{"id":21518,"date":"2026-10-25T21:23:13","date_gmt":"2026-10-25T21:23:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=onde-b-electroretinogramme"},"modified":"2026-10-25T21:23:13","modified_gmt":"2026-10-25T21:23:13","slug":"onde-b-electroretinogramme","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=onde-b-electroretinogramme","title":{"rendered":"Onde b de l&rsquo;ERG : La signature r\u00e9tinienne"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9lectror\u00e9tinogramme constitue une fen\u00eatre \u00e9lectrophysiologique privil\u00e9gi\u00e9e sur le syst\u00e8me nerveux central en enregistrant les potentiels d&rsquo;action et les flux ioniques r\u00e9tiniens suscit\u00e9s par une stimulation lumineuse. Au c\u0153ur de cette analyse fonctionnelle, l&rsquo;<strong>onde b de l&rsquo;\u00e9lectror\u00e9tinogramme<\/strong> repr\u00e9sente la d\u00e9flexion positive majeure refl\u00e9tant le traitement synaptique et neuronal au sein des couches moyennes de la r\u00e9tine. En neurosciences cognitives, en psychiatrie biologique et en psychophysiologie visuelle, cette composante bio\u00e9lectrique offre un mod\u00e8le translationnel d&rsquo;une valeur inestimable pour d\u00e9chiffrer les anomalies de neurotransmission partag\u00e9es entre la r\u00e9tine et l&rsquo;enc\u00e9phale.<\/p>\n<h2>Onde b de l&rsquo;\u00e9lectror\u00e9tinogramme<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>onde b de l&rsquo;\u00e9lectror\u00e9tinogramme<\/strong> (ERG) est la premi\u00e8re composante positive majeure du trac\u00e9 \u00e9lectror\u00e9tinographique standardis\u00e9, survenant imm\u00e9diatement apr\u00e8s la d\u00e9flexion n\u00e9gative initiale appel\u00e9e onde a. D&rsquo;un point de vue physiologique, elle traduit la r\u00e9ponse \u00e9lectrique synchrone et combin\u00e9e des cellules bipolaires d\u00e9polarisantes (cellules bipolaires ON) et l&rsquo;activit\u00e9 des cellules gliales de M\u00fcller qui r\u00e9gulent les fluctuations extracellulaires d&rsquo;ions potassium induites par la cascade visuelle.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel et psychophysiologique, l&rsquo;onde b permet de quantifier l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la transmission de l&rsquo;information lumineuse entre les photor\u00e9cepteurs p\u00e9riph\u00e9riques et les circuits neuronaux d&rsquo;ordre secondaire. Elle se caract\u00e9rise par deux param\u00e8tres m\u00e9trologiques principaux : son amplitude, mesur\u00e9e du creux de l&rsquo;onde a jusqu&rsquo;au sommet de l&rsquo;onde b, et son temps de culmination (ou temps implicite), qui correspond au d\u00e9lai temporel \u00e9coul\u00e9 entre l&rsquo;\u00e9mission de l&rsquo;\u00e9clair lumineux et l&rsquo;atteinte du pic maximal de la d\u00e9polarisation.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab onde \u00bb provient du latin <em>unda<\/em>, signifiant flot, vague ou agitation liquide, utilis\u00e9 dans le vocabulaire physique moderne pour caract\u00e9riser une oscillation p\u00e9riodique ou une perturbation qui se propage dans un milieu continu. La lettre \u00ab b \u00bb d\u00e9rive de la nomenclature alphab\u00e9tique s\u00e9quentielle \u00e9tablie par les pionniers de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie sensorielle \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, qui assignaient des lettres de l&rsquo;alphabet latin aux d\u00e9flexions successives observ\u00e9es sur les enregistrements galvanom\u00e9triques.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab \u00e9lectror\u00e9tinogramme \u00bb est un n\u00e9ologisme scientifique hybride compos\u00e9 de trois racines distinctes : le grec <em>\u0113lektron<\/em> (ambre jaune, source originelle des observations \u00e9lectrostatiques), le latin m\u00e9di\u00e9val <em>retina<\/em> (d\u00e9riv\u00e9 de <em>rete<\/em>, signifiant \u00ab filet \u00bb ou \u00ab r\u00e9seau \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la structure trab\u00e9culaire des vaisseaux et des fibres nerveuses du fond d&rsquo;\u0153il), et le grec <em>gramma<\/em> (caract\u00e8re d&rsquo;\u00e9criture, lettre, ou trac\u00e9 graphique). L&rsquo;expression a \u00e9t\u00e9 introduite dans le langage scientifique international pour d\u00e9signer le protocole de d\u00e9tection de la diff\u00e9rence de potentiel g\u00e9n\u00e9r\u00e9e \u00e0 travers l&rsquo;\u0153il en r\u00e9ponse \u00e0 un influx photonique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se transcrit en fran\u00e7ais standard par \/\u0254\u0303d be d\u0259 le.l\u025bk.t\u0281o.\u0281e.ti.n\u0254.\u0261\u0281am\/. Du point de vue grammatical, \u00ab onde \u00bb est un substantif f\u00e9minin singulier, dont l&rsquo;ellipse syntagmatique \u00ab onde b \u00bb conserve la forme f\u00e9minine invariable dans la majorit\u00e9 des contextes m\u00e9dicaux et universitaires. L&rsquo;acronyme anglophone international \u00e9quivalent est couramment <em>b-wave of the ERG<\/em>.