{"id":21466,"date":"2026-10-25T19:13:22","date_gmt":"2026-10-25T19:13:22","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=coping-evitement"},"modified":"2026-10-25T19:13:22","modified_gmt":"2026-10-25T19:13:22","slug":"coping-evitement","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=coping-evitement","title":{"rendered":"Coping d&rsquo;\u00e9vitement : Le pi\u00e8ge du soulagement imm\u00e9diat"},"content":{"rendered":"<p>Face \u00e0 l&rsquo;adversit\u00e9 psychologique, \u00e0 l&rsquo;angoisse existentielle ou aux stresseurs aigus de l&rsquo;existence, les individus d\u00e9ploient un ensemble de r\u00e9gulations cognitives et comportementales destin\u00e9es \u00e0 pr\u00e9server leur hom\u00e9ostasie interne. Parmi ces dynamiques adaptatives, le coping d&rsquo;\u00e9vitement occupe une place paradoxale : imm\u00e9diatement gratifiant par la r\u00e9duction momentan\u00e9e de la tension affective qu&rsquo;il procure, il constitue \u00e0 long terme l&rsquo;un des m\u00e9canismes les plus robustes de maintien et d&rsquo;amplification de la psychopathologie contemporaine. Comprendre les tenants et les aboutissants de cette modalit\u00e9 adaptative est indispensable pour appr\u00e9hender les trajectoires d\u00e9veloppementales de la souffrance psychique et les leviers d&rsquo;intervention clinique.<\/p>\n<h2>Le Coping d&rsquo;\u00c9vitement<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>coping d&rsquo;\u00e9vitement<\/strong> d\u00e9signe un ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de strat\u00e9gies d&rsquo;adaptation cognitives, \u00e9motionnelles et comportementales par lesquelles un individu tente de se soustraire, de nier, de minimiser ou de fuir un stresseur externe ou ses manifestations internes associ\u00e9es, telles que l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, la tristesse ou les pens\u00e9es intrusives. Contrairement aux strat\u00e9gies centr\u00e9es sur le probl\u00e8me ou sur l&rsquo;int\u00e9gration \u00e9motionnelle constructive, l&rsquo;\u00e9vitement vise principalement l&rsquo;interruption pr\u00e9coce du contact avec le stimulus aversif.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature psychologique contemporaine, cette notion renvoie \u00e0 une tentative d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e ou semi-automatique d&rsquo;esquive de la r\u00e9alit\u00e9 anxiog\u00e8ne. Elle englobe des conduites aussi diverses que la distraction cognitive d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, le d\u00e9ni psychologique, la fuite comportementale, l&rsquo;usage de substances psychoactives \u00e0 vis\u00e9e s\u00e9dative ou encore la procrastination chronique face \u00e0 une t\u00e2che per\u00e7ue comme mena\u00e7ante pour l&rsquo;estime de soi.<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;il puisse remplir une fonction protectrice temporaire lors de situations traumatiques extr\u00eames ou incontr\u00f4lables en \u00e9vitant la d\u00e9sorganisation imm\u00e9diate du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Moi_(psychanalyse)\">Moi<\/a>, le coping d&rsquo;\u00e9vitement devient hautement dysfonctionnel lorsqu&rsquo;il se chronicise. En emp\u00eachant l&rsquo;individu de se confronter aux contingences r\u00e9elles de son environnement, il entrave les processus d&rsquo;apprentissage par extinction, inhibe la r\u00e9solution active de probl\u00e8mes et nourrit des cycles vicieux de d\u00e9tresse psychologique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab coping d&rsquo;\u00e9vitement \u00bb provient de l&rsquo;hybridation terminologique entre le verbe anglais <em>to cope<\/em> et le substantif fran\u00e7ais <em>\u00e9vitement<\/em>. Le verbe anglais d\u00e9rive de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>couper<\/em> ou <em>colper<\/em> (frapper un coup, du latin eccl\u00e9siastique <em>colpus<\/em>, issu du grec ancien <em>kolaphos<\/em> signifiant \u00ab coup de poing \u00bb ou \u00ab soufflet \u00bb). Au fil des si\u00e8cles, le terme a \u00e9volu\u00e9 en moyen anglais pour signifier \u00ab lutter avec succ\u00e8s contre \u00bb ou \u00ab affronter un rival \u00bb, avant d&rsquo;\u00eatre consacr\u00e9 en psychologie scientifique au cours du XXe si\u00e8cle pour d\u00e9crire les efforts d&rsquo;ajustement cognitif et comportemental.<\/p>\n<p>Le mot fran\u00e7ais \u00ab \u00e9vitement \u00bb proc\u00e8de quant \u00e0 lui du verbe <em>\u00e9viter<\/em>, issu de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>esviter<\/em>, emprunt\u00e9 au latin classique <em>evitare<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif ou s\u00e9paratif <em>e-<\/em> \/ <em>ex-<\/em> (\u00ab hors de \u00bb, \u00ab loin de \u00bb) et de <em>vitare<\/em> (\u00ab esquiver \u00bb, \u00ab fuir \u00bb, \u00ab s&rsquo;\u00e9carter avec soin \u00bb). Dans son \u00e9tymologie fondamentale, l&rsquo;\u00e9vitement traduit donc l&rsquo;action physique ou symbolique de se d\u00e9router pour contourner un obstacle ou une menace imminente.