{"id":21455,"date":"2026-10-25T18:46:09","date_gmt":"2026-10-25T18:46:09","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=therapie-aversive-principes-controverses"},"modified":"2026-10-25T18:46:09","modified_gmt":"2026-10-25T18:46:09","slug":"therapie-aversive-principes-controverses","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=therapie-aversive-principes-controverses","title":{"rendered":"Th\u00e9rapie aversive : Principes et controverses"},"content":{"rendered":"<p>La th\u00e9rapie aversive repr\u00e9sente l\u2019une des interventions les plus d\u00e9battues et historiquement marquantes du champ des th\u00e9rapies comportementales. En associant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment un stimulus ind\u00e9sirable ou n\u00e9faste \u00e0 une stimulation d\u00e9plaisante, cette approche vise \u00e0 modifier en profondeur les r\u00e9actions app\u00e9titives spontan\u00e9es de l\u2019individu. Bien que son efficacit\u00e9 \u00e0 court terme ait \u00e9t\u00e9 document\u00e9e dans diverses indications cliniques, ses implications \u00e9thiques, m\u00e9thodologiques et d\u00e9ontologiques ont profond\u00e9ment red\u00e9fini sa place dans la psychologie moderne.<\/p>\n<h2>Th\u00e9rapie aversive<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La th\u00e9rapie aversive, ou conditionnement aversif, d\u00e9signe une modalit\u00e9 d&rsquo;intervention psychoth\u00e9rapeutique issue du courant comportementaliste qui vise \u00e0 r\u00e9duire ou \u00e9liminer un comportement inadapt\u00e9 en l\u2019associant de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et syst\u00e9matique \u00e0 un stimulus aversif ou d\u00e9plaisant. Par cette contingence temporelle rigoureuse, la conduite cible ou les stimuli environnementaux qui la d\u00e9clenchent acqui\u00e8rent des propri\u00e9t\u00e9s aversives secondaires, induisant ainsi une r\u00e9action spontan\u00e9e d\u2019\u00e9vitement, de d\u00e9go\u00fbt ou de rejet.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique, cette m\u00e9thode s&rsquo;attaque directement aux patterns de renforcement qui maintiennent des conduites pr\u00e9judiciables pour le sujet, telles que les addictions aux substances chimiques, les comportements compulsifs ou certaines paraphilies. Plut\u00f4t que d&rsquo;analyser les conflits intrapsychiques inconscients ou de restructurer les sch\u00e9mas cognitifs, la th\u00e9rapie aversive intervient directement au niveau des m\u00e9canismes neurobiologiques et associatifs de l&rsquo;apprentissage perceptivo-moteur.<\/p>\n<p>Dans la pratique contemporaine, cette modalit\u00e9 est rarement employ\u00e9e de mani\u00e8re isol\u00e9e ou sous sa forme la plus punitive, les praticiens lui pr\u00e9f\u00e9rant des variantes douces, symboliques ou imaginatives, \u00e0 l&rsquo;instar de la sensibilisation couverte. Elle est aujourd\u2019hui strictement encadr\u00e9e par des imp\u00e9ratifs bio\u00e9thiques internationaux visant \u00e0 pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 physique et psychologique des patients.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab aversif \u00bb d\u00e9rive du substantif \u00ab aversion \u00bb, lui-m\u00eame emprunt\u00e9 au latin classique <em>aversio<\/em>, signifiant \u00ab action de se d\u00e9tourner \u00bb, \u00ab \u00e9loignement \u00bb ou \u00ab d\u00e9go\u00fbt \u00bb. Ce vocable latin est form\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9fixe <em>ab-<\/em> (marquant l&rsquo;\u00e9loignement ou la s\u00e9paration) et du verbe <em>vertere<\/em>, qui se traduit par \u00ab tourner \u00bb ou \u00ab diriger \u00bb. Sur le plan s\u00e9mantique, la racine \u00e9voque donc litt\u00e9ralement le mouvement physique ou psychologique de r\u00e9pulsion par lequel un organisme se d\u00e9tourne d\u2019un objet mena\u00e7ant ou r\u00e9pugnant.<\/p>\n<p>Le substantif \u00ab th\u00e9rapie \u00bb provient pour sa part du grec ancien <em>therapeia<\/em> (\u03b8\u03b5\u03c1\u03b1\u03c0\u03b5\u03af\u03b1), signifiant \u00ab cure \u00bb, \u00ab soin \u00bb, \u00ab traitement \u00bb ou \u00ab service rendu aux dieux \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>therapeuein<\/em> (\u00ab prendre soin de \u00bb, \u00ab soigner \u00bb). L&rsquo;association terminologique moderne de \u00ab th\u00e9rapie aversive \u00bb a \u00e9merg\u00e9 au cours du XXe si\u00e8cle au sein de la litt\u00e9rature anglophone sous l&rsquo;appellation <em>aversive therapy<\/em> ou <em>aversion conditioning<\/em>.<\/p>\n<p>Le concept a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9 dans les ann\u00e9es 1930 et 1950 sous l&rsquo;impulsion des pionniers de la psychologie scientifique et de la m\u00e9decine comportementale. Il s&rsquo;agissait alors de distinguer formellement les techniques fond\u00e9es sur la punition et l&rsquo;inhibition des approches th\u00e9rapeutiques traditionnelles reposant sur l&rsquo;introspection, le dialogue cathartique ou la persuasion verbale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression \u00ab th\u00e9rapie aversive \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement [te.\u0281a.pi a.v\u025b\u0281.siv]. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier compos\u00e9 du nom commun \u00ab th\u00e9rapie \u00bb et de l&rsquo;adjectif qualificatif relationnel \u00ab aversive \u00bb, accord\u00e9 au f\u00e9minin.<\/p>\n<p>Au pluriel, l&rsquo;expression devient \u00ab th\u00e9rapies aversives \u00bb [te.\u0281a.pi a.v\u025b\u0281.siv]. On rencontre \u00e9galement dans la litt\u00e9rature scientifique francophone les locutions synonymes \u00ab conditionnement aversif \u00bb, \u00ab contre-conditionnement aversif \u00bb ou plus rarement \u00ab traitement par aversion \u00bb. L&rsquo;adjectif \u00ab aversif \u00bb s&#8217;emploie couramment en psychologie exp\u00e9rimentale pour qualifier tout \u00e9v\u00e9nement environnemental, physique ou chimique per\u00e7u comme d\u00e9sagr\u00e9able, nocif ou douloureux par un sujet.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La th\u00e9rapie aversive repose sur l&rsquo;hypoth\u00e8se centrale selon laquelle les comportements humains, qu&rsquo;ils soient adaptatifs ou pathologiques, sont largement fa\u00e7onn\u00e9s, consolid\u00e9s et perp\u00e9tu\u00e9s par des lois universelles d&rsquo;apprentissage. Lorsqu&rsquo;un comportement d\u00e9l\u00e9t\u00e8re procure une gratification h\u00e9donique imm\u00e9diate \u2014 comme c&rsquo;est le cas de l&rsquo;ingestion d&rsquo;alcool, de la consommation de nicotine ou de l&rsquo;assouvissement d&rsquo;une pulsion compulsive \u2014, ce comportement fait l&rsquo;objet d&rsquo;un renforcement positif puissant. La r\u00e9compense \u00e0 court terme \u00e9clipse syst\u00e9matiquement la prise de conscience des cons\u00e9quences n\u00e9fastes \u00e0 long terme, cr\u00e9ant une boucle comportementale particuli\u00e8rement r\u00e9sistante \u00e0 la simple volont\u00e9 consciente.<\/p>\n<p>Le m\u00e9canisme de la th\u00e9rapie aversive consiste \u00e0 court-circuiter cette association positive en introduisant artificiellement une cons\u00e9quence d\u00e9plaisante d&rsquo;une intensit\u00e9 suffisante pour concurrencer le plaisir anticip\u00e9. En exposant le patient aux stimuli d\u00e9clencheurs habituels (la vue, l&rsquo;odeur ou le go\u00fbt d&rsquo;une substance) tout en administrant de fa\u00e7on concomitante un stimulus d\u00e9sagr\u00e9able (naus\u00e9e provoqu\u00e9e pharmacologiquement, stimulation cutan\u00e9e d\u00e9sagr\u00e9able ou mauvaise odeur), le th\u00e9rapeute engendre une r\u00e9ponse \u00e9motionnelle et visc\u00e9rale de rejet. Progressivement, les stimuli associ\u00e9s au comportement cible perdent leur pouvoir attractif pour devenir des signaux d&rsquo;alarme d\u00e9clenchant le d\u00e9go\u00fbt.<\/p>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 du paradigme d\u00e9pend de plusieurs param\u00e8tres fondamentaux th\u00e9oris\u00e9s par la psychologie de l&rsquo;apprentissage. Le premier est la contigu\u00eft\u00e9 temporelle : l&rsquo;intervalle entre le comportement cible (ou son amorce) et l&rsquo;apparition du stimulus aversif doit \u00eatre extr\u00eamement bref pour maximiser l&rsquo;association neuro-comportementale. Le deuxi\u00e8me param\u00e8tre est la contingence : le stimulus aversif ne doit survenir qu&rsquo;en pr\u00e9sence de la cible, afin que le syst\u00e8me nerveux identifie sans ambigu\u00eft\u00e9 la relation de cause \u00e0 effet. Enfin, la saillance du stimulus aversif doit \u00eatre calibr\u00e9e pour induire une r\u00e9ponse physiologique nette sans d\u00e9clencher une anxi\u00e9t\u00e9 panique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e susceptible de d\u00e9sorganiser les facult\u00e9s cognitives du patient.<\/p>\n<p>Sur le plan cognitif contemporain, on sait que l&rsquo;aversion ne modifie pas uniquement les r\u00e9flexes physiologiques autonomes, mais alt\u00e8re \u00e9galement les attentes mn\u00e9siques et les biais attentionnels. L&rsquo;individu cesse de focaliser son attention sur la valence h\u00e9donique du comportement pour anticiper prioritairement le malaise somatique associ\u00e9, ce qui r\u00e9duit significativement le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;envie irr\u00e9pressible ou de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Craving\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">craving<\/a>. Toutefois, la p\u00e9rennit\u00e9 de cette transformation exige souvent que le patient d\u00e9veloppe des comportements alternatifs fonctionnels pour combler le vide laiss\u00e9 par l&rsquo;extinction de la conduite probl\u00e9matique.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>Les pr\u00e9mices de l&rsquo;utilisation de l&rsquo;aversion \u00e0 des fins curatives remontent \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9. D\u00e9j\u00e0, l&rsquo;\u00e9crivain et naturaliste romain Pline l&rsquo;Ancien d\u00e9crivait une m\u00e9thode destin\u00e9e \u00e0 soigner l&rsquo;ivrognerie en pla\u00e7ant des anguilles putr\u00e9fi\u00e9es au fond des cruches de vin, comptant sur la r\u00e9pulsion gustative et visuelle pour d\u00e9go\u00fbter les buveurs excessifs. De mani\u00e8re similaire, des traditions populaires de diverses cultures ont longtemps utilis\u00e9 des d\u00e9coctions am\u00e8res ou des substances \u00e9m\u00e9tiques pour rompre des habitudes n\u00e9fastes.