{"id":21471,"date":"2026-10-25T19:23:46","date_gmt":"2026-10-25T19:23:46","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=reponse-devitement-psychologie"},"modified":"2026-10-25T19:23:46","modified_gmt":"2026-10-25T19:23:46","slug":"reponse-devitement-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=reponse-devitement-psychologie","title":{"rendered":"R\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement : M\u00e9canismes et clinique"},"content":{"rendered":"<p>La confrontation \u00e0 une menace per\u00e7ue d\u00e9clenche chez tout organisme vivant une cascade de processus psychologiques et neurobiologiques orient\u00e9s vers l&rsquo;auto-pr\u00e9servation. Au c\u0153ur de cette dynamique se trouve la <strong>r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement<\/strong>, un m\u00e9canisme comportemental fondamental par lequel un individu anticipe et pr\u00e9vient l&rsquo;exposition \u00e0 un stimulus aversif potentiel ou r\u00e9el. Si cette strat\u00e9gie constitue un pilier adaptatif essentiel \u00e0 la survie phylog\u00e9n\u00e9tique, son maintien rigide et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 repr\u00e9sente le d\u00e9nominateur commun de la majorit\u00e9 des troubles anxieux et des pathologies li\u00e9es au stress.<\/p>\n<h2>R\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement<\/strong> d\u00e9signe tout comportement moteur, cognitif ou \u00e9motionnel d\u00e9ploy\u00e9 par un organisme en anticipation d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9plaisant, douloureux ou anxiog\u00e8ne, ayant pour finalit\u00e9 sp\u00e9cifique d&#8217;emp\u00eacher l&rsquo;apparition ou le contact avec ce stimulus aversif. Contrairement \u00e0 l&rsquo;\u00e9chappement qui intervient lorsque le stimulus mena\u00e7ant est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent, l&rsquo;\u00e9vitement s&rsquo;actualise sur la base d&rsquo;indices pr\u00e9curseurs ou d&rsquo;attentes cognitives.<\/p>\n<p>Dans le paradigme de l&rsquo;analyse comportementale, cette conduite est consolid\u00e9e et p\u00e9rennis\u00e9e par un m\u00e9canisme de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Conditionnement_op%C3%A9rant\">renforcement n\u00e9gatif<\/a>, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;interruption ou l&#8217;emp\u00eachement de la situation redout\u00e9e engendre un soulagement imm\u00e9diat. Toutefois, en psychologie clinique, l&rsquo;\u00e9vitement chronique constitue un facteur de maintien psychopathologique majeur : en soustrayant le sujet \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience directe de la situation crainte, il emp\u00eache l&rsquo;extinction naturelle de la r\u00e9ponse de peur et bloque la mise \u00e0 jour des croyances relatives au danger.<\/p>\n<p>Ainsi, le concept englobe aussi bien des conduites manifestes hautement observables (par exemple, contourner un lieu pr\u00e9cis) que des manifestations subtiles (comme le d\u00e9tournement du regard, les strat\u00e9gies de distraction mentale ou l&rsquo;utilisation d&rsquo;objets s\u00e9curisants), formant un spectre complexe de conduites d\u00e9fensives pr\u00e9ventives.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab \u00e9vitement \u00bb est d\u00e9riv\u00e9 du verbe fran\u00e7ais <em>\u00e9viter<\/em>, lui-m\u00eame issu du latin classique <em>evitare<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif ou s\u00e9paratif <em>ex-<\/em> (\u00ab hors de \u00bb, \u00ab loin de \u00bb) et de <em>vitare<\/em> (\u00ab fuir \u00bb, \u00ab esquiver \u00bb, \u00ab chercher \u00e0 \u00e9chapper \u00bb). Dans son acception originelle, le mot traduit l&rsquo;action physique de s&rsquo;\u00e9carter d&rsquo;une trajectoire dangereuse ou d&rsquo;un obstacle nuisible.<\/p>\n<p>Le vocable \u00ab r\u00e9ponse \u00bb provient quant \u00e0 lui du bas-latin <em>responsa<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>respondere<\/em> (\u00ab r\u00e9pondre \u00bb, \u00ab promettre en retour \u00bb, \u00ab correspondre \u00e0 \u00bb). En psychologie scientifique, l&rsquo;importation de la notion de \u00ab r\u00e9ponse \u00bb (en anglais, <em>avoidance response<\/em>) s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle sous l&rsquo;impulsion du courant behavioriste naissant, transformant l&rsquo;acte subjectif d&rsquo;esquive en une unit\u00e9 comportementale objective, quantifiable et fonctionnellement d\u00e9pendante d&rsquo;un stimulus pr\u00e9alable.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le syntagme s&rsquo;\u00e9nonce \/\u0281e.p\u0254\u0303s d\u203fe.vit.m\u0251\u0303\/ dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin, compos\u00e9 du nom commun singulier \u00ab r\u00e9ponse \u00bb d\u00e9termin\u00e9 par la locution pr\u00e9positionnelle \u00ab d&rsquo;\u00e9vitement \u00bb.