{"id":21511,"date":"2026-10-25T21:07:26","date_gmt":"2026-10-25T21:07:26","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=azathioprine-immunologie-neuropsychiatrie"},"modified":"2026-10-25T21:07:26","modified_gmt":"2026-10-25T21:07:26","slug":"azathioprine-immunologie-neuropsychiatrie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=azathioprine-immunologie-neuropsychiatrie","title":{"rendered":"Azathioprine : Immunologie et Neuropsychiatrie"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;intersection croissante entre le syst\u00e8me immunitaire et le fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral a profond\u00e9ment boulevers\u00e9 notre compr\u00e9hension des troubles psychiques et cognitifs contemporains. L&rsquo;<strong>azathioprine<\/strong>, un agent immunosuppresseur historique de la famille des analogues puriques, occupe d\u00e9sormais une place charni\u00e8re dans la prise en charge des manifestations psychiatriques secondaires aux affections auto-immunes syst\u00e9miques et neuro-inflammatoires. En modulant la prolif\u00e9ration lymphocytaire et en att\u00e9nuant la cascade inflammatoire centrale, cette mol\u00e9cule illustre comment la pharmacologie immunologique transforme les paradigmes de la psychiatrie biologique et de la neurologie comportementale.<\/p>\n<h2>Azathioprine<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>azathioprine<\/strong> est un prom\u00e9dicament immunosuppresseur synth\u00e9tique de la classe des antim\u00e9tabolites puriques, m\u00e9tabolis\u00e9 dans l&rsquo;organisme en 6-mercaptopurine pour inhiber la synth\u00e8se des acides nucl\u00e9iques et la prolif\u00e9ration clonale des lymphocytes T et B activ\u00e9s. En m\u00e9decine translationnelle et en psychiatrie de liaison, elle est employ\u00e9e pour contr\u00f4ler les atteintes neuro-inflammatoires chroniques, stabiliser les manifestations neuropsychiatriques des maladies auto-immunes syst\u00e9miques et \u00e9pargner l&rsquo;utilisation prolong\u00e9e des corticost\u00e9ro\u00efdes \u00e0 haut risque psychotrope.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopharmacologique et neuropsychiatrique, l&rsquo;azathioprine n&rsquo;agit pas directement comme un modulateur des r\u00e9cepteurs synaptiques conventionnels, mais pr\u00e9serve l&rsquo;hom\u00e9ostasie c\u00e9r\u00e9brale en pr\u00e9venant l&rsquo;infiltration leucocytaire de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et la lib\u00e9ration soutenue de cytokines pro-inflammatoires (telles que le TNF-alpha, l&rsquo;IL-1 b\u00eata et l&rsquo;IL-6). Cette action syst\u00e9mique indirecte r\u00e9duit la neurotoxicit\u00e9 glutamatergique, r\u00e9tablit l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la neurogen\u00e8se hippocampique et temp\u00e8re les dysfonctionnements de l&rsquo;humeur, les \u00e9tats psychotiques secondaires et le d\u00e9clin cognitif induits par l&rsquo;auto-immunit\u00e9 active.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, l&rsquo;azathioprine constitue une r\u00e9f\u00e9rence th\u00e9rapeutique fondamentale dans le champ \u00e9mergeant de l&rsquo;immunopsychiatrie. Elle d\u00e9montre que de nombreuses perturbations affectives, comportementales et perceptuelles s\u00e9v\u00e8res ne rel\u00e8vent pas exclusivement d&rsquo;anomalies de la neurotransmission monoaminergique primaire, mais de d\u00e9sordres immunologiques profonds justifiant une immunosuppression cibl\u00e9e et surveill\u00e9e rigoureusement.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme <em>azathioprine<\/em> d\u00e9rive d&rsquo;une nomenclature chimique rationnelle combinant plusieurs racines issues du vocabulaire de la chimie organique internationale. Le pr\u00e9fixe \u00ab aza- \u00bb tire son origine du fran\u00e7ais \u00ab azote \u00bb, forg\u00e9 par Antoine Lavoisier \u00e0 partir du grec ancien <em>a-<\/em> (privatif) et <em>z\u00f4\u00ea<\/em> (la vie), soulignant historiquement l&rsquo;incapacit\u00e9 de ce gaz \u00e0 entretenir la respiration animale. Dans la syst\u00e9matique de Hantzsch-Widman, ce morph\u00e8me indique le remplacement d&rsquo;un atome de carbone par un atome d&rsquo;azote dans une structure cyclique h\u00e9t\u00e9rocyclique.<\/p>\n<p>Le segment \u00ab thio- \u00bb provient quant \u00e0 lui du grec ancien <em>theion<\/em> (soufre), indiquant la pr\u00e9sence d&rsquo;un atome de soufre \u00e9tablissant un pont covalent entre le noyau purique et le substituant imidazole. Enfin, le suffixe \u00ab -prine \u00bb est directement rattach\u00e9 au radical \u00ab purine \u00bb, vocable cr\u00e9\u00e9 en 1884 par le chimiste allemand Emil Fischer \u00e0 partir de la contraction de <em>purum<\/em> (pur) et <em>uricum<\/em> (acide urique), d\u00e9signant le squelette bicyclique azot\u00e9 aromatique caract\u00e9ristique de l&rsquo;ad\u00e9nine et de la guanine.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9nomination internationale refl\u00e8te ainsi la modification structurelle d&rsquo;une base purique thi\u00e9e par un d\u00e9riv\u00e9 h\u00e9t\u00e9rocyclique azot\u00e9, con\u00e7ue pour masquer temporairement le groupement sulfhydryle libre et optimiser la biodisponibilit\u00e9 ainsi que l&rsquo;index th\u00e9rapeutique de la mol\u00e9cule par rapport \u00e0 ses pr\u00e9curseurs m\u00e9taboliques directs.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standardis\u00e9, le terme se prononce phon\u00e9tiquement \/a.za.tj\u0254.p\u0281in\/ (a-za-tio-prine). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un substantif f\u00e9minin singulier (\u00ab une azathioprine \u00bb, \u00ab l&rsquo;azathioprine \u00bb), bien qu&rsquo;il soit le plus couramment employ\u00e9 sans article ind\u00e9fini pour d\u00e9signer la mol\u00e9cule ou le principe actif en tant que substance g\u00e9n\u00e9rique.<\/p>\n<p>Sur le plan orthographique et d&rsquo;usage, le mot s&#8217;emploie principalement au singulier dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique et clinique. On peut retrouver exceptionnellement le pluriel (\u00ab les azathioprines \u00bb) lorsqu&rsquo;il est fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 divers lots de fabrication, formulations pharmaceutiques ou pr\u00e9parations g\u00e9n\u00e9riques concurrentes. Le terme s&rsquo;int\u00e8gre au lexique m\u00e9dical en tant que nom commun de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9nomination_commune_internationale\">D\u00e9nomination commune internationale<\/a> (DCI), standardis\u00e9e sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la pratique m\u00e9dicale et les publications psychiatriques, l&rsquo;azathioprine est fr\u00e9quemment abr\u00e9g\u00e9e sous l&rsquo;acronyme technique <em>AZA<\/em>. Il convient de veiller \u00e0 ne pas confondre cette abr\u00e9viation avec d&rsquo;autres mol\u00e9cules partageant des initiales voisines, comme l&rsquo;azidothymidine (AZT), afin de pr\u00e9server l&rsquo;exactitude de la prescription et des transmissions interdisciplinaires.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre le r\u00f4le de l&rsquo;azathioprine dans les neurosciences cliniques exige de d\u00e9passer la fronti\u00e8re classique s\u00e9parant la neurologie, la m\u00e9decine interne et la psychiatrie. L&rsquo;azathioprine est un prom\u00e9dicament qui, une fois absorb\u00e9, subit une hydrolyse enzymatique et non enzymatique rapide pour lib\u00e9rer de la 6-mercaptopurine (6-MP). Cette derni\u00e8re p\u00e9n\u00e8tre dans les voies de sauvetage des purines et se transforme en m\u00e9tabolites actifs hautement cytotoxiques et immunomodulateurs, notamment les nucl\u00e9otides 6-thioguanine (6-TGN). Ces faux nucl\u00e9otides s&rsquo;incorporent directement dans les brins d&rsquo;ADN et d&rsquo;ARN en cours de r\u00e9plication au sein des cellules \u00e0 renouvellement rapide.<\/p>\n<p>Puisque les lymphocytes T et B stimul\u00e9s ne poss\u00e8dent pas de voies de novo alternatives pr\u00e9pond\u00e9rantes pour r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer leurs bases puriques, l&rsquo;incorporation des 6-TGN bloque l&rsquo;\u00e9longation de l&rsquo;acide d\u00e9soxyribonucl\u00e9ique, enraye les transitions de cycle cellulaire et d\u00e9clenche l&rsquo;apoptose lymphocytaire. De plus, un m\u00e9tabolite interm\u00e9diaire, le ribonucl\u00e9otide 6-thioinosine diphosphate, inhibe sp\u00e9cifiquement la prot\u00e9ine Rac1 (une petite GTPase de la famille Rho), induisant l&rsquo;extinction des voies de transduction du signal pro-survie chez les lymphocytes T CD4+ activ\u00e9s, ce qui att\u00e9nue la gen\u00e8se des clones autor\u00e9actifs responsables d&rsquo;agressions tissulaires centrales ou p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p>Dans le domaine psychiatrique, l&rsquo;implication conceptuelle de ce m\u00e9canisme est vaste. Lorsqu&rsquo;une maladie auto-immune s&rsquo;attaque au syst\u00e8me nerveux central, \u00e0 l&rsquo;image du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lupus_%C3%A9ryth%C3%A9mateux_dyss%C3%A9min%C3%A9\">lupus \u00e9ryth\u00e9mateux diss\u00e9min\u00e9<\/a> neuro-psychiatrique (NPSLE) ou de la neuromy\u00e9lite optique, la neuro-inflammation entra\u00eene des perturbations s\u00e9v\u00e8res des r\u00e9seaux neuronaux limbiques et corticaux. La surproduction intratechale de m\u00e9diateurs inflammatoires perturbe le m\u00e9tabolisme du tryptophane via l&rsquo;activation de l&rsquo;indoleamine 2,3-dioxyg\u00e9nase (IDO), g\u00e9n\u00e9rant de l&rsquo;acide quinolinique, un agoniste excitatotoxique des r\u00e9cepteurs NMDA responsable d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, de m\u00e9lancolie d\u00e9lirante et de confusion mentale.<\/p>\n<p>En jugulant la prolif\u00e9ration lymphocytaire et la synth\u00e8se d&rsquo;anticorps pathog\u00e8nes \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, l&rsquo;azathioprine interrompt le ravitaillement de la r\u00e9action inflammatoire c\u00e9r\u00e9brale. Elle favorise la restauration de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, limite la microgliose r\u00e9active et permet la r\u00e9versibilit\u00e9 de sympt\u00f4mes psychiatriques majeurs que les psychotropes traditionnels (antid\u00e9presseurs, antipsychotiques) ne parviennent pas \u00e0 traiter durablement en monoth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;azathioprine exerce une fonction conceptuelle d\u00e9terminante comme mol\u00e9cule \u00ab d&rsquo;\u00e9pargne cortisonique \u00bb. Les cortico\u00efdes \u00e0 forte dose, s&rsquo;ils sont indispensables dans la gestion initiale aigu\u00eb des pouss\u00e9es dysimmunitaires, poss\u00e8dent une toxicit\u00e9 psychique propre redoutable, pouvant induire des \u00e9pisodes maniaques, des \u00e9tats d\u00e9pressifs s\u00e9v\u00e8res avec risque suicidaire ou des bouff\u00e9es d\u00e9lirantes aigu\u00ebs. En prenant le relais sur le moyen et long terme, l&rsquo;azathioprine permet le sevrage des cortico\u00efdes et pr\u00e9vient l&rsquo;\u00e9mergence des troubles psychiatriques iatrog\u00e8nes induits par ces derniers.