{"id":21481,"date":"2026-10-25T19:50:16","date_gmt":"2026-10-25T19:50:16","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=avolition-deficit-motivationnel"},"modified":"2026-10-25T19:50:16","modified_gmt":"2026-10-25T19:50:16","slug":"avolition-deficit-motivationnel","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=avolition-deficit-motivationnel","title":{"rendered":"Avolition : Comprendre le d\u00e9ficit motivationnel"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;avolition repr\u00e9sente l&rsquo;une des alt\u00e9rations psychopathologiques les plus invalidantes du fonctionnement humain, privant les individus de leur capacit\u00e9 intrins\u00e8que \u00e0 concevoir, initier et pers\u00e9v\u00e9rer dans des comportements orient\u00e9s vers un objectif pr\u00e9cis. Au-del\u00e0 d&rsquo;un simple manque d&rsquo;enthousiasme passager ou d&rsquo;une fatigue physique ordinaire, cette condition refl\u00e8te une rupture profonde au c\u0153ur m\u00eame des architectures neurocognitives de la volition et de la r\u00e9compense. L&rsquo;exploration rigoureuse de ses m\u00e9canismes s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour d\u00e9chiffrer les dynamiques fonctionnelles des troubles psychiatriques majeurs et offrir des perspectives r\u00e9habilitatives efficaces.<\/p>\n<h2>Avolition<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;avolition est un sympt\u00f4me clinique caract\u00e9ris\u00e9 par une r\u00e9duction marqu\u00e9e ou une incapacit\u00e9 totale \u00e0 initier, maintenir et mener \u00e0 terme des activit\u00e9s autonomes dirig\u00e9es vers un but. Elle constitue un dysfonctionnement central de la sph\u00e8re motivationnelle, se manifestant tant dans les activit\u00e9s quotidiennes \u00e9l\u00e9mentaires, telles que l&rsquo;hygi\u00e8ne personnelle et les t\u00e2ches domestiques, que dans les projets acad\u00e9miques, professionnels ou interpersonnels complexes.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, l&rsquo;avolition ne provient ni d&rsquo;un refus d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, ni d&rsquo;une opposition active, ni d&rsquo;un \u00e9tat de par\u00e9sie neuromusculaire. Le sujet avolitionnel peut manifester le souhait abstrait d&rsquo;accomplir une t\u00e2che ou en reconna\u00eetre pleinement l&rsquo;utilit\u00e9 rationnelle, mais il se heurte \u00e0 une faillite structurelle du processus de conversion de l&rsquo;intention en acte op\u00e9ratoire. Cette dissociation entre la repr\u00e9sentation cognitive du but et la mobilisation de l&rsquo;\u00e9nergie conative n\u00e9cessaire \u00e0 son ex\u00e9cution place l&rsquo;avolition au c\u0153ur des pathologies du r\u00e9seau fronto-striatal.<\/p>\n<p>Dans les nomenclatures diagnostiques contemporaines, l&rsquo;avolition est reconnue comme l&rsquo;une des dimensions majeures du syndrome n\u00e9gatif de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizopr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a> et des troubles du spectre psychotique. N\u00e9anmoins, sa pr\u00e9sence est \u00e9galement document\u00e9e dans d&rsquo;autres affections neuropsychiatriques, notamment les \u00e9pisodes d\u00e9pressifs caract\u00e9ris\u00e9s avec ralentissement psychomoteur s\u00e9v\u00e8re, les traumatismes cr\u00e2nio-c\u00e9r\u00e9braux affectant les lobes frontaux, ainsi que diverses pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives alt\u00e9rant les circuits des ganglions de la base.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Sur le plan \u00e9tymologique, le terme \u00ab avolition \u00bb est un compos\u00e9 n\u00e9ologique form\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9fixe privatif grec <em>a-<\/em> (\u1f00-), signifiant \u00ab absence de \u00bb ou \u00ab privation \u00bb, et du substantif latin <em>volitio<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>volo<\/em> (\u00ab vouloir \u00bb). Litt\u00e9ralement, le terme traduit ainsi une \u00ab absence de volont\u00e9 \u00bb ou une \u00ab privation de l&rsquo;acte de vouloir \u00bb.<\/p>\n<p>Le concept de volition poss\u00e8de un riche h\u00e9ritage philosophique et psychologique, ayant \u00e9t\u00e9 largement d\u00e9battu par la scolastique m\u00e9di\u00e9vale avant d&rsquo;int\u00e9grer la philosophie de l&rsquo;esprit au XIXe si\u00e8cle pour d\u00e9signer l&rsquo;acte par lequel la volont\u00e9 se d\u00e9termine. L&rsquo;introduction du terme m\u00e9dical \u00ab avolition \u00bb (ou <em>avolition<\/em> en anglais) s&rsquo;est consolid\u00e9e dans la psychiatrie anglo-saxonne durant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;impulsion de chercheurs d\u00e9sireux d&rsquo;op\u00e9rationnaliser les d\u00e9ficits motivationnels observ\u00e9s dans les psychoses chroniques.<\/p>\n<p>La psychiatrie francophone a longtemps privil\u00e9gi\u00e9 le terme d&rsquo;\u00ab aboulie \u00bb, conceptualis\u00e9 notamment par Th\u00e9odule Ribot et Pierre Janet. Toutefois, avec l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie croissante des manuels diagnostiques internationaux tels que le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\">DSM<\/a>), le vocable \u00ab avolition \u00bb s&rsquo;est impos\u00e9 dans le champ de la recherche empirique et de la pratique clinique francophone, d\u00e9signant plus sp\u00e9cifiquement le versant motivationnel et comportemental du syndrome d\u00e9ficitaire.