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique francophone, on rencontre fr\u00e9quemment des expressions synonymes ou co-occurrentes telles que \u00ab comportement d&rsquo;\u00e9vitement \u00bb, \u00ab conduite d&rsquo;\u00e9vitement \u00bb ou encore \u00ab r\u00e9action d&rsquo;\u00e9vitement \u00bb. Sur le plan syntaxique, la locution s&#8217;emploie principalement avec des verbes d&rsquo;action ou de maintien tels que \u00ab \u00e9mettre une r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement \u00bb, \u00ab maintenir un \u00e9vitement \u00bb ou \u00ab conditionner une r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement dans toute sa complexit\u00e9, il est indispensable de la distinguer de la r\u00e9action d&rsquo;\u00e9chappement (<em>escape behavior<\/em>). L&rsquo;\u00e9chappement est une tentative de mettre fin \u00e0 une stimulation aversive d\u00e9j\u00e0 en cours (comme quitter une pi\u00e8ce bruyante ou retirer sa main d&rsquo;une surface br\u00fblante). En revanche, la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement intervient de mani\u00e8re proactive, avant m\u00eame que le stimulus aversif n&rsquo;ait commenc\u00e9 \u00e0 exercer son effet direct. L&rsquo;organisme r\u00e9agit \u00e0 un stimulus conditionnel (SC) ou \u00e0 un signal d&rsquo;alarme environnemental qui annonce l&rsquo;imminence potentielle du stimulus inconditionnel (SI).<\/p>\n<p>L&rsquo;architecture de la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement repose sur une dualit\u00e9 fonctionnelle : elle est \u00e0 court terme extr\u00eamement adaptative, mais \u00e0 long terme potentiellement d\u00e9sadaptative et source d&rsquo;invalidit\u00e9. Sur le plan \u00e9volutif, la capacit\u00e9 d&rsquo;anticiper la pr\u00e9dation, les intoxications ou les blessures corporelles a conf\u00e9r\u00e9 un avantage s\u00e9lectif indiscutable aux esp\u00e8ces capables d&rsquo;associer des indices pr\u00e9dictifs \u00e0 un danger vital. Cependant, lorsque ce m\u00e9canisme s&rsquo;applique \u00e0 des stimuli objectifs non mena\u00e7ants (par exemple, des interactions sociales ordinaires ou des sensations physiologiques b\u00e9nignes), il devient la cl\u00e9 de vo\u00fbte de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anxi%C3%A9t%C3%A9\">anxi\u00e9t\u00e9<\/a> pathologique.<\/p>\n<p>Un aspect fondamental r\u00e9side dans la typologie fonctionnelle de l&rsquo;\u00e9vitement. On distingue l&rsquo;\u00e9vitement comportemental manifeste (refus de prendre les transports en commun, refus d&rsquo;aborder des inconnus), l&rsquo;\u00e9vitement int\u00e9roceptif (tentatives syst\u00e9matiques de supprimer les sensations physiques associ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;activation du syst\u00e8me nerveux sympathique, comme les palpitations ou l&rsquo;hyperventilation) et l&rsquo;\u00e9vitement cognitif ou \u00e9motionnel. Ce dernier, souvent conceptualis\u00e9 sous le terme d&rsquo;\u00ab \u00e9vitement exp\u00e9rientiel \u00bb, regroupe l&rsquo;ensemble des man\u0153uvres internes visant \u00e0 neutraliser des pens\u00e9es intrusives, des souvenirs traumatiques ou des \u00e9motions per\u00e7ues comme intol\u00e9rables.<\/p>\n<p>Enfin, la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement entretient une relation circulaire avec l&rsquo;\u00e9valuation cognitive de la menace. En s&rsquo;abstenant d&rsquo;affronter la situation redout\u00e9e, l&rsquo;individu ne fait jamais l&rsquo;exp\u00e9rience de la non-survenue de la catastrophe anticip\u00e9e, ni de sa capacit\u00e9 personnelle d&rsquo;auto-r\u00e9gulation et de tol\u00e9rance \u00e0 la d\u00e9tresse. L&rsquo;\u00e9vitement emp\u00eache ainsi le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;apprentissage correcteur, consolidant l&rsquo;illusion selon laquelle seule l&rsquo;esquive a permis d&rsquo;\u00e9chapper au d\u00e9sastre.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude syst\u00e9matique de la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement trouve ses racines dans les travaux de Vladimir Bechterev au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle sur les r\u00e9flexes moteurs associ\u00e9s. Alors qu&rsquo;Ivan Pavlov concentrait ses recherches sur les s\u00e9cr\u00e9tions glandulaires passives, Bechterev et ses successeurs ont mis en \u00e9vidence la fa\u00e7on dont des animaux pouvaient apprendre \u00e0 fl\u00e9chir une patte pour \u00e9viter un choc \u00e9lectrique annonc\u00e9 par un signal sonore.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1930 et 1940, les figures majeures du b\u00e9haviorisme am\u00e9ricain, notamment B. F. Skinner et Clark Hull, ont cherch\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer l&rsquo;\u00e9vitement dans les lois g\u00e9n\u00e9rales de l&rsquo;apprentissage. C&rsquo;est toutefois Orval Hobart Mowrer qui a propos\u00e9 en 1947 la formulation th\u00e9orique la plus influente de l&rsquo;\u00e9poque avec sa th\u00e9orie des deux facteurs (<em>Two-Factor Theory<\/em>). Mowrer a formalis\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;\u00e9vitement n&rsquo;est pas simplement provoqu\u00e9 par l&rsquo;absence d&rsquo;un stimulus punitif, mais par la motivation active de r\u00e9duire un \u00e9tat d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9 par des signaux environnementaux.