{"id":21475,"date":"2026-10-25T19:32:24","date_gmt":"2026-10-25T19:32:24","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=attachement-evitant-psychologie"},"modified":"2026-10-25T19:32:24","modified_gmt":"2026-10-25T19:32:24","slug":"attachement-evitant-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=attachement-evitant-psychologie","title":{"rendered":"Attachement \u00e9vitant : L&rsquo;illusion d&rsquo;autonomie"},"content":{"rendered":"<p>Caract\u00e9ris\u00e9 par une qu\u00eate d&rsquo;autosuffisance pouss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame et une mise \u00e0 distance rigide de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 affective, l&rsquo;attachement \u00e9vitant constitue l&rsquo;une des configurations relationnelles les plus \u00e9tudi\u00e9es en psychopathologie et en psychologie du d\u00e9veloppement. Loin de traduire une absence fondamentale de besoins affectifs, cette posture d\u00e9fensive dissimule une strat\u00e9gie de survie psychologique \u00e9labor\u00e9e d\u00e8s la petite enfance face \u00e0 des figures d&rsquo;attachement insensibles ou rejetantes. Comprendre l&rsquo;architecture de ce sch\u00e9ma comportemental permet d&rsquo;\u00e9clairer la dynamique intime de nombreux adultes confront\u00e9s \u00e0 l&rsquo;angoisse de la proximit\u00e9 et \u00e0 la terreur inconsciente de l&rsquo;abandon.<\/p>\n<h2>Attachement \u00e9vitant<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>attachement \u00e9vitant<\/strong> d\u00e9signe un style d&rsquo;attachement ins\u00e9cure caract\u00e9ris\u00e9 par la d\u00e9sactivation chronique des besoins relationnels, la r\u00e9pression de l&rsquo;expression \u00e9motionnelle et une compulsion d&rsquo;autonomie visant \u00e0 neutraliser le risque de rejet ou d&rsquo;intrusion. L&rsquo;individu \u00e9vitant minimise la valeur subjective des relations interpersonnelles, maintenant une distance psychologique et physique constante face aux partenaires d&rsquo;attachement significatifs.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et structural, ce fonctionnement repose sur la mise en place pr\u00e9coce de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Strat%C3%A9gie_d%27adaptation\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">strat\u00e9gies d&rsquo;adaptation<\/a> d\u00e9sactivantes. Confront\u00e9 \u00e0 un environnement nourricier indisponible, hostile ou d\u00e9courageant la manifestation de la d\u00e9tresse, le sujet apprend \u00e0 enfouir ses signaux d&rsquo;alarme internes et \u00e0 refouler ses attentes l\u00e9gitimes de r\u00e9confort. Cette man\u0153uvre permet de pr\u00e9server un semblant de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle au d\u00e9triment de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 une intimit\u00e9 authentique.<\/p>\n<p>Chez l&rsquo;adulte, cette organisation se manifeste principalement sous la forme d&rsquo;un attachement \u00ab \u00e9vitant-d\u00e9tach\u00e9 \u00bb (<em>dismissing-avoidant<\/em>) ou \u00ab \u00e9vitant-craintif \u00bb (<em>fearful-avoidant<\/em>). Dans le premier cas, l&rsquo;individu professe une indiff\u00e9rence souveraine envers l&rsquo;intimit\u00e9 affective et valorise de mani\u00e8re rigide ses r\u00e9ussites mat\u00e9rielles ou intellectuelles ; dans le second cas, l&rsquo;envie de proximit\u00e9 subsiste douloureusement, mais elle est continuellement sabot\u00e9e par une peur visc\u00e9rale du jugement, du rejet et de l&rsquo;abandon.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le substantif \u00ab attachement \u00bb d\u00e9rive du verbe \u00ab attacher \u00bb, issu de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>estachier<\/em> (fixer avec un pieu), lui-m\u00eame rattach\u00e9 \u00e0 la racine germanique ou francique <em>stakka<\/em> (pieu, piquet). Le terme renvoie originellement \u00e0 l&rsquo;action de lier, d&rsquo;ancrer fermement un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 un autre. Au XVIIIe si\u00e8cle, il acquiert une r\u00e9sonance affective en fran\u00e7ais moraliste et philosophique pour d\u00e9crire le lien de sympathie, de fid\u00e9lit\u00e9 ou d&rsquo;affection durable unissant deux \u00eatres.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab \u00e9vitant \u00bb provient du verbe \u00ab \u00e9viter \u00bb, transcription du latin classique <em>evitare<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ex-<\/em> (hors de, \u00e9loignement) et du verbe <em>vitare<\/em> (fuir, esquiver, chercher \u00e0 \u00e9chapper). L&rsquo;\u00e9tymologie met en lumi\u00e8re une logique active de contournement d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 face \u00e0 un danger pressenti ou \u00e0 un choc redout\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le corpus psychologique moderne, l&rsquo;expression \u00ab attachement \u00e9vitant \u00bb constitue la traduction directe de l&rsquo;anglais <em>avoidant attachment<\/em>, forg\u00e9e par la psychologue canado-am\u00e9ricaine Mary Ainsworth dans les ann\u00e9es 1970 pour d\u00e9signer le comportement des nourrissons class\u00e9s dans le groupe A de la \u00ab Situation \u00c9trange \u00bb. Le concept a ensuite \u00e9t\u00e9 \u00e9largi \u00e0 la psychologie sociale et clinique adulte pour cartographier les patterns cognitifs et affectifs de fuite de l&rsquo;engagement intime.