{"id":21525,"date":"2026-10-25T21:40:09","date_gmt":"2026-10-25T21:40:09","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=signe-de-babinski-reflexe-neurologique"},"modified":"2026-10-25T21:40:09","modified_gmt":"2026-10-25T21:40:09","slug":"signe-de-babinski-reflexe-neurologique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=signe-de-babinski-reflexe-neurologique","title":{"rendered":"Signe de Babinski : Cl\u00e9 du Diagnostic Neurologique"},"content":{"rendered":"<p>Le r\u00e9flexe cutan\u00e9 plantaire et son inversion pathologique constituent l&rsquo;un des piliers fondamentaux de l&rsquo;examen clinique neurologique moderne. D\u00e9couvert \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, ce ph\u00e9nom\u00e8ne sensorimoteur fournit une fen\u00eatre s\u00e9miologique d&rsquo;une pr\u00e9cision remarquable sur l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 anatomique et fonctionnelle du faisceau corticospinal. Sa pr\u00e9sence anormale chez l&rsquo;adulte permet aux cliniciens d&rsquo;objectiver avec une rigueur in\u00e9gal\u00e9e une atteinte du motoneurone sup\u00e9rieur, reliant ainsi la neuroanatomie structurelle \u00e0 la d\u00e9marche diagnostique contemporaine.<\/p>\n<h2>Signe de Babinski<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>signe de Babinski<\/strong>, ou r\u00e9ponse plantaire en extension, correspond \u00e0 une dorsiflexion lente et majestueuse de l&rsquo;hallux (gros orteil), fr\u00e9quemment associ\u00e9e \u00e0 un \u00e9cartement en \u00e9ventail des quatre autres orteils, d\u00e9clench\u00e9e par la stimulation m\u00e9canique ferme du bord externe de la plante du pied. Physiologique chez le nourrisson avant la my\u00e9linisation compl\u00e8te des voies motrices descendantes, cette r\u00e9ponse devient strictement pathologique apr\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de douze \u00e0 vingt-quatre mois. Chez l&rsquo;adulte, elle signe de mani\u00e8re quasi univoque une dysfonction ou une l\u00e9sion structurelle de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Voie_pyramidale\">voie pyramidale<\/a> (faisceau corticospinal).<\/p>\n<p>Dans le cadre d&rsquo;un examen neurologique normal chez l&rsquo;adulte et l&rsquo;enfant d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire et scolaire, la m\u00eame stimulation nociceptive superficielle de la r\u00e9gion plantaire induit une flexion r\u00e9flexe de l&rsquo;ensemble des orteils vers la face inf\u00e9rieure du pied. Cette r\u00e9ponse normale est qualifi\u00e9e de r\u00e9flexe cutan\u00e9 plantaire physiologique en flexion. L&rsquo;inversion de ce comportement moteur primaire repr\u00e9sente ainsi un marqueur biophysique d&rsquo;une lib\u00e9ration des automatismes m\u00e9dullaires spinaux primitifs, normalement assujettis \u00e0 l&rsquo;inhibition corticale descendante.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la simple neurologie topographique, le signe de Babinski pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat majeur en neuropsychologie, en psychiatrie biologique et en r\u00e9\u00e9ducation fonctionnelle. Il sert fr\u00e9quemment d&rsquo;indicateur objectif pour distinguer un d\u00e9ficit moteur d&rsquo;origine fonctionnelle ou psychog\u00e8ne d&rsquo;une l\u00e9sion organique centrale du syst\u00e8me nerveux. L&rsquo;observation m\u00e9thodique de ce signe permet d&rsquo;orienter imm\u00e9diatement les investigations d&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale et m\u00e9dullaire tout en \u00e9vitant des errances diagnostiques pr\u00e9judiciables.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme tire son origine du patronyme de Joseph Fran\u00e7ois F\u00e9lix Babinski (1857-1932), neurologue fran\u00e7ais d&rsquo;ascendance polonaise qui d\u00e9crivit le ph\u00e9nom\u00e8ne avec une exactitude clinique rigoureuse en 1896. Babinski intitula initialement cette manifestation motrice \u00ab le ph\u00e9nom\u00e8ne des orteils \u00bb, soulignant le caract\u00e8re singulier de l&rsquo;extension de l&rsquo;hallux par opposition \u00e0 la flexion habituelle. Ce n&rsquo;est que plus tard, sous l&rsquo;influence des cliniciens francophones et internationaux, que la locution \u00ab signe de Babinski \u00bb ou \u00ab r\u00e9flexe de Babinski \u00bb s&rsquo;est universalis\u00e9e au sein du corpus m\u00e9dical mondial.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue linguistique et terminologique, le mot \u00ab r\u00e9flexe \u00bb d\u00e9coule du latin m\u00e9di\u00e9val <em>reflexus<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>reflectere<\/em> signifiant \u00ab courber en arri\u00e8re \u00bb ou \u00ab r\u00e9fl\u00e9chir en retour \u00bb. Dans le vocabulaire physiologique, il exprime le renvoi direct d&rsquo;une impulsion sensorielle aff\u00e9rente vers un circuit moteur eff\u00e9rent sans m\u00e9diation de la volition consciente. Le qualificatif \u00ab cutan\u00e9 plantaire \u00bb fait directement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la peau (<em>cutis<\/em>) et \u00e0 la plante du pied (<em>planta<\/em>), d\u00e9signant la zone r\u00e9ceptive stimul\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du terme a marqu\u00e9 un tournant \u00e9pist\u00e9mologique dans la s\u00e9miologie de l&rsquo;\u00c9cole de la Salp\u00eatri\u00e8re \u00e0 Paris. En s&rsquo;\u00e9mancipant de la tutelle purement nosographique des ma\u00eetres de l&rsquo;\u00e9poque comme Jean-Martin Charcot, Babinski a forg\u00e9 une nomenclature op\u00e9rationnelle bas\u00e9e sur des corr\u00e9lations anatomo-cliniques v\u00e9rifiables. