{"id":21487,"date":"2026-10-25T20:06:26","date_gmt":"2026-10-25T20:06:26","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=awol-psychologie-absence-fuite"},"modified":"2026-10-25T20:06:26","modified_gmt":"2026-10-25T20:06:26","slug":"awol-psychologie-absence-fuite","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=awol-psychologie-absence-fuite","title":{"rendered":"AWOL : Psychologie de la fuite et rupture"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;acronyme militaire anglo-saxon AWOL (\u00ab Absent Without Official Leave \u00bb), d\u00e9signant initialement l&rsquo;absence injustifi\u00e9e ou sans permission r\u00e9glementaire, transcende le cadre strictement juridique des cours martiales pour constituer une manifestation clinique et comportementale majeure de d\u00e9tresse psychologique. Lorsqu&rsquo;un individu en service arm\u00e9 ou au sein d&rsquo;une organisation \u00e0 forte intensit\u00e9 hi\u00e9rarchique quitte subitement son poste sans autorisation, cet acte traduit fr\u00e9quemment un effondrement des m\u00e9canismes d&rsquo;adaptation face \u00e0 un traumatisme op\u00e9rationnel, une r\u00e9action de stress aigu ou une rupture du contrat psychologique sous-jacent. L&rsquo;exploration psychologique et psychopathologique de l&rsquo;AWOL r\u00e9v\u00e8le ainsi les dynamiques intimes de la fuite comportementale, oscillant entre pulsion de survie, dissociation traumatique, d\u00e9tresse morale et dysfonctionnement institutionnel.<\/p>\n<h2>AWOL (Absence sans permission) : Approche psychologique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Dans sa d\u00e9finition la plus stricte, l&rsquo;AWOL d\u00e9signe le fait pour un membre des forces arm\u00e9es ou d&rsquo;une institution assimil\u00e9e d&rsquo;\u00eatre absent de son unit\u00e9, de son poste ou de son service assign\u00e9 sans avoir obtenu au pr\u00e9alable la permission ou le cong\u00e9 de l&rsquo;autorit\u00e9 comp\u00e9tente. Contrairement \u00e0 la d\u00e9sertion formelle, qui exige la d\u00e9monstration d&rsquo;une intention permanente de ne plus jamais r\u00e9int\u00e9grer les rangs ou d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 un devoir p\u00e9rilleux face \u00e0 l&rsquo;ennemi, l&rsquo;AWOL se caract\u00e9rise juridiquement par une absence temporaire dont la dur\u00e9e ou la nature n&rsquo;implique pas obligatoirement un abandon d\u00e9finitif de l&rsquo;institution.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue psychopathologique et comportemental, l&rsquo;AWOL repr\u00e9sente une conduite d&rsquo;\u00e9vitement extr\u00eame, un passage \u00e0 l&rsquo;acte ou une r\u00e9ponse adaptative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e \u00e9mergeant lorsque les ressources psychiques individuelles sont submerg\u00e9es par l&rsquo;environnement op\u00e9rationnel ou organisationnel. Loin d&rsquo;\u00eatre un acte r\u00e9ductible \u00e0 l&rsquo;indiscipline ou \u00e0 la l\u00e2chet\u00e9, il constitue bien souvent l&rsquo;expression manifeste d&rsquo;une d\u00e9compensation psychiatrique, d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_de_stress_post-traumatique\">trouble de stress post-traumatique<\/a> sous-jacent, d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur ou d&rsquo;une crise suicidaire masqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans le domaine \u00e9largi de la psychologie organisationnelle et de la psychopathologie du travail, le terme est fr\u00e9quemment utilis\u00e9 de mani\u00e8re analogique pour d\u00e9crire les formes aigu\u00ebs et non planifi\u00e9es de retrait professionnel, o\u00f9 le collaborateur rompt brutalement tout lien de pr\u00e9sence physique et de communication sans pr\u00e9avis, t\u00e9moignant d&rsquo;un \u00e9puisement \u00e9motionnel s\u00e9v\u00e8re ou d&rsquo;un conflit \u00e9thique insurmontable.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;acronyme \u00ab AWOL \u00bb trouve son origine dans la langue anglaise au sein des forces militaires des \u00c9tats-Unis et du Commonwealth, form\u00e9 \u00e0 partir des termes <em>Absent Without Official Leave<\/em> (ou occasionnellement <em>Absent Without Leave<\/em>). L&rsquo;expression est attest\u00e9e d\u00e8s le milieu du XIXe si\u00e8cle, apparaissant notamment dans les registres disciplinaires de la guerre de S\u00e9cession am\u00e9ricaine avant d&rsquo;\u00eatre formalis\u00e9e dans les manuels de proc\u00e9dure des cours martiales militaires au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Sur le plan s\u00e9mantique, la composante centrale r\u00e9side dans le mot <em>leave<\/em>, issu du vieil anglais <em>l\u0113af<\/em> (permission, cong\u00e9, licence), rattach\u00e9 \u00e0 la racine germanique signifiant approbation ou affection (apparent\u00e9 au mot moderne <em>love<\/em> et \u00e0 l&rsquo;allemand <em>Erlaubnis<\/em>). L&rsquo;adjectif privatif <em>without<\/em> et le qualificatif <em>absent<\/em> (du latin <em>abesse<\/em>, \u00eatre \u00e9loign\u00e9, faire d\u00e9faut) soulignent le caract\u00e8re de rupture par rapport au lieu d&rsquo;assignation l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Au fil de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre du Vi\u00eat Nam, l&rsquo;acronyme a subi une lexicalisation progressive, passant d&rsquo;un sigle administratif lu lettre par lettre \u00e0 un vocable prononc\u00e9 d&rsquo;un seul bloc, puis \u00e0 un verbe ou un adjectif familier dans la culture populaire occidentale (\u00ab to go AWOL \u00bb). Ce glissement linguistique a favoris\u00e9 son adoption par la psychiatrie militaire et la psychologie clinique pour d\u00e9signer non plus uniquement une infraction statutaire, mais un pattern clinique d&rsquo;\u00e9chappement et de d\u00e9sertion temporaire induit par la terreur ou la saturation cognitive.