<\/p>\n<p>L&rsquo;institutionnalisation scientifique de cette pratique commence v\u00e9ritablement au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle avec les travaux fondateurs d&rsquo;Ivan Pavlov sur les r\u00e9flexes conditionn\u00e9s. D\u00e8s les ann\u00e9es 1920 et 1930, des chercheurs russes comme Nikolai Voegtlin et Walter Lemere ont transpos\u00e9 les principes pavloviens au traitement clinique de l&rsquo;alcoolisme en milieu hospitalier. En utilisant l&rsquo;apomorphine ou l&rsquo;\u00e9m\u00e9tine pour provoquer des vomissements s\u00e9v\u00e8res pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 le patient buvait une gorg\u00e9e d&rsquo;alcool, ils ont document\u00e9 les premiers protocoles syst\u00e9matiques d&rsquo;aversion chimique en milieu contr\u00f4l\u00e9.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1950 et 1960, l&rsquo;apog\u00e9e du b\u00e9haviorisme orthodoxe en Europe et aux \u00c9tats-Unis a entra\u00een\u00e9 une prolif\u00e9ration des techniques aversives. Des psychologues et psychiatres ont commenc\u00e9 \u00e0 substituer les agents chimiques par des chocs \u00e9lectriques de faible intensit\u00e9, jug\u00e9s plus faciles \u00e0 manipuler temporellement et moins \u00e9prouvants sur le plan digestif. Cette \u00e9poque a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par les d\u00e9rives les plus sombres de la discipline, notamment l&rsquo;application de th\u00e9rapies aversives dans le cadre des dites \u00ab th\u00e9rapies de conversion \u00bb, visant \u00e0 modifier l&rsquo;orientation sexuelle des personnes homosexuelles \u2014 des pratiques aujourd&rsquo;hui formellement condamn\u00e9es et reconnues comme des actes de torture psychologique par la communaut\u00e9 m\u00e9dicale mondiale.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970, l&rsquo;av\u00e8nement de la r\u00e9volution cognitive men\u00e9e par Aaron Beck et Albert Ellis, conjugu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une bio\u00e9thique rigoureuse, a conduit au d\u00e9clin progressif des formes physiques de th\u00e9rapie aversive. L&rsquo;introduction par Joseph Cautela de la \u00ab sensibilisation couverte \u00bb en 1966 a constitu\u00e9 une \u00e9tape d\u00e9cisive, montrant que l&rsquo;imagination guid\u00e9e de cons\u00e9quences r\u00e9pugnantes pouvait produire des effets comparables sans infliger de souffrance corporelle directe. Aujourd&rsquo;hui, les th\u00e9rapies aversives subsistent principalement sous forme de traitements pharmacologiques dissuasifs ou de protocoles cognitivo-comportementaux hautement int\u00e9gr\u00e9s et consentis.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La th\u00e9rapie aversive repose principalement sur deux piliers th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires issus de la psychologie scientifique : le conditionnement r\u00e9pondant et le conditionnement op\u00e9rant.<\/p>\n<p>Le premier mod\u00e8le explicatif fondamental est le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Conditionnement_classique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">conditionnement classique<\/a> pavlovien. Dans cette grille de lecture, le comportement pathologique ou l&rsquo;objet d&rsquo;addiction constitue initialement un stimulus neutre (SN) ou conditionnel (SC) qui suscite l&rsquo;attirance en raison des renforcements ant\u00e9rieurs. Le stimulus aversif (par exemple, un m\u00e9dicament \u00e9m\u00e9tique) constitue le stimulus inconditionnel (SI), d\u00e9clenchant naturellement une r\u00e9ponse inconditionnelle (RI) de d\u00e9go\u00fbt, de naus\u00e9e ou de douleur. En associant de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e le SC et le SI, le stimulus conditionnel acquiert la capacit\u00e9 d&rsquo;activer de mani\u00e8re autonome une r\u00e9ponse conditionnelle (RC) d&rsquo;aversion, transformant l&rsquo;attrait en r\u00e9pulsion visc\u00e9rale.<\/p>\n<p>Le second mod\u00e8le d\u00e9coule du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Conditionnement_op%C3%A9rant\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">conditionnement op\u00e9rant<\/a> formalis\u00e9 par B. F. Skinner. Ici, l&rsquo;accent est mis sur le principe de la punition positive : l&rsquo;\u00e9mission du comportement ind\u00e9sirable est imm\u00e9diatement suivie par l&rsquo;introduction d&rsquo;un stimulus aversif, ce qui a pour cons\u00e9quence directe d&rsquo;abaisser la probabilit\u00e9 d&rsquo;occurrence future de cette r\u00e9ponse motrice. Inversement, l&rsquo;interruption ou l&rsquo;\u00e9vitement du comportement ind\u00e9sirable permet au patient d&rsquo;\u00e9chapper au stimulus d\u00e9plaisant, mobilisant ainsi le m\u00e9canisme de renforcement n\u00e9gatif en faveur de l&rsquo;abstinence ou de la retenue.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me apport th\u00e9orique crucial provient des travaux de John Garcia sur l&rsquo;apprentissage biologique pr\u00e9f\u00e9rentiel, connu sous le nom d&rsquo;effet Garcia ou d&rsquo;aversion gustative conditionn\u00e9e. Garcia a d\u00e9montr\u00e9 que les organismes vivants sont biologiquement pr\u00e9par\u00e9s par l&rsquo;\u00e9volution \u00e0 associer des malaises internes (comme la naus\u00e9e) \u00e0 des saveurs ou des odeurs ing\u00e9r\u00e9es, m\u00eame si plusieurs heures s\u00e9parent la consommation du trouble digestif. Cette d\u00e9couverte fondamentale a expliqu\u00e9 pourquoi les th\u00e9rapies aversives pharmacologiques utilisant le d\u00e9go\u00fbt digestif pr\u00e9sentent une efficacit\u00e9 biologique sup\u00e9rieure \u00e0 celles employant des stimulations cutan\u00e9es ou auditives pour traiter les d\u00e9pendances orales.