<\/p>\n<p>Dans les publications scientifiques francophones, le terme s&#8217;emploie le plus souvent au singulier pour caract\u00e9riser l&rsquo;onde positive dans sa globalit\u00e9, mais peut appara\u00eetre au pluriel (\u00ab ondes b \u00bb) lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de comparer diff\u00e9rentes conditions d&rsquo;adaptation lumineuse (scotopique versus photopique) ou des s\u00e9ries d&rsquo;oscillations enregistr\u00e9es chez des cohortes cliniques distinctes. Son emploi requiert la pr\u00e9position d&rsquo;appartenance (\u00ab de l&rsquo;\u00e9lectror\u00e9tinogramme \u00bb) afin de pr\u00e9venir toute confusion avec d&rsquo;autres d\u00e9flexions biophysiques homonymes issues d&rsquo;organes sensoriels collat\u00e9raux.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;architecture conceptuelle de l&rsquo;onde b, il est indispensable de replacer la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9tine\">r\u00e9tine<\/a> dans son statut ontog\u00e9nique v\u00e9ritable : un tissu nerveux ectodermique faisant partie int\u00e9grante du syst\u00e8me nerveux central, dont la s\u00e9gr\u00e9gation physique hors de la bo\u00eete cr\u00e2nienne d\u00e9coule de l&rsquo;\u00e9vagination du dienc\u00e9phale embryonnaire. Lorsqu&rsquo;un photon traverse la structure corn\u00e9enne et cristallinienne pour frapper les pigments photor\u00e9cepteurs (rhodopsine dans les b\u00e2tonnets ou opsines dans les c\u00f4nes), il d\u00e9clenche une cascade biochimique d&rsquo;isom\u00e9risation qui entra\u00eene la fermeture des canaux sodiques cGMP-d\u00e9pendants et une hyperpolarisation membranaire visible sous la forme de l&rsquo;onde a.<\/p>\n<p>Cette fermeture des canaux membranaires des photor\u00e9cepteurs diminue l&rsquo;exocytose tonique de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acide_glutamique\">glutamate<\/a> au niveau de la fente synaptique r\u00e9tinienne externe. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette r\u00e9duction de glutamate qui d\u00e9clenche la gen\u00e8se de l&rsquo;onde b. Les cellules bipolaires \u00e0 d\u00e9polarisation (cellules bipolaires ON), r\u00e9gul\u00e9es par des r\u00e9cepteurs m\u00e9tabotropiques du glutamate de type 6 (mGluR6), se trouvent d\u00e9sinhib\u00e9es par la baisse du neurom\u00e9diateur et d\u00e9polarisent vigoureusement. Ce courant cationique entrant modifie la teneur en ions potassium dans l&rsquo;espace sous-r\u00e9tinien.<\/p>\n<p>Les cellules gliales de M\u00fcller, qui agissent comme des \u00e9l\u00e9ments de soutien architecturaux et hom\u00e9ostatiques traversant verticalement l&rsquo;ensemble des couches r\u00e9tiniennes, captent cet exc\u00e8s de potassium ionique et conduisent un flux de courant spatial transr\u00e9tinien. Bien que des recherches \u00e9lectrophysiologiques contemporaines d\u00e9montrent que le flux \u00e9lectrique intrins\u00e8que des cellules bipolaires ON participe directement au voltage de cr\u00eate, le couplage glio-neuronal orchestr\u00e9 par les cellules de M\u00fcller demeure l&rsquo;amplificateur biophysique pr\u00e9dominant de l&rsquo;amplitude de l&rsquo;onde b mesur\u00e9e aux \u00e9lectrodes de surface corn\u00e9ennes.<\/p>\n<p>L&rsquo;onde b ne repr\u00e9sente donc pas simplement une sommation passive de stimuli lumineux, mais l&rsquo;expression dynamique d&rsquo;un r\u00e9seau computationnel interm\u00e9diaire. Elle int\u00e8gre des boucles de r\u00e9troaction complexes m\u00e9di\u00e9es par les cellules horizontales en amont, les cellules amacrines en aval et des syst\u00e8mes d&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque gabaergiques et dopaminergiques. Son amplitude refl\u00e8te ainsi l&rsquo;efficacit\u00e9 du couplage synaptique, la densit\u00e9 des cellules bipolaires fonctionnelles et l&rsquo;hom\u00e9ostasie ionique gliale, tandis que son temps de culmination informe sur la cin\u00e9tique enzymatique et la rapidit\u00e9 des canaux membranaires r\u00e9cepteurs.<\/p>\n<p>En psychophysiologie et en psychologie clinique, l&rsquo;onde b acquiert une r\u00e9sonance particuli\u00e8re dans le paradigme de \u00ab la r\u00e9tine comme biomarqueur c\u00e9r\u00e9bral \u00bb. Dans la mesure o\u00f9 les voies synaptiques r\u00e9tiniennes exploitent les m\u00eames r\u00e9cepteurs, messagers secondaires et transporteurs ioniques que le cortex pr\u00e9frontal, les perturbations \u00e9lectrophysiologiques de l&rsquo;onde b fournissent une lecture non invasive des dysfonctionnements synaptiques centraux.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte des signaux \u00e9lectriques oculaires remonte \u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e 1865, lorsque le physiologiste su\u00e9dois Alarik Frithiof Holmgren observa pour la premi\u00e8re fois qu&rsquo;un stimulus lumineux appliqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u0153il d&rsquo;un amphibien g\u00e9n\u00e9rait une variation transitoire de potentiel \u00e9lectrique mesurable entre la corn\u00e9e et le p\u00f4le post\u00e9rieur du globe oculaire. Ind\u00e9pendamment de ces travaux, James Dewar et John Gray McKendrick confirm\u00e8rent ces observations en \u00c9cosse en 1873, \u00e9largissant les enregistrements \u00e0 diverses esp\u00e8ces animales.