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et formes grammaticales<\/h3>\n<p>Dans la francophonie, le terme s&#8217;emploie principalement comme un nom commun invariable ou un acronyme substantiv\u00e9 du genre masculin (\u00ab un cas d&rsquo;AWOL \u00bb, \u00ab \u00eatre en AWOL \u00bb), bien que son usage m\u00e9taphorique le transforme parfois en locution pr\u00e9dicative calqu\u00e9e sur l&rsquo;anglais (\u00ab \u00eatre AWOL \u00bb, signifiant \u00eatre port\u00e9 disparu, s&rsquo;\u00eatre esquiv\u00e9). En fran\u00e7ais, la prononciation courante transcrit phon\u00e9tiquement l&rsquo;usage anglo-saxon : \/e\u026a.w\u0252l\/ ou francis\u00e9 en \/a.w\u0254l\/.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e de langue fran\u00e7aise relative \u00e0 la psychologie des arm\u00e9es et au droit p\u00e9nal militaire, on lui pr\u00e9f\u00e8re souvent les \u00e9quivalents terminologiques normalis\u00e9s tels que \u00ab absence sans permission \u00bb (ASP), \u00ab absence ill\u00e9gale \u00bb, \u00ab abandon de poste \u00bb ou \u00ab d\u00e9couchage ill\u00e9gal \u00bb. Toutefois, le terme AWOL demeure irrempla\u00e7able dans la litt\u00e9rature de recherche internationale et les manuels de psychiatrie de combat pour d\u00e9signer sp\u00e9cifiquement les cohortes de militaires en rupture temporaire d&rsquo;obligation.<\/p>\n<p>Du point de vue morphosyntaxique, l&rsquo;expression s&rsquo;utilise principalement au singulier pour d\u00e9signer l&rsquo;\u00e9tat (\u00ab le statut d&rsquo;AWOL \u00bb) ou l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement singulier (\u00ab un \u00e9pisode d&rsquo;AWOL \u00bb). Au pluriel, il prend la marque de l&rsquo;invariabilit\u00e9 propre aux sigles (\u00ab des \u00e9pisodes d&rsquo;AWOL \u00bb) ou s&rsquo;accompagne de qualificatifs pr\u00e9cisant son intensit\u00e9 clinique (AWOL impulsif, AWOL dissociatif, AWOL r\u00e9current).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension psychologique de l&rsquo;AWOL exige de d\u00e9passer l&rsquo;interpr\u00e9tation purement juridico-p\u00e9nale pour situer ce comportement \u00e0 l&rsquo;intersection de l&rsquo;hom\u00e9ostasie psychologique, des contraintes environnementales extr\u00eames et de la neurobiologie du stress. L&rsquo;environnement militaire ou institutionnel totalitaire impose des exigences de conformit\u00e9, d&rsquo;inhibition des pulsions individuelles et d&rsquo;exposition d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e au danger qui mettent sous tension continue les m\u00e9canismes de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle. L&rsquo;AWOL survient pr\u00e9cis\u00e9ment lorsque ces m\u00e9canismes de contr\u00f4le cognitif \u00e9chouent ou sont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment suspendus par l&rsquo;organisme dans une tentative ultime de pr\u00e9servation.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre conceptuel de l&rsquo;AWOL englobe un spectre tr\u00e8s large de r\u00e9alit\u00e9s subjectives. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 du spectre se trouvent les conduites d&rsquo;\u00e9chappement impulsives d\u00e9clench\u00e9es par une panique aigu\u00eb sur le th\u00e9\u00e2tre des op\u00e9rations : le sujet, satur\u00e9 sensoriellement et cognitivement par le p\u00e9ril de mort imminent, ob\u00e9it \u00e0 une impulsion neurov\u00e9g\u00e9tative de fuite locomotrice d\u00e9connect\u00e9e de tout calcul rationnel. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 se manifestent des retraits diff\u00e9r\u00e9s et silencieux survenant en temps de paix, lors desquels un soldat en garnison quitte sa caserne pour retourner dans son foyer familial afin de r\u00e9soudre une crise conjugale ou prot\u00e9ger ses proches d&rsquo;une pr\u00e9carit\u00e9 insoutenable, r\u00e9v\u00e9lant un conflit insoluble d&rsquo;all\u00e9geances loyales.<\/p>\n<p>Un autre angle fondamental concerne la dimension dissociative. Dans certaines circonstances d&rsquo;exposition \u00e0 des traumatismes intenses, le passage en statut d&rsquo;AWOL correspond \u00e0 une v\u00e9ritable <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fugue_dissociative\">fugue dissociative<\/a>. Le militaire quitte son poste dans un \u00e9tat d&rsquo;alt\u00e9ration de la conscience, sans m\u00e9moire explicite de son identit\u00e9 op\u00e9rationnelle, d\u00e9ambulant sur de longues distances avant de reprendre ses esprits dans un lieu \u00e9tranger, amn\u00e9sique quant aux \u00e9tapes de son p\u00e9riple. Dans ce cas sp\u00e9cifique, l&rsquo;absence physique n&rsquo;est que le corollaire moteur d&rsquo;une scission psychique visant \u00e0 couper l&rsquo;appareil psychique d&rsquo;un affect terrifiant.