, Ballet continue d&rsquo;approfondir les liens entre affections somatiques et d\u00e9r\u00e8glements de l&rsquo;esprit. Son ouvrage magistral de 1903, le <em>Trait\u00e9 de pathologie mentale<\/em>, fait \u00e9cho \u00e0 cette vision unifi\u00e9e de la clinique o\u00f9 les anomalies somatomotrices, telles que les ophtalmopl\u00e9gies Basedowiennes, doivent \u00eatre scrupuleusement distingu\u00e9es des manifestations motrices de la catatonie ou des n\u00e9vroses hyst\u00e9riques.<\/p>\n<p>Avec les progr\u00e8s de l&rsquo;immunologie dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, la maladie de Ballet a \u00e9t\u00e9 r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de la d\u00e9couverte des auto-anticorps dirig\u00e9s contre les r\u00e9cepteurs de la TSH et des antig\u00e8nes partag\u00e9s entre les fibroblastes orbitaires et le tissu thyro\u00efdien. Ce basculement paradigmatique a transf\u00e9r\u00e9 l&rsquo;affection du champ exclusif des raret\u00e9s neurologiques centrales vers celui de la neuro-ophtalmologie immunologique et endocrinienne, tout en confirmant la justesse clinique des observations initiales de Ballet.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Les soubassements th\u00e9oriques de la maladie de Ballet reposent sur le paradigme anatomo-clinique formalis\u00e9 au XIXe si\u00e8cle, qui postulait que tout d\u00e9sordre moteur d\u00e9celable au lit du patient correspondait \u00e0 une alt\u00e9ration topographique rigoureusement localisable au sein des voies nerveuses motrices. Lorsque Gilbert Ballet entreprend ses descriptions, l&rsquo;\u00e9cole de la Salp\u00eatri\u00e8re tente de classifier les paralysies en l\u00e9sions centrales, nucl\u00e9aires, tronculaires ou musculaires p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p>Dans ce cadre analytique, l&rsquo;association d&rsquo;une paralysie oculaire bilat\u00e9rale et de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 pupillaire posait un dilemme th\u00e9orique majeur. Certains auteurs attribuaient le tableau \u00e0 une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence nucl\u00e9aire primitive du tronc c\u00e9r\u00e9bral par impr\u00e9gnation toxique d&rsquo;origine thyro\u00efdienne, assimilant l&rsquo;ophtalmopl\u00e9gie de Ballet \u00e0 une variante localis\u00e9e de la polioenc\u00e9phalite sup\u00e9rieure chronique de Wernicke. Ballet et ses contemporains ont combattu cette interpr\u00e9tation r\u00e9ductionniste en d\u00e9montrant que l&rsquo;affection pouvait r\u00e9gresser sous traitement m\u00e9dical et qu&rsquo;elle r\u00e9sultait d&rsquo;une d\u00e9faillance musculaire focale combin\u00e9e \u00e0 une souffrance des terminaisons nerveuses locales.<\/p>\n<p>Le second pilier th\u00e9orique r\u00e9side dans la doctrine des neuro-s\u00e9cr\u00e9tions et des temp\u00e9raments neuro-arthritiques tr\u00e8s en vogue \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Gilbert Ballet s&rsquo;est particuli\u00e8rement attach\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier la vuln\u00e9rabilit\u00e9 constitutionnelle du syst\u00e8me nerveux autonome. Il sugg\u00e9rait que l&rsquo;orage thyr\u00e9otoxique d\u00e9clenchait un \u00e9puisement trophique s\u00e9lectif des unit\u00e9s motrices les plus sollicit\u00e9es et les plus finement innerv\u00e9es de l&rsquo;organisme, au premier rang desquelles figurent les muscles oculomoteurs extrins\u00e8ques.