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;expression s&#8217;emploie de mani\u00e8re unanime \u00e0 travers toutes les langues m\u00e9dicales savantes sous des formes \u00e9quivalentes comme <em>Babinski&rsquo;s sign<\/em> en anglais ou <em>Babinski-Zeichen<\/em> en allemand.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique fran\u00e7ais, le terme se prononce couramment \/ba.b\u025b\u0303s.ki\/ ou \/ba.bin.ski\/, la prononciation francis\u00e9e int\u00e9grant une voyelle nasale, bien que l&rsquo;articulation fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;\u00e9tymologie polonaise d&rsquo;origine conserve la sonorit\u00e9 [ba&rsquo;bi\u0272ski]. Dans les milieux acad\u00e9miques et universitaires de langue fran\u00e7aise, l&rsquo;usage oscille entre ces deux variantes orales sans ambigu\u00eft\u00e9 s\u00e9mantique.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier compos\u00e9 d&rsquo;un nom commun (\u00ab signe \u00bb ou \u00ab r\u00e9flexe \u00bb) et d&rsquo;un nom propre compl\u00e9ment du nom avec ellipse de la pr\u00e9position (\u00ab de Babinski \u00bb). Au pluriel, la forme graphique retient l&rsquo;invariabilit\u00e9 du nom propre selon les r\u00e8gles orthographiques classiques : \u00ab les signes de Babinski \u00bb. L&rsquo;usage clinique admet indistinctement les termes \u00ab signe de Babinski \u00bb, \u00ab ph\u00e9nom\u00e8ne de Babinski \u00bb ou \u00ab r\u00e9flexe de Babinski \u00bb, bien que les puristes de la s\u00e9miologie pr\u00e9f\u00e8rent l&rsquo;appellation \u00ab signe \u00bb pour d\u00e9signer la composante pathologique et \u00ab r\u00e9flexe cutan\u00e9 plantaire \u00bb pour qualifier la voie neurophysiologique sous-jacente.<\/p>\n<p>Dans le discours m\u00e9dical sp\u00e9cialis\u00e9, le terme s&rsquo;int\u00e8gre au sein de formules fig\u00e9es telles que \u00ab Babinski positif \u00bb, \u00ab Babinski unilat\u00e9ral \u00bb ou \u00ab \u00e9quivalent de Babinski \u00bb. Bien que le jargon hospitalier consacre l&rsquo;expression \u00ab Babinski positif \u00bb pour signifier la pr\u00e9sence d&rsquo;une dorsiflexion pathologique de l&rsquo;hallux, plusieurs auteurs acad\u00e9miques pr\u00e9conisent de privil\u00e9gier des descriptions rigoureuses comme \u00ab signe de Babinski pr\u00e9sent \u00bb ou \u00ab r\u00e9ponse plantaire en extension \u00bb afin d&rsquo;\u00e9carter toute \u00e9quivoque s\u00e9miologique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le r\u00e9flexe cutan\u00e9 plantaire constitue l&rsquo;un des r\u00e9flexes de d\u00e9fense cutan\u00e9s spinaux fondamentaux organis\u00e9s au niveau de la moelle \u00e9pini\u00e8re lombosacr\u00e9e, sp\u00e9cifiquement entre les segments spinaux L4, L5, S1 et S2. Lors d&rsquo;une stimulation cutan\u00e9e de la face plantaire du pied, l&rsquo;organisme active physiologiquement un m\u00e9canisme d&rsquo;\u00e9vitement consistant en une flexion globale des orteils et du membre inf\u00e9rieur afin d&rsquo;\u00e9loigner le t\u00e9gument d&rsquo;une potentielle agression douloureuse ou nocive. Chez l&rsquo;adulte sain dot\u00e9 d&rsquo;un syst\u00e8me moteur mature, cette r\u00e9ponse est mod\u00e9r\u00e9e et modul\u00e9e par le contr\u00f4le inhibiteur supraspinal constant exerc\u00e9 par les fibres du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_nerveux_central\">syst\u00e8me nerveux central<\/a>.<\/p>\n<p>Lorsque le faisceau corticospinal subit une interruption fonctionnelle ou une destruction anatomique, ce contr\u00f4le inhibiteur descendant fait d\u00e9faut. D\u00e8s lors, le r\u00e9flexe polysynaptique spinal se trouve d\u00e9sinhib\u00e9, entra\u00eenant une r\u00e9organisation st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de la r\u00e9ponse motrice distale. Au lieu de la synergie fl\u00e9chisseuse distale protectrice normale, on assiste \u00e0 la contraction isol\u00e9e ou pr\u00e9dominante du muscle court et du muscle long extenseur de l&rsquo;hallux (<em>musculus extensor hallucis longus<\/em>), coupl\u00e9e \u00e0 l&rsquo;action du muscle abducteur du premier orteil et \u00e0 celle des interosseux dorsaux. Cela g\u00e9n\u00e8re le classique mouvement lent d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du gros orteil vers le haut, associ\u00e9 ou non \u00e0 l&rsquo;abduction des autres orteils.<\/p>\n<p>La dynamique temporelle du signe de Babinski se distingue nettement d&rsquo;un simple sursaut ou d&rsquo;un r\u00e9flexe de retrait cutan\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. La dorsiflexion caract\u00e9ristique de l&rsquo;hallux se d\u00e9ploie avec une lenteur tonique remarquable, contrastant vivement avec les contractions brusques, rapides et saccad\u00e9es induites par l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, la douleur aigu\u00eb ou une hypersensibilit\u00e9 tactile banale. Cette composante tonique et prolong\u00e9e traduit directement la cin\u00e9tique des circuits polysynaptiques spinaux lib\u00e9r\u00e9s de leur asservissement central.