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;AWOL s&rsquo;inscrit au c\u0153ur des th\u00e9ories de l&rsquo;ali\u00e9nation et de la rupture morale. Il ne s&rsquo;agit pas syst\u00e9matiquement d&rsquo;une d\u00e9faillance face \u00e0 la peur, mais parfois d&rsquo;un acte conscient de protestation int\u00e9rieure ou de d\u00e9sengagement psychologique face \u00e0 des ordres per\u00e7us comme moralement inacceptables (blessure morale) ou face \u00e0 un harc\u00e8lement institutionnel chronique. L&rsquo;\u00e9loignement physique devient alors l&rsquo;unique modalit\u00e9 d&rsquo;affirmation d&rsquo;une agentivit\u00e9 morale annihil\u00e9e par le cadre disciplinaire.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement et \u00e9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la prise en compte clinique de l&rsquo;absence ill\u00e9gale refl\u00e8te fid\u00e8lement l&rsquo;\u00e9volution de la psychiatrie moderne face aux traumatismes de guerre. Durant les conflits du XIXe si\u00e8cle, notamment la guerre de S\u00e9cession et les guerres coloniales, l&rsquo;AWOL et la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9sertion\">d\u00e9sertion<\/a> \u00e9taient quasi universellement appr\u00e9hend\u00e9s sous le prisme de la d\u00e9pravation morale, de la l\u00e2chet\u00e9 ou de la d\u00e9ficience intellectuelle inn\u00e9e. Le traitement disciplinaire \u00e9tait exp\u00e9ditif, allant du ch\u00e2timent corporel \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution par peloton d&rsquo;ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>La Premi\u00e8re Guerre mondiale a constitu\u00e9 une rupture \u00e9pist\u00e9mologique violente. Face \u00e0 des centaines de milliers d&rsquo;hommes quittant les tranch\u00e9es ou incapables de tenir leurs lignes sous les bombardements d&rsquo;artillerie, les ali\u00e9nistes ont progressivement forg\u00e9 les concepts d&rsquo;\u00ab obusite \u00bb (<em>shell shock<\/em> en Grande-Bretagne) ou d&rsquo;\u00ab hyst\u00e9rie de guerre \u00bb. Des m\u00e9decins comme Charles Samuel Myers ou Arthur Hurst ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer que de nombreux soldats ex\u00e9cut\u00e9s ou emprisonn\u00e9s pour AWOL et l\u00e2chet\u00e9 pr\u00e9sentaient en r\u00e9alit\u00e9 des l\u00e9sions psychiques et neurologiques induites par les ondes de choc et la terreur prolong\u00e9e, modifiant radicalement la perception de la responsabilit\u00e9 criminelle.<\/p>\n<p>Au cours de la Seconde Guerre mondiale, des figures pionni\u00e8res de la psychiatrie militaire comme William C. Menninger et Roy Grinker ont formalis\u00e9 le concept de \u00ab n\u00e9vrose de combat \u00bb (<em>combat exhaustion<\/em>). L&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine et les forces alli\u00e9es ont alors reconnu que tout individu, quel que soit son courage ou sa force d&rsquo;\u00e2me, poss\u00e9dait un seuil de tol\u00e9rance au stress au-del\u00e0 duquel la d\u00e9sint\u00e9gration psychologique entra\u00eenait in\u00e9vitablement soit la stupeur, soit la fuite (AWOL). Cette reconnaissance a donn\u00e9 naissance au principe de traitement de l&rsquo;avant (PIE : Proximit\u00e9, Imm\u00e9diatet\u00e9, Esp\u00e9rance), visant \u00e0 traiter la crise sur place pour pr\u00e9venir la chronicisation et la criminalisation des d\u00e9parts.<\/p>\n<p>Durant le conflit du Vi\u00eat Nam, la dynamique de l&rsquo;AWOL a pris une coloration \u00e9pid\u00e9mique et sociopolitique nouvelle. Des taux d&rsquo;absence sans permission sans pr\u00e9c\u00e9dent ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s au sein des forces arm\u00e9es des \u00c9tats-Unis, aliment\u00e9s par une d\u00e9moralisation massive, la consommation d&rsquo;h\u00e9ro\u00efne et de cannabis, et un refus id\u00e9ologique croissant de la guerre. Les \u00e9tudes psychiatriques post-Vi\u00eat Nam ont directement contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;inscription officielle du trouble de stress post-traumatique dans le DSM-III en 1980, fournissant enfin un cadre nosographique robuste pour r\u00e9\u00e9valuer r\u00e9trospectivement les dizaines de milliers d&rsquo;anciens combattants sanctionn\u00e9s pour AWOL.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et mod\u00e8les psychologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse psychologique du ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;AWOL s&rsquo;appuie sur plusieurs cadres th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires qui permettent de d\u00e9coder les d\u00e9terminants cognitifs, pulsionnels et environnementaux de l&rsquo;\u00e9loignement physique non autoris\u00e9.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le neurobiologique et \u00e9volutionniste du stress, initialement formul\u00e9 par Walter Cannon et enrichi par les neurosciences contemporaines, constitue le premier niveau d&rsquo;explication. Confront\u00e9 \u00e0 un p\u00e9ril vital per\u00e7u ou r\u00e9el, le syst\u00e8me nerveux autonome d\u00e9clenche la r\u00e9ponse ancestrale de combat ou de fuite (<em>fight-or-flight<\/em>). Lorsque la confrontation offensive (combat) para\u00eet vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec ou psychologiquement insoutenable, et que les m\u00e9canismes d&rsquo;inhibition pr\u00e9frontale sont satur\u00e9s par un d\u00e9luge de cat\u00e9cholamines et de cortisol, le programme moteur de fuite pr\u00e9domine. Dans cette perspective, l&rsquo;AWOL impulsif n&rsquo;est pas un calcul d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, mais une r\u00e9ponse v\u00e9g\u00e9tative et sous-corticale d&rsquo;\u00e9vitement de l&rsquo;organisme face \u00e0 une menace d&rsquo;an\u00e9antissement.