{"id":21489,"date":"2026-10-25T20:11:25","date_gmt":"2026-10-25T20:11:25","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=concept-axial-psychologie"},"modified":"2026-10-25T20:11:25","modified_gmt":"2026-10-25T20:11:25","slug":"concept-axial-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=concept-axial-psychologie","title":{"rendered":"Axial : Fondement Corporel et Diagnostique"},"content":{"rendered":"<p>Dans le vaste champ des sciences psychologiques, le qualificatif et concept d&rsquo;<strong>axial<\/strong> constitue l&rsquo;un des principes organisateurs les plus f\u00e9conds, traversant aussi bien la neuropsychologie du d\u00e9veloppement que la nosologie clinique et la m\u00e9thodologie de la recherche. Qu&rsquo;il d\u00e9signe l&rsquo;axe corporel constitutif de l&rsquo;identit\u00e9 motrice et \u00e9motionnelle du nourrisson, l&rsquo;architecture multiaxiale qui a longtemps structur\u00e9 le diagnostic psychiatrique, ou l&rsquo;\u00e9tape centrale d&rsquo;int\u00e9gration des donn\u00e9es dans l&rsquo;analyse qualitative, ce terme incarne l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un pivot fondamental autour duquel gravitent la r\u00e9gulation, la classification et le sens psychologique. Comprendre la dimension axiale permet d&rsquo;articuler de mani\u00e8re coh\u00e9rente la corporalit\u00e9 biologique, les dynamiques psychiques internes et les structures d&rsquo;intelligibilit\u00e9 nosologique.<\/p>\n<h2>Axial en Psychologie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le terme <strong>axial<\/strong> qualifie tout \u00e9l\u00e9ment, processus ou dispositif qui se rapporte directement \u00e0 un axe central, qu&rsquo;il soit anatomique, dynamique, fonctionnel ou conceptuel. En psychologie et en neuropsychologie, il d\u00e9signe pr\u00e9f\u00e9rentiellement ce qui est relatif au tronc, \u00e0 la colonne vert\u00e9brale et au tonus postural de base, oppos\u00e9 aux fonctions appendiculaires ou p\u00e9riph\u00e9riques des membres distaux. Dans le domaine de la psychopathologie clinique historique, il renvoie \u00e0 l&rsquo;organisation par paliers ou dimensions d&rsquo;\u00e9valuation diagnostique formalis\u00e9e notamment au sein du syst\u00e8me multiaxial du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). En m\u00e9thodologie qualitative, le codage axial repr\u00e9sente la phase interm\u00e9diaire de conceptualisation reliant les cat\u00e9gories \u00e9mergentes \u00e0 leurs sous-cat\u00e9gories respectives.<\/p>\n<p>Dans son acception psychomotrice et neurod\u00e9veloppementale, la dimension axiale forme le socle somatique de la relation \u00e0 autrui et de l&rsquo;affirmation de soi. Selon les perspectives de la psychologie g\u00e9n\u00e9tique, l&rsquo;organisation tonico-posturale axiale est le creuset dans lequel s&rsquo;enracinent le sentiment continu d&rsquo;exister et la stabilit\u00e9 spatio-temporelle de l&rsquo;individu. L&rsquo;adjectif prend donc une valeur paradigmatique : il indique ce qui est central, organisateur et porteur d&rsquo;\u00e9quilibre face aux fluctuations p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et \u00e9pist\u00e9mologique, la notion axiale d\u00e9signe \u00e9galement un dispositif de pens\u00e9e qui refuse la r\u00e9duction unidimensionnelle. Concevoir une \u00e9valuation ou une fonction comme axiale revient \u00e0 lui attribuer une fonction directrice le long de laquelle s&rsquo;ordonnent des variables cliniques, cognitives ou corporelles plurielles.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab axial \u00bb est un d\u00e9riv\u00e9 savant form\u00e9 \u00e0 partir du substantif latin <em>axis<\/em>, signifiant \u00ab essieu \u00bb, \u00ab pivot \u00bb, \u00ab axe de la terre \u00bb ou \u00ab charni\u00e8re \u00bb. Ce mot latin plonge lui-m\u00eame ses racines dans le proto-indo-europ\u00e9en <em>*a\u01f5-<\/em>, qui v\u00e9hicule l&rsquo;id\u00e9e de conduire, mener, guider ou imprimer un mouvement ordonn\u00e9. D\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9, l&rsquo;<em>axis<\/em> renvoie \u00e0 la barre rigide reliant les roues d&rsquo;un chariot, incarnant simultan\u00e9ment la stabilit\u00e9 structurelle et la condition n\u00e9cessaire de toute rotation dynamique.<\/p>\n<p>En anatomie humaine, le mot a d&rsquo;abord servi \u00e0 d\u00e9signer la deuxi\u00e8me vert\u00e8bre cervicale (l&rsquo;axis), autour de laquelle pivote l&rsquo;atlas supportant le cr\u00e2ne, avant d&rsquo;englober l&rsquo;ensemble du squelette central (squelette axial comprenant le cr\u00e2ne, la colonne vert\u00e9brale, les c\u00f4tes et le sternum). C&rsquo;est au cours du XIXe si\u00e8cle et du premier tiers du XXe si\u00e8cle que le terme franchit les fronti\u00e8res de la stricte morphologie anatomique pour int\u00e9grer la physiologie du mouvement, puis la neuropsychiatrie infantile et la psychologie du d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Des auteurs pionniers de la neurologie et de la psychologie g\u00e9n\u00e9tique fran\u00e7aise, notamment <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Henri_Wallon_(psychologue)\">Henri Wallon<\/a> et plus tard Julian de Ajuriaguerra, ont transf\u00e9r\u00e9 la racine latine vers le domaine psycho-\u00e9motionnel en forgeant les concepts de tonus axial et d&rsquo;axe corporel, conf\u00e9rant au mot son statut de concept psychologique majeur d\u00e9signant la charni\u00e8re psychosomatique de l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Le mot \u00ab axial \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement \/ak.sjal\/ en fran\u00e7ais standard. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un adjectif qualificatif relationnel qui s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le substantif auquel il se rapporte : <em>axial<\/em> au masculin singulier, <em>axiale<\/em> (\/ak.sjal\/) au f\u00e9minin singulier, <em>axiaux<\/em> (\/ak.sjo\/) au masculin pluriel et <em>axiales<\/em> (\/ak.sjal\/) au f\u00e9minin pluriel.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, il est fr\u00e9quemment utilis\u00e9 dans des syntagmes nominaux fig\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><em>Tonus axial<\/em> : \u00e9tat de tension permanente des muscles du tronc et du cou assurant la posture \u00e9rig\u00e9e.<\/li>\n<li><em>Motricit\u00e9 axiale<\/em> : coordination motrice globale centr\u00e9e sur le rachis et les mouvements corporels de base.<\/li>\n<li><em>Codage axial<\/em> : proc\u00e9dure d&rsquo;analyse en <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9thode_de_la_th%C3%A9orisation_ancr%C3%A9e\">th\u00e9orie ancr\u00e9e<\/a> visant \u00e0 relier les cat\u00e9gories conceptuelles entre elles.<\/li>\n<li><em>\u00c9valuation multiaxiale<\/em> : syst\u00e8me diagnostique appr\u00e9hendant le patient sous plusieurs axes cliniques et psychosociaux ind\u00e9pendants.<\/li>\n<li><em>Symptomatologie axiale<\/em> : ensemble des signes cliniques pr\u00e9dominant sur l&rsquo;\u00e9quilibre, la marche et la posture dans diverses affections neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour saisir pleinement la profondeur du concept axial en psychologie, il convient de d\u00e9passer la simple r\u00e9f\u00e9rence g\u00e9om\u00e9trique pour envisager l&rsquo;axe comme un m\u00e9diateur psychologique global. Dans le champ psychomoteur et d\u00e9veloppemental, l&rsquo;axe n&rsquo;est pas une simple ligne osseuse statique, mais une fonction dynamique int\u00e9gratrice. Le tonus axial constitue le premier support physiologique de la communication humaine : avant l&rsquo;\u00e9mergence du langage verbal, c&rsquo;est \u00e0 travers les variations de tension de son axe vert\u00e9bral (hypertonie de d\u00e9tresse, hypotonie d&rsquo;apaisement) que le nourrisson communique avec son environnement maternant. Cette communication primitive, qualifi\u00e9e de \u00ab dialogue tonico-\u00e9motionnel \u00bb par Henri Wallon, montre que l&rsquo;axe corporel est le premier \u00e9chelon de l&rsquo;intersubjectivit\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;axe corporel fonctionne \u00e9galement comme l&rsquo;op\u00e9rateur fondamental de la spatialisation psychique. Selon les th\u00e9ories de la cognition incarn\u00e9e et de la neuropsychologie du sch\u00e9ma corporel, la perception de l&rsquo;espace extracorporel (haut, bas, gauche, droite, avant, arri\u00e8re) n&rsquo;est intelligible que par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un rep\u00e8re \u00e9gocentr\u00e9, lequel est pr\u00e9cis\u00e9ment ancr\u00e9 sur la verticalit\u00e9 axiale. Toute d\u00e9faillance de l&rsquo;int\u00e9gration tonique axiale compromet la distinction claire entre le dedans et le dehors, pr\u00e9carisant la fronti\u00e8re narcissique du moi-peau et fragilisant l&rsquo;assise corporelle de la pens\u00e9e symbolique.<\/p>\n<p>En psychopathologie clinique, la dimension axiale a repr\u00e9sent\u00e9 une r\u00e9volution \u00e9pist\u00e9mologique majeure lors de la formalisation des nosographies de la fin du XXe si\u00e8cle. L&rsquo;approche axiale proc\u00e8de du principe selon lequel un \u00eatre humain en souffrance psychologique ne peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 par une \u00e9tiquette morbide unique. La cr\u00e9ation d&rsquo;axes nosologiques distincts \u2014 s\u00e9parant les syndromes cliniques aigus des traits structurels de la personnalit\u00e9, des pathologies somatiques et des stresseurs environnementaux \u2014 a institutionnalis\u00e9 une lecture multidimensionnelle de la pathologie mentale. L&rsquo;axe sert alors d&rsquo;instrument de d\u00e9composition m\u00e9thodologique permettant de pr\u00e9server la complexit\u00e9 du tableau clinique.<\/p>\n<p>Enfin, dans l&rsquo;ordre \u00e9pist\u00e9mologique de la recherche qualitative en sciences humaines, l&rsquo;axialit\u00e9 renvoie \u00e0 la facult\u00e9 d&rsquo;ordonner des fragments discursifs bruts autour d&rsquo;un noyau th\u00e9matique f\u00e9d\u00e9rateur. Le chercheur utilise le codage axial comme un \u00e9chafaudage logique : il identifie les causes, les contextes, les strat\u00e9gies d&rsquo;action et les cons\u00e9quences d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne donn\u00e9, en les reliant \u00e0 un axe paradigmatique central. L&rsquo;axialit\u00e9 y incarne la puissance synth\u00e9tique de l&rsquo;esprit scientifique capable d&rsquo;extraire une th\u00e9orie compr\u00e9hensive \u00e0 partir de multiples donn\u00e9es empiriques disparates.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la notion axiale en psychologie s&rsquo;articule autour de trois trajectoires historiques majeures qui ont fini par converger conceptuellement : l&rsquo;histoire du d\u00e9veloppement psychomoteur, celle des classifications psychiatriques et celle des m\u00e9thodologies d&rsquo;analyse qualitative.