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1950 et 1960, Richard Solomon et ses collaborateurs ont men\u00e9 des exp\u00e9riences c\u00e9l\u00e8bres sur l&rsquo;\u00e9vitement dans des bo\u00eetes \u00e0 navette (<em>shuttle-box<\/em>). Ils ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&rsquo;extraordinaire r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;extinction des r\u00e9ponses d&rsquo;\u00e9vitement : une fois acquises, ces r\u00e9ponses peuvent persister pendant des centaines d&rsquo;essais sans que le choc aversif ne soit jamais r\u00e9administr\u00e9, posant ainsi une v\u00e9ritable \u00e9nigme th\u00e9orique pour le conditionnement classique.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970, le tournant cognitiviste amorc\u00e9 par Martin Seligman, Steven Johnston, puis Aaron Beck a red\u00e9fini l&rsquo;\u00e9vitement non plus comme une r\u00e9ponse m\u00e9canique \u00e0 un \u00e9tat interne d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, mais comme le r\u00e9sultat d&rsquo;attentes cognitives (<em>expectancies<\/em>) et de croyances dysfonctionnelles relatives \u00e0 la probabilit\u00e9 et \u00e0 la gravit\u00e9 d&rsquo;un danger potentiel. Enfin, l&rsquo;av\u00e8nement des th\u00e9rapies comportementales et cognitives contemporaines, notamment la th\u00e9rapie d&rsquo;exposition formalis\u00e9e par Edna Foa et l&rsquo;approche d&rsquo;acceptation d\u00e9velopp\u00e9e par Steven Hayes, a plac\u00e9 la d\u00e9sactivation des conduites d&rsquo;\u00e9vitement au c\u0153ur du soulagement th\u00e9rapeutique moderne.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Plusieurs cadres conceptuels majeurs se sont succ\u00e9d\u00e9 et compl\u00e9t\u00e9s pour expliquer la gen\u00e8se, l&rsquo;automatisation et le maintien des r\u00e9ponses d&rsquo;\u00e9vitement :<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie bifactorielle de Mowrer :<\/strong> Ce mod\u00e8le postule une articulation en deux \u00e9tapes successives. D&rsquo;abord, par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Conditionnement_classique\">conditionnement classique<\/a> (pavlovien), un stimulus initialement neutre est appari\u00e9 de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 un stimulus inconditionnel aversif, devenant ainsi un stimulus conditionnel capable de d\u00e9clencher de la peur. Ensuite, par conditionnement op\u00e9rant (skinn\u00e9rien), l&rsquo;\u00e9mission d&rsquo;une r\u00e9ponse qui met fin au stimulus conditionnel entra\u00eene une r\u00e9duction imm\u00e9diate de la peur. Cette r\u00e9duction de l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel d\u00e9sagr\u00e9able agit comme un renfor\u00e7ateur n\u00e9gatif puissant qui consolide la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement.<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le cognitif des attentes (Seligman &amp; Johnston) :<\/strong> Face aux limites du mod\u00e8le de Mowrer (notamment le fait que les animaux continuent d&rsquo;\u00e9viter le danger m\u00eame en l&rsquo;absence de signes physiologiques mesurables d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9), Seligman et Johnston ont propos\u00e9 que l&rsquo;\u00e9vitement est m\u00e9di\u00e9 par deux croyances fondamentales : l&rsquo;attente que le stimulus aversif surviendra si aucune r\u00e9ponse n&rsquo;est apport\u00e9e, et l&rsquo;attente qu&rsquo;il ne surviendra pas si la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement est ex\u00e9cut\u00e9e. L&rsquo;extinction ne peut se produire que si l&rsquo;organisme ne produit pas la r\u00e9ponse et constate empiriquement que la catastrophe n&rsquo;a pas lieu.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie du traitement \u00e9motionnel de Foa et Kozak :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9e pour expliquer les phobies et le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_de_stress_post-traumatique\">trouble de stress post-traumatique<\/a>, cette th\u00e9orie stipule que la peur est encod\u00e9e sous la forme d&rsquo;une structure mn\u00e9sique en r\u00e9seau contenant des informations sur les stimuli, les r\u00e9ponses verbales\/physiologiques et leur signification de menace. L&rsquo;\u00e9vitement emp\u00eache l&rsquo;activation compl\u00e8te de cette structure de peur et pr\u00e9vient l&rsquo;int\u00e9gration d&rsquo;informations incompatibles avec le danger, maintenant la structure pathologique intacte.<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le de l&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel (Th\u00e9rapie d&rsquo;Acceptation et d&rsquo;Engagement &#8211; ACT) :<\/strong> Conceptualis\u00e9 par Hayes et ses collaborateurs, ce mod\u00e8le \u00e9largit la perspective comportementale au langage et \u00e0 la cognition symbolique. L&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel survient lorsqu&rsquo;un individu refuse de demeurer en contact avec des exp\u00e9riences int\u00e9rieures p\u00e9nibles (\u00e9motions, sensations physiques, pens\u00e9es) et d\u00e9ploie des efforts d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s pour en modifier la forme ou la fr\u00e9quence, ce qui restreint consid\u00e9rablement son r\u00e9pertoire d&rsquo;actions orient\u00e9es vers des valeurs choisies.