<\/p>\n<p>La s\u00e9miologie fine du signe de Babinski inclut \u00e9galement l&rsquo;\u00ab \u00e9cartement en \u00e9ventail \u00bb des quatre petits orteils, d\u00e9crit par Joseph Babinski en 1903 comme le \u00ab signe de l&rsquo;\u00e9ventail \u00bb (<em>fan sign<\/em>). Ce mouvement d&rsquo;abduction et d&rsquo;extension mod\u00e9r\u00e9e des orteils lat\u00e9raux renforce la certitude diagnostique d&rsquo;un syndrome pyramidal sous-jacent. Bien que la dorsiflexion de l&rsquo;hallux demeure le crit\u00e8re d\u00e9cisionnel pr\u00e9pond\u00e9rant, la coexistence du signe de l&rsquo;\u00e9ventail constitue un argument clinique additionnel d&rsquo;une grande valeur topographique et s\u00e9lective.<\/p>\n<p>Le champ conceptuel du signe de Babinski s&rsquo;articule donc autour de la dialectique neurologique entre inhibition supraspinale et automatisme m\u00e9dullaire archa\u00efque. Sa manifestation atteste qu&rsquo;une portion du r\u00e9seau neural volontaire a perdu sa connectivit\u00e9 fonctionnelle avec les \u00e9tages sous-jacents. Par cons\u00e9quent, il s&rsquo;agit d&rsquo;un sympt\u00f4me n\u00e9gatif au sens jacksonien (perte du contr\u00f4le inhibiteur sup\u00e9rieur) qui autorise l&rsquo;expression d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne positif (l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une motricit\u00e9 r\u00e9flexe primitive amplifi\u00e9e et d\u00e9sordonn\u00e9e).<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La trajectoire historique menant \u00e0 l&rsquo;identification du signe de Babinski s&rsquo;inscrit au c\u0153ur de l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la neurologie clinique parisienne \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. Le 22 f\u00e9vrier 1896, Joseph Babinski communique une note d&rsquo;\u00e0 peine vingt-huit lignes lors d&rsquo;une s\u00e9ance de la Soci\u00e9t\u00e9 de Biologie de Paris, intitul\u00e9e \u00ab Sur le r\u00e9flexe cutan\u00e9 plantaire dans certaines affections organiques du syst\u00e8me nerveux central \u00bb. Dans ce texte historique concis, Babinski expose ses observations cliniques chez des patients h\u00e9mipl\u00e9giques et parapl\u00e9giques, contrastant la flexion des orteils chez les sujets sains avec l&rsquo;extension observ\u00e9e chez les sujets atteints d&rsquo;affections structurales du faisceau pyramidal.<\/p>\n<p>En 1898, Joseph Babinski publie un article exhaustif et monumental dans <em>La Semaine M\u00e9dicale<\/em>, consolidant ses constatations empiriques par une cohorte clinique \u00e9largie et des analyses n\u00e9cropsiques anatomopathologiques. Il y pr\u00e9cise la s\u00e9m\u00e9iologie diff\u00e9rentielle fondamentale entre les affections organiques et les manifestations motrices de l&rsquo;hyst\u00e9rie (ou troubles neurologiques fonctionnels), une question centrale qui occupait vivement l&rsquo;\u00c9cole de Charcot \u00e0 l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/H%C3%B4pital_de_la_Piti%C3%A9-Salp%C3%AAtri%C3%A8re\">H\u00f4pital de la Salp\u00eatri\u00e8re<\/a>. L&rsquo;absence constante du signe de Babinski chez les patients hyst\u00e9riques permit ainsi d&rsquo;\u00e9riger ce r\u00e9flexe en pierre de touche de l&rsquo;organicit\u00e9.<\/p>\n<p>Au fil des deux premi\u00e8res d\u00e9cennies du vingti\u00e8me si\u00e8cle, plusieurs contemporains et \u00e9mules de Babinski tent\u00e8rent d&rsquo;identifier des man\u0153uvres alternatives capables de susciter cette m\u00eame r\u00e9ponse motrice spinale d\u00e9sinhib\u00e9e, en particulier lorsque la stimulation de la plante du pied \u00e9tait rendue \u00e9quivoque par une hypersensibilit\u00e9 douloureuse, des callosit\u00e9s \u00e9paisses ou une contracture d\u00e9fensive. Parmi ces alternatives c\u00e9l\u00e8bres figurent le signe d&rsquo;Oppenheim (1902), le signe de Gordon (1904), le signe de Chaddock (1911) et le signe de Sch\u00e6ffer (1899), qui reposent tous sur la stimulation d&rsquo;autres m\u00e9tam\u00e8res p\u00e9riph\u00e9riques appartenant au m\u00eame champ r\u00e9cepteur spinal d\u00e9sinhib\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;essor de la neurophysiologie moderne au milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle, propuls\u00e9 par les travaux pionniers de Charles Sherrington sur les r\u00e9flexes spinaux et les int\u00e9grations m\u00e9dullaires, a fourni la base th\u00e9orique exp\u00e9rimentale confirmant les intuitions cliniques de Babinski. Sherrington a d\u00e9montr\u00e9 que la dorsiflexion pathologique de l&rsquo;hallux fait partie int\u00e9grante du r\u00e9flexe de flexion-nociception g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 du membre inf\u00e9rieur, dont l&rsquo;expression se trouve modifi\u00e9e et dissoci\u00e9e en l&rsquo;absence des influences r\u00e9gulatrices descendantes cortico-spinales et r\u00e9ticulospinales.