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie psychopathologique d\u00e9velopp\u00e9e par Ballet dans ses travaux sur les psychoses toxiques et \u00e9motionnelles \u00e9claire ce syndrome sous un jour novateur. Pour l&rsquo;ali\u00e9niste de Sainte-Anne, la motricit\u00e9 oculaire est l&rsquo;organe par excellence de l&rsquo;attention centrifuge et de la projection perceptive du sujet dans son environnement. La paralysie de cette fonction dans un contexte d&rsquo;inondation thyr\u00e9otoxique plonge l&rsquo;appareil psychique dans un \u00e9tat d&rsquo;impuissance sensorimotrice qui favorise l&rsquo;\u00e9mergence de bouff\u00e9es d\u00e9lirantes, d&rsquo;illusions perceptives et de labilit\u00e9 affective, pr\u00e9figurant ainsi ses th\u00e9ories sur l&rsquo;automatisme mental et la d\u00e9sagr\u00e9gation psychique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse clinique de la maladie de Ballet s&rsquo;articule autour de multiples axes morphologiques, dynamiques et \u00e9volutifs. Les composantes s\u00e9miologiques cardinales peuvent \u00eatre structur\u00e9es ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ophtalmopl\u00e9gie externe s\u00e9lective :<\/strong> Paralysie partielle (ophtalmopar\u00e9sie) ou compl\u00e8te de la motilit\u00e9 oculaire volontaire affectant un ou plusieurs muscles droits et obliques, bilat\u00e9rale dans la majorit\u00e9 des formes \u00e9volu\u00e9es, limitant l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation, l&rsquo;abaissement et les excursions lat\u00e9rales des globes.<\/li>\n<li><strong>Dissociation intrins\u00e8que-extrins\u00e8que (signe de Ballet princeps) :<\/strong> Pr\u00e9servation absolue de la dynamique pupillaire autonome, avec r\u00e9flexes photomoteurs direct et consensuel conserv\u00e9s, et absence d&rsquo;ar\u00e9flexie \u00e0 l&rsquo;accommodation.<\/li>\n<li><strong>Manifestations palp\u00e9brales associ\u00e9es :<\/strong> Ptosis paralytique partiel ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, r\u00e9traction spasmodique de la paupi\u00e8re sup\u00e9rieure d\u00e9couvrant la scl\u00e9rotique (signe de Dalrymple) et asynergie oculopalp\u00e9brale lors de la descente du regard (signe de von Graefe).<\/li>\n<li><strong>Formes unilat\u00e9rales vs bilat\u00e9rales :<\/strong> La maladie de Ballet peut d\u00e9buter sous un masque asym\u00e9trique, touchant pr\u00e9f\u00e9rentiellement le muscle droit sup\u00e9rieur ou le muscle droit m\u00e9dial, avant de se bilat\u00e9raliser sous l&rsquo;effet de l&rsquo;expansion tissulaire inflammatoire orbitaire.<\/li>\n<li><strong>Sous-type aigu \u0153d\u00e9mateux :<\/strong> Forme fulgurante caract\u00e9ris\u00e9e par un ch\u00e9mosis conjonctival s\u00e9v\u00e8re, un \u0153d\u00e8me palp\u00e9bral tendu, une exophtalmie douloureuse pulsatile et une par\u00e9sie motrice rapide n\u00e9cessitant une d\u00e9compression urgente pour pr\u00e9server le nerf optique.<\/li>\n<li><strong>Sous-type myopathique fibreux chronique :<\/strong> Installation insidieuse d&rsquo;une limitation des mouvements li\u00e9e \u00e0 une fibrose inextensible des corps musculaires, avec diplopie invalidante et persistance de postures vicieuses compensatrices de la t\u00eate (torticolis oculaire).<\/li>\n<li><strong>Dimension neuro-psychologique :<\/strong> Pr\u00e9sence concomitante d&rsquo;irritabilit\u00e9 extr\u00eame, de tremblements fins d&rsquo;attitude, de tachycardie anxieuse, d&rsquo;attaques de panique et d&rsquo;un \u00e9puisement cognitif global rattach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;hypercatabolisme c\u00e9r\u00e9bral.