{"id":21553,"date":"2026-10-25T22:49:11","date_gmt":"2026-10-25T22:49:11","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=baclofene-neuropsychiatrie-gaba"},"modified":"2026-10-25T22:49:11","modified_gmt":"2026-10-25T22:49:11","slug":"baclofene-neuropsychiatrie-gaba","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=baclofene-neuropsychiatrie-gaba","title":{"rendered":"Baclof\u00e8ne : Agoniste GABA-B et Neuropsychiatrie"},"content":{"rendered":"<p>Le baclof\u00e8ne repr\u00e9sente l&rsquo;un des agents pharmacologiques les plus singuliers \u00e0 la fronti\u00e8re de la neurologie motrice et de la psychiatrie moderne des addictions. Initialement synth\u00e9tis\u00e9 pour moduler les r\u00e9flexes spinaux et soulager la spasticit\u00e9 musculaire invalidante, ce d\u00e9riv\u00e9 lipophile du neurotransmetteur inhibiteur GABA s&rsquo;est progressivement impos\u00e9 au c\u0153ur d&rsquo;intenses d\u00e9bats neuroscientifiques relatifs \u00e0 la r\u00e9gulation du craving, aux circuits dopaminergiques de la r\u00e9compense et \u00e0 la prise en charge clinique des d\u00e9pendances s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<h2>Baclof\u00e8ne<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>baclof\u00e8ne<\/strong> (acide 4-amino-3-(4-chloroph\u00e9nyl)butano\u00efque) est un myorelaxant d&rsquo;action centrale agissant s\u00e9lectivement comme agoniste st\u00e9r\u00e9osp\u00e9cifique des r\u00e9cepteurs <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acide_%CE%B3-aminobutyrique\">GABA-B<\/a> (acide gamma-aminobutyrique de type B). Sur le plan neurobiologique, sa liaison \u00e0 ces r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines Gi\/o inhibe l&rsquo;influx calcique pr\u00e9synaptique et potentialise la conductance potassique postsynaptique, att\u00e9nuant ainsi la lib\u00e9ration des neurotransmetteurs excitateurs tels que le glutamate et l&rsquo;aspartate.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychiatrie et de l&rsquo;addictologie, le baclof\u00e8ne est \u00e9galement conceptualis\u00e9 comme un puissant modulateur du syst\u00e8me m\u00e9so-cortico-limbique. En diminuant le tonus dopaminergique phasique au sein de l&rsquo;aire tegmentale ventrale et du noyau accumbens, il alt\u00e8re significativement la saillance motivationnelle associ\u00e9e aux stimuli addictifs, r\u00e9duisant de mani\u00e8re cibl\u00e9e la pulsion de consommation ou craving chez les patients souffrant de troubles li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;usage de substances psychoactives.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab baclof\u00e8ne \u00bb d\u00e9coule de la nomenclature chimique internationale formalis\u00e9e selon les r\u00e8gles de l&rsquo;Union internationale de chimie pure et appliqu\u00e9e (UICPA). Son appellation pharmaceutique est une contraction syllabique forg\u00e9e \u00e0 partir de ses \u00e9l\u00e9ments structurels caract\u00e9ristiques : le pr\u00e9fixe <em>bac-<\/em> ou <em>b-<\/em> renvoie \u00e0 la cha\u00eene <em>butano\u00efque<\/em> (ou butyrique, d\u00e9riv\u00e9e du latin <em>butyrum<\/em> signifiant \u00ab beurre \u00bb), tandis que le segment <em>-clo-<\/em> explicite la pr\u00e9sence fondamentale d&rsquo;un atome de chlore substitu\u00e9 en position para sur le noyau aromatique, et le radical <em>-f\u00e8ne<\/em> (d\u00e9riv\u00e9 du grec ancien <em>phaino<\/em>, \u00ab briller \u00bb ou \u00ab appara\u00eetre \u00bb, ayant historiquement donn\u00e9 le radical ph\u00e9nyle) signale le groupement ph\u00e9nyle substitu\u00e9.<\/p>\n<p>Introduit dans le lexique biom\u00e9dical au cours des ann\u00e9es 1960 par les laboratoires pharmaceutiques Ciba-Geigy sous le nom de code chimique Ba-34647 et la marque commerciale originelle Lioresal\u00ae, le vocable a \u00e9t\u00e9 standardis\u00e9 dans les pharmacop\u00e9es francophones et internationales en tant que D\u00e9nomination Commune Internationale (DCI). Contrairement aux appellations anatomiques traditionnelles issues de la racine gr\u00e9co-latine directe, le terme rel\u00e8ve d&rsquo;une n\u00e9ologie rationnelle visant \u00e0 identifier imm\u00e9diatement un squelette ph\u00e9nyl\u00e9 d\u00e9riv\u00e9 du GABA.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le terme s&rsquo;\u00e9nonce en fran\u00e7ais standard sous la transcription internationale [bakl\u0254f\u025bn]. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un substantif masculin invariable en genre, s&#8217;employant presque exclusivement au singulier lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe la substance pharmacologique active ou la mol\u00e9cule elle-m\u00eame (par exemple : \u00ab l&rsquo;administration de baclof\u00e8ne par voie intrath\u00e9cale \u00bb), bien que l&rsquo;usage clinique puisse exceptionnellement admettre le pluriel (\u00ab les g\u00e9n\u00e9riques de baclof\u00e8nes \u00bb) pour individualiser les diff\u00e9rentes formes gal\u00e9niques ou pr\u00e9sentations commerciales.