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le terme \u00ab avolition \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement [a.v\u0254.li.sj\u0254\u0303]. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom commun f\u00e9minin invariable au pluriel dans son usage clinique standard (\u00ab une avolition marqu\u00e9e \u00bb, \u00ab des manifestations d&rsquo;avolition \u00bb).<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif correspondant est \u00ab avolitionnel \u00bb au masculin et \u00ab avolitionnelle \u00bb au f\u00e9minin (ex. : \u00ab un syndrome avolitionnel \u00bb, \u00ab une composante avolitionnelle pr\u00e9dominante \u00bb). Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, on rencontre fr\u00e9quemment l&rsquo;association syntaxique \u00ab avolition\/apathie \u00bb, ces deux termes \u00e9tant parfois employ\u00e9s de mani\u00e8re interchangeable bien qu&rsquo;ils renvoient \u00e0 des nuances s\u00e9miologiques subtiles entre le d\u00e9faut conatif et l&rsquo;indiff\u00e9rence affective.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;avolition dans toute sa complexit\u00e9, il convient de d\u00e9passer la simple observation comportementale d&rsquo;inactivit\u00e9. L&rsquo;avolition s&rsquo;enracine dans une d\u00e9sorganisation des processus neurocognitifs sous-tendant la prise de d\u00e9cision fond\u00e9e sur la valeur. L&rsquo;individu humain \u00e9value continuellement les co\u00fbts et les b\u00e9n\u00e9fices associ\u00e9s \u00e0 une action donn\u00e9e ; lorsque ce calcul co\u00fbt-effort est fauss\u00e9, la probabilit\u00e9 d&rsquo;initier un comportement chute drastiquement. Dans l&rsquo;avolition, les co\u00fbts cognitifs et physiques requis pour entreprendre une t\u00e2che sont syst\u00e9matiquement surestim\u00e9s par le cerveau, tandis que la valeur incitatrice de la r\u00e9compense anticip\u00e9e est sous-estim\u00e9e.<\/p>\n<p>Un aspect fondamental de l&rsquo;avolition concerne la distinction entre le plaisir consommoir (le plaisir ressenti au moment m\u00eame o\u00f9 l&rsquo;exp\u00e9rience agr\u00e9able a lieu) et le plaisir anticipatoire (la capacit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9dire que l&rsquo;on \u00e9prouvera du plaisir lors d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement futur). De multiples travaux de recherche ont d\u00e9montr\u00e9 que les personnes pr\u00e9sentant une avolition s\u00e9v\u00e8re conservent souvent intacte leur capacit\u00e9 \u00e0 ressentir la satisfaction dans l&rsquo;instant pr\u00e9sent lorsqu&rsquo;elles sont directement expos\u00e9es \u00e0 un stimulus gratifiant. En revanche, elles \u00e9chouent \u00e0 convertir cette m\u00e9moire de plaisir en une force motrice capable de d\u00e9clencher l&rsquo;action en amont. Ce d\u00e9ficit rel\u00e8ve donc non pas d&rsquo;une anesth\u00e9sie h\u00e9donique absolue, mais d&rsquo;une faillite de la motivation incitative (le d\u00e9sir ou <em>wanting<\/em> dopaminergique, distinct du plaisir ou <em>liking<\/em> opio\u00efde).<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, l&rsquo;avolition engage des alt\u00e9rations majeures des fonctions ex\u00e9cutives de haut niveau, en particulier la m\u00e9moire de travail, la planification temporelle et la flexibilit\u00e9 cognitive. Pour initier un projet, l&rsquo;individu doit formuler une repr\u00e9sentation mentale stable du but \u00e0 atteindre, s\u00e9quencer les sous-\u00e9tapes n\u00e9cessaires et surmonter les interf\u00e9rences distrayantes de l&rsquo;environnement. Chez le sujet atteint d&rsquo;avolition, la repr\u00e9sentation interne du but s&rsquo;\u00e9tiole pr\u00e9matur\u00e9ment, rendant le passage \u00e0 l&rsquo;acte extr\u00eamement laborieux. Le sujet demeure dans une stase comportementale qui peut \u00eatre per\u00e7ue erron\u00e9ment par l&rsquo;entourage comme de la paresse, de la n\u00e9gligence volontaire ou un manque d&rsquo;effort conscient.<\/p>\n<p>Enfin, les limites conceptuelles de l&rsquo;avolition doivent \u00eatre soigneusement d\u00e9limit\u00e9es des autres perturbations psychiques. L&rsquo;avolition ne se confond pas avec la paralysie motrice de nature neurologique ni avec l&rsquo;akin\u00e9sie purement motrice provoqu\u00e9e par des dysfonctionnements du syst\u00e8me extrapyramidal. Elle se distingue \u00e9galement du repli social secondaire \u00e0 des id\u00e9es d\u00e9lirantes de pers\u00e9cution ou \u00e0 une anxi\u00e9t\u00e9 sociale s\u00e9v\u00e8re, o\u00f9 la retenue comportementale d\u00e9coule d&rsquo;une r\u00e9action \u00e9motionnelle de peur et non d&rsquo;une faillite motivationnelle primitive.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;avolition s&rsquo;entrelace \u00e9troitement avec la construction de la nosographie psychiatrique moderne de la psychose. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Emil_Kraepelin\">Emil Kraepelin<\/a> d\u00e9crit la <em>dementia praecox<\/em> (d\u00e9mence pr\u00e9coce) et identifie l&rsquo;affaiblissement de la volont\u00e9 et la perte d&rsquo;\u00e9nergie psychique comme des manifestations cardinales de cette affection. Kraepelin souligne que, bien avant la d\u00e9gradation cognitive terminale, les patients subissent une \u00ab destruction de la personnalit\u00e9 volitive \u00bb, les privant de toute initiative autonome.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, Eugen Bleuler reformule cette entit\u00e9 nosologique sous le concept de \u00ab schizophr\u00e9nie \u00bb et place les troubles de l&rsquo;affectivit\u00e9 et de la volont\u00e9 parmi ses sympt\u00f4mes fondamentaux (les fameux \u00ab quatre A \u00bb de Bleuler : Autisme, Ambivalence, Associations l\u00e2ches et Affectivit\u00e9\/Volition perturb\u00e9e). Bleuler observe que l&rsquo;inertie volitive chez ces patients n&rsquo;est pas r\u00e9ductible \u00e0 un d\u00e9ficit intellectuel, mais correspond \u00e0 une dissociation intime entre la pens\u00e9e et l&rsquo;action orient\u00e9e.<\/p>\n<p>Durant plusieurs d\u00e9cennies, l&rsquo;attention de la psychiatrie biologique s&rsquo;est principalement focalis\u00e9e sur les sympt\u00f4mes dits positifs (hallucinations, d\u00e9lires), plus spectaculaires et plus accessibles aux th\u00e9rapeutiques neuroleptiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration. Il faut attendre les ann\u00e9es 1980 et les travaux novateurs de Nancy Andreasen, qui introduit l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9valuation des sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs (SANS), pour que l&rsquo;avolition retrouve un statut th\u00e9orique et clinique pr\u00e9pond\u00e9rant aux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anh%C3%A9donie\">anh\u00e9donie<\/a>, de l&rsquo;alogie, de l&rsquo;\u00e9moussement affectif et du retrait social.<\/p>\n<p>Au tournant du XXIe si\u00e8cle, les conf\u00e9rences de consensus du <em>National Institute of Mental Health<\/em> (NIMH), notamment \u00e0 travers l&rsquo;initiative MATRICS (<em>Measurement and Treatment Research to Improve Cognition in Schizophrenia<\/em>), ont affin\u00e9 la structure factorielle des sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs. Ces travaux ont d\u00e9montr\u00e9 que ces sympt\u00f4mes s&rsquo;organisent en deux dimensions distinctes : la dimension expressive (diminution de l&rsquo;expression \u00e9motionnelle et verbale) et la dimension motivationnelle\/plaisir (regroupant l&rsquo;avolition, l&rsquo;apathie et l&rsquo;anh\u00e9donie sociale). Cette clarification a scell\u00e9 la reconnaissance de l&rsquo;avolition comme une cible th\u00e9rapeutique prioritaire et autonome.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Sur le plan neurobiologique, l&rsquo;avolition s&rsquo;explique principalement par une perturbation des boucles cortico-sous-corticales fronto-striatales. Le striatum ventral, comprenant le noyau accumbens, joue un r\u00f4le central dans l&rsquo;\u00e9valuation de la saillance motivationnelle et la d\u00e9tection des signaux pr\u00e9dictifs de r\u00e9compense. Chez les personnes souffrant d&rsquo;avolition, l&rsquo;innervation dopaminergique m\u00e9socorticolimbique projetant vers le striatum ventral et le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian pr\u00e9sente des alt\u00e9rations fonctionnelles notables. Ces anomalies compromettent le codage de l&rsquo;erreur de pr\u00e9diction de la r\u00e9compense, privant le syst\u00e8me nerveux central du signal chimique indispensable pour amorcer l&rsquo;action.<\/p>\n<p>Du point de vue de la psychologie cognitive et motivationnelle, la th\u00e9orie de l&rsquo;autod\u00e9termination d\u00e9velopp\u00e9e par Edward L. Deci et Richard M. Ryan fournit un cadre d&rsquo;analyse particuli\u00e8rement \u00e9clairant. Cette th\u00e9orie postule que le comportement humain est r\u00e9gi par un continuum allant de l&rsquo;amotivation (absence totale d&rsquo;intention d&rsquo;agir) \u00e0 la motivation intrins\u00e8que (action guid\u00e9e par le plaisir propre de l&rsquo;activit\u00e9). L&rsquo;avolition correspond \u00e0 une r\u00e9gression massive vers le p\u00f4le de l&rsquo;amotivation, o\u00f9 les besoins psychologiques fondamentaux d&rsquo;autonomie, de comp\u00e9tence et d&rsquo;appartenance relationnelle ne parviennent plus \u00e0 alimenter la dynamique conative.<\/p>\n<p>Les mod\u00e8les computationnels contemporains de la prise de d\u00e9cision enrichissent cette perspective par le concept de \u00ab calcul co\u00fbt-effort \u00bb. Des chercheurs tels que Deanna Barch et James Gold ont montr\u00e9 que l&rsquo;avolition d\u00e9coule d&rsquo;un d\u00e9s\u00e9quilibre dans l&rsquo;arbitrage entre l&rsquo;effort consenti et le gain attendu. Dans ce mod\u00e8le, l&rsquo;individu estime le co\u00fbt de l&rsquo;effort physique ou cognitif comme disproportionnellement \u00e9lev\u00e9 par rapport \u00e0 une r\u00e9compense dont la valeur subjective s&rsquo;est \u00e9rod\u00e9e. Par cons\u00e9quent, le seuil d&rsquo;activation requis pour d\u00e9clencher l&rsquo;action n&rsquo;est presque jamais atteint, condamnant la personne \u00e0 une passivit\u00e9 prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le cognitif de la schizophr\u00e9nie propos\u00e9 par Aaron T. Beck postule l&rsquo;existence de croyances \u00ab d\u00e9faitistes \u00bb profond\u00e9ment ancr\u00e9es chez les patients souffrant de sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs (ex. : \u00ab Si j&rsquo;essaie, j&rsquo;\u00e9chouerai \u00bb, \u00ab Cela demande trop d&rsquo;\u00e9nergie pour aucun r\u00e9sultat \u00bb). Ces sch\u00e9mas dysfonctionnels agissent comme des barri\u00e8res psychologiques rigides qui amplifient la vuln\u00e9rabilit\u00e9 neurobiologique et p\u00e9rennisent l&rsquo;\u00e9tat avolitionnel par un m\u00e9canisme de r\u00e9troaction n\u00e9gative auto-r\u00e9alisatrice.