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Les th\u00e9rapies aversives se d\u00e9clinent en plusieurs typologies d&rsquo;intervention qui varient selon la nature des stimuli mobilis\u00e9s, le canal sensoriel impliqu\u00e9 et le degr\u00e9 d&rsquo;intrusion physique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Aversion chimique ou pharmacologique :<\/strong> Utilisation de principes actifs provoquant des effets secondaires physiologiques hautement ind\u00e9sirables (naus\u00e9es, vomissements, vasodilatation brutale, c\u00e9phal\u00e9es intenses) lors de la r\u00e9introduction de la substance prohib\u00e9e. L&rsquo;exemple clinique standard demeure l&rsquo;usage du disulfirame dans l&rsquo;alcoolod\u00e9pendance.<\/li>\n<li><strong>Aversion par stimulation physique :<\/strong> Administration de stimuli sensoriels d\u00e9sagr\u00e9ables mais sans danger physique (d\u00e9charges \u00e9lectriques calibr\u00e9es de bas voltage, sons stridents, bouff\u00e9es d&rsquo;air chaud ou d&rsquo;air enrichi en fum\u00e9e pour le tabagisme) imm\u00e9diatement apr\u00e8s l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un comportement ind\u00e9sirable ou la pr\u00e9sentation de signaux inducteurs.<\/li>\n<li><strong>Aversion olfactive et gustative :<\/strong> Emploi de substances chimiques malodorantes (comme l&rsquo;acide val\u00e9rique) ou d&rsquo;ar\u00f4mes f\u00e9tides lib\u00e9r\u00e9s au moment pr\u00e9cis o\u00f9 le patient exp\u00e9rimente une impulsion compulsive ou un comportement n\u00e9faste.<\/li>\n<li><strong>Sensibilisation couverte (aversion imaginative) :<\/strong> Modalit\u00e9 cognitivo-comportementale d\u00e9velopp\u00e9e par Joseph Cautela, o\u00f9 le patient est guid\u00e9 pour imaginer de mani\u00e8re extr\u00eamement vive et multisensorielle l&rsquo;ex\u00e9cution du comportement n\u00e9faste, imm\u00e9diatement suivie par une sc\u00e8ne imaginaire de malaise r\u00e9pugnant (par exemple, vomir copieusement sur soi et sur son entourage au moment de porter un verre d&rsquo;alcool \u00e0 ses l\u00e8vres).<\/li>\n<li><strong>Aversion r\u00e9troactive et sati\u00e9t\u00e9 comportementale :<\/strong> Exposition forc\u00e9e et massive au comportement jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9puisement h\u00e9donique complet et induction d&rsquo;un d\u00e9go\u00fbt physiologique naturel, technique autrefois employ\u00e9e dans le sevrage tabagique sous le nom de \u00ab fumage rapide \u00bb (<em>rapid smoking<\/em>).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la mise en \u0153uvre de ces approches, examinons le cas de Marc, un homme de 42 ans pr\u00e9sentant un trouble de l&rsquo;usage de l&rsquo;alcool chronique, ayant connu de multiples rechutes malgr\u00e9 plusieurs s\u00e9jours de sevrage conventionnels. Dans le cadre d&rsquo;un protocole hospitalier strict et sous surveillance m\u00e9dicale continue, Marc se voit prescrire du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Disulfirame\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">disulfirame<\/a>. Cette mol\u00e9cule bloque le fonctionnement de l&rsquo;ald\u00e9hyde d\u00e9shydrog\u00e9nase, provoquant une accumulation massive d&rsquo;ac\u00e9tald\u00e9hyde toxique dans l&rsquo;organisme d\u00e8s la moindre ingestion d&rsquo;\u00e9thanol. Avant le traitement, le m\u00e9decin organise une s\u00e9ance d&rsquo;induction contr\u00f4l\u00e9e en milieu hospitalier o\u00f9 Marc sent et go\u00fbte une goutte d&rsquo;alcool, ce qui d\u00e9clenche instantan\u00e9ment des bouff\u00e9es vasomotrices, une tachycardie et des naus\u00e9es violentes. Cette exp\u00e9rience ancre chez le patient une barri\u00e8re psychologique et physiologique concr\u00e8te : la simple pens\u00e9e de consommer de l&rsquo;alcool est d\u00e9sormais associ\u00e9e \u00e0 la certitude d&rsquo;une d\u00e9tresse somatique s\u00e9v\u00e8re, stabilisant son abstinence le temps de consolider un travail psychoth\u00e9rapeutique de fond.<\/p>\n<p>Un autre exemple concret se retrouve dans le traitement des comportements st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s auto-mutilateurs graves chez des adolescents pr\u00e9sentant un trouble du spectre de l&rsquo;autisme s\u00e9v\u00e8re en institution sp\u00e9cialis\u00e9e, lorsque toutes les autres interventions de renforcement positif ont \u00e9chou\u00e9 et que le pronostic vital ou sensoriel est engag\u00e9 (par exemple, le d\u00e9tachement de la r\u00e9tine par auto-fustigation cr\u00e2nienne). Des \u00e9quipes ont parfois recours \u00e0 des stimulations olfactives d\u00e9sagr\u00e9ables mais indolores (vapeurs d&rsquo;ammoniaque dilu\u00e9e pr\u00e9sent\u00e9es sous le nez d\u00e8s l&rsquo;amorce du geste d&rsquo;auto-agression). En interceptant le geste \u00e0 sa racine par un stimulus d\u00e9sagr\u00e9able, la fr\u00e9quence des traumatismes cr\u00e2niens peut chuter drastiquement, permettant d&rsquo;ouvrir une fen\u00eatre d&rsquo;intervention pour r\u00e9introduire des apprentissages constructifs.