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique francophone, le terme est fr\u00e9quemment utilis\u00e9 en apposition nominale pour qualifier des protocoles sp\u00e9cifiques (ex. : \u00ab protocole baclof\u00e8ne \u00bb, \u00ab cure de baclof\u00e8ne \u00bb) ou combin\u00e9 avec des adjectifs relationnels d\u00e9crivant sa pharmacodynamie (\u00ab baclof\u00e8ne intrath\u00e9cal \u00bb, \u00ab baclof\u00e9n\u00e9mie plasmatique \u00bb). L&rsquo;orthographe fran\u00e7aise retient imp\u00e9rativement la terminaison en \u00ab -\u00e8ne \u00bb avec un accent grave, se diff\u00e9renciant de la graphie anglo-saxonne <em>baclofen<\/em>.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie du baclof\u00e8ne requiert d&rsquo;articuler sa double identit\u00e9 : un r\u00e9gulateur de la motricit\u00e9 spinale d&rsquo;une part, et un r\u00e9organisateur des \u00e9quilibres hom\u00e9ostasiques c\u00e9r\u00e9braux d&rsquo;autre part. \u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle spinale, le baclof\u00e8ne exerce son effet myorelaxant en hyperpolarisant les motoneurones et les interneurones de la moelle \u00e9pini\u00e8re. En stimulant les r\u00e9cepteurs m\u00e9tabotropes GABA-B situ\u00e9s sur les aff\u00e9rences primaires de type Ia, il supprime la d\u00e9charge des r\u00e9flexes monosynaptiques et polysynaptiques responsables de l&rsquo;hypertonie et des spasmes musculaires cloniques. Cette action segmentaire constitue la base de son autorisation historique de mise sur le march\u00e9 pour la scl\u00e9rose en plaques, les l\u00e9sions m\u00e9dullaires traumatiques et les enc\u00e9phalopathies anoxiques.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle supraspinale et c\u00e9r\u00e9brale, le baclof\u00e8ne franchit mod\u00e9r\u00e9ment mais efficacement la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Barri%C3%A8re_h%C3%A9mato-enc%C3%A9phalique\">barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique<\/a> gr\u00e2ce \u00e0 sa structure lipophile chloroph\u00e9nyl\u00e9e. Dans le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral, les r\u00e9cepteurs GABA-B sont largement distribu\u00e9s dans le cortex pr\u00e9frontal, l&rsquo;hippocampe, l&rsquo;amygdale et les structures sous-corticales. En stimulant ces r\u00e9cepteurs m\u00e9tabotropes, le baclof\u00e8ne r\u00e9gule la transmission synaptique en freinant la lib\u00e9ration tonique de monoamines et d&rsquo;acides amin\u00e9s excitateurs. Cette modulation globale entra\u00eene un effet s\u00e9datif central, une r\u00e9gulation anxiolytique autonome et une att\u00e9nuation des d\u00e9charges neuronales paroxystiques.<\/p>\n<p>Sur le versant psychopathologique, le champ conceptuel du baclof\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9 par sa capacit\u00e9 \u00e0 dissocier le stimulus de conditionnement app\u00e9titif du comportement d&rsquo;auto-administration compulsive. Dans les mod\u00e8les de d\u00e9pendance, l&rsquo;\u00e9tat de manque psychologique ou craving repose sur une hyperexcitabilit\u00e9 glutamatergique au sein de la boucle cortico-striatale, conjugu\u00e9e \u00e0 une lib\u00e9ration pulsatile de dopamine en r\u00e9ponse aux indices associ\u00e9s \u00e0 la drogue. Le baclof\u00e8ne agit comme un amortisseur neurochimique : en activant les r\u00e9cepteurs GABA-B pr\u00e9synaptiques sur les neurones dopaminergiques et glutamatergiques, il aplatit la courbe de r\u00e9ponse h\u00e9donique et pr\u00e9vient l&#8217;embrasement neurobiologique d\u00e9clench\u00e9 par l&rsquo;exposition aux stimuli inducteurs d&rsquo;assu\u00e9tude.<\/p>\n<p>Enfin, le cadre conceptuel du baclof\u00e8ne s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 la psychologie cognitive et \u00e0 l&rsquo;affectivit\u00e9. Les alt\u00e9rations induites par la mol\u00e9cule touchent la perception de l&rsquo;angoisse anticipatoire, la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle face aux facteurs de stress aigu et la flexibilit\u00e9 cognitive face aux routines comportementales automatis\u00e9es. D\u00e8s lors, le baclof\u00e8ne ne saurait \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une simple proth\u00e8se chimique p\u00e9riph\u00e9rique ; il s&rsquo;agit d&rsquo;un r\u00e9\u00e9quilibreur central dont l&rsquo;impact englobe la motricit\u00e9 somatique, l&rsquo;autor\u00e9gulation h\u00e9donique et le contr\u00f4le ex\u00e9cutif des pulsions.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La trajectoire scientifique du baclof\u00e8ne d\u00e9bute au sein des laboratoires suisses Ciba-Geigy au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. Le chimiste Heinrich Keberle et son \u00e9quipe cherchaient \u00e0 concevoir un analogue du GABA capable de traverser efficacement la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, le GABA endog\u00e8ne \u00e9tant incapable de franchir cette membrane biologique pour traiter les crises d&rsquo;\u00e9pilepsie. Bien que le compos\u00e9 synth\u00e9tis\u00e9, baptis\u00e9 initialement Ciba 34647-Ba, se soit r\u00e9v\u00e9l\u00e9 largement d\u00e9cevant en tant qu&rsquo;anti\u00e9pileptique, les investigateurs ont rapidement observ\u00e9 une r\u00e9duction drastique de la rigidit\u00e9 musculaire et de l&rsquo;hyperr\u00e9flexie chez les mod\u00e8les animaux.