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement se manifeste \u00e0 travers de multiples registres qu&rsquo;il convient de distinguer rigoureusement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9vitement actif :<\/strong> Implique la r\u00e9alisation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;une action motrice ou proc\u00e9durale explicite pour contourner le stimulus redout\u00e9 (par exemple, faire un d\u00e9tour de plusieurs kilom\u00e8tres pour \u00e9viter un pont).<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement passif :<\/strong> Consiste en une omission ou une inhibition comportementale, l&rsquo;individu s&rsquo;abstenant purement et simplement d&rsquo;agir ou d&rsquo;entrer dans un contexte donn\u00e9 (par exemple, rester confin\u00e9 \u00e0 son domicile pour \u00e9chapper aux regards d&rsquo;autrui).<\/li>\n<li><strong>Comportements de s\u00e9curit\u00e9 (<em>safety behaviors<\/em>) :<\/strong> Formes subtiles d&rsquo;\u00e9vitement intra-situationnel d\u00e9ploy\u00e9es alors que le sujet est physiquement pr\u00e9sent dans la situation. Ils visent \u00e0 pr\u00e9venir la catastrophe redout\u00e9e (par exemple, s&rsquo;asseoir syst\u00e9matiquement pr\u00e8s de la sortie de secours, porter des lunettes de soleil pour masquer son anxi\u00e9t\u00e9, tenir un flacon d&rsquo;anxiolytique dans sa poche).<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement cognitif :<\/strong> Strat\u00e9gies mentales d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es ou semi-automatiques destin\u00e9es \u00e0 d\u00e9tourner l&rsquo;attention d&rsquo;id\u00e9es effrayantes, incluant la rumination d\u00e9fensive, la neutralisation mentale, le d\u00e9ni ou la distraction par des t\u00e2ches annexes.<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement int\u00e9roceptif :<\/strong> Comportements visant \u00e0 esquiver les d\u00e9clencheurs de modifications physiologiques b\u00e9nignes (comme \u00e9viter l&rsquo;exercice physique, la consommation de caf\u00e9ine, les douches tr\u00e8s chaudes ou les films \u00e0 suspense par peur des battements cardiaques acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s).<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement exp\u00e9rientiel :<\/strong> Tentative globale d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;inconfort psychologique int\u00e9rieur, conduisant fr\u00e9quemment \u00e0 des conduites addictives, des comportements compulsifs ou l&rsquo;anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser la manifestation des r\u00e9ponses d&rsquo;\u00e9vitement en pratique clinique et quotidienne, examinons plusieurs vignettes caract\u00e9ristiques :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Phobie sp\u00e9cifique et \u00e9vitement actif.<\/strong> Julien, 34 ans, pr\u00e9sente une phobie aigu\u00eb des chiens (cynophobie) depuis l&rsquo;enfance. Chaque matin, pour se rendre \u00e0 son lieu de travail, il planifie un itin\u00e9raire rallongeant son trajet de trente minutes pour contourner les parcs publics o\u00f9 des chiens pourraient circuler sans laisse. Lorsqu&rsquo;il entend un aboiement lointain, il traverse imm\u00e9diatement la rue ou rebrousse chemin. Cette r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement actif supprime instantan\u00e9ment la pouss\u00e9e d&rsquo;angoisse ressentie, mais renforce sa conviction qu&rsquo;il est incapable de g\u00e9rer la pr\u00e9sence d&rsquo;un animal.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Agoraphobie et comportements de s\u00e9curit\u00e9.<\/strong> Sophie souffre d&rsquo;un trouble panique avec agoraphobie. Bien qu&rsquo;elle parvienne \u00e0 se rendre au supermarch\u00e9, elle refuse de le faire sans \u00eatre accompagn\u00e9e de sa s\u0153ur et s&rsquo;assure d&rsquo;avoir constamment un chariot plein auquel s&rsquo;agripper pour pr\u00e9venir une \u00e9ventuelle perte d&rsquo;\u00e9quilibre. Elle garde \u00e9galement une bouteille d&rsquo;eau fra\u00eeche \u00e0 la main pour humidifier ses l\u00e8vres d\u00e8s les premiers signes de panique. Ces conduites constituent des comportements de s\u00e9curit\u00e9 qui emp\u00eachent la d\u00e9synchronisation de l&rsquo;alarme panique : Sophie attribue sa survie \u00e0 la pr\u00e9sence de son accompagnatrice plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9gulation naturelle de son organisme.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Trouble d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale et \u00e9vitement cognitivo-comportemental.