<\/p>\n<p>Dans le domaine moins invasif de l&rsquo;onychophagie compulsive s\u00e9v\u00e8re ou de la trichotillomanie, un exemple classique et universellement r\u00e9pandu consiste en l&rsquo;application d&rsquo;un vernis \u00e0 ongles transparent enrichi en benzoate de d\u00e9natonium (la substance la plus am\u00e8re connue). D\u00e8s que la personne porte inconsciemment ses doigts \u00e0 sa bouche pour se ronger les ongles tout en travaillant devant un \u00e9cran, la saveur insoutenable interrompt instantan\u00e9ment l&rsquo;automatisme comportemental, r\u00e9tablissant le contr\u00f4le attentionnel conscient et brisant l&rsquo;habitude motrice par aversion gustative imm\u00e9diate.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;une th\u00e9rapie aversive n\u00e9cessite la mise en place de dispositifs de mesure objectifs, comportementaux et psychophysiologiques, standardis\u00e9s tout au long du protocole :<\/p>\n<p>Sur le plan psychophysiologique, les chercheurs et cliniciens \u00e9valuent la r\u00e9ponse d&rsquo;aversion conditionn\u00e9e en mesurant l&rsquo;activit\u00e9 du syst\u00e8me nerveux autonome face aux stimuli cibles. Les param\u00e8tres les plus fr\u00e9quemment enregistr\u00e9s comprennent la r\u00e9ponse \u00e9lectrodermale (mesure de la conductance cutan\u00e9e refl\u00e9tant l&rsquo;activation sympathique), la variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque, la dilatation pupillaire et l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectromyographique des muscles faciaux (notamment le muscle corrugateur du sourcil, activ\u00e9 lors des mimiques de d\u00e9go\u00fbt et de douleur). L&rsquo;att\u00e9nuation des r\u00e9ponses d&rsquo;excitation app\u00e9titive au profit de r\u00e9ponses v\u00e9g\u00e9tatives d&rsquo;alerte ou de recul t\u00e9moigne de l&rsquo;\u00e9tablissement du conditionnement aversif.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique et comportemental, le clinicien recueille des donn\u00e9es auto-rapport\u00e9es et h\u00e9t\u00e9ro-rapport\u00e9es \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9chelles valid\u00e9es. L&rsquo;envie impulsive de consommer est r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9valu\u00e9e par l&rsquo;\u00e9chelle visuelle analogique du craving (EVA-Craving) ou par des inventaires multidimensionnels comme le <em>Penn Alcohol Craving Scale<\/em> (PACS) dans le cadre des d\u00e9pendances alcooliques. Des registres d&rsquo;auto-observation quotidienne permettent de quantifier la fr\u00e9quence, la dur\u00e9e et l&rsquo;intensit\u00e9 des comportements cibles avant, pendant et apr\u00e8s l&rsquo;instauration de l&rsquo;aversion.<\/p>\n<p>Enfin, le maintien des r\u00e9sultats \u00e0 long terme fait l&rsquo;objet d&rsquo;un suivi longitudinal rigoureux. Dans les protocoles modernes, les \u00e9valuations sont reconduites \u00e0 1 mois, 3 mois, 6 mois et 12 mois afin de d\u00e9tecter d&rsquo;\u00e9ventuels ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;extinction spontan\u00e9e du r\u00e9flexe conditionn\u00e9 ou de r\u00e9cidive comportementale, indiquant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une s\u00e9ance de rappel (conditionnement d&rsquo;appoint ou <em>booster session<\/em>).<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Historiquement et cliniquement, le champ d&rsquo;application de la th\u00e9rapie aversive s&rsquo;est \u00e9tendu \u00e0 une multiplicit\u00e9 de contextes th\u00e9rapeutiques et comportementaux :<\/p>\n<p>Dans le traitement de l&rsquo;alcoolod\u00e9pendance, l&rsquo;aversion demeure l&rsquo;un des domaines d&rsquo;application les plus formalis\u00e9s. Outre le disulfirame d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, des cliniques sp\u00e9cialis\u00e9es (comme l&rsquo;h\u00f4pital Schick Shadel aux \u00c9tats-Unis) ont perfectionn\u00e9 des protocoles de contre-conditionnement aversif fond\u00e9s sur l&rsquo;administration conjointe d&rsquo;agents naus\u00e9eux et de d\u00e9gustation d&rsquo;alcool en milieu hautement s\u00e9curis\u00e9, revendiquant des taux d&rsquo;abstinence notables chez des patients s\u00e9lectionn\u00e9s et motiv\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans la prise en charge du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tabagisme\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">tabagisme<\/a> et d&rsquo;autres assu\u00e9tudes chimiques, des approches aversives bas\u00e9es sur la saturation sensorielle (fumer \u00e0 une fr\u00e9quence d&rsquo;une bouff\u00e9e toutes les six secondes jusqu&rsquo;\u00e0 la naus\u00e9e) ou l&rsquo;inhalation d&rsquo;air chaud m\u00eal\u00e9 \u00e0 de la fum\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 largement document\u00e9es avant d&rsquo;\u00eatre progressivement remplac\u00e9es par les substituts nicotiniques et les th\u00e9rapies d&rsquo;acceptation et d&rsquo;engagement.