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standardis\u00e9, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement selon l&rsquo;API : <strong>[a.ta\u0283.m\u0251\u0303 e.vi.t\u0251\u0303]<\/strong>. Le terme est un groupe nominal masculin singulier, compos\u00e9 d&rsquo;un substantif masculin et d&rsquo;un adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te accord\u00e9 en genre et en nombre (au pluriel : <em>attachements \u00e9vitants<\/em> [a.ta\u0283.m\u0251\u0303.z\u203fe.vi.t\u0251\u0303]).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e francophone, on rencontre plusieurs variantes et d\u00e9riv\u00e9s terminologiques utilis\u00e9s de mani\u00e8re rigoureuse en fonction du mod\u00e8le th\u00e9orique convoqu\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Style \u00e9vitant<\/strong> : utilis\u00e9 fr\u00e9quemment en psychologie de la personnalit\u00e9 et en psychologie sociale ;<\/li>\n<li><strong>Ins\u00e9cure-\u00e9vitant<\/strong> (ou ins\u00e9cure-fuyant) : transcription directe des nomenclatures de l&rsquo;enfance (<em>insecure-avoidant<\/em>) ;<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitant-d\u00e9tach\u00e9<\/strong> : d\u00e9signation clinique courante pour traduire le profil adulte autonome d\u00e9fensif (<em>dismissing<\/em>).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;attachement \u00e9vitant dans toute sa profondeur, il est indispensable de comprendre le fonctionnement des <strong>mod\u00e8les internes op\u00e9rants<\/strong> (MIO) postul\u00e9s par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/John_Bowlby\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">John Bowlby<\/a>. Les MIO sont des sch\u00e9mas cognitivo-affectifs int\u00e9rioris\u00e9s durant l&rsquo;enfance, dictant la fa\u00e7on dont un individu interpr\u00e8te les interactions sociales, anticipe les r\u00e9actions d&rsquo;autrui et per\u00e7oit sa propre valeur. Dans l&rsquo;attachement \u00e9vitant, le MIO d&rsquo;autrui repose sur la pr\u00e9misse implicite que les figures d&rsquo;attachement sont intrins\u00e8quement d\u00e9faillantes, indisponibles, critiques ou punitives face aux manifestations de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Corr\u00e9lativement, le MIO de soi s&rsquo;\u00e9tablit sur une croyance en une autosuffisance absolue : \u00ab Je n&rsquo;ai besoin de personne, je ne dois compter que sur moi-m\u00eame \u00bb.<\/p>\n<p>Cette structure s&rsquo;appuie sur ce que les th\u00e9oriciens de l&rsquo;attachement nomment les <em>strat\u00e9gies de d\u00e9sactivation<\/em> du syst\u00e8me d&rsquo;attachement. Lorsqu&rsquo;une menace, une fatigue, une maladie ou une rupture relationnelle survient, le syst\u00e8me d&rsquo;attachement humain est biologiquement programm\u00e9 pour mobiliser la recherche de r\u00e9confort et de proximit\u00e9 aupr\u00e8s d&rsquo;un tiers s\u00e9curisant. Chez le sujet \u00e9vitant, ce m\u00e9canisme inn\u00e9 fait l&rsquo;objet d&rsquo;un court-circuitage syst\u00e9matique. L&rsquo;individu applique un contr\u00f4le inhibiteur puissant : d\u00e9tournement attentionnel des signaux de d\u00e9tresse, refoulement des repr\u00e9sentations d&rsquo;impuissance, minimisation verbale de la douleur psychique et fuite physique ou psychique hors de la zone d&rsquo;intimit\u00e9.<\/p>\n<p>Un paradoxe clinique majeur de l&rsquo;attachement \u00e9vitant r\u00e9side dans la dissociation nette entre l&rsquo;\u00e9tat physiologique de l&rsquo;organisme et le comportement manifeste. Alors qu&rsquo;un observateur ext\u00e9rieur per\u00e7oit un calme olympien, un sang-froid imperturbable ou une froideur condescendante, les enregistrements neurov\u00e9g\u00e9tatifs r\u00e9v\u00e8lent une d\u00e9tresse biologique intense. L&rsquo;individu \u00e9vitant confront\u00e9 \u00e0 la s\u00e9paration ou au conflit subit une \u00e9l\u00e9vation prononc\u00e9e du rythme cardiaque, une hypers\u00e9cr\u00e9tion de cortisol et une r\u00e9ponse \u00e9lectrodermale \u00e9lev\u00e9e, d\u00e9montrant que la r\u00e9pression n&rsquo;\u00e9limine pas l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, mais en emp\u00eache simplement l&rsquo;int\u00e9gration consciente et la mentalisation.<\/p>\n<p>Sur le plan interpersonnel adulte, cette architecture produit ce que les cliniciens d\u00e9crivent comme une claustrophobie relationnelle. D\u00e8s qu&rsquo;un lien amoureux ou amical franchit un seuil de complicit\u00e9, d&rsquo;engagement ou d&rsquo;interd\u00e9pendance mutuelle, le sujet \u00e9vitant ressent une sensation d&rsquo;\u00e9touffement, d&rsquo;intrusion ou de perte insoutenable de contr\u00f4le. Pour r\u00e9tablir sa r\u00e9gulation interne, il d\u00e9ploie des comportements d&rsquo;auto-protection : cr\u00e9ation de conflits artificiels, focalisation obsessionnelle sur les d\u00e9fauts mineurs du partenaire, surinvestissement dans le travail (<em>workaholism<\/em>) ou les loisirs solitaires, indisponibilit\u00e9 \u00e9motionnelle et recours fr\u00e9quent au retrait silencieux (<em>stonewalling<\/em>).