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, le baclof\u00e8ne est introduit en pratique clinique neurologique sous le nom de Lioresal\u00ae. Les travaux pionniers du neurologue suisse Milan R. Dimitrijevic et de ses contemporains mettent en lumi\u00e8re l&rsquo;efficacit\u00e9 remarquable de la mol\u00e9cule pour soulager la contracture douloureuse des patients souffrant de parapl\u00e9gie ou de scl\u00e9rose en plaques. Cependant, les doses orales requises provoquaient souvent une somnolence marqu\u00e9e et des effets secondaires syst\u00e9miques. Cette impasse a conduit, dans les ann\u00e9es 1980, au d\u00e9veloppement de la pompe au baclof\u00e8ne intrath\u00e9cal par Richard D. Penn, permettant une administration cibl\u00e9e dans le liquide c\u00e9phalo-rachidien avec des doses cent fois inf\u00e9rieures aux posologies per os.<\/p>\n<p>Le tournant psychiatrique et addictologique s&rsquo;amorce au tournant des ann\u00e9es 1990 et 2000. Des chercheurs pr\u00e9curseurs en neurobiologie, tels que Giancarlo Colombo en Italie, d\u00e9montrent sur des rongeurs g\u00e9n\u00e9tiquement s\u00e9lectionn\u00e9s pour leur app\u00e9tence \u00e0 l&rsquo;\u00e9thanol que l&rsquo;activation du r\u00e9cepteur GABA-B par le baclof\u00e8ne supprime l&rsquo;auto-administration d&rsquo;alcool. Malgr\u00e9 ces donn\u00e9es pr\u00e9cliniques prometteuses, l&rsquo;application humaine en psychiatrie reste confidentielle jusqu&rsquo;\u00e0 la publication, en 2004, de l&rsquo;ouvrage autobiographique du cardiologue fran\u00e7ais Olivier Ameisen, intitul\u00e9 <em>Le Dernier Verre<\/em>.<\/p>\n<p>S&rsquo;administrant \u00e0 lui-m\u00eame des posologies massives de baclof\u00e8ne (jusqu&rsquo;\u00e0 270 mg\/jour) pour traiter son propre alcoolo-d\u00e9pendance r\u00e9fractaire, Olivier Ameisen rapporte une abolition compl\u00e8te et in\u00e9dite du craving, ouvrant la voie au concept d&rsquo;indiff\u00e9rence pharmacologique \u00e0 l&rsquo;alcool. Cette observation princeps a d\u00e9clench\u00e9 une controverse m\u00e9dicale plan\u00e9taire, opposant l&rsquo;addictologie traditionnelle ax\u00e9e sur l&rsquo;abstinence psychosociale \u00e0 une approche pharmacoth\u00e9rapeutique cibl\u00e9e sur l&rsquo;extinction neurochimique de l&rsquo;impulsion. En France, sous la pression des associations d&rsquo;usagers, l&rsquo;<a href=\"https:\/\/ansm.sante.fr\/\">Agence Nationale de S\u00e9curit\u00e9 du M\u00e9dicament<\/a> (ANSM) a d&rsquo;abord accord\u00e9 une Recommandation Temporaire d&rsquo;Utilisation (RTU) en 2014, avant de d\u00e9livrer une Autorisation de Mise sur le March\u00e9 (AMM) sp\u00e9cifique en 2018, consacrant officiellement l&rsquo;entr\u00e9e du baclof\u00e8ne dans l&rsquo;arsenal th\u00e9rapeutique des addictions.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;action du baclof\u00e8ne s&rsquo;enracine dans la neurobiologie de la transmission gabaergique m\u00e9tabotrope. Les r\u00e9cepteurs GABA-B sont des h\u00e9t\u00e9rodim\u00e8res obligatoires constitu\u00e9s de deux sous-unit\u00e9s distinctes : GABA-B1, qui abrite le site orthost\u00e9rique de liaison extracellulaire o\u00f9 vient s&rsquo;ancrer le baclof\u00e8ne, et GABA-B2, responsable du couplage intracellulaire aux prot\u00e9ines r\u00e9gulatrices Gi et Go. Cette organisation dim\u00e9rique conf\u00e8re au baclof\u00e8ne une s\u00e9lectivit\u00e9 pharmacologique totale par rapport aux r\u00e9cepteurs ionotropes GABA-A, expliquant l&rsquo;absence d&rsquo;effets myorelaxants m\u00e9di\u00e9s par les canaux chlorures classiques sensibles aux benzodiaz\u00e9pines.<\/p>\n<p>Lorsque le baclof\u00e8ne se lie \u00e0 la sous-unit\u00e9 GABA-B1, une transition conformationnelle active la sous-unit\u00e9 GABA-B2, provoquant la dissociation du complexe h\u00e9t\u00e9rotrim\u00e9rique de la prot\u00e9ine G. La fraction G-b\u00eata-gamma libre migre vers la face interne de la membrane plasmique pour interagir directement avec deux effecteurs ioniques majeurs : elle ferme les canaux calciques d\u00e9pendants du voltage (de types N, P et Q), bloquant l&rsquo;influx calcique n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;exocytose des v\u00e9sicules de neurom\u00e9diateurs, et elle active simultan\u00e9ment les canaux potassiques rectifiants entrants activ\u00e9s par les prot\u00e9ines G (canaux GIRK). L&rsquo;expulsion d&rsquo;ions potassium qui en r\u00e9sulte provoque une hyperpolarisation membranaire durable, rendant le neurone cible insensible aux stimuli d\u00e9polarisants incidents.<\/p>\n<p>Sur le plan syst\u00e9mique, ce m\u00e9canisme fondamental sous-tend l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;inhibition cortico-m\u00e9solimbique. Les circuits neuronaux de l&rsquo;addiction reposent sur une boucle d&rsquo;amplification unissant le cortex pr\u00e9frontal, l&rsquo;amygdale basolat\u00e9rale, l&rsquo;hippocampe et le striatum ventral. L&rsquo;activation des r\u00e9cepteurs GABA-B par le baclof\u00e8ne r\u00e9duit le relargage de dopamine dans le striatum ventral provoqu\u00e9 par la prise de substances ou par la confrontation \u00e0 des d\u00e9clencheurs environnementaux conditionn\u00e9s. En att\u00e9nuant la d\u00e9charge phasique de dopamine sans abolir le tonus dopaminergique basal r\u00e9gissant l&rsquo;humeur normale et les comportements vitaux, le baclof\u00e8ne r\u00e9\u00e9quilibre l&rsquo;\u00e9valuation h\u00e9donique et restaure la capacit\u00e9 d&rsquo;arbitrage inhibiteur frontal alt\u00e9r\u00e9e chez le sujet d\u00e9pendant.