<\/p>\n<p>Dans le champ des troubles du contr\u00f4le des impulsions et des paraphilies pathologiques comportant un risque judiciaire ou une souffrance majeure (comme le voyeurisme, l&rsquo;exhibitionnisme ou le f\u00e9tichisme compulsif invalidant), des protocoles de sensibilisation couverte sont r\u00e9guli\u00e8rement int\u00e9gr\u00e9s aux programmes de pr\u00e9vention de la r\u00e9cidive. En apprenant \u00e0 visualiser les cons\u00e9quences judiciaires, sociales et des images r\u00e9pulsives au moment de la survenue des fantasmes d\u00e9lictueux, les patients renforcent leur capacit\u00e9 d&rsquo;auto-r\u00e9gulation \u00e9motionnelle et pulsionnelle.<\/p>\n<p>En dehors de la psychiatrie hospitali\u00e8re, les principes du conditionnement aversif trouvent des applications quotidiennes dans la modification des habitudes anodines mais tenaces : lutte contre la succion du pouce chez l&rsquo;enfant, morsure des l\u00e8vres, trichotillomanie l\u00e9g\u00e8re ou hyperphagie boulimique cibl\u00e9e sur des aliments sp\u00e9cifiques, souvent via des interventions de sensibilisation couverte ou des marqueurs gustatifs dissuasifs.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique relative \u00e0 la th\u00e9rapie aversive r\u00e9v\u00e8le un tableau empirique complexe, caract\u00e9ris\u00e9 par une divergence notable entre l&rsquo;efficacit\u00e9 observable \u00e0 court terme et la durabilit\u00e9 des acquis \u00e0 long terme sans accompagnement psychologique compl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p>Les recherches pionni\u00e8res conduites par Lemere et Voegtlin au milieu du XXe si\u00e8cle sur plus de 4 000 patients alcooliques trait\u00e9s par conditionnement aversif pharmacologique ont rapport\u00e9 des taux de sobri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;environ 60 % \u00e0 un an et de pr\u00e8s de 50 % apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es, \u00e0 condition que des s\u00e9ances de rappel p\u00e9riodiques soient effectu\u00e9es. Des r\u00e9plications m\u00e9thodologiques ult\u00e9rieures, notamment les travaux d&rsquo;Elkins (1991), ont confirm\u00e9 que le conditionnement aversif gustatif induit une v\u00e9ritable aversion chimique conditionn\u00e9e mesurable, se traduisant par un d\u00e9go\u00fbt visc\u00e9ral authentique et non par une simple d\u00e9cision cognitive de s&rsquo;abstenir.<\/p>\n<p>Cependant, les revues syst\u00e9matiques contemporaines et les m\u00e9ta-analyses de la collaboration Cochrane soulignent une limite m\u00e9thodologique majeure : la rapidit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;extinction exp\u00e9rimentale. En l&rsquo;absence de r\u00e9associations r\u00e9guli\u00e8res entre le comportement cible et le stimulus n\u00e9gatif, la r\u00e9ponse conditionn\u00e9e a tendance \u00e0 s&rsquo;\u00e9roder naturellement face aux sollicitations incessantes de l&rsquo;environnement social. Par cons\u00e9quent, les preuves empiriques indiquent que la th\u00e9rapie aversive pr\u00e9sente une efficacit\u00e9 significativement sup\u00e9rieure lorsqu&rsquo;elle est combin\u00e9e \u00e0 une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapie_cognitivo-comportementale\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">th\u00e9rapie cognitivo-comportementale<\/a> multimodale incluant l&rsquo;entra\u00eenement aux comp\u00e9tences sociales, la restructuration cognitive et la gestion du stress.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les \u00e9tudes empiriques mettent en garde contre le risque \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;abandon th\u00e9rapeutique (taux d&rsquo;attrition pouvant d\u00e9passer 30 \u00e0 40 % dans certains essais cliniques). La nature inconfortable, p\u00e9nible ou anxiog\u00e8ne des s\u00e9ances d&rsquo;aversion physique incite fr\u00e9quemment les patients les plus vuln\u00e9rables \u00e0 interrompre pr\u00e9matur\u00e9ment le protocole, ce qui pose le probl\u00e8me de la g\u00e9n\u00e9ralisation des r\u00e9sultats aux cohortes cliniques tout-venant.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;acceptabilit\u00e9 sociale, m\u00e9dicale et juridique de la th\u00e9rapie aversive varie consid\u00e9rablement \u00e0 travers les diff\u00e9rentes cultures et zones g\u00e9ographiques de la plan\u00e8te. Ces disparit\u00e9s sont \u00e9troitement corr\u00e9l\u00e9es aux conceptions dominantes des droits humains, de l&rsquo;autonomie individuelle et de la philosophie des soins de sant\u00e9.<\/p>\n<p>Dans les pays occidentaux d\u00e9mocratiques (Europe occidentale, Canada, Australie), l&rsquo;application de stimuli aversifs physiques ou douloureux sur des \u00eatres humains est aujourd&rsquo;hui quasi unanimement proscrite par les comit\u00e9s d&rsquo;\u00e9thique biom\u00e9dicale et les associations professionnelles de psychologie. La primaut\u00e9 accord\u00e9e au principe de non-malfaisance et \u00e0 la dignit\u00e9 de la personne a rel\u00e9gu\u00e9 les techniques aversives au rang d&rsquo;artefacts historiques ou d&rsquo;options th\u00e9rapeutiques de dernier recours strictement limit\u00e9es \u00e0 des approches pharmacologiques librement consenties par le patient.