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) et des potentiels \u00e9voqu\u00e9s moteurs transcr\u00e2niens, le signe de Babinski a conserv\u00e9 toute sa pertinence s\u00e9miologique. Alors que de nombreuses man\u0153uvres cliniques du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle ont \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9es par la technologie moderne, la recherche du r\u00e9flexe cutan\u00e9 plantaire demeure un geste clinique inaugural indispensable, pratiqu\u00e9 quotidiennement dans tous les services d&rsquo;urgence, de soins intensifs et de neurologie \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Les soubassements th\u00e9oriques du signe de Babinski reposent sur la neuroanatomie fonctionnelle du motoneurone sup\u00e9rieur et la physiologie des syst\u00e8mes moteurs descendants. Le faisceau corticospinal prend naissance au sein de la couche V du cortex c\u00e9r\u00e9bral, principalement dans l&rsquo;aire motrice primaire (aire 4 de Brodmann), le cortex pr\u00e9moteur et l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire, ainsi que partiellement dans le cortex pari\u00e9tal somatosensoriel. Ces axones projettent sans relais \u00e0 travers la corona radiata, le bras post\u00e9rieur de la capsule interne et le tronc c\u00e9r\u00e9bral avant de subir une d\u00e9cussation majeure (environ 85 \u00e0 90 % des fibres) au niveau du bas bulbe rachidien pour former le faisceau corticospinal lat\u00e9ral dans la moelle \u00e9pini\u00e8re.<\/p>\n<p>Chez l&rsquo;adulte sain, le faisceau corticospinal n&rsquo;a pas seulement pour r\u00f4le la commande motrice volontaire fractionn\u00e9e des muscles distaux ; il exerce \u00e9galement une fonction modulatrice tonique inhibitrice essentielle sur les interneurones spinaux m\u00e9dullaires. Ces interneurones g\u00e8rent les r\u00e9seaux polysynaptiques des r\u00e9flexes d&rsquo;\u00e9vitement cutan\u00e9o-musculaires. L&rsquo;activit\u00e9 descendante maintient un tonus pr\u00e9dominant d&rsquo;activation des muscles fl\u00e9chisseurs plantaires lors de stimulations de faible \u00e0 moyenne intensit\u00e9, r\u00e9primant l&rsquo;activation du muscle <em>extensor hallucis longus<\/em>.<\/p>\n<p>En pr\u00e9sence d&rsquo;une interruption structurelle de ces axones corticaux, un ph\u00e9nom\u00e8ne de lib\u00e9ration spinale se produit. Selon la th\u00e9orie jacksonienne de la hi\u00e9rarchisation du syst\u00e8me nerveux formul\u00e9e par John Hughlings Jackson, la destruction d&rsquo;un niveau phylog\u00e9n\u00e9tiquement plus r\u00e9cent et sup\u00e9rieur d\u00e9masque le comportement autonome des structures phylog\u00e9n\u00e9tiquement plus anciennes et sous-jacentes. Priv\u00e9e de son frein cortical, la moelle \u00e9pini\u00e8re r\u00e9agit \u00e0 une excitation cutan\u00e9e plantaire par une r\u00e9ponse st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e primitive d&rsquo;extension de l&rsquo;hallux, composante r\u00e9siduelle d&rsquo;un r\u00e9flexe de retrait global non coordonn\u00e9.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neurophysiologique contemporain, l&rsquo;atteinte ne concerne pas uniquement le syst\u00e8me corticospinal direct, mais implique \u00e9galement les voies cortico-r\u00e9ticulo-spinales adjacentes. Les projections r\u00e9ticulospinales dorsales, qui cheminent \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate du faisceau pyramidal lat\u00e9ral, exercent une action inhibitrice puissante sur les r\u00e9flexes spinaux polysynaptiques. Une l\u00e9sion combin\u00e9e de ces syst\u00e8mes eff\u00e9rents descendants lib\u00e8re pleinement le r\u00e9flexe de flexion m\u00e9dullaire, dont la manifestation terminale visible sur le plan moteur est la dorsiflexion pathologique de Babinski.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation du r\u00e9flexe cutan\u00e9 plantaire et de ses manifestations associ\u00e9es s&rsquo;articule autour de plusieurs dimensions s\u00e9miologiques fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La composante motrice primaire :<\/strong> Consiste en une dorsiflexion lente, majestueuse et tonique du premier orteil par contraction du muscle long extenseur de l&rsquo;hallux. Cette \u00e9l\u00e9vation doit \u00eatre soutenue et non transitoire.<\/li>\n<li><strong>Le signe de l&rsquo;\u00e9ventail de Babinski :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;abduction et l&rsquo;\u00e9cartement lat\u00e9ral simultan\u00e9 des deuxi\u00e8me, troisi\u00e8me, quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me orteils, li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;activation des muscles interosseux dorsaux du pied.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9ponse plantaire physiologique (normale) :<\/strong> Flexion plantaire rapide et coordonn\u00e9e de l&rsquo;ensemble des orteils, s&rsquo;accompagnant d&rsquo;un l\u00e9ger creusement de la vo\u00fbte plantaire par mise en tension des fl\u00e9chisseurs courts.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;indiff\u00e9rence plantaire :<\/strong> Absence totale de mouvement d&rsquo;extension ou de flexion des orteils lors de la stimulation cutan\u00e9e. Elle peut r\u00e9sulter d&rsquo;une neuropathie p\u00e9riph\u00e9rique sensitive, d&rsquo;une atteinte motrice locale s\u00e9v\u00e8re ou d&rsquo;une stimulation insuffisante.