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la r\u00e9alit\u00e9 pratique de cette entit\u00e9, consid\u00e9rons le cas d&rsquo;une patiente de 38 ans suivie pour une maladie de Basedow r\u00e9cemment diagnostiqu\u00e9e. Malgr\u00e9 l&rsquo;instauration d&rsquo;un traitement thyr\u00e9ostatique, elle consulte pour l&rsquo;apparition d&rsquo;une diplopie binoculaire croissante dans toutes les directions du regard. L&rsquo;examen met en \u00e9vidence une limitation sym\u00e9trique presque compl\u00e8te de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation et de l&rsquo;abduction des deux yeux. Les globes apparaissent quasi immobiles en position primaire. Toutefois, l&rsquo;\u00e9clairement lumineux provoque un myosis bilat\u00e9ral prompt et sym\u00e9trique. Cette conservation isol\u00e9e de la motricit\u00e9 pupillaire face \u00e0 une immobilit\u00e9 oculaire globale confirme le tableau de la maladie de Ballet dans son acception s\u00e9miologique classique.<\/p>\n<p>Un autre exemple marquant concerne un homme de 52 ans pr\u00e9sentant une forme agressive d&rsquo;orbitopathie dysthyro\u00efdienne tabagique. Le patient se plaint d&rsquo;une raideur oculaire et d&rsquo;une fatigue visuelle intense, associ\u00e9es \u00e0 une exophtalmie axiale mod\u00e9r\u00e9e. L&rsquo;\u00e9valuation motrice d\u00e9montre une incapacit\u00e9 totale \u00e0 regarder vers le haut, accompagn\u00e9e d&rsquo;une d\u00e9viation convergente des yeux. L&rsquo;examen neurologique \u00e9limine tout d\u00e9ficit des paires cr\u00e2niennes intrap\u00e9treuses ou du tronc c\u00e9r\u00e9bral. L&rsquo;IRM orbitaire objective une hypertrophie pseudo-tumorale des ventres musculaires des droits inf\u00e9rieurs et m\u00e9diaux \u00e9pargnant les tendons d&rsquo;insertion, m\u00e9canisme myopathique confirmant l&rsquo;obstruction m\u00e9canique et par\u00e9tique d\u00e9crite historiquement par Ballet.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me sc\u00e9nario historique relev\u00e9 dans les archives asilaires parisiennes montre l&rsquo;intrication psychiatrique de l&rsquo;affection. Une jeune femme hospitalis\u00e9e \u00e0 Sainte-Anne pour un \u00e9tat d&rsquo;agitation maniforme avec id\u00e9es d\u00e9lirantes de pers\u00e9cution et insomnie rebelle pr\u00e9sente un faci\u00e8s fig\u00e9 et terrifi\u00e9, caract\u00e9ris\u00e9 par une fixit\u00e9 absolue des yeux grands ouverts et incapables de suivre le doigt de l&rsquo;examinateur. Alors que les ali\u00e9nistes h\u00e9sitent avec un mutisme catatonique, Gilbert Ballet identifie la dissociation pupillaire, diagnostique l&rsquo;ophtalmopl\u00e9gie basedowienne sous-jacente et relie l&rsquo;acc\u00e8s confusionnel \u00e0 la temp\u00eate thyro\u00efdienne, permettant une r\u00e9orientation vers les soins m\u00e9dicaux g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure clinique<\/h3>\n<p>La mise en \u00e9vidence de la maladie de Ballet repose sur une d\u00e9marche diagnostique rigoureuse, combinant l&rsquo;examen de la motricit\u00e9 oculaire au lit du patient et des techniques paracliniques instrumentales contemporaines. L&rsquo;examen clinique initial quantifie les excursions oculaires dans les neuf positions cardinales du regard \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une \u00e9chelle gradu\u00e9e millim\u00e9trique ou du test de Lancaster au verre rouge, qui cartographie les d\u00e9viations strabiques et l&rsquo;amplitude des par\u00e9sies musculaires.