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans certaines r\u00e9gions du monde o\u00f9 pr\u00e9vaut une vision plus collectiviste ou autoritaire de la r\u00e9adaptation sociale, des formes rigoureuses de th\u00e9rapies aversives institutionnelles ont continu\u00e9 d&rsquo;\u00eatre observ\u00e9es plus tardivement. Des programmes de d\u00e9saccoutumance forc\u00e9e pour toxicomanes ou des centres de r\u00e9\u00e9ducation comportementale pour adolescents d\u00e9pendants aux jeux vid\u00e9o et \u00e0 internet ont ainsi employ\u00e9 des douches glac\u00e9es, des isolements sensoriels prolong\u00e9s ou des exercices physiques ext\u00e9nuants comme punitions aversives, soulevant de vives protestations de la part des organisations internationales de d\u00e9fense des droits de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des aspects transculturels les plus critiques concerne la persistance clandestine, dans plusieurs dizaines de pays, de th\u00e9rapies aversives appliqu\u00e9es \u00e0 l&rsquo;orientation sexuelle et \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 de genre. Sous l&rsquo;influence de dogmes religieux fondamentalistes ou de normes patriarcales rigides, des individus continuent d&rsquo;\u00eatre soumis \u00e0 des m\u00e9dications naus\u00e9euses ou des d\u00e9charges \u00e9lectriques associ\u00e9es \u00e0 des images homo\u00e9rotiques. Les instances des Nations Unies, l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 et les principales soci\u00e9t\u00e9s savantes internationales qualifient d\u00e9sormais sans \u00e9quivoque ces pratiques de traitements d\u00e9gradants, inhumains et contraires au droit international.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites \u00e9thiques<\/h3>\n<p>La th\u00e9rapie aversive fait l&rsquo;objet de vives controverses th\u00e9oriques, d\u00e9ontologiques et cliniques depuis sa cr\u00e9ation, alimentant des d\u00e9bats passionn\u00e9s au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<p>La principale objection \u00e9thique repose sur l&rsquo;infliction d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;une souffrance physique ou morale dans le cadre d&rsquo;une relation de soin cens\u00e9e incarner la bienveillance et la protection du patient. L&rsquo;utilisation de punitions positives heurte frontalement le principe fondamental d&rsquo;Hippocrate : <em>primum non nocere<\/em> (d&rsquo;abord, ne pas nuire). Les opposants soulignent que transformer l&rsquo;espace th\u00e9rapeutique en un lieu de d\u00e9tresse corporelle ou d&rsquo;angoisse risque d&rsquo;endommager irr\u00e9m\u00e9diablement l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique et de fragiliser l&rsquo;estime de soi du patient.<\/p>\n<p>Sur le plan psychodynamique et humaniste, il est reproch\u00e9 \u00e0 la th\u00e9rapie aversive de traiter uniquement le sympt\u00f4me visible et superficiel sans s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 la cause sous-jacente de la souffrance psychique. Selon les tenants de ces perspectives, supprimer brutalement un comportement par aversion sans en comprendre le sens symbolique ou la fonction adaptative (par exemple, l&rsquo;usage de l&rsquo;alcool comme anxiolytique face \u00e0 un traumatisme non r\u00e9solu) expose le patient \u00e0 un risque \u00e9lev\u00e9 de \u00ab substitution de sympt\u00f4me \u00bb, o\u00f9 l&rsquo;individu d\u00e9veloppera une autre pathologie compulsive pour canaliser son anxi\u00e9t\u00e9 intacte.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue m\u00e9thodologique et cognitif, les d\u00e9tracteurs soulignent que le conditionnement aversif enseigne au sujet ce qu&rsquo;il ne doit <em>pas<\/em> faire, mais ne lui apprend en aucune mani\u00e8re ce qu&rsquo;il <em>doit<\/em> faire. L&rsquo;aversion cr\u00e9e un vide comportemental sans fournir les outils psycho-\u00e9motionnels requis pour tol\u00e9rer la frustration, g\u00e9rer les \u00e9motions n\u00e9gatives ou r\u00e9soudre des probl\u00e8mes interpersonnels. C&rsquo;est pourquoi la plupart des psychologues comportementalistes actuels privil\u00e9gient le renforcement diff\u00e9rentiel d&rsquo;autres comportements plus adapt\u00e9s plut\u00f4t que le recours \u00e0 la punition aversive.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la th\u00e9rapie aversive avec rigueur clinique, il convient de la distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment de plusieurs concepts et paradigmes apparent\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Sensibilisation couverte :<\/strong> Variante cognitive de la th\u00e9rapie aversive conceptualis\u00e9e par Joseph Cautela, o\u00f9 aucun stimulus physique d\u00e9sagr\u00e9able n&rsquo;est administr\u00e9 ; le d\u00e9go\u00fbt ou la cons\u00e9quence d\u00e9sagr\u00e9able est exclusivement g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;imagination active et guid\u00e9e du sujet.<\/li>\n<li><strong>Punition positive :<\/strong> Concept op\u00e9rant g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9signant tout ajout d&rsquo;un stimulus d\u00e9sagr\u00e9able cons\u00e9cutif \u00e0 une r\u00e9ponse pour en diminuer la fr\u00e9quence. La th\u00e9rapie aversive constitue une application clinique sp\u00e9cifique et structur\u00e9e de ce principe d&rsquo;apprentissage.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9sensibilisation syst\u00e9matique :<\/strong> Technique comportementale rigoureusement oppos\u00e9e dans ses objectifs ; d\u00e9velopp\u00e9e par Joseph Wolpe pour traiter les phobies, elle vise \u00e0 \u00e9liminer une r\u00e9action aversive ou anxieuse face \u00e0 un stimulus anxiog\u00e8ne en lui associant un \u00e9tat physiologique d&rsquo;inhibition incompatible, tel que la relaxation musculaire profonde.