<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La gen\u00e8se conceptuelle de l&rsquo;attachement \u00e9vitant s&rsquo;enracine dans les observations pionni\u00e8res de Mary Ainsworth au cours de son \u00e9tude longitudinale men\u00e9e \u00e0 Baltimore \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. Utilisant le protocole standardis\u00e9 de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Situation_%C3%A9trange\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Situation \u00c9trange<\/a>, Ainsworth a expos\u00e9 des nourrissons de 12 \u00e0 18 mois \u00e0 une s\u00e9rie de courtes s\u00e9parations et de r\u00e9unions avec leur m\u00e8re dans un environnement inhabituel. \u00c0 la surprise des chercheurs form\u00e9s \u00e0 la tradition psychanalytique classique, une partie des enfants (environ 20 \u00e0 25 %) n&rsquo;ont manifest\u00e9 aucun signe visible de d\u00e9tresse lors du d\u00e9part de la m\u00e8re et ont ignor\u00e9 ou activement \u00e9vit\u00e9 son regard et son contact corporel lors de son retour, pr\u00e9f\u00e9rant manipuler froidement des jouets. Ainsworth a cat\u00e9goris\u00e9 ce groupe sous la d\u00e9signation \u00ab Groupe A : Ins\u00e9cure-\u00c9vitant \u00bb.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1980, Mary Main et ses collaborateurs de l&rsquo;Universit\u00e9 de Californie \u00e0 Berkeley ont franchi une \u00e9tape d\u00e9cisive en \u00e9tendant le concept \u00e0 la sph\u00e8re adulte gr\u00e2ce \u00e0 la cr\u00e9ation de l&rsquo;<em>Adult Attachment Interview<\/em> (AAI). Main a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;attachement \u00e9vitant ne disparaissait pas \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, mais se cristallisait dans des sch\u00e9mas narratifs sp\u00e9cifiques. Les adultes class\u00e9s comme \u00ab d\u00e9tach\u00e9s \u00bb (<em>dismissing<\/em>) pr\u00e9sentaient un discours incoh\u00e9rent caract\u00e9ris\u00e9 par une incapacit\u00e9 \u00e0 se souvenir de d\u00e9tails d&rsquo;enfance, une id\u00e9alisation sans fondement des parents (\u00ab C&rsquo;\u00e9tait une enfance parfaite \u00bb) contredite par des anecdotes r\u00e9v\u00e9lant des carences flagrantes, et une normalisation rigide de l&rsquo;absence de soutien parental.<\/p>\n<p>La fin des ann\u00e9es 1980 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 ont marqu\u00e9 l&rsquo;int\u00e9gration de la th\u00e9orie dans le champ de la psychologie sociale des relations amoureuses. Cindy Hazan et Phillip Shaver (1987) ont transpos\u00e9 les cat\u00e9gories infantiles d&rsquo;Ainsworth aux dynamiques de couple, \u00e9tablissant que les partenaires \u00e9vitants rapportaient une peur de l&rsquo;intimit\u00e9, une instabilit\u00e9 relationnelle et une conviction tenace que l&rsquo;amour romantique ne dure jamais. Enfin, en 1991, Kim Bartholomew et Leonard M. Horowitz ont propos\u00e9 un mod\u00e8le bidimensionnel capital, scindant l&rsquo;attachement \u00e9vitant en deux composantes distinctes selon la vision de soi et d&rsquo;autrui : l&rsquo;\u00e9vitant-d\u00e9tach\u00e9 (vision positive de soi, vision n\u00e9gative d&rsquo;autrui) et l&rsquo;\u00e9vitant-craintif (vision n\u00e9gative de soi et d&rsquo;autrui), affinant consid\u00e9rablement la pr\u00e9cision diagnostique des cliniciens contemporains.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;attachement \u00e9vitant s&rsquo;articule autour d&rsquo;une convergence interdisciplinaire articulant la biologie \u00e9volutionniste, la psychanalyse kleinienne et contemporaine, ainsi que les neurosciences affectives.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue \u00e9volutionniste, le comportement \u00e9vitant ne constitue pas un d\u00e9ficit psychopathologique absurde, mais une adaptation conditionnelle sophistiqu\u00e9e visant la survie. Selon Bowlby et ses continuateurs \u00e9thologues, chez un enfant dont le parent r\u00e9agit avec irritation, rejet ou d\u00e9go\u00fbt aux pleurs et aux appels de d\u00e9tresse, la persistance des signaux d&rsquo;attachement direct repr\u00e9senterait un risque vital majeur : celui d&rsquo;un abandon total ou d&rsquo;une maltraitance physique directe. En r\u00e9duisant drastiquement ses expressions \u00e9motionnelles tout en maintenant une proximit\u00e9 g\u00e9ographique discr\u00e8te, l&rsquo;enfant assure sa protection minimale sans provoquer l&rsquo;hostilit\u00e9 du donneur de soins.<\/p>\n<p>Sur le plan psychodynamique, l&rsquo;attachement \u00e9vitant traduit l&rsquo;\u00e9dification pr\u00e9coce d&rsquo;une cuirasse narcissique protectrice ou d&rsquo;un <em>faux-self<\/em> (au sens de Donald Winnicott). Pour pallier l&rsquo;absence de r\u00e9ciprocit\u00e9 affective et le manque d&rsquo;un \u00ab objet contenant \u00bb (terme de Wilfred Bion), le sujet int\u00e9riorise une d\u00e9fense par le clivage : la partie vuln\u00e9rable, d\u00e9pendante et assoiff\u00e9e d&rsquo;amour est enfouie et dissoci\u00e9e, tandis que la partie adulte, rationnelle et fonctionnelle s&rsquo;\u00e9rige en forteresse inexpugnable. Tout besoin adress\u00e9 \u00e0 autrui est inconsciemment assimil\u00e9 \u00e0 un danger de destruction psychique ou de soumission insupportable.