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte de l&rsquo;azathioprine s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;un des chapitres les plus prestigieux de la pharmacologie moderne du XXe si\u00e8cle, intimement li\u00e9 aux travaux pionniers de la biochimiste am\u00e9ricaine <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gertrude_Elion\">Gertrude Elion<\/a> et du m\u00e9decin-pharmacologue <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/George_Hitchings\">George Hitchings<\/a> au sein des laboratoires Wellcome \u00e0 New York durant les ann\u00e9es 1950. Rejetant l&rsquo;approche empirique dominante par essais-erreurs, Elion et Hitchings ont adopt\u00e9 une m\u00e9thodologie rationnelle fond\u00e9e sur la ressemblance structurelle entre m\u00e9tabolites naturels et compos\u00e9s de synth\u00e8se, introduisant le concept novateur d&rsquo;antim\u00e9tabolite pour entraver s\u00e9lectivement le m\u00e9tabolisme cellulaire anormal.<\/p>\n<p>En 1951, ils synth\u00e9tisent la 6-mercaptopurine, qui d\u00e9montre imm\u00e9diatement une efficacit\u00e9 cytotoxique spectaculaire chez des enfants atteints de leuc\u00e9mie aigu\u00eb lymphoblastique. Toutefois, la 6-mercaptopurine pr\u00e9sentait une toxicit\u00e9 syst\u00e9mique marqu\u00e9e et une \u00e9limination m\u00e9tabolique trop prompte. Pour surmonter ces contraintes, Gertrude Elion entreprend en 1957 de modifier la mol\u00e9cule en lui greffant un cycle nitro-imidazole afin de prot\u00e9ger temporairement le groupe thiol : l&rsquo;azathioprine (initialement d\u00e9sign\u00e9e sous le nom de code chimique BW 57-322) venait de na\u00eetre.<\/p>\n<p>L&rsquo;application de l&rsquo;azathioprine \u00e0 l&rsquo;immunosuppression a \u00e9t\u00e9 catalys\u00e9e par le chirurgien britannique Sir Roy Calne au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. Collaborant avec Joseph Murray \u00e0 Boston, Calne a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;azathioprine prolongeait significativement la survie des allogreffes r\u00e9nales canines sans provoquer la l\u00e9talit\u00e9 suraigu\u00eb des agents alkylants ant\u00e9rieurs. Cette perc\u00e9e a permis le premier succ\u00e8s durable des transplantations r\u00e9nales d&rsquo;organes solides chez l&rsquo;humain, ouvrant une \u00e8re nouvelle de la m\u00e9decine chirurgicale et immunologique qui valut conjointement \u00e0 Hitchings, Elion et Sir James Black le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1988.<\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 1970 et 1980, les cliniciens ont \u00e9largi le champ d&rsquo;action de l&rsquo;azathioprine au traitement d&rsquo;affections inflammatoires non malignes touchant le tissu conjonctif et le syst\u00e8me nerveux, notamment la scl\u00e9rose en plaques, la myasth\u00e9nie grave et le lupus \u00e9ryth\u00e9mateux syst\u00e9mique. Au cours des d\u00e9cennies suivantes, l&rsquo;\u00e9mergence de la neuro-immunologie a mis en \u00e9vidence le r\u00f4le d\u00e9clencheur de l&rsquo;auto-immunit\u00e9 dans les psychoses auto-immunes et les d\u00e9mences inflammatoires, consacrant l&rsquo;azathioprine comme un instrument incontournable pour les neuropsychiatres confront\u00e9s \u00e0 des tableaux cliniques autrefois jug\u00e9s incurables ou \u00e9tiquet\u00e9s \u00e0 tort comme des schizophr\u00e9nies r\u00e9sistantes.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et immunopsychiatriques<\/h3>\n<p>Le cadre th\u00e9orique qui soutient l&rsquo;utilisation de l&rsquo;azathioprine aux fronti\u00e8res de la psychiatrie s&rsquo;appuie sur la th\u00e9orie de la neuro-inflammation et l&rsquo;axe immunit\u00e9-cerveau. Selon ce mod\u00e8le, le syst\u00e8me nerveux central n&rsquo;est plus envisag\u00e9 comme un sanctuaire immunologiquement privil\u00e9gi\u00e9 et isol\u00e9, mais comme un organe r\u00e9ceptif, en communication constante et bidirectionnelle avec les acteurs de l&rsquo;immunit\u00e9 inn\u00e9e et acquise.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;une tol\u00e9rance immunologique s&rsquo;effondre, la prolif\u00e9ration incontr\u00f4l\u00e9e de lymphocytes autor\u00e9actifs entra\u00eene l&rsquo;activation de cellules dendritiques et la synth\u00e8se d&rsquo;auto-anticorps circulants. Ces m\u00e9diateurs pathologiques modifient la perm\u00e9abilit\u00e9 endoth\u00e9liale de l&rsquo;unit\u00e9 neurovasculaire c\u00e9r\u00e9brale par le biais de r\u00e9cepteurs vasculaires sp\u00e9cifiques. Les lymphocytes activ\u00e9s franchissent la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique par diap\u00e9d\u00e8se, stimulant les cellules microgliales r\u00e9sidentes et les astrocytes.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, l&rsquo;inflammation gliale induit trois cascades destructrices interconnect\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La d\u00e9r\u00e9gulation m\u00e9tabolique de la kynur\u00e9nine :<\/strong> Le d\u00e9tournement du tryptophane vers la voie de la kynur\u00e9nine prive le cerveau du pr\u00e9curseur fondamental de la s\u00e9rotonine et de la m\u00e9latonine, tout en favorisant la synth\u00e8se d&rsquo;acide quinolinique neurotoxique, \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;un stress oxydatif neuronal et d&rsquo;un d\u00e9r\u00e8glement de l&rsquo;humeur.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;excitotoxicit\u00e9 glutamatergique :<\/strong> Les astrocytes r\u00e9actifs perdent leur capacit\u00e9 de recapture du glutamate via le transporteur GLT-1, provoquant une surcharge synaptique en glutamate et une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence dendritique dans le cortex pr\u00e9frontal et l&rsquo;hippocampe, sous-tendant les troubles de m\u00e9moire et l&rsquo;anh\u00e9donie.