<\/p>\n<p>Sur le plan des th\u00e9ories cognitives du stress et du coping, d\u00e9velopp\u00e9es par Richard Lazarus et Susan Folkman, l&rsquo;AWOL s&rsquo;interpr\u00e8te comme une strat\u00e9gie d&rsquo;ajustement centr\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9motion par \u00e9vitement comportemental radical. Lorsque l&rsquo;\u00e9valuation primaire conclut \u00e0 une menace \u00e9crasante pour l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du soi, et que l&rsquo;\u00e9valuation secondaire juge les ressources de coping internes et le soutien social institutionnel totalement inop\u00e9rants, l&rsquo;individu conclut qu&rsquo;aucune r\u00e9solution du probl\u00e8me n&rsquo;est possible au sein du cadre fix\u00e9. La rupture spatiale devient la seule m\u00e9thode accessible pour faire baisser instantan\u00e9ment la charge de d\u00e9tresse psychologique intol\u00e9rable.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le de l&rsquo;impuissance acquise de Martin Seligman offre un \u00e9clairage pertinent sur les d\u00e9parts diff\u00e9r\u00e9s survenant dans un contexte de maltraitance, de harc\u00e8lement hi\u00e9rarchique ou de dysfonctionnement organisationnel chronique. Soumis \u00e0 des stresseurs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et incontr\u00f4lables, l&rsquo;individu int\u00e8gre la conviction qu&rsquo;aucune d\u00e9marche formelle, aucun recours r\u00e9glementaire ne saurait modifier son sort. L&rsquo;AWOL appara\u00eet d\u00e8s lors non pas comme un d\u00e9sir de nuire, mais comme l&rsquo;unique interrupteur physique d&rsquo;une situation per\u00e7ue comme un pi\u00e8ge sans issue.<\/p>\n<p>Enfin, la psychodynamique et la th\u00e9orie de l&rsquo;attachement \u00e9clairent les conflits de loyaut\u00e9 sous-jacents \u00e0 l&rsquo;AWOL. Nombreux sont les cas o\u00f9 le passage \u00e0 l&rsquo;acte est d\u00e9clench\u00e9 par un signal de d\u00e9tresse provenant de la sph\u00e8re familiale (maladie grave d&rsquo;un enfant, abandon par le conjoint, faillite financi\u00e8re). Pris en \u00e9tau entre son attachement primaire (sa famille, garant de sa s\u00e9curit\u00e9 affective profonde) et son attachement secondaire institutionnel (son r\u00e9giment, ses fr\u00e8res d&rsquo;armes), le sujet tranche en faveur de sa base de s\u00e9curit\u00e9 originelle, subissant une r\u00e9gression adaptative au d\u00e9triment des normes militaires int\u00e9rioris\u00e9es.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des conduites d&rsquo;absence injustifi\u00e9e n\u00e9cessite une classification m\u00e9thodique selon les motivations, le profil clinique et le niveau d&rsquo;alt\u00e9ration du discernement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;AWOL r\u00e9actionnel \u00e0 un stress aigu (ou panique op\u00e9rationnelle) :<\/strong> Rupture comportementale imm\u00e9diate survenant lors d&rsquo;un engagement arm\u00e9 ou d&rsquo;un exercice tactique simulant le danger de mort. Se manifeste par une sid\u00e9ration br\u00e8ve suivie d&rsquo;une course \u00e9perdue ou d&rsquo;un abandon du mat\u00e9riel, caract\u00e9ris\u00e9e par une tachycardie extr\u00eame, une tunnelisation de la vision et une perte du contr\u00f4le rationnel.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;AWOL dissociatif :<\/strong> Fuite silencieuse survenant chez un individu atteint de stress post-traumatique complexe ou d&rsquo;un traumatisme psychique r\u00e9cent. Le sujet parcourt des kilom\u00e8tres en \u00e9tat second, sans communication verbale, souvent amn\u00e9sique de son identit\u00e9 militaire, r\u00e9pondant \u00e0 un besoin absolu d&rsquo;extinction de conscience \u00e9motionnelle.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;AWOL par conflit d&rsquo;all\u00e9geance (familial ou personnel) :<\/strong> Absence motiv\u00e9e par une crise majeure au sein du foyer (d\u00e9c\u00e8s, divorce brutal, pr\u00e9carit\u00e9 vitale). Le militaire quitte son poste de mani\u00e8re lucide apr\u00e8s avoir constat\u00e9 l&rsquo;\u00e9chec ou la lenteur des proc\u00e9dures de permission d&rsquo;urgence, avec l&rsquo;intention de revenir une fois la situation domestique stabilis\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;AWOL li\u00e9 aux substances et aux comorbidit\u00e9s psychiatriques :<\/strong> \u00c9pisodes d&rsquo;absence r\u00e9sultant d&rsquo;une perte de contr\u00f4le cons\u00e9cutive \u00e0 une alcoolisation massive, une prise de toxiques ou la d\u00e9compensation d&rsquo;un trouble bipolaire, d&rsquo;un \u00e9tat limite ou d&rsquo;un \u00e9pisode psychotique aigu inaugur\u00e9 en service.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;AWOL revendicatif ou moral (blessure morale) :<\/strong> Acte d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de rupture motiv\u00e9 par le refus d&rsquo;ex\u00e9cuter des missions heurtant frontalement les valeurs \u00e9thiques fondamentales du soldat, ou en r\u00e9action \u00e0 des actes de bizutage, de discriminations ou d&rsquo;abus d&rsquo;autorit\u00e9 syst\u00e9matiques au sein du commandement.