<\/p>\n<p>Toutefois, l&rsquo;architecture analytique de l&rsquo;\u00e9lectror\u00e9tinogramme moderne a v\u00e9ritablement \u00e9merg\u00e9 gr\u00e2ce aux travaux fondateurs de Ragnar Granit au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930. En soumettant la r\u00e9tine de mammif\u00e8res \u00e0 diff\u00e9rentes profondeurs d&rsquo;anesth\u00e9sie pharmacologique et \u00e0 des asphyxies contr\u00f4l\u00e9es, Granit d\u00e9composa le trac\u00e9 global en trois processus distincts not\u00e9s PI, PII et PIII. Il identifia que le composant PII correspondait sp\u00e9cifiquement \u00e0 la d\u00e9flexion positive rapide, ce qui allait devenir la d\u00e9nomination universelle de l&rsquo;onde b. Ces contributions majeures \u00e0 l&rsquo;\u00e9lucidation de la neurophysiologie visuelle valurent \u00e0 Ragnar Granit le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1967.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;ophtalmologiste Lorrin Riggs et le chercheur Jerry Karpe ont d\u00e9velopp\u00e9 des \u00e9lectrodes de contact corn\u00e9ennes adapt\u00e9es \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, permettant \u00e0 l&rsquo;ERG de franchir la fronti\u00e8re entre l&rsquo;exp\u00e9rimentation animale en laboratoire et le diagnostic clinique hospitalier. La compr\u00e9hension biophysique de l&rsquo;onde b a franchi un palier d\u00e9cisif dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, notamment gr\u00e2ce aux \u00e9tudes intracellulaires conduites par Richard Miller, Eric Newman et Robert Stockton, qui ont prouv\u00e9 le r\u00f4le pivot des courants de potassium transgliaux traversant les cellules de M\u00fcller dans la morphologie de cette onde.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;or\u00e9e du XXIe si\u00e8cle, la standardisation internationale impuls\u00e9e par l&rsquo;International Society for Clinical Electrophysiology of Vision (ISCEV) a formalis\u00e9 des protocoles rigoureux d&rsquo;enregistrement scotopique et photopique. Parall\u00e8lement, des \u00e9quipes de recherche en psychiatrie biologique, notamment au Canada sous l&rsquo;impulsion de Marc H\u00e9bert et de ses collaborateurs, ont \u00e9tendu l&rsquo;utilisation de l&rsquo;onde b au-del\u00e0 de l&rsquo;ophtalmologie classique pour en faire une sonde fonctionnelle des anomalies de neurotransmission dans les troubles de l&rsquo;humeur et la schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;assise th\u00e9orique de l&rsquo;onde b repose sur le concept de dip\u00f4le \u00e9lectrique spatial g\u00e9n\u00e9r\u00e9 au sein d&rsquo;un milieu conducteur volumique h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. La r\u00e9tine forme une structure laminaire hautement organis\u00e9e, assimilable \u00e0 un ensemble de r\u00e9sistances et de capacit\u00e9s \u00e9lectriques ordonn\u00e9es en s\u00e9rie et en parall\u00e8le. Lorsqu&rsquo;un changement de conductance survient simultan\u00e9ment sur des millions de cellules orient\u00e9es parall\u00e8lement dans le plan radial, les lignes de champ \u00e9lectrique traversent le vitr\u00e9, la chambre ant\u00e9rieure et la corn\u00e9e pour se fermer via le compartiment scl\u00e9ral et orbitaire.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrochimique, le mod\u00e8le classique postule que l&rsquo;illumination entra\u00eene une diminution de la concentration extracellulaire de potassium ([K+]o) dans la couche plexiforme externe, sous l&rsquo;effet de l&rsquo;arr\u00eat de lib\u00e9ration de potassium par les photor\u00e9cepteurs. Simultan\u00e9ment, la d\u00e9polarisation massive des cellules bipolaires ON provoque une lib\u00e9ration accrue de potassium dans la couche plexiforme interne. Cette disparit\u00e9 spatiale de [K+]o le long de l&rsquo;axe longitudinal des cellules gliales de M\u00fcller g\u00e9n\u00e8re un potentiel trans\u00e9pith\u00e9lial et transr\u00e9tinien.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le ionique contemporain a nuanc\u00e9 cette primaut\u00e9 gliale exclusive. Des enregistrements en patch-clamp et des mod\u00e8les pharmacologiques chez les primates non humains ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;inhibition cibl\u00e9e des canaux potassiques gliaux de type Kir4.1 n&rsquo;abolit pas totalement l&rsquo;onde b, bien qu&rsquo;elle en r\u00e9duise substantiellement le profil d&rsquo;amplitude. Une contribution directe d\u00e9coule donc des courants transmembranaires post-synaptiques intrins\u00e8ques aux cellules bipolaires ON elles-m\u00eames, amplifi\u00e9s et conduits par le syncytium glial de M\u00fcller.<\/p>\n<p>Du point de vue de la psychophysique et des neurosciences computationnelles, la gen\u00e8se de l&rsquo;onde b ob\u00e9it \u00e0 la dynamique non lin\u00e9aire d\u00e9crite par l&rsquo;\u00e9quation de Naka-Rushton :<\/p>\n<p><em>V(I) = (Vmax * I^n) \/ (I^n + sigma^n)<\/em><\/p>\n<p>Dans cette formalisation math\u00e9matique, <em>V<\/em> repr\u00e9sente l&rsquo;amplitude observ\u00e9e de l&rsquo;onde b, <em>Vmax<\/em> incarne l&rsquo;amplitude maximale saturante du syst\u00e8me r\u00e9tinien, <em>I<\/em> d\u00e9finit l&rsquo;intensit\u00e9 de la stimulation photonique, <em>n<\/em> est un coefficient de pente refl\u00e9tant la coop\u00e9rativit\u00e9 des r\u00e9cepteurs membranaires, et <em>sigma<\/em> repr\u00e9sente la constante de demi-saturation, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;intensit\u00e9 lumineuse requise pour susciter la moiti\u00e9 de la r\u00e9ponse maximale. Ce mod\u00e8le math\u00e9matique offre un pont analytique fondamental entre la biophysique mol\u00e9culaire des canaux synaptiques et la sensibilit\u00e9 globale de l&rsquo;appareil visuel humain.