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;alt\u00e9ration de la neuroplasticit\u00e9 :<\/strong> Les cytokines pro-inflammatoires inhibent la transcription du facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Facteur_neurotrophique_d%C3%A9riv%C3%A9_du_cerveau\">BDNF<\/a>), privant les circuits neuronaux de leur capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation synaptique face au stress psychologique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;azathioprine agit au sommet de cette cascade physiopathologique. En arr\u00eatant la g\u00e9n\u00e9ration clonale des lymphocytes autor\u00e9actifs et en inhibant l&rsquo;interaction Rac1-d\u00e9pendante entre les cellules effectrices, l&rsquo;azathioprine r\u00e9duit l&rsquo;afflux de signaux pro-inflammatoires vers le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. Ce fondement th\u00e9orique justifie l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;une r\u00e9mission psychiatrique stable ne peut \u00eatre atteinte dans certains contextes pathologiques qu&rsquo;en r\u00e9tablissant l&rsquo;hom\u00e9ostasie immunitaire globale plut\u00f4t qu&rsquo;en modulant uniquement les cat\u00e9cholamines c\u00e9r\u00e9brales.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, m\u00e9tabolisme et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 pharmacologique de l&rsquo;azathioprine et ses cons\u00e9quences cliniques reposent sur un r\u00e9seau m\u00e9tabolique complexe comportant plusieurs enzymes d\u00e9terminantes dont le profil d&rsquo;activit\u00e9 oriente l&rsquo;efficacit\u00e9 ou la toxicit\u00e9 du traitement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Hydrolyse initiale :<\/strong> D\u00e8s l&rsquo;absorption digestive, environ 88 % de la dose d&rsquo;azathioprine est transform\u00e9e en 6-mercaptopurine par une r\u00e9action de clivage non enzymatique catalys\u00e9e par le glutathion pr\u00e9sent dans les \u00e9rythrocytes et les h\u00e9patocytes, compl\u00e9t\u00e9e par des enzymes intracellulaires.<\/li>\n<li><strong>Voie de l&rsquo;activation (HGPRT) :<\/strong> La 6-mercaptopurine est ensuite anabolis\u00e9e par l&rsquo;hypoxanthine-guanine phosphoribosyltransf\u00e9rase (HGPRT) en 6-thioinosine monophosphate (6-TIMP), qui est progressivement phosphoryl\u00e9e en nucl\u00e9otides 6-thioguanine (6-TGN), les m\u00e9tabolites cytotoxiques finaux responsables de l&rsquo;immunosuppression.<\/li>\n<li><strong>Voie d&rsquo;inactivation par la TPMT :<\/strong> La <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Thiopurine_methyltransferase\">thiopurine S-m\u00e9thyltransf\u00e9rase<\/a> (TPMT) m\u00e9thyle la 6-mercaptopurine pour former la 6-m\u00e9thylmercaptopurine (6-MMP). Une activit\u00e9 TPMT normale r\u00e9gule l&rsquo;\u00e9quilibre entre la production de 6-TGN immunomodulateurs et de d\u00e9riv\u00e9s m\u00e9thyl\u00e9s potentiellement h\u00e9patotoxiques.<\/li>\n<li><strong>Voie d&rsquo;inactivation par la xanthine oxydase :<\/strong> Pr\u00e9sente en abondance dans le foie et la muqueuse intestinale, la xanthine oxydase convertit la 6-mercaptopurine en acide 6-thiourique inactif, qui est \u00e9limin\u00e9 par filtration r\u00e9nale. Cette voie constitue une cible majeure d&rsquo;interactions m\u00e9dicamenteuses critiques.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9gradation par la NUDT15 :<\/strong> L&rsquo;enzyme Nudix hydrolase 15 hydrolyse les m\u00e9tabolites thioguanine triphosphates actifs en monophosphates, pr\u00e9venant l&rsquo;accumulation excessive de nucl\u00e9otides toxiques dans l&rsquo;ADN cellulaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les dimensions th\u00e9rapeutiques de la mol\u00e9cule d\u00e9pendent de l&rsquo;ajustement minutieux de la posologie (habituellement de 1,5 \u00e0 2,5 mg\/kg\/jour chez l&rsquo;adulte) en fonction des concentrations de ces m\u00e9tabolites et de la vitesse de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration m\u00e9dullaire du sujet trait\u00e9.<\/p>\n<h3>8. Exemples cliniques et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la port\u00e9e de l&rsquo;azathioprine dans les dysfonctionnements comportementaux et cognitifs, analysons deux cas prototypiques issus de la pratique neuropsychiatrique et interniste :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Psychose lupique et conservation cognitive.<\/strong> Une femme de 28 ans suivie pour un lupus \u00e9ryth\u00e9mateux syst\u00e9mique d\u00e9veloppe brutalement un \u00e9tat d\u00e9lirant de pers\u00e9cution avec hallucinations auditives mena\u00e7antes, labilit\u00e9 \u00e9motionnelle s\u00e9v\u00e8re et d\u00e9sorientation spatio-temporelle fluctuante. Les neuroleptiques atypiques \u00e0 posologie optimale ne procurent qu&rsquo;une s\u00e9dation transitoire sans r\u00e9solution du d\u00e9lire. Les examens d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) r\u00e9v\u00e8lent des hypersignaux sous-corticaux de la substance blanche, et la ponction lombaire montre une synth\u00e8se intrath\u00e9cale d&rsquo;anticorps anti-ribosomes P. Devant le diagnostic de psychose lupique, des bolus de m\u00e9thylprednisolone sont initi\u00e9s en urgence avec une am\u00e9lioration partielle, mais le sevrage cortisonique d\u00e9clenche une recrudescence des sympt\u00f4mes d\u00e9lirants assortie d&rsquo;une irritabilit\u00e9 maniaque d&rsquo;origine cortico-induite. L&rsquo;introduction programm\u00e9e d&rsquo;azathioprine (2 mg\/kg\/jour) a permis, en l&rsquo;espace de quatre mois, d&rsquo;interrompre compl\u00e8tement les cortico\u00efdes et de stabiliser l&rsquo;\u00e9tat psychique. Deux ans plus tard, la patiente conserve une r\u00e9mission clinique compl\u00e8te, une normalisation des fonctions ex\u00e9cutives et a pu reprendre une activit\u00e9 professionnelle sans recours aux antipsychotiques.