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction de ce concept dans la psychologie cognitive et clinique francophone s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e principalement \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 et durant les ann\u00e9es 1990, sous l&rsquo;impulsion de la diffusion des mod\u00e8les transactionnels du stress de Richard Lazarus et Susan Folkman, ainsi que des travaux sur les styles d&rsquo;adaptation face \u00e0 la maladie somatique et aux troubles anxieux. Bien que certains auteurs francophones pr\u00e9conisent l&rsquo;expression \u00ab ajustement par \u00e9vitement \u00bb ou \u00ab strat\u00e9gies de faire-face fuyantes \u00bb, l&rsquo;usage du vocable \u00ab coping d&rsquo;\u00e9vitement \u00bb demeure pr\u00e9pond\u00e9rant dans les \u00e9crits acad\u00e9miques et empiriques.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le terme s&rsquo;\u00e9nonce selon les normes du fran\u00e7ais hexagonal sous la forme standardis\u00e9e : <strong>\/k\u0254.pi\u014b d\u203fe.vit.m\u0251\u0303\/<\/strong> (ou couramment francis\u00e9 avec une terminaison en <strong>\/-i\u014bg\/<\/strong> pour l&rsquo;anglicisme \u00ab coping \u00bb). En contexte acad\u00e9mique soign\u00e9, l&rsquo;accentuation tonique porte sur la derni\u00e8re syllabe du second terme, \u00ab -ment \u00bb.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier (au pluriel : <em>les copings d&rsquo;\u00e9vitement<\/em>, bien que l&rsquo;on privil\u00e9gie fr\u00e9quemment <em>les strat\u00e9gies de coping d&rsquo;\u00e9vitement<\/em> pour des raisons d&rsquo;\u00e9l\u00e9gance stylistique). Le terme \u00ab coping \u00bb fonctionne ici comme substantif \u00e9pic\u00e8ne d\u00e9termin\u00e9 par le compl\u00e9ment du nom \u00ab d&rsquo;\u00e9vitement \u00bb. Dans les analyses cliniques, il s&#8217;emploie principalement de mani\u00e8re attributive (\u00ab pr\u00e9senter un profil de coping d&rsquo;\u00e9vitement \u00bb) ou op\u00e9rationnelle (\u00ab le score au sous-domaine de coping d&rsquo;\u00e9vitement \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour cerner le coping d&rsquo;\u00e9vitement dans toute sa complexit\u00e9, il est indispensable de le situer au sein des m\u00e9canismes de r\u00e9gulation du stress. Le mod\u00e8le transactionnel postule que le stress n&rsquo;est ni un stimulus environnemental isol\u00e9 ni une simple r\u00e9action physiologique, mais une transaction dynamique entre la personne et son environnement, m\u00e9di\u00e9e par deux processus d&rsquo;\u00e9valuation cognitive : l&rsquo;\u00e9valuation primaire (qui appr\u00e9cie l&rsquo;enjeu et la dangerosit\u00e9 du stimulus) et l&rsquo;\u00e9valuation secondaire (qui soup\u00e8se les ressources adaptatives disponibles). Lorsque l&rsquo;individu \u00e9value le stresseur comme mena\u00e7ant et ses propres capacit\u00e9s d&rsquo;action directe comme insuffisantes ou \u00e9puis\u00e9es, la motivation \u00e0 r\u00e9duire imm\u00e9diatement la tension prend le pas sur la transformation active de la situation. C&rsquo;est \u00e0 cette jonction pr\u00e9cise que s&rsquo;ancre l&rsquo;\u00e9vitement.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre conceptuel de l&rsquo;\u00e9vitement s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 de la banale fuite locomotrice. Il mobilise un r\u00e9pertoire intriqu\u00e9 d&rsquo;op\u00e9rations psychiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9vitement comportemental patent :<\/strong> le sujet contourne physiquement les contextes, personnes, stimuli spatiaux ou t\u00e2ches qui pr\u00e9cipitent la d\u00e9tresse (par exemple, un individu agoraphobe refusant de quitter son domicile, ou un \u00e9tudiant reportant ind\u00e9finiment la r\u00e9vision d&rsquo;un examen complexe).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9vitement cognitif :<\/strong> le d\u00e9ploiement conscient d&rsquo;efforts destin\u00e9s \u00e0 neutraliser, supprimer ou remplacer les repr\u00e9sentations mentales ind\u00e9sirables. Cela inclut la suppression de pens\u00e9e, la rumination d\u00e9fensive distractive ou le refuge dans l&rsquo;imaginaire st\u00e9rile.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9vitement \u00e9motionnel et exp\u00e9rientiel :<\/strong> l&rsquo;inhibition volontaire ou automatique des ressentis affectifs d\u00e9sagr\u00e9ables par l&rsquo;anesth\u00e9sie affective, la dissociation fonctionnelle, ou l&rsquo;\u00e9chappement par des comportements compulsifs (consommation d&rsquo;alcool, de nourriture hypercalorique, cyberd\u00e9pendance).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les fronti\u00e8res conceptuelles de ce m\u00e9canisme m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre rigoureusement d\u00e9limit\u00e9es. Le coping d&rsquo;\u00e9vitement ne doit pas \u00eatre confondu avec le d\u00e9sengagement adaptatif constructif. Abandonner un objectif manifestement irr\u00e9aliste ou toxique apr\u00e8s une analyse lucide de la situation constitue un processus d&rsquo;ajustement sain qui lib\u00e8re des ressources conatives pour des desseins atteignables. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;\u00e9vitement est principalement sous-tendu par la tentative d&rsquo;annihiler une charge \u00e9motionnelle p\u00e9nible au d\u00e9triment des objectifs \u00e0 long terme de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>La nature perverse de l&rsquo;\u00e9vitement r\u00e9side dans sa boucle de r\u00e9troaction n\u00e9gative auto-renfor\u00e7ante. Sur le plan temporel, il engendre une d\u00e9charge imm\u00e9diate du malaise neurov\u00e9g\u00e9tatif (renforcement n\u00e9gatif au sens op\u00e9rant). Ce soulagement instantan\u00e9 valide et consolide l&rsquo;usage de la strat\u00e9gie. Pourtant, \u00e0 moyen et long terme, le probl\u00e8me d&rsquo;origine demeure intact ou empire par n\u00e9gligence, l&rsquo;auto-efficacit\u00e9 per\u00e7ue du sujet s&rsquo;effondre en l&rsquo;absence de confrontation directe, et les repr\u00e9sentations mena\u00e7antes demeurent intangibles car elles n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 falsifi\u00e9es par l&rsquo;\u00e9preuve de r\u00e9alit\u00e9 empirique.