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;onde b ne constitue pas un signal uniforme ; sa morphologie, son amplitude et sa cin\u00e9tique oscillent drastiquement selon les protocoles d&rsquo;adaptation r\u00e9tinienne et la composition spectrale du flash lumineux utilis\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Onde b scotopique pure (r\u00e9ponse en b\u00e2tonnets isol\u00e9e) :<\/strong> Enregistr\u00e9e apr\u00e8s une p\u00e9riode d&rsquo;adaptation \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9 d&rsquo;au moins vingt minutes en r\u00e9ponse \u00e0 un flash de tr\u00e8s faible luminance (environ 0,01 cd\u00b7s\u00b7m\u207b\u00b2). Dans cette modalit\u00e9, l&rsquo;onde a est absente ou indiscernable, et le trac\u00e9 consiste en une onde b lente et arrondie d&rsquo;une amplitude moyenne de 150 \u00e0 300 microvolts, dont le temps de culmination culmine entre 70 et 100 millisecondes, refl\u00e9tant l&rsquo;activation exclusive des circuits \u00e0 b\u00e2tonnets m\u00e9di\u00e9s par les cellules bipolaires \u00e0 b\u00e2tonnets.<\/li>\n<li><strong>Onde b scotopique maximale (r\u00e9ponse combin\u00e9e c\u00f4nes-b\u00e2tonnets) :<\/strong> Obtenue en stimulant l&rsquo;\u0153il adapt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9 avec un \u00e9clair standard de haute intensit\u00e9 (3,0 cd\u00b7s\u00b7m\u207b\u00b2 ou 10,0 cd\u00b7s\u00b7m\u207b\u00b2). Elle pr\u00e9sente une onde a abrupte et profonde suivie d&rsquo;une onde b de tr\u00e8s grande amplitude (souvent comprise entre 350 et 600 microvolts) dont le front montant rapide est cr\u00e9nel\u00e9 par de petites d\u00e9flexions \u00e0 haute fr\u00e9quence d\u00e9nomm\u00e9es potentiels oscillatoires.<\/li>\n<li><strong>Potentiels oscillatoires (PO) :<\/strong> Sous-composantes rythmiques de haute fr\u00e9quence (100 \u00e0 160 Hz) surimpos\u00e9es sur la branche ascendante de l&rsquo;onde b scotopique. Ils prennent naissance au sein de la r\u00e9tine interne et d\u00e9pendent \u00e9troitement des boucles de r\u00e9troaction r\u00e9trogrades entre les cellules amacrines, les cellules interplexiformes et les cellules bipolaires, sous modulation directe des circuits <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acide_%CE%B3-aminobutyrique\">GABA<\/a> et de la dopamine.<\/li>\n<li><strong>Onde b photopique (r\u00e9ponse des c\u00f4nes) :<\/strong> Enregistr\u00e9e chez un sujet adapt\u00e9 \u00e0 une lumi\u00e8re d&rsquo;ambiance saturant les b\u00e2tonnets (fond blanc de 30 cd\u00b7s\u00b7m\u207b\u00b2) stimul\u00e9e par des \u00e9clairs lumineux r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de 3,0 cd\u00b7s\u00b7m\u207b\u00b2. L&rsquo;onde b photopique est beaucoup plus br\u00e8ve, avec un temps de culmination avoisinant 28 \u00e0 32 millisecondes et une amplitude typiquement comprise entre 90 et 200 microvolts, repr\u00e9sentant l&rsquo;activit\u00e9 conjugu\u00e9e des cellules bipolaires ON et OFF du syst\u00e8me des c\u00f4nes.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9ponse au papillotement photopique (Flicker \u00e0 30 Hz) :<\/strong> Mesure dynamique de la capacit\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9ration synaptique des c\u00f4nes et de leurs cellules bipolaires associ\u00e9es soumises \u00e0 un train d&rsquo;\u00e9clairs stroboscopiques \u00e0 haute fr\u00e9quence. L&rsquo;amplitude et la phase temporelle de l&rsquo;onde b r\u00e9sultante traduisent la v\u00e9locit\u00e9 m\u00e9tabolique et le recaptage des neurotransmetteurs au sein des synapses coniques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la port\u00e9e clinique et diagnostique de l&rsquo;onde b, plusieurs sc\u00e9narios pathophysiologiques prototypiques mettent en lumi\u00e8re sa sensibilit\u00e9 aux alt\u00e9rations structurelles et mol\u00e9culaires du syst\u00e8me nerveux.<\/p>\n<p>Un premier cas clinique d\u00e9monstratif est celui de l&rsquo;<strong>\u00e9lectror\u00e9tinogramme n\u00e9gatif<\/strong>, classiquement rencontr\u00e9 dans le r\u00e9tinoschisis juv\u00e9nile li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;X ou dans la c\u00e9cit\u00e9 nocturne cong\u00e9nitale stationnaire (CSNB). Dans cette configuration pathologique frappante, l&rsquo;onde a conserve une amplitude rigoureusement normale, signalant que les photor\u00e9cepteurs convertissent ad\u00e9quatement les photons en signal \u00e9lectrique. En revanche, l&rsquo;onde b s&rsquo;effondre dramatiquement ou s&rsquo;annule, faisant chuter le rapport b\/a bien en de\u00e7\u00e0 de 1,0. Ce profil atteste d&rsquo;un blocage s\u00e9lectif de la synapse entre les photor\u00e9cepteurs et les cellules bipolaires, fr\u00e9quemment li\u00e9 \u00e0 des mutations g\u00e9n\u00e9tiques affectant des prot\u00e9ines synaptiques indispensables comme la nyctalopine ou les canaux calciques voltage-d\u00e9pendants Cav1.4.