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : D\u00e9pression r\u00e9currente et enc\u00e9phalomy\u00e9lite auto-immune.<\/strong> Un homme de 45 ans porteur d&rsquo;une forme mod\u00e9r\u00e9e de neuromy\u00e9lite optique \u00e0 anticorps anti-aquaporine-4 (AQP4) souffre d&rsquo;un tableau d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 s\u00e9v\u00e8re avec ralentissement psychomoteur majeur, r\u00e9veils pr\u00e9coces et id\u00e9es suicidaires passives r\u00e9currentes, sans d\u00e9ficit moteur aigu au premier plan. Les inhibiteurs de la recapture de la s\u00e9rotonine et de la noradr\u00e9naline demeurent inefficaces. L&rsquo;analyse biologique montre une \u00e9l\u00e9vation persistante de la prot\u00e9ine C-r\u00e9active ultrasensible et des titres \u00e9lev\u00e9s d&rsquo;anticorps circulants. L&rsquo;azathioprine est prescrite en traitement de fond \u00e9pargneur de cortisone pour pr\u00e9venir la r\u00e9cidive de la my\u00e9lite. \u00c0 mesure que les taux de lymphocytes se stabilisent et que l&rsquo;inflammation g\u00e9n\u00e9rale s&rsquo;\u00e9teint au bout de six mois, l&rsquo;humeur s&rsquo;am\u00e9liore de mani\u00e8re lin\u00e9aire et p\u00e9renne, validant l&rsquo;origine neuro-inflammatoire sous-jacente du syndrome d\u00e9pressif.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et monitorage biologique<\/h3>\n<p>La prescription de l&rsquo;azathioprine requiert un protocole d&rsquo;\u00e9valuation biologique rigoureux, standardis\u00e9 et pluridisciplinaire, indispensable pour garantir la s\u00e9curit\u00e9 du patient tout en surveillant l&rsquo;\u00e9volution des marqueurs neuropsychiatriques :<\/p>\n<p>Avant tout traitement, un g\u00e9notypage ou un ph\u00e9notypage de la <em>TPMT<\/em> et du g\u00e8ne <em>NUDT15<\/em> est formellement recommand\u00e9. Les individus porteurs de variants all\u00e9liques non fonctionnels \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat homozygote (environ 0,3 % de la population caucasienne pour la TPMT) sont expos\u00e9s \u00e0 une accumulation toxique fulgurante de 6-TGN en cas de dosage standard, menant \u00e0 une aplasie m\u00e9dullaire potentiellement fatale. Chez ces patients, la mol\u00e9cule est contre-indiqu\u00e9e ou n\u00e9cessite une r\u00e9duction posologique de 90 % sous surveillance h\u00e9matologique rapproch\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan du suivi courant, le monitorage comprend :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La num\u00e9ration formule sanguine (NFS) :<\/strong> R\u00e9alis\u00e9e chaque semaine durant le premier mois, puis tous les quinze jours pendant les deux mois suivants, et enfin tous les mois ou trimestres ind\u00e9finiment. L&rsquo;objectif est de d\u00e9pister pr\u00e9cocement une leucop\u00e9nie (notamment une neutrop\u00e9nie inf\u00e9rieure \u00e0 1500\/mm\u00b3) ou une thrombop\u00e9nie.<\/li>\n<li><strong>Le bilan h\u00e9patique complet :<\/strong> Surveillance r\u00e9guli\u00e8re des transaminases (ALAT, ASAT), des phosphatases alcalines et de la bilirubine totale pour intercepter toute h\u00e9patotoxicit\u00e9 cytolytique ou cholestatique induite par l&rsquo;accumulation de 6-MMP.<\/li>\n<li><strong>Le dosage des m\u00e9tabolites \u00e9rythrocytaires :<\/strong> La mesure par chromatographie en phase liquide des 6-TGN et 6-MMP \u00e9rythrocytaires permet d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;observance, d&rsquo;optimiser l&rsquo;intervalle th\u00e9rapeutique (taux de 6-TGN g\u00e9n\u00e9ralement cibl\u00e9 entre 235 et 450 pmol\/8&#215;10\u2078 h\u00e9maties) et de limiter le risque d&rsquo;\u00e9chec ou d&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9 (associ\u00e9e \u00e0 un taux de 6-MMP > 5700 pmol\/8&#215;10\u2078 h\u00e9maties).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation psychopathologique quantifi\u00e9e :<\/strong> Utilisation d&rsquo;\u00e9chelles valid\u00e9es pour \u00e9valuer la r\u00e9ponse clinique des sympt\u00f4mes psychiques associ\u00e9s (MADRS ou HAM-D pour la d\u00e9pression, PANSS pour les \u00e9l\u00e9ments psychotiques, MoCA pour les troubles cognitifs l\u00e9gers), administr\u00e9es de mani\u00e8re s\u00e9quentielle pour documenter l&rsquo;effet immunosuppresseur sur l&rsquo;architecture cognitive et thymique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et pertinence pratique<\/h3>\n<p>Dans la pratique contemporaine, l&rsquo;azathioprine s&rsquo;applique \u00e0 un spectre \u00e9tendu de troubles neuropsychiatriques et auto-immuns. Sa pertinence clinique principale r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 traiter la cause biologique proximale plut\u00f4t que d&rsquo;offrir une simple s\u00e9dation symptomatique palliatrice.<\/p>\n<p>En premier lieu, elle est employ\u00e9e dans la prise en charge des enc\u00e9phalites auto-immunes subaigu\u00ebs et chroniques (notamment avec auto-anticorps anti-canal potassique VGKC, anti-LGI1 ou anti-NMDAR) apr\u00e8s un traitement d&rsquo;attaque associant \u00e9changes plasmatiques, immunoglobulines intraveineuses et cortico\u00efdes. Chez ces patients, dont les pr\u00e9sentations initiales comportent souvent de l&rsquo;amn\u00e9sie ant\u00e9rograde, des crises d&rsquo;angoisse panique, des hallucinations et des \u00e9tats catatoniques, l&rsquo;azathioprine assure la suppression durable de la production intrath\u00e9cale et syst\u00e9mique d&rsquo;anticorps, consolidant la r\u00e9mission psychiatrique \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, dans le champ des troubles bipolaires et des d\u00e9pressions m\u00e9lancoliques secondaires aux connectivites et vascularites c\u00e9r\u00e9brales (maladie de Beh\u00e7et, lupus, syndrome de Gougerot-Sj\u00f6gren), l&rsquo;azathioprine agit comme un stabilisateur de l&rsquo;humeur indirect. En diminuant la charge cytokinique circulante, elle d\u00e9samorce l&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 du syst\u00e8me limbique et normalise le fonctionnement de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HHS).