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation de la pr\u00e9servation intrins\u00e8que s&rsquo;effectue par l&rsquo;analyse des r\u00e9flexes pupillaires \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un pupillom\u00e8tre dynamique ou d&rsquo;un scialytique, attestant de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la boucle parasympathique aff\u00e9rente (nerf optique II) et eff\u00e9rente (noyau d&rsquo;Edinger-Westphal et fibres iridoconstrictrices du III). Le test de duction forc\u00e9e, r\u00e9alis\u00e9 sous anesth\u00e9sie locale de contact, est un geste fondamental : il consiste \u00e0 mobiliser passivement le globe \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une pince d&rsquo;ophtalmologie pour distinguer une authentique paralysie neurologique d&rsquo;un blocage m\u00e9canique li\u00e9 \u00e0 la r\u00e9traction fibreuse d&rsquo;un muscle antagoniste engorg\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan paraclinique moderne, l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) et la tomodensitom\u00e9trie (TDM) des orbites repr\u00e9sentent les examens de r\u00e9f\u00e9rence. Ils objectivent l&rsquo;\u00e9paississement caract\u00e9ristique du corps des muscles oculomoteurs avec respect des tendons distaux, mesurent l&rsquo;angle du c\u00f4ne orbitaire et \u00e9valuent le risque d&rsquo;\u00e9crasement du nerf optique \u00e0 l&rsquo;apex. Le bilan biologique endocrinien confirme l&rsquo;hyperthyro\u00efdie p\u00e9riph\u00e9rique (effondrement de la TSH ultrasensible, \u00e9l\u00e9vation de la T4 libre et de la T3 libre) et d\u00e9montre la positivit\u00e9 des anticorps anti-r\u00e9cepteurs de la TSH (TRAK), marqueurs s\u00e9rologiques fondamentaux de l&rsquo;auto-immunit\u00e9 basedowienne.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>Dans la pratique m\u00e9dicale actuelle, la reconnaissance des anomalies oculomotrices d\u00e9crites par Gilbert Ballet conserve une valeur pronostique et th\u00e9rapeutique majeure. En milieu d&rsquo;urgence neuro-ophtalmologique, d\u00e9celer un signe de Ballet permet d&rsquo;\u00e9viter des investigations invasives erron\u00e9es en orientant sans d\u00e9lai vers l&rsquo;exploration d&rsquo;un dysfonctionnement endocrinien devant une diplopie inexpliqu\u00e9e, avant m\u00eame que l&rsquo;exophtalmie ou le goitre ne soient cliniquement patents.<\/p>\n<p>En neurologie et en psychiatrie, ce tableau sert de rep\u00e8re s\u00e9miologique pour affiner le diagnostic diff\u00e9rentiel des syndromes de conversion, des paralysies fonctionnelles et de la catatonie. Face \u00e0 un patient prostr\u00e9 dont le regard semble verrouill\u00e9, l&rsquo;identification pr\u00e9cise d&rsquo;une v\u00e9ritable ophtalmopl\u00e9gie externe immunologique pr\u00e9serve l&rsquo;\u00e9quipe soignante de l&rsquo;erreur d&rsquo;interpr\u00e9ter le d\u00e9ficit moteur comme un simple refus de coop\u00e9ration ou un mutisme psychog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9rapeutique, l&rsquo;identification pr\u00e9coce de l&rsquo;ophtalmopl\u00e9gie dysthyro\u00efdienne conditionne la strat\u00e9gie globale de prise en charge du patient :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Th\u00e9rapies immunosuppressives cibl\u00e9es :<\/strong> Administration pr\u00e9coce de bolus intraveineux de cortico\u00efdes (m\u00e9thylprednisolone) selon les protocoles de l&rsquo;EUGOGO (European Group on Graves&rsquo; Orbitopathy) afin d&rsquo;enrayer l&rsquo;infiltration myocytaire active.<\/li>\n<li><strong>Bioth\u00e9rapies de pointe :<\/strong> Utilisation d&rsquo;anticorps monoclonaux dirig\u00e9s contre le r\u00e9cepteur de l&rsquo;IGF-1 (t\u00e9protumumab) ou les lymphocytes B (rituximab), modifiant en profondeur l&rsquo;\u00e9volution de la maladie et r\u00e9duisant le recours aux chirurgies d\u00e9compressives.