<\/li>\n<li><strong>Les r\u00e9flexes de substitution (\u00e9quivalents de Babinski) :<\/strong> Man\u0153uvres alternatives explorant le m\u00eame arc r\u00e9flexe polysynaptique spinal par stimulation d&rsquo;autres dermatomes distaux du membre inf\u00e9rieur :\n<ul>\n<li><em>Le signe de Chaddock :<\/em> Stimulation cutan\u00e9e circulaire sous la mall\u00e9ole externe de la cheville, induisant l&rsquo;extension de l&rsquo;hallux.<\/li>\n<li><em>Le signe d&rsquo;Oppenheim :<\/em> Friction ferme et descendante le long de la cr\u00eate tibiale ant\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;aide des phalanges du pouce et de l&rsquo;index de l&rsquo;examinateur.<\/li>\n<li><em>Le signe de Gordon :<\/em> Compression ferme de la masse musculaire du mollet (gastrocn\u00e9mien et sol\u00e9aire).<\/li>\n<li><em>Le signe de Sch\u00e6ffer :<\/em> Pincement ferme ou compression du tendon d&rsquo;Achille.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de mieux appr\u00e9hender l&rsquo;utilit\u00e9 clinique du signe de Babinski, consid\u00e9rons le cas d&rsquo;une patiente de 34 ans admise aux urgences pour une faiblesse motrice aigu\u00eb du membre inf\u00e9rieur droit associ\u00e9e \u00e0 des troubles visuels transitoires quelques semaines auparavant. L&rsquo;examen somatique imm\u00e9diat montre une par\u00e9sie mod\u00e9r\u00e9e de la jambe droite. La recherche du r\u00e9flexe cutan\u00e9 plantaire d\u00e9clenche \u00e0 droite une dorsiflexion lente du gros orteil avec signe de l&rsquo;\u00e9ventail, tandis que la r\u00e9ponse \u00e0 gauche est en flexion physiologique. Cette asym\u00e9trie objective cat\u00e9goriquement une atteinte organique du syst\u00e8me pyramidal central, orientant d&#8217;embl\u00e9e les examens paracliniques vers une pouss\u00e9e de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Scl%C3%A9rose_en_plaques\">scl\u00e9rose en plaques<\/a> confirm\u00e9e ensuite par l&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale et m\u00e9dullaire.<\/p>\n<p>Un autre sc\u00e9nario clinique typique concerne un homme de 68 ans pr\u00e9sentant un d\u00e9ficit moteur brutal du membre sup\u00e9rieur gauche et de la face droite, \u00e9voquant un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral isch\u00e9mique du tronc c\u00e9r\u00e9bral. D\u00e8s les premi\u00e8res heures post-accidentelles, l&rsquo;apparition bilat\u00e9rale ou unilat\u00e9rale d&rsquo;un signe de Babinski permet de trancher quant \u00e0 la localisation centrale de l&rsquo;agression isch\u00e9mique, avant m\u00eame que les r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux ne deviennent hyperactifs ou que la spasticit\u00e9 n&rsquo;apparaisse (phase initiale d&rsquo;ar\u00e9flexie flasque par choc c\u00e9r\u00e9bral).<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychiatrie, le cas d&rsquo;un patient de 25 ans pr\u00e9sentant une paralysie flasque bilat\u00e9rale des membres inf\u00e9rieurs cons\u00e9cutive \u00e0 un traumatisme psychologique intense illustre une application diff\u00e9rentielle majeure. Face \u00e0 une suspicion de trouble \u00e0 symptomatologie neurologique fonctionnelle (trouble de conversion), l&rsquo;obtention syst\u00e9matique d&rsquo;une r\u00e9ponse cutan\u00e9e plantaire en flexion normale et vigoureuse, coupl\u00e9e \u00e0 l&rsquo;absence rigoureuse d&rsquo;un signe de Babinski apr\u00e8s des stimulations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et m\u00e9thodiques, apporte un soutien solide \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une conservation int\u00e9grale de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 structurelle des voies corticospinales motrices.<\/p>\n<h3>9. Mesure, cotation et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La recherche du signe de Babinski requiert une technique d&rsquo;examen rigoureuse, standardis\u00e9e et minutieuse afin d&rsquo;\u00e9viter tout artefact susceptible d&rsquo;alt\u00e9rer l&rsquo;interpr\u00e9tation clinique. Le patient doit \u00eatre id\u00e9alement install\u00e9 en d\u00e9cubitus dorsal, les membres inf\u00e9rieurs rel\u00e2ch\u00e9s, \u00e9tendus et au repos complet. L&rsquo;examinateur saisit d\u00e9licatement la cheville du patient pour stabiliser l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 distale du membre tout en \u00e9vitant de contraindre excessivement les articulations m\u00e9tatarso-phalangiennes.<\/p>\n<p>La stimulation nociceptive superficielle doit \u00eatre effectu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un corps mousse et non vuln\u00e9rant, tel que la pointe \u00e9mouss\u00e9e d&rsquo;un manche de marteau \u00e0 r\u00e9flexes, une cl\u00e9 plate ou un abaisse-langue en bois biseaut\u00e9. Il est formellement proscrit d&#8217;employer des objets tranchants ou pointus (\u00e9pingles, aiguilles) qui l\u00e9seraient l&rsquo;\u00e9piderme et d\u00e9clencheraient une r\u00e9action de retrait douloureuse non sp\u00e9cifique. Le trac\u00e9 d\u00e9bute \u00e0 la partie post\u00e9ro-externe du talon, remonte le long du bord lat\u00e9ral externe de la vo\u00fbte plantaire, puis s&rsquo;incurve transversalement vers l&rsquo;int\u00e9rieur sous les t\u00eates m\u00e9tatarsiennes en direction de la base du premier orteil, dessinant ainsi une trajectoire en \u00ab crosse de hockey \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des r\u00e9sultats ne repose pas sur une \u00e9chelle num\u00e9rique continue, mais sur une cat\u00e9gorisation qualitative binaire ou ternaire soigneusement document\u00e9e dans le dossier m\u00e9dical :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Pr\u00e9sent \/ Positif :<\/strong> Dorsiflexion tonique lente du gros orteil avec ou sans \u00e9ventail des orteils adjacents (indique formellement un syndrome pyramidal).