<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, la mol\u00e9cule joue un r\u00f4le cl\u00e9 dans la prise en charge de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Myasth%C3%A9nie\">myasth\u00e9nie grave<\/a> avec retentissement psychologique. Les patients myasth\u00e9niques souffrent fr\u00e9quemment d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la fatigabilit\u00e9 musculaire respiratoire et bulbaire, ainsi que de d\u00e9pressions r\u00e9actionnelles intenses amplifi\u00e9es par les fluctuations motrices. L&rsquo;introduction de l&rsquo;azathioprine stabilise la force musculaire et permet une r\u00e9duction progressive des cortico\u00efdes, diminuant le risque d&rsquo;insomnie chronique, de labilit\u00e9 \u00e9motionnelle et de troubles d\u00e9pressifs cortico-induits.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations men\u00e9es ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies ont permis de clarifier le profil d&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;azathioprine dans les pathologies auto-immunes \u00e0 r\u00e9percussion c\u00e9r\u00e9brale. Des cohortes observationnelles multicentriques coordonn\u00e9es par l&rsquo;EULAR (European Alliance of Associations for Rheumatology) ont document\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;azathioprine comme traitement d&rsquo;entretien chez les patients souffrant de lupus neuropsychiatrique non thrombotique r\u00e9fractaire aux th\u00e9rapeutiques d&rsquo;induction conventionnelles.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la scl\u00e9rose en plaques et des spectres de la neuromy\u00e9lite optique, les essais randomis\u00e9s men\u00e9s avant l&rsquo;av\u00e8nement des anticorps monoclonaux sp\u00e9cifiques (notamment les \u00e9tudes pionni\u00e8res de Milan et les essais comparatifs hollandais) ont mis en \u00e9vidence une diminution de 50 \u00e0 70 % du taux annuel de pouss\u00e9es chez les sujets trait\u00e9s par l&rsquo;azathioprine par rapport au placebo. Les analyses r\u00e9trospectives de qualit\u00e9 de vie associ\u00e9e \u00e0 la sant\u00e9 mentale ont d\u00e9montr\u00e9 une baisse conjointe des scores d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et une pr\u00e9servation des performances cognitives globales au cours des suivis longitudinaux.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, les recherches translationnelles en immunopsychiatrie men\u00e9es par des \u00e9quipes universitaires (telles que les groupes de recherche de Cambridge et du King&rsquo;s College de Londres) ont isol\u00e9 des sous-groupes de patients souffrant de d\u00e9pressions r\u00e9sistantes majeures ou de schizophr\u00e9nies atypiques caract\u00e9ris\u00e9es par des profils biologiques hyper-inflammatoires persistants (CRP \u00e9lev\u00e9e, auto-anticorps neuronaux s\u00e9riques \u00e0 bas titre). Bien que l&rsquo;azathioprine ne constitue pas un traitement de premi\u00e8re intention dans ces indications purement psychiatriques sans \u00e9tiologie auto-immune formellement diagnostiqu\u00e9e, ces donn\u00e9es empiriques fournissent la preuve de concept biologique que l&rsquo;att\u00e9nuation s\u00e9lective de la r\u00e9ponse lymphocytaire adaptive constitue une cible th\u00e9rapeutique d&rsquo;avenir pour une fraction s\u00e9lectionn\u00e9e de troubles mentaux r\u00e9fractaires.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La prescription et l&rsquo;observance de l&rsquo;azathioprine soul\u00e8vent des questions contextuelles, culturelles et socio-\u00e9conomiques majeures, qui modifient significativement l&rsquo;exp\u00e9rience de la maladie et du soin \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire :<\/p>\n<p>Sur le plan pharmaco-\u00e9conomique, l&rsquo;azathioprine est une mol\u00e9cule g\u00e9n\u00e9rique ancienne, tomb\u00e9e dans le domaine public depuis plusieurs d\u00e9cennies, ce qui lui conf\u00e8re un co\u00fbt d&rsquo;acquisition extr\u00eamement bas en comparaison des th\u00e9rapies biologiques r\u00e9centes (anticorps monoclonaux anti-CD20 comme le rituximab, inhibiteurs de l&rsquo;interleukine ou inhibiteurs des r\u00e9cepteurs des chimiokines). Dans les pays \u00e0 revenu faible et interm\u00e9diaire, ainsi que dans les syst\u00e8mes de sant\u00e9 o\u00f9 la couverture des biom\u00e9dicaments est limit\u00e9e, l&rsquo;azathioprine repr\u00e9sente la seule alternative r\u00e9aliste pour pr\u00e9venir les rechutes neuropsychiatriques d\u00e9vastatrices d&rsquo;origine auto-immune.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les repr\u00e9sentations culturelles de l&rsquo;immunosuppression influencent fortement la compliance th\u00e9rapeutique. Dans plusieurs contextes socioculturels, la perspective de prendre un m\u00e9dicament historiquement associ\u00e9 \u00e0 la chimioth\u00e9rapie anticanc\u00e9reuse ou \u00e0 la transplantation suscite une anxi\u00e9t\u00e9 importante et une peur de l&#8217;empoisonnement iatrog\u00e8ne. Les craintes li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;infertilit\u00e9 potentielle, \u00e0 la t\u00e9ratog\u00e9nicit\u00e9 per\u00e7ue et au risque d&rsquo;infections opportunistes conduisent fr\u00e9quemment \u00e0 des abandons th\u00e9rapeutiques non concert\u00e9s, particuli\u00e8rement chez les jeunes femmes en \u00e2ge de procr\u00e9er qui constituent la majorit\u00e9 des patientes atteintes de maladies auto-immunes.