<\/p>\n<p>Un second exemple pertinent \u00e9mane de la neuro-psychiatrie biologique contemporaine. Un patient \u00e2g\u00e9 de 24 ans pr\u00e9sentant un premier \u00e9pisode psychotique aigu avec des ant\u00e9c\u00e9dents familiaux de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizopr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a> est soumis \u00e0 une \u00e9valuation par \u00e9lectror\u00e9tinographie standardis\u00e9e. Le trac\u00e9 scotopique et photopique r\u00e9v\u00e8le une diminution statistiquement significative de l&rsquo;amplitude de l&rsquo;onde b (diminution de plus de 30 % par rapport aux normes appari\u00e9es selon l&rsquo;\u00e2ge), accompagn\u00e9e d&rsquo;un allongement discret du temps de culmination photopique, sans aucune atteinte ophtalmologique structurelle visible au fond d&rsquo;\u0153il. Cette anomalie fonctionnelle t\u00e9moigne d&rsquo;une hypofonction des r\u00e9cepteurs glutamatergiques de type NMDA et d&rsquo;une alt\u00e9ration de la signalisation dopaminergique r\u00e9tinienne, fournissant un marqueur \u00e9lectrophysiologique objectif concordant avec les mod\u00e8les neurod\u00e9veloppementaux de la psychose.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me cas illustratif concerne l&rsquo;isch\u00e9mie r\u00e9tinienne aigu\u00eb secondaire \u00e0 une occlusion de l&rsquo;art\u00e8re centrale de la r\u00e9tine. Alors que la choro\u00efde irrigue la couche externe des photor\u00e9cepteurs (pr\u00e9servant ainsi temporairement l&rsquo;onde a), l&rsquo;art\u00e8re centrale assure la perfusion de la r\u00e9tine interne et moyenne o\u00f9 si\u00e8gent les cellules bipolaires et gliales. L&rsquo;extinction imm\u00e9diate de l&rsquo;onde b lors de cet accident vasculaire constitue la signature d&rsquo;une anoxie cellulaire foudroyante dans les circuits synaptiques internes, d\u00e9montrant la d\u00e9pendance m\u00e9tabolique extr\u00eame de l&rsquo;onde b vis-\u00e0-vis du flux sanguin r\u00e9tinien.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;enregistrement rigoureux de l&rsquo;onde b ob\u00e9it aux directives m\u00e9thodologiques rigoureuses \u00e9tablies par l&rsquo;ISCEV. L&rsquo;acquisition du signal n\u00e9cessite un appareillage \u00e9lectrophysiologique de haute pr\u00e9cision comprenant des \u00e9lectrodes de d\u00e9tection corn\u00e9ennes ou corn\u00e9o-scl\u00e9rales, des amplificateurs diff\u00e9rentiels \u00e0 faible bruit de fond, et un stimulateur lumineux de type champ int\u00e9gral (stimulateur de Ganzfeld) assurant un \u00e9clairement r\u00e9tinien isotrope et homog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Les capteurs \u00e9lectrophysiologiques employ\u00e9s se divisent en plusieurs cat\u00e9gories :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9lectrodes corn\u00e9ennes de contact :<\/strong> Telles que les lentilles de Burian-Allen \u00e9quip\u00e9es d&rsquo;un anneau de platine int\u00e9gr\u00e9, ou les \u00e9lectrodes DTL (fil fin de nylon impr\u00e9gn\u00e9 d&rsquo;argent d\u00e9pos\u00e9 dans le cul-de-sac conjonctival inf\u00e9rieur). Le fil DTL offre un \u00e9quilibre remarquable entre confort du participant et amplitude robuste du signal, le rendant particuli\u00e8rement propice aux recherches en psychologie et en neuropsychiatrie chez des populations sensibles ou anxieuses.<\/li>\n<li><strong>\u00c9lectrodes cutan\u00e9es de paupi\u00e8re :<\/strong> Moins invasives, ces \u00e9lectrodes adh\u00e9sives sont positionn\u00e9es sur la paupi\u00e8re inf\u00e9rieure. Bien qu&rsquo;elles occasionnent une att\u00e9nuation de l&rsquo;amplitude du signal de 70 \u00e0 80 % en raison de l&rsquo;imp\u00e9dance tissulaire sous-cutan\u00e9e, elles autorisent des protocoles de d\u00e9pistage ambulatoires simplifi\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le protocole exp\u00e9rimental requiert imp\u00e9rativement une dilatation pupillaire pharmacologique compl\u00e8te (mydriase maximale obtenue par instillation de tropicamide et de ph\u00e9nyl\u00e9phrine) afin de garantir que la surface d&rsquo;entr\u00e9e lumineuse pupillaire demeure constante tout au long de l&rsquo;\u00e9preuve. Apr\u00e8s instillation d&rsquo;un anesth\u00e9sique topique local (oxybuproca\u00efne), l&rsquo;adaptation \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9 totale d\u00e9bute dans une pi\u00e8ce opaque durant vingt minutes pour stabiliser la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de la rhodopsine des b\u00e2tonnets.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse informatis\u00e9e du trac\u00e9 requiert un filtrage fr\u00e9quentiel passe-bande standardis\u00e9 (habituellement de 0,3 Hz \u00e0 300 Hz) pour \u00e9liminer les d\u00e9rives de ligne de base galvaniques lentes et les interf\u00e9rences \u00e9lectriques du secteur (50 ou 60 Hz). L&rsquo;amplitude de l&rsquo;onde b est alors mesur\u00e9e avec pr\u00e9cision depuis le nadir de l&rsquo;onde a (ou depuis la ligne de base z\u00e9ro en l&rsquo;absence d&rsquo;onde a) jusqu&rsquo;au z\u00e9nith de la courbure positive. Le temps de culmination est quantifi\u00e9 avec une r\u00e9solution temporelle millim\u00e9trique depuis l&rsquo;impulsion lumineuse jusqu&rsquo;au sommet du pic. Toute interpr\u00e9tation doit \u00eatre compar\u00e9e aux distributions percentil\u00e9es d&rsquo;une base de donn\u00e9es normative locale, ajust\u00e9e en fonction de l&rsquo;\u00e2ge et de la r\u00e9fraction oculaire du sujet.