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;avolition ne se pr\u00e9sente pas comme une entit\u00e9 monolithique ; elle se structure au carrefour de plusieurs composantes, dimensions cliniques et sous-types diagnostiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;avolition primaire vs l&rsquo;avolition secondaire :<\/strong> L&rsquo;avolition primaire fait partie int\u00e9grante du processus morbide intrins\u00e8que du trouble (comme dans le syndrome d\u00e9ficitaire de la schizophr\u00e9nie) et r\u00e9siste g\u00e9n\u00e9ralement aux traitements antipsychotiques standards. L&rsquo;avolition secondaire, en revanche, est engendr\u00e9e par d&rsquo;autres facteurs cliniques, tels que les effets secondaires s\u00e9datifs ou extrapyramidaux des neuroleptiques, une d\u00e9pression comorbide, l&rsquo;angoisse psychotique, un environnement institutionnel sous-stimulant ou le fardeau des sympt\u00f4mes positifs non r\u00e9solus.<\/li>\n<li><strong>La phase d&rsquo;initiation comportementale :<\/strong> Il s&rsquo;agit de la difficult\u00e9 sp\u00e9cifique \u00e0 concevoir et amorcer le premier geste d&rsquo;une t\u00e2che. La personne peut passer des heures assise sans r\u00e9ussir \u00e0 se lever pour pr\u00e9parer un repas, bien qu&rsquo;elle ressente la faim.<\/li>\n<li><strong>La persistance et le maintien de l&rsquo;effort :<\/strong> Cette dimension concerne l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 soutenir l&rsquo;attention et l&rsquo;\u00e9nergie conative face aux obstacles mineurs rencontr\u00e9s en cours de route. La t\u00e2che entam\u00e9e est alors abandonn\u00e9e pr\u00e9matur\u00e9ment d\u00e8s l&rsquo;apparition de la premi\u00e8re contrainte.<\/li>\n<li><strong>Le domaine du soin personnel (auto-entretien) :<\/strong> Il correspond au d\u00e9clin progressif de l&rsquo;hygi\u00e8ne corporelle, de l&rsquo;habillement appropri\u00e9 et de la gestion des besoins physiologiques \u00e9l\u00e9mentaires, menant \u00e0 une incurie plus ou moins prononc\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Le domaine occupationnel et instrumental :<\/strong> Il englobe la perte d&rsquo;implication dans les activit\u00e9s structur\u00e9es du quotidien, incluant les responsabilit\u00e9s professionnelles, les d\u00e9marches administratives, les travaux acad\u00e9miques et les loisirs autot\u00e9liques complexes.<\/li>\n<li><strong>La dimension relationnelle et sociale :<\/strong> Bien que souvent catalogu\u00e9e sous le terme de retrait social, cette composante traduit l&rsquo;absence de motivation conative \u00e0 initier et maintenir des contacts interpersonnels, conduisant \u00e0 un isolement affectif profond sans n\u00e9cessairement \u00e9prouver de d\u00e9tresse subjective imm\u00e9diate li\u00e9e \u00e0 la solitude.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux cerner les contours de l&rsquo;avolition en situation clinique concr\u00e8te, analysons trois pr\u00e9sentations illustratives refl\u00e9tant diff\u00e9rentes trajectoires et \u00e9tiologies :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Avolition primaire dans la schizophr\u00e9nie d\u00e9ficitaire<\/strong><br \/>\nMarc, 28 ans, pr\u00e9sente un diagnostic de schizophr\u00e9nie stabilis\u00e9e depuis trois ans. Les hallucinations auditives et les id\u00e9es d\u00e9lirantes de pers\u00e9cution ont disparu sous traitement antipsychotique atypique \u00e0 posologie mod\u00e9r\u00e9e. Pourtant, Marc passe la majorit\u00e9 de ses journ\u00e9es assis dans un fauteuil, le regard vague, sans manifester d&rsquo;activit\u00e9 particuli\u00e8re ni chercher \u00e0 \u00e9couter de la musique ou regarder la t\u00e9l\u00e9vision. Lorsqu&rsquo;on l&rsquo;interroge, il d\u00e9clare qu&rsquo;il \u00ab aimerait bien trouver un emploi dans l&rsquo;informatique \u00bb, mais il ne consulte aucune offre, ne r\u00e9dige aucun curriculum vitae et n\u00e9glige son hygi\u00e8ne corporelle au point de ne se doucher qu&rsquo;une fois toutes les deux semaines sous l&rsquo;injonction r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de ses parents. Marc ne ressent ni tristesse intense ni d\u00e9sespoir moral ; il d\u00e9crit simplement une \u00ab impossibilit\u00e9 physique et mentale de d\u00e9marrer le moteur \u00bb. Ce tableau illustre une avolition primaire s\u00e9v\u00e8re affectant \u00e0 la fois l&rsquo;initiation, le maintien de l&rsquo;effort et le fonctionnement socioprofessionnel.