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;AWOL organisationnel (monde civil) :<\/strong> Dans les structures civiles, fuite soudaine d&rsquo;un salari\u00e9 qui cesse de para\u00eetre sur son lieu de travail et interrompt tout contact (ph\u00e9nom\u00e8ne de <em>ghosting<\/em> professionnel), souvent symptomatique d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89puisement_professionnel\">\u00e9puisement professionnel<\/a> s\u00e9v\u00e8re ou d&rsquo;un harc\u00e8lement moral non r\u00e9solu.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et \u00e9tudes de cas illustratives<\/h3>\n<p>Afin de mieux appr\u00e9hender la complexit\u00e9 psychopathologique de ces situations, l&rsquo;examen de cas document\u00e9s au sein de services m\u00e9dico-militaires s&rsquo;av\u00e8re \u00e9clairant.<\/p>\n<p>Le cas du sergent M., 29 ans, fantassin chevronn\u00e9 ayant effectu\u00e9 trois d\u00e9ploiements intenses, illustre la dimension traumatique diff\u00e9r\u00e9e. \u00c0 quelques semaines d&rsquo;un quatri\u00e8me d\u00e9part en mission ext\u00e9rieure, le sergent M. ne s&rsquo;est pas pr\u00e9sent\u00e9 au rassemblement matinal de son r\u00e9giment. Retrouv\u00e9 trois jours plus tard par les forces de l&rsquo;ordre dans une for\u00eat situ\u00e9e \u00e0 200 kilom\u00e8tres de l\u00e0, il vivait dans son v\u00e9hicule personnel, hagard, incapable d&rsquo;expliquer clairement sa pr\u00e9sence. L&rsquo;expertise psychiatrique a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;il souffrait depuis plusieurs mois d&rsquo;un trouble de stress post-traumatique non diagnostiqu\u00e9, marqu\u00e9 par des cauchemars r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de l&#8217;embuscade o\u00f9 deux de ses camarades avaient p\u00e9ri lors de la mission pr\u00e9c\u00e9dente. L&rsquo;imminence de la nouvelle projection a agi comme un d\u00e9clencheur massif d&rsquo;angoisse intol\u00e9rable : submerg\u00e9 par des r\u00e9activations sensorielles, son d\u00e9part relevait d&rsquo;une fuite panique dissociative visant \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition du carnage redout\u00e9, sans aucune volont\u00e9 d&rsquo;abandon d\u00e9finitif de sa carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Un autre exemple typique est celui du soldat de premi\u00e8re classe T., 21 ans, engag\u00e9 volontaire depuis dix mois. Issu d&rsquo;un milieu socio-\u00e9conomique d\u00e9favoris\u00e9, il entretenait une relation de d\u00e9pendance affective et mat\u00e9rielle avec sa m\u00e8re invalide. Apprenant par t\u00e9l\u00e9phone que celle-ci \u00e9tait menac\u00e9e d&rsquo;expulsion locative imm\u00e9diate et sans \u00e9lectricit\u00e9, le soldat T. sollicita une permission exceptionnelle aupr\u00e8s de son encadrement, laquelle fut rejet\u00e9e pour des imp\u00e9ratifs d&rsquo;entra\u00eenement op\u00e9rationnel. La nuit suivante, submerg\u00e9 par un sentiment de culpabilit\u00e9 destructeur et le sentiment d&rsquo;abandonner sa famille, il franchit l&rsquo;enceinte de la garnison pour rejoindre le domicile maternel et y n\u00e9gocier avec les bailleurs sociaux. Interpell\u00e9 dix jours plus tard, l&rsquo;\u00e9valuation psychologique mit en \u00e9vidence une absence totale de traits psychopathiques ou de rejet de l&rsquo;arm\u00e9e, mais une immaturit\u00e9 affective majeure et un conflit insoluble entre le serment militaire et le devoir filial \u00e9l\u00e9mentaire.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et outils diagnostiques<\/h3>\n<p>Lorsqu&rsquo;un individu r\u00e9appara\u00eet ou est appr\u00e9hend\u00e9 apr\u00e8s une p\u00e9riode d&rsquo;AWOL, une \u00e9valuation psychologique et psychiatrique approfondie est imp\u00e9rative pour d\u00e9terminer son \u00e9tat de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale, appr\u00e9cier la pr\u00e9sence d&rsquo;une pathologie mentale sous-jacente et statuer sur son aptitude future au service.<\/p>\n<p>Le clinicien s&rsquo;appuie sur une d\u00e9marche rigoureuse d&rsquo;entretien semi-structur\u00e9 visant \u00e0 reconstruire la chronologie des \u00e9v\u00e9nements ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le d\u00e9part. Il s&rsquo;agit de distinguer l&rsquo;\u00e9tat affectif au moment de la d\u00e9cision (impulsion irr\u00e9pressible, alt\u00e9ration de la vigilance, d\u00e9cision rationnelle m\u00fbrie), la pr\u00e9sence \u00e9ventuelle de sympt\u00f4mes psychotiques (d\u00e9lires de pers\u00e9cution, hallucinations ordonnant le d\u00e9part), ou de signes d&rsquo;intoxication par l&rsquo;alcool ou les substances psychoactives.<\/p>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique, plusieurs instruments standardis\u00e9s sont commun\u00e9ment mobilis\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle PCL-5 (Posttraumatic Stress Disorder Checklist for DSM-5) :<\/strong> Utilis\u00e9e pour quantifier la pr\u00e9sence et l&rsquo;intensit\u00e9 des sympt\u00f4mes de reviviscence, d&rsquo;\u00e9vitement, d&rsquo;alt\u00e9ration n\u00e9gative des cognitions et d&rsquo;hyperactivation neurov\u00e9g\u00e9tative.<\/li>\n<li><strong>Le CAPS-5 (Clinician-Administered PTSD Scale) :<\/strong> Consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;\u00e9talon-or des entretiens cliniques pour poser formellement le diagnostic de stress post-traumatique et dater son apparition par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode d&rsquo;AWOL.