<\/strong> Marc, cadre commercial, \u00e9vite syst\u00e9matiquement les r\u00e9unions informelles \u00e0 la caf\u00e9t\u00e9ria en feignant une surcharge de travail soudaine (\u00e9vitement passif). Lorsqu&rsquo;il est contraint de prendre la parole en public, il fixe intens\u00e9ment ses notes sans lever les yeux vers son auditoire et r\u00e9cite un texte appris par c\u0153ur \u00e0 un rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 pour \u00e9courter l&rsquo;interaction (\u00e9vitement relationnel et comportement de s\u00e9curit\u00e9), maintenant intacte sa croyance selon laquelle son public le jugerait incomp\u00e9tent s&rsquo;il le regardait dans les yeux.<\/p>\n<p><strong>Cas 4 : Trouble de stress post-traumatique (TSPT).<\/strong> Apr\u00e8s un grave accident de la circulation survenu de nuit sous la pluie, une conductrice refuse cat\u00e9goriquement de reconduire d\u00e8s que la nuit tombe ou que la m\u00e9t\u00e9o est maussade. Sur le plan cognitif, elle interrompt imm\u00e9diatement toute discussion mentionnant les accidents de la route et utilise la t\u00e9l\u00e9vision en fond sonore permanent pour emp\u00eacher la survenue de souvenirs intrusifs et de flash-backs traumatiques.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychologique et neuropsychologique des r\u00e9ponses d&rsquo;\u00e9vitement n\u00e9cessite une approche multidimensionnelle croisant des donn\u00e9es subjectives, comportementales et psychophysiologiques :<\/p>\n<p><strong>Le Test d&rsquo;\u00c9vitement Comportemental (<em>Behavioral Avoidance Test<\/em> &#8211; BAT) :<\/strong> Outil de r\u00e9f\u00e9rence en laboratoire et en clinique comportementale, le BAT consiste \u00e0 exposer progressivement le patient au stimulus redout\u00e9 selon une hi\u00e9rarchie standardis\u00e9e (par exemple, s&rsquo;approcher d&rsquo;un animal en cage \u00e0 des distances d\u00e9finies). Les cliniciens mesurent la distance physique atteinte, le temps de contact tol\u00e9r\u00e9, le niveau de d\u00e9tresse subjective autod\u00e9clar\u00e9 (sur l&rsquo;\u00e9chelle SUDS : <em>Subjective Units of Distress Scale<\/em>) et les micro-comportements d&rsquo;\u00e9chappement.<\/p>\n<p><strong>Les \u00e9chelles et questionnaires d&rsquo;auto-\u00e9valuation :<\/strong> De multiples instruments psychom\u00e9triques valid\u00e9s mesurent les dimensions de l&rsquo;\u00e9vitement :<\/p>\n<ul>\n<li>Le <em>Fear Questionnaire<\/em> (FQ) de Marks et Mathews \u00e9value le degr\u00e9 d&rsquo;\u00e9vitement associ\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rentes phobies (agoraphobie, phobie sociale, phobies du sang).<\/li>\n<li>L&rsquo;<em>Acceptance and Action Questionnaire-II<\/em> (AAQ-2) quantifie sp\u00e9cifiquement l&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel et l&rsquo;inflexibilit\u00e9 psychologique.<\/li>\n<li>Le <em>Cognitive Avoidance Questionnaire<\/em> (CAQ) \u00e9value l&rsquo;utilisation de strat\u00e9gies cognitives d&rsquo;\u00e9vitement telles que la suppression de pens\u00e9e, la substitution de pens\u00e9es et la distraction.<\/li>\n<li>La <em>Mobility Inventory for Agoraphobia<\/em> (MI) mesure l&rsquo;\u00e9vitement de lieux et situations sp\u00e9cifiques, \u00e0 la fois en situation solitaire et accompagn\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>L&rsquo;analyse fonctionnelle :<\/strong> En th\u00e9rapie cognitive et comportementale (TCC), les cliniciens utilisent des mod\u00e8les d&rsquo;analyse fonctionnelle (comme les grilles de Kanfer et Saslow ou le mod\u00e8le SECCA de Cottraux) pour cartographier les stimuli ant\u00e9c\u00e9dents, les cognitions anticipatrices, la forme exacte de la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement et ses cons\u00e9quences \u00e0 court et long terme sur le maintien des sympt\u00f4mes.<\/p>\n<p><strong>Les marqueurs psychophysiologiques :<\/strong> Dans les contextes exp\u00e9rimentaux, les chercheurs observent l&rsquo;activation du syst\u00e8me nerveux autonome accompagnant la pr\u00e9paration \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitement : augmentation de la conductance cutan\u00e9e, variations du rythme cardiaque et potentiels \u00e9voqu\u00e9s visuels lors de t\u00e2ches d&rsquo;\u00e9vitement assist\u00e9es par ordinateur.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension rigoureuse des r\u00e9ponses d&rsquo;\u00e9vitement est au centre de nombreuses applications th\u00e9rapeutiques et soci\u00e9tales :<\/p>\n<p><strong>Th\u00e9rapie par exposition avec pr\u00e9vention de la r\u00e9ponse (EPR) :<\/strong> L&rsquo;EPR constitue la pierre angulaire du traitement des phobies, du trouble obsessionnel-compulsif (TOC) et de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Elle repose sur le principe fondamental selon lequel l&rsquo;individu doit \u00eatre confront\u00e9 de mani\u00e8re prolong\u00e9e et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e aux stimuli anxiog\u00e8nes tout en bloquant rigoureusement toute r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement (qu&rsquo;elle soit motrice, rituelle ou s\u00e9curisante). Cette d\u00e9sactivation de l&rsquo;\u00e9vitement permet l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Habituation\">habituation<\/a> \u00e9motionnelle et, plus encore, l&rsquo;apprentissage d&rsquo;inhibition cognitive d\u00e9montrant que la cons\u00e9quence catastrophique attendue ne se produit pas.