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation de l&rsquo;onde b poss\u00e8de un champ d&rsquo;applications remarquablement diversifi\u00e9, s&rsquo;\u00e9tendant du diagnostic nosologique des r\u00e9tinopathies g\u00e9n\u00e9tiques jusqu&rsquo;aux investigations translationnelles de pointe en sant\u00e9 mentale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Psychiatrie translationnelle et biomarqueurs des troubles de l&rsquo;humeur :<\/strong> Dans le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_bipolaire\">trouble bipolaire<\/a> et le trouble d\u00e9pressif majeur, les modulations de l&rsquo;amplitude de l&rsquo;onde b sous conditions scotopiques et photopiques ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9es \u00e0 des dysfonctionnements monoaminergiques. De mani\u00e8re fascinante, des \u00e9tudes sur le trouble affectif saisonnier (TAS) d\u00e9montrent une baisse significative de la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;onde b en hiver, qui se normalise sous l&rsquo;effet d&rsquo;une phototh\u00e9rapie matinale efficace, faisant de l&rsquo;onde b un marqueur objectif de r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique.<\/li>\n<li><strong>Identification des endoph\u00e9notypes de la psychose :<\/strong> Les alt\u00e9rations de l&rsquo;onde b de l&rsquo;ERG constituent l&rsquo;un des candidats endoph\u00e9notypiques les plus prometteurs pour la schizophr\u00e9nie. Des anomalies d&rsquo;amplitude et de latence sont d\u00e9tect\u00e9es non seulement chez les individus atteints de formes chroniques, mais \u00e9galement chez les adolescents \u00e0 tr\u00e8s haut risque clinique de psychose et chez les apparent\u00e9s du premier degr\u00e9 indemnes de tout sympt\u00f4me clinique, sugg\u00e9rant une vuln\u00e9rabilit\u00e9 neuro-synaptique partag\u00e9e d&rsquo;origine g\u00e9n\u00e9tique.<\/li>\n<li><strong>Neurotoxicologie et pharmacovigilance en psychopharmacologie :<\/strong> Plusieurs mol\u00e9cules th\u00e9rapeutiques psychotropes, notamment certains anti\u00e9pileptiques utilis\u00e9s comme r\u00e9gulateurs de l&rsquo;humeur (vigabatrine, valproate de sodium) ou des antipsychotiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration (ph\u00e9nothiazines), peuvent induire une toxicit\u00e9 r\u00e9tinienne cumulative. Le suivi longitudinal de l&rsquo;onde b permet de d\u00e9tecter une alt\u00e9ration synaptique infrasonique bien avant l&rsquo;apparition de scotomes irr\u00e9versibles au champ visuel.<\/li>\n<li><strong>Diagnostic des d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescences r\u00e9tiniennes h\u00e9r\u00e9ditaires :<\/strong> Dans la r\u00e9tinite pigmentaire, l&rsquo;onde b scotopique subit une extinction progressive et pr\u00e9coce, pr\u00e9c\u00e9dant de plusieurs ann\u00e9es l&rsquo;apparition des d\u00e9p\u00f4ts pigmentaires osseux d\u00e9celables \u00e0 l&rsquo;ophtalmoscopie. L&rsquo;onde b guide ainsi la confirmation diagnostique mol\u00e9culaire et l&rsquo;\u00e9ligibilit\u00e9 aux th\u00e9rapies g\u00e9niques \u00e9mergentes.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, la recherche empirique liant l&rsquo;onde b aux neurosciences fondamentales s&rsquo;est consid\u00e9rablement intensifi\u00e9e. Les \u00e9tudes conduites par H\u00e9bert et son \u00e9quipe \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Laval ont d\u00e9montr\u00e9 de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e que les patients atteints de schizophr\u00e9nie pr\u00e9sentent une diminution conjointe des amplitudes des ondes a et b sous adaptation \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9, avec un effet de taille moyen \u00e0 grand (<em>d<\/em> de Cohen compris entre 0,6 et 0,9). Ces r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9pliqu\u00e9s de mani\u00e8re ind\u00e9pendante par des cohortes europ\u00e9ennes et nord-am\u00e9ricaines, consolidant l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une dysfonction des r\u00e9cepteurs glutamatergiques et dopaminergiques partag\u00e9e au sein du neuro-axe r\u00e9tino-cortical.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les travaux pionniers de Schwitzer et de ses coll\u00e8gues ont examin\u00e9 les anomalies de l&rsquo;onde b dans les d\u00e9pendances chimiques, notamment chez les consommateurs chroniques de coca\u00efne et d&rsquo;alcool. Leurs donn\u00e9es indiquent que la privation et le sevrage s&rsquo;accompagnent de perturbations de la dynamique temporelle de l&rsquo;onde b photopique, r\u00e9v\u00e9lant un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9puisement dopaminergique r\u00e9tinien corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 du craving et \u00e0 la dur\u00e9e de l&rsquo;exposition \u00e0 la substance.<\/p>\n<p>Dans le domaine des troubles du spectre de l&rsquo;autisme (TSA), les investigations en \u00e9lectrophysiologie visuelle ont mis en \u00e9vidence des alt\u00e9rations distinctives de la r\u00e9ponse en onde b photopique. Plusieurs protocoles r\u00e9v\u00e8lent une r\u00e9duction des potentiels oscillatoires et une modification du rapport onde b\/onde a, sugg\u00e9rant un d\u00e9s\u00e9quilibre fondamental entre les syst\u00e8mes d&rsquo;excitation glutamatergique et d&rsquo;inhibition GABAergique, ce qui corrobore la th\u00e9orie neurobiologique centrale du ratio excitation\/inhibition perturb\u00e9 dans l&rsquo;autisme.