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, formes et voies d&rsquo;administration<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre clinique du baclof\u00e8ne s&rsquo;articule autour de caract\u00e9ristiques chimiques, pharmacocin\u00e9tiques et gal\u00e9niques rigoureusement d\u00e9finies :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>St\u00e9r\u00e9ochimie et \u00e9nantiom\u00e8res :<\/strong> Le baclof\u00e8ne utilis\u00e9 en clinique est un m\u00e9lange rac\u00e9mique d&rsquo;isom\u00e8res R(-) et S(+). L&rsquo;activit\u00e9 pharmacologique sp\u00e9cifique r\u00e9side quasi-exclusivement dans l&rsquo;\u00e9nantiom\u00e8re R(-)-baclof\u00e8ne (arclof\u00e8ne), dont l&rsquo;affinit\u00e9 pour le r\u00e9cepteur GABA-B est plus de cent fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle de l&rsquo;\u00e9nantiom\u00e8re S(+).<\/li>\n<li><strong>Formes orales conventionnelles :<\/strong> Comprim\u00e9s s\u00e9cables dos\u00e9s \u00e0 10 mg et 25 mg, caract\u00e9ris\u00e9s par une absorption gastro-intestinale rapide et quasi-compl\u00e8te, atteignant une concentration plasmatique maximale (Tmax) entre 1 et 2 heures post-ingestion.<\/li>\n<li><strong>Voie intrath\u00e9cale (Lioresal intrath\u00e9cal) :<\/strong> Solution injectable pour perfusion continue via une pompe implantable sous-cutan\u00e9e reli\u00e9e \u00e0 un cath\u00e9ter ins\u00e9r\u00e9 dans l&rsquo;espace sous-arachno\u00efdien spinal. Ce mode d&rsquo;administration contourne totalement la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, permettant d&rsquo;atteindre des concentrations m\u00e9dullaires th\u00e9rapeutiques avec des posologies quotidiennes de l&rsquo;ordre du microgramme (50 \u00e0 1200 \u00b5g\/jour).<\/li>\n<li><strong>Pharmacocin\u00e9tique et clairance :<\/strong> La demi-vie d&rsquo;\u00e9limination plasmatique du baclof\u00e8ne est courte, comprise entre 3 et 4 heures, imposant une posologie orale fractionn\u00e9e en 3 \u00e0 4 prises journali\u00e8res. L&rsquo;\u00e9limination est majoritairement r\u00e9nale (environ 70 \u00e0 80 % de la dose est excr\u00e9t\u00e9e sous forme inchang\u00e9e dans les urines), ce qui exige une adaptation posologique stricte en cas d&rsquo;insuffisance r\u00e9nale pour \u00e9viter une accumulation toxique dans le syst\u00e8me nerveux central.<\/li>\n<li><strong>Formulations innovantes et \u00e9mergentes :<\/strong> Solutions buvables p\u00e9diatriques, formes orales \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e et nanoparticules lipidiques destin\u00e9es \u00e0 optimiser le passage h\u00e9mato-enc\u00e9phalique tout en stabilisant les baclof\u00e9n\u00e9mies pour r\u00e9duire les effets ind\u00e9sirables imputables aux fluctuations de pic plasmatique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et illustrations de cas<\/h3>\n<p>L&rsquo;application du baclof\u00e8ne s&rsquo;illustre de mani\u00e8re paradigmatique \u00e0 travers plusieurs profils cliniques typiques de la neurologie et de la psychiatrie :<\/p>\n<p><em>Cas 1 : Spasticit\u00e9 neurologique post-l\u00e9sionnelle.<\/em> Un homme de 38 ans souffre d&rsquo;une t\u00e9trapl\u00e9gie spastique incompl\u00e8te cons\u00e9cutive \u00e0 un traumatisme m\u00e9dullaire cervical de niveau C6. Il pr\u00e9sente des clonus \u00e9puisants, des spasmes flexeurs douloureux nocturnes et une hypertonie du quadriceps emp\u00eachant la r\u00e9\u00e9ducation fonctionnelle et le positionnement en fauteuil. Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec des traitements oraux en raison d&rsquo;une somnolence invalidante \u00e0 80 mg\/jour, une pompe \u00e0 baclof\u00e8ne intrath\u00e9cal est implant\u00e9e avec un d\u00e9bit continu de 150 \u00b5g\/jour. En quelques semaines, le score sur l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;Ashworth modifi\u00e9e chute de 4 \u00e0 1, les spasmes involontaires disparaissent, am\u00e9liorant le confort, le sommeil et l&rsquo;autonomie lors des transferts.<\/p>\n<p><em>Cas 2 : D\u00e9pendance alcoolique s\u00e9v\u00e8re avec craving incoercible.<\/em> Une patiente de 52 ans, pr\u00e9sentant un trouble de l&rsquo;usage de l&rsquo;alcool s\u00e9v\u00e8re depuis quinze ans, a connu de multiples rechutes malgr\u00e9 plusieurs cures de sevrage hospitalier associ\u00e9es \u00e0 des psychoth\u00e9rapies cognitives et \u00e0 l&rsquo;administration d&rsquo;acamprosate puis de naltrexone. Elle rapporte des pens\u00e9es intrusives continues et un besoin irr\u00e9pressible de consommer d\u00e8s la fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi (craving intense). Un protocole d&rsquo;escalade posologique progressive de baclof\u00e8ne oral est initi\u00e9 \u00e0 15 mg\/jour, augment\u00e9 de 10 mg tous les trois jours jusqu&rsquo;\u00e0 atteindre un palier d&rsquo;\u00e9quilibre \u00e0 120 mg\/jour, r\u00e9parti de mani\u00e8re cibl\u00e9e deux heures avant les pics de craving. La patiente rapporte l&rsquo;atteinte progressive d&rsquo;une \u00ab indiff\u00e9rence psychologique \u00bb face \u00e0 l&rsquo;alcool, lui permettant d&rsquo;espacer spontan\u00e9ment ses prises, de stopper les \u00e9pisodes d&rsquo;intoxication massive et d&rsquo;engager une psychoth\u00e9rapie de consolidation dans un \u00e9tat de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 mentale in\u00e9dit.