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences, les recherches modernes sous imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) mettent en lumi\u00e8re les corr\u00e9lats neurobiologiques de ces man\u0153uvres d\u00e9fensives. Les individus pr\u00e9sentant un attachement \u00e9vitant \u00e9lev\u00e9 d\u00e9montrent une inhibition active de l&rsquo;activation amygdalienne lors de la pr\u00e9sentation passive de visages exprimant la d\u00e9tresse, orchestr\u00e9e par un sur-recrutement des aires corticales pr\u00e9frontales dorsolat\u00e9rales et m\u00e9dianes associ\u00e9es au contr\u00f4le cognitif descendant (<em>top-down regulation<\/em>). De plus, on observe chez ces sujets une att\u00e9nuation des r\u00e9ponses dopaminergiques et opio\u00efdes endog\u00e8nes dans les circuits de la r\u00e9compense sociale, ce qui rend le contact humain physiologiquement et psychologiquement moins gratifiant que chez les sujets s\u00e9curisants.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Dans la perspective dimensionnelle contemporaine pr\u00e9conis\u00e9e par Brennan, Clark et Shaver (1998), l&rsquo;attachement s&rsquo;\u00e9value selon deux axes continus orthogonaux : l&rsquo;<strong>anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;attachement<\/strong> (peur de l&rsquo;abandon et vigilance relationnelle) et l&rsquo;<strong>\u00e9vitement de l&rsquo;attachement<\/strong> (inconfort face \u00e0 la proximit\u00e9 et d\u00e9pendance rejet\u00e9e). L&rsquo;attachement \u00e9vitant se d\u00e9cline selon les sp\u00e9cificit\u00e9s suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;attachement \u00e9vitant-d\u00e9tach\u00e9 (ou autonome d\u00e9fensif) :<\/strong> caract\u00e9ris\u00e9 par un \u00e9vitement \u00e9lev\u00e9 coupl\u00e9 \u00e0 une anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;attachement basse. L&rsquo;individu affiche une haute estime de lui-m\u00eame (souvent compensatoire et fragile), m\u00e9prise la d\u00e9pendance affective, valorise un pragmatisme froid et r\u00e9prime toute forme de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Les relations sont maintenues \u00e0 un niveau utilitaire, superficiel ou strictement fonctionnel.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;attachement \u00e9vitant-craintif (ou d\u00e9sorganis\u00e9\/d\u00e9sorient\u00e9 chez l&rsquo;adulte) :<\/strong> caract\u00e9ris\u00e9 par un \u00e9vitement \u00e9lev\u00e9 et une anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;attachement \u00e9galement \u00e9lev\u00e9e. Ces individus souffrent d&rsquo;un conflit intrapsychique permanent : ils aspirent intens\u00e9ment \u00e0 une intimit\u00e9 chaleureuse, mais sont paralys\u00e9s par la certitude qu&rsquo;ils seront rejet\u00e9s, trahis ou an\u00e9antis s&rsquo;ils s&rsquo;ouvrent \u00e0 autrui. Ils oscillent souvent entre tentatives d&rsquo;approche maladroites et replis brutaux.<\/li>\n<li><strong>Les strat\u00e9gies de d\u00e9sactivation cognitive :<\/strong> processus de pens\u00e9e automatis\u00e9s consistant \u00e0 bloquer la r\u00e9cup\u00e9ration des souvenirs affectifs n\u00e9gatifs, \u00e0 refuser d&rsquo;analyser les motivations d&rsquo;autrui lors des conflits (baisse de la mentalisation relationnelle) et \u00e0 adopter un style de communication laconique ax\u00e9 uniquement sur les faits bruts.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;illusion de contr\u00f4le et la contre-d\u00e9pendance :<\/strong> conviction rigide que solliciter de l&rsquo;aide repr\u00e9sente une marque intol\u00e9rable de faiblesse. Cette composante se traduit souvent par un perfectionnisme rigoureux et une incapacit\u00e9 chronique \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer dans les sph\u00e8res personnelle et professionnelle.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;alexithymie fonctionnelle ou secondaire :<\/strong> incapacit\u00e9 apprise \u00e0 identifier, discriminer et nommer verbalement ses propres \u00e9prouv\u00e9s \u00e9motionnels. Les affects refoul\u00e9s finissent souvent par s&rsquo;exprimer par le biais de somatisations diverses (c\u00e9phal\u00e9es, troubles gastro-intestinaux, tensions musculaires chroniques).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 clinique de l&rsquo;attachement \u00e9vitant, il est utile d&rsquo;examiner comment il se manifeste concr\u00e8tement \u00e0 diff\u00e9rents \u00e2ges de la vie \u00e0 travers des cas concrets.<\/p>\n<p><strong>Exemple chez l&rsquo;enfant (Situation \u00c9trange) :<\/strong> Thomas, \u00e2g\u00e9 de 14 mois, est amen\u00e9 par sa m\u00e8re dans une salle de jeu inconnue. D\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e, il se dirige vers un camion en plastique sans regarder sa m\u00e8re ni v\u00e9rifier sa pr\u00e9sence par le regard social. Lorsque la m\u00e8re quitte la pi\u00e8ce, laissant Thomas seul avec un exp\u00e9rimentateur neutre, l&rsquo;enfant ne pleure pas et continue de manipuler le camion avec une intensit\u00e9 motrice quasi m\u00e9canique. Lorsque la m\u00e8re revient et l&rsquo;appelle par son pr\u00e9nom en lui tendant les bras, Thomas ne l\u00e8ve pas les yeux, tourne le dos et s&rsquo;\u00e9loigne vers l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 de la pi\u00e8ce pour empiler des cubes. Bien que son visage soit d\u00e9pourvu de panique, son \u00e9lectrocardiogramme enregistre une tachycardie s\u00e9v\u00e8re identique \u00e0 celle d&rsquo;un enfant en d\u00e9tresse criante.