<\/li>\n<li><strong>Absent \/ N\u00e9gatif :<\/strong> Flexion de tous les orteils (r\u00e9ponse physiologique normale de l&rsquo;adulte sain).<\/li>\n<li><strong>Indiff\u00e9rent \/ \u00c9quivoque :<\/strong> Absence de tout d\u00e9placement des orteils ou pr\u00e9sence d&rsquo;un retrait global r\u00e9flexe rendant la lecture impossible. Dans cette situation, le clinicien recourt aux man\u0153uvres de substitution (Chaddock, Oppenheim) pour pr\u00e9ciser l&rsquo;\u00e9tat du faisceau moteur.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La valeur pratique du signe de Babinski s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 un tr\u00e8s large spectre de disciplines m\u00e9dicales et psychologiques. En neurologie d&rsquo;urgence, la constatation d&rsquo;une r\u00e9ponse plantaire en extension chez un patient admis dans un \u00e9tat comateux ou confus oriente imm\u00e9diatement le clinicien vers une \u00e9tiologie organique structurelle (accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, h\u00e9morragie m\u00e9ning\u00e9e, engagement c\u00e9r\u00e9bral ou processus expansif intracr\u00e2nien) plut\u00f4t que vers une intoxication m\u00e9tabolique simple sans retentissement focal.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la p\u00e9diatrie et du d\u00e9veloppement neurocognitif de l&rsquo;enfant, l&rsquo;\u00e9volution du r\u00e9flexe cutan\u00e9 plantaire sert de biomarqueur fonctionnel du processus de my\u00e9linisation c\u00e9r\u00e9brale. La pr\u00e9sence d&rsquo;un r\u00e9flexe de Babinski est parfaitement normale chez le nouveau-n\u00e9 et le nourrisson durant les douze premiers mois de vie, refl\u00e9tant l&rsquo;immaturit\u00e9 physiologique des axones corticospinaux non encore enti\u00e8rement recouverts de gaines de my\u00e9line. La persistance syst\u00e9matique de ce signe au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00e2ge de deux ans et demi constitue en revanche un signal d&rsquo;alerte clinique imp\u00e9ratif, motivant le d\u00e9pistage d&rsquo;une paralysie c\u00e9r\u00e9brale ou d&rsquo;une enc\u00e9phalopathie d\u00e9veloppementale pr\u00e9coce.<\/p>\n<p>En psychiatrie de liaison et en psychologie clinique, ce signe s\u00e9miologique constitue un juge de paix capital. Lors de bilans diagnostiques portant sur des tableaux moteurs complexes m\u00ealant l\u00e9thargie, mutisme akin\u00e9tique, catatonie ou astasie-abasie, la mise en \u00e9vidence d&rsquo;un signe de Babinski certifie l&rsquo;existence d&rsquo;une composante neuro-organique sous-jacente, pr\u00e9venant l&rsquo;attribution erron\u00e9e de troubles d\u00e9ficitaires s\u00e9v\u00e8res \u00e0 de simples manifestations psychodynamiques ou somatoformes.<\/p>\n<h3>11. Donn\u00e9es de recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique contemporaine a largement \u00e9valu\u00e9 la performance diagnostique du signe de Babinski \u00e0 travers des \u00e9tudes cliniques et \u00e9pid\u00e9miologiques rigoureuses. Les travaux m\u00e9thodologiques synth\u00e9tis\u00e9s notamment par van Gijn (1996) ont d\u00e9montr\u00e9 que si la sensibilit\u00e9 du signe de Babinski oscille entre 50 % et 65 % selon le degr\u00e9 de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;atteinte pyramidale, sa sp\u00e9cificit\u00e9 diagnostique s&rsquo;av\u00e8re exceptionnellement \u00e9lev\u00e9e, atteignant fr\u00e9quemment 95 % \u00e0 99 %. En termes de m\u00e9decine fond\u00e9e sur les preuves, la pr\u00e9sence d&rsquo;un signe de Babinski authentique pr\u00e9sente un rapport de vraisemblance positif (<em>likelihood ratio<\/em>) tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 pour identifier une l\u00e9sion du faisceau corticospinal.<\/p>\n<p>Des investigations neurophysiologiques avanc\u00e9es utilisant l&rsquo;\u00e9lectromyographie (EMG) combin\u00e9e \u00e0 la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne ont mis en lumi\u00e8re le comportement synchrone anormal des unit\u00e9s motrices lors du signe de Babinski. Des chercheurs comme Lance (1980) ont document\u00e9 que l&rsquo;extension de l&rsquo;hallux s&rsquo;accompagne d&rsquo;une d\u00e9charge prolong\u00e9e non seulement dans le muscle <em>extensor hallucis longus<\/em>, mais \u00e9galement d&rsquo;une co-activation anormale des muscles fl\u00e9chisseurs profonds du genou (comme le semi-tendineux), attestant que ce signe clinique n&rsquo;est qu&rsquo;une composante focale visible d&rsquo;un automatisme de triple retrait spinal lib\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes de concordance inter-observateurs men\u00e9es par des \u00e9quipes de neurologues universitaires ont cependant soulign\u00e9 que la pr\u00e9cision de l&rsquo;interpr\u00e9tation d\u00e9pend \u00e9troitement de l&rsquo;exp\u00e9rience du praticien. L&rsquo;une des sources majeures d&rsquo;erreur r\u00e9side dans la confusion entre une extension d&rsquo;\u00e9vitement volontaire rapide provoqu\u00e9e par une stimulation trop douloureuse et la v\u00e9ritable r\u00e9ponse lente pyramidale. La rigueur technique pr\u00e9conis\u00e9e par Joseph Babinski demeure, selon les donn\u00e9es observationnelles modernes, la condition sine qua non de sa reproductibilit\u00e9 inter-examinateurs.