<\/p>\n<p><strong>Th\u00e9rapies de troisi\u00e8me vague et acceptation :<\/strong> Dans la th\u00e9rapie ACT, l&rsquo;accent est mis sur la cessation de la lutte contre les \u00e9v\u00e9nements int\u00e9rieurs. Plut\u00f4t que de tenter de contr\u00f4ler ou d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, le patient apprend la \u00ab d\u00e9fusion cognitive \u00bb et l&rsquo;ouverture \u00e9motionnelle, r\u00e9orientant l&rsquo;\u00e9nergie pr\u00e9c\u00e9demment gaspill\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9vitement vers des actions align\u00e9es avec ses valeurs existentielles fondamentales.<\/p>\n<p><strong>Milieu professionnel et organisationnel :<\/strong> Dans les entreprises, les r\u00e9ponses d&rsquo;\u00e9vitement s&rsquo;incarnent souvent sous la forme de procrastination chronique, de refus d&rsquo;assumer des responsabilit\u00e9s nouvelles ou de contournement des conflits interpersonnels. Comprendre ces m\u00e9canismes permet aux consultants et psychologues du travail de concevoir des interventions ciblant la peur de l&rsquo;\u00e9chec plut\u00f4t que de simples outils de gestion du temps.<\/p>\n<p><strong>P\u00e9dagogie et milieu scolaire :<\/strong> Le refus scolaire anxieux (ou phobie scolaire) et l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance repr\u00e9sentent des formes d&rsquo;\u00e9vitement complexes chez les enfants et adolescents. La mise en place de programmes de r\u00e9int\u00e9gration progressive en milieu scolaire n\u00e9cessite d&rsquo;identifier pr\u00e9cis\u00e9ment les micro-\u00e9vitements pour pr\u00e9venir la d\u00e9scolarisation d\u00e9finitive.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les neurosciences affectives contemporaines ont consid\u00e9rablement affin\u00e9 notre compr\u00e9hension des circuits c\u00e9r\u00e9braux r\u00e9gissant l&rsquo;\u00e9vitement. Les travaux pionniers de chercheurs comme Joseph LeDoux et Michael Davis ont identifi\u00e9 l&rsquo;amygdale basolat\u00e9rale comme le centre n\u00e9vralgique de l&rsquo;apprentissage de la peur conditionn\u00e9e. Des recherches plus r\u00e9centes montrent que le striatum ventral et le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian (vmPFC) jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la transition de la peur vers la r\u00e9ponse motrice d&rsquo;\u00e9vitement actif.<\/p>\n<p>De plus, l&rsquo;extinction d&rsquo;une r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement ne consiste pas en l&rsquo;effacement de la trace mn\u00e9sique originale du danger, mais en la formation d&rsquo;une nouvelle m\u00e9moire inhibitrice (\u00ab m\u00e9moire d&rsquo;extinction \u00bb) r\u00e9gie par les connexions entre le vmPFC et les interneurones inhibiteurs de l&rsquo;amygdale. Les \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) d\u00e9montrent que chez les patients pr\u00e9sentant un \u00e9vitement anxieux pathologique, l&rsquo;inhibition pr\u00e9frontale est souvent d\u00e9ficitaire, ce qui favorise l&rsquo;expression automatique et r\u00e9currente des comportements de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Des recherches translationnelles men\u00e9es par Michelle Craske et ses coll\u00e8gues ont r\u00e9volutionn\u00e9 la pratique de l&rsquo;exposition en d\u00e9montrant que le succ\u00e8s th\u00e9rapeutique d\u00e9pend moins de la diminution de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 durant la s\u00e9ance (habituation) que de la maximisation de la \u00ab violation d&rsquo;attente \u00bb (<em>expectancy violation<\/em>). Pour briser durablement la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement, le patient doit explicitement tester ses pr\u00e9dictions catastrophiques et constater leur infirmation objective dans la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Si la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement repose sur un substrat neurobiologique universel, ses formes d&rsquo;expression, sa pr\u00e9valence et son interpr\u00e9tation clinique sont profond\u00e9ment modul\u00e9es par les normes socioculturelles :<\/p>\n<p>Dans les cultures individualistes occidentales, l&rsquo;\u00e9vitement se manifeste souvent par la crainte d&rsquo;\u00eatre \u00e9valu\u00e9 n\u00e9gativement, de perdre le contr\u00f4le ou d&rsquo;afficher une vuln\u00e9rabilit\u00e9 personnelle. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans certaines cultures collectivistes d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est (notamment au Japon avec le syndrome du <em>Taijin Kyofusho<\/em>), la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement ne vise pas prioritairement \u00e0 se prot\u00e9ger soi-m\u00eame de l&#8217;embarras, mais \u00e0 \u00e9viter d&rsquo;offenser, de blesser ou de mettre mal \u00e0 l&rsquo;aise autrui par son regard, une odeur corporelle ou une attitude inappropri\u00e9e.