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, posologie et suivi th\u00e9rapeutique<\/h3>\n<p>La prescription et le monitorage du baclof\u00e8ne exigent un protocole clinique standardis\u00e9 afin de maximiser le b\u00e9n\u00e9fice th\u00e9rapeutique tout en minimisant les risques neurocomportementaux et somatiques. En neurologie, l&rsquo;\u00e9valuation de la spasticit\u00e9 s&rsquo;appuie sur des instruments valid\u00e9s tels que l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;Ashworth modifi\u00e9e, la Penn Spasm Frequency Scale et la Tardieu Scale. Les posologies orales d\u00e9marrent classiquement \u00e0 15 mg\/jour r\u00e9parties en trois prises, avec des augmentations graduelles par paliers de 5 \u00e0 15 mg tous les trois jours jusqu&rsquo;\u00e0 une dose efficace habituelle comprise entre 30 et 80 mg\/jour.<\/p>\n<p>En addictologie, la mesure du besoin imp\u00e9rieux repose sur des \u00e9chelles psychom\u00e9triques valid\u00e9es, telles que l&rsquo;Obsessive Compulsive Drinking Scale (OCDS), l&rsquo;\u00c9chelle Visuelle Analogique de craving (EVA-craving) et le questionnaire AUDIT de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.who.int\/\">Organisation Mondiale de la Sant\u00e9<\/a>. Le titrage requiert une adaptation individualis\u00e9e : la posologie est augment\u00e9e par paliers prudents pour identifier la \u00ab dose seuil \u00bb propre \u00e0 chaque individu permettant l&rsquo;extinction du craving sans induire de somnolence s\u00e9dative diurne perturbant le fonctionnement socioprofessionnel. En France, l&rsquo;autorisation officielle limite g\u00e9n\u00e9ralement la dose maximale recommand\u00e9e \u00e0 80 mg\/jour, toute escalade sup\u00e9rieure exigeant une concertation pluridisciplinaire et une vigilance accrue.<\/p>\n<p>Le suivi biologique et somatique impose une surveillance attentive de la fonction r\u00e9nale (cr\u00e9atinin\u00e9mie et clairance estim\u00e9e), de l&rsquo;indice de masse corporelle, ainsi qu&rsquo;un d\u00e9pistage continu des troubles du sommeil. L&rsquo;arr\u00eat d&rsquo;un traitement par baclof\u00e8ne ne doit <strong>jamais \u00eatre brutal<\/strong> : la r\u00e9gression doit s&rsquo;effectuer de mani\u00e8re d\u00e9gressive sur plusieurs semaines afin de pr\u00e9venir un syndrome de sevrage aigu potentiellement gravissime, caract\u00e9ris\u00e9 par une hyperthermie, des hallucinations, un d\u00e9lire parano\u00efde, des convulsions et un \u00e9tat de mal myoclonique simulant un delirium tremens.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e en psychologie et psychiatrie<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 de la spasticit\u00e9 pyramidale classique observ\u00e9e dans la paralysie c\u00e9r\u00e9brale, les traumatismes cr\u00e2niens et les accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux, le champ d&rsquo;action du baclof\u00e8ne s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 un large spectre de conditions psychopathologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Addictologie g\u00e9n\u00e9rale et troubles de l&rsquo;usage :<\/strong> Bien que son application principale concerne la d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;alcool, de multiples travaux cliniques explorent son efficacit\u00e9 pour moduler le craving associ\u00e9 aux psychostimulants (coca\u00efne, m\u00e9thamph\u00e9tamine), \u00e0 la nicotine et aux opio\u00efdes, en agissant sur le syst\u00e8me de r\u00e9compense commun.<\/li>\n<li><strong>Troubles du spectre anxieux et stress post-traumatique :<\/strong> En r\u00e9gulant la transmission excitatrice au niveau des circuits de l&rsquo;amygdale et de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien, le baclof\u00e8ne exerce des effets anxiolytiques profonds sans pr\u00e9senter le potentiel toxicomanog\u00e8ne et addictif inh\u00e9rent aux benzodiaz\u00e9pines agissant sur le r\u00e9cepteur GABA-A.<\/li>\n<li><strong>Troubles des conduites alimentaires :<\/strong> Dans les syndromes d&rsquo;hyperphagie boulimique (binge eating disorder), le baclof\u00e8ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;essais cliniques pilotes pour enrayer l&rsquo;impulsivit\u00e9 alimentaire et les acc\u00e8s boulimiques compulsifs induits par la perte de contr\u00f4le ex\u00e9cutif.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9pendances comportementales :<\/strong> Des \u00e9tudes pr\u00e9liminaires s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 son emploi dans le jeu de hasard pathologique (ludomanie) et les achats compulsifs, o\u00f9 la dysr\u00e9gulation dopaminergique m\u00e9solimbique s&rsquo;apparente \u00e9troitement aux addictions aux substances psychoactives.