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les travaux d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Arnold_Gesell\">Arnold Gesell<\/a> aux \u00c9tats-Unis \u00e9tablissent les lois fondamentales du d\u00e9veloppement moteur, en particulier la \u00ab loi c\u00e9phalo-caudale \u00bb, qui postule que la maturation motrice progresse du p\u00f4le c\u00e9phalique vers les extr\u00e9mit\u00e9s inf\u00e9rieures en suivant rigoureusement l&rsquo;axe vert\u00e9bral. Parall\u00e8lement, en France, Henri Wallon publie en 1925 ses recherches princeps sur <em>L&rsquo;enfant turbulent<\/em>, d\u00e9montrant que les fonctions posturales et motrices axiales pr\u00e9c\u00e8dent chronologiquement les coordinations praxiques t\u00e9l\u00e9ocin\u00e9tiques et forment la matrice de la vie affective. Durant les d\u00e9cennies 1950 et 1960, Julian de Ajuriaguerra institutionnalise la psychomotricit\u00e9 clinique en codifiant les bilans du tonus axial et appendiculaire, reliant directement l&rsquo;hypotonie axiale pr\u00e9coce \u00e0 des perturbations relationnelles et affectives durables.<\/p>\n<p>Sur le versant de la psychiatrie am\u00e9ricaine, les ann\u00e9es 1970 marquent une crise de fid\u00e9lit\u00e9 diagnostique profonde. Sous la direction de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Robert_Spitzer\">Robert Spitzer<\/a>, le groupe de travail de l&rsquo;Association am\u00e9ricaine de psychiatrie (APA) con\u00e7oit le syst\u00e8me multiaxial du DSM-III, publi\u00e9 en 1980. Cette innovation substitue \u00e0 la nosologie psychanalytique et kraepelinienne un ensemble de cinq axes distincts (Axe I : troubles mentaux majeurs ; Axe II : troubles de la personnalit\u00e9 et retard mental ; Axe III : affections m\u00e9dicales g\u00e9n\u00e9rales ; Axe IV : probl\u00e8mes psychosociaux et environnementaux ; Axe V : \u00e9valuation globale du fonctionnement). Ce mod\u00e8le axial a domin\u00e9 la recherche internationale pendant plus de trois d\u00e9cennies avant que le DSM-5 ne d\u00e9cide, en 2013, de fusionner les trois premiers axes pour s&rsquo;aligner sur la Classification internationale des maladies (CIM) de l&rsquo;OMS.<\/p>\n<p>Dans le domaine m\u00e9thodologique, Anselm Strauss et Juliet Corbin publient en 1990 leur ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence <em>Basics of Qualitative Research<\/em>, dans lequel ils conceptualisent formellement le \u00ab codage axial \u00bb (axial coding). Cette formulation s\u00e9pare la phase exploratoire de codage ouvert de la phase d&rsquo;int\u00e9gration th\u00e9orique, consacrant le terme axial dans le vocabulaire standard des psychologues chercheurs exploitant des donn\u00e9es qualitatives complexes.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le concept axial s&rsquo;appuie sur plusieurs cadres th\u00e9oriques majeurs qui conf\u00e8rent \u00e0 cette notion sa solidit\u00e9 scientifique et sa pluralit\u00e9 applicative.<\/p>\n<p>Le premier socle th\u00e9orique rel\u00e8ve de la psychobiologie wallonienne. Henri Wallon a formalis\u00e9 la distinction th\u00e9orique entre le \u00ab tonus plastique \u00bb (ou postural\/axial), responsable du maintien du corps et de l&rsquo;expression \u00e9motionnelle, et le \u00ab tonus clonique \u00bb, d\u00e9di\u00e9 aux contractions motrices d&rsquo;action sur le monde. Selon cette th\u00e9orie, le tonus axial constitue la matrice biologique de l&rsquo;affectivit\u00e9. L&rsquo;attitude corporelle axiale n&rsquo;est pas un simple instrument m\u00e9canique, mais le moyen fondamental par lequel l&rsquo;organisme traduit et module ses \u00e9tats d&rsquo;angoisse, de col\u00e8re ou d&rsquo;apaisement. La dialectique tonus-\u00e9motion place ainsi l&rsquo;axe corporel au c\u0153ur du d\u00e9veloppement psychique pr\u00e9coce.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me cadre th\u00e9orique renvoie \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie du corps propre et aux th\u00e9ories modernes de la cognition incarn\u00e9e (<em>embodied cognition<\/em>), th\u00e9oris\u00e9es initialement par Maurice Merleau-Ponty et reprises par des neurobiologistes contemporains comme Francisco Varela ou Antonio Damasio. Dans cette perspective, la conscience de soi d\u00e9coule d&rsquo;un enracinement somatosensoriel o\u00f9 l&rsquo;axe du corps fait office d&rsquo;origine absolue du rep\u00e8re spatial : l&rsquo;axe n&rsquo;est pas un objet observ\u00e9 dans l&rsquo;espace, mais ce par quoi un espace existe pour le sujet. La motricit\u00e9 axiale stabilise le centre de gravit\u00e9 kinesth\u00e9sique, autorisant l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une cartographie neuronale pr\u00e9-r\u00e9flexive n\u00e9cessaire \u00e0 tout processus m\u00e9tacognitif.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me fondement repose sur le structuralisme nosologique op\u00e9rationnel. Le mod\u00e8le multiaxial en psychopathologie repose sur le postulat n\u00e9o-positiviste selon lequel la maladie mentale est un ph\u00e9nom\u00e8ne h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne qui ne peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 par un syst\u00e8me unaire sans perte critique d&rsquo;informations. En dissociant les composantes syndromiques aigu\u00ebs des dynamiques de personnalit\u00e9 chroniques, l&rsquo;approche axiale institutionnalise une vision matricielle de la clinique, o\u00f9 chaque axe repr\u00e9sente une ligne de projection th\u00e9orique ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>Enfin, le paradigme de l&rsquo;interactionnisme symbolique et de la sociologie compr\u00e9hensive sous-tend le codage axial en m\u00e9thodologie qualitative. Ici, la th\u00e9orie postule que les significations humaines se structurent en r\u00e9seaux interactifs o\u00f9 un ph\u00e9nom\u00e8ne pivot s&rsquo;articule obligatoirement avec des conditions structurelles, des interactions v\u00e9cues et des retomb\u00e9es psychiques individuelles.