<\/li>\n<li><strong>Le MMPI-2 ou MMPI-3 (Minnesota Multiphasic Personality Inventory) :<\/strong> Particuli\u00e8rement utile pour d\u00e9tecter les profils de personnalit\u00e9 sous-jacents (impulsivit\u00e9, d\u00e9viance psychopathologique, fragilit\u00e9 anxio-d\u00e9pressive), tout en contr\u00f4lant rigoureusement les \u00e9chelles de validit\u00e9 pour \u00e9liminer une simulation (malingering) d&rsquo;amn\u00e9sie ou de folie destin\u00e9e \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 la cour martiale.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle DES (Dissociative Experiences Scale) :<\/strong> Indispensable pour quantifier la propension du sujet aux dissociations p\u00e9ritraumatiques et valider ou infirmer l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une fugue dissociative authentique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications pratiques et implications cliniques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension psychologique des \u00e9pisodes d&rsquo;absence sans permission emporte des cons\u00e9quences directes tant sur le plan th\u00e9rapeutique que sur la gestion des ressources humaines et le droit militaire.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9rapeutique, l&rsquo;accueil d&rsquo;un individu revenant d&rsquo;un \u00e9pisode d&rsquo;AWOL exige la mise en place imm\u00e9diate d&rsquo;un protocole de d\u00e9samor\u00e7age de crise. Avant m\u00eame toute proc\u00e9dure disciplinaire, un bilan somatique et un d\u00e9pistage du risque suicidaire doivent \u00eatre effectu\u00e9s. En effet, de nombreuses \u00e9tudes d\u00e9montrent que la p\u00e9riode suivant imm\u00e9diatement la fin d&rsquo;une fugue non autoris\u00e9e est caract\u00e9ris\u00e9e par un effondrement narcissique extr\u00eame, une honte intense face au groupe des pairs et une angoisse majeure li\u00e9e aux poursuites p\u00e9nales, propulsant le risque d&rsquo;acte auto-agressif \u00e0 un niveau critique. Les th\u00e9rapies cognitives et comportementales ax\u00e9es sur le trauma (TCC-T) et l&rsquo;EMDR sont couramment pr\u00e9conis\u00e9es lorsque l&rsquo;absence est enracin\u00e9e dans une symptomatologie traumatique.<\/p>\n<p>Dans le domaine organisationnel et pr\u00e9ventif, les arm\u00e9es modernes d\u00e9veloppent des programmes de veille psychosociale. L&rsquo;identification pr\u00e9coce des \u00ab signaux faibles \u00bb de d\u00e9crochage (isolement social, baisse brutale de performance, irritabilit\u00e9 inhabituelle, demandes r\u00e9it\u00e9r\u00e9es de cong\u00e9s refus\u00e9es) permet aux officiers et aux psychologues d&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;intervenir en amont. La formation du personnel d&rsquo;encadrement \u00e0 la d\u00e9tection du stress op\u00e9rationnel et \u00e0 la lev\u00e9e des tabous sur la d\u00e9tresse psychique constitue le rempart le plus efficace contre les d\u00e9parts pr\u00e9cipit\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, au niveau m\u00e9dicol\u00e9gal, l&rsquo;expertise psychologique sert d&rsquo;arbitre pour les tribunaux militaires ou les juridictions civiles. Elle fournit aux magistrats les \u00e9l\u00e9ments scientifiques permettant de d\u00e9terminer si le discernement \u00e9tait aboli, alt\u00e9r\u00e9 ou intact au moment des faits, conditionnant l&rsquo;orientation vers une sanction disciplinaire, un internement psychiatrique sous contrainte ou une r\u00e9forme m\u00e9dicale lib\u00e9rant le sujet de ses obligations militaires sans stigmatisation infamante.<\/p>\n<h3>11. Recherches empiriques et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La recherche \u00e9pid\u00e9miologique contemporaine en sant\u00e9 mentale militaire a apport\u00e9 des donn\u00e9es quantitatives cruciales sur les corr\u00e9lats de l&rsquo;AWOL. Les vastes \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques men\u00e9es par le minist\u00e8re am\u00e9ricain des Anciens Combattants (VA) et l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine, notamment dans le cadre de l&rsquo;\u00e9tude <em>Army Study to Assess Risk and Resilience in Servicemembers<\/em> (Army STARRS), ont mis en lumi\u00e8re des liens statistiques \u00e9troits entre absence ill\u00e9gale et vuln\u00e9rabilit\u00e9s psychiatriques.<\/p>\n<p>Ces travaux ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une proportion substantielle de militaires ayant commis un AWOL pr\u00e9sentaient, dans les trente jours pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;acte, des crit\u00e8res diagnostiques complets pour au moins un trouble mental de l&rsquo;Axe I (selon l&rsquo;ancienne nomenclature DSM-IV), principalement le trouble d\u00e9pressif majeur, le trouble panique ou l&rsquo;abus de substances. De plus, les chercheurs ont constat\u00e9 que l&rsquo;historique d&rsquo;AWOL constituait l&rsquo;un des pr\u00e9dicteurs statistiques ind\u00e9pendants les plus robustes de futures tentatives de suicide au sein de la population militaire, surpassant m\u00eame d&rsquo;autres facteurs de risque classiquement \u00e9tudi\u00e9s.