<\/li>\n<li><strong>Correction chirurgicale s\u00e9quellaire :<\/strong> Chirurgie du strabisme par r\u00e9cession ou r\u00e9section musculaire diff\u00e9r\u00e9e, r\u00e9alis\u00e9e une fois la phase inflammatoire stabilis\u00e9e, compl\u00e9t\u00e9e par la prescription de prismes optiques compensateurs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherches et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations contemporaines confirment la remarquable clairvoyance s\u00e9miologique de Ballet en d\u00e9voilant l&rsquo;immunopathog\u00e9nie mol\u00e9culaire sous-jacente. Des \u00e9tudes histologiques et cytom\u00e9triques ont d\u00e9montr\u00e9 que les muscles oculomoteurs extrins\u00e8ques constituent une cible immunologique hautement privil\u00e9gi\u00e9e en raison de la pr\u00e9sence constitutive abondante de r\u00e9cepteurs \u00e0 la TSH et au facteur de croissance IGF-1R \u00e0 la surface des pr\u00e9adipocytes et des fibroblastes p\u00e9rimysiaux, r\u00e9cepteurs qui sont quasiment absents des fibres musculaires lisses intrins\u00e8ques de l&rsquo;iris.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es cliniques multicentriques indiquent que l&rsquo;atteinte de la motilit\u00e9 oculaire survient chez environ 30 % \u00e0 50 % des patients pr\u00e9sentant une ophtalmopathie Basedowienne mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 s\u00e9v\u00e8re, la diplopie permanente \u00e9tant enregistr\u00e9e chez 10 % \u00e0 15 % d&rsquo;entre eux. Les travaux men\u00e9s par Bahn, Bartley et les cohortes de l&rsquo;EUGOGO ont valid\u00e9 empiriquement le r\u00f4le destructeur du tabagisme comme facteur pr\u00e9dictif ind\u00e9pendant d&rsquo;aggravation de la maladie de Ballet, le tabac multipliant par quatre le risque de progression vers une ophtalmopl\u00e9gie compl\u00e8te r\u00e9fractaire aux cortico\u00efdes.<\/p>\n<p>Des travaux de neuro-imagerie fonctionnelle ont \u00e9galement mis en \u00e9vidence les modifications de la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale chez les patients atteints d&rsquo;ophtalmopl\u00e9gie prolong\u00e9e. En l&rsquo;absence de signaux proprioceptifs oculaires ad\u00e9quats, le cortex pari\u00e9tal post\u00e9rieur et les champs oculomoteurs frontaux subissent une r\u00e9organisation fonctionnelle mesurable, confirmant les intuitions de Ballet sur l&rsquo;impact global de la d\u00e9saff\u00e9rentation oculomotrice sur les fonctions spatiales et cognitives.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression et l&rsquo;interpr\u00e9tation des signes oculaires de la maladie de Ballet varient sensiblement en fonction des contextes culturels, g\u00e9ographiques et ethniques. Dans les pays occidentaux, l&rsquo;alt\u00e9ration du regard et la d\u00e9viation oculaire sont majoritairement v\u00e9cues sous le prisme de la d\u00e9t\u00e9rioration de l&rsquo;image de soi et du handicap esth\u00e9tique, conduisant \u00e0 des taux \u00e9lev\u00e9s d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale et de syndrome d\u00e9pressif cons\u00e9cutifs \u00e0 la perte de l&rsquo;expressivit\u00e9 faciale.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue \u00e9pid\u00e9miologique et g\u00e9n\u00e9tique, la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;affection pr\u00e9sente des disparit\u00e9s notables selon les populations. Les cohortes asiatiques (notamment au Japon et en Cor\u00e9e) pr\u00e9sentent des formes d&rsquo;orbitopathie avec un \u00e9paississement musculaire souvent pr\u00e9dominant par rapport \u00e0 l&rsquo;exophtalmie graisseuse, ce qui majore la fr\u00e9quence relative de l&rsquo;ophtalmopl\u00e9gie pr\u00e9coce de Ballet sans protrusion oculaire d\u00e9mesur\u00e9e. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les patients caucasiens d\u00e9veloppent plus fr\u00e9quemment des formes exophtalmiques florides.<\/p>\n<p>Dans certaines traditions m\u00e9dicales non occidentales, l&rsquo;immobilit\u00e9 des globes oculaires associ\u00e9e \u00e0 une agitation int\u00e9rieure et \u00e0 un amaigrissement rapide a longtemps \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 des forces spirituelles exog\u00e8nes ou \u00e0 un \u00e9puisement vital de l&rsquo;\u00e9nergie h\u00e9patique, l&rsquo;\u0153il \u00e9tant traditionnellement rattach\u00e9 au m\u00e9ridien du Foie dans la m\u00e9decine chinoise classique. L&rsquo;int\u00e9gration de la s\u00e9m\u00e9iologie moderne a permis d&rsquo;harmoniser ces repr\u00e9sentations en unifiant la prise en charge endocrinienne et la pr\u00e9servation de la qualit\u00e9 de vie des patients \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;individualisation de la maladie de Ballet a suscit\u00e9 des d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques et nosologiques consid\u00e9rables depuis son introduction. La premi\u00e8re critique, formul\u00e9e d\u00e8s les ann\u00e9es 1920 par certains continuateurs de Babinski, portait sur la pertinence d&rsquo;\u00e9riger en \u00ab maladie \u00bb autonome ce qui constituait essentiellement un signe s\u00e9miologique ou une complication visc\u00e9rale de la maladie de Basedow. Pour de nombreux auteurs, l&rsquo;usage du terme \u00ab maladie de Ballet \u00bb au lieu de \u00ab signe de Ballet \u00bb ou d&rsquo;\u00ab ophtalmopathie dysthyro\u00efdienne myopathique \u00bb introduit une redondance nosologique inutile dans une taxonomie d\u00e9j\u00e0 pl\u00e9thorique.<\/p>\n<p>Un autre foyer de controverse a concern\u00e9 l&rsquo;\u00e9tiologie exacte de la paralysie motrice. Durant plusieurs d\u00e9cennies, une controverse anim\u00e9e a oppos\u00e9 les partisans d&rsquo;une l\u00e9sion nerveuse p\u00e9riph\u00e9rique ou nucl\u00e9aire toxique (l&rsquo;ophtalmopl\u00e9gie neurog\u00e8ne) aux d\u00e9fenseurs d&rsquo;une atteinte m\u00e9canique et fibreuse purement myog\u00e8ne. Il aura fallu attendre l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e9lectromyographie oculaire et des biopsies musculaires pour prouver que l&rsquo;affection est une myosite auto-immune restrictive et non une d\u00e9nervation d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Enfin, une limite diagnostique majeure r\u00e9side dans la variabilit\u00e9 du tableau au cours du temps. Dans les phases inaugurales, l&rsquo;ophtalmopl\u00e9gie peut mimer une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Myasth%C3%A9nie\">myasth\u00e9nie<\/a> auto-immune (myasthenia gravis), affection qui s&rsquo;associe d&rsquo;ailleurs dans pr\u00e8s de 5 % des cas aux dysthyro\u00efdies auto-immunes. Cette intrication pathologique complexe a longtemps obscurci la puret\u00e9 nosologique de la maladie de Ballet, n\u00e9cessitant un dosage rigoureux des anticorps anti-r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine (anti-AChR) et des tests pharmacologiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9drophonium pour \u00e9liminer formellement une jonctionopathie associ\u00e9e.