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La g\u00e9n\u00e9alogie intellectuelle du concept d&rsquo;\u00e9vitement s&rsquo;enracine dans la psychanalyse du premier XXe si\u00e8cle avant d&rsquo;\u00eatre r\u00e9articul\u00e9e par le behaviorisme, puis r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e par la r\u00e9volution cognitive.<\/p>\n<p>Aux origines psychanalytiques, Sigmund Freud et ult\u00e9rieurement <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anna_Freud\">Anna Freud<\/a> identifient les d\u00e9fenses du Moi contre l&rsquo;angoisse morale, objective ou pulsionnelle. Des concepts tels que le <em>refoulement<\/em> (Verdr\u00e4ngung), la <em>n\u00e9gation<\/em> (Verneinung) ou l&rsquo;<em>isolation<\/em> constituent les anc\u00eatres conceptuels directs du coping d&rsquo;\u00e9vitement. Anna Freud formalise express\u00e9ment \u00ab l&rsquo;\u00e9vitement du d\u00e9plaisir \u00bb comme une modalit\u00e9 d\u00e9fensive primaire o\u00f9 l&rsquo;enfant refuse de percevoir les r\u00e9alit\u00e9s externes hostiles.<\/p>\n<p>Durant les d\u00e9cennies 1940 \u00e0 1960, le b\u00e9haviorisme appr\u00e9hende l&rsquo;\u00e9vitement sous l&rsquo;angle de l&rsquo;apprentissage op\u00e9rant et du conditionnement classique. O. Hobart Mowrer (1947) d\u00e9veloppe sa c\u00e9l\u00e8bre <em>th\u00e9orie des deux facteurs de l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;\u00e9vitement<\/em>, postulant qu&rsquo;un stimulus conditionn\u00e9 d\u00e9clenche une anxi\u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9e, laquelle motive ensuite une r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement op\u00e9rante dont l&rsquo;issue (l&rsquo;\u00e9loignement de la menace) r\u00e9duit l&rsquo;angoisse, p\u00e9rennisant ainsi le comportement moteur d&rsquo;\u00e9vitement sans que l&rsquo;extinction du signal d&rsquo;alerte puisse avoir lieu.<\/p>\n<p>Le basculement d\u00e9terminant vers la th\u00e9orie contemporaine du coping survient dans les ann\u00e9es 1980 avec les travaux fondateurs de Richard Lazarus et Susan Folkman (1984). En mod\u00e9lisant les strat\u00e9gies d&rsquo;ajustement en deux p\u00f4les (centr\u00e9 sur le probl\u00e8me versus centr\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9motion), ils pavent la voie \u00e0 une formalisation plus fine o\u00f9 David L. Roth et Sheldon Cohen (1986) proposent une dichotomie fondamentale : <em>l&rsquo;approche<\/em> (approach) et <em>l&rsquo;\u00e9vitement<\/em> (avoidance). Roth et Cohen d\u00e9montrent que les r\u00e9ponses d&rsquo;\u00e9vitement att\u00e9nuent la d\u00e9tresse physiologique \u00e0 court terme mais entravent la gestion contextuelle requise \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XXe et au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, Steven C. Hayes et ses collaborateurs \u00e9largissent encore cette compr\u00e9hension \u00e0 travers le prisme de l&rsquo;acceptation psychologique, en cr\u00e9ant le construit d&rsquo;<strong>\u00e9vitement exp\u00e9rientiel<\/strong>. Celui-ci consacre l&rsquo;id\u00e9e que le probl\u00e8me psychologique fondamental ne r\u00e9side pas dans l&rsquo;intensit\u00e9 de la douleur ou des affects n\u00e9gatifs, mais dans l&rsquo;inflexibilit\u00e9 comportementale g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la lutte incessante et la fuite devant ces ph\u00e9nom\u00e8nes int\u00e9rieurs priv\u00e9s.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude moderne du coping d&rsquo;\u00e9vitement s&rsquo;appuie sur quatre grands cadres th\u00e9oriques interconnect\u00e9s :<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le cognitivo-transactionnel du stress :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9 par Lazarus et Folkman, ce paradigme con\u00e7oit le coping comme l&rsquo;ensemble des efforts cognitifs et comportementaux, constamment changeants, destin\u00e9s \u00e0 ma\u00eetriser, tol\u00e9rer ou r\u00e9duire les demandes externes et\/ou internes qui d\u00e9passent les ressources per\u00e7ues. Dans ce mod\u00e8le, l&rsquo;\u00e9vitement est conceptualis\u00e9 comme une forme d&rsquo;ajustement centr\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9motion qui cherche \u00e0 r\u00e9guler le ressenti sans intervenir sur la r\u00e9alit\u00e9 objective. Il \u00e9merge principalement lorsque la contr\u00f4labilit\u00e9 contextuelle per\u00e7ue est minimale ou annihil\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie comportementale du conditionnement op\u00e9rant :<\/strong> Selon la perspective n\u00e9o-skinn\u00e9rienne, toute conduite d&rsquo;\u00e9vitement est gouvern\u00e9e par le principe du <em>renforcement n\u00e9gatif<\/em>. Le comportement de fuite ou de neutralisation a pour cons\u00e9quence imm\u00e9diate la suppression ou la diminution d&rsquo;un \u00e9tat aversif interne (neurov\u00e9g\u00e9tatif ou id\u00e9atif). Cette disparition soudaine de la tension d\u00e9sagr\u00e9able accro\u00eet exponentiellement la probabilit\u00e9 d&rsquo;occurrence future du comportement d&rsquo;\u00e9vitement face \u00e0 des signaux analogues, scellant une boucle d&rsquo;asservissement comportemental.