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : Avolition secondaire dans un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur<\/strong><br \/>\n\u00c9l\u00e9onore, 45 ans, cadre d&rsquo;entreprise, souffre d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 s\u00e9v\u00e8re avec ralentissement psychomoteur prononc\u00e9. Elle reste confin\u00e9e \u00e0 son lit, incapable d&rsquo;ouvrir son courrier, de r\u00e9pondre au t\u00e9l\u00e9phone ou de pr\u00e9parer les repas de sa famille. Contrairement au profil de Marc, l&rsquo;inactivit\u00e9 d&rsquo;\u00c9l\u00e9onore est impr\u00e9gn\u00e9e d&rsquo;une souffrance morale intense, d&rsquo;une autod\u00e9pr\u00e9ciation constante (\u00ab Je suis un fardeau, je n&rsquo;ai plus la force de rien faire \u00bb) et d&rsquo;une culpabilit\u00e9 d\u00e9vorante face \u00e0 son inertie. Ici, le tableau avolitionnel est secondaire \u00e0 l&rsquo;effondrement thymique global et r\u00e9gressera favorablement avec la r\u00e9solution de la d\u00e9compensation d\u00e9pressive via une prise en charge pharmacologique et psychoth\u00e9rapeutique ad\u00e9quate.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 3 : Avolition d&rsquo;origine neurologique (syndrome apathique sous-cortical-frontal)<\/strong><br \/>\nAntoine, 62 ans, a subi un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral isch\u00e9mique touchant les t\u00eates bilat\u00e9rales des noyaux caud\u00e9s et le cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dian. Depuis cet accident, Antoine ne manifeste aucune initiative spontan\u00e9e. Il peut rester des heures sans boire ni manger, mais si un soignant lui tend un verre ou lui place une fourchette dans la main en lui disant \u00ab mangez \u00bb, il ex\u00e9cute le geste sans difficult\u00e9 motrice. D\u00e8s que l&rsquo;ordre externe cesse, l&rsquo;action s&rsquo;interrompt de nouveau. Ce cas illustre le concept de perte d&rsquo;auto-activation psychique ou \u00ab athymhormie \u00bb, forme extr\u00eame d&rsquo;avolition d&rsquo;origine l\u00e9sionnelle neurologique directe.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse de l&rsquo;avolition constitue un d\u00e9fi m\u00e9thodologique majeur en raison de son caract\u00e8re intrins\u00e8que et du biais potentiel inh\u00e9rent aux auto-questionnaires. Plusieurs instruments psychom\u00e9triques standardis\u00e9s valid\u00e9s internationalement permettent d&rsquo;objectiver et de quantifier ce construit :<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9valuation des sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs (<em>Scale for the Assessment of Negative Symptoms<\/em>, SANS), d\u00e9velopp\u00e9e par Andreasen, a constitu\u00e9 le premier instrument de r\u00e9f\u00e9rence. Elle comporte une sous-\u00e9chelle sp\u00e9cifique d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;avolition-apathie, \u00e9valuant le soin personnel, la pers\u00e9v\u00e9rance au travail ou aux \u00e9tudes, et l&rsquo;\u00e9nergie physique conative per\u00e7ue par l&rsquo;observateur.<\/p>\n<p>Pour pallier les limites des \u00e9chelles de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, les outils de seconde g\u00e9n\u00e9ration ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9s selon les crit\u00e8res du consensus du NIMH :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La BNSS (<em>Brief Negative Symptom Scale<\/em>) :<\/strong> Cette \u00e9chelle semi-structur\u00e9e \u00e9value 13 items r\u00e9partis en six sous-\u00e9chelles, dont une consacr\u00e9e sp\u00e9cifiquement \u00e0 l&rsquo;avolition. Elle examine \u00e0 la fois le comportement observable de l&rsquo;individu, son investissement temporel r\u00e9el dans des activit\u00e9s dirig\u00e9es vers un but et son v\u00e9cu subjectif de l&rsquo;effort motivationnel au cours de la semaine pr\u00e9c\u00e9dente.<\/li>\n<li><strong>La CAINS (<em>Clinical Assessment Interview for Negative Symptoms<\/em>) :<\/strong> Structur\u00e9e en deux grands domaines (l&rsquo;expression et la motivation\/plaisir), la CAINS explore de mani\u00e8re minutieuse les motivations vocationnelles, r\u00e9cr\u00e9atives et sociales de l&rsquo;individu. Elle \u00e9value pr\u00e9cis\u00e9ment la discordance entre la motivation rapport\u00e9e et le comportement effectivement produit dans l&rsquo;environnement \u00e9cologique du patient.<\/li>\n<li><strong>La sous-\u00e9chelle n\u00e9gative de la PANSS (<em>Positive and Negative Syndrome Scale<\/em>) :<\/strong> Bien que largement employ\u00e9e dans les essais cliniques, elle pr\u00e9sente une sp\u00e9cificit\u00e9 moindre pour isoler l&rsquo;avolition pure des autres composantes d\u00e9ficitaires, regroupant souvent la perte de volont\u00e9 sous les items de repli affectif ou de passivit\u00e9 sociale.<\/li>\n<li><strong>Les paradigmes comportementaux computationnels (ex. : l&rsquo;EEfRT ou <em>Effort-Expenditure for Rewards Task<\/em>) :<\/strong> En laboratoire neuropsychologique, ces t\u00e2ches mesurent la disposition du sujet \u00e0 fournir un effort cognitif ou physique variable (clics rapides de souris, r\u00e9solution de probl\u00e8mes) pour obtenir des r\u00e9compenses mon\u00e9taires ou symboliques de diff\u00e9rentes probabilit\u00e9s, objectivant objectivement le d\u00e9ficit de prise de d\u00e9cision conative.