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes longitudinales men\u00e9es sur des recrues ont \u00e9galement identifi\u00e9 que les traumatismes infantiles pr\u00e9coces (violences intrafamiliales, n\u00e9gligences graves) augmentaient consid\u00e9rablement la probabilit\u00e9 d&rsquo;une d\u00e9sertion ou d&rsquo;un AWOL lors des premi\u00e8res phases d&rsquo;incorporation. L&rsquo;entr\u00e9e dans un environnement totalitaire et stressant r\u00e9active des sch\u00e9mas d&rsquo;attachement ins\u00e9cures et des r\u00e9flexes de survie primitifs chez les sujets dot\u00e9s d&rsquo;une faible r\u00e9silience psychique de base.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>La signification, la fr\u00e9quence et la gestion de l&rsquo;AWOL varient substantiellement en fonction des cultures militaires nationales et des normes soci\u00e9tales collectives.<\/p>\n<p>Dans les cultures militaires fortement collectivistes, comme celles de plusieurs arm\u00e9es asiatiques ou moyen-orientales, l&rsquo;all\u00e9geance au groupe et l&rsquo;honneur familial sont \u00e9troitement imbriqu\u00e9s dans le devoir militaire. Dans ces contextes, commettre un AWOL entra\u00eene un d\u00e9shonneur social (la \u00ab perte de la face \u00bb) qui rejaillit sur l&rsquo;ensemble du lignage familial. Par cons\u00e9quent, les taux d&rsquo;absence y sont souvent statistiquement plus faibles, mais la d\u00e9tresse psychologique int\u00e9rioris\u00e9e s&rsquo;y traduit plus fr\u00e9quemment par des suicides accomplis sur site ou des conversions somatiques aigu\u00ebs plut\u00f4t que par des fuites spatiales.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les arm\u00e9es professionnalis\u00e9es occidentales contemporaines, o\u00f9 pr\u00e9domine une vision plus individualiste et contractuelle du travail militaire, l&rsquo;AWOL est davantage appr\u00e9hend\u00e9 \u00e0 travers le prisme des droits de l&rsquo;individu, de la souffrance au travail et de la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;institution envers la sant\u00e9 de ses agents. La r\u00e9ponse p\u00e9nale pure tend \u00e0 s&rsquo;att\u00e9nuer au profit de prises en charge m\u00e9dico-psychologiques, bien que des disparit\u00e9s majeures persistent selon que l&rsquo;arm\u00e9e op\u00e8re avec des conscrits (mod\u00e8le de conscription obligatoire) ou des militaires de carri\u00e8re volontaires.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;appr\u00e9hension de l&rsquo;AWOL par la psychologie n&rsquo;est pas exempte de d\u00e9bats scientifiques et d\u00e9ontologiques passionn\u00e9s. La controverse la plus r\u00e9currente concerne le risque de \u00ab m\u00e9dicalisation indue \u00bb ou de \u00ab psychiatrisation de la l\u00e2chet\u00e9 et de la mauvaise conduite \u00bb. Certains critiques affirment qu&rsquo;en requalifiant syst\u00e9matiquement les actes d&rsquo;absence ill\u00e9gale en sympt\u00f4mes de stress post-traumatique ou de d\u00e9pression r\u00e9actionnelle, les sciences comportementales d\u00e9responsabilisent l&rsquo;individu et fragilisent la discipline essentielle \u00e0 la coh\u00e9sion des forces de d\u00e9fense.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les d\u00e9fenseurs des droits de l&rsquo;homme et les psychiatres humanistes d\u00e9noncent la persistance d&rsquo;une culture militaire punitive qui criminalise trop souvent des d\u00e9tresses authentiques. La question de la \u00ab simulation \u00bb (<em>malingering<\/em>) demeure une source de tension clinique permanente : comment d\u00e9partager avec une certitude absolue un militaire simulant une crise de panique ou une amn\u00e9sie dissociative pour \u00e9chapper \u00e0 un d\u00e9ploiement dangereux, d&rsquo;un individu en proie \u00e0 une v\u00e9ritable terreur t\u00e9tanisante ?<\/p>\n<p>Une autre limite r\u00e9side dans l&rsquo;application parfois abusive du concept d&rsquo;AWOL au monde de l&rsquo;entreprise civile. Si la m\u00e9taphore est s\u00e9duisante pour qualifier l&rsquo;abandon de poste sauvage ou l&rsquo;absent\u00e9isme pathologique, assimiler la situation d&rsquo;un employ\u00e9 de bureau d\u00e9missionnaire \u00e0 celle d&rsquo;un soldat sur un th\u00e9\u00e2tre de guerre masque les sp\u00e9cificit\u00e9s uniques du serment d&rsquo;engagement arm\u00e9, de l&rsquo;\u00e9tat de suj\u00e9tion militaire et du risque l\u00e9tal inh\u00e9rent aux op\u00e9rations de combat.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diagnostiques<\/h3>\n<p>Il importe de bien diff\u00e9rencier l&rsquo;AWOL d&rsquo;autres entit\u00e9s nosographiques et juridiques proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9sertion :<\/strong> Alors que l&rsquo;AWOL implique une absence sans intention d\u00e9montr\u00e9e d&rsquo;abandon d\u00e9finitif, la d\u00e9sertion juridique requiert la preuve de l&rsquo;intention de ne jamais regagner son unit\u00e9 ou de soustraire d\u00e9finitivement sa personne aux obligations militaires face \u00e0 l&rsquo;ennemi.<\/li>\n<li><strong>Fugue dissociative :<\/strong> Entit\u00e9 nosographique psychiatrique caract\u00e9ris\u00e9e par un d\u00e9part soudain et inattendu du domicile habituel ou du lieu de travail, accompagn\u00e9 d&rsquo;une incapacit\u00e9 \u00e0 se rem\u00e9morer son pass\u00e9 et parfois de l&rsquo;adoption d&rsquo;une nouvelle identit\u00e9. L&rsquo;AWOL peut \u00eatre une fugue dissociative, mais la majorit\u00e9 des AWOL conservent leur conscience identitaire intacte.