<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne soci\u00e9tal contemporain du <em>Hikikomori<\/em>, initialement document\u00e9 au Japon mais d\u00e9sormais observ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale, repr\u00e9sente une forme extr\u00eame et institutionnalis\u00e9e d&rsquo;\u00e9vitement passif. Des individus se retirent totalement de la sph\u00e8re sociale et scolaire pendant des mois ou des ann\u00e9es, s&rsquo;enfermant dans leur chambre pour esquiver les pressions \u00e9crasantes de conformit\u00e9 et de r\u00e9ussite sociale.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la valorisation de la r\u00e9serve et de la retenue \u00e9motionnelle dans certaines communaut\u00e9s peut conduire les cliniciens \u00e0 pathologiser \u00e0 tort des conduites d&rsquo;\u00e9vitement du contact visuel ou de retenue verbale qui constituent en r\u00e9alit\u00e9 des marques traditionnelles de respect et de politesse d\u00e9f\u00e9rente envers les a\u00een\u00e9s ou les figures d&rsquo;autorit\u00e9.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le concept de r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats th\u00e9oriques et cliniques au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<p><strong>Le paradoxe de la persistance sans anxi\u00e9t\u00e9 :<\/strong> L&rsquo;une des faiblesses originelles de la th\u00e9orie des deux facteurs de Mowrer est son incapacit\u00e9 \u00e0 expliquer pourquoi de nombreuses r\u00e9ponses d&rsquo;\u00e9vitement hautement consolid\u00e9es continuent d&rsquo;\u00eatre ex\u00e9cut\u00e9es avec une fluidit\u00e9 absolue sans que le sujet ne ressente la moindre trace d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 subjective avant d&rsquo;agir. Certains auteurs sugg\u00e8rent qu&rsquo;avec la r\u00e9p\u00e9tition, l&rsquo;\u00e9vitement se d\u00e9tache du contr\u00f4le affectif pour devenir une simple \u00ab habitude motrice \u00bb automatis\u00e9e (syst\u00e8me stimulus-r\u00e9ponse d\u00e9pendant des ganglions de la base), insensible \u00e0 la d\u00e9valuation de l&rsquo;issue aversive.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9vitement adaptatif versus pathologique :<\/strong> Une critique r\u00e9currente adress\u00e9e \u00e0 certaines approches psychologiques est la tendance \u00e0 consid\u00e9rer tout \u00e9vitement comme pathologique. L&rsquo;\u00e9vitement est une fonction biologique vitale : refuser d&rsquo;entrer dans une ruelle sombre mal fam\u00e9e ou \u00e9viter un conflit violent est une d\u00e9cision hautement rationnelle et protectrice. La fronti\u00e8re entre prudence saine et \u00e9vitement dysfonctionnel r\u00e9side exclusivement dans la proportionnalit\u00e9 du risque objectif et le co\u00fbt fonctionnel que l&rsquo;\u00e9vitement impose \u00e0 la vie quotidienne du sujet.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9bat sur l&rsquo;\u00e9limination absolue des comportements de s\u00e9curit\u00e9 :<\/strong> En clinique des TCC, il a longtemps \u00e9t\u00e9 dogmatiquement soutenu que tout comportement de s\u00e9curit\u00e9 devait \u00eatre proscrit d\u00e8s le d\u00e9but de l&rsquo;exposition pour garantir l&rsquo;efficacit\u00e9 du traitement. Cependant, des travaux contemporains (notamment ceux de Paul Salkovskis et de Lars-G\u00f6ran \u00d6st) sugg\u00e8rent que l&rsquo;autorisation temporaire et judicieuse de comportements de s\u00e9curit\u00e9 l\u00e9gers peut faciliter l&rsquo;acceptation de l&rsquo;exposition par des patients s\u00e9v\u00e8rement invalid\u00e9s, sans n\u00e9cessairement entraver l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;extinction s&rsquo;ils sont estomp\u00e9s graduellement.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion conceptuelle, il est indispensable de confronter la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement \u00e0 plusieurs notions proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9chappement (<em>Escape<\/em>) :<\/strong> Action motrice visant \u00e0 interrompre un stimulus aversif d\u00e9j\u00e0 en cours d&rsquo;impact physique ou sensoriel, alors que l&rsquo;\u00e9vitement anticipe la survenue dudit stimulus avant son apparition.<\/li>\n<li><strong>Comportement de s\u00e9curit\u00e9 (<em>Safety Behavior<\/em>) :<\/strong> Forme discr\u00e8te et cibl\u00e9e d&rsquo;\u00e9vitement int\u00e9roceptif ou contextuel d\u00e9ploy\u00e9e <em>\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur<\/em> de la situation anxiog\u00e8ne pour conjurer une issue catastrophique imaginaire.<\/li>\n<li><strong>Sid\u00e9ration \/ Figement (<em>Freezing<\/em>) :<\/strong> R\u00e9ponse d\u00e9fensive imm\u00e9diate non-motrice, caract\u00e9ris\u00e9e par une immobilit\u00e9 parasympathique aigu\u00eb et une vigilance maximale, distincte de l&rsquo;action coordonn\u00e9e d&rsquo;\u00e9vitement moteur.