<\/p>\n<p><strong>Exemple dans le couple adulte :<\/strong> Claire, 34 ans, est en relation depuis deux ans avec Marc. D\u00e8s que leur relation \u00e9volue vers une \u00e9tape engageante \u2014 Marc lui propose d&#8217;emm\u00e9nager ensemble \u2014, Claire se sent subitement envahie par un doute massif. Elle commence \u00e0 scruter les moindres imperfections de son conjoint : sa fa\u00e7on de m\u00e2cher, ses go\u00fbts musicaux ou ses silences, s&rsquo;en servant comme justifications pour proclamer qu&rsquo;il \u00ab n&rsquo;est pas fait pour elle \u00bb. Lors des discussions sur l&rsquo;avenir, Claire se mure dans le silence, pr\u00e9textant un surcro\u00eet de travail ou des migraines, et finit par organiser des s\u00e9jours professionnels d&rsquo;urgence le week-end. Elle est incapable d&rsquo;admettre que la perspective d&rsquo;une interd\u00e9pendance quotidienne r\u00e9active en elle une terreur panique d&rsquo;\u00eatre contr\u00f4l\u00e9e et ultimement abandonn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Exemple dans la sph\u00e8re professionnelle :<\/strong> Antoine, 45 ans, cadre dirigeant dans une multinationale, est reconnu pour son efficacit\u00e9 op\u00e9rationnelle et sa r\u00e9sistance apparente au stress. Cependant, ses collaborateurs d\u00e9noncent un management glacial, marqu\u00e9 par une absence totale de r\u00e9troaction positive et un refus d&rsquo;\u00e9couter les difficult\u00e9s personnelles de son \u00e9quipe. Face \u00e0 un membre de l&rsquo;\u00e9quipe qui s&rsquo;effondre en pleurs \u00e0 la suite d&rsquo;un \u00e9puisement professionnel, Antoine r\u00e9agit avec un agacement palpable, lui conseillant d&rsquo;aller \u00ab r\u00e9gler ses probl\u00e8mes chez lui et de revenir avec des chiffres \u00bb. Incapable de reconna\u00eetre sa propre vuln\u00e9rabilit\u00e9, il per\u00e7oit toute \u00e9motion d&rsquo;autrui comme une d\u00e9faillance professionnelle inadmissible.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9trique et clinique de l&rsquo;attachement \u00e9vitant s&rsquo;op\u00e8re selon des m\u00e9thodologies compl\u00e9mentaires, adapt\u00e9es aux diff\u00e9rentes \u00e9tapes du cycle de vie et aux paradigmes scientifiques mobilis\u00e9s.<\/p>\n<p>Chez le nourrisson et le jeune enfant, la <em>Situation \u00c9trange<\/em> d&rsquo;Ainsworth demeure la r\u00e9f\u00e9rence absolue. Pour les enfants d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire et scolaire, les cliniciens recourent \u00e0 des t\u00e2ches projectives telles que le <em>Test des Histoires \u00e0 Compl\u00e9ter<\/em> (Attachment Story Completion Task &#8211; ASCT), o\u00f9 l&rsquo;enfant \u00e9vitant cl\u00f4ture brutalement les r\u00e9cits impliquant un danger ou une d\u00e9tresse familiale par des r\u00e9solutions neutres, bizarres ou magiques (\u00ab Tout le monde va dormir \u00bb, \u00ab Le monstre est parti et l&rsquo;enfant n&rsquo;a rien eu \u00bb), \u00e9vitant toute sollicitation de l&rsquo;adulte protecteur.<\/p>\n<p>Chez l&rsquo;adulte, l&rsquo;\u00e9valuation se scinde en deux traditions majeures :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;entretien clinique semi-structur\u00e9 (approche d\u00e9veloppementale et psychanalytique) :<\/strong> l&rsquo;<em>Adult Attachment Interview<\/em> (AAI) \u00e9labor\u00e9 par Mary Main \u00e9value l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit actuel de l&rsquo;adulte \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ses exp\u00e9riences d&rsquo;attachement pr\u00e9coces. Le protocole attribue le profil \u00ab d\u00e9tach\u00e9\/\u00e9vitant \u00bb (<em>Dismissing<\/em> &#8211; Ds) sur la base d&rsquo;indices discursifs : r\u00e9cits tr\u00e8s courts, r\u00e9ponses laconiques (\u00ab Je ne me rappelle pas \u00bb), incapacit\u00e9 \u00e0 \u00e9tayer des qualificatifs parentaux tr\u00e8s \u00e9logieux par des souvenirs pr\u00e9cis, et d\u00e9pr\u00e9ciation active de l&rsquo;impact des relations affectives sur le d\u00e9veloppement de sa propre personnalit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Les questionnaires auto-rapport\u00e9s (approche de la psychologie sociale et cognitive) :<\/strong> l&rsquo;\u00e9chelle <em>Experiences in Close Relationships<\/em> (ECR et ECR-R), d\u00e9velopp\u00e9e par Brennan, Clark et Shaver, constitue l&rsquo;outil le plus largement valid\u00e9 au niveau international. Elle comprend 36 items not\u00e9s sur une \u00e9chelle de Likert, permettant de calculer s\u00e9par\u00e9ment le score sur la dimension de l&rsquo;\u00e9vitement (ex. : \u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re ne pas montrer \u00e0 mes partenaires ce que je ressens au fond de moi \u00bb) et sur celle de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. Le <em>Relationship Questionnaire<\/em> (RQ) de Bartholomew et Horowitz permet quant \u00e0 lui de situer directement le sujet dans l&rsquo;un des quatre quadrants d&rsquo;attachement.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension clinique de l&rsquo;attachement \u00e9vitant est un enjeu de premier ordre pour plusieurs secteurs de la pratique psychologique contemporaine.