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9action de stress au combat (CSR) :<\/strong> Manifestation aigu\u00eb de d\u00e9sorganisation \u00e9motionnelle et physique sous le feu. Elle peut inclure des comportements de fuite (et donc initier un AWOL), mais comprend \u00e9galement des \u00e9tats de stupeur catatonique ou de tremblements g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s sans \u00e9loignement g\u00e9ographique.<\/li>\n<li><strong>Absent\u00e9isme organisationnel :<\/strong> Pratique consistant \u00e0 s&rsquo;absenter r\u00e9guli\u00e8rement de son poste de travail dans le civil, g\u00e9n\u00e9ralement couverte a posteriori par des arr\u00eats de complaisance ou des justifications m\u00e9dicales, contrairement \u00e0 l&rsquo;AWOL qui est une rupture brutale sans couverture r\u00e9glementaire.<\/li>\n<li><strong>Refus d&rsquo;ob\u00e9issance :<\/strong> Acte par lequel un subordonn\u00e9 refuse d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment d&rsquo;ex\u00e9cuter un ordre en pr\u00e9sence de l&rsquo;autorit\u00e9, sans n\u00e9cessairement fuir les lieux physiques de la caserne.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;AWOL (Absent Without Official Leave), au-del\u00e0 de sa d\u00e9finition r\u00e9glementaire d&rsquo;absence sans permission militaire, repr\u00e9sente un marqueur clinique majeur de d\u00e9s\u00e9quilibre psychologique et d&rsquo;\u00e9puisement des strat\u00e9gies d&rsquo;adaptation individuelles. Qu&rsquo;il prenne la forme d&rsquo;une fuite panique neurov\u00e9g\u00e9tative face au p\u00e9ril de mort, d&rsquo;une d\u00e9ambulation dissociative amn\u00e9sique ou d&rsquo;un d\u00e9part conscient motiv\u00e9 par un conflit de loyaut\u00e9 insupportable, cet acte traduit la rupture du lien entre l&rsquo;individu et son cadre d&rsquo;action.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es scientifiques confirment une corr\u00e9lation massive entre les \u00e9pisodes d&rsquo;AWOL, les troubles de l&rsquo;humeur, les traumatismes psychiques op\u00e9rationnels et le risque suicidaire aigu. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;\u00e9valuation de ces situations requiert une expertise clinique m\u00e9ticuleuse, capable d&rsquo;\u00e9clairer la justice militaire tout en garantissant une prise en charge th\u00e9rapeutique indispensable \u00e0 la pr\u00e9servation de la vie du sujet et \u00e0 la compr\u00e9hension des failles organisationnelles sous-jacentes.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2013). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed.). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm\">https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm<\/a><\/li>\n<li>Hoge, C. W., Castro, C. A., Messer, S. C., McGurk, D., Cotting, D. I., &#038; Koffman, R. L. (2004). Combat duty in Iraq and Afghanistan, mental health problems, and barriers to care. <em>New England Journal of Medicine<\/em>, 351(1), 13-22. <a href=\"https:\/\/www.nejm.org\/doi\/full\/10.1056\/NEJMoa040603\">https:\/\/www.nejm.org\/doi\/full\/10.1056\/NEJMoa040603<\/a><\/li>\n<li>Nock, M. K., Ursano, R. J., Heeringa, S. G., Stein, M. B., Schoenbaum, M., Chiu, W. T., &#038; Kessler, R. C. (2014). Mental disorders, comorbidity, and suicidal behaviors among active-duty Army soldiers in the Army Study to Assess Risk and Resilience in Servicemembers (Army STARRS). <em>JAMA Psychiatry<\/em>, 71(5), 514-522. <a href=\"https:\/\/jamanetwork.com\/journals\/jamapsychiatry\/fullarticle\/1833092\">https:\/\/jamanetwork.com\/journals\/jamapsychiatry\/fullarticle\/1833092<\/a><\/li>\n<li>Shay, J. (1994). <em>Achilles in Vietnam: Combat trauma and the undoing of character<\/em>. Scribner. <a href=\"https:\/\/www.simonandschuster.com\/books\/Achilles-in-Vietnam\/Jonathan-Shay\/9780684813219\">https:\/\/www.simonandschuster.com\/books\/Achilles-in-Vietnam\/Jonathan-Shay\/9780684813219<\/a><\/li>\n<li>Ursano, R. J., Bell, C., Eth, S., Friedman, M., Norwood, A., Pfefferbaum, B., &#038; Benedek, D. (2004). Practice guideline for the treatment of patients with acute stress disorder and posttraumatic stress disorder. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 161(11 Suppl), 3-31. <a href=\"https:\/\/psychiatryonline.org\/pb\/assets\/raw\/sitewide\/practice_guidelines\/guidelines\/ptsd.pdf\">https:\/\/psychiatryonline.org\/pb\/assets\/raw\/sitewide\/practice_guidelines\/guidelines\/ptsd.pdf<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;AWOL (absence sans permission) d\u00e9passe l&rsquo;infraction disciplinaire pour r\u00e9v\u00e9ler des traumatismes profonds, des r\u00e9actions de stress aigu et des conduites de fuite clinique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[313,353,1388],"tags":[35922,30959,35920,17187,35921,20673,103],"class_list":["post-21487","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-du-travail","category-psychologie-militaire","category-psychopathologie-clinique","tag-abandon-de-poste","tag-awol","tag-desertion","tag-evitement-comportemental","tag-fugue-dissociative","tag-psychologie-militaire","tag-stress-post-traumatique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21487","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21487\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21487"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21487"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21487"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}