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>La distinction minutieuse entre la maladie de Ballet et les pathologies neuro-ophtalmologiques voisines constitue un imp\u00e9ratif clinique absolu :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Signe de Ballet :<\/strong> S&rsquo;applique stricto sensu au constat s\u00e9miologique de la paralysie d&rsquo;un ou plusieurs muscles moteurs oculaires avec conservation des mouvements intrins\u00e8ques iriens, tandis que la maladie de Ballet englobe l&rsquo;ensemble du syndrome clinique et somato-psychique dysthyro\u00efdien.<\/li>\n<li><strong>Ophtalmopl\u00e9gie externe progressive (PEO \/ syndrome de Kearns-Sayre) :<\/strong> Myopathie mitochondriale primitive caract\u00e9ris\u00e9e par un ptosis bilat\u00e9ral et une immobilit\u00e9 oculaire lente sans exophtalmie, sans atteinte thyro\u00efdienne et accompagn\u00e9e fr\u00e9quemment d&rsquo;une r\u00e9tinopathie pigmentaire ou d&rsquo;un bloc cardiaque.<\/li>\n<li><strong>Myasth\u00e9nie oculaire (Myasthenia Gravis) :<\/strong> Maladie auto-immune de la jonction neuromusculaire induisant une par\u00e9sie oculaire fluctuating et fatigable \u00e0 l&rsquo;effort, s&rsquo;aggravant le soir, sans blocage m\u00e9canique \u00e0 la duction forc\u00e9e et r\u00e9pondant spectaculairement aux inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Miller Fisher :<\/strong> Variante aigu\u00eb du syndrome de Guillain-Barr\u00e9 associant ophtalmopl\u00e9gie totale, ataxie proprioceptive et ar\u00e9flexie ost\u00e9otendineuse, m\u00e9di\u00e9e par des anticorps anti-gangliosides GQ1b, d&rsquo;installation rapide post-infectieuse.<\/li>\n<li><strong>Ophtalmopl\u00e9gie internucl\u00e9aire (OIN) :<\/strong> L\u00e9sion du faisceau longitudinal m\u00e9dial dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral caract\u00e9ris\u00e9e par un d\u00e9ficit d&rsquo;adduction d&rsquo;un \u0153il associ\u00e9 \u00e0 un nystagmus monoculaire de l&rsquo;\u0153il abducteur lors du regard lat\u00e9ral, sans infiltration orbitaire.<\/li>\n<li><strong>Signe de von Graefe :<\/strong> Retard de descente de la paupi\u00e8re sup\u00e9rieure lorsque le globe se tourne vers le bas, traduisant un spasme du muscle de M\u00fcller ou du releveur, souvent intriqu\u00e9 avec la maladie de Ballet mais d&rsquo;essence distincte.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La maladie de Ballet demeure une construction s\u00e9miologique et historique de premier plan dans l&rsquo;histoire de la neuropsychiatrie et de l&rsquo;endocrinologie. Elle consacre le g\u00e9nie observateur de Gilbert Ballet et offre un paradigme fondamental pour l&rsquo;exercice du diagnostic clinique \u00e0 l&rsquo;intersection du syst\u00e8me nerveux, de l&rsquo;orbite et de l&rsquo;immunologie g\u00e9n\u00e9rale. Les enseignements majeurs se synth\u00e9tisent ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9finition princeps :<\/strong> Paralysie s\u00e9lective de la musculature oculaire extrins\u00e8que volontaire contrastant avec la pr\u00e9servation absolue des r\u00e9flexes pupillaires autonomes intrins\u00e8ques, survenant au cours de l&rsquo;hyperthyro\u00efdie basedowienne.<\/li>\n<li><strong>Origine anatomoclinique :<\/strong> \u00c9ponyme d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Gilbert Ballet (1853\u20131916), chef de clinique de Charcot et professeur de psychiatrie \u00e0 Sainte-Anne, ayant mis en exergue les interactions entre l\u00e9sions p\u00e9riph\u00e9riques et d\u00e9compensations psychiques.