<\/li>\n<li><strong>Symptomatologie comorbide en psychiatrie :<\/strong> Chez les patients souffrant de troubles bipolaires ou de troubles de la personnalit\u00e9 borderline pr\u00e9sentant des comorbidit\u00e9s addictives s\u00e9v\u00e8res, le baclof\u00e8ne peut participer \u00e0 la stabilisation des oscillations affectives et \u00e0 la mod\u00e9ration des passages \u00e0 l&rsquo;acte impulsifs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherches empiriques et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La validation empirique du baclof\u00e8ne dans les troubles psychiatriques a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un important corpus d&rsquo;essais randomis\u00e9s contr\u00f4l\u00e9s en double aveugle contre placebo, dont les r\u00e9sultats ont parfois suscit\u00e9 des interpr\u00e9tations divergentes au sein de la communaut\u00e9 scientifique internationale. Les premi\u00e8res \u00e9tudes men\u00e9es par Giovanni Addolorato et son \u00e9quipe en Italie (2002, 2007) ont mis en \u00e9vidence un taux d&rsquo;abstinence continue significativement plus \u00e9lev\u00e9 chez les patients recevant 30 mg\/jour de baclof\u00e8ne comparativement au placebo, notamment chez des sujets pr\u00e9sentant une cirrhose h\u00e9patique, confirmant la s\u00e9curit\u00e9 h\u00e9patique remarquable de la mol\u00e9cule.<\/p>\n<p>Pour tester l&rsquo;hypoth\u00e8se des fortes posologies soulev\u00e9e par Ameisen, deux vastes essais cliniques multicentriques ont \u00e9t\u00e9 conduits en France au cours des ann\u00e9es 2010 : l&rsquo;\u00e9tude <em>Bacloville<\/em>, dirig\u00e9e par Philippe Jaury, et l&rsquo;\u00e9tude <em>Alpadir<\/em>, coordonn\u00e9e par Michel Reynaud. L&rsquo;essai Bacloville, men\u00e9 en m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale en conditions pragmatiques jusqu&rsquo;\u00e0 des doses de 300 mg\/jour, a d\u00e9montr\u00e9 un taux de succ\u00e8s th\u00e9rapeutique (abstinence ou consommation \u00e0 faible risque selon les crit\u00e8res de l&rsquo;OMS) sup\u00e9rieur de fa\u00e7on statistiquement significative dans le bras baclof\u00e8ne (56,8 %) par rapport au bras placebo (36,5 %) \u00e0 un an de traitement. En revanche, l&rsquo;\u00e9tude Alpadir, r\u00e9alis\u00e9e en milieu sp\u00e9cialis\u00e9 d&rsquo;addictologie avec une cible fixe de 180 mg\/jour, n&rsquo;a pas mis en \u00e9vidence de diff\u00e9rence significative sur le maintien de l&rsquo;abstinence totale, bien qu&rsquo;elle ait confirm\u00e9 une baisse sensible de la quantit\u00e9 totale d&rsquo;alcool absorb\u00e9e et une r\u00e9duction notable du craving.<\/p>\n<p>Ces divergences m\u00e9thodologiques ont \u00e9t\u00e9 analys\u00e9es dans plusieurs m\u00e9ta-analyses majeures, notamment celles publi\u00e9es par Rose et Pennanen dans <em>Addiction<\/em> et les revues syst\u00e9matiques de la Collaboration Cochrane. Celles-ci soulignent l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des r\u00e9ponses th\u00e9rapeutiques et confirment que l&rsquo;efficacit\u00e9 du baclof\u00e8ne n&rsquo;ob\u00e9it pas \u00e0 un mod\u00e8le posologique universel \u00ab taille unique \u00bb, mais semble \u00e9troitement li\u00e9e au sous-type clinique du patient, \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 initiale du craving et \u00e0 des polymorphismes g\u00e9n\u00e9tiques influen\u00e7ant l&rsquo;expression des r\u00e9cepteurs GABA-B et des cytochromes h\u00e9patiques.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la diffusion du baclof\u00e8ne constitue un ph\u00e9nom\u00e8ne sociologique sans \u00e9quivalent dans les annales de la m\u00e9decine moderne. Traditionnellement, l&rsquo;adoption d&rsquo;un traitement pharmaceutique proc\u00e8de d&rsquo;une d\u00e9marche descendante (\u00ab top-down \u00bb), initi\u00e9e par l&rsquo;industrie pharmaceutique et les agences sanitaires \u00e0 travers des phases d&rsquo;essais standardis\u00e9es. Dans le cas du baclof\u00e8ne en addictologie, le mouvement a \u00e9t\u00e9 fondamentalement ascendant (\u00ab bottom-up \u00bb), initi\u00e9 par un patient-m\u00e9decin et propuls\u00e9 par des collectifs d&rsquo;usagers, des forums Internet et des associations de patients revendiquant l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un m\u00e9dicament g\u00e9n\u00e9rique, peu on\u00e9reux et d\u00e9pourvu de brevet lucratif.<\/p>\n<p>Cette dynamique a provoqu\u00e9 d&rsquo;intenses d\u00e9bats culturels sur la conceptualisation m\u00eame de la d\u00e9pendance et de la gu\u00e9rison. Dans la culture m\u00e9dicale anglo-saxonne et scandinave, profond\u00e9ment influenc\u00e9e par le mod\u00e8le des programmes en douze \u00e9tapes (comme les Alcooliques Anonymes), l&rsquo;abstinence absolue est souvent per\u00e7ue comme un imp\u00e9ratif moral et spirituel reposant sur la responsabilisation du sujet. L&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une mol\u00e9cule puisse procurer une \u00ab indiff\u00e9rence \u00bb chimique \u00e0 la substance a heurt\u00e9 les tenants d&rsquo;un travail psychoth\u00e9rapeutique fond\u00e9 sur le renoncement et la confrontation psychique au manque.