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les variations pharmacog\u00e9n\u00e9tiques inter-ethniques requi\u00e8rent une adaptation contextuelle rigoureuse. Alors que les mutations perte de fonction de la TPMT sont pr\u00e9dominantes dans les populations d&rsquo;ascendance europ\u00e9enne ou africaine, les variants du g\u00e8ne <em>NUDT15<\/em> (notamment la mutation p.Arg139Cys) sont consid\u00e9rablement plus fr\u00e9quents au sein des populations d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est et chez les populations hispaniques, pr\u00e9disposant ces derni\u00e8res \u00e0 des leucop\u00e9nies s\u00e9v\u00e8res et des alop\u00e9cies pr\u00e9coces. N\u00e9gliger ces variables biog\u00e9ographiques dans l&rsquo;interpr\u00e9tation des effets ind\u00e9sirables peut compromettre l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique et accro\u00eetre la d\u00e9tresse psychologique li\u00e9e au traitement.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa valeur clinique \u00e9tablie, l&rsquo;azathioprine fait l&rsquo;objet de plusieurs controverses et pr\u00e9sente des limites intrins\u00e8ques qui n\u00e9cessitent une \u00e9valuation rigoureuse de la balance b\u00e9n\u00e9fice-risque :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique majeure r\u00e9side dans son d\u00e9lai d&rsquo;action particuli\u00e8rement long. L&rsquo;azathioprine requiert typiquement entre trois et six mois de traitement continu pour atteindre sa pleine efficacit\u00e9 clinique et immunologique. Dans les situations d&rsquo;urgence neuropsychiatrique aigu\u00eb \u2014 par exemple un d\u00e9lire hallucinatoire catatonique ou une pouss\u00e9e de neuromy\u00e9lite optique engageant le pronostic visuel ou vital \u2014, elle s&rsquo;av\u00e8re totalement inop\u00e9rante en monoth\u00e9rapie initiale et doit obligatoirement \u00eatre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e ou accompagn\u00e9e d&rsquo;agents \u00e0 action imm\u00e9diate (cortico\u00efdes \u00e0 fortes doses, plasmaph\u00e9r\u00e8se).<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me pr\u00e9occupation concerne la toxicit\u00e9 h\u00e9matologique et h\u00e9patique. M\u00eame avec un criblage g\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9alable de la TPMT et de NUDT15, des aplasies m\u00e9dullaires idiosyncrasiques, des h\u00e9patites cytolytiques aigu\u00ebs ou des pancr\u00e9atites n\u00e9crosantes impr\u00e9visibles surviennent chez une proportion non n\u00e9gligeable de patients, imposant l&rsquo;arr\u00eat d\u00e9finitif de la th\u00e9rapie. Cette menace biologique constante g\u00e9n\u00e8re une anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire mesurable chez les patients vuln\u00e9rables, confront\u00e9s \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de prises de sang hebdomadaires ou mensuelles r\u00e9currentes.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me limite a trait \u00e0 l&rsquo;immunosuppression globale et au risque oncologique \u00e0 long terme. L&rsquo;exposition chronique \u00e0 l&rsquo;azathioprine est associ\u00e9e \u00e0 une incidence accrue de lymphomes non hodgkiniens, de n\u00e9oplasies cutan\u00e9es non m\u00e9lanocytaires (carcinomes \u00e9pidermo\u00efdes) et d&rsquo;infections opportunistes virales, fongiques ou bact\u00e9riennes (telles que le zona, la pneumocystose ou la r\u00e9activation du virus JC pouvant entra\u00eener une leucoenc\u00e9phalopathie multifocale progressive). Enfin, la concurrence directe des agents biologiques contemporains (anti-CD20, inhibiteurs de JAK), dot\u00e9s d&rsquo;une cin\u00e9tique plus rapide et d&rsquo;une sp\u00e9cificit\u00e9 cellulaire plus fine, alimente un d\u00e9bat persistant quant au maintien de l&rsquo;azathioprine comme traitement de premi\u00e8re ou seconde ligne.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>L&rsquo;azathioprine s&rsquo;ins\u00e8re dans une vaste pharmacop\u00e9e immunologique et neuropsychiatrique qu&rsquo;il convient de distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment pour \u00e9viter toute confusion nosologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>6-Mercaptopurine (6-MP) :<\/strong> M\u00e9tabolite actif direct de l&rsquo;azathioprine. Contrairement \u00e0 l&rsquo;azathioprine qui est un prom\u00e9dicament con\u00e7u pour retarder la lib\u00e9ration tissulaire et am\u00e9liorer la tol\u00e9rance gastro-intestinale, la 6-mercaptopurine est principalement administr\u00e9e par voie orale directe dans les h\u00e9mopathies malignes p\u00e9diatriques.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9thotrexate :<\/strong> Antim\u00e9tabolite antagoniste de l&rsquo;acide folique inhibant la dihydrofolate r\u00e9ductase. Bien que partageant des indications dans les affections auto-immunes avec manifestations c\u00e9r\u00e9brales, le m\u00e9thotrexate poss\u00e8de un profil pharmacodynamique distinct, une toxicit\u00e9 pulmonaire et r\u00e9nale propre, et n\u00e9cessite une suppl\u00e9mentation syst\u00e9matique en acide folinique.