<\/p>\n<p>En <strong>psychoth\u00e9rapie individuelle<\/strong>, les patients au profil \u00e9vitant consultent rarement pour des motifs ouvertement affectifs ; ils se pr\u00e9sentent g\u00e9n\u00e9ralement sous la contrainte d&rsquo;une somatisation aigu\u00eb, d&rsquo;un \u00e9puisement professionnel, d&rsquo;une d\u00e9pression masqu\u00e9e ou sous la menace d&rsquo;un divorce brandie par leur conjoint. L&rsquo;enjeu fondamental pour le th\u00e9rapeute consiste \u00e0 contourner prudemment les d\u00e9fenses de d\u00e9sactivation. Toute tentative d&rsquo;interpr\u00e9tation \u00e9motionnelle brutale ou de maternage th\u00e9rapeutique pr\u00e9coce est imm\u00e9diatement per\u00e7ue comme une intrusion mena\u00e7ante, provoquant un arr\u00eat pr\u00e9matur\u00e9 de la th\u00e9rapie. L&rsquo;alliance doit d&rsquo;abord se n\u00e9gocier sur un terrain neutre, cognitif et collaboratif, offrant une \u00ab base de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb respectueuse de la distance du patient, avant de favoriser tr\u00e8s progressivement l&rsquo;acc\u00e8s aux affects refoul\u00e9s.<\/p>\n<p>En <strong>th\u00e9rapie de couple<\/strong>, la dynamique la plus fr\u00e9quente et la plus destructrice est le cycle \u00ab poursuiteur-distanciateur \u00bb (<em>demand-withdraw cycle<\/em>), particuli\u00e8rement document\u00e9 au sein de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapie_de_couple\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">th\u00e9rapie de couple<\/a> ax\u00e9e sur les \u00e9motions (EFT) d\u00e9velopp\u00e9e par Sue Johnson. Lorsqu&rsquo;un partenaire anxieux amplifie ses plaintes et ses demandes de r\u00e9assurance face au d\u00e9tachement ressenti, le partenaire \u00e9vitant per\u00e7oit cette insistance comme une agression toxique et se replie davantage dans son mutisme, ce qui redouble l&rsquo;angoisse et la col\u00e8re de l&rsquo;autre. Le travail th\u00e9rapeutique permet de d\u00e9samorcer ce cercle vicieux en d\u00e9codant le mutisme de l&rsquo;\u00e9vitant non pas comme du m\u00e9pris ou de la haine, mais comme un \u00e9tat de sid\u00e9ration d\u00e9fensive face \u00e0 une submersion \u00e9motionnelle intol\u00e9rable.<\/p>\n<p>Dans le champ de la <strong>parentalit\u00e9<\/strong>, l&rsquo;accompagnement des parents \u00e9vitants est crucial pour rompre la transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 affective. Un parent \u00e9vitant \u00e9prouve souvent une aversion visc\u00e9rale devant les larmes et les crises de col\u00e8re de son b\u00e9b\u00e9, interpr\u00e9tant ces comportements normaux comme du caprice ou de la manipulation. Des programmes de guidance interactive et de vid\u00e9o-feedback permettent d&rsquo;aider ces parents \u00e0 d\u00e9crypter les signaux de d\u00e9tresse de leur enfant et \u00e0 tol\u00e9rer l&rsquo;expression de leurs propres \u00e9motions sans s&rsquo;enfermer dans le rejet ou la fuite.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique internationale corrobore solidement les postulats de la th\u00e9orie de l&rsquo;attachement concernant les profils \u00e9vitants. Les travaux monumentaux men\u00e9s par Mario Mikulincer et Phillip Shaver depuis plus de deux d\u00e9cennies ont utilis\u00e9 des paradigmes de psychologie cognitive exp\u00e9rimentale (notamment des t\u00e2ches de d\u00e9cision lexicale avec amor\u00e7age subliminal sous protocole Stroop) pour explorer le fonctionnement mental des sujets \u00e9vitants.<\/p>\n<p>Ces exp\u00e9riences ont d\u00e9montr\u00e9 de mani\u00e8re empirique que lorsque des adultes \u00e9vitants sont confront\u00e9s \u00e0 des mots \u00e9voquant une menace neutre (par exemple : \u00ab maladie \u00bb ou \u00ab accident \u00bb), ils parviennent efficacement \u00e0 bloquer l&rsquo;acc\u00e8s lexical aux repr\u00e9sentations d&rsquo;attachement (\u00ab m\u00e8re \u00bb, \u00ab amour \u00bb, \u00ab aide \u00bb). En revanche, lorsque les chercheurs imposent une charge cognitive artificielle (en for\u00e7ant le participant \u00e0 m\u00e9moriser simultan\u00e9ment une s\u00e9rie complexe de chiffres), les strat\u00e9gies de d\u00e9sactivation s&rsquo;effondrent imm\u00e9diatement : les mots li\u00e9s au besoin d&rsquo;aide et \u00e0 la d\u00e9pendance deviennent alors hyper-accessibles dans leur m\u00e9moire de travail, d\u00e9montrant que la r\u00e9pression \u00e9vitante est un processus actif, consommateur d&rsquo;\u00e9nergie psychique et extr\u00eamement co\u00fbteux sur le plan m\u00e9tabolique.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres \u00e9tudes longitudinales marquantes, telles que celles men\u00e9es par Alan Sroufe et l&rsquo;\u00e9quipe de l&rsquo;Universit\u00e9 du Minnesota (<em>Minnesota Study of Risk and Adaptation from Birth to Adulthood<\/em>), ont suivi des cohortes de nourrissons de leur premi\u00e8re ann\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 30 ans. Ces travaux ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les enfants class\u00e9s ins\u00e9cures-\u00e9vitants \u00e0 12 mois avaient une probabilit\u00e9 significativement plus forte de manifester des conduites agressives et pr\u00e9datrices \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole maternelle, de d\u00e9velopper des d\u00e9fenses hostiles envers les enseignants et d&rsquo;exp\u00e9rimenter des difficult\u00e9s de socialisation \u00e0 l&rsquo;adolescence, se traduisant souvent par une solitude subie et une propension accrue aux conduites addictives solipsistes.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La manifestation et la pr\u00e9valence de l&rsquo;attachement \u00e9vitant ne sauraient \u00eatre dissoci\u00e9es des matrices socioculturelles dans lesquelles s&rsquo;inscrit le d\u00e9veloppement de l&rsquo;enfant. Les travaux m\u00e9ta-analytiques pionniers de Pieter van IJzendoorn et Abraham Sagi-Schwartz ont mis en \u00e9vidence des variations g\u00e9ographiques notables dans la distribution des styles d&rsquo;attachement mesur\u00e9s par la Situation \u00c9trange.