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Afin de clarifier la polyvalence du terme \u00ab axial \u00bb en psychologie, ses diff\u00e9rentes manifestations peuvent \u00eatre regroup\u00e9es selon leurs dimensions fonctionnelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La dimension neurod\u00e9veloppementale et motrice :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Le tonus axial :<\/em> tonicit\u00e9 basale des muscles cervicaux et spinaux garantissant l&rsquo;enroulement f\u0153tal, puis le redressement progressif de la t\u00eate, du tronc et l&rsquo;acquisition de la station assise et \u00e9rig\u00e9e.<\/li>\n<li><em>La coordination axio-appendiculaire :<\/em> synergie harmonieuse entre la musculature de l&rsquo;axe central (stabilisatrice) et les mouvements p\u00e9riph\u00e9riques des membres sup\u00e9rieurs et inf\u00e9rieurs (effecteurs).<\/li>\n<li><em>L&rsquo;axe corporel subjectif :<\/em> repr\u00e9sentation corticale et proprioceptive de la ligne m\u00e9diane divisant le corps en h\u00e9micorps gauche et droit, fondamentale pour la lat\u00e9ralisation.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>La dimension psychopathologique et nosologique (syst\u00e8me multiaxial DSM-IV) :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Axe I :<\/em> Troubles cliniques majeurs et autres affections pouvant faire l&rsquo;objet d&rsquo;un examen clinique (ex. \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs, schizophr\u00e9nie, troubles anxieux).<\/li>\n<li><em>Axe II :<\/em> Troubles de la personnalit\u00e9 et retard mental (ex. trouble de la personnalit\u00e9 limite, trouble obsessionnel-compulsif de la personnalit\u00e9).<\/li>\n<li><em>Axe III :<\/em> Affections m\u00e9dicales g\u00e9n\u00e9rales ayant une influence directe ou indirecte sur la symptomatologie psychologique (ex. hypothyro\u00efdie, diab\u00e8te, l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales).<\/li>\n<li><em>Axe IV :<\/em> Probl\u00e8mes psychosociaux et environnementaux contribuant au trouble (ex. deuil r\u00e9cent, perte d&#8217;emploi, isolement social).<\/li>\n<li><em>Axe V :<\/em> \u00c9chelle d&rsquo;\u00e9valuation globale du fonctionnement (EGF), attribuant un score de 1 \u00e0 100 sur l&rsquo;efficience psychologique, sociale et professionnelle du sujet.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>La dimension m\u00e9thodologique (analyse qualitative en th\u00e9orie ancr\u00e9e) :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Le ph\u00e9nom\u00e8ne axial :<\/em> l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, l&rsquo;id\u00e9e ou le processus central identifi\u00e9 au c\u0153ur des entretiens cliniques.<\/li>\n<li><em>Les conditions causales :<\/em> les d\u00e9terminants contextuels g\u00e9n\u00e9rant le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tudi\u00e9.<\/li>\n<li><em>Les strat\u00e9gies d&rsquo;action\/interaction :<\/em> les r\u00e9ponses psychologiques et comportementales mises en \u0153uvre par les individus autour de l&rsquo;axe probl\u00e9matique.<\/li>\n<li><em>Les cons\u00e9quences :<\/em> les r\u00e9percussions psychiques, relationnelles ou symptomatiques issues des dynamiques axiales observ\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Dysr\u00e9gulation du tonus axial chez le nourrisson<\/strong><br \/>\nL\u00e9o, \u00e2g\u00e9 de 5 mois, est adress\u00e9 en consultation de psychomotricit\u00e9 en raison de difficult\u00e9s pr\u00e9coces d&rsquo;apaisement, de pleurs incessants et d&rsquo;un refus du regard lors de l&rsquo;allaitement. L&rsquo;examen psychomoteur r\u00e9v\u00e8le une nette hypertonie axiale en extension : d\u00e8s qu&rsquo;il est pris dans les bras, L\u00e9o cambre violemment le rachis vers l&rsquo;arri\u00e8re (opisthotonos transitoire de d\u00e9tresse), rendant impossible l&rsquo;enroulement corporel et le blottissement dans le giron parental. Ce d\u00e9ficit de r\u00e9gulation axiale emp\u00eache l&rsquo;accordage affectif. L&rsquo;intervention th\u00e9rapeutique ax\u00e9e sur des mobilisations passives d&rsquo;enroulement, des bercements rythm\u00e9s et la r\u00e9assurance corporelle des parents a permis une d\u00e9tente progressive du tonus axial, restaurant la possibilit\u00e9 d&rsquo;un contact visuel stable et d&rsquo;un apaisement physiologique.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : Utilisation diff\u00e9rentielle de l&rsquo;\u00e9valuation multiaxiale<\/strong><br \/>\nMarc, 42 ans, est hospitalis\u00e9 suite \u00e0 une tentative de suicide impulsive. Une \u00e9valuation unidimensionnelle conclurait simplement \u00e0 un \u00ab \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur s\u00e9v\u00e8re \u00bb. Le recours \u00e0 l&rsquo;ancienne matrice axiale r\u00e9v\u00e8le en r\u00e9alit\u00e9 une complexit\u00e9 d\u00e9cisive : sur l&rsquo;Axe I figure bien l&rsquo;\u00e9pisode d\u00e9pressif aigu ; sur l&rsquo;Axe II est identifi\u00e9 un trouble de la personnalit\u00e9 limite sous-jacent marqu\u00e9 par une instabilit\u00e9 affective chronique ; sur l&rsquo;Axe III est not\u00e9e une h\u00e9patite C chronique non trait\u00e9e ; sur l&rsquo;Axe IV est document\u00e9 un divorce conflictuel r\u00e9cent avec rupture d&rsquo;h\u00e9bergement ; enfin, sur l&rsquo;Axe V, le clinicien \u00e9value le fonctionnement global \u00e0 25\/100 lors de l&rsquo;admission. Cette lecture axiale \u00e9claire la crise : le risque suicidaire ne d\u00e9coule pas seulement de la baisse de thymie (Axe I), mais de la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle propre \u00e0 l&rsquo;Axe II d\u00e9clench\u00e9e par les stresseurs de l&rsquo;Axe IV.