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation du signe de Babinski traverse l&rsquo;ensemble des contextes g\u00e9ographiques et culturels sans variabilit\u00e9 biologique ethnique notable, ce qui en fait un invariant universel de l&rsquo;examen physique humain. N\u00e9anmoins, l&rsquo;interpr\u00e9tation et la faisabilit\u00e9 du geste clinique peuvent \u00eatre modul\u00e9es par des facteurs environnementaux et des habitudes de vie locales. Dans les populations habitu\u00e9es \u00e0 marcher pieds nus de fa\u00e7on prolong\u00e9e en milieu rural ou tropical, la pr\u00e9sence d&rsquo;une k\u00e9ratodermie plantaire majeure ou de callosit\u00e9s \u00e9paissies sous la vo\u00fbte plantaire modifie significativement les seuils de sensibilit\u00e9 m\u00e9canor\u00e9ceptrice cutan\u00e9e.<\/p>\n<p>Chez ces individus, une stimulation conventionnelle douce peut s&rsquo;av\u00e9rer totalement inefficace pour exciter les m\u00e9canor\u00e9cepteurs \u00e0 adaptation lente de la peau plantaire, conduisant \u00e0 une fausse indiff\u00e9rence plantaire. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;application d&rsquo;une pression exag\u00e9r\u00e9ment puissante pour compenser l&rsquo;\u00e9paisseur cutan\u00e9e risque de provoquer une douleur vive, entra\u00eenant un r\u00e9flexe de retrait spinal de d\u00e9fense qui masque la r\u00e9ponse intrins\u00e8que des orteils. Le recours aux signes substitutifs cutan\u00e9s de la jambe, tels que la man\u0153uvre de Chaddock ou celle d&rsquo;Oppenheim, devient alors particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux dans ces contextes cliniques particuliers.<\/p>\n<p>Sur le plan symbolique et relationnel, le contact direct avec la plante des pieds rev\u00eat des significations variables selon les cultures, certaines traditions accordant une charge sacr\u00e9e ou au contraire impure \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 podale. Le clinicien doit faire preuve d&rsquo;un tact d\u00e9ontologique exemplaire en expliquant au patient la nature indolore et l&rsquo;objectif diagnostique du geste avant d&rsquo;entamer la manipulation, garantissant une relaxation musculaire maximale indispensable \u00e0 la validit\u00e9 de l&rsquo;examen.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de sa notori\u00e9t\u00e9 plan\u00e9taire et de son utilit\u00e9 clinique \u00e9prouv\u00e9e, le signe de Babinski n&rsquo;est pas exempt de limites s\u00e9miologiques et m\u00e9thodologiques qui font l&rsquo;objet de discussions soutenues au sein de la communaut\u00e9 acad\u00e9mique. La critique principale adress\u00e9e \u00e0 ce signe concerne sa sensibilit\u00e9 diagnostique imparfaite. Une l\u00e9sion av\u00e9r\u00e9e de la voie pyramidale, notamment si elle est aigu\u00eb, d\u00e9butante ou hautement s\u00e9lective, peut parfaitement \u00e9voluer sans d\u00e9clencher de dorsiflexion du gros orteil, se manifestant uniquement par une abolition des r\u00e9flexes cutan\u00e9s abdominaux ou une asym\u00e9trie discr\u00e8te des r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux.<\/p>\n<p>Une seconde limite clinique majeure provient de la complexit\u00e9 diff\u00e9rentielle entre le v\u00e9ritable signe de Babinski et le r\u00e9flexe de retrait nociceptif volontaire ou r\u00e9flexe de fuite. Chez les patients anxieux, hyperalgiques ou hyperesth\u00e9siques, le moindre contact sous la vo\u00fbte plantaire provoque une dorsiflexion explosive et rapide de l&rsquo;hallux, associ\u00e9e \u00e0 une flexion brusque de la cheville et du genou. Les cliniciens non avertis peuvent cataloguer \u00e0 tort cette r\u00e9action d&rsquo;\u00e9chappement comme un \u00ab Babinski positif \u00bb, g\u00e9n\u00e9rant des investigations d&rsquo;imagerie lourdes et inutiles face \u00e0 un syndrome purement fonctionnel ou \u00e9motionnel.<\/p>\n<p>Il existe \u00e9galement des situations pi\u00e8ges li\u00e9es \u00e0 des anomalies anatomiques locales ou des affections du motoneurone inf\u00e9rieur. Par exemple, une ankylose de l&rsquo;articulation m\u00e9tatarso-phalangienne du gros orteil (<em>hallux rigidus<\/em>) emp\u00eache physiquement l&rsquo;extension de l&rsquo;orteil m\u00eame en cas d&rsquo;atteinte pyramidale massive. De m\u00eame, une paralysie isol\u00e9e du muscle long extenseur de l&rsquo;hallux caus\u00e9e par une radiculopathie L5 s\u00e9v\u00e8re ou une atteinte du nerf fibulaire profond rend l&rsquo;expression motrice du signe de Babinski m\u00e9caniquement impossible, trompant le jugement de l&rsquo;examinateur.