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans le mod\u00e8le francophone et europ\u00e9en de r\u00e9duction des risques, le baclof\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 accueilli par de nombreux cliniciens comme une opportunit\u00e9 de d\u00e9m\u00e9dicaliser le sentiment de culpabilit\u00e9 morale li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec de la volont\u00e9. N\u00e9anmoins, l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 de son acceptation internationale demeure flagrante : alors que la France a officialis\u00e9 son statut via une AMM sp\u00e9cifique, la Food and Drug Administration (<a href=\"https:\/\/www.fda.gov\/\">FDA<\/a>) aux \u00c9tats-Unis et l&rsquo;Agence Europ\u00e9enne des M\u00e9dicaments (EMA) ne reconnaissent toujours pas cette indication \u00e0 grande \u00e9chelle, contraignant les praticiens \u00e9trangers \u00e0 des prescriptions \u00ab hors-AMM \u00bb (off-label) sous leur responsabilit\u00e9 m\u00e9dicol\u00e9gale exclusive.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites th\u00e9rapeutiques<\/h3>\n<p>Le recours au baclof\u00e8ne, en particulier \u00e0 posologies \u00e9lev\u00e9es, soul\u00e8ve des pr\u00e9occupations m\u00e9dicales et s\u00e9curitaires majeures qui continuent d&rsquo;alimenter les controverses au sein des acad\u00e9mies de m\u00e9decine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Profil d&rsquo;effets ind\u00e9sirables neuropsychiatriques :<\/strong> Les doses massives s&rsquo;accompagnent d&rsquo;une incidence non n\u00e9gligeable de troubles neuropsychiatriques incluant somnolence diurne s\u00e9v\u00e8re, \u00e9tats confusionnels, s\u00e9dation paroxystique, vertiges vestibulaires, acouph\u00e8nes, \u00e9pisodes hypomaniaques ou d\u00e9pressifs, et recrudescence d&rsquo;apn\u00e9es centrales du sommeil pouvant mettre en jeu le pronostic vital.<\/li>\n<li><strong>Risque d&rsquo;intoxication aigu\u00eb et tentative de suicide :<\/strong> Chez les populations pr\u00e9sentant des troubles de l&rsquo;usage souvent associ\u00e9s \u00e0 des comorbidit\u00e9s d\u00e9pressives ou des traits impulsifs, la possession de conditionnements volumineux de baclof\u00e8ne expose \u00e0 des overdoses volontaires gravissimes, caract\u00e9ris\u00e9es par un coma ar\u00e9actif profond, une d\u00e9tresse respiratoire et des \u00e9tats myocloniques prolong\u00e9s n\u00e9cessitant une r\u00e9animation lourde.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9pendance physique et syndrome de sevrage iatrog\u00e8ne :<\/strong> L&rsquo;exposition prolong\u00e9e induit une tol\u00e9rance fonctionnelle et une d\u00e9sensibilisation des r\u00e9cepteurs GABA-B. L&rsquo;interruption inopin\u00e9e d&rsquo;un traitement \u00e0 haute dose peut d\u00e9clencher une d\u00e9compensation psychotique aigu\u00eb d\u00e9lirante ou un choc dysautonomique engageant le pronostic vital.<\/li>\n<li><strong>Divergences sur le paradigme d&rsquo;efficacit\u00e9 :<\/strong> Une frange de la psychiatrie acad\u00e9mique critique l&rsquo;absence de preuves formelles et reproductibles d&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e0 long terme sur l&rsquo;abstinence durable, arguant que les b\u00e9n\u00e9fices observ\u00e9s dans les \u00e9tudes ouvertes pourraient \u00eatre surestim\u00e9s en raison d&rsquo;un effet placebo massif stimul\u00e9 par l&rsquo;enthousiasme m\u00e9diatique autour de la \u00ab pilule miracle \u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes apparent\u00e9s et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion taxonomique et clinique, le baclof\u00e8ne doit \u00eatre rigoureusement distingu\u00e9 d&rsquo;autres classes pharmacologiques et agents th\u00e9rapeutiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Acamprosate :<\/strong> Modulateur de la transmission glutamatergique agissant principalement sur les r\u00e9cepteurs NMDA et les flux calciques. Contrairement au baclof\u00e8ne, l&rsquo;acamprosate ne poss\u00e8de aucun effet myorelaxant direct, ne traverse que marginalement la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et ne cible pas l&rsquo;extinction imm\u00e9diate du craving compulsif aigu mais le soutien de l&rsquo;abstinence consolid\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Naltrexone :<\/strong> Antagoniste pur des r\u00e9cepteurs opio\u00efdes mu et kappa. La naltrexone bloque le renforcement positif et le plaisir ressenti lors de l&rsquo;ingestion d&rsquo;alcool, tandis que le baclof\u00e8ne diminue l&rsquo;anticipation anxieuse et la motivation intrins\u00e8que (le \u00ab craving de besoin \u00bb) en amont de l&rsquo;acte de consommer.<\/li>\n<li><strong>Benzodiaz\u00e9pines (ex. diaz\u00e9pam, oxaz\u00e9pam) :<\/strong> Modulateurs allost\u00e9riques positifs des r\u00e9cepteurs ionotropes GABA-A. Elles sont utilis\u00e9es de mani\u00e8re br\u00e8ve pour pr\u00e9venir les complications aigu\u00ebs du sevrage (\u00e9pilepsie, delirium tremens), mais pr\u00e9sentent un risque majeur d&rsquo;accoutumance, de tol\u00e9rance et de d\u00e9pendance secondaire, proscrivant leur utilisation en traitement de fond au long cours, contrairement au baclof\u00e8ne.