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie du traitement de l&rsquo;information \u00e9motionnelle :<\/strong> \u00c9labor\u00e9e notamment par Edna Foa et Michael Kozak (1986), cette th\u00e9orie sugg\u00e8re que pour modifier une structure de peur en m\u00e9moire, deux conditions doivent imp\u00e9rativement \u00eatre r\u00e9unies : la structure mn\u00e9sique d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre activ\u00e9e, et des informations incompatibles avec les \u00e9l\u00e9ments mena\u00e7ants doivent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es pour rectifier les probabilit\u00e9s de danger estim\u00e9es. Le coping d&rsquo;\u00e9vitement emp\u00eache structurellement l&rsquo;activation compl\u00e8te du r\u00e9seau de m\u00e9moire \u00e9motionnelle ou interrompt pr\u00e9cocement la confrontation aux faits r\u00e9els, interdisant le traitement correctif et la d\u00e9sensibilisation syst\u00e9matique.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie des cadres relationnels et l&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel :<\/strong> Issue de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapie_d%27acceptation_et_d%27engagement\">approche ACT<\/a>, cette mod\u00e9lisation met l&rsquo;accent sur le langage symbolique humain. Gr\u00e2ce aux cadres relationnels, un \u00eatre humain est capable d&rsquo;anticiper la douleur et de revivre une souffrance sans la pr\u00e9sence physique du danger (une simple pens\u00e9e, un mot ou un souvenir suffit). L&rsquo;individu s&rsquo;organise alors pour fuir ses propres sensations priv\u00e9es par l&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel, ce qui r\u00e9tr\u00e9cit son r\u00e9pertoire de vie et le d\u00e9connecte de ses valeurs existentielles fondamentales.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le coping d&rsquo;\u00e9vitement n&rsquo;est pas une entit\u00e9 monolithique. Il se d\u00e9cline en multiples dimensions, sous-types et processus fonctionnels distincts :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9vitement cognitif passif (le d\u00e9ni et le d\u00e9sengagement mental) :<\/strong> Refus explicite ou implicite de reconna\u00eetre la v\u00e9racit\u00e9 ou la gravit\u00e9 d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement factuel mena\u00e7ant. L&rsquo;individu op\u00e8re une s\u00e9lection attentionnelle qui exclut tout signal discordant par rapport \u00e0 son souhait d&rsquo;invuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement cognitif actif (la suppression de pens\u00e9e et la distraction forc\u00e9e) :<\/strong> Tentative intentionnelle de chasser une pens\u00e9e r\u00e9currente du flux de la conscience en se for\u00e7ant \u00e0 focaliser son attention sur un autre objet ou une occupation neutre.<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement comportemental manifeste :<\/strong> Actions concr\u00e8tes visant \u00e0 ne pas s&rsquo;exposer physiquement \u00e0 des lieux, des individus, des discussions ou des stimuli d\u00e9clencheurs. Cela comprend la r\u00e9organisation des trajets quotidiens, l&rsquo;isolement social ou la passivit\u00e9 motrice.<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement \u00e9motionnel (ou affectif) :<\/strong> Strat\u00e9gies tendant \u00e0 \u00e9mousser les r\u00e9actions affectives intenses, souvent mat\u00e9rialis\u00e9es par une rationalisation excessive, une froideur de fa\u00e7ade ou l&rsquo;anesth\u00e9sie pharmacologique (alcool, hypnotiques, anxiolytiques).<\/li>\n<li><strong>Procrastination d&rsquo;\u00e9chappement :<\/strong> Diff\u00e9rer ind\u00e9finiment la mise en \u0153uvre d&rsquo;une d\u00e9cision ou d&rsquo;une action n\u00e9cessaire en s&rsquo;adonnant \u00e0 des activit\u00e9s p\u00e9riph\u00e9riques non urgentes pour \u00e9chapper au sentiment d&rsquo;incomp\u00e9tence ou d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 li\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che principale.<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement subtil ou comportements de s\u00e9curit\u00e9 :<\/strong> L&rsquo;individu entre physiquement en contact avec la situation anxiog\u00e8ne, mais adopte des man\u0153uvres destin\u00e9es \u00e0 neutraliser le danger per\u00e7u (garder un flacon de tranquillisants sur soi, ne jamais regarder ses interlocuteurs dans les yeux, v\u00e9rifier fr\u00e9n\u00e9tiquement ses pulsations cardiaques).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique permet de saisir comment le coping d&rsquo;\u00e9vitement se manifeste dans les trajectoires individuelles r\u00e9elles \u00e0 travers des configurations symptomatiques vari\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance professionnelle.<\/strong> Marc, cadre sup\u00e9rieur de 38 ans, ressent une angoisse invalidante \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;animer des r\u00e9unions de direction par peur d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9 incomp\u00e9tent. Confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance d&rsquo;une pr\u00e9sentation strat\u00e9gique, il pr\u00e9texte une migraine brutale pour annuler sa participation au dernier moment. Le soulagement neurov\u00e9g\u00e9tatif qu&rsquo;il \u00e9prouve sit\u00f4t le courriel d&rsquo;annulation envoy\u00e9 est intense. Cependant, les semaines suivantes, son anxi\u00e9t\u00e9 redouble face \u00e0 la nouvelle date fix\u00e9e. Il en vient \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer l&rsquo;ensemble de ses interventions orales \u00e0 des collaborateurs subalternes et s&rsquo;isole dans son bureau. L&rsquo;\u00e9vitement a consolid\u00e9 son postulat d&rsquo;incapacit\u00e9 et fragilis\u00e9 son statut professionnel.