<\/p>\n<p><strong>Exemple m\u00e9thodologique 3 : Le codage axial dans une \u00e9tude sur le burn-out des soignants<\/strong><br \/>\nDans une recherche qualitative men\u00e9e aupr\u00e8s d&rsquo;infirmiers en oncologie p\u00e9diatrique, les chercheurs ont d&rsquo;abord proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un codage ouvert d\u00e9gageant 150 codes distincts (\u00ab culpabilit\u00e9 \u00bb, \u00ab fatigue \u00e9crasante \u00bb, \u00ab refus des pauses \u00bb, \u00ab soutien mutuel \u00bb, etc.). L&rsquo;\u00e9tape du codage axial a consist\u00e9 \u00e0 choisir comme ph\u00e9nom\u00e8ne axial organisateur : \u00ab Le sentiment d&rsquo;impuissance th\u00e9rapeutique face \u00e0 la douleur de l&rsquo;enfant \u00bb. En reliant syst\u00e9matiquement les autres codes \u00e0 cet axe central (conditions de surcharge de travail comme contexte causal, \u00e9vitement \u00e9motionnel comme strat\u00e9gie de survie, cynisme professionnel comme cons\u00e9quence), l&rsquo;\u00e9quipe a pu mod\u00e9liser avec pr\u00e9cision la trajectoire d&rsquo;effondrement psychique des professionnels.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et op\u00e9rationnalisation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des composantes axiales varie radicalement selon le domaine d&rsquo;application psychologique consid\u00e9r\u00e9, mais elle r\u00e9pond toujours \u00e0 des protocoles m\u00e9thodologiques standardis\u00e9s.<\/p>\n<p>En psychologie du d\u00e9veloppement et en psychomotricit\u00e9, le bilan du tonus axial repose sur des tests physiques pr\u00e9cis int\u00e9gr\u00e9s dans des batteries standardis\u00e9es telles que l&rsquo;Examen psychomoteur de Julian de Ajuriaguerra, l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9valuation du d\u00e9veloppement psychomoteur de la premi\u00e8re enfance de Brunet-L\u00e9zine, ou encore la Batterie de coordination motrice pour enfants (Movement ABC). Les cliniciens mesurent :<\/p>\n<ul>\n<li>Le ballant de la t\u00eate et du tronc (\u00e9valuation du tonus de fond axial).<\/li>\n<li>La r\u00e9sistance passive \u00e0 l&rsquo;\u00e9tirement des muscles spinaux (\u00e9preuve du foulard, \u00e9preuve talon-fesse, angle poplit\u00e9).<\/li>\n<li>Le redressement statique actif lors du passage de la position couch\u00e9e \u00e0 la position assise (traction par les bras).<\/li>\n<li>Le signe de la suspension ventrale (r\u00e9flexe de Landau), \u00e9valuant l&rsquo;extension tonique axiale globale face \u00e0 la gravit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En psychopathologie clinique, bien que le format multiaxial strict du DSM-IV ait \u00e9t\u00e9 officiellement r\u00e9organis\u00e9 dans le DSM-5, la mesure des dimensions psychosociales et fonctionnelles qui composaient autrefois les axes IV et V fait aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet d&rsquo;instruments quantitatifs autonomes. Le niveau de fonctionnement global est mesur\u00e9 au moyen du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Organisation_mondiale_de_la_sant%C3%A9\">WHODAS 2.0<\/a> (World Health Organization Disability Assessment Schedule), un questionnaire standardis\u00e9 \u00e9valuant le handicap sur six domaines de la vie quotidienne. Les stresseurs psychosociaux sont quantifi\u00e9s \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9chelles de stresseurs vitaux comme l&rsquo;\u00e9chelle de Holmes et Rahe.<\/p>\n<p>En recherche qualitative, l&rsquo;op\u00e9rationnalisation du codage axial s&rsquo;effectue via des matrices conceptuelles ou des sch\u00e9mas d&rsquo;int\u00e9gration assist\u00e9s par des logiciels d&rsquo;analyse qualitative de donn\u00e9es (QDA) tels que NVivo ou ATLAS.ti. Le chercheur formalise l&rsquo;axialit\u00e9 en construisant un arbre de codes qui sp\u00e9cifie la nature des liens s\u00e9mantiques reliant chaque n\u0153ud subsidiaire \u00e0 l&rsquo;axe s\u00e9mantique cardinal.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique et pratique<\/h3>\n<p>La prise en compte de la dimension axiale d\u00e9ploie des retomb\u00e9es directes dans une multitude de cadres th\u00e9rapeutiques et \u00e9ducatifs. En clinique infantile, le d\u00e9pistage d&rsquo;une anomalie du tonus axial constitue l&rsquo;un des biomarqueurs pr\u00e9coces les plus fiables d&rsquo;une perturbation du d\u00e9veloppement. Une hypotonie axiale prolong\u00e9e au-del\u00e0 du sixi\u00e8me mois de vie est r\u00e9guli\u00e8rement associ\u00e9e \u00e0 des risques accrus de troubles du spectre de l&rsquo;autisme (TSA), de retards globaux du d\u00e9veloppement ou de troubles de la coordination motrice. En r\u00e9tablissant un tonus axial \u00e9quilibr\u00e9 par des techniques d&rsquo;int\u00e9gration sensorielle et de portage th\u00e9rapeutique, les soignants restaurent chez l&rsquo;enfant la capacit\u00e9 d&rsquo;ancrage corporel indispensable \u00e0 l&rsquo;attention conjointe et \u00e0 l&rsquo;exploration cognitive.<\/p>\n<p>En g\u00e9rontopsychologie et en neuropsychiatrie de l&rsquo;adulte, la d\u00e9t\u00e9rioration de la motricit\u00e9 axiale est au c\u0153ur des pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, notamment dans la maladie de Parkinson et les syndromes parkinsoniens atypiques comme la paralysie supranucl\u00e9aire progressive (PSP). Les troubles axiaux (instabilit\u00e9 posturale, freezing de la marche, camptocormie ou flexion anormale du tronc vers l&rsquo;avant) entra\u00eenent non seulement une perte drastique d&rsquo;autonomie motrice, mais pr\u00e9cipitent l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de chute, le repli d\u00e9pressif et le sentiment d&rsquo;ali\u00e9nation corporelle. La prise en charge interdisciplinaire cible sp\u00e9cifiquement la r\u00e9\u00e9ducation de la stabilit\u00e9 axiale pour freiner le d\u00e9clin psychologique secondaire.