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;onde b mesure un processus biophysique direct, son recueil, son interpr\u00e9tation et son acceptabilit\u00e9 clinique d\u00e9pendent de facteurs d\u00e9mographiques, pigmentaires et environnementaux notables. La pigmentation du fond d&rsquo;\u0153il, intimement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine biog\u00e9ographique et \u00e0 la concentration en m\u00e9lanine dans l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium pigmentaire r\u00e9tinien, influence indirectement la dispersion de la lumi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la cavit\u00e9 oculaire. Les individus \u00e0 forte pigmentation oculaire pr\u00e9sentent en moyenne des amplitudes d&rsquo;onde b l\u00e9g\u00e8rement inf\u00e9rieures \u00e0 celles de sujets \u00e0 faible pigmentation m\u00e9lanique, en raison d&rsquo;une absorption photonique sup\u00e9rieure qui r\u00e9duit la lumi\u00e8re diffuse intraoculaire.<\/p>\n<p>Sur le plan contextuel et ergonomique, l&rsquo;administration d&rsquo;un test \u00e9lectror\u00e9tinographique corn\u00e9en peut induire un sentiment d&rsquo;appr\u00e9hension ou d&rsquo;inconfort tactile significatif selon les cultures et les repr\u00e9sentations individuelles relatives aux interventions oculaires directes. L&rsquo;adaptation de l&rsquo;instrumentation vers des \u00e9lectrodes cutan\u00e9es moins invasives ou vers des syst\u00e8mes portables d&rsquo;\u00e9lectror\u00e9tinographie manuelle (tels que le syst\u00e8me RET<i>eval<\/i>) a consid\u00e9rablement \u00e9largi l&rsquo;accessibilit\u00e9 de ces mesures dans les pays \u00e0 revenu interm\u00e9diaire, en p\u00e9diatrie et au sein de populations historiquement marginalis\u00e9es des grandes cohortes de recherche en neurophysiologie.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites m\u00e9thodologiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance th\u00e9orique de l&rsquo;\u00e9lectror\u00e9tinogramme comme marqueur du syst\u00e8me nerveux central, plusieurs limitations techniques et conceptuelles font l&rsquo;objet de vives discussions dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e :<\/p>\n<p>Une premi\u00e8re critique concerne le manque de sp\u00e9cificit\u00e9 nosologique absolue de l&rsquo;onde b. Une r\u00e9duction de son amplitude n&rsquo;est pas pathognomonique d&rsquo;une entit\u00e9 clinique unique ; elle peut aussi bien traduire une schizophr\u00e9nie d\u00e9butante qu&rsquo;une r\u00e9tinopathie diab\u00e9tique infraclinique, un glaucome \u00e0 un stade pr\u00e9coce, une carence en vitamine A, ou simplement une opacification progressive des milieux r\u00e9fringents comme la cataracte s\u00e9nile. Il est donc indispensable d&rsquo;exclure rigoureusement les comorbidit\u00e9s oculaires organiques avant d&rsquo;imputer des variations d&rsquo;onde b \u00e0 des pathologies neuropsychiatriques.<\/p>\n<p>Une seconde controverse porte sur la variabilit\u00e9 interindividuelle et intra-individuelle des param\u00e8tres de mesure. Le diam\u00e8tre pupillaire r\u00e9siduel, l&rsquo;observance du participant quant \u00e0 la fixation visuelle, la fatigue g\u00e9n\u00e9rale, la consommation aigu\u00eb de caf\u00e9ine ou de tabac dans les heures pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;examen, et le positionnement microm\u00e9trique des capteurs de recueil constituent des facteurs confondants majeurs. Sans un contr\u00f4le environnemental extr\u00eamement rigoureux et standardis\u00e9, la reproductibilit\u00e9 des amplitudes d&rsquo;onde b peut fluctuer de 10 \u00e0 20 % d&rsquo;une session \u00e0 l&rsquo;autre chez un m\u00eame sujet sain.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9bat persiste quant \u00e0 la mod\u00e9lisation exacte de l&rsquo;origine cellulaire fine de l&rsquo;onde b chez l&rsquo;\u00eatre humain. Alors que les mod\u00e8les f\u00e9lins et simiens fournissent des aper\u00e7us pr\u00e9cieux, la dissociation absolue entre la part purement neuronale (cellules bipolaires ON) et la part strictement gliale (cellules de M\u00fcller) demeure difficile \u00e0 op\u00e9rer <em>in vivo<\/em> chez l&rsquo;homme sans l&rsquo;administration d&rsquo;inhibiteurs pharmacologiques sp\u00e9cifiques incompatibles avec l&rsquo;\u00e9thique de la recherche clinique humaine.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;onde b avec exactitude, il importe de la discriminer rigoureusement des autres signaux \u00e9lectrophysiologiques du syst\u00e8me visuel :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Onde a :<\/strong> Composante n\u00e9gative initiale pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;onde b. Elle refl\u00e8te exclusivement l&rsquo;hyperpolarisation pr\u00e9coce des photor\u00e9cepteurs r\u00e9tiniens externes (c\u00f4nes et b\u00e2tonnets), tandis que l&rsquo;onde b traduit la transmission synaptique subs\u00e9quente vers les cellules bipolaires et gliales.<\/li>\n<li><strong>Onde c :<\/strong> Ondulation positive tr\u00e8s lente survenant plusieurs secondes apr\u00e8s l&rsquo;onde b, prenant son origine dans l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium pigmentaire r\u00e9tinien en interaction m\u00e9tabolique avec les b\u00e2tonnets, rarement mesur\u00e9e en routine clinique standard en raison de sa sensibilit\u00e9 aux mouvements oculaires lents.