<\/li>\n<li><strong>Immersion (ou <em>flooding<\/em>) :<\/strong> Technique d&rsquo;exposition prolong\u00e9e et massive \u00e0 un stimulus anxiog\u00e8ne r\u00e9el ou imaginaire sans possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9vitement, visant l&rsquo;extinction de la peur par habituation physiologique, sans administration d&rsquo;un stimulus aversif \u00e9tranger au trouble.<\/li>\n<li><strong>Extinction op\u00e9rante :<\/strong> Proc\u00e9dure consistant simplement \u00e0 supprimer le stimulus renfor\u00e7ateur qui maintenait un comportement (par exemple, ignorer d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment une crise de col\u00e8re), contrairement \u00e0 la th\u00e9rapie aversive qui introduit activement un stimulus n\u00e9faste surajout\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La th\u00e9rapie aversive est une technique comportementale historique fond\u00e9e sur l&rsquo;association syst\u00e9matique d&rsquo;un comportement ind\u00e9sirable avec un stimulus d\u00e9sagr\u00e9able, provoquant une r\u00e9action conditionn\u00e9e d&rsquo;\u00e9vitement ou de d\u00e9go\u00fbt. En mobilisant les m\u00e9canismes universels du conditionnement classique pavlovien et du conditionnement op\u00e9rant, elle transforme un stimulus autrefois gratifiant en signal aversif.<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;elle ait d\u00e9montr\u00e9 des r\u00e9sultats spectaculaires dans la rupture temporaire des conduites addictives et des compulsions s\u00e9v\u00e8res, son efficacit\u00e9 \u00e0 long terme demeure fragile en raison de l&rsquo;in\u00e9vitable extinction du r\u00e9flexe conditionn\u00e9 en l&rsquo;absence de s\u00e9ances de maintien r\u00e9guli\u00e8res. Elle pr\u00e9sente en outre un taux d&rsquo;abandon \u00e9lev\u00e9 en raison de son inconfort inh\u00e9rent.<\/p>\n<p>Sur le plan d\u00e9ontologique, l&rsquo;histoire de la th\u00e9rapie aversive est marqu\u00e9e par des d\u00e9rives majeures, notamment son usage r\u00e9pressif contre les minorit\u00e9s sexuelles. Ces abus ont conduit la m\u00e9decine et la psychologie contemporaines \u00e0 abandonner les stimulations physiques douloureuses pour privil\u00e9gier l&rsquo;aversion pharmacologique volontaire, la sensibilisation couverte par imagination guid\u00e9e, et surtout les approches cognitivo-comportementales positives int\u00e9gratives.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychological Association. (2020). <em>APA dictionary of psychology<\/em>. American Psychological Association. <a href=\"https:\/\/dictionary.apa.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/dictionary.apa.org\/<\/a><\/li>\n<li>Bandura, A. (1969). <em>Principles of behavior modification<\/em>. Holt, Rinehart and Winston.<\/li>\n<li>Cautela, J. R. (1966). Treatment of compulsive behavior by covert sensitization. <em>Psychological Record<\/em>, 16(1), 33\u201341. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF03393635\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF03393635<\/a><\/li>\n<li>Garcia, J., Ervin, F. R., &#038; Koelling, R. A. (1966). Learning with prolonged delay of reinforcement. <em>Psychonomic Science<\/em>, 5(3), 121\u2013122. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3758\/BF03328311\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.3758\/BF03328311<\/a><\/li>\n<li>Lemere, F., &#038; Voegtlin, W. L. (1950). An evaluation of the aversive treatment of alcoholism. <em>Quarterly Journal of Studies on Alcohol<\/em>, 11(2), 199\u2013204. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.15288\/qjsa.1950.11.199\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.15288\/qjsa.1950.11.199<\/a><\/li>\n<li>Rachman, S., &#038; Teasdale, J. (1969). <em>Aversion therapy and behaviour disorders: An analysis<\/em>. Routledge &#038; Kegan Paul.<\/li>\n<li>Skinner, B. F. (1953). <em>Science and human behavior<\/em>. Macmillan.<\/li>\n<li>Wolpe, J. (1958). <em>Psychotherapy by reciprocal inhibition<\/em>. Stanford University Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La th\u00e9rapie aversive est une m\u00e9thode comportementale visant \u00e0 \u00e9liminer une conduite ind\u00e9sirable en l\u2019associant \u00e0 un stimulus d\u00e9plaisant ou aversif. D\u00e9couvrez ses fondements th\u00e9oriques, ses applications cliniques, son histoire et ses limites \u00e9thiques majeures.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3,859,25177],"tags":[1193,4657,7369,35866,34050],"class_list":["post-21455","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-clinique","category-psychopathologie","category-therapies-comportementales","tag-addictions","tag-behaviorisme","tag-conditionnement-aversif","tag-sensibilisation-couverte","tag-therapie-aversive"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21455","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21455\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21455"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21455"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21455"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}