<\/p>\n<p>Dans les cultures valorisant un individualisme pr\u00e9coce et l&rsquo;autonomie instrumentale \u2014 comme en Allemagne du Nord ou dans certaines r\u00e9gions des \u00c9tats-Unis \u2014, les proportions d&rsquo;attachement \u00e9vitant atteignent couramment 35 \u00e0 40 % des \u00e9chantillons d&rsquo;enfants. Dans ces contextes, les pratiques \u00e9ducatives encouragent activement l&rsquo;enfant \u00e0 ne pas pleurer, \u00e0 jouer seul et \u00e0 r\u00e9guler ses frustrations sans solliciter constamment la pr\u00e9sence parentale. Ce qui est cod\u00e9 comme un comportement \u00ab ins\u00e9cure-\u00e9vitant \u00bb dans un protocole standardis\u00e9 peut ainsi refl\u00e9ter, dans une certaine mesure, un id\u00e9al \u00e9ducatif de robustesse et d&rsquo;ind\u00e9pendance soutenu par la communaut\u00e9 culturelle.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les cultures collectivistes accordant une place cardinale \u00e0 la d\u00e9pendance mutuelle harmonieuse et \u00e0 la proximit\u00e9 physique continue \u2014 telles que les contextes traditionnels au Japon (concept d&rsquo;<em>amae<\/em>) ou en Isra\u00ebl (\u00e9levages collectifs dans les kibboutz) \u2014, le taux d&rsquo;attachement \u00e9vitant chute drastiquement (souvent sous la barre des 5 %), tandis que les taux d&rsquo;attachement anxieux-ambivalent augmentent nettement. Ces disparit\u00e9s rappellent que si la biologie de l&rsquo;attachement est universelle au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, la strat\u00e9gie adaptative retenue d\u00e9pend \u00e9troitement des normes \u00e9cologiques et des valeurs de socialisation du milieu environnant.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Bien que le mod\u00e8le de l&rsquo;attachement \u00e9vitant offre un cadre explicatif particuli\u00e8rement robuste, il soul\u00e8ve d&rsquo;importants d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques et cliniques au sein de la communaut\u00e9 psychiatrique et psychologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le d\u00e9bat cat\u00e9gorie versus dimension :<\/strong> de nombreux m\u00e9thodologistes contestent la validit\u00e9 scientifique d&rsquo;un d\u00e9coupage typologique rigide enfermant les personnes dans des cases (\u00ab l&rsquo;\u00e9vitant \u00bb). Ils soutiennent que l&rsquo;attachement s&rsquo;exprime sur des gradients continus et fluctuants, et qu&rsquo;une personne peut manifester des strat\u00e9gies \u00e9vitantes avec son partenaire amoureux tout en restant parfaitement s\u00e9cure ou anxieuse avec ses amis proches ou ses coll\u00e8gues de travail.<\/li>\n<li><strong>Le risque de pathologisation de l&rsquo;introversion et de l&rsquo;ind\u00e9pendance :<\/strong> plusieurs auteurs mettent en garde contre une tendance clinique consistant \u00e0 diagnostiquer syst\u00e9matiquement un attachement \u00e9vitant chez des personnes pr\u00e9sentant simplement des traits de personnalit\u00e9 introvertis, un besoin \u00e9lev\u00e9 de solitude ou une faible expressivit\u00e9 \u00e9motionnelle sans qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pour autant de d\u00e9tresse sous-jacente ou de dysfonctionnement relationnel.<\/li>\n<li><strong>La question de la stabilit\u00e9 temporelle et de la plasticit\u00e9 :<\/strong> l&rsquo;affirmation d&rsquo;un d\u00e9terminisme strict liant l&rsquo;attachement pr\u00e9coce de la premi\u00e8re ann\u00e9e au destin relationnel adulte a \u00e9t\u00e9 fortement nuanc\u00e9e. Les concepts de \u00ab s\u00e9curit\u00e9 acquise \u00bb (<em>earned security<\/em>) montrent qu&rsquo;un individu au style \u00e9vitant peut modifier en profondeur ses repr\u00e9sentations gr\u00e2ce \u00e0 des relations r\u00e9paratrices \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte (amiti\u00e9 solide, relation conjugale s\u00e9curisante ou travail psychoth\u00e9rapeutique au long cours).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion diagnostique, il convient de distinguer clairement l&rsquo;attachement \u00e9vitant d&rsquo;autres entit\u00e9s nosographiques et concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Attachement anxieux-ambivalent :<\/strong> contrairement \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitant qui d\u00e9sactive son syst\u00e8me d&rsquo;attachement et supprime ses affects, le sujet anxieux-ambivalent l&rsquo;hyperactive en permanence, manifestant une qu\u00eate anxieuse de fusion, une hypersensibilit\u00e9 au rejet et une ext\u00e9riorisation exacerb\u00e9e de ses \u00e9tats de d\u00e9tresse.<\/li>\n<li><strong>Trouble de la personnalit\u00e9 schizo\u00efde :<\/strong> bien que le schizo\u00efde et l&rsquo;\u00e9vitant partagent un retrait social apparent, le trouble schizo\u00efde se caract\u00e9rise par une absence r\u00e9elle d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour les relations sociales, un \u00e9moussement affectif global et un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour la sexualit\u00e9, tandis que l&rsquo;individu \u00e9vitant poss\u00e8de un d\u00e9sir relationnel intime qui est continuellement \u00e9touff\u00e9 par une anxi\u00e9t\u00e9 d\u00e9fensive inconsciente.