<\/li>\n<li><strong>Mycoph\u00e9nolate mof\u00e9til (MMF) :<\/strong> Inhibiteur s\u00e9lectif, non comp\u00e9titif et r\u00e9versible de l&rsquo;inosine monophosphate d\u00e9shydrog\u00e9nase (IMPDH). Souvent utilis\u00e9 en comp\u00e9tition directe avec l&rsquo;azathioprine dans les n\u00e9phropathies lupiques et les syndromes neuro-immunologiques, le mycoph\u00e9nolate offre un d\u00e9lai d&rsquo;action l\u00e9g\u00e8rement plus court, mais comporte un potentiel t\u00e9ratog\u00e8ne nettement sup\u00e9rieur.<\/li>\n<li><strong>Cyclophosphamide :<\/strong> Agent alkylant puissant exer\u00e7ant une cytotoxicit\u00e9 majeure sur les cellules immunitaires quiescentes et prolif\u00e9rantes par pontage de l&rsquo;ADN. R\u00e9serv\u00e9 aux crises neuropsychiatriques aigu\u00ebs engageant le pronostic vital, il pr\u00e9sente une toxicit\u00e9 gonadique, v\u00e9sicale et m\u00e9dullaire consid\u00e9rablement plus lourde que l&rsquo;azathioprine.<\/li>\n<li><strong>Psychotropes conventionnels (antid\u00e9presseurs, antipsychotiques) :<\/strong> Substances psychotropes ciblant les neurotransmetteurs monoaminergiques (s\u00e9rotonine, dopamine, noradr\u00e9naline). Ils traitent l&rsquo;expression symptomatique des d\u00e9sordres psychiatriques mais sont d\u00e9pourvus d&rsquo;action \u00e9tiologique immunosuppressive capable d&rsquo;enrayer une enc\u00e9phalite auto-immune primitive.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;azathioprine demeure une pierre angulaire de l&rsquo;arsenal th\u00e9rapeutique contemporain \u00e0 la crois\u00e9e de l&rsquo;immunologie, de la neurologie et de la psychiatrie :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle agit comme un prom\u00e9dicament antim\u00e9tabolite converti en nucl\u00e9otides 6-thioguanine qui inhibent la r\u00e9plication de l&rsquo;ADN des lymphocytes prolif\u00e9rants et \u00e9teignent la voie pro-inflammatoire Rac1.<\/li>\n<li>Elle constitue une arme majeure dans les atteintes neuropsychiatriques des maladies auto-immunes (lupus avec d\u00e9lire\/psychose, neuromy\u00e9lite optique avec d\u00e9pression, enc\u00e9phalites auto-immunes), assurant une \u00e9pargne cortisonique d\u00e9cisive.<\/li>\n<li>Son administration exige une \u00e9valuation pr\u00e9alable de la TPMT et de NUDT15 afin de pr\u00e9venir des my\u00e9losuppressions mortelles chez les m\u00e9taboliseurs lents.<\/li>\n<li>Son utilisation clinique requiert de la patience en raison d&rsquo;un d\u00e9lai d&rsquo;action diff\u00e9r\u00e9 de trois \u00e0 six mois, ce qui impose une couverture aigu\u00eb par d&rsquo;autres th\u00e9rapeutiques d&rsquo;induction.<\/li>\n<li>Son faible co\u00fbt garantit une accessibilit\u00e9 mondiale capitale, bien que la balance b\u00e9n\u00e9fice-risque doive int\u00e9grer la surveillance des infections et le risque n\u00e9oplasique \u00e0 long terme.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Calne, R. Y. (1960). The rejection of renal homografts: Inhibition in dogs by 6-mercaptopurine. <em>The Lancet<\/em>, 275(7121), 417-418. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(60)90343-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(60)90343-4<\/a><\/p>\n<p>Elion, G. B. (1989). The purine path to chemotherapy. <em>Science<\/em>, 244(4900), 41-47. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.2649979\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.2649979<\/a><\/p>\n<p>Graus, F., Titulaer, M. J., Balu, R., Benseler, S., Bien, C. G., Cellucci, T., Cortese, I., Dale, R. C., Gelfand, J. M., Geschwind, M., Glaser, C. A., Honnorat, J., H\u00f6ftberger, R., Jacobs, B. C., Leypoldt, F., McKeon, A., Pr\u00fcss, H., Wiendl, H., Drury, C. G., &#038; Dalmau, J. (2016). A clinical approach to diagnosis of autoimmune encephalitis. <em>The Lancet Neurology<\/em>, 15(4), 391-404. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(15)00401-9\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(15)00401-9<\/a><\/p>\n<p>Kanduc, D., Stufano, A., Lucchese, G., &#038; Kusalik, A. (2020). Massive peptide sharing between viral and human proteomes: Resolving the cross-reactivity dilemma in autoimmune pathogenesis. <em>Frontiers in Immunology<\/em>, 11, 561-574. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fimmu.2020.00561\">https:\/\/doi.org\/10.3389\/fimmu.2020.00561<\/a><\/p>\n<p>Relling, M. V., Schwab, M., Whirl-Carrillo, M., Suarez-Kurtz, G., Pui, C. H., Stein, C. M., Moyer, A. M., Evans, W. E., Klein, T. E., &#038; Caudle, K. E. (2019). Clinical Pharmacogenetics Implementation Consortium guideline for thiopurine dosing based on TPMT and NUDT15 genotypes: 2018 update. <em>Clinical Pharmacology &#038; Therapeutics<\/em>, 105(5), 1095-1105. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/cpt.1304\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/cpt.1304<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez l&rsquo;azathioprine sous l&rsquo;angle de la neuropsychiatrie et de l&rsquo;immunologie : m\u00e9canisme d&rsquo;action, applications cliniques et \u00e9pargne cortisonique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[35985,14286,7375],"tags":[35986,35987,31274,1434,35988,35989],"class_list":["post-21511","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-immunopsychiatrie","category-neuropsychiatrie","category-psychopharmacologie","tag-azathioprine","tag-immunosuppresseur","tag-neuro-inflammation","tag-neuropsychiatrie","tag-psychose-lupique","tag-tpmt"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21511","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21511\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21511"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21511"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21511"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}