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie de l&rsquo;avolition poss\u00e8de des retomb\u00e9es directes sur les strat\u00e9gies de r\u00e9habilitation psychosociale et le management clinique quotidien des patients. L&rsquo;avolition \u00e9tant le pr\u00e9dicteur le plus puissant du mauvais pronostic fonctionnel dans la psychose \u2014 surpassant l&rsquo;impact des sympt\u00f4mes d\u00e9lirants et hallucinatoires \u2014, son traitement repr\u00e9sente un enjeu de sant\u00e9 publique pr\u00e9\u00e9minent.<\/p>\n<p>Sur le plan psychoth\u00e9rapeutique, les th\u00e9rapies comportementales et cognitives (TCC) adapt\u00e9es aux sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs ont d\u00e9velopp\u00e9 des protocoles ciblant sp\u00e9cifiquement l&rsquo;avolition. Ces interventions visent \u00e0 restructurer les croyances d\u00e9faitistes de performance, \u00e0 fractionner les t\u00e2ches complexes en micro-\u00e9tapes imm\u00e9diatement r\u00e9alisables (micro-objectifs concrets), et \u00e0 introduire des calendriers d&rsquo;activation comportementale progressive. L&rsquo;entra\u00eenement cognitif vise \u00e9galement \u00e0 renforcer la projection mentale de la satisfaction attendue afin de restaurer la valeur incitatrice de l&rsquo;action.<\/p>\n<p>En ergoth\u00e9rapie et en \u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e, les praticiens con\u00e7oivent des adaptations environnementales visant \u00e0 r\u00e9duire la charge cognitive d&rsquo;initiation. L&rsquo;utilisation d&rsquo;amorces externes structur\u00e9es (listes de v\u00e9rification visuelles, alarmes d&rsquo;ordonnancement, applications num\u00e9riques connect\u00e9es d&rsquo;incitation douce ou <em>nudging<\/em>) compense la faillite de l&rsquo;auto-d\u00e9clenchement interne du patient. Ces dispositifs permettent de r\u00e9ins\u00e9rer l&rsquo;individu dans des routines fonctionnelles indispensables au maintien de son autonomie r\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>Au niveau syst\u00e9mique et familial, la psycho\u00e9ducation des proches s&rsquo;av\u00e8re cruciale. Les familles confront\u00e9es \u00e0 un membre pr\u00e9sentant une avolition interpr\u00e8tent fr\u00e9quemment ce comportement comme de la mauvaise volont\u00e9, un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat affectif ou une provocation passive. Cette incompr\u00e9hension g\u00e9n\u00e8re des tensions intrafamiliales caract\u00e9ris\u00e9es par une \u00ab \u00e9motion exprim\u00e9e \u00bb (<em>expressed emotion<\/em>) \u00e9lev\u00e9e, avec des reproches et des pressions constantes qui aggravent le repli du patient. En requalifiant l&rsquo;inactivit\u00e9 comme un sympt\u00f4me neurobiologique involontaire, les \u00e9quipes soignantes d\u00e9samorcent la culpabilit\u00e9 et favorisent un climat relationnel bienveillant et structurant.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les avanc\u00e9es en neuroimagerie fonctionnelle et en neurosciences computationnelles ont permis d&rsquo;\u00e9lucider avec pr\u00e9cision les corr\u00e9lats anatomiques et fonctionnels de l&rsquo;avolition. Des m\u00e9ta-analyses d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9es par des \u00e9quipes internationales ont mis en \u00e9vidence une hypoactivation persistante du striatum ventral et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur lors des phases d&rsquo;anticipation de la r\u00e9compense chez les patients pr\u00e9sentant un score \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;avolition.<\/p>\n<p>Sur le plan neurochimique, les recherches sugg\u00e8rent que le traitement par les antipsychotiques antagonistes des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration peut paradoxalement aggraver l&rsquo;avolition en bloquant la transmission dopaminergique dans les voies m\u00e9solimbiques de la r\u00e9compense (cr\u00e9ant ainsi un syndrome d\u00e9ficitaire induit par les neuroleptiques). Les antipsychotiques de seconde et troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration (agonistes partiels D2\/D3 tels que l&rsquo;aripiprazole, la cariprazine ou le brexpiprazole) font l&rsquo;objet d&rsquo;essais cliniques rigoureux pour leur capacit\u00e9 th\u00e9orique \u00e0 moduler positivement la transmission dopaminergique fronto-striatale et \u00e0 att\u00e9nuer les composantes de l&rsquo;avolition.<\/p>\n<p>Des recherches translationnelles r\u00e9centes explorent \u00e9galement le r\u00f4le des voies inflammatoires p\u00e9riph\u00e9riques et centrales. Une \u00e9l\u00e9vation chronique des cytokines pro-inflammatoires (telles que l&rsquo;IL-6 et le TNF-alpha) a \u00e9t\u00e9 corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 accrue des sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs et de l&rsquo;apathie, appuyant l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle un \u00e9tat neuro-inflammatoire de bas grade pourrait alt\u00e9rer le m\u00e9tabolisme du glutamate et des monoamines dans les ganglions de la base, pr\u00e9cipitant l&rsquo;\u00e9tat de l\u00e9thargie motivationnelle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation et l&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;avolition sont intrins\u00e8quement tributaires du contexte socioculturel au sein duquel elles s&rsquo;inscrivent. Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es contemporaines, fortement influenc\u00e9es par des normes d&rsquo;individualisme, d&rsquo;hyper-productivit\u00e9 et de proactivit\u00e9 personnelle constante, la moindre baisse d&rsquo;initiative est imm\u00e9diatement per\u00e7ue comme anormale, pathologique ou moralement condamnable.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans des contextes culturels valorisant davantage le collectivisme, la coh\u00e9sion de groupe et des rythmes de vie contemplatifs, certains niveaux de passivit\u00e9 ou d&rsquo;inactivit\u00e9 individuelle peuvent \u00eatre tol\u00e9r\u00e9s plus longuement ou int\u00e9gr\u00e9s dans des r\u00f4les sociaux alternatifs sans \u00eatre imm\u00e9diatement stigmatis\u00e9s comme des d\u00e9ficits morbides. Les attentes familiales quant \u00e0 l&rsquo;autonomie r\u00e9sidentielle et financi\u00e8re des jeunes adultes varient consid\u00e9rablement selon les pays, ce qui influence directement le seuil \u00e0 partir duquel l&rsquo;entourage sollicite une consultation psychiatrique pour un trouble volitif.<\/p>\n<p>De plus, la translucidit\u00e9 linguistique des instruments d&rsquo;\u00e9valuation pose un d\u00e9fi transculturel permanent. La traduction de concepts tels que la \u00ab motivation intrins\u00e8que \u00bb, l&rsquo;\u00ab ambition professionnelle \u00bb ou les \u00ab loisirs autot\u00e9liques \u00bb dans des cultures o\u00f9 le travail r\u00e9pond prioritairement \u00e0 des imp\u00e9ratifs de survie \u00e9conomique communautaire n\u00e9cessite des adaptations m\u00e9triques consid\u00e9rables pour \u00e9viter de diagnostiquer faussement une avolition chez des individus dont le comportement est simplement dict\u00e9 par des contraintes environnementales et socio-\u00e9conomiques objectives.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La conceptualisation de l&rsquo;avolition fait l&rsquo;objet de vives controverses au sein de la communaut\u00e9 scientifique psychiatrique. Le premier d\u00e9bat concerne le chevauchement nosologique entre l&rsquo;avolition, l&rsquo;apathie et l&rsquo;aboulie. Pour certains auteurs, l&rsquo;avolition ne serait qu&rsquo;un sous-type d&rsquo;apathie restreint au domaine des comportements moteurs orient\u00e9s vers un but, tandis que pour d&rsquo;autres, il s&rsquo;agit d&rsquo;une entit\u00e9 clinique distincte caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9connexion sp\u00e9cifique entre la volont\u00e9 et l&rsquo;action ex\u00e9cutive.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me sujet de controverse r\u00e9side dans le risque de surdiagnostic d&rsquo;avolition chez des patients en r\u00e9alit\u00e9 victimes d&rsquo;une d\u00e9pression post-psychotique non diagnostiqu\u00e9e, d&rsquo;un effet ind\u00e9sirable iatrog\u00e8ne d&rsquo;une m\u00e9dication s\u00e9dative ou d&rsquo;un environnement asilaire institutionnalisant qui atrophie toute opportunit\u00e9 d&rsquo;initiative personnelle. De nombreux cliniciens critiques soulignent que qualifier un patient d&rsquo;\u00ab avolitionnel \u00bb risque de figer son identit\u00e9 dans une incurabilit\u00e9 suppos\u00e9e, conduisant les soignants au renoncement th\u00e9rapeutique et au pessimisme pronostique proph\u00e9tique.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;efficacit\u00e9 des traitements disponibles demeure une source majeure de frustration clinique. Malgr\u00e9 d&rsquo;immenses investissements de l&rsquo;industrie pharmaceutique dans le d\u00e9veloppement de mol\u00e9cules ciblant les r\u00e9cepteurs glutamatergiques NMDA, nicotiniques ou s\u00e9rotoninergiques, aucune mol\u00e9cule n&rsquo;a d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 ce jour une efficacit\u00e9 spectaculaire et reproductible sp\u00e9cifiquement dirig\u00e9e contre l&rsquo;avolition primaire stabilis\u00e9e. Cette impasse th\u00e9rapeutique rappelle la nature polyfactorielle et hautement distribu\u00e9e des circuits neuronaux sous-tendant la motivation humaine.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>La s\u00e9miologie psychiatrique impose de distinguer rigoureusement l&rsquo;avolition d&rsquo;autres entit\u00e9s psychopathologiques et ph\u00e9nom\u00e9nologiques proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Aboulie\">aboulie<\/a> :<\/strong> Historiquement tr\u00e8s proche de l&rsquo;avolition, l&rsquo;aboulie d\u00e9signe une diminution de la volont\u00e9 se traduisant par une ind\u00e9cision pathologique constante et une incapacit\u00e9 prolong\u00e9e \u00e0 faire des choix, alors que l&rsquo;avolition porte davantage sur l&rsquo;absence globale d&rsquo;\u00e9nergie et d&rsquo;initiation comportementale orient\u00e9e vers des objectifs concrets.