<\/p>\n<p>Dans le domaine des psychoth\u00e9rapies corporelles et de la relaxation (m\u00e9thodes Schultz, Jacobson, r\u00e9\u00e9ducation psychosensorielle de Martenot), l&rsquo;axe vert\u00e9bral est utilis\u00e9 comme canal privil\u00e9gi\u00e9 de r\u00e9gulation du syst\u00e8me nerveux autonome. La focalisation de la conscience sur l&rsquo;alignement axial abaisse le niveau d&rsquo;hypervigilance tonique sympathique chez les patients souffrant de trouble de stress post-traumatique (TSPT) ou de troubles anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, prouvant l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique de la r\u00e9gulation de l&rsquo;axe somatique sur l&rsquo;apaisement psychique.<\/p>\n<h3>11. Recherches empiriques et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration empirique des fonctions axiales en psychologie s&rsquo;est intensifi\u00e9e avec l&rsquo;essor des neurosciences cognitives et affectives contemporaines. Des \u00e9tudes pionni\u00e8res en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et en \u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) ont d\u00e9montr\u00e9 que les r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux sous-tendant la motricit\u00e9 axiale diff\u00e8rent fondamentalement de ceux r\u00e9gissant la motricit\u00e9 distale.<\/p>\n<p>Les travaux de neurophysiologie men\u00e9s par des \u00e9quipes de neurosciences motrices ont mis en lumi\u00e8re le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant du syst\u00e8me moteur m\u00e9dial (faisceaux r\u00e9ticulo-spinaux et vestibulo-spinaux) dans le contr\u00f4le axial. Contrairement au syst\u00e8me lat\u00e9ral corticospinal d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9hension fine distale des doigts et command\u00e9 par le cortex moteur primaire, le contr\u00f4le axial est \u00e9troitement connect\u00e9 au tronc c\u00e9r\u00e9bral, \u00e0 l&rsquo;amygdale et au syst\u00e8me limbique. Cette architecture anatomique explique scientifiquement pourquoi l&rsquo;axe du corps r\u00e9agit de mani\u00e8re quasi instantan\u00e9e et involontaire aux stimuli \u00e9motionnels de menace (r\u00e9flexe de sursaut, sid\u00e9ration posturale, effondrement tonique).<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie cognitive, les recherches sur l&rsquo;incarnation de la posture men\u00e9es par des auteurs comme Johannes Michalak et ses collaborateurs (2009, 2014) ont apport\u00e9 des preuves empiriques saisissantes concernant l&rsquo;influence bidirectionnelle entre posture axiale et r\u00e9gulation affective. Leurs protocoles exp\u00e9rimentaux ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que contraindre des participants \u00e0 adopter une posture axiale affaiss\u00e9e (flexion du tronc, cyphose dorsale accentu\u00e9e, t\u00eate inclin\u00e9e vers le bas) augmentait de mani\u00e8re significative le rappel s\u00e9lectif de souvenirs autobiographiques n\u00e9gatifs et favorisait des patterns de rumination d\u00e9pressive. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;adoption d&rsquo;une posture axiale droite et verticalis\u00e9e r\u00e9duisait l&rsquo;impact des r\u00e9troactions n\u00e9gatives et am\u00e9liorait la r\u00e9sistance psychologique au stress induit exp\u00e9rimentalement.<\/p>\n<p>Dans le secteur de la recherche d\u00e9veloppementale, les cohortes \u00e9pid\u00e9miologiques longitudinales surveillant le d\u00e9veloppement moteur des pr\u00e9matur\u00e9s ont confirm\u00e9 qu&rsquo;un ratio anormal entre le tonus axial fl\u00e9chisseur et extenseur au cours des six premiers mois de vie post-terme pr\u00e9dit statistiquement la survenue de difficult\u00e9s attentionnelles (TDAH) et de troubles des apprentissages spatiaux \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge scolaire, confirmant la valeur pr\u00e9dictive centrale des marqueurs axiaux.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La signification psychologique de la verticalit\u00e9 et de la dynamique axiale varie consid\u00e9rablement selon les prismes culturels et les traditions philosophiques.<\/p>\n<p>Dans les cultures occidentales contemporaines, fortement influenc\u00e9es par le dualisme cart\u00e9sien historique, l&rsquo;axe corporel a longtemps \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 au statut de simple support osseux m\u00e9canique au service d&rsquo;un cerveau souverain. La verticalit\u00e9 y est souvent investie sous un angle performatif et individualiste : \u00ab se tenir debout \u00bb, \u00ab avoir une colonne vert\u00e9brale \u00bb, sont des m\u00e9taphores valorisant la force de caract\u00e8re, l&rsquo;autonomie farouche et la r\u00e9sistance aux influences ext\u00e9rieures.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, les traditions philosophiques et psychoth\u00e9rapeutiques d&rsquo;Asie orientale (tao\u00efsme, bouddhisme zen, m\u00e9decine traditionnelle chinoise, pratiques yogiques en Inde) accordent depuis des mill\u00e9naires une valeur ontologique cardinale \u00e0 l&rsquo;axe vert\u00e9bral. L&rsquo;axe y est con\u00e7u non pas comme une rigidit\u00e9 musculaire, mais comme un canal \u00e9nerg\u00e9tique fluide (la colonne centrale ou canal <em>Sushumna<\/em> dans le yoga tantrique ; l&rsquo;axe d&rsquo;harmonisation Terre-Ciel dans le Qi Gong). Dans ces cultures, l&rsquo;apaisement de l&rsquo;esprit ne peut \u00eatre dissoci\u00e9 d&rsquo;un alignement postural axial souple et d\u00e9tendu, o\u00f9 la respiration prend son origine dans le centre de gravit\u00e9 pelvien (le <em>Hara<\/em> ou <em>Dantian<\/em>) plut\u00f4t que dans la cage thoracique haute.