<\/li>\n<li><strong>GHB \/ Oxybate de sodium :<\/strong> Agoniste direct des r\u00e9cepteurs sp\u00e9cifiques au GHB et agoniste faible des r\u00e9cepteurs GABA-B. Bien qu&rsquo;utilis\u00e9 dans certains pays europ\u00e9ens pour le maintien de l&rsquo;abstinence alcoolique, son potentiel addictog\u00e8ne propre et son profil stup\u00e9fiant le distinguent formellement du baclof\u00e8ne.<\/li>\n<li><strong>Gabapentine et Pr\u00e9gabaline :<\/strong> Ligands de la sous-unit\u00e9 alpha-2-delta des canaux calciques voltage-d\u00e9pendants. Bien que chimiquement d\u00e9riv\u00e9s du GABA comme le baclof\u00e8ne, ils n&rsquo;exercent aucune action agoniste directe sur les r\u00e9cepteurs GABA-B membranaires.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le baclof\u00e8ne demeure une mol\u00e9cule fondamentale de la pharmacologie moderne, \u00e0 la crois\u00e9e de la neuromotricit\u00e9 et de la r\u00e9gulation des comportements instinctuels. Sa pharmacodynamie sp\u00e9cifique, caract\u00e9ris\u00e9e par un agonisme st\u00e9r\u00e9osp\u00e9cifique des r\u00e9cepteurs m\u00e9tabotropes GABA-B, lui conf\u00e8re une capacit\u00e9 unique \u00e0 r\u00e9primer \u00e0 la fois l&rsquo;hyperr\u00e9flexie m\u00e9dullaire motrice et l&rsquo;hyperactivation des circuits dopaminergiques et glutamatergiques m\u00e9solimbiques.<\/p>\n<p>Son d\u00e9ploiement dans le traitement des troubles de l&rsquo;usage de substances psychoactives a transform\u00e9 la prise en charge des patients r\u00e9fractaires en introduisant le concept op\u00e9ratoire d&rsquo;indiff\u00e9rence au produit, bousculant les axiomes historiques de l&rsquo;abstinence obligatoire. Toutefois, son maniement clinique exige une rigueur extr\u00eame de la part du m\u00e9decin prescripteur, reposant sur une titration progressive, un suivi rapproch\u00e9 des effets ind\u00e9sirables neurologiques et psychiatriques, et un sevrage imp\u00e9rativement graduel pour pr\u00e9venir les d\u00e9compensations de sevrage.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Addolorato, G., Caputo, F., Capristo, E., Domenicali, M., Bernardi, M., Janiri, L., Agabio, R., Colombo, G., Gessa, G. L., &amp; Gasbarrini, G. (2002). Baclofen efficacy in reducing alcohol craving and intake: a preliminary double-blind randomized-controlled study. <em>Alcohol and Alcoholism<\/em>, 37(5), 504\u2013508. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/alcalc\/37.5.504\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/alcalc\/37.5.504<\/a><\/li>\n<li>Ameisen, O. (2005). Complete and prolonged suppression of symptoms and consequences of alcohol-dependence using high-dose baclofen: a self-case report of a physician. <em>Alcohol and Alcoholism<\/em>, 40(2), 147\u2013150. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/alcalc\/agh130\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/alcalc\/agh130<\/a><\/li>\n<li>Bowery, N. G. (2006). GABAB receptor: a site of therapeutic benefit. <em>Current Opinion in Pharmacology<\/em>, 6(1), 37\u201343. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.coph.2005.10.002\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.coph.2005.10.002<\/a><\/li>\n<li>Jaury, P., de Beaurepaire, R., Nicolas, I., Teissier, F., Boismare, F., &amp; Groupe Bacloville. (2018). High-dose baclofen for the treatment of alcohol dependence (Bacloville): A randomized, double-blind, placebo-controlled trial. <em>Environmental Research and Public Health<\/em>, 15(11), 2511. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3390\/ijerph15112511\">https:\/\/doi.org\/10.3390\/ijerph15112511<\/a><\/li>\n<li>Reynaud, M., Aubin, H. J., Trinquet, F., Zakine, B., Dano, C., Dematteis, M., Trojak, B., Paille, F., &amp; Detilleux, M. (2017). A randomized, placebo-controlled study of high-dose baclofen in alcohol-dependent patients-The ALPADIR study. <em>Alcohol and Alcoholism<\/em>, 52(4), 439\u2013446. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/alcalc\/agx030\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/alcalc\/agx030<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dictionnaire de neuropsychopharmacologie : d\u00e9couvrez le baclof\u00e8ne, son m\u00e9canisme d&rsquo;action sur les r\u00e9cepteurs GABA-B, son histoire, ses indications contre la spasticit\u00e9 et son r\u00f4le dans le traitement de l&rsquo;alcoolod\u00e9pendance.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[786,31279,958],"tags":[15530,14878,36097,15405,36098,9041,30015],"class_list":["post-21553","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-addictologie","category-neuropsychopharmacologie","category-psychiatrie-clinique","tag-addictologie","tag-alcoolodependance","tag-baclofene","tag-craving","tag-gaba-b","tag-psychopharmacologie","tag-spasticite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21553","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21553\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21553"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21553"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21553"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}