<\/li>\n<li><strong>Refoulement (psychanalytique) :<\/strong> M\u00e9canisme de d\u00e9fense inconscient op\u00e9rant sur des repr\u00e9sentations pulsionnelles conflictuelles, tandis que l&rsquo;\u00e9vitement cognitif en TCC renvoie \u00e0 des strat\u00e9gies de contr\u00f4le attentionnel conscientes ou automatis\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Procrastination :<\/strong> Tendance \u00e0 diff\u00e9rer intentionnellement l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;une t\u00e2che n\u00e9cessaire, repr\u00e9sentant une forme temporelle et comportementale d&rsquo;\u00e9vitement de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9chec ou de l&rsquo;effort cognitif per\u00e7u comme aversif.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement constitue un ph\u00e9nom\u00e8ne comportemental universel dont les implications cliniques et th\u00e9oriques sont fondamentales :<\/p>\n<p>Elle se d\u00e9finit par l&rsquo;\u00e9mission de comportements moteurs ou cognitifs anticipant la rencontre avec une situation per\u00e7ue comme mena\u00e7ante, renforc\u00e9s n\u00e9gativement par l&rsquo;apaisement imm\u00e9diat de la d\u00e9tresse. Initialement mod\u00e9lis\u00e9e par le conditionnement op\u00e9rant et la th\u00e9orie bifactorielle de Mowrer, elle est aujourd&rsquo;hui expliqu\u00e9e par l&rsquo;interaction complexe entre des attentes cognitives de danger, des circuits d&rsquo;inhibition pr\u00e9frontaux et des m\u00e9canismes de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;indispensable \u00e0 la survie face \u00e0 des menaces r\u00e9elles, l&rsquo;\u00e9vitement chronique constitue le m\u00e9canisme pathog\u00e9nique cardinal qui entretient la phobie, l&rsquo;agoraphobie, le trouble de stress post-traumatique et le trouble obsessionnel-compulsif. Les interventions th\u00e9rapeutiques fond\u00e9es sur les preuves, au premier rang desquelles figure l&rsquo;exposition avec pr\u00e9vention de la r\u00e9ponse et la th\u00e9rapie d&rsquo;acceptation, visent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 lever ces barri\u00e8res d\u00e9fensives pour permettre la mise \u00e0 jour cognitive et restaurer la libert\u00e9 d&rsquo;action de l&rsquo;individu.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Beck, A. T., Emery, G., &amp; Greenberg, R. L. (2005). <em>Anxiety disorders and phobias: A cognitive perspective<\/em>. Basic Books.<\/li>\n<li>Craske, M. G., Hermans, D., &amp; Vervliet, B. (2018). State-of-the-art and future directions for extinction as a translational model for anxiety and related disorders. <em>Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences<\/em>, 373(1744), 20170025. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1098\/rstb.2017.0025\">https:\/\/doi.org\/10.1098\/rstb.2017.0025<\/a><\/li>\n<li>Foa, E. B., &amp; Kozak, M. J. (1986). Emotional processing of fear: Exposure to corrective information. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 99(1), 20\u201335. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.99.1.20\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.99.1.20<\/a><\/li>\n<li>Hayes, S. C., Strosahl, K. D., &amp; Wilson, K. G. (2011). <em>Acceptance and commitment therapy: The process and practice of mindful change<\/em> (2nd ed.). Guilford Press.<\/li>\n<li>LeDoux, J. E. (2015). <em>Anxious: Using the brain to understand and treat fear and anxiety<\/em>. Viking.<\/li>\n<li>Mowrer, O. H. (1947). On the dual nature of learning: A re-interpretation of \u00ab\u00a0conditioning\u00a0\u00bb and \u00ab\u00a0problem-solving\u00a0\u00bb. <em>Harvard Educational Review<\/em>, 17(2), 102\u2013148.<\/li>\n<li>Salkovskis, P. M. (1991). The importance of behaviour in the maintenance of anxiety and panic: A cognitive account. <em>Behavioural Psychotherapy<\/em>, 19(1), 6\u201319. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0141347300011472\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0141347300011472<\/a><\/li>\n<li>Solomon, R. L., &amp; Wynne, L. C. (1953). Traumatic avoidance learning: Acquisition in normal dogs. <em>Psychological Monographs: General and Applied<\/em>, 67(4), 1\u201319. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0093649\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0093649<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les fondements th\u00e9oriques, neurobiologiques et cliniques de la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement en psychologie, ainsi que son r\u00f4le central dans le maintien des troubles anxieux.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3,3538,11297],"tags":[35864,35885,5973,35895,35896,33884,8013],"class_list":["post-21471","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-clinique","category-psychologie-comportementale","category-therapies-cognitives-et-comportementales","tag-comportement-devitement","tag-comportement-de-securite","tag-conditionnement-operant","tag-reponse-devitement","tag-theorie-de-mowrer","tag-therapie-dexposition","tag-troubles-anxieux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21471","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21471\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21471"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21471"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21471"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}