<\/p>\n<p>En ethnopsychiatrie et en psychopathologie transculturelle, le syst\u00e8me multiaxial du DSM a fait l&rsquo;objet de vives contestations. Des anthropologues de la sant\u00e9 ont soulign\u00e9 que la s\u00e9paration stricte entre les sympt\u00f4mes psychopathologiques individuels (Axe I) et les contextes environnementaux et relationnels (Axe IV) constitue un biais culturel propre aux soci\u00e9t\u00e9s occidentales hautement individualistes. Dans de nombreuses communaut\u00e9s non occidentales (notamment en Afrique subsaharienne ou chez les peuples autochtones d&rsquo;Oc\u00e9anie), la souffrance psychique est d&#8217;embl\u00e9e collective, communautaire et cosmique ; vouloir isoler un syndrome clinique d&rsquo;un axe relationnel ou spirituel y est per\u00e7u comme un non-sens th\u00e9rapeutique qui d\u00e9racine le sympt\u00f4me de sa signification vitale.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites \u00e9pist\u00e9mologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de la notion axiale, tant sur le plan clinique que m\u00e9thodologique, a suscit\u00e9 d&rsquo;importants d\u00e9bats scientifiques qui continuent d&rsquo;agiter les sciences humaines.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat nosologique le plus retentissant a concern\u00e9 la suppression du syst\u00e8me multiaxial lors de la parution du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/DSM-5\">DSM-5<\/a> en 2013. Les critiques formul\u00e9es par l&rsquo;APA \u00e0 l&rsquo;encontre des cinq axes portaient sur plusieurs limites intrins\u00e8ques :<\/p>\n<ul>\n<li><em>Une complexit\u00e9 administrative excessive :<\/em> les praticiens en milieu hospitalier ou lib\u00e9ral omettaient fr\u00e9quemment de remplir les axes IV et V, r\u00e9duisant de facto le diagnostic \u00e0 l&rsquo;Axe I.<\/li>\n<li><em>Une fausse \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 conceptuelle :<\/em> la fronti\u00e8re th\u00e9orique trac\u00e9e entre l&rsquo;Axe I (troubles cliniques cens\u00e9s \u00eatre \u00e9pisodiques ou soignables m\u00e9dicalement) et l&rsquo;Axe II (troubles de la personnalit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9s stables et incurables) a \u00e9t\u00e9 largement invalid\u00e9e par la recherche empirique, montrant que les d\u00e9pressions majeures r\u00e9currentes pr\u00e9sentent autant de stabilit\u00e9 temporelle que certains traits de personnalit\u00e9 instable.<\/li>\n<li><em>La faiblesse psychom\u00e9trique de l&rsquo;Axe V :<\/em> l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9valuation globale du fonctionnement (EGF) souffrait d&rsquo;une fiabilit\u00e9 inter-juges m\u00e9diocre, confondant en un score unique des dimensions subjectives de d\u00e9tresse psychique et des mesures objectives d&rsquo;inadaptation sociale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cependant, de nombreux cliniciens et th\u00e9oriciens de la psychodynamique ont d\u00e9plor\u00e9 cet abandon nosologique. Pour ces critiques, la disparition du mod\u00e8le multiaxial marque une r\u00e9gression vers un biologisme r\u00e9ducteur et une logique purement cat\u00e9gorielle \u00e0 plat, rel\u00e9guant au second plan les d\u00e9terminants environnementaux et sociaux qui \u00e9taient autrefois visibilis\u00e9s sur un axe d\u00e9di\u00e9.<\/p>\n<p>En m\u00e9thodologie qualitative, la controverse \u00e9pist\u00e9mologique historique a oppos\u00e9 les deux p\u00e8res fondateurs de la th\u00e9orie ancr\u00e9e, Barney Glaser et Anselm Strauss. Glaser a s\u00e9v\u00e8rement critiqu\u00e9 le mod\u00e8le de codage axial formalis\u00e9 par Strauss et Corbin, lui reprochant d&rsquo;\u00eatre un dispositif trop rigide, m\u00e9caniste et formaliste qui tend \u00e0 \u00ab forcer \u00bb les donn\u00e9es brutes dans une matrice pr\u00e9con\u00e7ue au lieu de laisser les conceptualisations \u00e9merger naturellement de la mati\u00e8re textuelle.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie du concept axial exige de le diff\u00e9rencier rigoureusement d&rsquo;autres termes anatomiques, cliniques ou m\u00e9thodologiques voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Axial vs Appendiculaire :<\/strong> En neuroanatomie et psychomotricit\u00e9, le syst\u00e8me axial concerne le tronc, le cou et la t\u00eate (r\u00f4le de posture et d&rsquo;ancrage), tandis que le syst\u00e8me appendiculaire concerne les quatre membres (r\u00f4le de locomotion et de manipulation d&rsquo;objets dans l&rsquo;espace).<\/li>\n<li><strong>Axial vs Distal \/ Proximal :<\/strong> \u00ab Proximal \u00bb d\u00e9signe les segments des membres les plus proches du tronc (\u00e9paules, hanches), et \u00ab distal \u00bb ceux qui en sont les plus \u00e9loign\u00e9s (mains, pieds). L&rsquo;axe corporel se situe encore en amont du niveau proximal : il constitue la racine rachidienne d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergent les coordinations proximales.<\/li>\n<li><strong>Axial vs Coronal \/ Sagittal \/ Transversal :<\/strong> En g\u00e9om\u00e9trie anatomique et en imagerie c\u00e9r\u00e9brale, l&rsquo;axe (ou plan axial\/horizontal) coupe le corps ou le cerveau en parties sup\u00e9rieure et inf\u00e9rieure, \u00e0 la diff\u00e9rence du plan sagittal (divisant gauche et droite) et du plan frontal\/coronal (divisant avant et arri\u00e8re).