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9canisme physiopathologique :<\/strong> Infiltration auto-immune, \u0153d\u00e8me et fibrose secondaire des corps musculaires orbitaires m\u00e9di\u00e9s par les anticorps antithyro\u00efdiens, provoquant une restriction m\u00e9canique et un \u00e9puisement moteur local.<\/li>\n<li><strong>Diagnostic positif :<\/strong> Repose sur l&rsquo;inspection clinique, le test de Lancaster, le test de duction forc\u00e9e, l&rsquo;IRM orbitaire montrant l&rsquo;hypertrophie des ventres musculaires avec respect tendineux, et le bilan hormonal (TSH effondr\u00e9e, TRAK positifs).<\/li>\n<li><strong>Diff\u00e9renciation critique :<\/strong> Exclut formellement la myasth\u00e9nie oculaire par l&rsquo;absence de fluctuance myasth\u00e9nique et le syndrome de Miller Fisher par l&rsquo;absence d&rsquo;ataxie et d&rsquo;ar\u00e9flexie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Prise en charge moderne :<\/strong> Repose sur la corticoth\u00e9rapie intraveineuse \u00e0 forte dose, les bioth\u00e9rapies cibl\u00e9es (anti-IGF-1R), le sevrage tabagique imp\u00e9ratif, et la correction chirurgicale diff\u00e9r\u00e9e des r\u00e9tractions musculaires fix\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Ballet, G. (1888). De l&rsquo;ophtalmopl\u00e9gie externe combin\u00e9e \u00e0 la maladie de Basedow. <em>Revue de M\u00e9decine<\/em>, 8, 337\u2013352.<\/li>\n<li>Ballet, G. (1903). <em>Trait\u00e9 de pathologie mentale<\/em>. Octave Doin. <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k76722c\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k76722c<\/a><\/li>\n<li>Bartley, G. B. (1994). The epidemiologic features and clinical spectrum of dysthyroid optic neuropathy. <em>Transactions of the American Ophthalmological Society<\/em>, 92, 693\u2013754.<\/li>\n<li>Charcot, J.-M. (1887). <em>Le\u00e7ons sur les maladies du syst\u00e8me nerveux faites \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re<\/em>. Delahaye et Lecrosnier.<\/li>\n<li>Kahaly, G. J., Bartalena, L., Heged\u00fcs, L., Leenhardt, L., Poppe, K., &amp; Pearce, S. H. (2018). 2018 European Thyroid Association guidelines for the management of Graves&rsquo; hyperthyroidism. <em>European Thyroid Journal<\/em>, 7(4), 167\u2013186. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1159\/000490384\">https:\/\/doi.org\/10.1159\/000490384<\/a><\/li>\n<li>Postel, J., &amp; Allen, D. F. (1994). L&rsquo;\u0153uvre historique et psychiatrique de Gilbert Ballet (1853\u20131916). <em>Histoire des Sciences M\u00e9dicales<\/em>, 28(4), 303\u2013310.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la maladie de Ballet, un syndrome neuro-ophtalmologique historique associant ophtalmopl\u00e9gie externe et hyperthyro\u00efdie avec pr\u00e9servation pupillaire.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[6447,31201,1045],"tags":[36157,36156,36159,31199,36158,36160,30801],"class_list":["post-21581","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-medecine","category-neuro-ophtalmologie","category-neurologie","tag-gilbert-ballet","tag-maladie-de-ballet","tag-maladie-de-basedow","tag-neuro-ophtalmologie","tag-ophtalmoplegie-externe","tag-orbitopathie-dysthyroidienne","tag-semiologie-neurologique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21581","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21581\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21581"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21581"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21581"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}