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Le traumatisme routier et l&rsquo;\u00e9vitement comportemental contextuel.<\/strong> Sarah, 26 ans, a \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;un grave accident de la circulation sous la pluie sur une voie rapide. Six mois apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, bien que gu\u00e9rie sur le plan orthop\u00e9dique, elle refuse cat\u00e9goriquement d&#8217;emprunter l&rsquo;autoroute ou de conduire d\u00e8s qu&rsquo;il commence \u00e0 pleuvoir. D\u00e8s qu&rsquo;un trajet n\u00e9cessite de circuler \u00e0 vive allure, elle choisit des itin\u00e9raires secondaires labyrinthiques, allongeant ses temps de d\u00e9placement de plusieurs heures. Cet \u00e9vitement comportemental direct emp\u00eache toute r\u00e9\u00e9valuation du risque routier et perp\u00e9tue l&rsquo;hyperr\u00e9activit\u00e9 de son syst\u00e8me nerveux autonome face aux stimuli associ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;accident.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : La somatisation et l&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel par l&rsquo;autom\u00e9dication.<\/strong> Julien, 45 ans, est en proie \u00e0 des conflits conjugaux chroniques qu&rsquo;il est incapable de verbaliser par peur du rejet et de la confrontation \u00e9motionnelle. Chaque soir, d\u00e8s qu&rsquo;il franchit le seuil de son domicile et per\u00e7oit l&rsquo;atmosph\u00e8re tendue, il ressent une lourdeur gastrique douloureuse. Plut\u00f4t que d&rsquo;amorcer le dialogue sur la crise relationnelle, il ing\u00e8re de fortes doses d&rsquo;antalgiques et s&rsquo;endort pr\u00e9cocement devant un \u00e9cran pour \u00ab faire le vide \u00bb. Cette suppression d&rsquo;affects prot\u00e8ge temporairement Julien de la douleur du conflit, mais aggrave la d\u00e9t\u00e9rioration de son couple et le conduit \u00e0 une d\u00e9pendance iatrog\u00e8ne aux s\u00e9datifs.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La quantification des strat\u00e9gies de coping d&rsquo;\u00e9vitement repose sur divers instruments psychom\u00e9triques valid\u00e9s, majoritairement auto-rapport\u00e9s, con\u00e7us pour \u00e9valuer les r\u00e9pertoires adaptatifs face au stress g\u00e9n\u00e9ral ou \u00e0 des contextes sp\u00e9cifiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le WCC (Ways of Coping Checklist) et sa version r\u00e9vis\u00e9e (WCC-R) :<\/strong> Initialement con\u00e7u par Lazarus et Folkman (1984) et adapt\u00e9 en langue fran\u00e7aise par Vitaliano et collaborateurs puis par Bruchon-Schweitzer, cet inventaire comporte une \u00e9chelle d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitement (\u00ab Avoidance coping \u00bb ou coping centr\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9vitement\/distraction).<\/li>\n<li><strong>Le COPE et le Brief COPE :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9 par Charles S. Carver et ses coll\u00e8gues (1989), le Brief COPE (adapt\u00e9 en fran\u00e7ais par Muller et Spitz, 2003) mesure 14 dimensions distinctes d&rsquo;ajustement. L&rsquo;\u00e9vitement y est subdivis\u00e9 en sous-\u00e9chelles hautement op\u00e9rationnelles : le d\u00e9ni (denial), le d\u00e9sengagement comportemental (behavioral disengagement), la distraction (self-distraction) et l&rsquo;usage de substances.<\/li>\n<li><strong>Le CISS (Coping Inventory for Stressful Situations) :<\/strong> Cr\u00e9\u00e9 par Endler et Parker (1990), le CISS conceptualise explicitement l&rsquo;\u00e9vitement comme l&rsquo;un de ses trois axes fondamentaux (coping centr\u00e9 sur la t\u00e2che, coping centr\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9motion, et coping centr\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9vitement). Le p\u00f4le \u00e9vitement y est subdivis\u00e9 en deux composantes pr\u00e9cises : la distraction par une t\u00e2che alternative et la distraction par la recherche de contacts sociaux.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;AAQ-II (Acceptance and Action Questionnaire-II) :<\/strong> Formul\u00e9 par Bond et al. (2011), cet outil \u00e9value sp\u00e9cifiquement l&rsquo;<em>\u00e9vitement exp\u00e9rientiel<\/em> et l&rsquo;inflexibilit\u00e9 psychologique, c&rsquo;est-\u00e0-dire la propension g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 fuir les \u00e9motions et pens\u00e9es ind\u00e9sirables, m\u00eame au prix d&rsquo;une perte d&rsquo;alignement avec ses buts de vie.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan m\u00e9thodologique, ces \u00e9chelles standardis\u00e9es pr\u00e9sentent des limites intrins\u00e8ques tenant aux biais de d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale, \u00e0 la m\u00e9moire r\u00e9trospective et \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart potentiel entre ce que l&rsquo;individu d\u00e9clare faire et ses comportements r\u00e9els lors d&rsquo;une crise. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;\u00e9valuation clinique directe gagne \u00e0 \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par des m\u00e9thodes d&rsquo;\u00e9valuation \u00e9cologique instantan\u00e9e (Ecological Momentary Assessment, EMA) ou des analyses fonctionnelles (grille SECCA : Stimulus, \u00c9motion, Cognition, Comportement, Anticipation).<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du coping d&rsquo;\u00e9vitement structure l&rsquo;ensemble des disciplines de la psychologie appliqu\u00e9e contemporaine, de la prise en charge clinique \u00e0 la gestion organisationnelle.<\/p>\n<p><strong>En psychoth\u00e9rapie et psychopathologie clinique :<\/strong> L&rsquo;\u00e9vitement est reconnu comme le principal carburant transdiagnostique de la psychopathologie. Dans les th\u00e9rapies comportementales et cognitives (TCC), le traitement de r\u00e9f\u00e9rence pour neutraliser le coping d&rsquo;\u00e9vitement est l&rsquo;<strong>exposition th\u00e9rapeutique graduelle<\/strong> (in vivo, en imagination ou par r\u00e9alit\u00e9 virtuelle). En confrontant de mani\u00e8re prolong\u00e9e et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e le patient au stimulus anxiog\u00e8ne sans qu&rsquo;il puisse recourir \u00e0 ses conduites de s\u00e9curit\u00e9 habituelles, le th\u00e9rapeute favorise l&rsquo;habituation physiologique et l&rsquo;apprentissage d&rsquo;inhibition. En th\u00e9rapie d&rsquo;acceptation et d&rsquo;engagement (ACT), l&rsquo;intervention vise \u00e0 d\u00e9velopper la flexibilit\u00e9 psychologique : il s&rsquo;agit d&rsquo;amener le sujet \u00e0 faire de la place aux \u00e9motions d\u00e9sagr\u00e9ables plut\u00f4t que de gaspiller son \u00e9nergie vitale \u00e0 les \u00e9carter, afin de s&rsquo;engager dans des actions align\u00e9es avec ses valeurs.<\/p>\n<p><strong>En m\u00e9decine comportementale et psychologie de la sant\u00e9 :<\/strong> Les conduites d&rsquo;\u00e9vitement exercent un impact d\u00e9l\u00e9t\u00e8re majeur sur l&rsquo;adh\u00e9sion th\u00e9rapeutique. Un patient confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;annonce d&rsquo;une pathologie chronique grave (diab\u00e8te, cancer, s\u00e9ropositivit\u00e9) peut recourir au d\u00e9ni ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitement des rendez-vous m\u00e9dicaux pour ne pas affronter la r\u00e9alit\u00e9 de la maladie. Les \u00e9quipes soignantes doivent rep\u00e9rer ce coping dysfonctionnel pour adapter leur communication et pr\u00e9venir les ruptures de soins potentiellement l\u00e9tales.<\/p>\n<p><strong>En psychologie du travail et des organisations :<\/strong> Au sein des entreprises, le coping d&rsquo;\u00e9vitement chez les managers ou les employ\u00e9s se manifeste par l&rsquo;ajournement des d\u00e9cisions complexes, le contournement des conflits interpersonnels indispensables et le pr\u00e9sent\u00e9isme passif. Ces attitudes nourrissent l&rsquo;\u00e9puisement professionnel (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_d%27%C3%A9puisement_professionnel\">burnout<\/a>) en laissant s&rsquo;accumuler des facteurs de stress insolubles qui finissent par paralyser l&rsquo;organisation.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Une masse consid\u00e9rable de recherches empiriques corrobore le lien \u00e9troit entre l&rsquo;utilisation pr\u00e9f\u00e9rentielle du coping d&rsquo;\u00e9vitement et la d\u00e9gradation de la sant\u00e9 mentale et physique.<\/p>\n<p>Les m\u00e9ta-analyses contemporaines consacr\u00e9es aux troubles anxieux et \u00e0 la d\u00e9pression majeure d\u00e9montrent de fa\u00e7on univoque que les scores \u00e9lev\u00e9s aux \u00e9chelles d&rsquo;\u00e9vitement constituent l&rsquo;un des pr\u00e9dicteurs les plus stables de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et de la chronicit\u00e9 des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs. Aldao, Nolen-Hoeksema et Schweizer (2010), dans une m\u00e9ta-analyse fondamentale portant sur les strat\u00e9gies de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle \u00e0 travers divers troubles psychopathologiques, ont mis en \u00e9vidence que l&rsquo;\u00e9vitement pr\u00e9sentait l&rsquo;une des tailles d&rsquo;effet n\u00e9gatives les plus massives quant \u00e0 la pr\u00e9sence et \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 de la d\u00e9tresse psychique, surpassant souvent l&rsquo;impact du manque de r\u00e9\u00e9valuation cognitive.<\/p>\n<p>Dans le domaine du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_de_stress_post-traumatique\">trouble de stress post-traumatique<\/a> (TSPT), les recherches longitudinales (notamment men\u00e9es par Ehlers et Clark) indiquent que l&rsquo;\u00e9vitement cognitif pr\u00e9coce \u2014 tel que les efforts d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s pour chasser les intrusions mn\u00e9siques ou l&rsquo;anesth\u00e9sie affective volontaire dans les semaines qui suivent l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement traumatique \u2014 entrave l&rsquo;int\u00e9gration cognitive de l&rsquo;exp\u00e9rience et pr\u00e9dit l&rsquo;enkystement du syndrome post-traumatique \u00e0 un an.<\/p>\n<p>Sur le versant neurobiologique, les \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et de physiologie p\u00e9riph\u00e9rique r\u00e9v\u00e8lent que l&rsquo;\u00e9vitement comportemental et la suppression de pens\u00e9e n&rsquo;\u00e9teignent pas l&rsquo;activation de l&rsquo;amygdale ; au contraire, ils prolongent l&rsquo;hyperactivit\u00e9 de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (axe HHS), maintenant une s\u00e9cr\u00e9tion anormalement prolong\u00e9e de cortisol et une baisse de la variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque, indicateurs objectifs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 somatique \u00e0 long terme.