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le signe de Babinski avec une rigueur s\u00e9miologique optimale, il convient de le comparer et de le distinguer des concepts et man\u0153uvres associ\u00e9s suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e9flexe de d\u00e9fense de triple retrait :<\/strong> Flexion synergique involontaire du membre inf\u00e9rieur associant dorsiflexion du pied, flexion du genou et flexion de la hanche en r\u00e9ponse \u00e0 un stimulus nociceptif. Le signe de Babinski repr\u00e9sente la composante distale fragmentaire de cette m\u00eame synergie m\u00e9dullaire lib\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Signe de Chaddock :<\/strong> R\u00e9ponse plantaire en extension obtenue en frottant la peau de la r\u00e9gion sous-mall\u00e9olaire externe d&rsquo;arri\u00e8re en avant. Moins susceptible d&rsquo;induire une r\u00e9action de retrait nociceptive que la man\u0153uvre plantaire directe.<\/li>\n<li><strong>Signe d&rsquo;Oppenheim :<\/strong> Provocation de l&rsquo;extension de l&rsquo;hallux par pression descendante exerc\u00e9e le long de la face ant\u00e9ro-interne du tibia. Utile en cas d&rsquo;hypersensibilit\u00e9 plantaire marqu\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Signe de Sch\u00e6ffer :<\/strong> Pression vigoureuse du tendon d&rsquo;Achille entra\u00eenant la dorsiflexion du premier orteil en cas d&rsquo;interruption corticospinale.<\/li>\n<li><strong>Signe de Rossolimo :<\/strong> Percussion de la face plantaire de la base des orteils provoquant une flexion plantaire rapide et exag\u00e9r\u00e9e des orteils. Contrairement \u00e0 Babinski, ce signe explore une exag\u00e9ration du r\u00e9flexe myotatique d&rsquo;\u00e9tirement (signe pyramidal hyperr\u00e9flexique) et non un r\u00e9flexe cutan\u00e9 polysynaptique.<\/li>\n<li><strong>Signe de Hoffmann :<\/strong> \u00c9quivalent pyramidal au membre sup\u00e9rieur consistant en une flexion r\u00e9flexe du pouce et de l&rsquo;index d\u00e9clench\u00e9e par un rel\u00e2chement brusque apr\u00e8s pincement de la derni\u00e8re phalange du majeur.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le signe de Babinski demeure sans conteste l&rsquo;un des joyaux de la s\u00e9miologie neurologique clinique. Caract\u00e9ris\u00e9 par une dorsiflexion lente et soutenue de l&rsquo;hallux accompagn\u00e9e ou non d&rsquo;un \u00e9cartement en \u00e9ventail des autres orteils lors du frottement du bord externe de la plante du pied, il traduit une dysfonction du faisceau corticospinal cons\u00e9cutive \u00e0 la perte de l&rsquo;inhibition motrice descendante exerc\u00e9e par le cortex c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Physiologique durant la premi\u00e8re ann\u00e9e de vie en raison de l&rsquo;immaturit\u00e9 my\u00e9linique des voies nerveuses motrices, son observation chez l&rsquo;adulte atteste d&rsquo;une atteinte organique centrale et \u00e9limine cat\u00e9goriquement le diagnostic d&rsquo;un d\u00e9ficit purement fonctionnel ou psychog\u00e8ne. Malgr\u00e9 l&rsquo;av\u00e8nement des technologies d&rsquo;exploration neurobiologique et neuroradiologique de pointe, la simplicit\u00e9, la gratuit\u00e9, l&rsquo;innocuit\u00e9 et la sp\u00e9cificit\u00e9 clinique exceptionnelle du r\u00e9flexe de Babinski en maintiennent l&rsquo;usage imp\u00e9ratif dans la routine m\u00e9dicale universelle.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Babinski, J. (1896). Sur le r\u00e9flexe cutan\u00e9 plantaire dans certaines affections organiques du syst\u00e8me nerveux central. <em>Comptes Rendus des S\u00e9ances de la Soci\u00e9t\u00e9 de Biologie<\/em>, 48, 207\u2013208. <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k5402377w\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k5402377w<\/a><\/li>\n<li>Babinski, J. (1898). Du ph\u00e9nom\u00e8ne des orteils et de sa valeur s\u00e9miologique. <em>La Semaine M\u00e9dicale<\/em>, 18, 321\u2013322.<\/li>\n<li>Lance, J. W. (1980). Pathophysiology of spasticity and clinical evaluation. In R. G. Feldman, R. R. Young, &#038; W. P. Koella (Eds.), <em>Spasticity: Disordered Motor Control<\/em> (pp. 485\u2013494). Year Book Medical Publishers.<\/li>\n<li>Sherrington, C. S. (1910). Flexion-reflex of the limb, crossed extension-reflex, and reflex stepping and standing. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 40(1-2), 28\u2013121. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1910.sp001362\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1910.sp001362<\/a><\/li>\n<li>van Gijn, J. (1996). <em>The Babinski sign: A centenary<\/em>. Universiteit Utrecht.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le signe de Babinski, r\u00e9ponse anormale en extension du gros orteil lors de la stimulation plantaire, est un marqueur clinique majeur d&rsquo;une l\u00e9sion de la voie pyramidale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1045,46,31773],"tags":[1546,2868,36029,30801,36028,30455,34082],"class_list":["post-21525","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie","category-neuropsychologie","category-semiologie-medicale","tag-examen-clinique","tag-neurophysiologie","tag-reflexe-plantaire","tag-semiologie-neurologique","tag-signe-de-babinski","tag-syndrome-pyramidal","tag-voie-pyramidale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21525","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21525\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21525"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21525"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21525"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}