<\/li>\n<li><strong>Trouble de la personnalit\u00e9 \u00e9vitante :<\/strong> d\u00e9fini par le DSM-5, ce trouble se rapproche de l&rsquo;attachement \u00ab \u00e9vitant-craintif \u00bb. Il est marqu\u00e9 par une inhibition sociale s\u00e9v\u00e8re, un sentiment d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 \u00e9crasant et une hypersensibilit\u00e9 au jugement d&rsquo;autrui. La personne souffrant de ce trouble d\u00e9sire ardemment nouer des liens mais est paralys\u00e9e par la honte, \u00e0 la diff\u00e9rence de l&rsquo;\u00e9vitant-d\u00e9tach\u00e9 qui affirme ne pas avoir besoin de liens intimes.<\/li>\n<li><strong>Alexithymie :<\/strong> incapacit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 identifier et exprimer ses \u00e9motions. Si l&rsquo;alexithymie est souvent pr\u00e9sente chez les sujets \u00e9vitants en tant que cons\u00e9quence de la d\u00e9sactivation \u00e9motionnelle chronique, elle peut \u00e9galement r\u00e9sulter de l\u00e9sions neurologiques, de traumatismes massifs sans lien avec l&rsquo;attachement ou de facteurs g\u00e9n\u00e9tiques ind\u00e9pendants.<\/li>\n<li><strong>Contre-d\u00e9pendance :<\/strong> concept clinique d\u00e9crivant le comportement d&rsquo;individus qui refusent visc\u00e9ralement toute d\u00e9pendance et tout engagement, consid\u00e9r\u00e9s comme une menace pour leur libert\u00e9. La contre-d\u00e9pendance constitue la manifestation comportementale visible la plus directe du style d&rsquo;attachement \u00e9vitant.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;attachement \u00e9vitant constitue une structure d\u00e9fensive sophistiqu\u00e9e r\u00e9pondant initialement \u00e0 l&rsquo;insensibilit\u00e9, au rejet ou \u00e0 l&rsquo;indisponibilit\u00e9 pr\u00e9coce des figures d&rsquo;attachement. Voici les \u00e9l\u00e9ments primordiaux \u00e0 retenir :<\/p>\n<ul>\n<li>Il repose sur des <strong>strat\u00e9gies de d\u00e9sactivation<\/strong> : r\u00e9pression des besoins affectifs, dissimulation des signaux de d\u00e9tresse et culte de l&rsquo;autosuffisance.<\/li>\n<li>Il dissimule une <strong>d\u00e9tresse physiologique bien r\u00e9elle<\/strong> sous un vernis comportemental d&rsquo;imperturbabilit\u00e9 et de rationalit\u00e9 froide.<\/li>\n<li>Chez l&rsquo;adulte, il se manifeste par la fuite devant l&rsquo;intimit\u00e9, la peur de l&rsquo;engagement, la claustrophobie relationnelle et une tendance au retrait en situation conflictuelle.<\/li>\n<li>Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une tare incurable, mais d&rsquo;une adaptation biologique et psychologique modifiable par l&rsquo;exp\u00e9rience de relations r\u00e9paratrices et par un travail psychoth\u00e9rapeutique facilitant l&rsquo;acc\u00e8s s\u00e9curis\u00e9 \u00e0 la vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., &amp; Wall, S. (1978). <em>Patterns of attachment: A psychological study of the strange situation<\/em>. Lawrence Erlbaum.<\/li>\n<li>Bartholomew, K., &amp; Horowitz, L. M. (1991). Attachment styles among young adults: A test of a four-category model. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 61(2), 226\u2013244. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.61.2.226\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.61.2.226<\/a><\/li>\n<li>Bowlby, J. (1982). <em>Attachment and loss: Vol. 1. Attachment<\/em> (2nd ed.). Basic Books.<\/li>\n<li>Hazan, C., &amp; Shaver, P. (1987). Romantic love conceptualized as an attachment process. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 52(3), 511\u2013524. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.52.3.511\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.52.3.511<\/a><\/li>\n<li>Mikulincer, M., &amp; Shaver, P. R. (2016). <em>Attachment in adulthood: Structure, dynamics, and change<\/em> (2nd ed.). Guilford Press.<\/li>\n<li>Main, M., &amp; Solomon, J. (1990). Procedures for identifying infants as disorganized\/disoriented during the Ainsworth Strange Situation. In M. T. Greenberg, D. Cicchetti, &amp; E. M. Cummings (Eds.), <em>Attachment in the preschool years: Theory, research, and intervention<\/em> (pp. 121\u2013160). University of Chicago Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;attachement \u00e9vitant est un style d&rsquo;attachement ins\u00e9cure caract\u00e9ris\u00e9 par la d\u00e9sactivation des besoins affectifs et une qu\u00eate rigide d&rsquo;autosuffisance face \u00e0 la vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3,127,3317],"tags":[19403,1935,1936,2236,841,3300,516],"class_list":["post-21475","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-clinique","category-psychologie-du-developpement","category-relations-interpersonnelles","tag-attachement-evitant","tag-john-bowlby","tag-mary-ainsworth","tag-psychologie-relationnelle","tag-regulation-emotionnelle","tag-relations-amoureuses","tag-theorie-de-lattachement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21475","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21475\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21475"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21475"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21475"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}