<\/li>\n<li><strong>Codage axial vs Codage ouvert vs Codage s\u00e9lectif :<\/strong> Dans la th\u00e9orie ancr\u00e9e, le codage ouvert fragmente et \u00e9tiquette le texte de mani\u00e8re exhaustive ; le <em>codage axial<\/em> r\u00e9organise et regroupe ces codes autour d&rsquo;axes th\u00e9matiques denses ; le codage s\u00e9lectif unifie l&rsquo;ensemble des axes autour d&rsquo;une seule cat\u00e9gorie centrale ma\u00eetresse.<\/li>\n<li><strong>\u00c9valuation axiale vs \u00c9valuation dimensionnelle :<\/strong> L&rsquo;\u00e9valuation axiale fragmente la clinique en niveaux de strates distinctes (ex. stresseurs vs sympt\u00f4mes), tandis que l&rsquo;\u00e9valuation dimensionnelle mesure l&rsquo;intensit\u00e9 quantitative continue d&rsquo;un trait ou d&rsquo;un sympt\u00f4me (de l&rsquo;absence totale \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 extr\u00eame) sans recourir n\u00e9cessairement \u00e0 des cat\u00e9gories nosologiques s\u00e9par\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Au terme de cette analyse approfondie, plusieurs \u00e9l\u00e9ments fondamentaux caract\u00e9risent la notion d&rsquo;axial en psychologie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Un ancrage somato-psychique primordial :<\/strong> L&rsquo;axe corporel et le tonus axial repr\u00e9sentent le premier vecteur de l&rsquo;affectivit\u00e9, de la communication intersubjective pr\u00e9verbale et de la construction de l&rsquo;espace g\u00e9om\u00e9trique et subjectif chez l&rsquo;enfant.<\/li>\n<li><strong>Une m\u00e9moire vivante des \u00e9motions :<\/strong> Les circuits neurophysiologiques contr\u00f4lant l&rsquo;axe spinal sont intimement intriqu\u00e9s avec le syst\u00e8me limbique, faisant de la posture axiale le barom\u00e8tre imm\u00e9diat du stress, de la menace et de la s\u00e9curit\u00e9 interne du sujet.<\/li>\n<li><strong>Un principe de complexit\u00e9 diagnostique :<\/strong> En psychopathologie, l&rsquo;histoire de l&rsquo;approche multiaxiale a constitu\u00e9 une tentative salutaire de d\u00e9cloisonner l&rsquo;\u00e9valuation clinique pour articuler indissociablement maladie mentale, personnalit\u00e9, sant\u00e9 corporelle et vuln\u00e9rabilit\u00e9s environnementales.<\/li>\n<li><strong>Un instrument d&rsquo;intelligibilit\u00e9 m\u00e9thodologique :<\/strong> En recherche qualitative, l&rsquo;axialit\u00e9 traduit le travail intellectuel par lequel l&rsquo;analyste structure le chaos des donn\u00e9es empiriques autour de piliers conceptuels coh\u00e9rents et g\u00e9n\u00e9rateurs de th\u00e9orie.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Ajuriaguerra, J. de (1974). <em>Manuel de psychiatrie de l&rsquo;enfant<\/em> (2e \u00e9d.). Masson.<\/li>\n<li>American Psychiatric Association. (2000). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (4e \u00e9d., texte r\u00e9vis\u00e9 ; DSM-IV-TR). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm\">https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm<\/a><\/li>\n<li>Gesell, A., &amp; Amatruda, C. S. (1945). <em>The embryology of behavior: The beginnings of the human mind<\/em>. Harper &amp; Brothers.<\/li>\n<li>Michalak, J., Mischnick, J., &amp; Teismann, T. (2014). Sitting posture, mood, and memory in depressed individuals. <em>Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry<\/em>, 45(4), 481-488. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jbtep.2014.06.008\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jbtep.2014.06.008<\/a><\/li>\n<li>Spitzer, R. L., &amp; Williams, J. B. (1980). Classification of mental disorders and DSM-III. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 137(2), 151-164. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.137.2.151\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.137.2.151<\/a><\/li>\n<li>Strauss, A., &amp; Corbin, J. (1990). <em>Basics of qualitative research: Grounded theory procedures and techniques<\/em>. SAGE Publications.<\/li>\n<li>Wallon, H. (1949). <em>Les origines du caract\u00e8re chez l&rsquo;enfant : Les pr\u00e9ludes du sentiment de personnalit\u00e9<\/em> (2e \u00e9d.). Presses Universitaires de France.<\/li>\n<li>World Health Organization. (2010). <em>Measuring health and disability: Manual for WHO Disability Assessment Schedule (WHODAS 2.0)<\/em>. World Health Organization.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le concept d&rsquo;axial en psychologie d\u00e9signe \u00e0 la fois le fondement corporel du tonus postural et de l&rsquo;affectivit\u00e9, l&rsquo;ancienne architecture multiaxiale du diagnostic psychiatrique, et l&rsquo;int\u00e9gration des donn\u00e9es dans l&rsquo;analyse qualitative. D\u00e9couvrez son histoire et ses applications cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1881,46,3],"tags":[35931,35934,11720,35933,1468,35932],"class_list":["post-21489","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-methodologie-de-la-recherche","category-neuropsychologie","category-psychologie-clinique","tag-axial","tag-codage-axial","tag-developpement-psychomoteur","tag-diagnostic-multiaxial","tag-schema-corporel","tag-tonus-axial"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21489","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21489\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21489"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21489"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21489"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}