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La valeur adaptative et l&rsquo;\u00e9valuation morale du coping d&rsquo;\u00e9vitement ne peuvent \u00eatre postul\u00e9es comme universellement invariantes sans tenir compte du contexte culturel et soci\u00e9tal dans lequel les individus \u00e9voluent.<\/p>\n<p>Dans les cultures individualistes et occidentales (caract\u00e9ristiques de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord et de l&rsquo;Europe de l&rsquo;Ouest), l&rsquo;accent est massivement mis sur l&rsquo;autonomie personnelle, l&rsquo;agentivit\u00e9, l&rsquo;assertivit\u00e9 et la confrontation directe aux probl\u00e8mes. D\u00e8s lors, le coping d&rsquo;\u00e9vitement y est presque uniform\u00e9ment th\u00e9oris\u00e9 et \u00e9valu\u00e9 comme une d\u00e9faillance adaptative, un signe d&rsquo;immaturit\u00e9 psychologique ou une manifestation pathologique d&rsquo;incomp\u00e9tence.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, au sein de nombreuses cultures collectivistes et interd\u00e9pendantes (notamment en Asie de l&rsquo;Est), l&rsquo;harmonie groupale, la pr\u00e9servation de la coh\u00e9sion sociale et la r\u00e9serve \u00e9motionnelle priment sur l&rsquo;affirmation individuelle imm\u00e9diate. Dans ces contextes, certaines formes d&rsquo;\u00e9vitement comportemental ou d&rsquo;inhibition \u00e9motionnelle ne sont pas de simples man\u0153uvres de fuite n\u00e9vrotique, mais des strat\u00e9gies d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es et socialement valoris\u00e9es de retenue, destin\u00e9es \u00e0 \u00e9viter les frictions relationnelles et \u00e0 pr\u00e9server la \u00ab face \u00bb d&rsquo;autrui. Les recherches transculturelles sugg\u00e8rent que l&rsquo;impact psychopathologique de l&rsquo;\u00e9vitement peut \u00eatre att\u00e9nu\u00e9 lorsque cette attitude fait l&rsquo;objet d&rsquo;une validation normative au sein de la communaut\u00e9 culturelle de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>De m\u00eame, dans des contextes sociopolitiques d&rsquo;oppression extr\u00eame, de guerre civile ou d&rsquo;injustice syst\u00e9mique absolue, o\u00f9 toute tentative d&rsquo;action directe ou de confrontation manifeste conduirait \u00e0 des repr\u00e9sailles physiques imm\u00e9diates, l&rsquo;\u00e9vitement cognitif ou comportemental redevient une modalit\u00e9 fonctionnelle de pr\u00e9servation de la survie physique et de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 minimale de l&rsquo;individu face \u00e0 un danger objectivement incontr\u00f4lable.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de sa solidit\u00e9 apparente, le concept de coping d&rsquo;\u00e9vitement fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats th\u00e9oriques et de critiques m\u00e9thodologiques au sein de la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p>Une premi\u00e8re critique porte sur l&rsquo;<strong>h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 excessive du construit<\/strong>. Les instruments de mesure agr\u00e8gent fr\u00e9quemment sous l&rsquo;\u00e9tiquette unique d&rsquo;\u00ab \u00e9vitement \u00bb des conduites dont les fondements neurocognitifs et fonctionnels n&rsquo;ont que peu de points communs : la fuite motrice d&rsquo;un danger physique r\u00e9el, la distraction ludique temporaire, le d\u00e9ni psychotique, la consommation d&rsquo;alcool ou la m\u00e9ditation contemplative. Cette porosit\u00e9 conceptuelle risque de diluer la sp\u00e9cificit\u00e9 des diagnostics et des mod\u00e8les \u00e9tiologiques.<\/p>\n<p>Le second d\u00e9bat concerne le <strong>statut temporel et contextuel de l&rsquo;\u00e9vitement<\/strong>. Est-il syst\u00e9matiquement mal adaptatif ? De nombreux auteurs (\u00e0 l&rsquo;instar de George Bonanno dans ses travaux sur la r\u00e9silience) soulignent que dans les phases imm\u00e9diatement cons\u00e9cutives \u00e0 un deuil brutal ou \u00e0 une catastrophe majeure, l&rsquo;\u00e9vitement attentionnel et le d\u00e9ni partiel permettent de doser la charge traumatique afin de ne pas submerger les capacit\u00e9s cognitives de la victime. Condamner sans nuance l&rsquo;\u00e9vitement revient \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre sa fonction protectrice de sas psychologique transitoire.<\/p>\n<p>Enfin, une limite m\u00e9thodologique r\u00e9side dans le risque de <strong>tautologie diagnostique<\/strong>. Lorsque la d\u00e9finition m\u00eame d&rsquo;un trouble psychiatrique (comme la phobie sociale, l&rsquo;agoraphobie ou le TSPT dans les classifications nosographiques comme le DSM-5) inclut l&rsquo;\u00e9vitement comme crit\u00e8re diagnostique majeur, mesurer le coping d&rsquo;\u00e9vitement pour expliquer la pr\u00e9sence dudit trouble rel\u00e8ve en partie d&rsquo;un raisonnement circulaire : on explique le sympt\u00f4me par le concept m\u00eame qui sert \u00e0 le nommer.