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Apathie\">apathie<\/a> :<\/strong> L&rsquo;apathie est un syndrome plus large comprenant une indiff\u00e9rence \u00e9motionnelle globale, un \u00e9moussement affectif et une baisse des interactions cognitives et sociales, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;avolition se focalise prioritairement sur le versant motivationnel de l&rsquo;action dirig\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;anh\u00e9donie :<\/strong> L&rsquo;anh\u00e9donie est la diminution de la capacit\u00e9 \u00e0 ressentir le plaisir. Bien que souvent intriqu\u00e9e avec l&rsquo;avolition au sein du syndrome n\u00e9gatif, une personne peut pr\u00e9senter une avolition marqu\u00e9e tout en conservant la capacit\u00e9 intacte de savourer un plaisir imm\u00e9diat lorsqu&rsquo;on le lui propose sans qu&rsquo;elle ait eu d&rsquo;effort pr\u00e9alable \u00e0 fournir.<\/li>\n<li><strong>La d\u00e9pression majeure :<\/strong> Dans la d\u00e9pression, le ralentissement psychomoteur s&rsquo;accompagne d&rsquo;une humeur triste, d&rsquo;une douleur morale, d&rsquo;id\u00e9ations suicidaires et de culpabilit\u00e9, \u00e9l\u00e9ments qui sont typiquement absents dans l&rsquo;avolition primaire pure de la schizophr\u00e9nie.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;asth\u00e9nie et la fatigue chronique :<\/strong> L&rsquo;asth\u00e9nie est une sensation d&rsquo;\u00e9puisement physique ou d&rsquo;absence de force musculaire survenant pour des efforts minimes, alors que le patient avolitionnel dispose de ressources physiologiques motrices intactes mais \u00e9choue \u00e0 mobiliser son intention conative.<\/li>\n<li><strong>La procrastination ordinaire :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne comportemental banal et universel, la procrastination consiste \u00e0 diff\u00e9rer volontairement une action contraignante au profit d&rsquo;activit\u00e9s alternatives plus gratifiantes, sans alt\u00e9ration des fonctions de r\u00e9gulation biologique du soi.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;avolition constitue l&rsquo;une des expressions les plus profondes de la dissociation conative en psychopathologie humaine. Elle ne doit en aucun cas \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 un d\u00e9faut moral ou \u00e0 un manque de courage, mais \u00eatre comprise comme l&rsquo;expression symptomatique d&rsquo;une d\u00e9sorganisation structurelle et fonctionnelle des syst\u00e8mes c\u00e9r\u00e9braux d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la r\u00e9compense et \u00e0 l&rsquo;action.<\/p>\n<p>Le diagnostic diff\u00e9rentiel rigoureux entre avolition primaire et avolition secondaire repr\u00e9sente une \u00e9tape cardinale de la prise en charge clinique. Si l&rsquo;avolition secondaire peut \u00eatre modul\u00e9e par l&rsquo;all\u00e8gement posologique des s\u00e9datifs ou le traitement d&rsquo;une humeur d\u00e9pressive, l&rsquo;avolition primaire requiert des approches combin\u00e9es et p\u00e9rennes : TCC sp\u00e9cialis\u00e9es, rem\u00e9diation cognitive cibl\u00e9e sur l&rsquo;effort, am\u00e9nagements proth\u00e9tiques de l&rsquo;environnement et soutien psychosocial familial soutenu.<\/p>\n<p>La recherche translationnelle contemporaine en psychiatrie computationnelle et en neurosciences de la d\u00e9cision continue d&rsquo;ouvrir des pistes prometteuses, avec l&rsquo;espoir de d\u00e9velopper des outils pharmacologiques et psychoth\u00e9rapeutiques capables de restaurer, chez les patients les plus d\u00e9munis, le pr\u00e9cieux \u00e9lan vital qui transforme l&rsquo;intention humaine en action accomplie.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2013). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed.). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm\">https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm<\/a><\/li>\n<li>Andreasen, N. C. (1982). Negative symptoms in schizophrenia: Definition and reliability. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 39(7), 784-788. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1982.04290070020005\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1982.04290070020005<\/a><\/li>\n<li>Barch, D. M., &amp; Dowd, E. C. (2010). Goal representations and motivational deficits in schizophrenia. <em>Current Directions in Psychological Science<\/em>, 19(6), 346-351. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0963721410388805\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/0963721410388805<\/a><\/li>\n<li>Foussias, G., &amp; Remington, G. (2010). Negative symptoms in schizophrenia: Avolition and Occam&rsquo;s razor. <em>Schizophrenia Bulletin<\/em>, 36(2), 359-369. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/schbul\/sbn094\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/schbul\/sbn094<\/a><\/li>\n<li>Kirkpatrick, B., Fenton, W. S., Carpenter, W. T., &amp; Marder, S. R. (2006). The NIMH-MATRICS consensus statement on negative symptoms. <em>Schizophrenia Bulletin<\/em>, 32(2), 214-219. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/schbul\/sbj053\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/schbul\/sbj053<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;avolition est un d\u00e9ficit s\u00e9v\u00e8re de l&rsquo;initiation et du maintien des comportements orient\u00e9s vers un but. 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