<\/li>\n<li><strong>Onde d :<\/strong> D\u00e9flexion positive observ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extinction du stimulus lumineux (r\u00e9ponse OFF) lors d&rsquo;enregistrements utilisant des \u00e9clairs de longue dur\u00e9e (long-duration flash), g\u00e9n\u00e9r\u00e9e principalement par la d\u00e9polarisation des cellules bipolaires OFF.<\/li>\n<li><strong>Potentiels \u00e9voqu\u00e9s visuels (PEV) :<\/strong> Trac\u00e9s \u00e9lectroenc\u00e9phalographiques recueillis sur le scalp occipital (notamment l&rsquo;onde P100) refl\u00e9tant la conduction de l&rsquo;information le long des voies optiques et le traitement au sein du cortex visuel primaire (V1), \u00e0 distinguer fondamentalement de l&rsquo;ERG qui \u00e9value exclusivement la neurophysiologie r\u00e9tinienne p\u00e9riph\u00e9rique.<\/li>\n<li><strong>\u00c9lectro-oculogramme (EOG) :<\/strong> Examen \u00e9valuant le potentiel de repos dipolaire permanent de l&rsquo;\u0153il (rapport de cha\u00eene ou indice d&rsquo;Arden) g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium pigmentaire, sans mesurer directement l&rsquo;activation synaptique dynamique rapide propre \u00e0 l&rsquo;onde b.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;onde b de l&rsquo;\u00e9lectror\u00e9tinogramme constitue le barom\u00e8tre \u00e9lectrophysiologique cardinal de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 synaptique et gliale de la r\u00e9tine moyenne. G\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la synergie fonctionnelle des cellules bipolaires d\u00e9polarisantes et des cellules de M\u00fcller en r\u00e9ponse aux transitions du glutamate, elle fournit des mesures d&rsquo;amplitude et de temps de culmination indispensables \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation fonctionnelle de la vision.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&rsquo;ophtalmologie m\u00e9dicale o\u00f9 elle sert d&rsquo;\u00e9talon-or pour identifier les r\u00e9tinopathies g\u00e9n\u00e9tiques et vasculaires, l&rsquo;onde b s&rsquo;est impos\u00e9e en psychophysiologie et en psychiatrie comme un biomarqueur d&rsquo;une rare finesse. Elle permet d&rsquo;examiner de mani\u00e8re non invasive et hautement objective les perturbations de neurotransmission glutamatergique, GABAergique et dopaminergique partag\u00e9es entre le tissu r\u00e9tinien et le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral dans des pathologies complexes telles que la schizophr\u00e9nie, les troubles de l&rsquo;humeur et l&rsquo;autisme.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Granit, R. (1933). The components of the retinal action potential in mammals and their relation to the discharge of the optic nerve. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 77(3), 207-239. https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1933.sp002964<\/li>\n<li>H\u00e9bert, M., Gagn\u00e9, A. M., Paradis, M. E., &amp; Maziade, M. (2010). Retinal response to light in young offspring at high risk of schizophrenia and bipolar disorder. <em>Biological Psychiatry<\/em>, 67(3), 270-274. https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.biopsych.2009.08.016<\/li>\n<li>McCulloch, D. L., Marmor, M. F., Brigell, M. G., Hamilton, R., Holder, G. E., Tzekov, R., &amp; Bach, M. (2015). ISCEV Standard for full-field clinical electroretinography (2015 update). <em>Documenta Ophthalmologica<\/em>, 130(1), 1-12. https:\/\/doi.org\/10.1007\/s10633-014-9473-7<\/li>\n<li>Miller, R. F., &amp; Dowling, J. E. (1970). Intracellular marking of the M\u00fcller (glial) cells in the mudpuppy retina: An electrophysiological study of the b-wave of the electroretinogram. <em>Journal of Neurophysiology<\/em>, 33(3), 323-341. https:\/\/doi.org\/10.1152\/jn.1970.33.3.323<\/li>\n<li>Schwitzer, T., Schwan, R., Angioi-Duprez, K., Ingster-Moati, I., Lalanne, L., Giersch, A., &amp; Laprevote, V. (2015). The role of electroretinogram in psychiatry: A systematic review. <em>Journal of Psychiatric Research<\/em>, 69, 1-14. https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jpsychires.2015.07.017<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;onde b de l&rsquo;\u00e9lectror\u00e9tinogramme (ERG) repr\u00e9sente la d\u00e9flexion positive majeure issue de l&rsquo;activation des cellules bipolaires et des cellules gliales de M\u00fcller. D\u00e9couvrez sa neurophysiologie, ses param\u00e8tres de mesure et ses applications cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[36005,459,2411],"tags":[36011,36009,36008,36007,36012,36010,36006],"class_list":["post-21518","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-electrophysiologie-sensorielle","category-neurosciences","category-psychophysiologie","tag-biomarqueurs-psychiatriques","tag-cellules-bipolaires","tag-cellules-de-muller","tag-electroretinogramme","tag-iscev","tag-neurophysiologie-retinienne","tag-onde-b"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21518","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21518\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21518"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21518"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21518"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}