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 th\u00e9orique, il convient de diff\u00e9rencier le coping d&rsquo;\u00e9vitement de concepts connexes mais distincts :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Coping d&rsquo;approche (ou centr\u00e9 sur le probl\u00e8me) :<\/strong> Strat\u00e9gie antagoniste consistant \u00e0 diriger d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment l&rsquo;attention et les ressources comportementales vers la source du stresseur pour le modifier, le r\u00e9soudre ou en assimiler les implications.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9canismes de d\u00e9fense (au sens psychanalytique) :<\/strong> Processus psychiques majoritairement inconscients, automatiques et non intentionnels r\u00e9gul\u00e9s par le Moi pour se prot\u00e9ger des conflits pulsionnels internes, alors que le coping renvoie traditionnellement \u00e0 des efforts d&rsquo;ajustement cognitivo-comportementaux conscients ou pr\u00e9conscients en r\u00e9action \u00e0 des stresseurs externes.<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement exp\u00e9rientiel :<\/strong> Construit issu de la th\u00e9rapie ACT d\u00e9signant sp\u00e9cifiquement le refus d&rsquo;entrer en contact avec des exp\u00e9riences int\u00e9rieures d\u00e9sagr\u00e9ables (sensations physiques, \u00e9motions, pens\u00e9es) et les tentatives pour en modifier la forme ou la fr\u00e9quence, m\u00eame lorsque cela s&rsquo;av\u00e8re existentiellement n\u00e9faste.<\/li>\n<li><strong>Comportements de s\u00e9curit\u00e9 (safety behaviors) :<\/strong> Conduites microscopiques ex\u00e9cut\u00e9es pendant l&rsquo;exposition m\u00eame \u00e0 la situation anxiog\u00e8ne, destin\u00e9es \u00e0 pr\u00e9venir une catastrophe anticip\u00e9e (par exemple, s&rsquo;appuyer sur un mur pour \u00e9viter un pr\u00e9tendu \u00e9vanouissement lors d&rsquo;une attaque de panique).<\/li>\n<li><strong>D\u00e9sengagement adaptatif :<\/strong> Abandon raisonn\u00e9 et planifi\u00e9 d&rsquo;un objectif de vie rendu structurellement irr\u00e9alisable par l&rsquo;\u00e9volution des circonstances, permettant de r\u00e9investir son \u00e9nergie dans des projets viables, contrairement \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitement n\u00e9vrotique dict\u00e9 par la peur imm\u00e9diate.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le coping d&rsquo;\u00e9vitement repr\u00e9sente un p\u00f4le fondamental de la r\u00e9gulation de la d\u00e9tresse humaine, caract\u00e9ris\u00e9 par des conduites d&rsquo;esquive cognitive, affective ou comportementale face aux stresseurs. Si sa vertu anesth\u00e9siante imm\u00e9diate procure un r\u00e9pit temporaire par renforcement n\u00e9gatif, sa chronicisation en fait l&rsquo;un des moteurs les plus destructeurs de l&rsquo;inhibition de l&rsquo;action, de l&rsquo;inflexibilit\u00e9 mentale et de la gen\u00e8se des pathologies psychiques. La prise en charge clinique repose sur le d\u00e9samor\u00e7age de cette boucle de fuite au profit d&rsquo;expositions gradu\u00e9es, d&rsquo;une acceptation \u00e9motionnelle active et d&rsquo;une r\u00e9orientation vers les valeurs individuelles fondamentales.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Aldao, A., Nolen-Hoeksema, S., &amp; Schweizer, S. (2010). Emotion-regulation strategies across psychopathology: A meta-analytic review. <em>Clinical Psychology Review<\/em>, 30(2), 217-237. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cpr.2009.11.004\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cpr.2009.11.004<\/a><\/li>\n<li>Bond, F. W., Hayes, S. C., Baer, R. A., Carpenter, K. M., Guenole, N., Orcutt, H. K., Waltz, T., &amp; Zettle, R. D. (2011). Preliminary psychometric properties of the Acceptance and Action Questionnaire-II: A revised measure of psychological inflexibility and experiential avoidance. <em>Behavior Therapy<\/em>, 42(4), 676-688. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.beth.2011.03.007\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.beth.2011.03.007<\/a><\/li>\n<li>Carver, C. S., Scheier, M. F., &amp; Weintraub, J. K. (1989). Assessing coping strategies: A theoretically based approach. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 56(2), 267-283. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.56.2.267\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.56.2.267<\/a><\/li>\n<li>Endler, N. S., &amp; Parker, J. D. (1990). Multidimensional assessment of coping: A critical evaluation. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 58(5), 844-854. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.58.5.844\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.58.5.844<\/a><\/li>\n<li>Foa, E. B., &amp; Kozak, M. J. (1986). Emotional processing of fear: Exposure to corrective information. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 99(1), 20-35. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.99.1.20\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.99.1.20<\/a><\/li>\n<li>Lazarus, R. S., &amp; Folkman, S. (1984). <em>Stress, appraisal, and coping<\/em>. Springer Publishing Company.<\/li>\n<li>Roth, S., &amp; Cohen, L. J. (1986). Approach, avoidance, and coping with stress. <em>American Psychologist<\/em>, 41(7), 813-819. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0003-066X.41.7.813\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0003-066X.41.7.813<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le coping d&rsquo;\u00e9vitement regroupe l&rsquo;ensemble des strat\u00e9gies cognitives et comportementales visant \u00e0 fuir un stresseur. 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